Les derniers avis (7619 avis)

Couverture de la série Irena
Irena

Série que j’ai adorée car elle nous fait découvrir une femme admirable qui a sauvé la vie de milliers d’enfants juifs, du Ghetto de Varsovie. La narration est efficace plutôt claire, passant du passé au présent sans trop de difficulté. La série est une série pour jeunes mais qui n’épargne rien, même le sort d’enfants. Les adultes y trouveront aussi tout à fait leur compte. Le dessin est assez enfantin, mais il permet « d’adoucir » quelques moments qui auraient été encore plus durs avec des graphismes plus réalistes. Une série que j’ai adoré emprunter et que j’achèterai dès que possible pour ma collection de BD. Un devoir de mémoire que tout le monde doit lire. Elle mérite cette note de 5 étoiles selon moi.

24/01/2024 (modifier)
Par Beat
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Hérauts
Hérauts

J'ai mis du temps à lire cette série et je suis très agréablement surpris. D'accord, la présentation est parfaite, mais cela ne dit généralement pas grand-chose sur le contenu. Les deux histoires sont passionnantes et l'intégration de l'héraldique est à mon avis très réussie. Les dessins de Begue sont géniaux. J'espère que la série sera poursuivie. J'attends déjà avec impatience le troisième tome. Recommandation d'achat inconditionnelle.

24/01/2024 (modifier)
Par Monnet
Note: 5/5
Couverture de la série Lanfeust de Troy
Lanfeust de Troy

Bonjour, après une brève lecture des commentaires je suis consterné pas l'étroitesse d'esprit de certains lecteurs. J'ai découvert Lanfeust entre mes 8 ou 9 ans, étant jeune et sans une vision noircie par l'âge j'ai su apprécier chaque page que j'ai pu découvrir. Aujourd'hui, presque 20ans après la lecture de mon 1er tome, je ne comprends pas cette négativité pour quelques répliques ou scènes que certains ont trouvé dérangeantes voire même choquantes. Pourtant cette BD ne m'a pas rendu sexiste ou homophobe mais a juste permis à mon jeune esprit de rêver et m'évader, mon éducation faisant le reste. Pour ma part je recommande à tous les amoureux de la BD et comme beaucoup de chefs-d'œuvre elle trouvera ses détracteurs.

24/01/2024 (modifier)
Par Bruno :)
Note: 5/5
Couverture de la série Mister X.
Mister X.

