"Encore un petit meurtre avec votre thé, my dear ?"
C'est par cette phrase d'allure très britannique que l'on pourrait symboliser cette Bd jubilatoire. Après avoir lu Fog, je reste dans l'ambiance anglaise, et je précise que j'ai lu les albums réédités dans la collection Expresso de Dupuis.
Je suis donc servi moi qui aime les atmosphères et l'ironie british, avec ces petits contes délicieux dans la lignée de Conan Doyle. Les auteurs offrent des intrigues machiavéliques où les membres d'un club très sélect de l'Angleterre victorienne décrivent le crime parfait.
C'est un exercice de style brillant et d'une grande virtuosité, assaisonné d'un humour très noir comme il se doit. La façon dont Vehlmann parvient en si peu de pages à boucler ces récits courts est d'une précision d'horlogerie tout à fait remarquable, c'est assez rare, car souvent dans ce genre d'exercice, le ton est inégal, mais ici le niveau reste élevé, il y a bien 2 ou 3 histoires un peu plus faibles que les autres, mais c'est du tout bon, et avec des chutes très réussies, souvent savoureuses et bien amenées.
En même temps, c'est un véritable hommage à la littérature policière à énigme anglo-saxonne, j'ai cité Conan Doyle, mais j'aurais pu aussi bien citer John Dickson Carr, le spécialiste des énigmes en lieu clos, ou encore Dorothy Sayers (connue pour son héros Lord Peter) et Agatha Christie... Les auteurs hissent l'assassinat au rang d'un art raffiné, on tue avec une cordelette en soie entre 2 collations, on verse du poison dans le thé traditionnel, bref la plupart des intrigues sont ingénieuses, et le dessin plein de verve de Bodart ajoute une élégance. Il est beaucoup moins fouillis que sur ses anciennes bandes comme Nicotine Goudron, il est plus stylé pour illustrer l'ambiance anglaise tout en gardant un aspect humoristique qui désamorce la violence de certaines situations. Une belle réussite.
Tango est en quelque sorte un western moderne dans le désert Bolivien.
Si l'intrigue n'est pas follement originale, le décor par contre est superbe.
C'est donc l'histoire d'un homme mystérieux qui cherche à se faire discret dans un coin paumé de la Cordillère des Andes. Bien intégré, sa situation devient intenable quand, à cause du mystère d'un autre habitant des lieux, l'attention est attirée sur sa cachette et qu'il va devoir fuir deux types de tueurs, en ayant qui plus est un enfant à protéger.
C'est un récit d'action basé sur un contexte de polar.
Mais c'est surtout l'occasion de raconter une aventure dans les superbes paysages Boliviens. Déserts rocailleux, petits pueblos perdus, montagnes pelées et lacs de sel. Le dessin de Philippe Xavier, précis et maîtrisé, s'adapte parfaitement à ce cadre et fait voyager le lecteur. Personnages, véhicules et décors, tout est impeccable.
Pour ajouter au voyage, les auteurs nous offrent en fin d'album un court journal de leur voyage sur place avec très belles photos à l'appui. Ça donne envie.
Bref, si honnêtement l'intrigue de polar n'est pas très surprenante et un peu déjà vue, le dépaysement est garanti et l'histoire bien menée et prenante.
J’ai dévoré ce manga à raison de 4 à 5 tomes par semaine, c’est dire si son intrigue m’a accroché ! Pourtant celle-ci n’est pas dépourvue de défauts, dont le principal est l’invraisemblance de certaines situations. Si bien que j’en suis venu à me demander pourquoi ce récit me passionnait autant et la réponse me semble être la manière dont les événements nous sont racontés.
Et qu’a-t-elle de remarquable, cette narration ? Et bien, elle est remarquable dans le sens où elle utilise constamment la voie indirecte. Comprenez par là qu’il aurait été facile à l’auteur de se centrer sur le docteur Tenma, de suivre ses recherches, sa traque du monstre. Mais cela aurait donné un récit linéaire et peu original dans lequel les invraisemblances du scénario auraient été exposées comme une musaraigne dans un champ moissonné (les rapaces auraient apprécié). Oui mais voilà, rien de cela ici et le lecteur ne cesse de rebondir d’un personnage plus ou moins secondaire à un autre, témoin, complice, policier, victime, et chacun nous apporte sa propre expérience, son ressenti, ses craintes. Alors, oui, parfois, un chapitre m’est apparu moins utile qu’un autre mais, au final, il se dégage de ce récit un florilège de personnages secondaires on ne peut plus attractif. Les voir apparaître, disparaître, revenir comme par enchantement pour le grand final a créé chez moi un étrange sentiment : celui d’être à la fois complice et voyeur. Complice car certains de ces personnages sont fort attachants. Voyeur car, en notre qualité de lecteur, nous occupons une place un peu à part. Nous voyons les personnages souffrir, nous savons avant certains d’entre eux à quel monstre ils sont confrontés… et nous nous délectons de notre position.
Au niveau du dessin, le trait est de qualité mais fondamentalement assez classique pour un manga réaliste. J’ai apprécié le fait que les personnages (même féminins) étaient plutôt bien typés, ce qui a fortement limité les confusions entre personnages alors que ceux-ci sont extrêmement nombreux au final. Les décors ne se limitent pas à deux lignes droites sur fond blanc avec un usage régulier de vues directement décalquées de photographies, et l’amateur de whisky pourra s’amuser à reconstituer la belle collection de bouteilles ingurgitées par les différents protagonistes (pas deux fois le même cru sauf erreur de ma part).
En résumé, ce manga est malsain, tordu et invraisemblable par bien des aspects mais je l’ai trouvé passionnant, incroyablement accrocheur. Je l’ai lu à une vitesse record parce que, d’une part, c’est du manga et donc on a souvent droit à des pages sans texte qui défilent comme des coureurs cyclistes dans la descente du Tourmalet mais aussi parce que je voulais absolument savoir ce que chaque chapitre allait nous offrir, comme révélations, comme coup du sort ou comme perversité.
