3.5
Première œuvre autobiographique que je lis de l'auteur et c'est une belle réussite.
Jean-Louip Tripp raconte un drame que pour l'instant je n'ai pas vécu personnellement jusqu'à présent et que j'espère ne jamais de ma vie: la perte d'un proche trop jeune pour mourir. Le pire est que Tripp est le dernier qui a parlé à son petit frère avant l'accident et ce qui reviendra souvent dans cet album est la culpabilité de l'auteur qui a lâché la main de son petit frère et qui va passer le reste de sa vie à ce dire que ce dernier serait encore en vie s'il avait agit différemment.
Tripp parle de l'accident, du deuil et de ce qui est arrivé au fil des longs. Il n'y a pas de longueurs et on ne tombe pas dans du larmoyant facile. L'auteur est sincère et ne fait que raconter ce qui s'est passé et ce que lui et ses proches ont ressenties face à cette tragédie. J'ai bien aimé comment l'auteur est honnête et nous montre que sa mémoire à des défauts et qu'il ne veut représenter de ce qu'il se souvient. Il y a des réflexions très intéressantes et je ne me suis pas ennuyé à la lecture de cet album qui parle d'un sujet dur et délicat.
Tout d’abord, un grand bravo aux éditions 404 pour la qualité d’édition de ce livre.
Le livre en lui-même est un très bel exercice de style. Le concept est assez astucieux i.e. placé H.P. Lovecraft au seuil de sa mort sur son lit d’hôpital et le ramener à revivre et commenter certaines rencontres, étapes (lieux) et aspects de sa vie à travers l’apparition de différents personnages (Réels et/ou imaginaires).
Le tout est régulièrement entrecoupé par des lettres de H.P. Lovecraft, pratique qu'il affectionnait particulièrement (De mémoire, sa correspondance avoisinerait les plus de 30000 lettres (sur internet je trouve près de 90000!!).
Vous l'aurez compris, cette bande dessinée fleurte plus sur une biographie de l'auteur que sur un récit inspiré de son univers. Donc, pas besoin de forcément connaitre l'oeuvre ou être un fan inconditionnel pour en profitez.
Les dessins de Jakub Rebelka sont impressionnants de maitrise et de personnalité, rappelant toutefois par moment le grand Guillaume Sorel. Son style onirique et organique sied parfaitement à l'univers du maitre de Providence et illustre le propos de fort belle manière.
A noter pour finir, que bien qu'étant un cousin pas si éloigné que ça de Cthulhu (i.e. Très familier avec Lovecraft la vie/son oeuvre), quelques approfondissements et recherches pour déterminer le vrai du faux et mieux cerner l'apport fictifs des deux auteurs me semble nécessaire.
Vu que c'est de saison, un très beau cadeau de Noël au pied du sapin...pour vous même!
Des miettes, mais qui vont remplir l’estomac (ainsi que les yeux !) des amateurs de cet auteur américain original. Si vous êtes fan de Crumb, vous devez inévitablement lire cet album – voire le posséder – tant il est intéressant.
Il regroupe, dans une présentation chronologique, une somme importante de travaux de Crumb, de sa jeunesse jusqu’à la fin du XXème siècle. Simples crobars, illustrations d’articles de presse ou de publicités, petites BD publiées ici ou là, couvertures de revues, de calendriers, etc.
On est à la limite de la BD, mais c’est une mine pour connaitre le bonhomme, tant une bonne partie des documents reproduits ici sont introuvables, et n’ont pas été repris ailleurs. En tout cas on y retrouve les obsessions de l’auteur (la musique – blues et jazz, les femmes), et surtout cet ensemble confirme l’immense talent de dessinateur de Crumb, que ce soit pour la caricature, ses personnages « bien en chair », mais aussi pour le dessin réaliste – voir ses portraits de musiciens en fin d’album. Son travail en Noir et Blanc (que je préfère, il n’y a pas beaucoup de choses en couleur ici) est vraiment excellent.
Vous trouvez les adaptations de Luc Ferry et Clotilde Bruneau un brin scolaires ou conventionnelles ? La Guerre des Dieux de Valérie Mangin un peu barré à l’inverse ? Le Coeur des Amazones est joli mais ça tourne trop autour du fiac ? Le Troie de Nicolas Jarry sauce heroic fantasy, un soufflé qui fait « pshitt » ? N’en jetez plus, peut être que ce qu’il vous faut c’est la guerre de Troie avec une approche historique mêlée d’un soupçon de souffle épique. Il y a plus de 15 ans de cela et ma lecture de la trilogie romanesque, Troie, signée feu David Gemmell, ce Wiloucha est ce que j’ai lu de plus captivant depuis.
J’ai beaucoup apprécié le fait que l’auteur Mikael Coadou encre son récit vers 1270 av. JC, là où les archéologues soupçonnent le déroulement de la véritable guerre de Troie. Court rappel pour les néophytes, on situe différents sites archéologiques dont le « Troie VIIa » se place entre 1300 et 1180 av. JC, et où ont été remarqué des traces d’incendies par exemple. Bref, c’était aussi un peu le parti pris de Wolgang Petersen pour le film de 2004, celui avec Brad Pitt. Un traitement historique donc dans la timeline mais aussi dans son approche visuel : bon je ne suis pas du tout expert mais j’ai trouvé que décors et costumes étaient suffisamment soft pour ne pas que ça fasse tape à l’œil, et néanmoins suffisamment inventifs pour que ça claque un minimum et que le lecteur sente le souffle chaud du récit épique et légendaire. Avis aux amateurs de récit « conanesque », la philosophie nihiliste de la nature humaine qui transpirait chez Howard (le créateur de Conan le cimmérien) est très présente dans Wiloucha et on sent les auteurs influencés par le film de John Milius.
