J'ai trouvé des qualités à cette série. Je ne suis pas un spécialiste des guerres indiennes et je ne connais pas grand-chose du parcours de Géronimo.
Pour un néophyte comme moi, c'est l'ouvrage idéal pour entrer dans le sujet. Bien sûr c'est condensé et certains aviseurs trouvent que des passages clés ont été traités trop rapidement.
Pour ma part, je trouve le récit de Matz bien équilibré où l'introduction explique bien le ressentiment de Géronimo contre les Mexicains et par extension contre tous les Blancs. D'ailleurs si les massacres, traitrises ou coup bas sont bien explicités, Géronimo n'est pas en reste dans la violence contre femmes et enfants.
Le graphisme est en accord avec l'ambiance du récit. Jef a fait l'effort de peindre une multitude de visages (des tronches !) différents aux expressions haineuses bien reproduites. Ces trognes tordues et tourmentées portent bien la dramaturgie des événements qui ont ensanglanté l'Ouest.
Les paysages de sierra ou de montagnes complètent le beau graphisme de la série.
Une lecture facile et équilibrée pour aborder la thématique indienne.
Jerôme Camil joue avec le média de la bande dessinée dans cette histoire sans fin. Le livre propose ainsi deux sens de lecture, et en fonction du sens choisi nous suivrons l’histoire du petit humain ou celle du petit monstre… pour nous rendre compte qu’en définitive les deux sont identiques et que les peurs et réactions de l’un sont similaires aux peurs et réactions de l’autre. Une manière ludique et intelligente de dédramatiser la peur du noir et des monstres chez les petits.
Les grandes illustrations offrent, de plus, quelques petits détails amusants qui pousseront le lecteur à bien observer les décors. De quoi enrichir une deuxième, troisième ou quatrième lecture ! Le dessin tout en rondeur et l’absence de textes donne au récit un petit air de « Petit Poilu », mais la colorisation apporte ici plus de chaleur et de nuances.
L’histoire en elle-même est très simple mais l’effet miroir des deux récits combinés en fait toute l’originalité. Franchement, pour moi, c’est un chouette album, certes à réserver à un très jeune public mais qui amusera aussi les parents. A découvrir.
J'ai bien apprécié ce roman intimiste sur la solitude subie proposé par Cyril Pedrosa. Jean-Paul dans la trentaine, n'a jamais su créer du lien sentimental.
À cause d'une mère envahissante voire tyrannique et d'un excès de timidité ses relations amoureuses ne dépassent jamais le fantasme. Au moment où on s'y attend le moins, il décide de s'affranchir de cet environnement social plus toxique qu'il n'y paraît.
Le dénouement reste ouvert comme si Jean-Paul avait pour mission de le construire au-delà des solutions de facilité qu'il a testé en vain. J'ai trouvé ce récit intimiste très touchant et tendre sur une problématique bien plus courante qu'on le croit.
Les propositions de Pédrosa sonnent souvent juste et l'auteur traite le sujet avec beaucoup de doigté et de subtilité.
Le graphisme très original de Pédrosa porte très bien son scénario. Son trait souple donne aux personnages des expressions de danseurs avec une expressivité forte.
Une lecture très agréable et divertissante qui m'a beaucoup plu.
Principalement pour Carmine Infantino.
À part dans les pages de la série La Guerre Des Étoiles publiée dans Titans (pourtant pas un univers propice à mettre en valeur son graphisme si particulier !), c'est à l’œuvre sur Spider Woman qu'il m'a le plus séduit -alors que son si célèbre run sur Flash continue de me laisser de marbre...
L'ambiance mystique voulue par le scénario lui permet toutes sortes de libertés graphiques qui transcendent la platitude originelle du concept ; et cette Jessica Drew, semblant bizarrement plus vulnérable costumée qu'en tenue civile -il faut voir l'allure presque hiératique dont l'artiste la pare à la moindre occasion!- en devient intrigante du fait même de l'étrangeté de sa représentation. L'histoire avec les "Frères Grimm" est particulièrement bien amenée et sa conclusion m'avait enchanté -à l'époque.