Et si, au final, nous n’avons pas toutes les réponses à nos questionnements, j’ai envie de dire « tant mieux ! » Je préfère quitter un récit avec un sentiment de manque plutôt qu’avec la déception de révélations trop plates ou trop invraisemblables.
Les thèmes présent dans cet album ne sont pas des plus originaux, notamment le fait qu'une ville entière est sous la joute d'un despote à la 1984, mais le traitement des auteurs est original et ce récit possède assez de qualité pour que je le trouve prenant.
Le déroulement général est un peu cliché, mais j'ai tout de même eu des surpris au cours de l'album. J'aime bien la manière dont le chewing-gum est détourné et devient un instrument d'abrutissement des masses. Le récit est très bien construit et il y a des bonnes idées très bien exploités. J'aime le dessin un peu naïf qui va très bien avec ce type d'histoire qui me fait un peu penser à un conte.
Si vous voulez lire une histoire dénonçant les régimes totalitaires, c'est un album pour vous.
Allez ! On ressort les sombreros et les pistoleros, les plumes d'indiens et le whisky qui a du chien, on saute sur son Jolly Jumper et.... STOP ! Stop ! On ne s’emballe pas ! On ramasse sa bite et son couteau pour retourner se poser dans le rocking chair avant de finir client chez monsieur Stern.
Car si le cadre posé est bien celui d'un western, avec (presque) tous les incontournables codes qui le composent, c’est plus à une enquête bien ficelée que les frères Maffre nous convient. Notre Elijah Stern, croque mort de profession (Et non ! Il n’est pas juif !!! :p ) va se retrouver bien malgré lui au centre d’une intrigue des plus efficaces et rondement menée de bout en bout.
En prenant comme point de départ un des travers de la Guerre de Sécession et les exactions commises par un de ses commandos sudiste, les Bushwackers, les frères Maffre tissent une intrigue solide et prenante en s’appuyant sur des personnages bien campés et intéressants.
Ajoutez à cela un dessin des plus agréables, lumineux, bien construit et nous proposant des planches très bien fichues, pour que la lecture de cet album vous accroche de bout en bout !
Un polar aux petits oignons se servant des codes du western pour plaquer son décor de la plus belle des façons : à lire !
*** Tome 2 ***
Ce deuxième tome ne déroge pas, à la règle qui semble guider nos deux auteurs, faire du western, mais "autrement". Les codes et les clés classiques sont bien assimilés, mais plutôt que de verser dans la redite, ils nous servent un second scénario original.
Elijah Stern qui s'est volontairement retiré dans un bled paumé va devoir sortir de son trou car son approvisionnement en livres dont il ne peut se passer, vient à faire défaut... A contre coeur il lui faut aller lui-même à la "grande ville", Kansas City, pour s'approvisionner. Sauf qu'il a horreur des villes et que celles-ci lui rendent bien ! Il va retomber sur de vieilles connaissances qui vont le mener malgré lui vers des péripéties bien senties.
Ce qui fait la force de cette série c'est bien ce don de construire une aventure grâce à des personnages au passé et à la psychologie bien pensés. A partir de cela, tout devient possible et l'épique surgit tout aussi bien d'une ruelle sordide que d'un salon de thé. Surtout que le dessin de Julien Maffre est toujours aussi bon et qu'il donne à l'ensemble une tenue de haut standing qui nous plonge toujours aussi efficacement dans les récits que concocte son frangin.
Voilà donc un second tome qui confirme haut la main tout le bien qu'on peut attendre de cette série et du talent des deux frères Maffre.
Voici une enquête rondement menée de ‘A’ à ‘Z’.
Pourtant, on ne peut pas dire que la personne chargée de dénouer cette étrange affaire de meurtres en série ait eu une action déterminante. A sa décharge, le village concerné abrite des gens pour lesquels les mots ont davantage d’importance que les maux de leurs voisins. La santé mentale des habitants pose donc question mais cela se complique lorsque l’intégrité physique de certains est atteinte. L’auteur jongle avec les caractères avec une imagination (presque) sans limites. Cet exercice, assez jubilatoire, présente un caractère quasi oubapien en associant plusieurs contraintes narratives. Le fond (l’enquête) est basique mais tout l'intérêt de ce one shot réside dans sa forme. Côté dessin, le trait simple s'harmonise bien avec les couleurs déliées.
Une lecture aussi étonnante qu’inhabituelle.
Ah ah ah !
Quelle poilade quand même que cet album ! Période déconne de Larcenet. J’ai vraiment bien rigolé à chaque fois que j’ai lu cette histoire assez débile. Ri sur tous les chapitres, sauf sur les deux derniers (un peu moins intéressants), qui ressemblent à un atterrissage en douceur, après le reste de l’album, vraiment réussi.
Vaguement inspirées de la geste du célèbre héros anglais, ces historiettes (qui se suivent et forment une histoire complète) narrent les aventures d’un Robin des bois devenu vieillard et atteint de la maladie d’Alzheimer, qui traque les riches touristes dans la forêt de Rambouillet, et qui est lui-même traqué par un shérif de Nottingham fan des States.
Entre des dialogues loufoques, des passages absurdes et/ou décalés, Larcenet place quelques anachronismes savoureux, le tout étant vraiment drôle. Son dessin, du Larcenet classique, est simple et très efficace.
C’est un album très recommandable. Larcenet produira ensuite quelques albums « biographiques » assez proches dans l’esprit, aussi décalés (dans sa série Une aventure rocambolesque de...), même si ce sera sur des tons plus hétérogènes, pas toujours uniquement comiques.
Après la lecture des 6 tomes.
J’ai beaucoup apprécié W.E.S.T. Derrière un vague air de La Ligue des gentlemen extraordinaires (un groupe de spécialistes en paranormal agissant au service du gouvernement), Nury et Dorison ont réussi à créer un univers cohérent et indéniablement passionnant.
Si les personnages ne sont pas, comme certains posteurs le soulignent à juste titre, très originaux, ils ne manquent pas d’intérêt. Les auteurs distillent avec habileté progressivement leur passé.