Avec comme point de départ l'idée très originale d'une ville "malade", psychologiquement nocive pour ses habitants à cause des impératifs économiques qui ont présidé à sa construction (!), Dean Motter, Paul Rivoche, Gilbert, Mario et Jaime Hernandez (ce dernier au dessin, stylistiquement guidé par Rivoche) ont, en quatre épisodes, troussé un quasi-thriller très dynamique -et amusant !- où l'on suit les tribulations assez désordonnées d'un héros franchement dépassé par la tournure des évènements, mais déterminé à tenter de sauver ce qui peut l'être de cette utopie de béton et de technologie. Rebondissant (littéralement !) d'une rencontre à une autre -chaque intervenant très brillamment défini ET par les dialogues Et par le graphisme prodigieusement alerte et maitrisé de Jaime Hernandez !-, Mister X, usant de moyens bluffants de nouveauté et d'inventivité (!!), parvient à nous tenir en haleine jusqu'à la fin de cet arc, qui mêle très harmonieusement l'ambiance Polar des années trente avec l'esthétique S.F. des Pulps des années cinquante (entre autres...) pour, finalement, un rendu pas mal Eighties, "BDéistiquement" parlant. Seulement quatre épisodes traduis et réunis sous la forme d'un album assez luxueux : la couverture de Rivoche est magnifique. Mais les choix scénaristiques de Dean Motter (ainsi que les tentatives d'imitation maladroites du successeur de Jaime Hernandez, forcément vouées au "moins bien") pour les suites non traduites, trahissent tellement le script original qu'on peut largement se contenter de ces débuts brillantissimes... Au choix. Jaime Hernandez, comme d'habitude, est extraordinaire d'aisance ; et ses coups de crayons/pinceaux, pleins de retenue, de précision et de rigueur graphique (proportions, profondeur, perspectives, Etc...), offrent au récit un allant qui frôle une ambiance "Cartoon", pleine d'énergie et d'efficacité dans sa "simplicité". Le moindre anonyme qui passe est arbitrairement très "relooké" et l'ambiance générale de Radiant City s'apparente à un "clip-vidéo" des années quatre-vingt : la musique de l'époque semble rythmer les cases -découpage classique mais mise en scène, angles de vue et ellipses parfaitement orchestrés- et le mix général de l'ensemble finit par former un tout très cohérent -et, encore une fois, très dynamique. La colorisation (Rivoche) semble faite au feutres (j'en ai eu, des comme ça : pour designers...) et, pour complémentaire qu'elle soit du style graphique employé et de l'ambiance voulue par l'histoire, elle pourra rebuter certains. Étant donné le réel soucis esthétique des créateurs pour leur sujet, je trouve qu'elle se justifie par son parti-pris Coloriage : la ville, stylisée à l'extrême par ses forts contrastes ombres/lumières -mais pas forcément très jolie-jolie !- bénéficie ainsi d'un éclairage qui accentue son côté décors de théâtre. Une BD au sujet résolument unique et qu'on relit toujours avec plaisir ; et dont le ton général force la sympathie tant la caractérisation des personnages est réussie. De "l'affective" Mercedes à l'inflexible Katsuda, en passant par l'impitoyable Zamora et sa jalousie possessive envers l'immature Patrice ; ou bien encore la superbe Consuelo et jusqu'au si torturé héros de l'histoire, chacun d'entre eux participe avec beaucoup de bonheur à un ballet finalement pas mal Soap et assez magistralement réglé : la justesse de leurs relations interpersonnelles, ainsi que des dialogues particulièrement bien écrits, ajoutent encore à la profondeur de l'histoire. Témoignage talentueux d'une époque riche d'idées très "neuves" dans l'univers des Comic-Books.

24/01/2024 (modifier)
Par Titou
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Mammouth et Piston
Mammouth et Piston

Je me dois de défendre cette œuvre et la replacer dans son contexte : en effet contrairement à little Kévin qui représente l'aboutissement de l'art de Coyote, mammouth et piston était d'abord publié par planches. Cette œuvre est de la même veine que les productions fluide glacial ; si vous n'accrochez pas l'humour de super Dupont ou pervers pépère passez votre chemin. Cela dit la qualité graphique est au rendez-vous, et plus qu'une œuvre dédiée à la réflexion vous aurez en mammouth et piston un humour potache gras et velu, et surtout une immersion dans un monde que peu de gens connaissent celui des Harley Davidson et du cambouis. Si comme moi vous vous identifiez au personnage, à sa philosophie de comptoir et sa bonhomie proverbiale vous élèverez cette BD au rang de culte.

22/01/2024 (modifier)
Par Bruno :)
Note: 5/5
Couverture de la série Dérives
Dérives

