J'ai adoré !
Je crois même que, à l'époque, c'était la première fois que le dessin de ce précurseur génial de Jack Kirby parvenait à me séduire durant plus de deux planches. Jusqu'alors, même si la puissance évocatrice de son graphisme me parlait -me hurlait, même !- son intérêt original, la lecture complète d'une histoire me frustrait pour les mêmes raisons : où trouver un coin dans la page pour se reposer les yeux ?!
Mais, avec Machine Man, il était apparemment en "ondes Alpha", complètement en phase avec son sujet et la manière de le mettre en scène.
La genèse et ses suites vont crescendo et, même si chaque scène d'action jaillit comme à l'accoutumée de la planche, on a droit à de belles séquences plus tranquilles -ou carrément poétiques, comme la retransmission (en 3D ! ARF !) du S.O.S. "cosmico-visuel" émis par Ten-For via le pauvre patient de la chambre zéro !
Les interrogations existentielles (classiques) de Aaron Stack sont touchantes car justifiées par l'histoire et, plus que tout, son look de jouet cheap (ses yeux en bulles de verre et ses bras extensibles, pareils à des tuyaux de douche !) lui confèrent une aura naïve qui, selon le cas, séduit et/ou révulse, mais donne le ton du récit -un conte.
Fatalement, après Kirby, les repreneurs de la série ont décidé de faire marche arrière, tentant maladroitement de mettre l'ordinateur vivant au goût esthétique du jour, plus "réaliste" : un naufrage pathétique. Preuve en est que le concept originel était le bon : Alex Ross, superbement relayé par le très regretté John Paul Leon, lui rend son apparence des débuts pour l'introduction de son extraordinaire Earth X. Un sobre et bel hommage, à la mesure du pionnier de la démesure graphique.
Quelle grande époque !
Jean-Yves Mitton et Marcel Navarro torchent en quelques épisodes un trio de Sup' Héros bien sympathiques (même si archi-calibrés !) qui vont, une année durant de publication mensuelle (!) combattre de méchants extra-terrestres insectoïdes tout en découvrant leurs pouvoirs, induits par ceux-là même qu'ils affrontent ; et cela tout en évitant de se faire lyncher par les foules en délire de leurs concitoyens -c'est très Silver Surfer et Spiderman, ça !
C'est plein de grands sentiments et de clichés, encore plus mis en avant par des dialogues ampoulés au possible mais, si ça ne m'a pas dérangé à l'époque -surtout que le style de Mitton, déjà très efficace et personnel, fait un bond en avant SPECTACULAIRE à mi chemin de la publication !- j'ai depuis lors découvert que cette outrance littéraire était faite exprès ! En effet : pas du tout amateurs du genre, les deux créateurs ont eu du mal à prendre au sérieux leur médium, traité un peu comme un exercice de style -au départ, en tous cas-, et ils se sont perversement amusés à en exagérer les poncifs les plus éculés.
Mais apparemment, à l'instar de l'intelligence, l'Art ne peut s'exprimer en dessous de son propre niveau ; et c'est bel et bien une réussite dans le genre qu'ils nous ont offerte, tout au long de la carrière de nos trois héros psychorigides (j'exagère: quand Jean Mitton relance sa série dans le magazine Titans, sa personnalité chaleureuse -et très franche !- s'exprime beaucoup plus librement dans la peinture de notre société Francophone, enrichissant d'autant plus l'univers de Mike, Salty et Crabby.). Et puis la redite, en matière de super-héros, n'est pas forcément synonyme de vacuité ou d'ennuis : Marvel et Consorts auraient disparu depuis longtemps, sinon !
Un monument du Comic Book, donc ; qui ne s'essouffle à aucun moment et nous offre, comme ses meilleurs concurrents Anglo-Saxons, un sommet du récit avec la fabuleuse "Saga Du Psi", aussi magnifiquement illustrée qu'elle est élaborée dans sa progression dramatique.
Une réédition en album de certains des épisodes de la série, illustrés (entre autres, beaucoup moins inspirés même si honnêtes, comme Rick Leonardi...) par un Bill Sienkiewicz en pleine expérimentation graphique pour essayer de trouver d'autres façons de raconter en images...