Le choix de la période (début du 20ème siècle américain) est surprenant car c’est un moment assez peu traité en BD, qui privilégie la Guerre de Sécession, la conquête de l’ouest ou la Guerre froide. La période est particulièrement bien rendue ; on sent que les auteurs se sont bien documentés. Il faut dire que les superbes dessins de Rossi, toujours très soignés, détaillés et fidèles à l’époque y sont pour beaucoup.
Le choix de diviser la série en trois diptyques de deux albums, avec une trame principale commune fonctionne très bien. La qualité des différentes intrigues ne baisse jamais et l’ensemble se révèle passionnant du début à la fin. Le fantastique, élément essentiel de la saga, est très bien intégré et ne nuit pas à la cohérence de l’histoire, bien au contraire.
W.E.S.T. est une très bonne série.
A découvrir sans crainte !
Il y a des signes comme ça qui laissent à penser que la bande dessinée est en train d’acquérir un peu plus chaque année ses lettres de noblesse. A moins que ce ne soit la connaissance qui ait décidé de quitter les étagères poussiéreuses des universités pour se faire plus sexy, ne considérant plus déshonorant de s’acoquiner avec ce garnement parfois turbulent qu'est le neuvième art. C’est ainsi qu’en 2016, le Lombard inaugurait cette collection au slogan imparable : « Un spécialiste et un dessinateur s’unissent pour vous faire comprendre le monde en bande dessinée ».
Depuis, la collection a fait des petits et compte désormais seize ouvrages. Présentés dans un mini-format (13.9 x 19.6 cm) et comprenant entre 70 et 100 pages, chaque volume est réalisé par des auteurs différents (un expert de la question associé à un dessinateur). Les sujets couvrent des domaines extrêmement variés, de l’univers (avec en co-auteur Hubert Reeves, excusez du peu) au droit d’auteur, en passant par le heavy metal et les requins… Une ligne éditoriale en apparence disparate mais dont la folle ambition, à l’instar des fameux « Que sais-je ? », est d’aborder de façon ludique et sans restriction tous les thèmes de la connaissance humaine : histoire, pensée, science, culture, technique, nature, société…
On ne peut que se réjouir de l’apparition d’une telle collection et souhaiter bonne chance au Lombard. L’éditeur s’est donné les moyens de trouver son public avec non seulement un format peu encombrant mais également un tirage séduisant. Un beau mariage à célébrer entre la connaissance et la bande dessinée.
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12 - Le minimalisme
Une excellente entrée en matière sur un concept qui n’est pas vraiment nouveau et se retrouvait déjà dans l’art dès la Préhistoire. Si comme moi, vous vous êtes déjà retrouvé désorienté voire agacé devant une sculpture ou une peinture abstraite, ce petit ouvrage pourra vous fournir les codes d’accès pour tenter de comprendre, à défaut d’apprécier, ce que l’artiste a voulu exprimer. Pour les adeptes du minimaliste, « moins, c’est plus », car l’art ne sert pas qu’à faire joli mais aussi à faire réfléchir, en recourant parfois à la provocation. Une approche vulgarisatrice et ludique très appréciable.
17 - Internet
C’est une excellente idée que d’avoir créé deux mascottes dans le cadre d’une collection qui se veut à la fois didactique et distrayante. Pour ce faire, les auteurs se sont basés sur un fait réel qui s’est produit en 2011 en Géorgie, lorsqu’une vieille paysanne d’une région reculée priva tout le pays de l’accès à Internet en creusant un trou pour y chercher du cuivre, tranchant ainsi le seul câble optique qui reliait électroniquement la Géorgie au monde… démontrant toute la fragilité de ce moyen de communication. C’est ainsi qu’une discussion s’ensuit entre le bout de câble qui prend vie et la vieille femme, cette dernière étant là pour jouer le rôle de candide face au câble-boa qui va l’emmener en voyage à travers le cyberespace et son histoire.
Cela donne une narration très vivante, et le coup de crayon rond et vif de Mathieu Burniat, qui avait récemment mis en images Le Mystère du Monde Quantique, fait le reste. Le dessinateur s’en sort d’ailleurs beaucoup mieux ici, mais aussi sans doute en partie parce qu’Internet est un domaine qui recèle moins de nébulosités que la physique quantique pour le commun des mortels. Jean-Noël Lafargue développe le thème de façon assez exhaustive, des aspects techniques aux enjeux économiques, de ses bienfaits à ses dérives… Devenu en l’espace de vingt ans aussi vital que l’eau courante, Internet est finalement assez mal connu de par son histoire et son fonctionnement, et cet ouvrage vient judicieusement combler nos lacunes.
18 - Le conflit israélo-palestinien
Les récents événements viennent encore de le prouver, le conflit dans cette région du monde n’a pas fini d’empoisonner l’atmosphère… Tels deux frères ennemis, ces deux peuples semblent irréconciliables et leur querelles ne datent pas d’hier... Autant le sujet peut s’avérer rébarbatif et complexe, autant il fascine et reste le centre d’attention du monde entier de par ses répercussions délétères, inversement proportionnelles à la superficie géographique sur laquelle se déroulent les événements. De manière générale, la politique israélienne choque ceux que révoltent l’injustice et la violence, d’autant plus surprenantes de la part d’un peuple ayant subi lui-même la barbarie nazie.