Ah ben voui ! Trop de beauté graphique pour qu'on passe à côté ! Malgré la variété des scénarios -il n'y a que celui de Goffaux, en complet porte-à-faux (gag!) avec l'ambiance générale, qui me déplait (sujet et exploitation de celui-ci.)-, le génial Artiste transcende encore une fois de sa maestria scénographique les planches de ces historiettes aux styles dépareillés. Il parvient à nous faire vivre, de l'intérieur, le désarroi d'un touriste lourdement "chimitisé" -probablement dépressif si on ajoute son apparence à sa mini biographie, qui insiste sur la vacuité de son existence- au travers d'une débauche de couleurs qui traduisent assez puissamment le malaise du personnage. Suit le récit, beaucoup plus plan-plan, de la cavale d'un assassin décidé à accomplir son "devoir" filial ; traité beaucoup plus classiquement, en noirs et couleurs pâles : très Polar. Si ce choix est basique, le découpage, là encore, réussit à rehausser la "facilité" du scénario : rien n'est plat dans la vigoureuse traduction picturale qu'en fait Andreas. Ensuite on décolle -carrément !- avec une histoire (incroyablement datée dans la mise en scène de son sujet éculé !) d'invasion extra-terrestre, pour laquelle ce fou au service de l'image nous ferait presque soupçonner qu'il ne carbure pas uniquement au café... Chaque case est à encadrer et, pourtant, les planches filent sous nos yeux éblouis comme un véritable arc-en-ciel de sens et de beauté. Incroyable d'arriver à ce genre de sommets graphiques à partir d'un matériau aussi pauvre : c'est de l'alchimie -et la preuve, s'il en était encore besoin, que la Bande Dessinée est bien l'art de fusionner texte et image en un tout supérieur, et non pas uniquement de les polir l'un-l'autre jusqu'à l'obtention d'un prix quelconque... J'ignore qui, de Bezian ou d'Andreas, a eu l'idée de cette vertigineuse descente d'escalier ; mais force est d'admettre que le traitement graphique, une fois de plus, transforme ces piquants échanges de fin de soirée en théâtre grandiose. Et, grâce à la maitrise décidément pluri-disciplinaire de l'artiste, on lit cet intermède brillant de simplicité (apparente : les dialogues sont très bien écrits) avec l'impression d'assister à une représentation de très grande qualité. Beaucoup plus abscons est l'ovni suivant ! Rien compris, sinon le contexte ; mais le choix d'un dessin qui fleure presque les années Pilote offre à ces quelques planches mystérieuses un glacis suffisamment personnel pour, encore une fois, provoquer un ressenti différent. La dernière collaboration, beaucoup plus classique dans son traitement de la part des deux associés, offre d'avantage à Andreas l'occasion d'exercer son art à traduire les sentiments : chaque personnage, en une ou deux cases seulement, exprime toute l'essence de sa personnalité -Yann y est aussi pour beaucoup, évidemment !- et l'histoire, pleine de familiarité et non dénuée d'un certain humour, nous permet de revenir sur Terre en douceur après cette virée un poil chaotique. Mais cela aussi fait parti du plaisir de lecture, quand on se frotte à un créateur aussi libre et talentueux que celui-là. Culte.

16/01/2024 (modifier)
Couverture de la série Klaus Barbie - La Route du rat
Klaus Barbie - La Route du rat

C'est le genre de lecture que j'aimerais ne pas faire tellement Brrémaud nous introduit dans le plus noir de l'homme. Il y a de très nombreux ouvrages traitant de cette période gestapiste avec un habillage plus ou moins de fictions. Pour n'en citer que deux le très vanté Il était une fois en France de Fabien Nury où la fiction l'emporte de beaucoup sur l'Histoire malgré un bon travail documentaire, ou le remarquable Madeleine, résistante bien plus proche d'un récit historique mais vu du côté des gentils. La gageure à laquelle est confrontée Brrémaud est de centrer le récit sur "le boucher de Lyon" au risque d'y mettre une lumière et une fascination morbide qui l'humanise trop au dépend de ses victimes. C'est vrai pour toutes les biographies des pires assassins. Pour éviter cet écueil les auteurs choisissent un ouvrage au format de documentaire historique à la lecture exigeante. Comme l'indique la quatrième de couverture l'ouvrage est destiné aux "lecteurs avertis". Les dialogues sont quasi absents de l'ouvrage et la parole est laissée dans la troisième partie, celle du procès, aux victimes du tortionnaire sadique. C'est une prouesse de l'auteur que de m'avoir captivé avec un texte off en continu, relatant des faits avérés souvent proche de l'insoutenable. Brrémaud n'a pas à inventer des ressors dramatiques, le drame est présent du début à la fin sans aucun répit. J'ai lu l'ouvrage en deux fois. Certains passages donnent presque la nausée et interrogent sur la justice quand on lit le parcours du gestapiste après le conflit. L'ouvrage est partagé en trois périodes, Lyon, la Bolivie et le procès. Brrémaud ne juge pas, il laisse l'Histoire parler, il laisse même la parole aux défenseurs de l'accusé. Jean-Claude Bauer propose un graphisme qui convient bien au didactisme du récit. Ses cases sont réalistes dans les personnages, les décors et les situations. Il utilise un crayon fin qui rappelle le croquis des portraits d'audience pour être le plus précis possible. L'auteur évite les fioritures et le sensationnalisme ou le voyeurisme morbide. La torture, les enfants déportés ne sont qu'entrevus mais cela n'amoindrit pas la force suggestive du visuel, au contraire. Une lecture forte et souvent dérangeante qui donne toute sa place à la réalité historique.

