Les derniers avis (32299 avis)

Par olma
Note: 4/5
Couverture de la série Le Serpent et le Coyote
Le Serpent et le Coyote

Un récit solide, fictif mais très documenté, nous présente la vie dangereuse et plein de rebondissements d’un repenti ayant décidé de témoigner contre les chefs du crime organisé. Le dessin, fin et beau a un style un peu rétro qui convient bien à l’époque (les années 70), et aux décors (principalement l’Ouest américain, qui est superbement présenté lors des planches en extérieur). Paysages, scènes d’action, personnages : tout est juste et bien représenté. On a déjà vus plusieurs de ces récits de repentis qui ont donné parfois de vrais chefs d’oeuvre, tels que « Les affranchis » où « Le traître ». Ici, sans être dans un chef d’oeuvre, on a une belle BD, captivante et pleine de suspense. Elle dégage une certaine froideur, qui est à l’image du personnage principal (« Le serpent » du titre). Le coyote du titre est une bonne idée de ce récit : compagnon de voyage, à travers qui nous découvrons au fil du road movie les pensées et les souvenirs de ce redoutable serpent.

15/04/2023 (modifier)
Par grogro
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Les 3 Vies d'Arminé
Les 3 Vies d'Arminé

Avant toute chose, je tiens à préciser que je ne suis pas très fan des Ogres de Barback que je connais mal, en fait. Faut dire qu'à l'époque, tout ce qui chantait en français me filait par avance de l'urticaire. Je ne jurais que par le rock indé et le hip-hop. Bref ! j'étais plein d'a priori prétentieux. Quant à Aurel, je ne connais de lui que le seul film d'animation Josep. Cela étant dit, dès que j'ai ouvert cette sorte de carnet de voyage, j'ai été littéralement happé par le dessin. J'ignorais que c'était signé Aurel, n'ayant alors pas encore prêté attention aux noms des auteurs figurant sur la couverture. C'est tout ce que j'aime ! Un trait fort, minimal, élégant, qui sculpte le papier en lui donnant une perspective et une densité, tout en conférant aux visages comme aux corps une expressivité forte. Un dessin presque à l'état de croquis mais qui n'a pas besoin de plus pour s'animer et nous plonger dans le paysage. Franchement du grand art. Il m'a, à lui seul, convaincu de repartir avec le livre sous le bras. Pour ce qui est de l'histoire, on se trouve à la croisée des genres, entre carnet de voyage, BD documentaire et autobiographie. Le tout est habillement tissé et imbriqué : un vrai mille-feuille. En fait, cette BD raconte comment Frédo Burguières (des Ogres de Barback donc), d'origine arménienne, part sur les traces de ses origines. Une postface nous raconte un peu l'Histoire (la grande cette fois) de ce petit pays coincé entre la Turquie et l'Empire soviétique. Il n'y a pas réellement de conclusion, au sens où les choses ne se résolvent pas, mais s'ouvrent sur une nouvelle histoire. A la fin, ce récit en forme d'errement aurait pu aisément se poursuivre pendant des dizaines de pages tant le dessin nous invite à la table des personnes rencontrées sur la route. Les anecdotes se succèdent en distillant un peu de l'esprit de ce pays, et j'avoue que j'en aurais bien repris quelques louches. De ce point de vue, c'est presque frustrant. Néanmoins, le récit s'achève sur l'arrivée du père de Frédo Burguière en Arménie qui, pour la première fois de sa vie fond en larmes, faisant ainsi écho à cette phrase de Daniel, leur guide, qui leur explique qu'ici, à chaque coin de rue, il y a une histoire qui vous tire les larmes. Bref ! J'ai été transporté virtuellement en Arménie. Mais maintenant, j'ai très envie de m'y rendre pour de vrai, et ce n'est pas le moindre des mérites de cette magnifique BD. Je me suis également promis que j'allais me plonger dans la discographie des Ogres de Barback, ainsi que dans la biblio d'Aurel. Pour moi, un ouvrage qui impulse une telle énergie est de fait un travail salvateur. En outre, la densité de matière est considérable pour un "si petit livre", et l'émotion est palpable. Le personnage d'Arminé pourrait aisément être élevée au rang d'allégorie, car à peu de chose près, c'est l'anagramme d'Arménie. Rien que ça, ça ressemble à un vaste programme, non ?