L’ouvrage, par la voix de l’historien Vladimir Grigorieff, tente d’expliquer le conflit en remontant d’abord aux origines, nous livrant les clés factuelles nécessaires à une compréhension globale et raisonnée. D’une certaine façon, il fait appel à la capacité d’empathie de chacun en tentant lui-même de rester le plus objectif possible, se gardant bien de prendre parti pour l’un ou l’autre camp, tout en soulignant l’importance de parvenir à une cohabitation durable et respectueuse. Car, faut-il le préciser, Vladimir Grigorieff est aussi un pacifiste convaincu. Par son dessin minimaliste, Abdel de Bruxelles apporte un peu de légèreté dans la lourdeur de cette discorde, s’inspirant parfois de photos d’actualités et d’archives. Un outil synthétique et très utile pour appréhender un conflit millénaire aux ramifications multiples, dans un état d’esprit optimiste, si tant est que cela soit possible…
19 - Les zombies
A l’heure où les zombies n’ont jamais été autant à la mode, il était pertinent d’explorer ce phénomène culturel devenu un genre à part entière, en se penchant sur l’origine de ces terrifiantes créatures qui fascinent autant qu’elles hantent nos nuits. Car oui, et on le sait moins, les zombies n’existent pas seulement dans les œuvres de fiction, mais bel et bien dans la réalité contemporaine. S’étant attelés à la tâche, les auteurs nous rappellent qu’en Haïti à l’heure actuelle, sous couvert de traditions et rites vaudous, des êtres humains sont enterrés vivants après avoir été empoisonnés (sans « e »), pour servir ensuite d’esclaves à des sorciers, des esclaves dépourvus d’identité une fois déterrés…
C’est passionnant et instructif, même si de telles pratiques, dussent-elles perdurer au nom de la tradition ou de croyances d’un autre âge, font froid dans le dos. Pour ce qui est des morts-vivants en tant que source d’inspiration dans la pop-culture, Philippe Charlier ne fait qu’effleurer le sujet, ce qui peut dérouter le lecteur qui s’attendait à un digest des œuvres du genre à travers le cinéma, la littérature, la BD… De même, l’aspect sociologique n’est abordé que sur trois pages en fin d’ouvrage. Cela peut sembler dommage, mais clairement, l’auteur a visiblement souhaité se concentrer sur la « genèse ». Peut-être faudra-t-il éditer une seconde partie sur le sujet. Par ailleurs, l’ouvrage est mis en images par Richard Guérineau, l’occasion d’admirer une fois encore le joli coup de crayon du dessinateur du « Chant des Stryges », tout comme son talent de coloriste. Précisons enfin, à l’attention des passionnés d’étymologie, que le terme « zombi » s’écrivait sans « e » à la fin avant d’être popularisé par Hollywood.
20 - Les abeilles
Einstein disait que la mort des abeilles entraînerait la disparition de l’Homme sur Terre. Soixante après sa mort, les abeilles sont menacées d’extinction, en grande partie du fait de l’activité humaine, notamment l’agriculture intensive et les pesticides. Fort heureusement, les opinions publiques commencent à faire pression pour revenir à des modes de production respectant mieux la nature.
Le livre n’oublie pas d’évoquer le sujet, parmi toutes les menaces qui pèsent sur nos amies productrices de miel et pollinisatrices, ce qui en fait un élément fondamental de la biodiversité…Conçu en deux parties, cet ouvrage, rédigé par Yves Le Conte, spécialiste éminent des abeilles et également apiculteur, détaille en premier lieu les caractéristiques de ces précieux insectes, leur mode d’organisation et leur habitat. Le tout, illustré par un vieux routier de la BD, ancien de Pilote ( !) et de Fluide Glacial, j’ai nommé Jean Solé. On retrouve son style mi-réaliste mi-caricatural associant abondance de détails les plus saugrenus et humour potache - preuve en est que la BD aide à conserver son âme d’enfant. Cependant, il n’est pas certain que cela soit ce qu’il y a de plus adapté à ce type de production. En effet, si la mise en page est extrêmement fantaisiste, le dessin reste très chargé et tend à parasiter le propos, donnant à l’ensemble un côté désordonné, de même que l’humour un peu daté semble parfois puiser son inspiration dans l’almanach Vermot
L'avis d'Agecanonix m'a vraiment convaincu d'acheter cette BD et de m'y plonger allègrement une seconde fois, et je lui en suis vraiment reconnaissant. Parce que c'est le genre de BD que j'apprécie presque plus à deuxième lecture.
Lorsque j'avais fini ma première lecture, je l'avais trouvé pas mal du tout mais un peu moins bien que Charly 9, qui m'avait vraiment enthousiasmé, mais à la relecture, c'est plutôt l'inverse.
Parce que dans cette BD, Guérineau aura réussi le pari de faire aussi bien que son prédécesseur encensé par la critique, mais même mieux sur bien des points. Déjà, il arrive à réaliser l'exploit de couvrir cette période mouvementée de l'histoire en conservant tout les protagonistes principaux et sans que l'on ne s'y perde. De même il réussit l'exploit de rendre compréhensible le beau bordel qu'était le royaume de France à cette époque (quoiqu'il n'ait pas trop développé l'aspect politique extérieur, qui joua un grand rôle dans les troubles du royaume, mais on ne peut pas tout mettre). Privilégiant la lecture fluide sur une précision historique chirurgicale, il en ressort une BD très plaisante, drôle et instructive. Certes, elle ne remplacera jamais un bon cours d'histoire ou un livre documenté sur le sujet, mais on ne vient pas à cette BD pour un cours d'histoire !
Et pourtant, l'auteur fait très fort en nous assénant quelques principes que tout historien se doit de retenir (notamment essayer de trier dans les rumeurs ou encore comprendre les raisons de chaque gestes plutôt que d'y glisser ce qu'on a envie d'y voir). Sans faire de leçon moral, par petites phrases bien sentis, on sent passer l'idée. Et ça, c'est fort !
La BD a encore le bon gout de proposer de l'humour (beaucoup d'humour), des parodies bien trouvées et qui ajoutent au cadre globalement humoristique, mais aussi des pages plus menaçantes (n'oublions pas que ce fut un règne de guerre régulière). Le dessin est excellent, tout autant dans les phases habituelles que dans les parodies qu'on reconnait très vite. La colorisation ajoute beaucoup à l'agréable de la lecture.
Bref, une sorte de leçon d'histoire simplifiée mais donnant envie de se plonger un peu plus dans cette période foisonnante de guerre et de religion. C'est instructif, drôle et donnant envie de se pencher encore plus sur le sujet. Un must-have en la matière !