La refonte plus classique du personnage -qu'est donc devenu son héritage biologique arachnéen sensé inspirer une répulsion instinctive au commun des mortels ?! ÇA, c'était une bonne idée !- la rend beaucoup plus abordable et facile à inclure au reste de l'univers Marvel ; mais Steve Leialoha, tout en la rendant plus attachante, lui ôte une bonne partie de son originalité -et donc de son attrait.
Des années plus tard, intégrée à la série Wolverine, elle retrouvera un peu de son côté froid et distant -sinon pour son amie (...?) Lindsay Mc Cabe- mais sans toutefois sa part originelle d'étrangeté. Dommage.
C'est l'avis de Spooky qui m'a incité à lire cette BD et je ne le regrette pas du tout !
L'ouvrage le rappelle très justement, le terrible génocide des Tutsi a été perpétré avec l’accord tacite de « Tonton », qui a fermé les yeux alors qu’il était au courant. Qui plus est, la France a équipé et entrainé l’armée rwandaise, sans bouger le petit doigt lorsqu’a débuté ce massacre à grande échelle dont la réalité dépasse la fiction dans le registre de la saloperie humaine. En 40 jours seulement, un million de Tutsi furent méthodiquement et systématiquement assassinés par un gouvernement qui incitait la population hutue à participer à cette campagne d’extermination vengeresse, pour des raisons remontant à des politiques coloniales totalement arbitraires, considérant les Tutsi comme une « race » supérieure…
Dans leur combat judiciaire, Alain et Dafroza Gauthier apparaissent véritablement comme des héros. Dafroza, d’origine rwandaise et tutsie, a perdu toute sa famille. Elle mène ce combat aux côtés de son mari, un travail de longue haleine réclamant toute leur énergie et leur valant parfois des menaces de mort. A ce jour, seulement 5 procès ont été instruits sur les 35 plaintes déposées par le CPCR. « Le génocide s’est accaparé la vie des Gauthier », qui par leur action, font un travail que le gouvernement français rechigne à entreprendre, fort logiquement puisqu’il a accueilli sur son sol « entre 200 et 400 génocidaires », dont certains exercent dans la médecine ou le professorat, d’autres occupant même la fonction de prêtres « qui disent encore la messe » ! On croit rêver, non ?
Tout en évoquant le quotidien de ces héros ordinaires, Thomas Zribi nous livre un déroulé méticuleux du contexte et des faits, avec plusieurs témoignages glaçants des survivants. Même si cet épisode extrêmement tragique du vingtième siècle finissant a marqué l’Histoire, la façon dont les auteurs le présentent permet une immersion très prégnante du lecteur, renforcée par un dessin au fort pouvoir évocateur, et tout cela dépasse à ce point l’entendement que l’on est happé par cet ouvrage qui se lit d’une traite et provoque inévitablement un choc émotionnel.
Dans des tonalités à dominante ocre, souvent sombres, laissant cette impression que la couleur du sang s’est diluée dans la terre, le dessin de Damien Roudeau nous confronte sans voyeurisme à cette horreur mieux que ne l’aurait fait un texte historique. En les mettant en scène, il rend un hommage vibrant à ces deux citoyens d’une humilité touchante, animés par la flamme de la justice réparatrice, deux qualités qui forcent le respect, mais il donne également un visage à ces millions d’anonymes victimes d’un désastre géopolitique honteux et aux survivants ayant le courage de témoigner, se faisant ainsi le relais de l’action des Gauthier. Par ailleurs, en représentant certains génocidaires face à la justice française (notamment Laurent Buciyibaruta, ancien préfet d’une région où l’on a tué le plus), il les extirpe de leur confortable anonymat dont ils auraient préféré ne jamais sortir. Imaginer que ces assassins, qui pourraient ressembler à votre voisin, auraient pu croiser votre chemin en se promenant le plus tranquillement du monde fait froid dans le dos et provoque un sentiment de révolte…
« Rwanda, à la poursuite des génocidaires » est un livre-choc qui mérite largement un coup de projecteur. L’ouvrage ne laisse pas indemne mais ne fait que renforcer l’idée que la justice est une étape essentielle pour apaiser la douleur des survivants et permettre à ce pays de se réconcilier avec lui-même, même si les cicatrices auront marqué durablement son Histoire. Il s’agit là d’une contribution mémorielle indispensable, non seulement pour les Rwandais, mais aussi pour nous citoyens français, qui devront déplorer une fois de plus l’attitude désinvolte et immorale de nos dirigeants quant à la gestion post-coloniale du fameux « pré carré africain ».
