J'ai l'impression de faire de la redite d'autres avis, mais que voulez-vous, quand c'est bon, c'est bon !
Le nouveau Lou Lubie est arrivé, et je l'attends plus que le Beaujolais nouveau. En même temps, dire que j'apprécie sa production est au mieux un euphémisme. Ce nouvel ouvrage avait en plus la promesse de me parler d'un sujet que je ne connaissais pas du tout et sur lequel je n'avais aucun apriori. Du moins le pensais-je.
Et puis je le lis le soir dans mon lit (mauvaise idée) et je finis la BD énervé. En même temps, il y a de quoi lorsqu'on fini par voir l'accumulation des petits détails qui énervent. En soi, la BD parle surtout des cheveux et de la façon dont ceux-ci sont acceptés ou non socialement. Le tout autour d'une créole fraichement débarqué de la Réunion.
Mais pour moi, la BD est surtout une excellente démonstration de ce qu'on appelle un racisme systémique que beaucoup refusent de voir (ça va, on est plus raciste !). En effet, sous couvert de remarques, de médias, d'objets culturels, on valorise et on dévalorise fortement. Sauf que là, l'exemple des cheveux est parlant : personne ne choisit ses cheveux à la naissance mais les aura toutes sa vie, comme un fardeau pour beaucoup. C'est énervant de voir la différence de traitement, dans les coiffeurs (quand il y en a), les produits, les remarques... Là où la BD fait fort, c'est que des remarques comme ça, j'en ai probablement fait moi aussi. Pas forcément à voix haute, mais nourri par un imaginaire qui reste bien ancré dans des fondements racistes, j'ai sûrement pensé des choses qui m'ont énervé lorsque je l'ai vu dans la BD.
Bref, sous couvert d'une simple histoire de cheveux, la BD démontre parfaitement les restes de racismes sociétaux qui gangrènent notre société et peuvent amener des nombreuses personnes à mal vivre leur propre corps. Ou alors à subir des choses que je n'ai pas envie de faire vivre à d'autres : gaspillage de temps et d'argent, la souffrance physique ou mentale, le stress... Tout ça pour des cheveux, nom d'un chien !
Pour le reste, Lou Lubie a son style de dessin et sait toujours aussi bien s'y prendre pour transmettre toutes les informations en peu de temps, rester lisible, entrainer dans l'histoire et bombarder de chiffres et d'infos quand il le faut. Elle a trouvé son style, s'y plait et continue. Moi, j'adore ça !
Deux albums d'heroïc fantasy à la faible pagination qui valent le détour.
Je suis surpris de voir Chris Claremont au scénario pour ce type de récit, plutôt un habitué des super-héros.
Il pioche chez Red Sonja pour créer son personnage principal mais s'en démarque en situant l'histoire pendant l'empire romain, d'ailleurs notre redoutable guerrière, Marada, est la petite fille de César. Une femme qui assume son indépendance et son mode de vie.
Rien d'innovant, mais une réalisation qui donne envie d'arriver au bout des bouquins malgré une narration un peu vieillotte.
Sorcièrs, monde occulte, pirates et démons seront au rendez-vous.
Agréable et rapide lecture.
J'avais déjà eu l'occasion de lire les aventures de Marada dans Epic, la revue proposait le dessin de John Bolton en noir et blanc. Dans ces deux albums ce n'est pas le cas, une colorisation avec ce petit goût des années 1980, agréable à regarder et qui permet de profiter de la magnifique chevelure platine de notre héroïne. Mais j'ai une grosse préférence pour le noir et blanc.
J'aime beaucoup le trait fin, expressif, détaillé et très sensuel de Bolton. Les costumes et les décors sont réussis, les scènes de bataille sont dynamiques, et cerise sur le gâteau Marada dégage un charme fou <3.
De la belle ouvrage.
Une postface de Doug Headline dans le tome 1.
Pour les amateurs de fantasy.
Batman dans un conte de Noël pas si mièvre
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Il s'agit d'une histoire complète parue en 2011, écrite et illustrée par Lee Bermejo, également dessinateur de Lex Luthor et Joker.
L'histoire commence par 6 pleines pages de vues des toits de Gotham. Un narrateur non identifié explique qu'il va raconter une histoire à un auditeur également inconnu (vraisemblablement un enfant). Il donne la morale de l'histoire dès le début : il faut croire que les gens peuvent changer. Bob Cratchit effectue des livraisons illicites pour le compte de la pègre, et ce soir il en effectue une pour le compte du Joker (qui s'est à nouveau évadé de prison). Ce n'est pas que Bob ait un penchant pour le vice ou pour le crime, c'est qu'il n'a pas trouvé d'autre moyen pour payer les factures de soins médicaux de Tim, son fils. Il se rend au rendez-vous pour échanger le contenu de son sac contre une somme importante. L'échange s'effectue sans anicroches, mais il se fait rattraper par Batman qui menace de le tabasser pour obtenir la localisation de la planque du Joker. Peine perdue : Bob ne la connaît pas. Pendant ce temps là, le narrateur omniscient raconte une version assez fidèle à l'esprit de le drôle de Noël de Scrooge de Charles Dickens, en évoquant les épreuves de Scrooge. Batman a attrapé un bon rhume, mais il doit retrouver le Joker à tout prix, quel que soit également le prix à payer par les civils impliqués dans sa recherche.
Ce n'est pas la première fois qu'un auteur se sert de ce conte de Noël comme de trame pour son récit ; Jeph Loeb avait déjà fait la même chose dans la troisième histoire rééditée dans Batman, Halloween (Tome 2 Fantômes). Mais l'ambition de Lee Bermejo n'est pas de faire un simple comics de Batman. Il a déclaré dans une interview que son but était de transcrire fidèlement l'esprit du conte de Dickens, au travers d'une bande dessinée à mi-chemin entre le comics traditionnel et un conte en prose avec quelques illustrations. Ce parti pris apparaît à la lecture : quelques pleines pages ou doubles pages, des dessins juxtaposés sans bordures de case pour les séparer, et une minutie incroyable dans le rendu de chaque illustration.