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"Encore un petit meurtre avec votre thé, my dear ?" C'est par cette phrase d'allure très britannique que l'on pourrait symboliser cette Bd jubilatoire. Après avoir lu Fog, je reste dans l'ambiance anglaise, et je précise que j'ai lu les albums réédités dans la collection Expresso de Dupuis. Je suis donc servi moi qui aime les atmosphères et l'ironie british, avec ces petits contes délicieux dans la lignée de Conan Doyle. Les auteurs offrent des intrigues machiavéliques où les membres d'un club très sélect de l'Angleterre victorienne décrivent le crime parfait. C'est un exercice de style brillant et d'une grande virtuosité, assaisonné d'un humour très noir comme il se doit. La façon dont Vehlmann parvient en si peu de pages à boucler ces récits courts est d'une précision d'horlogerie tout à fait remarquable, c'est assez rare, car souvent dans ce genre d'exercice, le ton est inégal, mais ici le niveau reste élevé, il y a bien 2 ou 3 histoires un peu plus faibles que les autres, mais c'est du tout bon, et avec des chutes très réussies, souvent savoureuses et bien amenées. En même temps, c'est un véritable hommage à la littérature policière à énigme anglo-saxonne, j'ai cité Conan Doyle, mais j'aurais pu aussi bien citer John Dickson Carr, le spécialiste des énigmes en lieu clos, ou encore Dorothy Sayers (connue pour son héros Lord Peter) et Agatha Christie... Les auteurs hissent l'assassinat au rang d'un art raffiné, on tue avec une cordelette en soie entre 2 collations, on verse du poison dans le thé traditionnel, bref la plupart des intrigues sont ingénieuses, et le dessin plein de verve de Bodart ajoute une élégance. Il est beaucoup moins fouillis que sur ses anciennes bandes comme Nicotine Goudron, il est plus stylé pour illustrer l'ambiance anglaise tout en gardant un aspect humoristique qui désamorce la violence de certaines situations. Une belle réussite.
Tango (Xavier/Matz)
Tango est en quelque sorte un western moderne dans le désert Bolivien. Si l'intrigue n'est pas follement originale, le décor par contre est superbe. C'est donc l'histoire d'un homme mystérieux qui cherche à se faire discret dans un coin paumé de la Cordillère des Andes. Bien intégré, sa situation devient intenable quand, à cause du mystère d'un autre habitant des lieux, l'attention est attirée sur sa cachette et qu'il va devoir fuir deux types de tueurs, en ayant qui plus est un enfant à protéger. C'est un récit d'action basé sur un contexte de polar. Mais c'est surtout l'occasion de raconter une aventure dans les superbes paysages Boliviens. Déserts rocailleux, petits pueblos perdus, montagnes pelées et lacs de sel. Le dessin de Philippe Xavier, précis et maîtrisé, s'adapte parfaitement à ce cadre et fait voyager le lecteur. Personnages, véhicules et décors, tout est impeccable. Pour ajouter au voyage, les auteurs nous offrent en fin d'album un court journal de leur voyage sur place avec très belles photos à l'appui. Ça donne envie. Bref, si honnêtement l'intrigue de polar n'est pas très surprenante et un peu déjà vue, le dépaysement est garanti et l'histoire bien menée et prenante.
Monster
J’ai dévoré ce manga à raison de 4 à 5 tomes par semaine, c’est dire si son intrigue m’a accroché ! Pourtant celle-ci n’est pas dépourvue de défauts, dont le principal est l’invraisemblance de certaines situations. Si bien que j’en suis venu à me demander pourquoi ce récit me passionnait autant et la réponse me semble être la manière dont les événements nous sont racontés. Et qu’a-t-elle de remarquable, cette narration ? Et bien, elle est remarquable dans le sens où elle utilise constamment la voie indirecte. Comprenez par là qu’il aurait été facile à l’auteur de se centrer sur le docteur Tenma, de suivre ses recherches, sa traque du monstre. Mais cela aurait donné un récit linéaire et peu original dans lequel les invraisemblances du scénario auraient été exposées comme une musaraigne dans un champ moissonné (les rapaces auraient apprécié). Oui mais voilà, rien de cela ici et le lecteur ne cesse de rebondir d’un personnage plus ou moins secondaire à un autre, témoin, complice, policier, victime, et chacun nous apporte sa propre expérience, son ressenti, ses craintes. Alors, oui, parfois, un chapitre m’est apparu moins utile qu’un autre mais, au final, il se dégage de ce récit un florilège de personnages secondaires on ne peut plus attractif. Les voir apparaître, disparaître, revenir comme par enchantement pour le grand final a créé chez moi un étrange sentiment : celui d’être à la fois complice et voyeur. Complice car certains de ces personnages sont fort attachants. Voyeur car, en notre qualité de lecteur, nous occupons une place un peu à part. Nous voyons les personnages souffrir, nous savons avant certains d’entre eux à quel monstre ils sont confrontés… et nous nous délectons de notre position. Au niveau du dessin, le trait est de qualité mais fondamentalement assez classique pour un manga réaliste. J’ai apprécié le fait que les personnages (même féminins) étaient plutôt bien typés, ce qui a fortement limité les confusions entre personnages alors que ceux-ci sont extrêmement nombreux au final. Les décors ne se limitent pas à deux lignes droites sur fond blanc avec un usage régulier de vues directement décalquées de photographies, et l’amateur de whisky pourra s’amuser à reconstituer la belle collection de bouteilles ingurgitées par les différents protagonistes (pas deux fois le même cru sauf erreur de ma part). En résumé, ce manga est malsain, tordu et invraisemblable par bien des aspects mais je l’ai trouvé passionnant, incroyablement accrocheur. Je l’ai lu à une vitesse record parce que, d’une part, c’est du manga et donc on a souvent droit à des pages sans texte qui défilent comme des coureurs cyclistes dans la descente du Tourmalet mais aussi parce que je voulais absolument savoir ce que chaque chapitre allait nous offrir, comme révélations, comme coup du sort ou comme perversité. Et si, au final, nous n’avons pas toutes les réponses à nos questionnements, j’ai envie de dire « tant mieux ! » Je préfère quitter un récit avec un sentiment de manque plutôt qu’avec la déception de révélations trop plates ou trop invraisemblables.