15/04/2023 (modifier)
Par grogro
Note: 4/5
Couverture de la série Les Pistes Invisibles
Les Pistes Invisibles

Pour les détails, se reporter à la critique de Cacal69, qui dit tout et bien. Mais bon, je vais quand même étayer un peu... Les dessins sont stupéfiants, d'une beauté graphique qui, à mon sens, ne peut manquer au minimum d'interpeler. Les réflexions de l'auteur sont mises en relation avec les illustrations, créant ainsi un vocabulaire extrêmement particulier qui fonctionne très très bien. On est dans la poésie pure. Le passage concernant l'éléphant est à ce titre très parlant. On peut songer à ce que fait Jens Harder avec sa série Alpha, Beta... Le choix de la bichromie (bleu 2203U et orange 1655U, hé hé) créé une atmosphère vraiment particulière qui semble accompagner le passage des saisons. Belles scènes de neige, charme de l'automne... Tout vibre. L'édition est remarquable. On a un beau livre dans les mains qu'il est on-ne-peut plus agréable à lire et à regarder. Les éditions Albin Michel se sont vraiment fendu d'un travail de qualité qui rend hommage à celui de Xavier Mussat. Avec Les pistes invisibles, Mussat nous donne effectivement à voir l'invisible. Le titre n'est en effet pas seulement une référence à la manière dont Christopher Thomas Knight se déplaçait en masquant volontairement toutes traces de son passage ; à travers cette gageuse tentative, il nous donne également à voir le monde à travers les yeux d'un ermite, à ressentir l'intériorité de cet homme au destin peu banal. Et ça fonctionne. Chaque page, pour ne pas dire case, raconte sa propre histoire. Enfin, last but not least, je découvre tout de cette histoire hors du commun : celle de ce fameux Christopher Thomas Knight dont s'est inspiré Xavier Mussat. Je comprends tout à fait la critique de Ro. Les pistes invisibles n'est pas un album qui fera l'unanimité. En effet, et je dis ça sans élitisme aucun, s'il s'agit incontestablement d'un magnifique soliloque, il est à réserver aux amateurs de sensations graphiques.

14/04/2023 (modifier)
Couverture de la série Les Livres de Vie (Le Livre de Jack / Sam)
Les Livres de Vie (Le Livre de Jack / Sam)

J'aime bien les scénarii de D.P Filippi et cette fois encore je n'ai pas été déçu. Le livre de Jack m'a installé dès les premières cases dans une atmosphère de type Peter Pan de Loisel à la fois par sa narration mais aussi par son graphisme et sa mise en couleur. Je me suis senti immédiatement en phase avec ce conte fantastique. Je me suis retrouvé dans une relecture de La Belle et la Bête avec des nuances de Dickens pour un final plus Disney. Le rythme est bon et les codes sont respectés pour nous amener à une fin intermédiaire assez convenue. Car le tome 2 prend une direction assez différente pour faire rebondir le récit. Si la première partie est assez linéaire la suite ouvre plus de voies puisque la thématique centrale est la liberté de choix. Comme dans le château il y a de nombreuses portes de sorties. Filippi en propose une qui, peut paraître un peu sucrée. Je ne connaissais pas le graphisme de Boiscommun et c'est une excellente découverte. J'ai un peu de mal avec ses visages oblongs mais pour le reste je suis séduit par les volumes qu'il propose. Une très belle mise en couleur complète et enrichit le récit. Une très agréable lecture, rapide, que je trouve d'un bon niveau pour le genre.

14/04/2023 (modifier)
Par Skant
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série O Senseï
O Senseï

Un petit coup de cœur pour cet album qui traite de la vie de celui qui a vécu pour comprendre l'essence de la vie. Je ne vais pas m'attarder sur l'histoire mais n'importe quel fan d'arts martiaux comprendra que les techniques et l'aspect martial n'est rien comparé à l'ART, à l'essence des arts martiaux. Une vie pour comprendre son sens, le sens des combats, des affrontements. Cet album, au delà de retracer la vie de de l'inventeur de l'aïkido met en lumière les luttes intérieurs auquel chaque pratiquant qui essaie de comprendre l'essence des ces arts est confronté un jour. La compétition dénature l'âme des pratiques martiales. Bien que destinées à la guerre, elles sont d’avantages conçues pour élever l'homme, élever l'âme. Par son trait parfois superficiel, Edouard cour retranscrit parfaitement le côté superficiel de cette quête de puissance. Son trait me fait penser à la calligraphie japonaise qui transmet parfois l'intention. Cette dernière est plus puissante que le message. J'ai ressentis cette intention, cette volonté de transmettre l'aspect philosophique avant la discipline martial. Un album que j'ai particulièrement apprécié en tant qu'ancien pratiquant. Relu plusieurs fois, à chaque fois je redécouvre une puissance du message à travers ce trait, énergique, emplit d'intention. Un très bel hommage à cette discipline qui avant d'être martiale est une philosophie, un art de vivre.