La séquence d'ouverture constitue un parfait exemple de ce parti pris. Première page : l'extrémité supérieure de 2 cheminées en brique, 3 antennes de télévision, et un petit bout de toit en tuile sous la neige. Suit une double page qui a également comme objet de montrer les parties supérieures de 3 immeubles enneigés, ainsi qu'une affiche souhaitant un joyeux Noël. le lecteur découvre encore une nouvelle double page révélant toujours plus de ces immeubles, les 7 derniers étages, avec un luxe de détail. Ces illustrations ne relèvent pas de l'art séquentiel de la bande dessinée, mais bien de jolies images détaillées pour que l'œil du lecteur puisse se repaître des détails, de l'architecture, des textures des murs et de l'impression de froid. Ce mode de rendu graphique intègre ensuite des séquences sur la base de plusieurs cases, toujours avec la même qualité luxueuse de dessins. La présente édition comprend 7 pages en noir et blanc dans les bonus qui font presque regretter que le présent volume soit en couleurs. Ces dernières orchestrées par Barbara Ciardo sont travaillées pour rendre la luminosité liée à la neige, faire ressortir chaque détail, et créer une ambiance par le biais de camaïeux.
D'un coté, il y a donc ce mode d'illustrations qui donne une certaine solennité aux images. de l'autre il y a la voix narrative qui confère un formalisme quasi littéraire au récit. Entre les deux, il y a les dialogues des personnages et les scènes d'action qui rattachent bien l'histoire aux comics de superhéros traditionnels (il y a d'ailleurs quelques invités de l'univers partagé DC). Par moment ces 3 flux ont du mal à s'agréger, la majeure partie du temps elles coexistent harmonieusement. Un tiers du temps elles fusionnent pour donner une narration riche de ces 3 niveaux. Et puis Bermejo ne se contente pas de transposer laborieusement le conte de Dickens ; il l'utilise pour faire émerger un point de vue sur le personnage de Batman qui avait été développé vers 1990 suite à un événement spécifique évoqué à nouveau ici.
Ce tome représente donc une forme de conte pour Batman, avec une narration élaborée et sophistiquée, qu'il s'agisse du texte ou des images. Toutes les séquences ne se valent pas, mais certaines transcendent la somme des parties, et réussissent à mettre en évidence une particularité du personnage, et un comportement paradoxal de chaque être humain.
Faussement ingénu
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Improbable, c'est le moins que l'on puisse dire de ce projet. En 1976 et 1977 paraissent 10 épisodes d'une série nommée "Omega the Unknown". le scénario est de Steve Gerber et de Mary Skrenes et les dessins de Jim Mooney. Dans ce comics, Steve Gerber s'était lâché (autant que d'habitude dans Essential Man-thing 1 ou Essential Defenders 3). Et malgré sa courte durée de vie, cette histoire a impressionné tellement de personnes (à commencer par moi) qu'elle est devenue culte. Pour les curieux les épisodes ont été réédités dans Omega the unknown Classic.
En 2005, les éditeurs de Marvel proposent à Jonathan Lethem (un écrivain assez connu, auteur de Motherless Brooklyn. & Forteresse de solitude) de choisir un personnage de son choix dans l'univers Marvel pour réaliser un comics. Les éditeurs américains restent persuadés que pour attirer de nouveaux lecteurs une solution miracle est de recourir à un écrivain reconnu (le résultat est rarement à la hauteur des espérances car un livre et une bande dessinée ont des grammaires narratives différentes). Lethem fait partie des personnes marquées à vie par Omega et il propose d'en faire un remake. Contre toute attente le résultat est à la fois respectueux de l'original et personnel.
C'est l'histoire d'un guerrier intergalactique qui se trouve naufragé sur terre pour lutter contre l'invasion imminente d'extraterrestres ; cette mission est la raison d'être de sa caste. C'est l'histoire de Titus Alexander Island (un jeune garçon de 14 ans) qui a été élevé à l'écart dans une maison isolée dans la campagne et que ses parents conduisent vers New York pour qu'il puisse bénéficier d'un cursus universitaire dans une institution spécialisée pour surdoués. Sur le chemin, un accident se produit et ses 2 parents décèdent. Il est recueilli par l'infirmière qui s'occupait de lui à l'hôpital et inscrit dans un collège ordinaire où il rencontre une camarade compréhensive et des brutes bas de plafond. C'est l'histoire du développement d'une chaîne de fastfood. C'est l'histoire d'un superhéros (Mink, le vison en anglais) très médiatique. C'est l'histoire d'une intelligence extraterrestre ayant visité des centaines de monde, et en goguette sur terre. C'est une histoire improbable, terre à terre, newyorkaise, galactique, universitaire, économique, poétique, et bien plus encore.
C'est une histoire dessinée par Farel Dalrymple, un illustrateur très underground et peu prolifique. Il utilise un style simple, dans une veine réaliste, sans être photographique. Il s'agit clairement d'illustrations destinées à des lecteurs adultes : il bannit les courbes et les rondeurs enfantines, il n'enjolive pas ses personnages (pas de poitrines défiant la gravité, pas de top modèles), les scènes d'action sont très terre à terre et presque sans aucun effet pyrotechnique. Chaque décor dispose d'éléments qui le rendent unique, sans jamais en faire une carte postale idyllique, mais sans noirceur surajoutée. Les expressions faciales présentent une grande variété, sans pour autant que les mimiques soient surjouées. Dalrymple s'applique à rendre chaque scène aussi ordinaire que possible. Ses dessins se lisent très facilement. Et par voie de conséquence, les diverses étrangetés qui parsèment le récit semblent surréalistes : elles sont intégrées factuellement aux dessins, sans aucun recul. Ainsi l'un des antagonistes se révèle être une main géante de taille humaine pourvue de jambes. Dalrymple la dessine comme les autres mains, sans essayer de rendre le concept crédible, ou merveilleux, ou terrifiant.