Viva pâtàmâch !
Les thèmes présent dans cet album ne sont pas des plus originaux, notamment le fait qu'une ville entière est sous la joute d'un despote à la 1984, mais le traitement des auteurs est original et ce récit possède assez de qualité pour que je le trouve prenant. Le déroulement général est un peu cliché, mais j'ai tout de même eu des surpris au cours de l'album. J'aime bien la manière dont le chewing-gum est détourné et devient un instrument d'abrutissement des masses. Le récit est très bien construit et il y a des bonnes idées très bien exploités. J'aime le dessin un peu naïf qui va très bien avec ce type d'histoire qui me fait un peu penser à un conte. Si vous voulez lire une histoire dénonçant les régimes totalitaires, c'est un album pour vous.
Stern
Allez ! On ressort les sombreros et les pistoleros, les plumes d'indiens et le whisky qui a du chien, on saute sur son Jolly Jumper et.... STOP ! Stop ! On ne s’emballe pas ! On ramasse sa bite et son couteau pour retourner se poser dans le rocking chair avant de finir client chez monsieur Stern. Car si le cadre posé est bien celui d'un western, avec (presque) tous les incontournables codes qui le composent, c’est plus à une enquête bien ficelée que les frères Maffre nous convient. Notre Elijah Stern, croque mort de profession (Et non ! Il n’est pas juif !!! :p ) va se retrouver bien malgré lui au centre d’une intrigue des plus efficaces et rondement menée de bout en bout. En prenant comme point de départ un des travers de la Guerre de Sécession et les exactions commises par un de ses commandos sudiste, les Bushwackers, les frères Maffre tissent une intrigue solide et prenante en s’appuyant sur des personnages bien campés et intéressants. Ajoutez à cela un dessin des plus agréables, lumineux, bien construit et nous proposant des planches très bien fichues, pour que la lecture de cet album vous accroche de bout en bout ! Un polar aux petits oignons se servant des codes du western pour plaquer son décor de la plus belle des façons : à lire ! *** Tome 2 *** Ce deuxième tome ne déroge pas, à la règle qui semble guider nos deux auteurs, faire du western, mais "autrement". Les codes et les clés classiques sont bien assimilés, mais plutôt que de verser dans la redite, ils nous servent un second scénario original. Elijah Stern qui s'est volontairement retiré dans un bled paumé va devoir sortir de son trou car son approvisionnement en livres dont il ne peut se passer, vient à faire défaut... A contre coeur il lui faut aller lui-même à la "grande ville", Kansas City, pour s'approvisionner. Sauf qu'il a horreur des villes et que celles-ci lui rendent bien ! Il va retomber sur de vieilles connaissances qui vont le mener malgré lui vers des péripéties bien senties. Ce qui fait la force de cette série c'est bien ce don de construire une aventure grâce à des personnages au passé et à la psychologie bien pensés. A partir de cela, tout devient possible et l'épique surgit tout aussi bien d'une ruelle sordide que d'un salon de thé. Surtout que le dessin de Julien Maffre est toujours aussi bon et qu'il donne à l'ensemble une tenue de haut standing qui nous plonge toujours aussi efficacement dans les récits que concocte son frangin. Voilà donc un second tome qui confirme haut la main tout le bien qu'on peut attendre de cette série et du talent des deux frères Maffre.
Une affaire de caractères
Voici une enquête rondement menée de ‘A’ à ‘Z’. Pourtant, on ne peut pas dire que la personne chargée de dénouer cette étrange affaire de meurtres en série ait eu une action déterminante. A sa décharge, le village concerné abrite des gens pour lesquels les mots ont davantage d’importance que les maux de leurs voisins. La santé mentale des habitants pose donc question mais cela se complique lorsque l’intégrité physique de certains est atteinte. L’auteur jongle avec les caractères avec une imagination (presque) sans limites. Cet exercice, assez jubilatoire, présente un caractère quasi oubapien en associant plusieurs contraintes narratives. Le fond (l’enquête) est basique mais tout l'intérêt de ce one shot réside dans sa forme. Côté dessin, le trait simple s'harmonise bien avec les couleurs déliées. Une lecture aussi étonnante qu’inhabituelle.
La Légende de Robin des Bois
Ah ah ah ! Quelle poilade quand même que cet album ! Période déconne de Larcenet. J’ai vraiment bien rigolé à chaque fois que j’ai lu cette histoire assez débile. Ri sur tous les chapitres, sauf sur les deux derniers (un peu moins intéressants), qui ressemblent à un atterrissage en douceur, après le reste de l’album, vraiment réussi. Vaguement inspirées de la geste du célèbre héros anglais, ces historiettes (qui se suivent et forment une histoire complète) narrent les aventures d’un Robin des bois devenu vieillard et atteint de la maladie d’Alzheimer, qui traque les riches touristes dans la forêt de Rambouillet, et qui est lui-même traqué par un shérif de Nottingham fan des States. Entre des dialogues loufoques, des passages absurdes et/ou décalés, Larcenet place quelques anachronismes savoureux, le tout étant vraiment drôle. Son dessin, du Larcenet classique, est simple et très efficace. C’est un album très recommandable. Larcenet produira ensuite quelques albums « biographiques » assez proches dans l’esprit, aussi décalés (dans sa série Une aventure rocambolesque de...), même si ce sera sur des tons plus hétérogènes, pas toujours uniquement comiques.