C'est foutraque et chaotique -et très jouissif en même temps car on sent bien le plaisir qu'il prend à manipuler (démolir !) les codes narratifs habituels. Pas mal de croquis rapides, rythmes de parution oblige ; mais on a droit a de très expressives attitudes de la part des personnages, croquées très spontanément. L'emploie du noir -très présent !- met en valeur la moindre perle graphique, et les scénarios de Chris Claremont, plus étranges qu'à l'accoutumée (relation de cause à effet avec son dessinateur du moment, comme c'est souvent le cas avec la manière de procéder au MCG), donnent matière aux audaces picturale du grand Bill -toute relatives, quand même, dans cette production très mainstream.
Ses couvertures sont, par contre, absolument remarquables d'inventivité et de maitrise et justifient -je ne plaisante pas !- à elles seules l'achat.
C'est du Comic sans prétention et, les deux épisodes étant parties d'un tout, on est un peu limité quant à l'exploitation que les auteurs auraient pu en faire.
Néanmoins Barry Windsor-Smith s'est vraisemblablement bien amusé à remplir les cases pas mal dynamiques de ces deux historiettes, et la spécificité de son style du moment, tout en longs traits et petits points -très reconnaissable !- sert les images en leur offrant un cachet unique. Les scénarios sont typiques de l'époque (surtout celui du Daredevil/Veuve Noire) et Serval bénéficie d'un travail graphique plus libre et délié, même dans son découpage, ce qui le rend plus réussi dans son ensemble. Moi j'adore voir les mécanismes intérieurs de Lady Deathstrike, au fur et à mesure que notre bon vieux Logan la démantibule durant leur combat de chats sauvages : Barry a un faible pour la représentation "éclatée" des tuyaux de plomberie, je parierais...
Il s'est amusé, le John, a faire la nique à ses pairs qui, au même moment, surenchérissaient dans leur exploration des limites du marché à acheter du super-héros de plus en plus trash.
Sous sa plume, et ce dés son ajout aux Fantastic Four, She-Hulk est devenu un personnage plein d'entrain et d'énergie, très séduisant à mettre en scène ; et le traitement si particulier auquel il l'a soumise, en lui offrant un statut métaphysique dans son propre magazine à elle, a octroyé au scénariste-dessinateur une liberté créative sans précédent au sein du MCG.
Bon, il aurait pu, toutes proportions gardées, en profiter bien plus efficacement, hein ! Mais, fidèle à sa nature très "mainstream", il a respecté mordicus l'idée qu'il se fait de ce qui est "juste" et de bon ton quand on fait du super-héros.
On ne va pas bouder son plaisir, néanmoins : il y a une réelle volonté de se renouveler en laissant son héroïne briser le cadre de ses cases (pour gagner du temps !), ou même invectiver son auteur sur ses choix scénaristiques : "...! TOAD MEN ?! BYRNE ! TOAD MEN ?!?".
L'ensemble est très rafraichissant à lire. Mais Jennifer Walters à la sauce John Byrne était suffisamment bien incarnée pour assumer un mensuel sans l'ajout de ces "transgressions" narratives : je l'aurais tout aussi volontiers suivie au fil d'aventures "classiques".
Bizarrement, les apparitions de l'artiste au beau milieu des pages des Quatre Fantastiques me semblaient bien plus révolutionnaires, pour le coup ! Heureusement qu'il s'est -un peu !- laissé aller, finalement, avec le très réussi Next-Men ! Mais on en reparlera ailleurs.
Oh oui ! À des kilomètres de mes goûts du moment, quand il est sorti ; mais une véritable bulle d'oxygène bienvenue tant j'étais obsédé par mes chers super-héros et leurs interminables démêlées avec leurs Némésis increvables...
Le scénario très primaire de John Byrne (les méchant contre la gentille et les deux nigauds pris au milieu) est magnifiquement raccord avec le graphisme très souligné de Ron Wilson (l'encreur y est aussi sans doute pour quelque chose...) et le tout, comme souvent dans les Comics, est infiniment supérieur à la somme des parties.