Alors, parmi les quelques « mauvais points » que je pourrai accorder, je regrette le choix de conserver le classique cheval de Troie qui fait 10 mètres de haut et dont bien entendu, aucun troyen ne s’imagine qu’il est piégé de soldats grecs. C’est gros comme une maison et ça casse un peu l’approche réaliste, j’aurai aimé être surpris par quelque chose d’inattendue et moins invraisemblable. Quand le prêtre d’Apollon se fait zigouiller avec ses fils par des murènes on se dit « oh bah ça tombe bien ça alors ! ». C’est ce qu’on appelle un scénario capillotracté, mais bon… faut bien que les troyens trouvent une excuse pourrie pour le faire rentrer ce put@in de cheval. On n’évoquera à peine la durée du conflits parce que hein, un siège de 10 ans, ça me ferait presque sortir de ma lecture.
Un récit "réaliste", brutale, en cela il est servi par un dessin tout à fait approprié de Blasco-Martinez, un encrage puissant, profond, et un design gore qui met souvent le lecteur mal à l’aise, preuve d’une réussite totale à ce niveau là. Du bel ouvrage, sale, mais beau.
Et pour finir sur cette bonne lancé, l’approche géopolitique du conflit a été un point déterminant dans mon appréciation de l’album, car on a droit à 2 volets en quelque sorte. D’un côté la bataille en elle-même, la ruse d’Ulysse et le carnage grec qui s’en suit. De l’autre la guerre du trône de l’empire Hittite qui s’intéresse à la question de la passivité de cette puissance militaire réputée comme la meilleure à l’époque. Car plutôt qu’une cité-Etat indépendante, il est fort probable que Troie en ces temps-là soit davantage une cité satellite de l’empire Hittite et qu’elle aurait dû en cela bénéficié d’un soutien immédiat. Les motifs grecs par ailleurs vont au-delà de l’excuse des beaux yeux d’Hélène… mais je vous laisse les découvrir.
Un one shot sympathique, bien chiadé, différent, et captivant. Fortement recommandé !
Conan, qu'il y a-t-il de mieux dans la vie ?
- Ecraser ses ennemis, les voir mourir devant soi et entendre les lamentations de leurs femmes.
- C'est bien.
Conan le cimmérien, ou Gengis Kahn de base.
Un joli conte basé sur une idée très originale !
Là où dans la plupart des histoires de notre enfance, le prince cherche à réveiller sa belle, dans ce one-shot c'est l'inverse, c'est la princesse qui est soporifique au premier sens du terme et le héros insomniaque ! Bien que l'histoire se lise très voire trop rapidement, j'ai envie de relever un peu la note de cette BD dont la fraîcheur et l'originalité m'ont beaucoup plus. Je ne suis d'ailleurs pas le premier à mettre en avant les qualités de cette BD puisqu'elle fut multiprimée en 2013 et 2014. L'épilogue ajoute enfin un peu de profondeur au récit et une belle chute tragique à l'histoire de nos deux héros.
Côté dessin, j'aime vraiment beaucoup le trait si particulier de Munoz qui confère de vrais "gueules" à ses personnages et que j'avais découvert avec Le Manoir des Murmures. De plus, la colorisation tantôt d'ocres, tantôt de gris renforce le côté poétique de l’œuvre et offre une très belle profondeur aux cases, profondeur renforcée par certains floutages d'arrière-plan ingénieux.
Une belle BD à avoir dans sa collection selon moi.
Originalité : 4/5 - Histoire : 3,5/5
Dessin : 3,5/5 - Mise en couleurs : 4/5
NOTE GLOBALE : 15/20
Les albums de Sempé, c’est un peu comme les critiques des albums de Sempé. On a l’impression que tout se ressemble, que l’auteur et son lecteur se sentent obligés de se répéter.
Et en fait non, Sempé ne se répète jamais. Mais ses dessins, qu’ils soient accompagnés de texte ou non, sont toujours empreints de poésie, et d’un humour qui fait mouche sans jamais déclencher d’hilarité.
Mais c’est une lecture très plaisante, où l’on constate une nouvelle fois la capacité de Sempé de saisir l’air du temps, sans en avoir l’air. Une simplicité du trait et de la narration, une épure, qui touche à chaque fois. Sempé est un magnifique exhausteur de goût !
Vous l’avez compris, je recommande une nouvelle fois a lecture de Sempé, avec cet album qui est dans la – très bonne – lignée de la quasi-totalité de ses publications.
3.5
Pour le moment, j'aime bien ce manga pour ado alors que plusieurs shonen me tombent des mains depuis quelques années. Il faut dire que cette fois-ci ce n'est pas encore une histoire avec un héros naïf qui veut devenir le meilleur dans quelque chose et qui se fait plein d'amis parce que l'amitié c'est important.
On est dans le genre d'histoire que j'adore retrouver dans les mangas: un concept bien débile et qui fonctionne bien. Un dangereux tueur à gages est devenu un gentil mari obèse qui semble inoffensif, mais qui bien sûr est toujours aussi dangereux lorsqu'il est en action. Les gags fonctionnent bien, il y a un bon équilibre entre l'humour et les moments un peu plus sérieux, les personnages sont attachants et pour le moment le scénario se renouvelle bien. Le dessin est très bon. Les scènes d'action sont dynamiques et les personnages sont expressifs.
Un bon manga si on n'est pas allergique à ce type d'humour.
Tome 1
Si l’on peut rarement se fier à la couverture d’un livre pour juger de la qualité de son contenu, dans le cas de « The Nice House on the lake », c’est l’exception qui confirme la règle. En examinant sa couverture, notre regard est comme aimanté par cette villa d’architecte représentée de nuit et évoquant la célèbre « maison sur la cascade » de Frank Lloyd Wright, cocon de lumière se reflétant dans les eaux en contrebas. C’est donc dans cette demeure (et son proche périmètre) que va se dérouler cette histoire absolument captivante.
