Intégrité artistique
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Ce tome contient l'histoire complète en 3 épisodes parus en 2012, écrite par Steve Gerber et illustrée par Kevin Nowlan qui réalise également la mise en couleurs. Ce tome comprend également l'épisode 12 de la série Man-Thing (paru en 1974), ainsi que la première apparition de Man-Thing dans Savage Tales 1 paru en 1971.
Song-cry of… the living dead man (18 pages, scénario de Steve Gerber, dessins de John Buscema, encrage de Klaus Janson) - La créature Man-Thing est attirée par les fortes émotions qui émanent d'un asile d'aliénés désaffecté. À l'intérieur Brian Lazarus, un écrivain, est en proie à des émotions qui s'incarnent en des individus lui réclamant tout un tas de choses. Il devra son salut à l'ingérence de Sybil Mills.
Cette histoire est placée après celle de Gerber et Nowlan, mais il vaut mieux la lire en premier, car la suivante y fait référence. Dans années 1970, une nouvelle génération de scénaristes débarque dans le monde des comics avec des ambitions dépassant la simple histoire de superhéros, et un mode de pensée enraciné dans la contre-culture, avec des opinions politiques de gauche. Parmi eux, Steve Gerber ressort comme créateur inventif et capable d'utiliser le genre Superhéros pour écrire n'importe quel type d'histoire. Il est passé à la postérité pour les aventures hors du commun d'une non-équipe de superhéros (Defenders), pour les pérégrinations d'un canard parlant caustique (Howard the duck) et Man-Thing, un personnage qu'il a tellement fait sien que personne après lui n'a pu en tirer quelque chose après lui.
Man-Thing est une créature végétale des marais dépourvue d'intellect, capable de ressentir avec acuité les émotions, et tous ceux qui éprouvent de la peur brûlent à son contact. Dans ce premier épisode, l'esprit empathique de Man-Thing est agressé par les émanations psychiques de Brian Lazarus. Steve Gerber raconte l'histoire d'un individu qui passe trop de temps tout seul dans sa tête et qui n'accepte pas les compromis qui accompagnent le passage à l'âge adulte, l'abandon de sa soif d'absolu. le résultat est une plongée dans les névroses ordinaires de tout adulte composant avec les nécessités matérielles de la vie, mais aussi d'une personne créative utilisant ses talents à des fins mercantiles (un scénariste de comics par exemple).
Les illustrations de John Buscema (plutôt ses crayonnés, achevés par Klaus Janson) sont professionnelles, sans être très jolies ou très attractives. En un épisode, Steve Gerber prouve de manière éclatante qu'un monstre de boue et de plantes peut servir de dispositif narratif pour évoquer le mal être de la vie en société, du créateur à l'imagination réduite en esclavage au service du profit. 5 étoiles.
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Screenplay of the living dead man (62 pages, Gerber & Nowlan) - Une dizaine d'années plus tard, Brian Lazarus est de retour dans le marais. Il recroise la route de Sybil Mills. Il est de nouveau en proie à de violentes émotions, et il s'adresse constamment à une espèce de petite plante anthropomorphe qui est à ses cotés et qu'il a affectueusement surnommée Mindy. À nouveau la force des émotions de Brian perturbe Man-Thing.
Dans les années 1980, Marvel Comics annonce un nouveau récit de Man-Thing écrit par Steve Gerber et illustré par Kevin Nowlan ; mais ce dernier tarde à réaliser le projet. Gerber décède en 2008. L'histoire paraît en 2012. Elle constitue un prolongement de l'histoire de Brian Lazarus. Il a fini par se marier et trouver sa place dans la société. Mais le chômage a remis en question cet équilibre fragile et il est de retour dans les Everglades. Gerber écrit une histoire sur l'industrie du divertissement et un créateur nourrissant cette machine (en lui sacrifiant son intégrité artistique) qui doit être nourrie en permanence, pour débiter un flux ininterrompu d'émissions, de spectacles et de films. Son constat est noir et impitoyable.
Kevin Nowlan utilise un style très affirmé qui peut demander un temps d'adaptation au lecteur. Les formes sont détourées par des traits fins presque fragiles, et les couleurs apportent autant d'informations visuelles que les crayonnés. Afin de satisfaire aux exigences du scénario, il mélange une approche réaliste des personnages et des endroits, avec les manifestations virtuelles de l'esprit de Lazarus sous une forme plus enfantine. Sa mise en couleurs permet de lier les 2 modes de représentation sans solution de continuité. Il a une capacité très déconcertante à capturer l'expression d'une émotion sur un visage au travers d'un rendu très personnel. Il n'hésite pas à recourir à un registre graphique moqueur ou exagéré pour introduire une forme de dérision et de second degré qui décuple la dimension critique du scénario. En fait Nowlan ne se repose sur aucun des codes graphiques habituels des superhéros, pour un résultat idiosyncrasique qui complémente le scénario, ajoutant une dimension onirique, une saveur particulière unique. 5 étoiles.
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… Man-Thing (11 pages, noir & blanc, scénario de Gerry Conway & Roy Thomas, illustrations de Gray Morrow) - Il s'agit du récit des origines de Man-Thing, la transformation de Ted Sallis en cette créature des marais.
Le tome se termine avec la courte histoire relatant la première apparition de Man-Thing. Il s'agit d'une histoire d'horreur avec une chute rapide. En onze pages, le lecteur apprend tout ce qu'il y a à savoir sur Man-Thing pour apprécier ses histoires. 4 étoiles pour l'intérêt historique, dans une histoire qui n'a pas trop mal vieilli.
Je ne dois certainement pas être le seul, Winshluss est un auteur que je guette avidement.
Le problème c'est que du coup j'ai pas mal d'attente à chacunes de ses productions, même s'il ne m'a jamais déçu depuis, tout ne relève pas systématiquement du génie, J'ai tué le soleil fait un peu partie de cette catégorie.
Je qualifierai ma première lecture de gentillette, j'en étais sorti un poil maussade, attention j'ai bien aimé mais il m'a manqué un petit truc pour tenir et me subjuguer jusqu'au final, qui lui est franchement réussi.
L'auteur s'essaie au récit post-apo, j'aime son trait un peu charbonneux et sa narration muette mais c'est long à se mettre en place et sur le coup les ingrédients présentés sont déjà vus.
Bref il faut tenir pour découvrir le sel de l'histoire, par contre même une fois connu, l'album se relit très bien (peut être même mieux ?).