Tout est énorme dans cette histoire de lutte sociale transcendée par l'affrontement sportif de deux brutes épaisses ; l'ensemble baigne dans une débauche d'encre et de couleurs bien consistantes elles aussi, ce qui donne aux images un irrésistible attrait sensuel. Surtout pour l'adolescent que j'étais alors.
D'autant plus que les seins pointent durement sous les fines étoffes, autant que les muscles saillent à chaque case ! Il se dégage un irrésistible parfum suggestif/subversif quand on tourne les pages de cet album, si incongru dans la production Marvel de l'époque, tant le sujet traité semble un prétexte à la représentation bien plus concrète des intérêts du dessinateur... Probablement peu concerné, Byrne a vraisemblablement laissé courir.
Du coup, c'est un peu culte, pour moi. Un Ovni aux visées originellement commerciales, mais assez efficace grâce à la spontanéité et la simplicité de son traitement. Et j'allais oublier, au dos de l'album Lug, la superbe couverture originale de Bill Sienkiewicz !
Je suis un inconditionnel, alors il m'est difficile de rester indifférent : sa peinture sociale, toujours très virulente, ravit mon âme d'individualiste handicapé de l'autonomie.
Il est manifeste que, depuis l'incroyable exploit de son "Couilles De taureau", spectaculaire (!) fusion de satyre sociale et radiographie Pornographique des mœurs d'une partie de la population, l'ambiance a radicalement changé et, en témoin très lucide de son époque, il a tendance à nous entreprendre de plus en plus "par le biais".
Je continue donc a vraiment apprécier mes incursions dans ce milieu (très exotique pour moi !) Germano-Gay où les discussions les plus surréalistes s'articulent autour des sujets les plus variés -et souvent les plus anodins, d'où le gag récurrent du regard décalé de cette partie bien précise de la population.
Il est à craindre malheureusement que la mode à la "normalisation" qui s'est emparée des sociétés Occidentales n'en vienne à tous nous mêler dans la même grisaille insipide. Souhaitons donc que le bon Ralf, armé de ses pinceaux foutraquement efficaces, continue longtemps de pointer nos travers avec humour et tendresse.
Je suis un grand fan. Je l'ai découverte (gamin : pas vraiment apprécié !) avec "Les Angoisses De Cellulite". Il m'a fallu y revenir un poil plus grand -aux alentours de la quatorzaine- pour me faire au graphisme si particulier et, une fois "at home", profiter pleinement de son humour au vitriol.
J'adore : Claire Bretécher a le regard acéré et sans pitié d'un rapace ; et son trait, à l'avenant, exprime avec précision et -souvent- une grande violence/puissance les actions et états d'âmes de tous ces pauvres personnages aux prises avec une réalité qui se fiche complètement de leurs affres existentielles. Je rie encore, à chaque relecture, quand telle ménagère explose (à la dernière case !) à cause du bruit de succion que fait son mari en fumant sa pipe ; et même le délire autour du ciment, au milieu de l'album, continue de m'interpeler tant l'absurde de son sujet est cocasse dans sa mise en scène -et surtout ses dialogues.
Bien sûr, les sujets les plus populaires sont incroyablement vieillots, à nos cervelles modernes (...), mais même là, à ses presque débuts, il y a déjà tout ce qui va faire d'elle la plus efficace et talentueuse des Artistes de Bande Dessinées "journalistiques" de sa génération.
Avec un parti-pris assez optimiste quant à la nature humaine -logique puisque l'ensemble est directement inspiré du 2001 de Stanley Kubrick et Arthur C. Clarke (c'est Arthur, le " gentils " des deux !!)-, Yukinobu Hoshino nous entraine, en une ellipse temporelle parfaitement maitrisée, dans un voyage aux confins de la galaxie, à la recherche de nouvelles richesses, concrètes ou plus subtiles...
Chaque épisode, titré : Nuit, explore un thème spécifique "classique" de la S.F., mais toujours avec un souci de communiquer les propres interrogations et réflexions de l'Auteur/Artiste quant à notre nature profonde et ses obsessions/limitations. Les dites Nuits peuvent se lire presque indépendamment, même si un fil rouge assez lâche nous fait rencontrer les membres d'une même famille sur plusieurs générations.