De son coté, Lethem (aidé pour les dialogues par Karl Rusnak) livre un remake de l'histoire de Gerber et Skrenes. Et à la lecture, j'ai effectivement retrouvé les mêmes sensations qu'à la découverte de l'original. Mais Lethem bénéficie de 10 épisodes pour raconter complètement son histoire, alors que Gerber et Skrenes avaient dû se plier à des désidératas des éditeurs (inclure des guest stars comme Hulk) et fermer boutique avant d'avoir terminé faute de suffisamment de lecteurs. Lethem réussit à tout boucler dans une histoire cohérente qui respecte l'étrangeté de l'original et sa poésie décalée. Les éléments de science fiction supportent l'infrastructure de l'histoire au premier degré sans aucune moquerie. Les scènes irréelles (telles que cette main géante) font partie intégrante du récit sans aucune solution de continuité, sans artificialité. Les personnages principaux bénéficient tous d'une psychologie étoffée, de sentiments qui sonnent vrai et d'un capital de sympathie au dessus de la moyenne. Et Lethem intègre des thèmes supplémentaires inattendus comme les avantages et inconvénients de diffuser une marque par le biais de points de vente franchisés.
Au départ, cette histoire avait tout d'un remake inutile et incapable d'atteindre le niveau de l'original, plombé en plus par un scénariste étranger aux comics et un dessinateur trop original pour s'acclimater à une histoire avec d'étranges superhéros. À l'arrivée, l'esprit originel est respecté et retrouvé, et les auteurs font entendre leur propre voix dans un récit original et décalé. Pari tenu & objectif atteint.
“Un Général des Généraux”, signé François Boucq et Nicolas Juncker, nous embarque dans une aventure aussi déjantée qu’instructive en plein cœur de la guerre d’Algérie. Cette BD se concentre sur un moment charnière et souvent méconnu de cette période, et le fait avec un mélange détonnant de crédibilité historique et de loufoquerie caricaturale.
L’intrigue nous ramène à mai 1958, en plein chaos politique et militaire, lorsque le retour de Charles de Gaulle aux plus hautes fonctions marque un tournant décisif. Mais attention, ici, pas de récit classique et solennel. Saint-Dizier et Boucq s’en donnent à cœur joie pour caricaturer les protagonistes, transformant les généraux fanatiques en une bande de pieds nickelés. Ces hommes, fervents partisans de l’Algérie française, nous apparaissent comme des figures presque comiques, bien loin de l’image de sérieux et de menace souvent associée à cette époque.
Les dessins de Boucq ajoutent une dimension supplémentaire à cette satire. Son style fait merveille, donnant vie à des personnages hauts en couleur. De Gaulle, en particulier, est représenté avec un flegme et une prestance contrastant avec l’hystérie des généraux.
Les auteurs prennent des libertés avec la réalité historique, mais cela sert à renforcer l’effet satirique. Par exemple, la scène où Massu, essoufflé, fait des allers-retours frénétiques dans un souterrain est un gag de répétition qui m’a beaucoup amusé.
Le scénario de Juncker tient parfaitement la route malgré la multiplicité des personnages et des intrigues. Il réussit à capturer l’essence des tensions et des absurdités de l’époque tout en offrant une réflexion critique sur la naissance de la Cinquième République. Les généraux, dépeints comme des bourrins inconscients du vent de l’Histoire, ajoutent une touche de grand-guignolesque à ce récit.
Ce qui est particulièrement savoureux, c’est la manière dont la BD traite du retour de De Gaulle comme d’un coup de théâtre plus que d’un coup d’État. La scène finale, avec un De Gaulle en mode sacrificiel, bras en croix (de Lorraine), lançant son fameux “Je vous ai compris !” devant une foule en délire, boucle la boucle de manière jubilatoire.
Tout commence avec la mort d’Émile, un vieil homme de 78 ans, qui se défenestre du dix-septième étage. Ce drame suscite de nombreuses interrogations parmi les voisins sur les raisons qui ont poussé Émile à ce geste fatal. Contrairement à ce que l’on pourrait attendre d’une histoire de mort et d’enquête, le récit ne se tourne pas vers un polar classique cherchant à démasquer un coupable ou à expliquer clairement les motifs du suicide. Les auteurs choisissent plutôt d’explorer les répercussions de ce drame sur la communauté de la tour et les liens qui se tissent entre ses habitants.
Un des aspects les plus remarquables de “Plein Ciel” est la manière dont il rend hommage à la vie en communauté dans un grand immeuble. Le scénariste, ayant lui-même grandi dans un tel environnement, parvient à capturer la chaleur humaine et la solidarité qui peuvent exister dans ces lieux souvent stigmatisés. Le récit, bien que né d’un drame, se révèle être une histoire pleine d’humanité, de résilience et de lien social.
Une très belle illustration, fine dans le detail et des couleurs à l'aquarelle parachèvent un travail simple et délicat.
Plein Ciel est un album assez lumineux et touchant qui donne une perspective humaine sur les grandes barres d'immeubles qui change un peu.
Note à 3,5/5 arrondie à 4 pour le feel good
Wow, quelle claque ! Cela faisait un moment que “Hoka Hey” me faisait de l’œil dans ma pile à lire. J’ai profité d’un beau dimanche après-midi pour ne pas être interrompu dans ma lecture et je dois avouer que j’ai bien fait de sanctuariser ce moment.
Je suis d’autant plus bluffé que je ne connaissais pas Neyef et qu’il livre ici un véritable travail d’orfèvre. Dessin, couleurs, scénario, mise en page : tout y est !
L’histoire se déroule deux ans après le massacre de Wounded Knee et suit Georges, un jeune métis mi-blanc mi-Lakota, élevé par le pasteur qui administre sa réserve. Lorsqu’il croise la route de deux Amérindiens et d’un Irlandais, Georges se lance avec eux dans un voyage dont le but est la vengeance d’un des protagonistes. Difficile d’en dire plus sans divulgâcher l’intrigue.