13/04/2023 (modifier)
Couverture de la série Freaks' Squeele - Rouge
Freaks' Squeele - Rouge

Lu dans la très belle intégrale, entièrement rouge et au prix modique, j’encourage les amateurs de la série mère à se pencher dessus. Rouge se présente comme un préquel à Freaks' Squeele, nous suivrons les jeunes années de Xiong Mao avant son arrivée à l’université, une enfance mouvementée qui approfondit les histoires aperçues dans Masiko. Honnêtement rien de fou, la jeunesse de petit panda ne marquera pas outre mesure. L’humour est moins présent que dans la série mère mais ça ne m’a pas gêné, l’histoire et dessins empruntent beaucoup au code shonen et manga, c’est hyper fluide et agréable à suivre. Les couleurs sont très belles et les personnages sont attachants, la fin est plutôt réussie et m’a bien plu. Rien de sorcier mais un récit bien construit et joliment mis en images, j’ai passé un très bon moment. 3,5

13/04/2023 (modifier)
Par Cacal69
Note: 4/5
Couverture de la série Dans l'abîme du temps (Tanabe)
Dans l'abîme du temps (Tanabe)

Encore une merveilleuse adaptation réalisée par Gou Tanabe d'une nouvelle de HP Lovecraft. Le travail éditorial de Kioon est magnifique avec en plus, un nombre conséquent de pages. L'histoire se déroule sur un peu plus de 25 ans, elle prend le temps de bien développer son sujet, d'approfondir la psychologie du personnage principal, son dédoublement de personnalité, après une amnésie de 5 ans. Un récit captivant avec en point de mire une civilisation inconnue, un subtil mélange de science fiction, de fantastique, d'enquête et d'horreur. Le rythme est assez lent ce qui permet de flirter avec la folie tout le long du récit, une immersion aux frontières de l'abîme. Le dessin de Gou Tanabe est magique, un noir et blanc expressif, soigné et détaillé, mais toujours ce petit reproche des visages figés. Par contre, il est le champion pour retranscrire l'indescriptible dès que le fantastique/horreur apparaît. L'ambiance y est oppressante à souhait. Un excellent moment de lecture.

13/04/2023 (modifier)
Couverture de la série Le Loup
Le Loup

Cette intéressante série se lit rapidement mais porte une réflexion que l'on peut garder longtemps en soi. Surtout aujourd'hui où l'on s'interroge sur la survivance d'écosystèmes qui peuvent entrer en concurrence avec notre culture, nos habitudes ou nos priorités. Rochette nous propose un duel entre le berger Gaspard et un jeune loup orphelin de sa mère tuée par le berger. L'auteur nous fait entrer immédiatement dans son récit pour ne plus nous lâcher jusqu'au dénouement qui appelle au compromis. Dans l'environnement majestueux du massif des Ecrins, nous sommes à la fois "chez nous" (la camionnette du postier, le soldat mort au Mali ou le bistrot du village) mais aussi dans un "ailleurs" qu'il nous faut partager. Chacun ayant sa propre légitimité, l'auteur nous demande de choisir entre du perdant-perdant (la confrontation) ou du gagnant-gagnant (le compromis). Un choix pas si simple et que Gaspard ne pourra faire qu'après un long parcours initiatique qui remet en cause ses (nos) certitudes acquises depuis si longtemps. Une fable qui, à mon avis dépasse, le cas du berger et du loup. Le graphisme est aussi rude que les montagnes du récit. Il y a peu de places pour des courbes apaisantes. Rochette nous propose principalement des silhouettes taillées à la serpe ou des lignes brisées comme des arêtes tranchantes. Cela correspond bien à la rudesse du propos. Une belle lecture avec du sens.