C'est presque du Space-Opera par moment, dans la démesure de certaines illustrations ou certains concepts ; mais sans jamais lorgner vers le côté clinquant : il demeure tout du long fidèle à son modèle, très "Hard Science Fiction". Néanmoins, il ne néglige pas l'argument principal de son médium -à savoir : DISTRAIRE !-, s'offrant de belles libertés graphiques pour transcrire telle "communion/osmose" extra-sensorielle ou telle autre "conscience planétaire"... Et, si je ne me rappelle pas avoir ri (!), j'ai souri à certains gags bien pensés et parfaitement intégrés au sein de cet univers si "réel".
Qu'on ne s'y trompe pas : c'est avant tout de nous, en tant qu'espèce, individus et société(s), que traitent ces ouvrages. Et c'est sûrement ce qui en fait une référence ; non seulement en Science-Fiction mais aussi -et surtout- en Anticipation.
J'ai connu PSME d'abord via sa version animée, en cassette vidéo, avant de m'attaquer, bien plus tard, au Manga lui-même -ma seconde expérience du genre, après Akira (au traitement graphique beaucoup moins typique du genre). Le sujet m'avait séduit -et la bande originale est absolument magnifique : Yoko Kanno et Hajime Mizoguchi sont des compositeurs extraordinaires.
Sinon, quelle claque ! L'intrigue, mise en scène de manière complètement éclatée (les flashbacks non linéaires et les objectifs/intérêts des héros qui ne cessent de s'inverser, se croiser ou se brouiller) est passionnante de bout en bout, nous faisant passer par tous les affres de la création avec chacun des personnages.
Saki Hiwatari nous balade d'un épisode à l'autre sans jamais tout à fait complètement dévoiler les raisons les plus intimes des motivations du petit groupe d'ex/nouveaux amis/ennemis et, en ce qui me concerne, l’aveu déchirant de Alice à Haruhiko, vers la fin, m'a complètement pris par surprise -et d'autant plus touché que j'avais oublié que les traumas qui nous définissent ne sont décidément jamais les plus évidents. Mais de nombreux autres instants de dure vérité confrontent les adolescents à leurs proches ainsi qu'à eux-mêmes, et mon cœur battait vraiment pour eux tout au long de leur quête ; c'est dire l'art consommé de l'Artiste !
Si on ajoute la réelle beauté des images, des visages (!), des décors à la profonde réflexion Humaniste qui soutient cette (longue ! Mais c'est traditionnel, au Japon) série poétique et romantique, on ne peut qu'en constater la grande réussite.
Un summum du genre, pour l'amateur de Manga vraiment moyen que je suis ; et un summum TOUT COURT pour l'amoureux de bandes dessinées, un poil mieux éclairé.
En France, les livres sont au même prix partout. C'est la loi !
Avec BDfugue, vous payez donc le même prix qu'avec les géants de la vente en ligne mais pour un meilleur service :
des promotions et des goodies en permanence
des réceptions en super état grâce à des cartons super robustes
une équipe joignable en cas de besoin
2. C'est plus avantageux pour nous
Si BDthèque est gratuit, il a un coût.
Pour financer le service et le faire évoluer, nous dépendons notamment des achats que vous effectuez depuis le site. En effet, à chaque fois que vous commencez vos achats depuis BDthèque, nous touchons une commission. Or, BDfugue est plus généreux que les géants de la vente en ligne !
3. C'est plus avantageux pour votre communauté
En choisissant BDfugue plutôt que de grandes plateformes de vente en ligne, vous faites la promotion du commerce local, spécialisé, éthique et indépendant.
Meilleur pour les emplois, meilleur pour les impôts, la librairie indépendante promeut l'émergence des nouvelles séries et donc nos futurs coups de cœur.
Chaque commande effectuée génère aussi un don à l'association Enfance & Partage qui défend et protège les enfants maltraités. Plus d'informations sur bdfugue.com
Pourquoi Cultura ?
Indépendante depuis sa création en 1998, Cultura se donne pour mission de faire vivre et aimer la culture.