Pour concevoir son scénario aux petits oignons, James Tynion IV a intégré plusieurs ingrédients imparables. La villa de luxe paradisiaque, bien sûr, qui s’avérera très vite n’être qu’une cage dorée, dans laquelle va se jouer un huis-clos tendu, sorte de remake des « Dix Petits Nègres », où les protagonistes, affublés chacun d’un symbole par leur hôte et « ami » Walter, ne meurent pas (car ils ne peuvent pas mourir…), avec en toile de fond une fin du monde abominable dont on ne verra que de rares vidéos et photos sur les smartphones des invités. Ces derniers, sous l’égide dudit Walter, qui a « tombé le masque » et ne fera que des apparitions très ponctuelles mais perturbantes, vont se voir entraînés malgré eux dans un étrange jeu de piste aux rares indices, si ce n’est la présence de ces sculptures très énigmatiques qui semblent se livrer à une danse insolente.
Si le trait épais et charbonneux d’Álvaro Martinez n’est pas particulièrement remarquable, il a le mérite de l’efficacité pour être au diapason du récit par son âpreté et son cadrage millimétré, totalement en phase avec les codes du comics US.
Non seulement ce premier volet nous happe dès les premières pages, mais il nous tient en haleine jusqu’au bout. Irrigué par mille et un mystères, ce récit impressionne par ses qualités narratives de haute volée, servies par une imagination foisonnante. Il va sans dire qu’on a hâte de découvrir la suite de ce diptyque.
Tome 2
L’apocalypse terrestre a eu lieu, et les « amis » de Walter continuent à s’interroger. Pourquoi celui-ci les avaient-ils sélectionnés pour les mettre à l’abri dans ce luxueux sanctuaire coupé d’un monde en train d’agoniser ? Peu à peu, les indices sont apparus et quelques réponses distillées au fil du récit sur les raisons de leur présence.
Le plan était préparé depuis longtemps, et le groupe avait été choisi parce qu’il représentait « un échantillon stable de la population humaine ». De plus, leur nouveau statut leur conférait l’immortalité, suicide ou meurtre n’étant plus une option au cas où les choses tourneraient mal… Walter n’est donc pas humain, on l’aura vite compris, pas non plus un extra-terrestre, mais « quelque chose d’autre, difficile à décrire » dans une « langue ne [disposant] pas des mots adéquats ». Des révélations « flippantes », qui ne font que renforcer un peu plus le mystère de l’intrigue…
Et c’est pour ce mystère même que l’on est indiscutablement happé par cette histoire. « The Nice House on the lake », c’est du lourd assurément, avec cette grosse et vieille question métaphysique à la clé, revisitée à l’aune des évolutions technologiques : qui sommes-nous et qui nous a créés ? Ne serions-nous que des créatures modélisées et programmables selon les désirs de nos démiurges ? Une question qui, à l’heure où l’intelligence artificielle est en train de coloniser et chambouler fondamentalement notre univers familier, se fait de plus en plus prégnante, à l’instar du livre d’Hervé Le Tellier, « L’Anomalie », qui évoque un événement « quantique » perturbant remettant en cause notre existence réelle et interroge la possibilité selon laquelle les êtres humains ne seraient que des « simulations ».
Des questionnements extrêmement passionnants qui font le sel de cet ambitieux diptyque, du lourd donc, et c’est aussi un peu le revers de la médaille, le terme pouvant s’appliquer à la narration. Car au-delà du fond, le scénariste James Tynion IV a produit quelque chose d’assez touffu dans la forme, en intégrant mille intrications psychologiques entre les différents personnages en rapport avec la notion d’amitié, à savoir : une amitié authentique en apparence, en l’occurrence celle de Walter, ne pourrait-elle être sous-tendue que par le calcul et la manipulation ? De quoi devenir réellement parano, même si Walter, lui, semble très sincère… Bref, il faut bien reconnaître que la fluidité fait quelque peu défaut à la narration, même si l’on espérait après lecture du premier tome qu’il en soit autrement.
Là où le bât blesse peut-être, c’est le fait que le récit soit encombré d’un trop grand nombre de personnages. A titre personnel, hormis Walter et deux ou trois protagonistes (Norah et Reg, Ryan à la limite…), j’ai eu quelques difficultés à distinguer les autres membres du groupe, qui n’ont pas une personnalité des plus marquantes, et leur représentation n’y contribue guère. Certes, Alvaro Martinez possède un trait assuré même s’il s’inscrit dans un certain académisme, mais l’aspect imprécis des expressions nuit à leur identification, obligeant souvent à un retour vers les premières pages du tome 1, où de petites fiches sont apposées à côté de chaque personnage. Si l’on parvient à faire abstraction de cela, on pourra apprécier sa trouvaille « baconienne » visant à faire ressortir l’étrangeté extra-humaine de Walter, mais aussi la puissance visuelle de son dessin et de la mise en page associée.
Ce second volet de « The Nice House on the lake » se termine sur un coup de théâtre dont on ne révélera évidemment rien, mais ouvre la perspective d’un nouveau cycle. Malgré les bémols évoqués plus haut, on se dit qu’on aura FORCEMENT envie de le découvrir. Et c’est sans doute dans ce constat — le lecteur est bel et bien piégé dans cette « jolie maison » — que se tient la réussite des auteurs et la force de cette œuvre, qui incontestablement aura marqué l’année de son empreinte.
Oh ! C'est … c'est beau. Vraiment beau, même.
Il y a des BD, comme ça, dont le final semble laisser un délicieux gout dans la tête tandis qu'on flotte dans un autre monde. "Dans la forêt - d'après le roman de Jean Hegland" est de celle-là. C'est le genre de BD que j'aurais envie de proposer aux gens de lire simplement en disant que c'est très beau, et puis c'est tout. Parce que parfois il faut savoir se passer de mot pour dire ce qu'on a apprécié.