3,5
Je me joins au concert de louanges accordé à ce superbe album du prolifique Fabien Vehlmann.
« Le Dieu-Fauve » nous raconte une aventure passionnante, brutale et sauvage. L’histoire est découpée en chapitres présentant le point de vue de plusieurs personnages, divulguant progressivement les motivations de chacun. La narration est parfaitement maitrisée, j’ai pris beaucoup de plaisir à décortiquer les méandres de l’intrigue, et la fin m’a beaucoup plu.
Il faut dire que la mise en image de Roger est sublime. Le découpage est réussi, les planches contiennent de belles grandes cases au dessin très détaillé, et j’ai beaucoup aimé les lignes et les perspectives sur les paysages. Les scènes d’action sont aussi très réussies, très dynamiques.
Vraiment, une chouette histoire.
Cet album est une bande dessinée de science-fiction qui déborde d’adrénaline. L’histoire suit Kali, trahie par son gang, les Matrikas, dans un monde post-apocalyptique ravagé par la guerre. Les décors sont magnifiquement représentés, avec des paysages dantesques. Les scènes de course-poursuite à 100 à l’heure sont captivantes. Il n’y a pas de temps morts. Si vous êtes fan de l’univers de “Mad Max”, vous ne pourrez qu’apprécier ce véritable concentré d’actions et d’aventures, avec un graphisme à couper le souffle. Une lecture palpitante et violente donc même si les ronchons habituels critiqueront le fait que cette nouvelle héroïne – alors que les balles fusent de partout – se sort de toutes les combats sans aucune égratignure !
Lecture jouissive me concernant !
A noter un très gros dossier en fin d’album sur le travail des auteurs.
C’est à une belle échappée en mer que Julie Ricossé nous invite. Cette histoire semblerait partiellement autobiographique mais elle est portée par le souffle de l’aventure, de l’exotisme, de l’amitié et de l’amour. Un récit tout public qui parlera à chacun grâce aux différents thèmes abordés et aux multiples péripéties qui jalonnent ce premier tome. Un récit qui charme grâce à une colorisation lumineuse et un dessin souple et spontané. Un récit qui accroche grâce à une fin de tome certes peu originale mais qui titille notre curiosité.
J’ai particulièrement apprécié le ton général de l’album et le dosage entre les différents thèmes abordés. On découvre progressivement le passé des parents qui les a amenés à larguer les amarres alors que les enfants et leurs discours permettent de montrer ce qu’implique ce genre de vie, ses contraintes (pas d’ami, juste des copains de passage, une école à domicile démotivante, des règles à respecter peut-être encore plus contraignantes que celles imposées par une vie sédentaire) et ses avantages (la vie en mer, les multiples rencontres, l’ouverture aux autres). Malgré ces thèmes, nous restons vraiment dans un récit d’aventure, rythmé par de nombreuses rencontres (parfois éphémères) et marqué par des flash-backs révélateurs.
C’est prenant, vivant, parfois drôle, parfois touchant, … et parfois un peu cliché. Mais ça fait du bien. Plaisant, vraiment plaisant !
J'avais découvert Scott Snyder avec l'excellent Clear et par le plus classique La Nuit de la Goule. Cette fois c'est avec Dan Panosian au dessin, (que j'avais découvert avec le très bon Slots) qu'il officie pour nous proposer un récit horrifique très réussi.
Moi qui m'attendait à un western plutôt classique, j'ai fini par manger mon Stetson tant je ne m'attendais pas à ce virage fantastico-horrifique ! Tout cela part effectivement tranquillement avec l'arrivée de notre héros dans la petite ville perdue de Canary pour assister un scientifique sur ses recherches. Mais petit à petit, l'ambiance devient lourde et le fantastique s'invite à la fête pour virer à l'horreur totale. C'est très bien amené, avec cette montée crescendo intense qui scotche le lecteur.
Le tout est remarquablement mis en image et en couleur, ce qui donne toute son intensité à cette histoire.
Encore une très belle réussite !
Et un achat impulsif, un !
Oui mais bon ! Déjà le nom du scénariste me met en confiance. Frédéric Brrémaud, je sais que j’aime bien, d’ordinaire. Ensuite la thématique. Les histoires de pirates, d’habitude, je suis plutôt preneur. Enfin le dessin, la couverture nous offre une trogne de pirate bien gratinée et un rapide feuilletage en librairie a dévoilé quelques grandes illustrations de vieux gréements et de paysages qui valent clairement le coup d’œil.
Donc voilà, ni une ni deux, j’ai embarqué l’objet et je ne l’ai pas laissé longtemps trainer sur ma pile à lire.
Et je ne le regrette pas car tout ce que j’avais anticipé s’est réalisé.
Le scénario de Brrémaud, librement inspiré par un roman d’Eugène Sue, est bien balancé. Kernok, taraudé par la prophétie d’une vieille sorcière bretonne, se révèle sans pitié, tourmenté, violent, bien barré. C’est un beau personnage de pirate « à l’ancienne », qui a clairement vendu son âme au diable et est prêt à tous les sacrifices et à toutes les vilénies pour parvenir à ses fins.
Le dessin d’Alessandro Corbettini m’a beaucoup plu. Les personnages ont des trognes bien typées et, surtout, quelques grandes illustrations nous plongent au plus profond de cet univers de vieux gréements. C’est beau à voir et efficace.
Mais mon enthousiasme est tempéré par deux bémols :
- Tout d’abord les citations qui ouvrent les différents chapitres n’apportent vraiment rien, voire paraissent étranges (un proverbe breton, notamment, dont on ne saurait dire s’il s’agit du proverbe en entier ou juste des quelques premiers mots) ;
- Ensuite, les personnages secondaires manquent un peu de matière, de profondeur. Autant Kernok dégage un magnétisme jubilatoire, autant il manque à ses côté un contrepoids susceptible d’équilibrer les échanges.
Ça reste un très bon récit dans le genre, dont je recommande la lecture aux amateurs de beaux dessins et d’histoires de pirates sanguinaires.
3.5
Un documentaire intéressant sur les relations entre la France et Israël.
Les relations entre les deux pays ont changé au fil du temps et pas tout le temps pour le mieux. C'est bien documenté, clair et précis. J'ai particulièrement aimé voir comment l'image d'Israël et des Palestiniens a changé au fil des conflits et aussi comment la question palestinienne a fini par empoissonner les débats en France, pays européen qui compte le plus de musulmans et de juifs.