La création de Cultura repose sur une vision de la culture, accessible et contributive. Nous avons ainsi considéré depuis toujours notre responsabilité sociétale, et par conviction, développé les pratiques durables et sociales. C’est maintenant au sein de notre stratégie de création de valeur et en accord avec les Objectifs de Développement Durable que nous déployons nos actions. Nous traitons avec lucidité l’impact de nos activités, avec une vision de long terme. Mais agir en responsabilité implique d’aller bien plus loin, en contribuant positivement à trois grands enjeux de développement durable.
Nos enjeux environnementaux
Nous sommes résolument engagés dans la réduction de notre empreinte carbone, pour prendre notre part dans la lutte contre le réchauffement climatique et la préservation de la planète.
Nos enjeux culturels et sociétaux
La mission de Cultura est de faire vivre et aimer la culture. Pour cela, nous souhaitons stimuler la diversité des pratiques culturelles, sources d’éveil et d’émancipation.
Nos enjeux sociaux
Nous accordons une attention particulière au bien-être de nos collaborateurs à la diversité, l’inclusion et l’égalité des chances, mais aussi à leur épanouissement, en encourageant l’expression des talents artistiques.
Votre vote
Machine Man - Le Robot vivant
J'ai adoré ! Je crois même que, à l'époque, c'était la première fois que le dessin de ce précurseur génial de Jack Kirby parvenait à me séduire durant plus de deux planches. Jusqu'alors, même si la puissance évocatrice de son graphisme me parlait -me hurlait, même !- son intérêt original, la lecture complète d'une histoire me frustrait pour les mêmes raisons : où trouver un coin dans la page pour se reposer les yeux ?! Mais, avec Machine Man, il était apparemment en "ondes Alpha", complètement en phase avec son sujet et la manière de le mettre en scène. La genèse et ses suites vont crescendo et, même si chaque scène d'action jaillit comme à l'accoutumée de la planche, on a droit à de belles séquences plus tranquilles -ou carrément poétiques, comme la retransmission (en 3D ! ARF !) du S.O.S. "cosmico-visuel" émis par Ten-For via le pauvre patient de la chambre zéro ! Les interrogations existentielles (classiques) de Aaron Stack sont touchantes car justifiées par l'histoire et, plus que tout, son look de jouet cheap (ses yeux en bulles de verre et ses bras extensibles, pareils à des tuyaux de douche !) lui confèrent une aura naïve qui, selon le cas, séduit et/ou révulse, mais donne le ton du récit -un conte. Fatalement, après Kirby, les repreneurs de la série ont décidé de faire marche arrière, tentant maladroitement de mettre l'ordinateur vivant au goût esthétique du jour, plus "réaliste" : un naufrage pathétique. Preuve en est que le concept originel était le bon : Alex Ross, superbement relayé par le très regretté John Paul Leon, lui rend son apparence des débuts pour l'introduction de son extraordinaire Earth X. Un sobre et bel hommage, à la mesure du pionnier de la démesure graphique.
Mikros Archives
Quelle grande époque ! Jean-Yves Mitton et Marcel Navarro torchent en quelques épisodes un trio de Sup' Héros bien sympathiques (même si archi-calibrés !) qui vont, une année durant de publication mensuelle (!) combattre de méchants extra-terrestres insectoïdes tout en découvrant leurs pouvoirs, induits par ceux-là même qu'ils affrontent ; et cela tout en évitant de se faire lyncher par les foules en délire de leurs concitoyens -c'est très Silver Surfer et Spiderman, ça ! C'est plein de grands sentiments et de clichés, encore plus mis en avant par des dialogues ampoulés au possible mais, si ça ne m'a pas dérangé à l'époque -surtout que le style de Mitton, déjà très efficace et personnel, fait un bond en avant SPECTACULAIRE à mi chemin de la publication !- j'ai depuis lors découvert que cette outrance littéraire était faite exprès ! En effet : pas du tout amateurs du genre, les deux créateurs ont eu du mal à prendre au sérieux leur médium, traité un peu comme un exercice de style -au départ, en tous cas-, et ils se sont perversement amusés à en exagérer les poncifs les plus éculés. Mais apparemment, à l'instar de l'intelligence, l'Art ne peut s'exprimer en dessous de son propre niveau ; et c'est bel et bien une réussite dans le genre qu'ils nous ont offerte, tout au long de la carrière de nos trois héros psychorigides (j'exagère: quand Jean Mitton relance sa série dans le magazine Titans, sa personnalité chaleureuse -et très franche !- s'exprime beaucoup plus librement dans la peinture de notre société Francophone, enrichissant d'autant plus l'univers de Mike, Salty et Crabby.). Et puis la redite, en matière de super-héros, n'est pas forcément synonyme de vacuité ou d'ennuis : Marvel et Consorts auraient disparu depuis longtemps, sinon ! Un monument du Comic Book, donc ; qui ne s'essouffle à aucun moment et nous offre, comme ses meilleurs concurrents Anglo-Saxons, un sommet du récit avec la fabuleuse "Saga Du Psi", aussi magnifiquement illustrée qu'elle est élaborée dans sa progression dramatique.