13/01/2024 (modifier)
Par gruizzli
Note: 5/5
Couverture de la série La Grande Histoire de Picsou (La Grande Epopée de/La Jeunesse de Picsou)
La Grande Histoire de Picsou (La Grande Epopée de/La Jeunesse de Picsou)

Il me fallait réécrire mon avis, qui portait préalablement uniquement sur la série "La jeunesse de Picsou", premier volume de la nouvelle collection en sept volumes que l'on peut désormais se procurer. Et pourtant, ma note ne changera pas : même si la BD que j'estime le plus n'est que le premier des sept volumes de la réédition, cette intégrale de Don Rosa se hisse au rang de culte rien que pour elle. Pour parler brièvement de l'intégrale, la compilation des histoires de Don Rosa est diablement plaisante (et la réédition très très bien faite) mais je ne dirais pas que toutes les histoires sont du même acabit. C'est variable avec du très bon, de l'excellent et quelques histoires moyennes, comme toute intégrale. L'inventivité dont il a su faire preuve réhausse cependant l'ensemble, c'est souvent drôle dans le texte et le dessin, les chutes fonctionnent plutôt bien et j'aime toujours autant l'inventivité dont il fait preuve tout en ancrant souvent l'univers des canards dans une réalité plus franche. Mais le vrai cœur de cette série, et personne ne s'y trompe, ce sont les deux premiers volumes : les douze épisodes de la jeunesse et les épisodes bis qui viennent compléter avec beaucoup de gags supplémentaires. Ces deux volumes là sont parmi les plus chéris de ma bibliothèque. Déjà pour la dédicace que j'ai pu y faire (quelle rencontre !) et surtout pour ce qu'elle a été. C'est avec La jeunesse de Picsou que j'ai découvert qu'une BD pouvait me faire pleurer. Ces épisodes m'ont fait rêver, Don Rosa réussissant l'exploit d'humaniser le canard le plus riche du monde comme jamais personne n'a pu le faire avant lui. Je pense sincèrement que son œuvre aura dépassé celle du pourtant très estimé Carl Barks. Je pourrais parler des heures de tout ce qui me plait dans cette BD, mais je ne ferais que redire les arguments que de nombreux autres personnes ont déjà dit dans des milliers d'articles, vidéos, reportages, etc … Pour rester dans un avis personnel, je pense que cette BD est parfaite pour apprendre à grandir. Je l'avais lu jeune et elle m'avait durablement marquée parce qu'elle prenait un univers mignon et coloré pour le rendre plus réaliste : plus dur, plus émouvant, plus drôle, mais aussi plus triste. Cette tristesse qui imprègne la fin de l'épisode 9 ou 11 est tout ce qui fait le sel de cette série. En grandissant, j'ai compris les références, les détails, les clins d'œil mais aussi les messages, comprenant ce que j'avais auparavant intégré sans réfléchir. Don Rosa a fait une œuvre que les enfants adorent tout autant que les adultes. Et ça, c'est fort. Je suis sans doute assez peu objectif, mais l'amour que tant de gens portent à cette série me semble révélateur de ses qualités. C'est une BD qui peut nous accompagner à plusieurs étapes de notre vie et fait rêver. Le genre de BD qui m'émeut toujours autant, qui me fait encore rire alors que je connais par cœur tout les gags dissimulés dans les planche. Parfois, je me prends à penser que Don Rosa à peut être fait la seule BD que je considère comme véritablement immanquable.