Le récit est parfaitement maîtrisé et m’a touché par sa sensibilité, même s’il n’est peut-être pas le plus original en soi. La narration est fluide, avec un parfait équilibre entre phases contemplatives et scènes plus mouvementées. Neyef prend le temps de développer des personnages denses et attachants, évitant avec brio les clichés et la simplicité.
Le dessin n’est pas en reste, loin de là. Les visages des personnages et leurs expressions sont rendus avec une grande précision, capturant une large gamme d’émotions et d’intensités. Les paysages, que j’ai eu la chance de voir de mes propres yeux, sont superbement représentés (malgré le fait que Neyef n’ait pas pu s’y rendre en raison de la pandémie). Et que dire des couleurs ! Les scènes d’action sont fluides et bien chorégraphiées. Le style graphique combine réalisme et une certaine stylisation, donnant à l’œuvre une identité visuelle unique et marquant un équilibre entre authenticité historique et interprétation artistique.
La fin de “Hoka Hey” peut être perçue comme un deus ex machina. Je l'ai trouvée un peu tirée par les cheveux, ce qui m’empêche de donner une note parfaite. Cependant, elle sert à boucler l’intrigue de manière dramatique et offre une conclusion intense à l’histoire.
Une fois n’est pas coutume, je tiens aussi à féliciter l’éditeur pour la qualité du livre et du papier, qui servent magnifiquement le dessin. C'est quand même autre chose que du papier glacé !
Au final, j’ai passé un superbe moment de lecture. C’est exactement pour ce genre d’œuvre que j’aime la bande dessinée : c’est beau, touchant, juste et très bien exécuté. Chapeau, Monsieur Neyef !
Boudot a bossé pour « Cash Investigation », et a ensuite produit pour France 5 plusieurs enquêtes sur des scandales environnementaux, sous le titre générique de « Vert de rage ». Voilà l’adaptation de l’une de ces enquêtes, consacrée à la pollution au plomb qui a empoisonné, et empoisonne encore d’importantes populations dans le Pas-de-Calais.
Ce documentaire est bâti de façon classique, mais très claire, et montre les divers scandales liés à cette pollution, dû à l’installation industrielle de Metaleurop (la plus importante du genre en Europe – et la plus polluante donc !). A ce premier scandale s’ajoute le silence, voire la passivité de l’État pour protéger et informer les potentielles victimes de saturnisme ou d’autres maladies handicapantes et mortelles. Mention spéciale bien sûr à cette Assemblée générale des actionnaires de Glencore, où le cynisme des dirigeants dépasse tout. Jamais cette entreprise n’a dépensé un seul centime pour dépolluer le site (abandonné brutalement sans informer les ouvriers – Chirac avait à l’époque parlé de « patrons voyous »), sans rien faire d’ailleurs pour les sanctionner, informer ou indemniser les victimes, qui n’ont d’autre solution que de se retourner contre l’État – au mieux donc ce sont des deniers publics qui seront dépensés pour compenser une toute petite partie des dégâts liés aux immenses profits réalisés par ces actionnaires.
La lecture est fluide, assez rapide, hélas édifiante – et quelque peu désespérante, tant ces scandales s’accumulent, dans l’indifférence ou avec la complicité des pouvoirs publics, acquis au dogme ultralibéral de l’actionnaire roi.
Aux 80 pages de la partie BD proprement dite s’ajoutent 16 pages d’un dossier très complet.
Et être amoureux, c'est quoi au juste ?
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Ce tome contient une histoire complète, indépendante de toute autre, qui n'appelle pas de suite. Sa première publication date de 2019 en Argentine et de 2021 en France. Cette bande dessinée est l'œuvre de Sole Otero, autrice complète. Elle est en couleurs et compte 172 pages.
Dans l'espace à une distance raisonnable de la Terre, Coco, une extraterrestre, a pour mission d'assurer la sécurité du périmètre et à protéger le vaisseau-pouponnière d'éventuelles représailles des mâles de l'espèce ou de tout autre menace. Elle fait partie d'un groupe de femelles qui s'est enfui de Club, leur planète d'origine, pour éviter la mort reproductive. En effet, leur corps est biologiquement programmé pour donner la vie et mourir lors de l'accouchement. Mais un jour, un groupe clandestin de femelles a décidé de fuir la planète. Grâce à l'invention d'une machine à hypnotiser appliquée sur le cerveau des mâles, la fuite a pu se faire sans recourir à la force. Les femelles sont parvenues à s'échapper de la planète à bord d'un vaisseau-pouponnière, dans lequel 100?s femelles ont pris place. Les mâles de l'espèce ne sont pas restés les bras croisés, et ils les traquent depuis lors jusqu'aux confins de l'univers. Entre-temps, les rebelles ont conduit le vaisseau pouponnière jusqu'au secteur 4:3:26:32:12:16 de la galaxie, où elles ont choisi de s'arrêter. C'est là, à l'abri des mâles, que les meilleures scientifiques s'affairent à modifier génétiquement les mécanismes de reproduction de l'espèce. L'objectif est d'obtenir une reproduction efficace et dépourvue de risques pour la femelle.
Malgré l'équipement très complet du vaisseau, Coco s'ennuie. Elle demande à Kiki, l'intelligence artificielle du vaisseau, quelles sont les possibilités de copulation offertes par ce secteur stellaire. Celle-ci lui propose plusieurs espèces différentes jusqu'à ce que Coco retienne un jeune humain mâle, d'une vingtaine d'années. Kiki le téléporte dans le vaisseau, et ils s'adonnent à une longue partie de jambes en l'air, enchaînant plusieurs positions avec prévenance et envie. Alors qu'ils sont tous les deux détendus, en train de se reposer allongés, l'homme se livre à des marques d'affection en se collant contre le corps de sa partenaire et en lui embrassant tendrement la joue. Coco demande à son IA ce qui se passe. Elle plonge l'homme dans l'inconscience et lui explique que les êtres humains sont des êtres intelligents, mais ils sont 67% moins développés que la race de Coco. Ils conservent encore ce qu'ils appellent des sentiments. À la demande de Coco, Kiki renvoie l'humain sur sa planète. À la réflexion Coco trouve que ça a été bizarre, mais elle croit que cela ne la dégoute pas. Elle demande à Kiki d'accéder aux données de l'humain, puis s'il est possible de l'enlever à nouveau.