Le seul point faible est que le dessin lui-même n’est pas terrible. C'est lisible et j'ai vu pire, mais c'est vraiment le genre de BD documentaire où j'ai l'impression que les dessins sont justes là pour rassurer les lecteur qui voudraient pas lire un livre sans images. Je ne pense pas que cela va améliorer l'image que plusieurs ont du médium BD.
Je déterre le sujet Frantico car il y a eu quelques nouvelles depuis ... 2018 et Trondheim a bien confirmé qu'il était à la manoeuvre.
J'étais tombé sur le blog puis la BD de ce personnage grossier, voyeur, obsédé, mais aussi comique, franc, et sensible. Il se moque de lui-même sans retenue, ne cherche pas à paraître sympathique, et c’est justement cette honnêteté brutale qui me l'a rendu attachant. Il est bourré de défauts, mais il les assume pleinement, ce qui le rend très humain. Je crois que c'est la sincérité qui fait mouche à chaque fois chez moi dans les autobiographies ou semi-autobiographies.
Pour le coup c'est raté puisque c'est un personnage inventé par Trondheim, même s'il avoue qu'il s'inspire de lui vers 17-18 ans dans "Entretiens avec Lewis Trondheim" de Thierry Groensteen.
A la base Trondheim voulait jouer avec le nouveau (à l'époque) medium blog et a inventé ce personnage de "gros looser obsédé et souffrant de misère sexuelle" pour le mettre à nu dans le blog. Il a même du réinventer son style graphique en changeant sa manière de représenter les personnages, les maisons, les voitures et le lettrage.
La narration à la Trondheim reste par contre et c'est ce qui a du mettre la puce à l'oreille de certains, trop propre pour un parfait débutant.
Mais l'histoire ne s'arrête pas là et la blague a duré 15 ans avec de jolis pieds de nez puisque Frantico aka Trondheim a envoyé son travail à l'Association (co-fondée par Trondheim) et Menu a refusé de le publier pendant le comité éditorial auquel Trondheim participait. Il y a d'autres anecdotes assez croustillantes dans "Entretiens avec Lewis Trondheim" que je ne veux pas divulgâcher.
Personnellement, j'aime ce côté sincère du personnage même s'il est extrêmement lourd voire gênant et j'aime beaucoup ce pied de nez facétieux qui se cache derrière. Il est certain que c'est un humour très particulier qui ne marchera pas pour tout le monde, soyez en avertis.
Une interdépendance étroite entre les économies
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Il s'agit d'un ouvrage de vulgarisation sur la mondialisation qui ne nécessite pas de connaissance préalable. Sa première édition date de 2021. Il a été réalisé par Isabelle Bensidoun (DEA d'économie mathématique et d'économétrie) & Sébastien Jean (doctorat d'économie) pour le scénario, Enzo pour les dessins et Sandrine Bonini & Élise Follin pour les couleurs. Les coscénaristes sont membres du CEPII : le Centre d'études prospectives et d'informations internationales, spécialisé dans la recherche et l'expertise en économie mondiale. Il comporte 234 pages en couleurs. L'ouvrage est structuré en trois partie, la première comprenant 6 chapitres, la seconde 5, et la troisième 8, avec un prologue, un épilogue et quatre pages explicitant les sources des chiffres et des informations.
Comment raconter la mondialisation en BD ? le bédéiste Enzo se rend à un café où il a rendez-vous avec les deux économistes Isabelle et Sébastien. Ils s'interrogent sur la manière de traiter leur sujet, qu'ils estiment très abstrait. Enzo fait observer que la perte d'emploi qui accompagne une usine qui délocalise sa production à l'étranger, c'est très concret. Ils font le constat que la mondialisation englobe aussi bien la destruction d'emplois à certains endroits que la création dans d'autres, qu'il y a des gagnants et des perdants, que les consommateurs apprécient les prix bas mais que les salariés se sentent menacés. Enzo leur demande de définir la mondialisation d'un point de vue personnel.
Isabelle répond la première : ce qui est positif pour elle, c'est la possibilité, avec la mondialisation, d'avoir un plus grand accès à l'Ailleurs, à ce qui est différent, à ce qui est au départ étranger. En quelque sorte, la mondialisation est un vecteur d'altérité. C'est la possibilité d'avoir chez soi, avec soi, des choses que l'on ne pouvait, auparavant, avoir qu'à l'étranger. Malgré tout, ce n'était pas mal ce temps où il fallait se déplacer physiquement pour y accéder, mais l'avantage, c'est qu'avec la mondialisation, c'est disponible pour un plus grand nombre. C'est-à-dire aussi à ceux qui n'ont pas les moyens de se déplacer. Donc la mondialisation, c'est plus d'ouverture, pas seulement commerciale, financière, mais aussi plus d'ouverture à l'autre. Revers de la médaille, quand on se déplace, on retrouve, davantage aujourd'hui qu'hier, la même chose que chez soi. Pas facile de trouver encore de l'exotisme ! Donc plus de diversité chez soi, mais plus d'homogénéité globalement. Et la mondialisation telle qu'elle s'est développée jusqu'ici a eu pas mal d'effets négatifs. Elle a pesé sur l'emploi et sur les salaires des moins bien lotis dont on s'est peu préoccupé. Sans oublier que la finance, quand elle n'est pas suffisamment encadrée, porte en elle les germes de crises aux effets dévastateurs sur l'économie réelle. L'ouvrage se compose ensuite de trois grandes parties, la première sur l'état de la mondialisation au temps présent, la seconde sur son historique en deux temps, et la troisième répond aux questions polémiques.
Dès la couverture, le lecteur s'interroge sur la forme narrative que les auteurs vont adopter. C'est un véritable défi que de parler d'un sujet aussi abstrait en bande dessinée, de vulgariser des connaissances conceptuelles en images. S'il a lu plusieurs ouvrages de la collection La petite bédéthèque des savoirs (Le Lombard) ou d'autres du même genre, le lecteur connaît les possibilités de mise en scène. Ici, les auteurs ont choisi de se mettre en scène, s'interrogeant et se répondant, et aussi d'avoir des pages d'explications avec des illustrations, et d'autres mettant en scène une personnalité en train d'expliquer, soit en s'adressant à des interlocuteurs invisibles, soit en les mettant en scène dans une situation. Il se produit donc assez vite la sensation de découvrir un texte prérédigé sous la forme d'un exposé, avec un dessinateur qui fait de son mieux pour apporter des éléments visuels supplémentaires, parfois donnant l'impression d'être déconnectés du texte. Au fil des séquences, le lecteur peut voir les trois auteurs discuter ensemble dans un café, chez l'un des auteurs, ou régulièrement sur un fond uni dépourvu de tout arrière-plan. Cela apporte une forme d'animation à la discussion, même si parfois le lecteur se dit que tel propos pourrait être tenu par n'importe lequel des trois sans que cela ne change rien au déroulement de la discussion, comme si leur identité était interchangeable.