Pour le dessin de Barry Windsor-Smith, principalement : on en prend plein les mirettes ; et la colorisation accentue encore le caléidoscope des cases d'action au sein du laboratoire où notre célèbre gnome à poils -et à poil, d'ailleurs- se retrouve avec un squelette et des grigriffes nappés d'Adamantium du plus bel effet !
Bon, j'avoue être un peu resté sur ma faim quant à la représentation du héros tout au long de cette "intrigue" : muet jusque dans ces réflexions mentales, quasiment, on en apprend très peu sur sa personnalité d'avant les X-Men ou même sur ses (probables ?!) cogitations en rapport à ce qu'on lui fait subir -sinon que ça fait bobo ! J'imagine que Claremont, jaloux de ses prérogatives, a exigé que cet album demeure le plus évasif possible pour ne pas entraver la "continuité" des récits à rallonge de ses petits mutants personnels. C'est quand même d'une partie essentielle des origines de l'un des Super-Héros les plus emblématique du MCG qu'on parle ; et le récit souffre de ce manque d'implication vis-à-vis du personnage principal. En même temps, l'angle choisi -par défaut ?!- pour raconter l'histoire (les observations, critiques et interactions des scientifiques attelés à l'expérience) donne un ton assez décalé au Comic, qui le singularise par rapport aux productions habituelles sur le thème.
C'est un peu frisquet pour qu'on s'attache à qui que ce soit, néanmoins ; et j'aurais personnellement apprécié un poil (encore !) plus de "réalisme" et d'intérêt de la part de ces apprentis-sorciers pour la condition mutante de leur cobaye : quitte à faire dans le pseudo-scientifique, autant en profiter pour expliciter d'avantage le sujet ! Mais l'auteur/artiste se contente de mettre en scène la douloureuse "transfusion" (OUARF !) de l'alliage incassable -les scènes oniriques subséquentes sont assez plates, graphiquement parlant ; un vrai paradoxe quand on voit comment les scènes d'actions (la folie agressive de Wolverine, très stylisée) sont sublimées par le trait (les traits !) de Windsor-Smith. La terreur engendrée dans le coeur de ses geôliers quand leur "création" se retrouve en roues libres résonne malheureusement très peu tant la progression narrative est ratée. Problème clairement lié aux temporalités parallèles : les souvenirs de Wolvie, les réalités virtuelles auxquelles il est soumis ainsi que les flashbacks concernant les trois principaux bouchers aux commandes du bidouillage chirurgico-metallurgique (!). C'est dommage : il est quand même sensé faire un peu peur, le bonhomme.
Tant pis ! C'est quand même fun à lire. Enfin : surtout à regarder...
J'ai beaucoup apprécié ce documentaire historique de la maîtrise politique du pétrole. La synthèse que propose Jean-Pierre Pécau est d'une grande fluidité, facilement compréhensible et très éclairante sur l'histoire du XXème siècle.
Le récit est très documenté et s'appuie sur une bibliographie qui fait référence dans le domaine. Contrairement à "Un monde sans fin" nous ne sommes pas noyés sous un déluge de chiffres ou de statistiques. En outre les auteurs ne portent pas de jugement de valeur anachronique sur le bienfondé du produit pétrole.
Au contraire ils reprennent les évidents avantages qu'a pu représenter l'utilisation de ce produit et ce qui explique son immense succès technique. L'intérêt du récit est de reconstruire le puzzle qui montre comment l'expansion du pétrole va de pair avec la croissance du capitalisme, qu'il impose presque un modèle de société et conduit à une géopolitique sans état d'âme.