Voilà une bande dessinée qui sort de l'ordinaire. Pour commencer, il y a une femme nue sur la couverture, mais c'est une extraterrestre et ses deux triplets de seins n'ont rien d'érotique. Ensuite, elle a l'ampleur d'un véritable roman s'inscrivant dans le genre de la science-fiction, mais parlant essentiellement d'amour même si la protagoniste recherche d'abord des relations sexuelles satisfaisantes, mais avec un unique partenaire. Enfin, elle présente la particularité de raconter cette recherche du plaisir sexuel sous l'angle féminin écrit par une femme. L'autrice ne néglige aucune de ces facettes de son récit. En termes de science-fiction, elle commence par trois pages de présentation, six illustrations par page en 3 rangées de deux sur fond d'espace étoilé, des représentations simplifiées à destination de Coco pour lui rappeler l'historique de sa race extraterrestre et sa mission à bord du vaisseau spatial. le lecteur découvre ensuite sa silhouette humanoïde, nue, avec une grosse tête et de très gros yeux, ce qui lui donne un air de naïveté enfantine, et qui la rend à la fois étrangère à la race humaine et très sympathique. le lecteur découvre ensuite la forme du vaisseau spatial : une soucoupe volante, ses grandes pièces spacieuses et stériles, ses portes en forme de vulve, la salle de pilotage, les énormes écrans pour communiquer avec les autres extraterrestres, le faisceau téléporteur, le faisceau réarrangeant les molécules de son corps, les cheffes de sa sororité, le vaisseau-pouponnière. L'artiste représente tout avec une forte simplification des formes, et les habille avec une mise en couleurs essentiellement à l'aquarelle. C'est doux et agréable à voir, parfois un peu stérile, inventif et un peu amusant.
Coco a donc décidé de développer une relation monogame avec un homme humain, qui soit sexuellement satisfaisante, et même de qualité. Elle demande à l'intelligence artificielle (IA) du vaisseau comment s'y prendre, et y consacre le peu de patience dont elle dispose, se conduisant un peu comme une enfant pressée : créer une apparence humaine synthétique, et descendre sur Terre, étudier toute l'information pertinente utile (Coco y consacre moins d'une minute), s'installer dans un appartement à Buenos Aires meublé en fonction des résultats du rapport, en fonction du profil psychologique qui doit séduire l'humain cible, s'habiller en fonction des goûts de Pedro Marial, faire comprendre que Coco est disponible mais pas dans le besoin. le récit prend une drôle de tournure : l'intelligence artificielle explique l'art de la séduction à Coco qui prend le nom de Laura. Elle a donc une apparence qui répond exactement aux goûts de l'humain qu'elle a choisi, et elle doit faire l'apprentissage des coutumes humaines. Après une page de transformation (page 26) assez bizarre dans ce qu'elle montre, une composition similaire à celle de la couverture, Coco s'installe dans son appartement découvre son corps, s'habille et se rend au café où Pedro Marial a ses habitudes. le lecteur mesure mieux le talent de dessinatrice de Sole Otero. Les êtres humains sont également dessinés de manière simplifiée, mais pas caricaturale. Il peut donc observer Coco découvrir les différentes parties de son corps, puis la voir habillée. Il fait connaissance avec Pedro, puis les amis de Pedro, puis ses relations de travail. Sous une apparence tout public et simple, les dessins contiennent une bonne densité d'information, que ce soient les différentes tenues vestimentaires, ou les expressions de visages, les occupations auxquelles vaquent les uns et les autres. D'une certaine manière, ces représentations peuvent sembler un peu naïves, d'un autre côté, elles montrent bien des adultes avec un langage corporel et des expressions d'adultes.
Sur Terre, les environnements se font plus détaillés : l'aménagement de la chambre de l'appartement de Coco, sa décoration et son ameublement, le café où elle rencontre Pedro, le tableau du restaurant où elle mange avec lui, les différents lieux où ils sortent ensemble, le bar pour la soirée avec ses amis, le deuxième appartement de Coco, la librairie où se tient la séance de dédicaces, la boîte de nuit, etc. L'artiste reste dans le même mode de représentation : des traits fins et légers pour détourer, une mise en couleurs à l'aquarelle parfois rehaussée aux crayons de couleur pour apporter du relief et de la consistance aux surfaces ainsi détourées. Chaque page se lit rapidement et facilement, sans paraître creuse ou inconsistante pour autant. Quelle que soit la situation, la créatrice semble considérer ses personnages avec gentillesse et compréhension, donnant à voir leur état d'esprit par l'expression de leur visage et leur posture, générant ainsi une belle empathie chez le lecteur.
Avec sa profusion de seins dénudés, la couverture indique que le personnage en couverture est sexualisé, féminin, et le titre sous-entend des relations intenses. de fait le premier accouplement a lieu en pages 10 & 11 : Coco a conservé sa forme extraterrestre anthropoïde, parfaitement compatible avec l'homme nu que l'IA téléporte dans le vaisseau. Il y a un gros plan sur une fellation et un autre sur un cunnilingus, et les amants adoptent trois positions différentes. Ls dessins sont explicites et en même temps avec une charge érotique étrangement faible. L'acte sexuel suivant se déroule en page 29, alors que Laura / Coco fait l'expérience de la masturbation dans son corps de terrienne. le suivant se déroule entre Laura & Pedro pendant 10 pages : les dessins restent dans un registre descriptif et simplifié, éloignés du photoréalisme. le consentement et le plaisir se voient dans les gestes et les attentions. Il ne s'agit pas d'une performance sportive, mais de prendre plaisir pour l'une et l'autre, en étant attentif à son partenaire. Il ne s'agit pas de montrer les corps de la façon plus précise possible, mais plutôt les gestes et les émotions. Dans la suite de l'histoire, le lecteur assiste encore à six autres parties de jambes en l'air. La majeure partie de l'histoire se concentre donc plus sur les faits et gestes de Coco et ses stratégies, mais les relations sexuelles ne se limitent pas à un point de passage obligé, et on passe à autre chose. C'est une partie importante de la motivation première de Coco. Dans le même temps, la scénariste n'oublie pas l'intrigue plus globale du sort de cette race extraterrestre, en arrière-plan avec les réunions de Coco sur son vaisseau, au premier plan pour la fin du récit.