Dès la fin du prologue, le lecteur prend la mesure du savoir-faire de l'artiste avec un traveling arrière prenant de la hauteur sur le quartier de la ville où se trouve le bar, montrant une vue du ciel très soignée. Il a également pu apprécier le naturel des personnages, dans leur langage corporel et les expressions de leur visage. le premier chapitre débute par une mise en situation : un monsieur qui frappe aux portes réalisant un sondage où les gens répondent à la question : qu'est-ce que vous évoque la mondialisation ? de séquence en séquence, le lecteur peut ainsi regarder une femme parcourant les rayons d'un supermarché avec son caddie, une vue éclatée d'une machine à laver, une chaîne de montage de voitures, le cheminement d'un container d'un poids-lourds à un navire, des pipelines, une ville industrielle dont l'usine a fermé, le Citarum pas très loin de Djakarta, la capitale indonésienne, l'un des fleuves les plus pollués au monde, et beaucoup d'autres choses encore. Ces images viennent illustrer l'exposé, parfois en reprenant ce qui dit la phrase qui les accompagne, parfois en suivant une idée parallèle pour montrer concrètement un élément (par exemple le parcours d'un container). Elles apportent une diversité visuelle, même si le lecteur s'aperçoit qu'à quelques reprises il a oublié de regarder les dessins, entièrement focalisé sur le texte qui est autosuffisant dans ces passages.
Dans la mesure où il s'agit d'un ouvrage avec une forte composante historique, l'artiste réalise également des reconstitutions d'époque : Paris au milieu du XIXe siècle, la traversée de l'Atlantique en bateau à vapeur, l'évolution des modèles de téléphones. Très régulièrement, il représente également des personnalités historiques des siècles passés ou des contemporains : Arnaud Montebourg, Serge Tehuruk (Alcatel), Stan Shih (Acer), Donald Trump, Xi Jinping, Édouard Philippe, Emmanuel Macron, Dominique Strauss-Kahn, Margaret Thatcher, Ronald Reagan, Boris Johnson, Malcolm McLean, Karl Polanyl, Robert Mundell, Pascal Lamy, Milton Friedman, Anton Brender, Paul Krugman, et encore de nombreux autres économistes. le lecteur reconnaît aisément plusieurs d'entre eux, par exemple Mick Jagger, et constate que leur portrait est ressemblant, et que le dessinateur passe dans un mode plus réaliste et moins simplifié pour les représenter. Au fil de l'exposé, les auteurs utilisent également la richesse des possibilités visuelles pour des images parlantes, ce qui fait mettre en oeuvre encore d'autres facettes du talent d'Enzo. Ces schémas et infographies sont de nature diverse : patron de chemise, détails des parties d'une chaussette, éclaté d'une machine à laver le linge, cartographie des chaînes de valeur d'un jean, courbe d'évolution du nombre d'automobiles produites en France en million de véhicules, plateau de Monopoly, histogrammes cumulés, chaîne de prise de risques des crédits accordés aux ménages américains, etc.
En commençant, le lecteur part avec l'a priori d'un ouvrage ardu, et d'une lecture lente pour pouvoir assimiler toutes les informations. Il constate que les auteurs ont effectué un impressionnant travail de structuration de leur propos en 3 parties, chacune comprenant des chapitres courts, et que le rythme de la lecture est assez soutenu. Cela traduit un gros travail de conceptualisation pour rendre un tel propos aussi accessible et facile à lire et à assimiler, en introduisant des termes techniques précis (par exemple le trilemme de Robert Mundell, ou les inoubliables zinzins = les investisseurs institutionnels). La progression de l'exposé est très claire : commencer par expliquer la mondialisation par des exemples, en particulier la confection d'un jean, puis raconter les deux phases de la mondialisation, et enfin répondre aux questions polémiques, en s'appuyant sur les deux parties précédentes. La mondialisation favorise-telle la croissance ? La mondialisation améliore-t-elle le pouvoir d'achat des Français ? La mondialisation fait-elle davantage de perdants que de gagnants ? Faut-il relocaliser la production ? Peut-on dompter la finance ? La mondialisation est-elle compatible avec l'environnement ? La mondialisation, terreau du populisme ? Faut-il jeter le bébé avec l'eau du bain ? Lors des deux premières parties, les auteurs adoptent un positionnement factuel parvenant à ordonner des événements et des prises de décisions pour faire apparaître les paramètres de la mondialisation et sa nature, ainsi que le degré auquel elle est parvenue, à l'échelle mondiale, sur la base d'exemple partant de la France. Dans la dernière partie, ils portent des jugements de valeurs, répondant de manière explicite à ces questions, sans parti pris politique, ou même économique. Pour reprendre leur formulation, la troisième saison de la mondialisation s'annonce toujours plus complexe, et pas forcément jouée d'avance, l'omni-libéralisme économique se heurtant encore à des obstacles, les États n'ayant pas totalement perdu leur pouvoir.
Le titre de l'ouvrage promet une présentation de l'histoire de la mondialisation, et un rapide feuilletage révèle ce qui ressemble à un exposé dense, richement illustré. Du point de vue BD, les auteurs n'ont pas réussi à échapper aux têtes qui parlent, et à l'impression de certains passages où le texte est livré clé en main, et bonne chance au dessinateur pour y accoler des visuels. Globalement, la lecture fait apparaître un ouvrage très soigneusement conçu, à la fois dans sa structure, et dans l'utilisation de la richesse visuelle que permet la bande dessinée. Les pages se tournent rapidement, les notions sont claires et faciles à assimiler, et les auteurs tiennent leurs promesses : retracer l'histoire de la mondialisation et faire un bilan sur ses aspects les plus polémiques, en creusant les questions plus loin d'une simple vulgarisation.