Mais si je dois en dire quelque chose de plus que ce qui a déjà été relevée par d'autres commentaires, je dirais que c'est proche de Femme sauvage, que c'est une BD qui parle d'écologie et de résilience mais surtout de repartir après un traumatisme. Le huis clos est un parti pris complet de la BD, puisqu'on se rendra compte que celui-ci est le cœur de la BD. Enfermées dans la forêt oppressante, deux sœurs vont apprendre à sortir de leur cage qui les enferme, casser les murs qu'elles se sont bâties pour s'échapper sans vraiment partir. Je suis admiratif du message, lié au fond, à la forme et aux thématiques. La fin du monde est présentée comme étrangement lointaine, détachée. Tout se joue sur cette relation sororelle, esquissé par petites touches entre le présent et le passée. Chacune à son caractère, sa façon d'être, ses faiblesses et ses forces. Mais c'est ensemble qu'elles vont réussir à passer au-delà.
La BD est complété par ce dessin, qui m'a surpris d'un bout à l'autre. Il est détaillé, précis, esquissant les ombrages et les nuances dans un seul gris, mais mettant aussi en valeur le paysage, donnée cruciale de cette histoire. Tout est maitrisé, du détail au général. J'ai apprécié les cases aérées, qui créent un sentiment de folle liberté combiné à une oppression crée par les cadrages. Comment ne pas se sentir petit, écrasé par tant de grandeur environnante ?
C'est aussi les personnages, leurs regards, leurs attitudes. Dans la danse, dans la souffrance, dans les détails, tout passe par des postures, des subtils détails qui plongent dans le récit. Oui, je trouve qu'il y a du beau dans tout ça.
Maintenant que tout cela est dit, je dois bien dire que le plus important reste le message. Certes, il y a bien quelques points qui font tiquer, comme l'a souligné NoirDesir. Mais je n'arrive pas à les considérer comme de véritables obstacles. C'est surtout un message sur le fait de rebondir, repartir de l'avant. Les incidents sont nombreux, il faudra savoir les éviter et repartir, vivre à nouveau. Revivre, c'est le message de cette BD, revivre mieux, revivre avec moins, revivre avec l'essentiel. C'est une BD dans l'air du temps, une BD qui rappelle que nous n'avons finalement besoin que de l'essentiel, et que celui-ci peut-être si peu.
Rarement j'aurais lu une aussi belle apocalypse, un effondrement aussi lent. C'est beau, vraiment. La BD m'a fait ressentir quelque chose de fort à la lecture, quelque chose que je n'ai pas envie de brouiller par une autre lecture. Je me sens plus enclin à mettre une musique, tant que c'est encore possible, à m'écouter un album que j'aime bien et à me laisser rêver.
Pourquoi parler plus ? Parfois, je suis juste content qu'une BD me fasse fermer ma grande bouche.
C'est une très belle BD, lisez là.
Ouch, ça fait mal de se plonger dans cette BD ! Mange les dizaines de pages remplis de personnages que tu ne connais pas et dont la moitié se fait dézinguer illico. Et puis ça part sur des sujets divers : politique, société, justice, police. Faut suivre, s'accrocher pendant les premières pages pour ne pas se noyer dans l'ensemble.
Et puis la BD se fait plus claire, plus limpide. On a d'abord les têtes d'animaux, ça aide à s'y retrouver dans la galerie de personnage. Ensuite, on a le poids de la recherche qui a été faite et qui se sent. C'est précis (presque trop) et détaillé dans les dates, les noms, les échanges, les mécanismes. Mais cette précision fait vite comprendre que le véritable sujet n'est pas les années de luttes contre la Mafia. C'est une BD qui explique et démontre que la Mafia est là, partout, tout le temps.
Cette BD m'a passionné et a confirmé quelque chose que je soupçonnais déjà : l'accumulation de films, livres ou jeux autour de la mafia à rendu cette organisation parallèle bien trop sympathique aux yeux du grand public. Il est nécessaire de rappeler, comme avec ce livre, ce qu'elle est réellement : une organisation structurée, hiérarchisée, implantée partout et aux conséquences désastreuses socialement, politiquement et économiquement. La BD montre à quel point cette organisation à su s'implanter partout et dénonce assez clairement les corruptions jusque dans l'état italien. Les personnages que l'on croise au début reviennent sans cesse, comme des oiseaux de mauvais augure, se mettre en travers du chemin des deux juges qui s'acharnent à démanteler ce qu'ils peuvent de Mafia par des procès historiques. La BD se conclura sur leur mort aux deux, à un mois d'intervalle, mort programmée de longue date par ceux contre qui ils luttaient.
C'est assez édifiant de voir que l'un des plus gros frein à la lutte contre la Mafia survint du système en lui-même, cloisonnant les enquêtes, déboutant les juges compétents sur ces affaires et faisant souvent obstacle à une création de vraie commission anti-mafieuse. La Bd montre le défilé de mort que ces années comportèrent, défilé de mort auquel vinrent s'ajouter les nouvelles branches des activités de la Mafia. Lorsque le nom de Berlusconi arriva dans la BD, je n'étais plus surpris !
Sous des aspects de BD animalière façon polar, il s'agit d'un brulot anti-mafia d'une grande précision. La démonstration mécanique de son existence, ses conséquences et ses ramifications jusqu'au plus hautes sphères de l'état sont édifiantes. Personnellement j'en suis ressorti en me remémorant le Parrain, Scarface et autres films qui présentent la mafia sous un jour respectable. Je suis bien plus amer à leurs propos, en pensant à tout ces morts, toutes ces vies brisées pour des questions d'argent et d'honneur.
Une BD difficile à lire, pour laquelle il faut s'accrocher afin de ne pas se tromper au fur et à mesure de la lecture, mais qui vaut le coup. Sa démonstration est implacable et sans appel : la Mafia doit être arrêtée. Très bon message, très bonne lecture.