La lecture de cette histoire s'avère effectivement intense, que ce soit pour la vie de l'extraterrestre femelle Coco, sur le plan affectif et sur le plan sexuel, ou en termes de rythme de lecture. Sole Otero met en œuvre une narration graphique personnelle, mélange très réussi de description et d'imprécision privilégiant les sensations. L'amalgame de plusieurs genres (SF, comédie, apprentissage) bénéficie d'un dosage parfait, et explore des questions comme la nature d'une relation amoureuse, l'idée qu'un partenaire se fait de l'autre, l'intérêt personnel avant celui du groupe, avec quelques touches humoristiques bienvenues et amusantes.
Le temps des amours n'est pas l'épisode le plus construit des quatre épisodes des Souvenirs d'enfance de Marcel Pagnol.
Comme l'adaptation de Scotto et Stoffel est une fois de plus très bien réalisée et fidèle, on retrouve ce côté anecdotique et un peu fourre-tout dans la BD.
Malgré tout, les auteurs gardent le cap de souligner l'universalité du message de Pagnol. Dans les Amours les deux épisodes principaux renvoient à deux visions différentes de Pagnol, une interne pour Isabelle et une externe pour Lagneau.
Ce qui est intéressant est que Pagnol se retrouve dans la peau de Jules ou Joseph pour juger le comportement de son ami dans les mêmes conditions que son père l'avait jugé.
Ainsi de l'intérieur il est impossible de voir l'effet destructeur de la passion, Pagnol bien relayé par Scotto et Stoffel ne pouvait pas mieux illustrer que "l'amour rend aveugle" ou que "le cœur a ses raisons...". On peut donc considérer ces deux épisodes comme un effet miroir qui a construit la vie affective (riche) du grand écrivain.
Cela donne aussi de la cohérence à un récit qui semble assez décousu en première lecture. On voit aussi que la langue est moins fleurie, moins joyeuse mais il faut se souvenir que ces années sont la fin de la période enchantée et insouciante de l'auteur. Les morts de sa mère et de Lilii sont contemporaines de cette époque même si cela n'est pas évoqué on doit l'avoir en mémoire comme probablement l'avait le grand romancier.
Le graphisme de Tanco est toujours aussi formidable. Il est égal aux autres épisodes dans la description des collines ensoleillées mais ici il réussit parfaitement à rendre l'ambiance du grand lycée marseillais où Pagnol passa son bac.
Un épisode moins accrocheur mais réalisé avec une grande maîtrise pour une lecture plaisante.
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Indépendante depuis sa création en 1998, Cultura se donne pour mission de faire vivre et aimer la culture.
La création de Cultura repose sur une vision de la culture, accessible et contributive. Nous avons ainsi considéré depuis toujours notre responsabilité sociétale, et par conviction, développé les pratiques durables et sociales. C’est maintenant au sein de notre stratégie de création de valeur et en accord avec les Objectifs de Développement Durable que nous déployons nos actions. Nous traitons avec lucidité l’impact de nos activités, avec une vision de long terme. Mais agir en responsabilité implique d’aller bien plus loin, en contribuant positivement à trois grands enjeux de développement durable.
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Racines (Lou Lubie)
J'ai l'impression de faire de la redite d'autres avis, mais que voulez-vous, quand c'est bon, c'est bon ! Le nouveau Lou Lubie est arrivé, et je l'attends plus que le Beaujolais nouveau. En même temps, dire que j'apprécie sa production est au mieux un euphémisme. Ce nouvel ouvrage avait en plus la promesse de me parler d'un sujet que je ne connaissais pas du tout et sur lequel je n'avais aucun apriori. Du moins le pensais-je. Et puis je le lis le soir dans mon lit (mauvaise idée) et je finis la BD énervé. En même temps, il y a de quoi lorsqu'on fini par voir l'accumulation des petits détails qui énervent. En soi, la BD parle surtout des cheveux et de la façon dont ceux-ci sont acceptés ou non socialement. Le tout autour d'une créole fraichement débarqué de la Réunion. Mais pour moi, la BD est surtout une excellente démonstration de ce qu'on appelle un racisme systémique que beaucoup refusent de voir (ça va, on est plus raciste !). En effet, sous couvert de remarques, de médias, d'objets culturels, on valorise et on dévalorise fortement. Sauf que là, l'exemple des cheveux est parlant : personne ne choisit ses cheveux à la naissance mais les aura toutes sa vie, comme un fardeau pour beaucoup. C'est énervant de voir la différence de traitement, dans les coiffeurs (quand il y en a), les produits, les remarques... Là où la BD fait fort, c'est que des remarques comme ça, j'en ai probablement fait moi aussi. Pas forcément à voix haute, mais nourri par un imaginaire qui reste bien ancré dans des fondements racistes, j'ai sûrement pensé des choses qui m'ont énervé lorsque je l'ai vu dans la BD. Bref, sous couvert d'une simple histoire de cheveux, la BD démontre parfaitement les restes de racismes sociétaux qui gangrènent notre société et peuvent amener des nombreuses personnes à mal vivre leur propre corps. Ou alors à subir des choses que je n'ai pas envie de faire vivre à d'autres : gaspillage de temps et d'argent, la souffrance physique ou mentale, le stress... Tout ça pour des cheveux, nom d'un chien ! Pour le reste, Lou Lubie a son style de dessin et sait toujours aussi bien s'y prendre pour transmettre toutes les informations en peu de temps, rester lisible, entrainer dans l'histoire et bombarder de chiffres et d'infos quand il le faut. Elle a trouvé son style, s'y plait et continue. Moi, j'adore ça !