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Man-Thing - Le Monstrueux Homme-Chose
Intégrité artistique - Ce tome contient l'histoire complète en 3 épisodes parus en 2012, écrite par Steve Gerber et illustrée par Kevin Nowlan qui réalise également la mise en couleurs. Ce tome comprend également l'épisode 12 de la série Man-Thing (paru en 1974), ainsi que la première apparition de Man-Thing dans Savage Tales 1 paru en 1971. Song-cry of… the living dead man (18 pages, scénario de Steve Gerber, dessins de John Buscema, encrage de Klaus Janson) - La créature Man-Thing est attirée par les fortes émotions qui émanent d'un asile d'aliénés désaffecté. À l'intérieur Brian Lazarus, un écrivain, est en proie à des émotions qui s'incarnent en des individus lui réclamant tout un tas de choses. Il devra son salut à l'ingérence de Sybil Mills. Cette histoire est placée après celle de Gerber et Nowlan, mais il vaut mieux la lire en premier, car la suivante y fait référence. Dans années 1970, une nouvelle génération de scénaristes débarque dans le monde des comics avec des ambitions dépassant la simple histoire de superhéros, et un mode de pensée enraciné dans la contre-culture, avec des opinions politiques de gauche. Parmi eux, Steve Gerber ressort comme créateur inventif et capable d'utiliser le genre Superhéros pour écrire n'importe quel type d'histoire. Il est passé à la postérité pour les aventures hors du commun d'une non-équipe de superhéros (Defenders), pour les pérégrinations d'un canard parlant caustique (Howard the duck) et Man-Thing, un personnage qu'il a tellement fait sien que personne après lui n'a pu en tirer quelque chose après lui. Man-Thing est une créature végétale des marais dépourvue d'intellect, capable de ressentir avec acuité les émotions, et tous ceux qui éprouvent de la peur brûlent à son contact. Dans ce premier épisode, l'esprit empathique de Man-Thing est agressé par les émanations psychiques de Brian Lazarus. Steve Gerber raconte l'histoire d'un individu qui passe trop de temps tout seul dans sa tête et qui n'accepte pas les compromis qui accompagnent le passage à l'âge adulte, l'abandon de sa soif d'absolu. le résultat est une plongée dans les névroses ordinaires de tout adulte composant avec les nécessités matérielles de la vie, mais aussi d'une personne créative utilisant ses talents à des fins mercantiles (un scénariste de comics par exemple). Les illustrations de John Buscema (plutôt ses crayonnés, achevés par Klaus Janson) sont professionnelles, sans être très jolies ou très attractives. En un épisode, Steve Gerber prouve de manière éclatante qu'un monstre de boue et de plantes peut servir de dispositif narratif pour évoquer le mal être de la vie en société, du créateur à l'imagination réduite en esclavage au service du profit. 5 étoiles. - Screenplay of the living dead man (62 pages, Gerber & Nowlan) - Une dizaine d'années plus tard, Brian Lazarus est de retour dans le marais. Il recroise la route de Sybil Mills. Il est de nouveau en proie à de violentes émotions, et il s'adresse constamment à une espèce de petite plante anthropomorphe qui est à ses cotés et qu'il a affectueusement surnommée Mindy. À nouveau la force des émotions de Brian perturbe Man-Thing. Dans les années 1980, Marvel Comics annonce un nouveau récit de Man-Thing écrit par Steve Gerber et illustré par Kevin Nowlan ; mais ce dernier tarde à réaliser le projet. Gerber décède en 2008. L'histoire paraît en 2012. Elle constitue un prolongement de l'histoire de Brian Lazarus. Il a fini par se marier et trouver sa place dans la société. Mais le chômage a remis en question cet équilibre fragile et il est de retour dans les Everglades. Gerber écrit une histoire sur l'industrie du divertissement et un créateur nourrissant cette machine (en lui sacrifiant son intégrité artistique) qui doit être nourrie en permanence, pour débiter un flux ininterrompu d'émissions, de spectacles et de films. Son constat est noir et impitoyable. Kevin Nowlan utilise un style très affirmé qui peut demander un temps d'adaptation au lecteur. Les formes sont détourées par des traits fins presque fragiles, et les couleurs apportent autant d'informations visuelles que les crayonnés. Afin de satisfaire aux exigences du scénario, il mélange une approche réaliste des personnages et des endroits, avec les manifestations virtuelles de l'esprit de Lazarus sous une forme plus enfantine. Sa mise en couleurs permet de lier les 2 modes de représentation sans solution de continuité. Il a une capacité très déconcertante à capturer l'expression d'une émotion sur un visage au travers d'un rendu très personnel. Il n'hésite pas à recourir à un registre graphique moqueur ou exagéré pour introduire une forme de dérision et de second degré qui décuple la dimension critique du scénario. En fait Nowlan ne se repose sur aucun des codes graphiques habituels des superhéros, pour un résultat idiosyncrasique qui complémente le scénario, ajoutant une dimension onirique, une saveur particulière unique. 5 étoiles. - … Man-Thing (11 pages, noir & blanc, scénario de Gerry Conway & Roy Thomas, illustrations de Gray Morrow) - Il s'agit du récit des origines de Man-Thing, la transformation de Ted Sallis en cette créature des marais. Le tome se termine avec la courte histoire relatant la première apparition de Man-Thing. Il s'agit d'une histoire d'horreur avec une chute rapide. En onze pages, le lecteur apprend tout ce qu'il y a à savoir sur Man-Thing pour apprécier ses histoires. 4 étoiles pour l'intérêt historique, dans une histoire qui n'a pas trop mal vieilli.
J'ai tué le soleil
Je ne dois certainement pas être le seul, Winshluss est un auteur que je guette avidement. Le problème c'est que du coup j'ai pas mal d'attente à chacunes de ses productions, même s'il ne m'a jamais déçu depuis, tout ne relève pas systématiquement du génie, J'ai tué le soleil fait un peu partie de cette catégorie. Je qualifierai ma première lecture de gentillette, j'en étais sorti un poil maussade, attention j'ai bien aimé mais il m'a manqué un petit truc pour tenir et me subjuguer jusqu'au final, qui lui est franchement réussi. L'auteur s'essaie au récit post-apo, j'aime son trait un peu charbonneux et sa narration muette mais c'est long à se mettre en place et sur le coup les ingrédients présentés sont déjà vus. Bref il faut tenir pour découvrir le sel de l'histoire, par contre même une fois connu, l'album se relit très bien (peut être même mieux ?). 3,5
Le Dieu-Fauve
Je me joins au concert de louanges accordé à ce superbe album du prolifique Fabien Vehlmann. « Le Dieu-Fauve » nous raconte une aventure passionnante, brutale et sauvage. L’histoire est découpée en chapitres présentant le point de vue de plusieurs personnages, divulguant progressivement les motivations de chacun. La narration est parfaitement maitrisée, j’ai pris beaucoup de plaisir à décortiquer les méandres de l’intrigue, et la fin m’a beaucoup plu. Il faut dire que la mise en image de Roger est sublime. Le découpage est réussi, les planches contiennent de belles grandes cases au dessin très détaillé, et j’ai beaucoup aimé les lignes et les perspectives sur les paysages. Les scènes d’action sont aussi très réussies, très dynamiques. Vraiment, une chouette histoire.