27/11/2011 (MAJ le 12/01/2024) (modifier)
Couverture de la série XIII
XIII

En lisant l'avis de Cosme je m'aperçois que je n'ai pas avisé l'amnésique aux multiples identités. Pourtant j'ai eu le temps de faire le numéro 200 car je possède les 28 albums que je relis pour certains avec délectation. Il faut dire que JVH a réussi un tour de force avec un scénario complexe aux multiples pistes. C'est complotiste, c'est improbable en de nombreux endroits, cela possède un petit air de copie de l'affaire JFK, Jason est le stéréotype du BG inoxydable bourré de bons sentiments mainstream. Tous ces éléments ont le don de m'agacer d'habitude mais ici j'ai été envouté par l'univers dans lequel se meut notre héros. Oui, JVH m'a souvent étonné par ses propositions dans les changements de cap du beau tatoué. À chaque nouvelle piste, à chaque rebondissement je suis resté collé d'enthousiasme par ma lecture. Rien de rationnel mais c'est une ambiance qui me plaît. Ensuite JVH a su créer une galerie de personnages gravitant autour de Jason qui méritent bien le premier rôle que leur a fourni le spin off de XIII Mystery. J'en cite seulement deux pour faire court : Jones qui aurait pu être mon avatar (si Linda ne l'avait pas précédée) et la Mangouste. Les images du bien et du mal qui gravitent autour de Jason qui possède lui, un contour plus flou. J'ai bien apprécié la suite proposée par Y.Sente et dont je me demande comment il se sortira de sa politique fiction bien aventureuse. J'aime beaucoup le travail graphique de Vance. Dans Ramiro il montrait déjà les qualités d'un dessin réaliste très détaillé dans ses décors et très expressif dans ses personnages aventureux. Avec XIII son trait s'est allégé pour faire ressortir la dynamique du récit d'une façon encore plus intense. J’ai transpiré dans la jungle du Costa Verde et grelotté avec les rednecks de Greenfalls mais je me suis toujours senti proche de XIII. Je n'ai vu aucune adaptation filmée de la série et je ne tiens pas à en voir tellement j'ai passé de bons moments avec les images de Jones, Jessica ou Maria. Sacré veinard ce XIII.

11/01/2024 (modifier)
Par gruizzli
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Maria
Maria