Je ne suis pas toujours le discours de Pécau surtout au niveau du déclenchement de la seconde guerre mondiale mais la plupart du temps la démonstration sonne juste.
Cela se lit presque comment un roman d'espionnage où l'on rencontre des grands noms de l'histoire.
Le graphisme de Blanchard choisit un N&B très réaliste avec une succession de tableaux portés par une voix off très incisive. L'image propose ainsi un arrière-plan à un texte très construit.
Cela donne une impression d'illustrations d'une histoire mythologique secrète qui se joue du lecteur impuissant et sans qu'il y ait forcément une continuité visuelle d'une case à une autre. C'est le texte encore qui assure cette continuité et cette fluidité.
Cela reste graphiquement très travaillé avec beaucoup d'images allégoriques qui ouvrent des portes à l'imaginaire.
Une très bonne lecture qui donne des clés de compréhension de la conduite du monde depuis 150 ans.
Un seul mot : formidable. Une BD située aux USA dans les années 50, mettant en scène un personnage, Jonathan, dont la petite vie réglée s’effondre, et qui va, à la manière des montagnes russes, remonter la pente de plus en plus fort avec l'aide d'un acolyte, Edward, dont la bonne humeur communicative, et la part d'ombre, vont étrangement éclairer l'humeur initialement bien sombre de Jonathan.
Cette BD est sans aucun temps mort, et un brin surréaliste (il y a un peu de Dali dans ce scénario), mais bon dieu que cela fait plaisir. On ne s'ennuie pas, on s'amuse, on s'étonne, et on referme le livre avec un grand sourire et une grand satisfaction !
Cette série pleine de promesses n'a probablement pas trouvé son public. La couverture est-elle trop jeunesse pour un contenu bien plus rude ? En effet les auteurs débutent le récit sur une touche très réaliste et choquante du massacre de Wounded Knee.
Le texte est bien plus dur que l'image tout au long de l'album. Les personnages Blancs et Indiens sont très travaillés dans leur psychologie perturbée par des événements dramatiques où ils sont autant actifs que soumis. La lecture s'adresse bien plus à un public averti qui replace le récit dans un contexte historique difficile car les auteurs n'ont pas cherché la vision simpliste et manichéenne.
Le graphisme de peinture de Bachelier est original. Sa technique picturale permet des belles pages d'intériorisation cauchemardesque avec des personnages torturés.
Un dessin très personnel qui peut parfois créer un décalage par sa douceur avec l'ambiance du récit.
Une belle et courageuse création qui n'a malheureusement pas eu la suite qu'elle méritait.
Hé ben moi, la singularité du truc, à l'époque, m'avait bien intrigué. Toujours autant fasciné par les dessinateurs capables de parfaitement proportionner leurs personnages -en les encrant avec finesse, en plus !- ; et bien que ce ne soit pas nécessairement un argument primordial dans mes choix de lecture, j'avais quand même fini par me procurer l'ensemble pour la joliesse de certaines planches mais, aussi, parce que la résolution de la réincarnation problématique de Tristan éveillait ma curiosité. Bon, on s'en sort pas trop mal (il n'y a pas d'artifice de scénario pour solutionner le twist) ; même si, avec le recul, le côté très limité de la réflexion du personnage sur son sort parait incroyablement immature. Mais les auteurs se sont probablement autocensurés pour ne pas braquer la maison d'édition originale.
C'est effectivement archi-simpliste, même pour l'époque ; mais les différences intrinsèques de ce titre (thème S.F. et graphisme classique) avaient une valeur certaine au beau milieu de la production habituelle de DC.
Arthur est touchant et Morgane est carrément marrante dans sa méchanceté absolue.
Pour les nostalgiques ou les fans de Brian Bolland.