Kali
Cet album est une bande dessinée de science-fiction qui déborde d’adrénaline. L’histoire suit Kali, trahie par son gang, les Matrikas, dans un monde post-apocalyptique ravagé par la guerre. Les décors sont magnifiquement représentés, avec des paysages dantesques. Les scènes de course-poursuite à 100 à l’heure sont captivantes. Il n’y a pas de temps morts. Si vous êtes fan de l’univers de “Mad Max”, vous ne pourrez qu’apprécier ce véritable concentré d’actions et d’aventures, avec un graphisme à couper le souffle. Une lecture palpitante et violente donc même si les ronchons habituels critiqueront le fait que cette nouvelle héroïne – alors que les balles fusent de partout – se sort de toutes les combats sans aucune égratignure ! Lecture jouissive me concernant ! A noter un très gros dossier en fin d’album sur le travail des auteurs.
A la vie, à la mer
C’est à une belle échappée en mer que Julie Ricossé nous invite. Cette histoire semblerait partiellement autobiographique mais elle est portée par le souffle de l’aventure, de l’exotisme, de l’amitié et de l’amour. Un récit tout public qui parlera à chacun grâce aux différents thèmes abordés et aux multiples péripéties qui jalonnent ce premier tome. Un récit qui charme grâce à une colorisation lumineuse et un dessin souple et spontané. Un récit qui accroche grâce à une fin de tome certes peu originale mais qui titille notre curiosité. J’ai particulièrement apprécié le ton général de l’album et le dosage entre les différents thèmes abordés. On découvre progressivement le passé des parents qui les a amenés à larguer les amarres alors que les enfants et leurs discours permettent de montrer ce qu’implique ce genre de vie, ses contraintes (pas d’ami, juste des copains de passage, une école à domicile démotivante, des règles à respecter peut-être encore plus contraignantes que celles imposées par une vie sédentaire) et ses avantages (la vie en mer, les multiples rencontres, l’ouverture aux autres). Malgré ces thèmes, nous restons vraiment dans un récit d’aventure, rythmé par de nombreuses rencontres (parfois éphémères) et marqué par des flash-backs révélateurs. C’est prenant, vivant, parfois drôle, parfois touchant, … et parfois un peu cliché. Mais ça fait du bien. Plaisant, vraiment plaisant !
Canary
J'avais découvert Scott Snyder avec l'excellent Clear et par le plus classique La Nuit de la Goule. Cette fois c'est avec Dan Panosian au dessin, (que j'avais découvert avec le très bon Slots) qu'il officie pour nous proposer un récit horrifique très réussi. Moi qui m'attendait à un western plutôt classique, j'ai fini par manger mon Stetson tant je ne m'attendais pas à ce virage fantastico-horrifique ! Tout cela part effectivement tranquillement avec l'arrivée de notre héros dans la petite ville perdue de Canary pour assister un scientifique sur ses recherches. Mais petit à petit, l'ambiance devient lourde et le fantastique s'invite à la fête pour virer à l'horreur totale. C'est très bien amené, avec cette montée crescendo intense qui scotche le lecteur. Le tout est remarquablement mis en image et en couleur, ce qui donne toute son intensité à cette histoire. Encore une très belle réussite !
Kernok le pirate
Et un achat impulsif, un ! Oui mais bon ! Déjà le nom du scénariste me met en confiance. Frédéric Brrémaud, je sais que j’aime bien, d’ordinaire. Ensuite la thématique. Les histoires de pirates, d’habitude, je suis plutôt preneur. Enfin le dessin, la couverture nous offre une trogne de pirate bien gratinée et un rapide feuilletage en librairie a dévoilé quelques grandes illustrations de vieux gréements et de paysages qui valent clairement le coup d’œil. Donc voilà, ni une ni deux, j’ai embarqué l’objet et je ne l’ai pas laissé longtemps trainer sur ma pile à lire. Et je ne le regrette pas car tout ce que j’avais anticipé s’est réalisé. Le scénario de Brrémaud, librement inspiré par un roman d’Eugène Sue, est bien balancé. Kernok, taraudé par la prophétie d’une vieille sorcière bretonne, se révèle sans pitié, tourmenté, violent, bien barré. C’est un beau personnage de pirate « à l’ancienne », qui a clairement vendu son âme au diable et est prêt à tous les sacrifices et à toutes les vilénies pour parvenir à ses fins. Le dessin d’Alessandro Corbettini m’a beaucoup plu. Les personnages ont des trognes bien typées et, surtout, quelques grandes illustrations nous plongent au plus profond de cet univers de vieux gréements. C’est beau à voir et efficace. Mais mon enthousiasme est tempéré par deux bémols : - Tout d’abord les citations qui ouvrent les différents chapitres n’apportent vraiment rien, voire paraissent étranges (un proverbe breton, notamment, dont on ne saurait dire s’il s’agit du proverbe en entier ou juste des quelques premiers mots) ; - Ensuite, les personnages secondaires manquent un peu de matière, de profondeur. Autant Kernok dégage un magnétisme jubilatoire, autant il manque à ses côté un contrepoids susceptible d’équilibrer les échanges. Ça reste un très bon récit dans le genre, dont je recommande la lecture aux amateurs de beaux dessins et d’histoires de pirates sanguinaires.