13/04/2023 (modifier)
Par Blue boy
Note: 4/5
Couverture de la série Perpendiculaire au soleil
Perpendiculaire au soleil

Valentine Cuny-Le Callet nous livre ici une œuvre dense et hybride, où elle évoque sa correspondance avec Renaldo McGirth, jeune prisonnier afro-américain détenu dans le couloir de la mort. Plus qu’une simple dessinatrice, celle-ci pratique également la gravure, et par un seul feuilletage du livre, on ne peut être qu’impressionné par le talent de cette artiste qui jaillit littéralement de ces pages. Si ce pavé impressionne également par son poids (plus de 400 pages tout de même !), il nous laisse qui plus est en état de sidération par son propos et sa complexité. « Perpendiculaire au soleil » est avant tout une œuvre intime relatant une expérience qu’on imagine poignante. Accusé de meurtre lors d’un braquage chez des particuliers aisés, Renato McGirth a été condamné en 2008 à la peine capitale mais continue à croupir dans le couloir de la mort en raison des complexités de procédure. Agé de 34 ans aujourd’hui, l’homme clame son innocence, estimant qu’il n’a pas eu droit à un procès équitable. Valentine Cuny-Le Callet, sensibilisée très tôt par les questions autour de la peine de mort et du système carcéral américain, est entrée en relation avec le condamné suite à son inscription à l’ACAT, une association chrétienne militant pour l’abolition de la peine de mort. Sans rien savoir de son correspondant au départ, la relation épistolaire qu’elle entame avec lui révèle que le jeune noir manifeste un goût pour l’art et la littérature. Au-delà des courriers, l’un et l’autre échangeront également leurs dessins, transformant leur relation en démarche quasi-artistique, dont cette bande dessinée sera le fruit. De fait « Perpendiculaire au soleil » est une œuvre tripale, où l’autrice exprime bien évidemment sa révolte vis-à-vis des conditions d’emprisonnement inhumaines concernant les condamnés à mort aux Etats-Unis, qui en grande majorité sont afro-américains et bénéficient rarement d’un traitement judiciaire exemplaire. Cuny dénonce ainsi la ségrégation raciale rappelant une époque qu’on voudrait croire révolue mais qui encombre encore largement le système judiciaro-policier de ce pays, lequel aime à se prétendre phare de la démocratie dans le monde. Vibrant plaidoyer contre la peine de mort, le livre aurait peut-être pu se faire plus synthétique d’un point de vue narratif, mais cette densité est compensée par le talent graphique de l’artiste qui se déploie sur ces 400 pages, lequel pouvait difficilement subir un tronçonnage dans sa logique descriptive. Tout en noir et blanc, le dessin et les gravures font de « Perpendiculaire au soleil » un véritable objet d’art. Les seules touches de couleur apparaissent dans les œuvres de Renato McGirth que l’autrice reçoit par la poste. A titre très personnel, l’auteur de ces lignes a moins été touché par ce récit autant qu’il ne l’espérait. Est-ce dû au fait qu’à un moment, Renaldo semble se recroqueviller sur lui-même, peu disposé à laisser éclater son émotion ? Le filtrage discutable des courriers, hallucinant et odieux par les motifs invoqués (« images racistes non autorisées » quand il est question d’un portrait d’un militant des Black Panthers), n’a pas dû contribuer à fluidifier l’échange de façon sereine. Entre les retours à l’envoyeur et la censure qui ne veut pas dire son nom, Cuny a dû recourir à des stratagèmes incroyables, tels l’amputation de ses images évoquant l’histoire du racisme aux USA ou la contre-culture afro-américaine. « Perpendiculaire au soleil » est une œuvre qui sans nul doute fera date, méritant sa place dans toutes les médiathèques scolaires et municipales. D’ailleurs, on serait presque étonné de constater que le livre n’ait pas figuré pas dans la sélection officielle angoumoise, coutumière des productions hors normes de ce type. La bonne surprise viendra finalement de la Fnac, qui peut-être aura voulu faire amende honorable — sait-on jamais ? —, après la tentative de censure opérée l'an dernier contre le jeu de société « Antifa », sous la pression de l’extrême-droite et d’un syndicat de policier.

12/04/2023 (modifier)
Couverture de la série Ulysse (Tabou)
Ulysse (Tabou)

Après Achille que j’avais trouvé sympathique, Cosimo Ferri récidive avec un autre héros de l’antiquité. J’ai trouvé cette adaptation sur Ulysse plus réussie que la précédente, je ne saurai trop dire pourquoi, un dessin plus léché ? Ou une histoire qui me parle plus ? Toujours est il que j’ai trouvé cet album rondement mené. J’ignorais même sa captivité auprès de Calypso avant son périple (l’auteur ne se privant pas de nous rappeler cette péripétie). Précisons également que je ne lirai pas les versions Graph Zeppelin ;) il manquera du piquant à la lecture. Et ce piquant se révèle bien intégré et plein de charme dans le cas présent. Le strictement pour adulte sied bien à la mythologie grecque ou alors c’est l’inverse. 3,5

12/04/2023 (modifier)