New Mutants (Nouveaux Mutants)
Une réédition en album de certains des épisodes de la série, illustrés (entre autres, beaucoup moins inspirés même si honnêtes, comme Rick Leonardi...) par un Bill Sienkiewicz en pleine expérimentation graphique pour essayer de trouver d'autres façons de raconter en images... C'est foutraque et chaotique -et très jouissif en même temps car on sent bien le plaisir qu'il prend à manipuler (démolir !) les codes narratifs habituels. Pas mal de croquis rapides, rythmes de parution oblige ; mais on a droit a de très expressives attitudes de la part des personnages, croquées très spontanément. L'emploie du noir -très présent !- met en valeur la moindre perle graphique, et les scénarios de Chris Claremont, plus étranges qu'à l'accoutumée (relation de cause à effet avec son dessinateur du moment, comme c'est souvent le cas avec la manière de procéder au MCG), donnent matière aux audaces picturale du grand Bill -toute relatives, quand même, dans cette production très mainstream. Ses couvertures sont, par contre, absolument remarquables d'inventivité et de maitrise et justifient -je ne plaisante pas !- à elles seules l'achat.
Serval - Fauve blessé / Daredevil - Rêve américain
C'est du Comic sans prétention et, les deux épisodes étant parties d'un tout, on est un peu limité quant à l'exploitation que les auteurs auraient pu en faire. Néanmoins Barry Windsor-Smith s'est vraisemblablement bien amusé à remplir les cases pas mal dynamiques de ces deux historiettes, et la spécificité de son style du moment, tout en longs traits et petits points -très reconnaissable !- sert les images en leur offrant un cachet unique. Les scénarios sont typiques de l'époque (surtout celui du Daredevil/Veuve Noire) et Serval bénéficie d'un travail graphique plus libre et délié, même dans son découpage, ce qui le rend plus réussi dans son ensemble. Moi j'adore voir les mécanismes intérieurs de Lady Deathstrike, au fur et à mesure que notre bon vieux Logan la démantibule durant leur combat de chats sauvages : Barry a un faible pour la représentation "éclatée" des tuyaux de plomberie, je parierais...
La Sensationnelle She-Hulk
Il s'est amusé, le John, a faire la nique à ses pairs qui, au même moment, surenchérissaient dans leur exploration des limites du marché à acheter du super-héros de plus en plus trash. Sous sa plume, et ce dés son ajout aux Fantastic Four, She-Hulk est devenu un personnage plein d'entrain et d'énergie, très séduisant à mettre en scène ; et le traitement si particulier auquel il l'a soumise, en lui offrant un statut métaphysique dans son propre magazine à elle, a octroyé au scénariste-dessinateur une liberté créative sans précédent au sein du MCG. Bon, il aurait pu, toutes proportions gardées, en profiter bien plus efficacement, hein ! Mais, fidèle à sa nature très "mainstream", il a respecté mordicus l'idée qu'il se fait de ce qui est "juste" et de bon ton quand on fait du super-héros. On ne va pas bouder son plaisir, néanmoins : il y a une réelle volonté de se renouveler en laissant son héroïne briser le cadre de ses cases (pour gagner du temps !), ou même invectiver son auteur sur ses choix scénaristiques : "...! TOAD MEN ?! BYRNE ! TOAD MEN ?!?". L'ensemble est très rafraichissant à lire. Mais Jennifer Walters à la sauce John Byrne était suffisamment bien incarnée pour assumer un mensuel sans l'ajout de ces "transgressions" narratives : je l'aurais tout aussi volontiers suivie au fil d'aventures "classiques". Bizarrement, les apparitions de l'artiste au beau milieu des pages des Quatre Fantastiques me semblaient bien plus révolutionnaires, pour le coup ! Heureusement qu'il s'est -un peu !- laissé aller, finalement, avec le très réussi Next-Men ! Mais on en reparlera ailleurs.