W.E.S.T
Après la lecture des 6 tomes. J’ai beaucoup apprécié W.E.S.T. Derrière un vague air de La Ligue des gentlemen extraordinaires (un groupe de spécialistes en paranormal agissant au service du gouvernement), Nury et Dorison ont réussi à créer un univers cohérent et indéniablement passionnant. Si les personnages ne sont pas, comme certains posteurs le soulignent à juste titre, très originaux, ils ne manquent pas d’intérêt. Les auteurs distillent avec habileté progressivement leur passé. Le choix de la période (début du 20ème siècle américain) est surprenant car c’est un moment assez peu traité en BD, qui privilégie la Guerre de Sécession, la conquête de l’ouest ou la Guerre froide. La période est particulièrement bien rendue ; on sent que les auteurs se sont bien documentés. Il faut dire que les superbes dessins de Rossi, toujours très soignés, détaillés et fidèles à l’époque y sont pour beaucoup. Le choix de diviser la série en trois diptyques de deux albums, avec une trame principale commune fonctionne très bien. La qualité des différentes intrigues ne baisse jamais et l’ensemble se révèle passionnant du début à la fin. Le fantastique, élément essentiel de la saga, est très bien intégré et ne nuit pas à la cohérence de l’histoire, bien au contraire. W.E.S.T. est une très bonne série. A découvrir sans crainte !
La Petite Bédéthèque des Savoirs
Il y a des signes comme ça qui laissent à penser que la bande dessinée est en train d’acquérir un peu plus chaque année ses lettres de noblesse. A moins que ce ne soit la connaissance qui ait décidé de quitter les étagères poussiéreuses des universités pour se faire plus sexy, ne considérant plus déshonorant de s’acoquiner avec ce garnement parfois turbulent qu'est le neuvième art. C’est ainsi qu’en 2016, le Lombard inaugurait cette collection au slogan imparable : « Un spécialiste et un dessinateur s’unissent pour vous faire comprendre le monde en bande dessinée ». Depuis, la collection a fait des petits et compte désormais seize ouvrages. Présentés dans un mini-format (13.9 x 19.6 cm) et comprenant entre 70 et 100 pages, chaque volume est réalisé par des auteurs différents (un expert de la question associé à un dessinateur). Les sujets couvrent des domaines extrêmement variés, de l’univers (avec en co-auteur Hubert Reeves, excusez du peu) au droit d’auteur, en passant par le heavy metal et les requins… Une ligne éditoriale en apparence disparate mais dont la folle ambition, à l’instar des fameux « Que sais-je ? », est d’aborder de façon ludique et sans restriction tous les thèmes de la connaissance humaine : histoire, pensée, science, culture, technique, nature, société… On ne peut que se réjouir de l’apparition d’une telle collection et souhaiter bonne chance au Lombard. L’éditeur s’est donné les moyens de trouver son public avec non seulement un format peu encombrant mais également un tirage séduisant. Un beau mariage à célébrer entre la connaissance et la bande dessinée. ------------------------ 12 - Le minimalisme
Une excellente entrée en matière sur un concept qui n’est pas vraiment nouveau et se retrouvait déjà dans l’art dès la Préhistoire. Si comme moi, vous vous êtes déjà retrouvé désorienté voire agacé devant une sculpture ou une peinture abstraite, ce petit ouvrage pourra vous fournir les codes d’accès pour tenter de comprendre, à défaut d’apprécier, ce que l’artiste a voulu exprimer. Pour les adeptes du minimaliste, « moins, c’est plus », car l’art ne sert pas qu’à faire joli mais aussi à faire réfléchir, en recourant parfois à la provocation. Une approche vulgarisatrice et ludique très appréciable.
17 - Internet
C’est une excellente idée que d’avoir créé deux mascottes dans le cadre d’une collection qui se veut à la fois didactique et distrayante. Pour ce faire, les auteurs se sont basés sur un fait réel qui s’est produit en 2011 en Géorgie, lorsqu’une vieille paysanne d’une région reculée priva tout le pays de l’accès à Internet en creusant un trou pour y chercher du cuivre, tranchant ainsi le seul câble optique qui reliait électroniquement la Géorgie au monde… démontrant toute la fragilité de ce moyen de communication. C’est ainsi qu’une discussion s’ensuit entre le bout de câble qui prend vie et la vieille femme, cette dernière étant là pour jouer le rôle de candide face au câble-boa qui va l’emmener en voyage à travers le cyberespace et son histoire.
Cela donne une narration très vivante, et le coup de crayon rond et vif de Mathieu Burniat, qui avait récemment mis en images Le Mystère du Monde Quantique, fait le reste. Le dessinateur s’en sort d’ailleurs beaucoup mieux ici, mais aussi sans doute en partie parce qu’Internet est un domaine qui recèle moins de nébulosités que la physique quantique pour le commun des mortels. Jean-Noël Lafargue développe le thème de façon assez exhaustive, des aspects techniques aux enjeux économiques, de ses bienfaits à ses dérives… Devenu en l’espace de vingt ans aussi vital que l’eau courante, Internet est finalement assez mal connu de par son histoire et son fonctionnement, et cet ouvrage vient judicieusement combler nos lacunes.
18 - Le conflit israélo-palestinien
Les récents événements viennent encore de le prouver, le conflit dans cette région du monde n’a pas fini d’empoisonner l’atmosphère… Tels deux frères ennemis, ces deux peuples semblent irréconciliables et leur querelles ne datent pas d’hier... Autant le sujet peut s’avérer rébarbatif et complexe, autant il fascine et reste le centre d’attention du monde entier de par ses répercussions délétères, inversement proportionnelles à la superficie géographique sur laquelle se déroulent les événements. De manière générale, la politique israélienne choque ceux que révoltent l’injustice et la violence, d’autant plus surprenantes de la part d’un peuple ayant subi lui-même la barbarie nazie.