Je ne connaissais pas Kazuo Kamimura, dont la bibliographie semble assez étonnante et intéressante, mais j'avais envie de lire la série "Maria" depuis longtemps, attiré par les couvertures, le nom de l'auteur et surtout parce qu'elle n'était pas sur le site BDthèque. La lecture fut étonnante, autant sur l'histoire que sur le dessin et surtout le sujet. La Bd date du début des années 70 (la première version du moins) et malgré ses cinquante ans aujourd'hui, elle reste terriblement d'actualité. Qu'a donc vécu Kamimura pour écrire une histoire de ce genre ? Le scénario est très flottant, dans une ambiance qui ne se pose jamais véritablement. On passe d'une lycéenne qui semble se donner facilement à une fille qui l'aime à un conflit familial, puis à une errance dans le Japon, le temps de se poser dans un petit village et la fin arrive, loin de tout. Je ne saurais pas retranscrire exactement l'ambiance, mélancolique et désenchantée. C'est assez étrange à lire mais très prenant. Le dessin frappe d'entrée de jeu. Entre le portrait de Maria, en finesse et visiblement inspiré par des peintures japonaises et son trait qui est assez typé dans le genre du vieux manga, c'est un étonnant mélange mais dont la finesse fait ressortir la beauté qu'il veut fixer. Il y a un vrai travail de composition et de caractérisation par le dessin (j'y reviendrai). C'est d'autant plus étonnant qu'il ne s'embarrasse souvent pas de décors ou d'éléments concrets entourant son personnage. Le vide de l'existence est ici symboliquement présent partout. Au-delà de ces qualités, la vraie force de l'œuvre, c'est son propos. Maria est une jeune femme très évanescente mais aussi diablement concrète. Elle refuse de jouer le rôle qu'on lui a assigné dans la société japonaise : mauvaise fille, mauvaise élève, mauvaise mère, mauvaise amie, elle n'est jamais la femme idéale. Pourtant sa beauté saisit tout les hommes et femmes qui croisent sa route. Elle est révélatrice de l'hypocrisie de cette société, en déclenchant chez les autres les comportements que l'auteur condamne. C'est particulièrement net dans le regard des hommes, qui la voient tous comme une femme hautement désirable voir parfois la femme de leur vie. Ces comportements machistes et puérils sont mis en lumière dans le regard, l'attitude, les gestes, les propositions déplacées… Maria navigue dans un monde où sa condition de femme est une souffrance, mais qu'elle se refuse à porter. Il y a de nombreux sujets évoqués : la dualité mère-putain, assez explicite dans le récit, mais aussi plein de sujets que je ne m'attendais pas à voir explorer par un mangaka des années 70 : homosexualité (masculine et féminine), divorce (Kamimura semble partisan de celui-ci), pouvoir détenu par les hommes, prostitution, inceste, viols, violence éducative, craintes superstitieuses… C'est sombre, très sombre, à ne pas mettre entre toutes les mains. Et pourtant, le manga est positif, malgré toute cette noirceur. Comme une nouvelle naissance, Kamimura s'empare de son personnage pour rejeter une société qu'il n'aime pas. Une société qui opprime les femmes en les confinant au rôle de mère/épouse ou de putain de service pour assouvir les besoins des hommes, toujours seigneurs et maitres. Il critique également le rôle bien trop important de la famille ainsi que ce qu'il faut y sacrifier. Le tout est exposé par une Maria qui sait jouer de son corps pour rendre fou les hommes, mais se pose aussi des questions sur l'éducation qu'on donne aux jeunes hommes. Son personnage est un véritable catalyseur de tout ce qui dysfonctionne, mais met aussi en lumière ce qu'il y a de bon dans l'être humain. Plusieurs histoires semblent presque anecdotiques dans le récit mais renvoient, selon moi, à ce que Kamimura déteste de sa société. Mais sa fin heureuse, en tout cas positive, invite à un nouvel espoir. Peut-être porté par les idéaux de la période (nous sommes juste après mai 68) il semble annoncer une jeunesse qui va vivre différemment. Et cet espoir final est très beau. Inspiré de cinéastes, sans aucun doute, Kamimura fait de son histoire un pamphlet que je ne peux m'empêcher de trouver féministe, non pas en avance sur son temps mais intemporel. La place de Maria dans la société, sa vie et ses choix sont étonnants mais résonnent terriblement justes. Vouloir être autre chose que ce qu'on attend de nous ne sera pas sans heurts. Je suis très volubile, mais la lecture de ce manga a été un petit choc. J'en suis ressorti sonné, avec un long moment de réflexion et de regard dans le vide. Je crois bien qu'il y a là quelque chose qui m'a touché. Quelle corde sensible ? Impossible de le dire immédiatement, mais cette lecture va résonner encore en moi. Je ne regrette ni l'achat ni la lecture de ce manga qui me semble incroyablement bon.

11/01/2024 (modifier)