L'odyssée de Marada la louve
Deux albums d'heroïc fantasy à la faible pagination qui valent le détour. Je suis surpris de voir Chris Claremont au scénario pour ce type de récit, plutôt un habitué des super-héros. Il pioche chez Red Sonja pour créer son personnage principal mais s'en démarque en situant l'histoire pendant l'empire romain, d'ailleurs notre redoutable guerrière, Marada, est la petite fille de César. Une femme qui assume son indépendance et son mode de vie. Rien d'innovant, mais une réalisation qui donne envie d'arriver au bout des bouquins malgré une narration un peu vieillotte. Sorcièrs, monde occulte, pirates et démons seront au rendez-vous. Agréable et rapide lecture. J'avais déjà eu l'occasion de lire les aventures de Marada dans Epic, la revue proposait le dessin de John Bolton en noir et blanc. Dans ces deux albums ce n'est pas le cas, une colorisation avec ce petit goût des années 1980, agréable à regarder et qui permet de profiter de la magnifique chevelure platine de notre héroïne. Mais j'ai une grosse préférence pour le noir et blanc. J'aime beaucoup le trait fin, expressif, détaillé et très sensuel de Bolton. Les costumes et les décors sont réussis, les scènes de bataille sont dynamiques, et cerise sur le gâteau Marada dégage un charme fou <3. De la belle ouvrage. Une postface de Doug Headline dans le tome 1. Pour les amateurs de fantasy.
Batman - Noël
Batman dans un conte de Noël pas si mièvre - Il s'agit d'une histoire complète parue en 2011, écrite et illustrée par Lee Bermejo, également dessinateur de Lex Luthor et Joker. L'histoire commence par 6 pleines pages de vues des toits de Gotham. Un narrateur non identifié explique qu'il va raconter une histoire à un auditeur également inconnu (vraisemblablement un enfant). Il donne la morale de l'histoire dès le début : il faut croire que les gens peuvent changer. Bob Cratchit effectue des livraisons illicites pour le compte de la pègre, et ce soir il en effectue une pour le compte du Joker (qui s'est à nouveau évadé de prison). Ce n'est pas que Bob ait un penchant pour le vice ou pour le crime, c'est qu'il n'a pas trouvé d'autre moyen pour payer les factures de soins médicaux de Tim, son fils. Il se rend au rendez-vous pour échanger le contenu de son sac contre une somme importante. L'échange s'effectue sans anicroches, mais il se fait rattraper par Batman qui menace de le tabasser pour obtenir la localisation de la planque du Joker. Peine perdue : Bob ne la connaît pas. Pendant ce temps là, le narrateur omniscient raconte une version assez fidèle à l'esprit de le drôle de Noël de Scrooge de Charles Dickens, en évoquant les épreuves de Scrooge. Batman a attrapé un bon rhume, mais il doit retrouver le Joker à tout prix, quel que soit également le prix à payer par les civils impliqués dans sa recherche. Ce n'est pas la première fois qu'un auteur se sert de ce conte de Noël comme de trame pour son récit ; Jeph Loeb avait déjà fait la même chose dans la troisième histoire rééditée dans Batman, Halloween (Tome 2 Fantômes). Mais l'ambition de Lee Bermejo n'est pas de faire un simple comics de Batman. Il a déclaré dans une interview que son but était de transcrire fidèlement l'esprit du conte de Dickens, au travers d'une bande dessinée à mi-chemin entre le comics traditionnel et un conte en prose avec quelques illustrations. Ce parti pris apparaît à la lecture : quelques pleines pages ou doubles pages, des dessins juxtaposés sans bordures de case pour les séparer, et une minutie incroyable dans le rendu de chaque illustration. La séquence d'ouverture constitue un parfait exemple de ce parti pris. Première page : l'extrémité supérieure de 2 cheminées en brique, 3 antennes de télévision, et un petit bout de toit en tuile sous la neige. Suit une double page qui a également comme objet de montrer les parties supérieures de 3 immeubles enneigés, ainsi qu'une affiche souhaitant un joyeux Noël. le lecteur découvre encore une nouvelle double page révélant toujours plus de ces immeubles, les 7 derniers étages, avec un luxe de détail. Ces illustrations ne relèvent pas de l'art séquentiel de la bande dessinée, mais bien de jolies images détaillées pour que l'œil du lecteur puisse se repaître des détails, de l'architecture, des textures des murs et de l'impression de froid. Ce mode de rendu graphique intègre ensuite des séquences sur la base de plusieurs cases, toujours avec la même qualité luxueuse de dessins. La présente édition comprend 7 pages en noir et blanc dans les bonus qui font presque regretter que le présent volume soit en couleurs. Ces dernières orchestrées par Barbara Ciardo sont travaillées pour rendre la luminosité liée à la neige, faire ressortir chaque détail, et créer une ambiance par le biais de camaïeux. D'un coté, il y a donc ce mode d'illustrations qui donne une certaine solennité aux images. de l'autre il y a la voix narrative qui confère un formalisme quasi littéraire au récit. Entre les deux, il y a les dialogues des personnages et les scènes d'action qui rattachent bien l'histoire aux comics de superhéros traditionnels (il y a d'ailleurs quelques invités de l'univers partagé DC). Par moment ces 3 flux ont du mal à s'agréger, la majeure partie du temps elles coexistent harmonieusement. Un tiers du temps elles fusionnent pour donner une narration riche de ces 3 niveaux. Et puis Bermejo ne se contente pas de transposer laborieusement le conte de Dickens ; il l'utilise pour faire émerger un point de vue sur le personnage de Batman qui avait été développé vers 1990 suite à un événement spécifique évoqué à nouveau ici. Ce tome représente donc une forme de conte pour Batman, avec une narration élaborée et sophistiquée, qu'il s'agisse du texte ou des images. Toutes les séquences ne se valent pas, mais certaines transcendent la somme des parties, et réussissent à mettre en évidence une particularité du personnage, et un comportement paradoxal de chaque être humain.