Un chant d'amour
3.5 Un documentaire intéressant sur les relations entre la France et Israël. Les relations entre les deux pays ont changé au fil du temps et pas tout le temps pour le mieux. C'est bien documenté, clair et précis. J'ai particulièrement aimé voir comment l'image d'Israël et des Palestiniens a changé au fil des conflits et aussi comment la question palestinienne a fini par empoissonner les débats en France, pays européen qui compte le plus de musulmans et de juifs. Le seul point faible est que le dessin lui-même n’est pas terrible. C'est lisible et j'ai vu pire, mais c'est vraiment le genre de BD documentaire où j'ai l'impression que les dessins sont justes là pour rassurer les lecteur qui voudraient pas lire un livre sans images. Je ne pense pas que cela va améliorer l'image que plusieurs ont du médium BD.
Le Blog de Frantico
Je déterre le sujet Frantico car il y a eu quelques nouvelles depuis ... 2018 et Trondheim a bien confirmé qu'il était à la manoeuvre. J'étais tombé sur le blog puis la BD de ce personnage grossier, voyeur, obsédé, mais aussi comique, franc, et sensible. Il se moque de lui-même sans retenue, ne cherche pas à paraître sympathique, et c’est justement cette honnêteté brutale qui me l'a rendu attachant. Il est bourré de défauts, mais il les assume pleinement, ce qui le rend très humain. Je crois que c'est la sincérité qui fait mouche à chaque fois chez moi dans les autobiographies ou semi-autobiographies. Pour le coup c'est raté puisque c'est un personnage inventé par Trondheim, même s'il avoue qu'il s'inspire de lui vers 17-18 ans dans "Entretiens avec Lewis Trondheim" de Thierry Groensteen. A la base Trondheim voulait jouer avec le nouveau (à l'époque) medium blog et a inventé ce personnage de "gros looser obsédé et souffrant de misère sexuelle" pour le mettre à nu dans le blog. Il a même du réinventer son style graphique en changeant sa manière de représenter les personnages, les maisons, les voitures et le lettrage. La narration à la Trondheim reste par contre et c'est ce qui a du mettre la puce à l'oreille de certains, trop propre pour un parfait débutant. Mais l'histoire ne s'arrête pas là et la blague a duré 15 ans avec de jolis pieds de nez puisque Frantico aka Trondheim a envoyé son travail à l'Association (co-fondée par Trondheim) et Menu a refusé de le publier pendant le comité éditorial auquel Trondheim participait. Il y a d'autres anecdotes assez croustillantes dans "Entretiens avec Lewis Trondheim" que je ne veux pas divulgâcher. Personnellement, j'aime ce côté sincère du personnage même s'il est extrêmement lourd voire gênant et j'aime beaucoup ce pied de nez facétieux qui se cache derrière. Il est certain que c'est un humour très particulier qui ne marchera pas pour tout le monde, soyez en avertis.
La Folle Histoire de la Mondialisation
Une interdépendance étroite entre les économies - Il s'agit d'un ouvrage de vulgarisation sur la mondialisation qui ne nécessite pas de connaissance préalable. Sa première édition date de 2021. Il a été réalisé par Isabelle Bensidoun (DEA d'économie mathématique et d'économétrie) & Sébastien Jean (doctorat d'économie) pour le scénario, Enzo pour les dessins et Sandrine Bonini & Élise Follin pour les couleurs. Les coscénaristes sont membres du CEPII : le Centre d'études prospectives et d'informations internationales, spécialisé dans la recherche et l'expertise en économie mondiale. Il comporte 234 pages en couleurs. L'ouvrage est structuré en trois partie, la première comprenant 6 chapitres, la seconde 5, et la troisième 8, avec un prologue, un épilogue et quatre pages explicitant les sources des chiffres et des informations. Comment raconter la mondialisation en BD ? le bédéiste Enzo se rend à un café où il a rendez-vous avec les deux économistes Isabelle et Sébastien. Ils s'interrogent sur la manière de traiter leur sujet, qu'ils estiment très abstrait. Enzo fait observer que la perte d'emploi qui accompagne une usine qui délocalise sa production à l'étranger, c'est très concret. Ils font le constat que la mondialisation englobe aussi bien la destruction d'emplois à certains endroits que la création dans d'autres, qu'il y a des gagnants et des perdants, que les consommateurs apprécient les prix bas mais que les salariés se sentent menacés. Enzo leur demande de définir la mondialisation d'un point de vue personnel. Isabelle répond la première : ce qui est positif pour elle, c'est la possibilité, avec la mondialisation, d'avoir un plus grand accès à l'Ailleurs, à ce qui est différent, à ce qui est au départ étranger. En quelque sorte, la mondialisation est un vecteur d'altérité. C'est la possibilité d'avoir chez soi, avec soi, des choses que l'on ne pouvait, auparavant, avoir qu'à l'étranger. Malgré tout, ce n'était pas mal ce temps où il fallait se déplacer physiquement pour y accéder, mais l'avantage, c'est qu'avec la mondialisation, c'est disponible pour un plus grand nombre. C'est-à-dire aussi à ceux qui n'ont pas les moyens de se déplacer. Donc la mondialisation, c'est plus d'ouverture, pas seulement commerciale, financière, mais aussi plus d'ouverture à l'autre. Revers de la médaille, quand on se déplace, on retrouve, davantage aujourd'hui qu'hier, la même chose que chez soi. Pas facile de trouver encore de l'exotisme ! Donc plus de diversité chez soi, mais plus d'homogénéité globalement. Et la mondialisation telle qu'elle s'est développée jusqu'ici a eu pas mal d'effets négatifs. Elle a pesé sur l'emploi et sur les salaires des moins bien lotis dont on s'est peu préoccupé. Sans oublier que la finance, quand elle n'est pas suffisamment encadrée, porte en elle les germes de crises aux effets dévastateurs sur l'économie réelle. L'ouvrage se compose ensuite de trois grandes parties, la première sur l'état de la mondialisation au temps présent, la seconde sur son historique en deux temps, et la troisième répond aux questions polémiques. Dès la couverture, le lecteur s'interroge sur la forme narrative que les auteurs vont adopter. C'est un véritable défi que de parler d'un sujet aussi abstrait en bande dessinée, de vulgariser des connaissances conceptuelles en images. S'il a lu plusieurs ouvrages de la collection La petite bédéthèque des savoirs (Le Lombard) ou d'autres du même genre, le lecteur connaît les possibilités de mise en scène. Ici, les auteurs ont choisi de se mettre en scène, s'interrogeant et se répondant, et aussi d'avoir des pages d'explications avec des illustrations, et d'autres mettant en scène une personnalité en train d'expliquer, soit en s'adressant à des interlocuteurs