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Geronimo (Matz/Jef)
J'ai trouvé des qualités à cette série. Je ne suis pas un spécialiste des guerres indiennes et je ne connais pas grand-chose du parcours de Géronimo. Pour un néophyte comme moi, c'est l'ouvrage idéal pour entrer dans le sujet. Bien sûr c'est condensé et certains aviseurs trouvent que des passages clés ont été traités trop rapidement. Pour ma part, je trouve le récit de Matz bien équilibré où l'introduction explique bien le ressentiment de Géronimo contre les Mexicains et par extension contre tous les Blancs. D'ailleurs si les massacres, traitrises ou coup bas sont bien explicités, Géronimo n'est pas en reste dans la violence contre femmes et enfants. Le graphisme est en accord avec l'ambiance du récit. Jef a fait l'effort de peindre une multitude de visages (des tronches !) différents aux expressions haineuses bien reproduites. Ces trognes tordues et tourmentées portent bien la dramaturgie des événements qui ont ensanglanté l'Ouest. Les paysages de sierra ou de montagnes complètent le beau graphisme de la série. Une lecture facile et équilibrée pour aborder la thématique indienne.
Une lumière sous mon lit
Jerôme Camil joue avec le média de la bande dessinée dans cette histoire sans fin. Le livre propose ainsi deux sens de lecture, et en fonction du sens choisi nous suivrons l’histoire du petit humain ou celle du petit monstre… pour nous rendre compte qu’en définitive les deux sont identiques et que les peurs et réactions de l’un sont similaires aux peurs et réactions de l’autre. Une manière ludique et intelligente de dédramatiser la peur du noir et des monstres chez les petits. Les grandes illustrations offrent, de plus, quelques petits détails amusants qui pousseront le lecteur à bien observer les décors. De quoi enrichir une deuxième, troisième ou quatrième lecture ! Le dessin tout en rondeur et l’absence de textes donne au récit un petit air de « Petit Poilu », mais la colorisation apporte ici plus de chaleur et de nuances. L’histoire en elle-même est très simple mais l’effet miroir des deux récits combinés en fait toute l’originalité. Franchement, pour moi, c’est un chouette album, certes à réserver à un très jeune public mais qui amusera aussi les parents. A découvrir.
Les Coeurs solitaires
J'ai bien apprécié ce roman intimiste sur la solitude subie proposé par Cyril Pedrosa. Jean-Paul dans la trentaine, n'a jamais su créer du lien sentimental. À cause d'une mère envahissante voire tyrannique et d'un excès de timidité ses relations amoureuses ne dépassent jamais le fantasme. Au moment où on s'y attend le moins, il décide de s'affranchir de cet environnement social plus toxique qu'il n'y paraît. Le dénouement reste ouvert comme si Jean-Paul avait pour mission de le construire au-delà des solutions de facilité qu'il a testé en vain. J'ai trouvé ce récit intimiste très touchant et tendre sur une problématique bien plus courante qu'on le croit. Les propositions de Pédrosa sonnent souvent juste et l'auteur traite le sujet avec beaucoup de doigté et de subtilité. Le graphisme très original de Pédrosa porte très bien son scénario. Son trait souple donne aux personnages des expressions de danseurs avec une expressivité forte. Une lecture très agréable et divertissante qui m'a beaucoup plu.
Spider-Woman - L'intégrale
Principalement pour Carmine Infantino. À part dans les pages de la série La Guerre Des Étoiles publiée dans Titans (pourtant pas un univers propice à mettre en valeur son graphisme si particulier !), c'est à l’œuvre sur Spider Woman qu'il m'a le plus séduit -alors que son si célèbre run sur Flash continue de me laisser de marbre... L'ambiance mystique voulue par le scénario lui permet toutes sortes de libertés graphiques qui transcendent la platitude originelle du concept ; et cette Jessica Drew, semblant bizarrement plus vulnérable costumée qu'en tenue civile -il faut voir l'allure presque hiératique dont l'artiste la pare à la moindre occasion!- en devient intrigante du fait même de l'étrangeté de sa représentation. L'histoire avec les "Frères Grimm" est particulièrement bien amenée et sa conclusion m'avait enchanté -à l'époque. La refonte plus classique du personnage -qu'est donc devenu son héritage biologique arachnéen sensé inspirer une répulsion instinctive au commun des mortels ?! ÇA, c'était une bonne idée !- la rend beaucoup plus abordable et facile à inclure au reste de l'univers Marvel ; mais Steve Leialoha, tout en la rendant plus attachante, lui ôte une bonne partie de son originalité -et donc de son attrait. Des années plus tard, intégrée à la série Wolverine, elle retrouvera un peu de son côté froid et distant -sinon pour son amie (...?) Lindsay Mc Cabe- mais sans toutefois sa part originelle d'étrangeté. Dommage.