L’ouvrage, par la voix de l’historien Vladimir Grigorieff, tente d’expliquer le conflit en remontant d’abord aux origines, nous livrant les clés factuelles nécessaires à une compréhension globale et raisonnée. D’une certaine façon, il fait appel à la capacité d’empathie de chacun en tentant lui-même de rester le plus objectif possible, se gardant bien de prendre parti pour l’un ou l’autre camp, tout en soulignant l’importance de parvenir à une cohabitation durable et respectueuse. Car, faut-il le préciser, Vladimir Grigorieff est aussi un pacifiste convaincu. Par son dessin minimaliste, Abdel de Bruxelles apporte un peu de légèreté dans la lourdeur de cette discorde, s’inspirant parfois de photos d’actualités et d’archives. Un outil synthétique et très utile pour appréhender un conflit millénaire aux ramifications multiples, dans un état d’esprit optimiste, si tant est que cela soit possible…
19 - Les zombies
A l’heure où les zombies n’ont jamais été autant à la mode, il était pertinent d’explorer ce phénomène culturel devenu un genre à part entière, en se penchant sur l’origine de ces terrifiantes créatures qui fascinent autant qu’elles hantent nos nuits. Car oui, et on le sait moins, les zombies n’existent pas seulement dans les œuvres de fiction, mais bel et bien dans la réalité contemporaine. S’étant attelés à la tâche, les auteurs nous rappellent qu’en Haïti à l’heure actuelle, sous couvert de traditions et rites vaudous, des êtres humains sont enterrés vivants après avoir été empoisonnés (sans « e »), pour servir ensuite d’esclaves à des sorciers, des esclaves dépourvus d’identité une fois déterrés…
C’est passionnant et instructif, même si de telles pratiques, dussent-elles perdurer au nom de la tradition ou de croyances d’un autre âge, font froid dans le dos. Pour ce qui est des morts-vivants en tant que source d’inspiration dans la pop-culture, Philippe Charlier ne fait qu’effleurer le sujet, ce qui peut dérouter le lecteur qui s’attendait à un digest des œuvres du genre à travers le cinéma, la littérature, la BD… De même, l’aspect sociologique n’est abordé que sur trois pages en fin d’ouvrage. Cela peut sembler dommage, mais clairement, l’auteur a visiblement souhaité se concentrer sur la « genèse ». Peut-être faudra-t-il éditer une seconde partie sur le sujet. Par ailleurs, l’ouvrage est mis en images par Richard Guérineau, l’occasion d’admirer une fois encore le joli coup de crayon du dessinateur du « Chant des Stryges », tout comme son talent de coloriste. Précisons enfin, à l’attention des passionnés d’étymologie, que le terme « zombi » s’écrivait sans « e » à la fin avant d’être popularisé par Hollywood.
20 - Les abeilles
Einstein disait que la mort des abeilles entraînerait la disparition de l’Homme sur Terre. Soixante après sa mort, les abeilles sont menacées d’extinction, en grande partie du fait de l’activité humaine, notamment l’agriculture intensive et les pesticides. Fort heureusement, les opinions publiques commencent à faire pression pour revenir à des modes de production respectant mieux la nature.
Le livre n’oublie pas d’évoquer le sujet, parmi toutes les menaces qui pèsent sur nos amies productrices de miel et pollinisatrices, ce qui en fait un élément fondamental de la biodiversité…Conçu en deux parties, cet ouvrage, rédigé par Yves Le Conte, spécialiste éminent des abeilles et également apiculteur, détaille en premier lieu les caractéristiques de ces précieux insectes, leur mode d’organisation et leur habitat. Le tout, illustré par un vieux routier de la BD, ancien de Pilote ( !) et de Fluide Glacial, j’ai nommé Jean Solé. On retrouve son style mi-réaliste mi-caricatural associant abondance de détails les plus saugrenus et humour potache - preuve en est que la BD aide à conserver son âme d’enfant. Cependant, il n’est pas certain que cela soit ce qu’il y a de plus adapté à ce type de production. En effet, si la mise en page est extrêmement fantaisiste, le dessin reste très chargé et tend à parasiter le propos, donnant à l’ensemble un côté désordonné, de même que l’humour un peu daté semble parfois puiser son inspiration dans l’almanach Vermot
Henriquet - L'homme-reine
L'avis d'Agecanonix m'a vraiment convaincu d'acheter cette BD et de m'y plonger allègrement une seconde fois, et je lui en suis vraiment reconnaissant. Parce que c'est le genre de BD que j'apprécie presque plus à deuxième lecture. Lorsque j'avais fini ma première lecture, je l'avais trouvé pas mal du tout mais un peu moins bien que Charly 9, qui m'avait vraiment enthousiasmé, mais à la relecture, c'est plutôt l'inverse. Parce que dans cette BD, Guérineau aura réussi le pari de faire aussi bien que son prédécesseur encensé par la critique, mais même mieux sur bien des points. Déjà, il arrive à réaliser l'exploit de couvrir cette période mouvementée de l'histoire en conservant tout les protagonistes principaux et sans que l'on ne s'y perde. De même il réussit l'exploit de rendre compréhensible le beau bordel qu'était le royaume de France à cette époque (quoiqu'il n'ait pas trop développé l'aspect politique extérieur, qui joua un grand rôle dans les troubles du royaume, mais on ne peut pas tout mettre). Privilégiant la lecture fluide sur une précision historique chirurgicale, il en ressort une BD très plaisante, drôle et instructive. Certes, elle ne remplacera jamais un bon cours d'histoire ou un livre documenté sur le sujet, mais on ne vient pas à cette BD pour un cours d'histoire ! Et pourtant, l'auteur fait très fort en nous assénant quelques principes que tout historien se doit de retenir (notamment essayer de trier dans les rumeurs ou encore comprendre les raisons de chaque gestes plutôt que d'y glisser ce qu'on a envie d'y voir). Sans faire de leçon moral, par petites phrases bien sentis, on sent passer l'idée. Et ça, c'est fort ! La BD a encore le bon gout de proposer de l'humour (beaucoup d'humour), des parodies bien trouvées et qui ajoutent au cadre globalement humoristique, mais aussi des pages plus menaçantes (n'oublions pas que ce fut un règne de guerre régulière). Le dessin est excellent, tout autant dans les phases habituelles que dans les parodies qu'on reconnait très vite. La colorisation ajoute beaucoup à l'agréable de la lecture. Bref, une sorte de leçon d'histoire simplifiée mais donnant envie de se plonger un peu plus dans cette période foisonnante de guerre et de religion. C'est instructif, drôle et donnant envie de se pencher encore plus sur le sujet. Un must-have en la matière !