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Le Petit Frère
3.5 Première œuvre autobiographique que je lis de l'auteur et c'est une belle réussite. Jean-Louip Tripp raconte un drame que pour l'instant je n'ai pas vécu personnellement jusqu'à présent et que j'espère ne jamais de ma vie: la perte d'un proche trop jeune pour mourir. Le pire est que Tripp est le dernier qui a parlé à son petit frère avant l'accident et ce qui reviendra souvent dans cet album est la culpabilité de l'auteur qui a lâché la main de son petit frère et qui va passer le reste de sa vie à ce dire que ce dernier serait encore en vie s'il avait agit différemment. Tripp parle de l'accident, du deuil et de ce qui est arrivé au fil des longs. Il n'y a pas de longueurs et on ne tombe pas dans du larmoyant facile. L'auteur est sincère et ne fait que raconter ce qui s'est passé et ce que lui et ses proches ont ressenties face à cette tragédie. J'ai bien aimé comment l'auteur est honnête et nous montre que sa mémoire à des défauts et qu'il ne veut représenter de ce qu'il se souvient. Il y a des réflexions très intéressantes et je ne me suis pas ennuyé à la lecture de cet album qui parle d'un sujet dur et délicat.
Le Dernier Jour de Howard Phillips Lovecraft
Tout d’abord, un grand bravo aux éditions 404 pour la qualité d’édition de ce livre. Le livre en lui-même est un très bel exercice de style. Le concept est assez astucieux i.e. placé H.P. Lovecraft au seuil de sa mort sur son lit d’hôpital et le ramener à revivre et commenter certaines rencontres, étapes (lieux) et aspects de sa vie à travers l’apparition de différents personnages (Réels et/ou imaginaires). Le tout est régulièrement entrecoupé par des lettres de H.P. Lovecraft, pratique qu'il affectionnait particulièrement (De mémoire, sa correspondance avoisinerait les plus de 30000 lettres (sur internet je trouve près de 90000!!). Vous l'aurez compris, cette bande dessinée fleurte plus sur une biographie de l'auteur que sur un récit inspiré de son univers. Donc, pas besoin de forcément connaitre l'oeuvre ou être un fan inconditionnel pour en profitez. Les dessins de Jakub Rebelka sont impressionnants de maitrise et de personnalité, rappelant toutefois par moment le grand Guillaume Sorel. Son style onirique et organique sied parfaitement à l'univers du maitre de Providence et illustre le propos de fort belle manière. A noter pour finir, que bien qu'étant un cousin pas si éloigné que ça de Cthulhu (i.e. Très familier avec Lovecraft la vie/son oeuvre), quelques approfondissements et recherches pour déterminer le vrai du faux et mieux cerner l'apport fictifs des deux auteurs me semble nécessaire. Vu que c'est de saison, un très beau cadeau de Noël au pied du sapin...pour vous même!
Miettes
Des miettes, mais qui vont remplir l’estomac (ainsi que les yeux !) des amateurs de cet auteur américain original. Si vous êtes fan de Crumb, vous devez inévitablement lire cet album – voire le posséder – tant il est intéressant. Il regroupe, dans une présentation chronologique, une somme importante de travaux de Crumb, de sa jeunesse jusqu’à la fin du XXème siècle. Simples crobars, illustrations d’articles de presse ou de publicités, petites BD publiées ici ou là, couvertures de revues, de calendriers, etc. On est à la limite de la BD, mais c’est une mine pour connaitre le bonhomme, tant une bonne partie des documents reproduits ici sont introuvables, et n’ont pas été repris ailleurs. En tout cas on y retrouve les obsessions de l’auteur (la musique – blues et jazz, les femmes), et surtout cet ensemble confirme l’immense talent de dessinateur de Crumb, que ce soit pour la caricature, ses personnages « bien en chair », mais aussi pour le dessin réaliste – voir ses portraits de musiciens en fin d’album. Son travail en Noir et Blanc (que je préfère, il n’y a pas beaucoup de choses en couleur ici) est vraiment excellent.
Wiloucha - Les dernières heures de Troie
Vous trouvez les adaptations de Luc Ferry et Clotilde Bruneau un brin scolaires ou conventionnelles ? La Guerre des Dieux de Valérie Mangin un peu barré à l’inverse ? Le Coeur des Amazones est joli mais ça tourne trop autour du fiac ? Le Troie de Nicolas Jarry sauce heroic fantasy, un soufflé qui fait « pshitt » ? N’en jetez plus, peut être que ce qu’il vous faut c’est la guerre de Troie avec une approche historique mêlée d’un soupçon de souffle épique. Il y a plus de 15 ans de cela et ma lecture de la trilogie romanesque, Troie, signée feu David Gemmell, ce Wiloucha est ce que j’ai lu de plus captivant depuis. J’ai beaucoup apprécié le fait que l’auteur Mikael Coadou encre son récit vers 1270 av. JC, là où les archéologues soupçonnent le déroulement de la véritable guerre de Troie. Court rappel pour les néophytes, on situe différents sites archéologiques dont le « Troie VIIa » se place entre 1300 et 1180 av. JC, et où ont été remarqué des traces d’incendies par exemple. Bref, c’était aussi un peu le parti pris de Wolgang Petersen pour le film de 2004, celui avec Brad Pitt. Un traitement historique donc dans la timeline mais aussi dans son approche visuel : bon je ne suis pas du tout expert mais j’ai trouvé que décors et costumes étaient suffisamment soft pour ne pas que ça fasse tape à l’œil, et néanmoins suffisamment inventifs pour que ça claque un minimum et que le lecteur sente le souffle chaud du récit épique et légendaire. Avis aux amateurs de récit « conanesque », la philosophie nihiliste de la nature humaine qui transpirait chez Howard (le créateur de Conan le cimmérien) est très présente dans Wiloucha et on sent les auteurs influencés par le film de John Milius. Alors, parmi les