Rwanda - À la poursuite des génocidaires
C'est l'avis de Spooky qui m'a incité à lire cette BD et je ne le regrette pas du tout ! L'ouvrage le rappelle très justement, le terrible génocide des Tutsi a été perpétré avec l’accord tacite de « Tonton », qui a fermé les yeux alors qu’il était au courant. Qui plus est, la France a équipé et entrainé l’armée rwandaise, sans bouger le petit doigt lorsqu’a débuté ce massacre à grande échelle dont la réalité dépasse la fiction dans le registre de la saloperie humaine. En 40 jours seulement, un million de Tutsi furent méthodiquement et systématiquement assassinés par un gouvernement qui incitait la population hutue à participer à cette campagne d’extermination vengeresse, pour des raisons remontant à des politiques coloniales totalement arbitraires, considérant les Tutsi comme une « race » supérieure… Dans leur combat judiciaire, Alain et Dafroza Gauthier apparaissent véritablement comme des héros. Dafroza, d’origine rwandaise et tutsie, a perdu toute sa famille. Elle mène ce combat aux côtés de son mari, un travail de longue haleine réclamant toute leur énergie et leur valant parfois des menaces de mort. A ce jour, seulement 5 procès ont été instruits sur les 35 plaintes déposées par le CPCR. « Le génocide s’est accaparé la vie des Gauthier », qui par leur action, font un travail que le gouvernement français rechigne à entreprendre, fort logiquement puisqu’il a accueilli sur son sol « entre 200 et 400 génocidaires », dont certains exercent dans la médecine ou le professorat, d’autres occupant même la fonction de prêtres « qui disent encore la messe » ! On croit rêver, non ? Tout en évoquant le quotidien de ces héros ordinaires, Thomas Zribi nous livre un déroulé méticuleux du contexte et des faits, avec plusieurs témoignages glaçants des survivants. Même si cet épisode extrêmement tragique du vingtième siècle finissant a marqué l’Histoire, la façon dont les auteurs le présentent permet une immersion très prégnante du lecteur, renforcée par un dessin au fort pouvoir évocateur, et tout cela dépasse à ce point l’entendement que l’on est happé par cet ouvrage qui se lit d’une traite et provoque inévitablement un choc émotionnel. Dans des tonalités à dominante ocre, souvent sombres, laissant cette impression que la couleur du sang s’est diluée dans la terre, le dessin de Damien Roudeau nous confronte sans voyeurisme à cette horreur mieux que ne l’aurait fait un texte historique. En les mettant en scène, il rend un hommage vibrant à ces deux citoyens d’une humilité touchante, animés par la flamme de la justice réparatrice, deux qualités qui forcent le respect, mais il donne également un visage à ces millions d’anonymes victimes d’un désastre géopolitique honteux et aux survivants ayant le courage de témoigner, se faisant ainsi le relais de l’action des Gauthier. Par ailleurs, en représentant certains génocidaires face à la justice française (notamment Laurent Buciyibaruta, ancien préfet d’une région où l’on a tué le plus), il les extirpe de leur confortable anonymat dont ils auraient préféré ne jamais sortir. Imaginer que ces assassins, qui pourraient ressembler à votre voisin, auraient pu croiser votre chemin en se promenant le plus tranquillement du monde fait froid dans le dos et provoque un sentiment de révolte… « Rwanda, à la poursuite des génocidaires » est un livre-choc qui mérite largement un coup de projecteur. L’ouvrage ne laisse pas indemne mais ne fait que renforcer l’idée que la justice est une étape essentielle pour apaiser la douleur des survivants et permettre à ce pays de se réconcilier avec lui-même, même si les cicatrices auront marqué durablement son Histoire. Il s’agit là d’une contribution mémorielle indispensable, non seulement pour les Rwandais, mais aussi pour nous citoyens français, qui devront déplorer une fois de plus l’attitude désinvolte et immorale de nos dirigeants quant à la gestion post-coloniale du fameux « pré carré africain ».