Super boxeurs
Oh oui ! À des kilomètres de mes goûts du moment, quand il est sorti ; mais une véritable bulle d'oxygène bienvenue tant j'étais obsédé par mes chers super-héros et leurs interminables démêlées avec leurs Némésis increvables... Le scénario très primaire de John Byrne (les méchant contre la gentille et les deux nigauds pris au milieu) est magnifiquement raccord avec le graphisme très souligné de Ron Wilson (l'encreur y est aussi sans doute pour quelque chose...) et le tout, comme souvent dans les Comics, est infiniment supérieur à la somme des parties. Tout est énorme dans cette histoire de lutte sociale transcendée par l'affrontement sportif de deux brutes épaisses ; l'ensemble baigne dans une débauche d'encre et de couleurs bien consistantes elles aussi, ce qui donne aux images un irrésistible attrait sensuel. Surtout pour l'adolescent que j'étais alors. D'autant plus que les seins pointent durement sous les fines étoffes, autant que les muscles saillent à chaque case ! Il se dégage un irrésistible parfum suggestif/subversif quand on tourne les pages de cet album, si incongru dans la production Marvel de l'époque, tant le sujet traité semble un prétexte à la représentation bien plus concrète des intérêts du dessinateur... Probablement peu concerné, Byrne a vraisemblablement laissé courir. Du coup, c'est un peu culte, pour moi. Un Ovni aux visées originellement commerciales, mais assez efficace grâce à la spontanéité et la simplicité de son traitement. Et j'allais oublier, au dos de l'album Lug, la superbe couverture originale de Bill Sienkiewicz !
Suck my duck !
Je suis un inconditionnel, alors il m'est difficile de rester indifférent : sa peinture sociale, toujours très virulente, ravit mon âme d'individualiste handicapé de l'autonomie. Il est manifeste que, depuis l'incroyable exploit de son "Couilles De taureau", spectaculaire (!) fusion de satyre sociale et radiographie Pornographique des mœurs d'une partie de la population, l'ambiance a radicalement changé et, en témoin très lucide de son époque, il a tendance à nous entreprendre de plus en plus "par le biais". Je continue donc a vraiment apprécier mes incursions dans ce milieu (très exotique pour moi !) Germano-Gay où les discussions les plus surréalistes s'articulent autour des sujets les plus variés -et souvent les plus anodins, d'où le gag récurrent du regard décalé de cette partie bien précise de la population. Il est à craindre malheureusement que la mode à la "normalisation" qui s'est emparée des sociétés Occidentales n'en vienne à tous nous mêler dans la même grisaille insipide. Souhaitons donc que le bon Ralf, armé de ses pinceaux foutraquement efficaces, continue longtemps de pointer nos travers avec humour et tendresse.
Salades de saison
Je suis un grand fan. Je l'ai découverte (gamin : pas vraiment apprécié !) avec "Les Angoisses De Cellulite". Il m'a fallu y revenir un poil plus grand -aux alentours de la quatorzaine- pour me faire au graphisme si particulier et, une fois "at home", profiter pleinement de son humour au vitriol. J'adore : Claire Bretécher a le regard acéré et sans pitié d'un rapace ; et son trait, à l'avenant, exprime avec précision et -souvent- une grande violence/puissance les actions et états d'âmes de tous ces pauvres personnages aux prises avec une réalité qui se fiche complètement de leurs affres existentielles. Je rie encore, à chaque relecture, quand telle ménagère explose (à la dernière case !) à cause du bruit de succion que fait son mari en fumant sa pipe ; et même le délire autour du ciment, au milieu de l'album, continue de m'interpeler tant l'absurde de son sujet est cocasse dans sa mise en scène -et surtout ses dialogues. Bien sûr, les sujets les plus populaires sont incroyablement vieillots, à nos cervelles modernes (...), mais même là, à ses presque débuts, il y a déjà tout ce qui va faire d'elle la plus efficace et talentueuse des Artistes de Bande Dessinées "journalistiques" de sa génération.