quelques « mauvais points » que je pourrai accorder, je regrette le choix de conserver le classique cheval de Troie qui fait 10 mètres de haut et dont bien entendu, aucun troyen ne s’imagine qu’il est piégé de soldats grecs. C’est gros comme une maison et ça casse un peu l’approche réaliste, j’aurai aimé être surpris par quelque chose d’inattendue et moins invraisemblable. Quand le prêtre d’Apollon se fait zigouiller avec ses fils par des murènes on se dit « oh bah ça tombe bien ça alors ! ». C’est ce qu’on appelle un scénario capillotracté, mais bon… faut bien que les troyens trouvent une excuse pourrie pour le faire rentrer ce put@in de cheval. On n’évoquera à peine la durée du conflits parce que hein, un siège de 10 ans, ça me ferait presque sortir de ma lecture. Un récit "réaliste", brutale, en cela il est servi par un dessin tout à fait approprié de Blasco-Martinez, un encrage puissant, profond, et un design gore qui met souvent le lecteur mal à l’aise, preuve d’une réussite totale à ce niveau là. Du bel ouvrage, sale, mais beau. Et pour finir sur cette bonne lancé, l’approche géopolitique du conflit a été un point déterminant dans mon appréciation de l’album, car on a droit à 2 volets en quelque sorte. D’un côté la bataille en elle-même, la ruse d’Ulysse et le carnage grec qui s’en suit. De l’autre la guerre du trône de l’empire Hittite qui s’intéresse à la question de la passivité de cette puissance militaire réputée comme la meilleure à l’époque. Car plutôt qu’une cité-Etat indépendante, il est fort probable que Troie en ces temps-là soit davantage une cité satellite de l’empire Hittite et qu’elle aurait dû en cela bénéficié d’un soutien immédiat. Les motifs grecs par ailleurs vont au-delà de l’excuse des beaux yeux d’Hélène… mais je vous laisse les découvrir. Un one shot sympathique, bien chiadé, différent, et captivant. Fortement recommandé ! Conan, qu'il y a-t-il de mieux dans la vie ? - Ecraser ses ennemis, les voir mourir devant soi et entendre les lamentations de leurs femmes. - C'est bien. Conan le cimmérien, ou Gengis Kahn de base.
Les Dormants
Un joli conte basé sur une idée très originale ! Là où dans la plupart des histoires de notre enfance, le prince cherche à réveiller sa belle, dans ce one-shot c'est l'inverse, c'est la princesse qui est soporifique au premier sens du terme et le héros insomniaque ! Bien que l'histoire se lise très voire trop rapidement, j'ai envie de relever un peu la note de cette BD dont la fraîcheur et l'originalité m'ont beaucoup plus. Je ne suis d'ailleurs pas le premier à mettre en avant les qualités de cette BD puisqu'elle fut multiprimée en 2013 et 2014. L'épilogue ajoute enfin un peu de profondeur au récit et une belle chute tragique à l'histoire de nos deux héros. Côté dessin, j'aime vraiment beaucoup le trait si particulier de Munoz qui confère de vrais "gueules" à ses personnages et que j'avais découvert avec Le Manoir des Murmures. De plus, la colorisation tantôt d'ocres, tantôt de gris renforce le côté poétique de l’œuvre et offre une très belle profondeur aux cases, profondeur renforcée par certains floutages d'arrière-plan ingénieux. Une belle BD à avoir dans sa collection selon moi. Originalité : 4/5 - Histoire : 3,5/5 Dessin : 3,5/5 - Mise en couleurs : 4/5 NOTE GLOBALE : 15/20
Sentiments Distingués
Les albums de Sempé, c’est un peu comme les critiques des albums de Sempé. On a l’impression que tout se ressemble, que l’auteur et son lecteur se sentent obligés de se répéter. Et en fait non, Sempé ne se répète jamais. Mais ses dessins, qu’ils soient accompagnés de texte ou non, sont toujours empreints de poésie, et d’un humour qui fait mouche sans jamais déclencher d’hilarité. Mais c’est une lecture très plaisante, où l’on constate une nouvelle fois la capacité de Sempé de saisir l’air du temps, sans en avoir l’air. Une simplicité du trait et de la narration, une épure, qui touche à chaque fois. Sempé est un magnifique exhausteur de goût ! Vous l’avez compris, je recommande une nouvelle fois a lecture de Sempé, avec cet album qui est dans la – très bonne – lignée de la quasi-totalité de ses publications.
Sakamoto days
3.5 Pour le moment, j'aime bien ce manga pour ado alors que plusieurs shonen me tombent des mains depuis quelques années. Il faut dire que cette fois-ci ce n'est pas encore une histoire avec un héros naïf qui veut devenir le meilleur dans quelque chose et qui se fait plein d'amis parce que l'amitié c'est important. On est dans le genre d'histoire que j'adore retrouver dans les mangas: un concept bien débile et qui fonctionne bien. Un dangereux tueur à gages est devenu un gentil mari obèse qui semble inoffensif, mais qui bien sûr est toujours aussi dangereux lorsqu'il est en action. Les gags fonctionnent bien, il y a un bon équilibre entre l'humour et les moments un peu plus sérieux, les personnages sont attachants et pour le moment le scénario se renouvelle bien. Le dessin est très bon. Les scènes d'action sont dynamiques et les personnages sont expressifs. Un bon manga si on n'est pas allergique à ce type d'humour.
The Nice House on the lake
Tome 1
Si l’on peut rarement se fier à la couverture d’un livre pour juger de la qualité de son contenu, dans le cas de « The Nice House on the lake », c’est l’exception qui confirme la règle. En examinant sa couverture, notre regard est comme aimanté par cette villa d’architecte représentée de nuit et évoquant la célèbre « maison sur la cascade » de Frank Lloyd Wright, cocon de lumière se reflétant dans les eaux en contrebas. C’est donc dans cette demeure (et son proche périmètre) que va se dérouler cette histoire absolument captivante.