Wolverine - Arme X
Pour le dessin de Barry Windsor-Smith, principalement : on en prend plein les mirettes ; et la colorisation accentue encore le caléidoscope des cases d'action au sein du laboratoire où notre célèbre gnome à poils -et à poil, d'ailleurs- se retrouve avec un squelette et des grigriffes nappés d'Adamantium du plus bel effet ! Bon, j'avoue être un peu resté sur ma faim quant à la représentation du héros tout au long de cette "intrigue" : muet jusque dans ces réflexions mentales, quasiment, on en apprend très peu sur sa personnalité d'avant les X-Men ou même sur ses (probables ?!) cogitations en rapport à ce qu'on lui fait subir -sinon que ça fait bobo ! J'imagine que Claremont, jaloux de ses prérogatives, a exigé que cet album demeure le plus évasif possible pour ne pas entraver la "continuité" des récits à rallonge de ses petits mutants personnels. C'est quand même d'une partie essentielle des origines de l'un des Super-Héros les plus emblématique du MCG qu'on parle ; et le récit souffre de ce manque d'implication vis-à-vis du personnage principal. En même temps, l'angle choisi -par défaut ?!- pour raconter l'histoire (les observations, critiques et interactions des scientifiques attelés à l'expérience) donne un ton assez décalé au Comic, qui le singularise par rapport aux productions habituelles sur le thème. C'est un peu frisquet pour qu'on s'attache à qui que ce soit, néanmoins ; et j'aurais personnellement apprécié un poil (encore !) plus de "réalisme" et d'intérêt de la part de ces apprentis-sorciers pour la condition mutante de leur cobaye : quitte à faire dans le pseudo-scientifique, autant en profiter pour expliciter d'avantage le sujet ! Mais l'auteur/artiste se contente de mettre en scène la douloureuse "transfusion" (OUARF !) de l'alliage incassable -les scènes oniriques subséquentes sont assez plates, graphiquement parlant ; un vrai paradoxe quand on voit comment les scènes d'actions (la folie agressive de Wolverine, très stylisée) sont sublimées par le trait (les traits !) de Windsor-Smith. La terreur engendrée dans le coeur de ses geôliers quand leur "création" se retrouve en roues libres résonne malheureusement très peu tant la progression narrative est ratée. Problème clairement lié aux temporalités parallèles : les souvenirs de Wolvie, les réalités virtuelles auxquelles il est soumis ainsi que les flashbacks concernant les trois principaux bouchers aux commandes du bidouillage chirurgico-metallurgique (!). C'est dommage : il est quand même sensé faire un peu peur, le bonhomme. Tant pis ! C'est quand même fun à lire. Enfin : surtout à regarder...