2001 Nights stories
Avec un parti-pris assez optimiste quant à la nature humaine -logique puisque l'ensemble est directement inspiré du 2001 de Stanley Kubrick et Arthur C. Clarke (c'est Arthur, le " gentils " des deux !!)-, Yukinobu Hoshino nous entraine, en une ellipse temporelle parfaitement maitrisée, dans un voyage aux confins de la galaxie, à la recherche de nouvelles richesses, concrètes ou plus subtiles... Chaque épisode, titré : Nuit, explore un thème spécifique "classique" de la S.F., mais toujours avec un souci de communiquer les propres interrogations et réflexions de l'Auteur/Artiste quant à notre nature profonde et ses obsessions/limitations. Les dites Nuits peuvent se lire presque indépendamment, même si un fil rouge assez lâche nous fait rencontrer les membres d'une même famille sur plusieurs générations. C'est presque du Space-Opera par moment, dans la démesure de certaines illustrations ou certains concepts ; mais sans jamais lorgner vers le côté clinquant : il demeure tout du long fidèle à son modèle, très "Hard Science Fiction". Néanmoins, il ne néglige pas l'argument principal de son médium -à savoir : DISTRAIRE !-, s'offrant de belles libertés graphiques pour transcrire telle "communion/osmose" extra-sensorielle ou telle autre "conscience planétaire"... Et, si je ne me rappelle pas avoir ri (!), j'ai souri à certains gags bien pensés et parfaitement intégrés au sein de cet univers si "réel". Qu'on ne s'y trompe pas : c'est avant tout de nous, en tant qu'espèce, individus et société(s), que traitent ces ouvrages. Et c'est sûrement ce qui en fait une référence ; non seulement en Science-Fiction mais aussi -et surtout- en Anticipation.
Réincarnations - Please Save my Earth
J'ai connu PSME d'abord via sa version animée, en cassette vidéo, avant de m'attaquer, bien plus tard, au Manga lui-même -ma seconde expérience du genre, après Akira (au traitement graphique beaucoup moins typique du genre). Le sujet m'avait séduit -et la bande originale est absolument magnifique : Yoko Kanno et Hajime Mizoguchi sont des compositeurs extraordinaires. Sinon, quelle claque ! L'intrigue, mise en scène de manière complètement éclatée (les flashbacks non linéaires et les objectifs/intérêts des héros qui ne cessent de s'inverser, se croiser ou se brouiller) est passionnante de bout en bout, nous faisant passer par tous les affres de la création avec chacun des personnages. Saki Hiwatari nous balade d'un épisode à l'autre sans jamais tout à fait complètement dévoiler les raisons les plus intimes des motivations du petit groupe d'ex/nouveaux amis/ennemis et, en ce qui me concerne, l’aveu déchirant de Alice à Haruhiko, vers la fin, m'a complètement pris par surprise -et d'autant plus touché que j'avais oublié que les traumas qui nous définissent ne sont décidément jamais les plus évidents. Mais de nombreux autres instants de dure vérité confrontent les adolescents à leurs proches ainsi qu'à eux-mêmes, et mon cœur battait vraiment pour eux tout au long de leur quête ; c'est dire l'art consommé de l'Artiste ! Si on ajoute la réelle beauté des images, des visages (!), des décors à la profonde réflexion Humaniste qui soutient cette (longue ! Mais c'est traditionnel, au Japon) série poétique et romantique, on ne peut qu'en constater la grande réussite. Un summum du genre, pour l'amateur de Manga vraiment moyen que je suis ; et un summum TOUT COURT pour l'amoureux de bandes dessinées, un poil mieux éclairé.