Pour concevoir son scénario aux petits oignons, James Tynion IV a intégré plusieurs ingrédients imparables. La villa de luxe paradisiaque, bien sûr, qui s’avérera très vite n’être qu’une cage dorée, dans laquelle va se jouer un huis-clos tendu, sorte de remake des « Dix Petits Nègres », où les protagonistes, affublés chacun d’un symbole par leur hôte et « ami » Walter, ne meurent pas (car ils ne peuvent pas mourir…), avec en toile de fond une fin du monde abominable dont on ne verra que de rares vidéos et photos sur les smartphones des invités. Ces derniers, sous l’égide dudit Walter, qui a « tombé le masque » et ne fera que des apparitions très ponctuelles mais perturbantes, vont se voir entraînés malgré eux dans un étrange jeu de piste aux rares indices, si ce n’est la présence de ces sculptures très énigmatiques qui semblent se livrer à une danse insolente.
Si le trait épais et charbonneux d’Álvaro Martinez n’est pas particulièrement remarquable, il a le mérite de l’efficacité pour être au diapason du récit par son âpreté et son cadrage millimétré, totalement en phase avec les codes du comics US.
Non seulement ce premier volet nous happe dès les premières pages, mais il nous tient en haleine jusqu’au bout. Irrigué par mille et un mystères, ce récit impressionne par ses qualités narratives de haute volée, servies par une imagination foisonnante. Il va sans dire qu’on a hâte de découvrir la suite de ce diptyque.
Tome 2
L’apocalypse terrestre a eu lieu, et les « amis » de Walter continuent à s’interroger. Pourquoi celui-ci les avaient-ils sélectionnés pour les mettre à l’abri dans ce luxueux sanctuaire coupé d’un monde en train d’agoniser ? Peu à peu, les indices sont apparus et quelques réponses distillées au fil du récit sur les raisons de leur présence.
Le plan était préparé depuis longtemps, et le groupe avait été choisi parce qu’il représentait « un échantillon stable de la population humaine ». De plus, leur nouveau statut leur conférait l’immortalité, suicide ou meurtre n’étant plus une option au cas où les choses tourneraient mal… Walter n’est donc pas humain, on l’aura vite compris, pas non plus un extra-terrestre, mais « quelque chose d’autre, difficile à décrire » dans une « langue ne [disposant] pas des mots adéquats ». Des révélations « flippantes », qui ne font que renforcer un peu plus le mystère de l’intrigue…
Et c’est pour ce mystère même que l’on est indiscutablement happé par cette histoire. « The Nice House on the lake », c’est du lourd assurément, avec cette grosse et vieille question métaphysique à la clé, revisitée à l’aune des évolutions technologiques : qui sommes-nous et qui nous a créés ? Ne serions-nous que des créatures modélisées et programmables selon les désirs de nos démiurges ? Une question qui, à l’heure où l’intelligence artificielle est en train de coloniser et chambouler fondamentalement notre univers familier, se fait de plus en plus prégnante, à l’instar du livre d’Hervé Le Tellier, « L’Anomalie », qui évoque un événement « quantique » perturbant remettant en cause notre existence réelle et interroge la possibilité selon laquelle les êtres humains ne seraient que des « simulations ».
Des questionnements extrêmement passionnants qui font le sel de cet ambitieux diptyque, du lourd donc, et c’est aussi un peu le revers de la médaille, le terme pouvant s’appliquer à la narration. Car au-delà du fond, le scénariste James Tynion IV a produit quelque chose d’assez touffu dans la forme, en intégrant mille intrications psychologiques entre les différents personnages en rapport avec la notion d’amitié, à savoir : une amitié authentique en apparence, en l’occurrence celle de Walter, ne pourrait-elle être sous-tendue que par le calcul et la manipulation ? De quoi devenir réellement parano, même si Walter, lui, semble très sincère… Bref, il faut bien reconnaître que la fluidité fait quelque peu défaut à la narration, même si l’on espérait après lecture du premier tome qu’il en soit autrement.
Là où le bât blesse peut-être, c’est le fait que le récit soit encombré d’un trop grand nombre de personnages. A titre personnel, hormis Walter et deux ou trois protagonistes (Norah et Reg, Ryan à la limite…), j’ai eu quelques difficultés à distinguer les autres membres du groupe, qui n’ont pas une personnalité des plus marquantes, et leur représentation n’y contribue guère. Certes, Alvaro Martinez possède un trait assuré même s’il s’inscrit dans un certain académisme, mais l’aspect imprécis des expressions nuit à leur identification, obligeant souvent à un retour vers les premières pages du tome 1, où de petites fiches sont apposées à côté de chaque personnage. Si l’on parvient à faire abstraction de cela, on pourra apprécier sa trouvaille « baconienne » visant à faire ressortir l’étrangeté extra-humaine de Walter, mais aussi la puissance visuelle de son dessin et de la mise en page associée.
Ce second volet de « The Nice House on the lake » se termine sur un coup de théâtre dont on ne révélera évidemment rien, mais ouvre la perspective d’un nouveau cycle. Malgré les bémols évoqués plus haut, on se dit qu’on aura FORCEMENT envie de le découvrir. Et c’est sans doute dans ce constat — le lecteur est bel et bien piégé dans cette « jolie maison » — que se tient la réussite des auteurs et la force de cette œuvre, qui incontestablement aura marqué l’année de son empreinte.