La Malédiction du pétrole
J'ai beaucoup apprécié ce documentaire historique de la maîtrise politique du pétrole. La synthèse que propose Jean-Pierre Pécau est d'une grande fluidité, facilement compréhensible et très éclairante sur l'histoire du XXème siècle. Le récit est très documenté et s'appuie sur une bibliographie qui fait référence dans le domaine. Contrairement à "Un monde sans fin" nous ne sommes pas noyés sous un déluge de chiffres ou de statistiques. En outre les auteurs ne portent pas de jugement de valeur anachronique sur le bienfondé du produit pétrole. Au contraire ils reprennent les évidents avantages qu'a pu représenter l'utilisation de ce produit et ce qui explique son immense succès technique. L'intérêt du récit est de reconstruire le puzzle qui montre comment l'expansion du pétrole va de pair avec la croissance du capitalisme, qu'il impose presque un modèle de société et conduit à une géopolitique sans état d'âme. Je ne suis pas toujours le discours de Pécau surtout au niveau du déclenchement de la seconde guerre mondiale mais la plupart du temps la démonstration sonne juste. Cela se lit presque comment un roman d'espionnage où l'on rencontre des grands noms de l'histoire. Le graphisme de Blanchard choisit un N&B très réaliste avec une succession de tableaux portés par une voix off très incisive. L'image propose ainsi un arrière-plan à un texte très construit. Cela donne une impression d'illustrations d'une histoire mythologique secrète qui se joue du lecteur impuissant et sans qu'il y ait forcément une continuité visuelle d'une case à une autre. C'est le texte encore qui assure cette continuité et cette fluidité. Cela reste graphiquement très travaillé avec beaucoup d'images allégoriques qui ouvrent des portes à l'imaginaire. Une très bonne lecture qui donne des clés de compréhension de la conduite du monde depuis 150 ans.
13h17 dans la vie de Jonathan Lassiter
Un seul mot : formidable. Une BD située aux USA dans les années 50, mettant en scène un personnage, Jonathan, dont la petite vie réglée s’effondre, et qui va, à la manière des montagnes russes, remonter la pente de plus en plus fort avec l'aide d'un acolyte, Edward, dont la bonne humeur communicative, et la part d'ombre, vont étrangement éclairer l'humeur initialement bien sombre de Jonathan. Cette BD est sans aucun temps mort, et un brin surréaliste (il y a un peu de Dali dans ce scénario), mais bon dieu que cela fait plaisir. On ne s'ennuie pas, on s'amuse, on s'étonne, et on referme le livre avec un grand sourire et une grand satisfaction !
Ulysse Wincoop
Cette série pleine de promesses n'a probablement pas trouvé son public. La couverture est-elle trop jeunesse pour un contenu bien plus rude ? En effet les auteurs débutent le récit sur une touche très réaliste et choquante du massacre de Wounded Knee. Le texte est bien plus dur que l'image tout au long de l'album. Les personnages Blancs et Indiens sont très travaillés dans leur psychologie perturbée par des événements dramatiques où ils sont autant actifs que soumis. La lecture s'adresse bien plus à un public averti qui replace le récit dans un contexte historique difficile car les auteurs n'ont pas cherché la vision simpliste et manichéenne. Le graphisme de peinture de Bachelier est original. Sa technique picturale permet des belles pages d'intériorisation cauchemardesque avec des personnages torturés. Un dessin très personnel qui peut parfois créer un décalage par sa douceur avec l'ambiance du récit. Une belle et courageuse création qui n'a malheureusement pas eu la suite qu'elle méritait.
Camelot 3000
Hé ben moi, la singularité du truc, à l'époque, m'avait bien intrigué. Toujours autant fasciné par les dessinateurs capables de parfaitement proportionner leurs personnages -en les encrant avec finesse, en plus !- ; et bien que ce ne soit pas nécessairement un argument primordial dans mes choix de lecture, j'avais quand même fini par me procurer l'ensemble pour la joliesse de certaines planches mais, aussi, parce que la résolution de la réincarnation problématique de Tristan éveillait ma curiosité. Bon, on s'en sort pas trop mal (il n'y a pas d'artifice de scénario pour solutionner le twist) ; même si, avec le recul, le côté très limité de la réflexion du personnage sur son sort parait incroyablement immature. Mais les auteurs se sont probablement autocensurés pour ne pas braquer la maison d'édition originale. C'est effectivement archi-simpliste, même pour l'époque ; mais les différences intrinsèques de ce titre (thème S.F. et graphisme classique) avaient une valeur certaine au beau milieu de la production habituelle de DC. Arthur est touchant et Morgane est carrément marrante dans sa méchanceté absolue. Pour les nostalgiques ou les fans de Brian Bolland.