invisibles, soit en les mettant en scène dans une situation. Il se produit donc assez vite la sensation de découvrir un texte prérédigé sous la forme d'un exposé, avec un dessinateur qui fait de son mieux pour apporter des éléments visuels supplémentaires, parfois donnant l'impression d'être déconnectés du texte. Au fil des séquences, le lecteur peut voir les trois auteurs discuter ensemble dans un café, chez l'un des auteurs, ou régulièrement sur un fond uni dépourvu de tout arrière-plan. Cela apporte une forme d'animation à la discussion, même si parfois le lecteur se dit que tel propos pourrait être tenu par n'importe lequel des trois sans que cela ne change rien au déroulement de la discussion, comme si leur identité était interchangeable. Dès la fin du prologue, le lecteur prend la mesure du savoir-faire de l'artiste avec un traveling arrière prenant de la hauteur sur le quartier de la ville où se trouve le bar, montrant une vue du ciel très soignée. Il a également pu apprécier le naturel des personnages, dans leur langage corporel et les expressions de leur visage. le premier chapitre débute par une mise en situation : un monsieur qui frappe aux portes réalisant un sondage où les gens répondent à la question : qu'est-ce que vous évoque la mondialisation ? de séquence en séquence, le lecteur peut ainsi regarder une femme parcourant les rayons d'un supermarché avec son caddie, une vue éclatée d'une machine à laver, une chaîne de montage de voitures, le cheminement d'un container d'un poids-lourds à un navire, des pipelines, une ville industrielle dont l'usine a fermé, le Citarum pas très loin de Djakarta, la capitale indonésienne, l'un des fleuves les plus pollués au monde, et beaucoup d'autres choses encore. Ces images viennent illustrer l'exposé, parfois en reprenant ce qui dit la phrase qui les accompagne, parfois en suivant une idée parallèle pour montrer concrètement un élément (par exemple le parcours d'un container). Elles apportent une diversité visuelle, même si le lecteur s'aperçoit qu'à quelques reprises il a oublié de regarder les dessins, entièrement focalisé sur le texte qui est autosuffisant dans ces passages. Dans la mesure où il s'agit d'un ouvrage avec une forte composante historique, l'artiste réalise également des reconstitutions d'époque : Paris au milieu du XIXe siècle, la traversée de l'Atlantique en bateau à vapeur, l'évolution des modèles de téléphones. Très régulièrement, il représente également des personnalités historiques des siècles passés ou des contemporains : Arnaud Montebourg, Serge Tehuruk (Alcatel), Stan Shih (Acer), Donald Trump, Xi Jinping, Édouard Philippe, Emmanuel Macron, Dominique Strauss-Kahn, Margaret Thatcher, Ronald Reagan, Boris Johnson, Malcolm McLean, Karl Polanyl, Robert Mundell, Pascal Lamy, Milton Friedman, Anton Brender, Paul Krugman, et encore de nombreux autres économistes. le lecteur reconnaît aisément plusieurs d'entre eux, par exemple Mick Jagger, et constate que leur portrait est ressemblant, et que le dessinateur passe dans un mode plus réaliste et moins simplifié pour les représenter. Au fil de l'exposé, les auteurs utilisent également la richesse des possibilités visuelles pour des images parlantes, ce qui fait mettre en oeuvre encore d'autres facettes du talent d'Enzo. Ces schémas et infographies sont de nature diverse : patron de chemise, détails des parties d'une chaussette, éclaté d'une machine à laver le linge, cartographie des chaînes de valeur d'un jean, courbe d'évolution du nombre d'automobiles produites en France en million de véhicules, plateau de Monopoly, histogrammes cumulés, chaîne de prise de risques des crédits accordés aux ménages américains, etc. En commençant, le lecteur part avec l'a priori d'un ouvrage ardu, et d'une lecture lente pour pouvoir assimiler toutes les informations. Il constate que les auteurs ont effectué un impressionnant travail de structuration de leur propos en 3 parties, chacune comprenant des chapitres courts, et que le rythme de la lecture est assez soutenu. Cela traduit un gros travail de conceptualisation pour rendre un tel propos aussi accessible et facile à lire et à assimiler, en introduisant des termes techniques précis (par exemple le trilemme de Robert Mundell, ou les inoubliables zinzins = les investisseurs institutionnels). La progression de l'exposé est très claire : commencer par expliquer la mondialisation par des exemples, en particulier la confection d'un jean, puis raconter les deux phases de la mondialisation, et enfin répondre aux questions polémiques, en s'appuyant sur les deux parties précédentes. La mondialisation favorise-telle la croissance ? La mondialisation améliore-t-elle le pouvoir d'achat des Français ? La mondialisation fait-elle davantage de perdants que de gagnants ? Faut-il relocaliser la production ? Peut-on dompter la finance ? La mondialisation est-elle compatible avec l'environnement ? La mondialisation, terreau du populisme ? Faut-il jeter le bébé avec l'eau du bain ? Lors des deux premières parties, les auteurs adoptent un positionnement factuel parvenant à ordonner des événements et des prises de décisions pour faire apparaître les paramètres de la mondialisation et sa nature, ainsi que le degré auquel elle est parvenue, à l'échelle mondiale, sur la base d'exemple partant de la France. Dans la dernière partie, ils portent des jugements de valeurs, répondant de manière explicite à ces questions, sans parti pris politique, ou même économique. Pour reprendre leur formulation, la troisième saison de la mondialisation s'annonce toujours plus complexe, et pas forcément jouée d'avance, l'omni-libéralisme économique se heurtant encore à des obstacles, les États n'ayant pas totalement perdu leur pouvoir. Le titre de l'ouvrage promet une présentation de l'histoire de la mondialisation, et un rapide feuilletage révèle ce qui ressemble à un exposé dense, richement illustré. Du point de vue BD, les auteurs n'ont pas réussi à échapper aux têtes qui parlent, et à l'impression de certains passages où le texte est livré clé en main, et bonne chance au dessinateur pour y accoler des visuels. Globalement, la lecture fait apparaître un ouvrage très soigneusement conçu, à la fois dans sa structure, et dans l'utilisation de la richesse visuelle que permet la bande dessinée. Les pages se tournent rapidement, les notions sont claires et faciles à assimiler, et les auteurs tiennent leurs promesses : retracer l'histoire de la mondialisation et faire un bilan sur ses aspects les plus polémiques, en creusant les questions plus loin d'une simple vulgarisation.