Dans la forêt - d'après le roman de Jean Hegland
Oh ! C'est … c'est beau. Vraiment beau, même. Il y a des BD, comme ça, dont le final semble laisser un délicieux gout dans la tête tandis qu'on flotte dans un autre monde. "Dans la forêt - d'après le roman de Jean Hegland" est de celle-là. C'est le genre de BD que j'aurais envie de proposer aux gens de lire simplement en disant que c'est très beau, et puis c'est tout. Parce que parfois il faut savoir se passer de mot pour dire ce qu'on a apprécié. Mais si je dois en dire quelque chose de plus que ce qui a déjà été relevée par d'autres commentaires, je dirais que c'est proche de Femme sauvage, que c'est une BD qui parle d'écologie et de résilience mais surtout de repartir après un traumatisme. Le huis clos est un parti pris complet de la BD, puisqu'on se rendra compte que celui-ci est le cœur de la BD. Enfermées dans la forêt oppressante, deux sœurs vont apprendre à sortir de leur cage qui les enferme, casser les murs qu'elles se sont bâties pour s'échapper sans vraiment partir. Je suis admiratif du message, lié au fond, à la forme et aux thématiques. La fin du monde est présentée comme étrangement lointaine, détachée. Tout se joue sur cette relation sororelle, esquissé par petites touches entre le présent et le passée. Chacune à son caractère, sa façon d'être, ses faiblesses et ses forces. Mais c'est ensemble qu'elles vont réussir à passer au-delà. La BD est complété par ce dessin, qui m'a surpris d'un bout à l'autre. Il est détaillé, précis, esquissant les ombrages et les nuances dans un seul gris, mais mettant aussi en valeur le paysage, donnée cruciale de cette histoire. Tout est maitrisé, du détail au général. J'ai apprécié les cases aérées, qui créent un sentiment de folle liberté combiné à une oppression crée par les cadrages. Comment ne pas se sentir petit, écrasé par tant de grandeur environnante ? C'est aussi les personnages, leurs regards, leurs attitudes. Dans la danse, dans la souffrance, dans les détails, tout passe par des postures, des subtils détails qui plongent dans le récit. Oui, je trouve qu'il y a du beau dans tout ça. Maintenant que tout cela est dit, je dois bien dire que le plus important reste le message. Certes, il y a bien quelques points qui font tiquer, comme l'a souligné NoirDesir. Mais je n'arrive pas à les considérer comme de véritables obstacles. C'est surtout un message sur le fait de rebondir, repartir de l'avant. Les incidents sont nombreux, il faudra savoir les éviter et repartir, vivre à nouveau. Revivre, c'est le message de cette BD, revivre mieux, revivre avec moins, revivre avec l'essentiel. C'est une BD dans l'air du temps, une BD qui rappelle que nous n'avons finalement besoin que de l'essentiel, et que celui-ci peut-être si peu. Rarement j'aurais lu une aussi belle apocalypse, un effondrement aussi lent. C'est beau, vraiment. La BD m'a fait ressentir quelque chose de fort à la lecture, quelque chose que je n'ai pas envie de brouiller par une autre lecture. Je me sens plus enclin à mettre une musique, tant que c'est encore possible, à m'écouter un album que j'aime bien et à me laisser rêver. Pourquoi parler plus ? Parfois, je suis juste content qu'une BD me fasse fermer ma grande bouche. C'est une très belle BD, lisez là.
La Pieuvre - Quatorze ans de lutte contre la Mafia
Ouch, ça fait mal de se plonger dans cette BD ! Mange les dizaines de pages remplis de personnages que tu ne connais pas et dont la moitié se fait dézinguer illico. Et puis ça part sur des sujets divers : politique, société, justice, police. Faut suivre, s'accrocher pendant les premières pages pour ne pas se noyer dans l'ensemble. Et puis la BD se fait plus claire, plus limpide. On a d'abord les têtes d'animaux, ça aide à s'y retrouver dans la galerie de personnage. Ensuite, on a le poids de la recherche qui a été faite et qui se sent. C'est précis (presque trop) et détaillé dans les dates, les noms, les échanges, les mécanismes. Mais cette précision fait vite comprendre que le véritable sujet n'est pas les années de luttes contre la Mafia. C'est une BD qui explique et démontre que la Mafia est là, partout, tout le temps. Cette BD m'a passionné et a confirmé quelque chose que je soupçonnais déjà : l'accumulation de films, livres ou jeux autour de la mafia à rendu cette organisation parallèle bien trop sympathique aux yeux du grand public. Il est nécessaire de rappeler, comme avec ce livre, ce qu'elle est réellement : une organisation structurée, hiérarchisée, implantée partout et aux conséquences désastreuses socialement, politiquement et économiquement. La BD montre à quel point cette organisation à su s'implanter partout et dénonce assez clairement les corruptions jusque dans l'état italien. Les personnages que l'on croise au début reviennent sans cesse, comme des oiseaux de mauvais augure, se mettre en travers du chemin des deux juges qui s'acharnent à démanteler ce qu'ils peuvent de Mafia par des procès historiques. La BD se conclura sur leur mort aux deux, à un mois d'intervalle, mort programmée de longue date par ceux contre qui ils luttaient. C'est assez édifiant de voir que l'un des plus gros frein à la lutte contre la Mafia survint du système en lui-même, cloisonnant les enquêtes, déboutant les juges compétents sur ces affaires et faisant souvent obstacle à une création de vraie commission anti-mafieuse. La Bd montre le défilé de mort que ces années comportèrent, défilé de mort auquel vinrent s'ajouter les nouvelles branches des activités de la Mafia. Lorsque le nom de Berlusconi arriva dans la BD, je n'étais plus surpris ! Sous des aspects de BD animalière façon polar, il s'agit d'un brulot anti-mafia d'une grande précision. La démonstration mécanique de son existence, ses conséquences et ses ramifications jusqu'au plus hautes sphères de l'état sont édifiantes. Personnellement j'en suis ressorti en me remémorant le Parrain, Scarface et autres films qui présentent la mafia sous un jour respectable. Je suis bien plus amer à leurs propos, en pensant à tout ces morts, toutes ces vies brisées pour des questions d'argent et d'honneur. Une BD difficile à lire, pour laquelle il faut s'accrocher afin de ne pas se tromper au fur et à mesure de la lecture, mais qui vaut le coup. Sa démonstration est implacable et sans appel : la Mafia doit être arrêtée. Très bon message, très bonne lecture.