Oméga l'inconnu
Faussement ingénu - Improbable, c'est le moins que l'on puisse dire de ce projet. En 1976 et 1977 paraissent 10 épisodes d'une série nommée "Omega the Unknown". le scénario est de Steve Gerber et de Mary Skrenes et les dessins de Jim Mooney. Dans ce comics, Steve Gerber s'était lâché (autant que d'habitude dans Essential Man-thing 1 ou Essential Defenders 3). Et malgré sa courte durée de vie, cette histoire a impressionné tellement de personnes (à commencer par moi) qu'elle est devenue culte. Pour les curieux les épisodes ont été réédités dans Omega the unknown Classic. En 2005, les éditeurs de Marvel proposent à Jonathan Lethem (un écrivain assez connu, auteur de Motherless Brooklyn. & Forteresse de solitude) de choisir un personnage de son choix dans l'univers Marvel pour réaliser un comics. Les éditeurs américains restent persuadés que pour attirer de nouveaux lecteurs une solution miracle est de recourir à un écrivain reconnu (le résultat est rarement à la hauteur des espérances car un livre et une bande dessinée ont des grammaires narratives différentes). Lethem fait partie des personnes marquées à vie par Omega et il propose d'en faire un remake. Contre toute attente le résultat est à la fois respectueux de l'original et personnel. C'est l'histoire d'un guerrier intergalactique qui se trouve naufragé sur terre pour lutter contre l'invasion imminente d'extraterrestres ; cette mission est la raison d'être de sa caste. C'est l'histoire de Titus Alexander Island (un jeune garçon de 14 ans) qui a été élevé à l'écart dans une maison isolée dans la campagne et que ses parents conduisent vers New York pour qu'il puisse bénéficier d'un cursus universitaire dans une institution spécialisée pour surdoués. Sur le chemin, un accident se produit et ses 2 parents décèdent. Il est recueilli par l'infirmière qui s'occupait de lui à l'hôpital et inscrit dans un collège ordinaire où il rencontre une camarade compréhensive et des brutes bas de plafond. C'est l'histoire du développement d'une chaîne de fastfood. C'est l'histoire d'un superhéros (Mink, le vison en anglais) très médiatique. C'est l'histoire d'une intelligence extraterrestre ayant visité des centaines de monde, et en goguette sur terre. C'est une histoire improbable, terre à terre, newyorkaise, galactique, universitaire, économique, poétique, et bien plus encore. C'est une histoire dessinée par Farel Dalrymple, un illustrateur très underground et peu prolifique. Il utilise un style simple, dans une veine réaliste, sans être photographique. Il s'agit clairement d'illustrations destinées à des lecteurs adultes : il bannit les courbes et les rondeurs enfantines, il n'enjolive pas ses personnages (pas de poitrines défiant la gravité, pas de top modèles), les scènes d'action sont très terre à terre et presque sans aucun effet pyrotechnique. Chaque décor dispose d'éléments qui le rendent unique, sans jamais en faire une carte postale idyllique, mais sans noirceur surajoutée. Les expressions faciales présentent une grande variété, sans pour autant que les mimiques soient surjouées. Dalrymple s'applique à rendre chaque scène aussi ordinaire que possible. Ses dessins se lisent très facilement. Et par voie de conséquence, les diverses étrangetés qui parsèment le récit semblent surréalistes : elles sont intégrées factuellement aux dessins, sans aucun recul. Ainsi l'un des antagonistes se révèle être une main géante de taille humaine pourvue de jambes. Dalrymple la dessine comme les autres mains, sans essayer de rendre le concept crédible, ou merveilleux, ou terrifiant. De son coté, Lethem (aidé pour les dialogues par Karl Rusnak) livre un remake de l'histoire de Gerber et Skrenes. Et à la lecture, j'ai effectivement retrouvé les mêmes sensations qu'à la découverte de l'original. Mais Lethem bénéficie de 10 épisodes pour raconter complètement son histoire, alors que Gerber et Skrenes avaient dû se plier à des désidératas des éditeurs (inclure des guest stars comme Hulk) et fermer boutique avant d'avoir terminé faute de suffisamment de lecteurs. Lethem réussit à tout boucler dans une histoire cohérente qui respecte l'étrangeté de l'original et sa poésie décalée. Les éléments de science fiction supportent l'infrastructure de l'histoire au premier degré sans aucune moquerie. Les scènes irréelles (telles que cette main géante) font partie intégrante du récit sans aucune solution de continuité, sans artificialité. Les personnages principaux bénéficient tous d'une psychologie étoffée, de sentiments qui sonnent vrai et d'un capital de sympathie au dessus de la moyenne. Et Lethem intègre des thèmes supplémentaires inattendus comme les avantages et inconvénients de diffuser une marque par le biais de points de vente franchisés. Au départ, cette histoire avait tout d'un remake inutile et incapable d'atteindre le niveau de l'original, plombé en plus par un scénariste étranger aux comics et un dessinateur trop original pour s'acclimater à une histoire avec d'étranges superhéros. À l'arrivée, l'esprit originel est respecté et retrouvé, et les auteurs font entendre leur propre voix dans un récit original et décalé. Pari tenu & objectif atteint.
Un général, des généraux
“Un Général des Généraux”, signé François Boucq et Nicolas Juncker, nous embarque dans une aventure aussi déjantée qu’instructive en plein cœur de la guerre d’Algérie. Cette BD se concentre sur un moment charnière et souvent méconnu de cette période, et le fait avec un mélange détonnant de crédibilité historique et de loufoquerie caricaturale. L’intrigue nous ramène à mai 1958, en plein chaos politique et militaire, lorsque le retour de Charles de Gaulle aux plus hautes fonctions marque un tournant décisif. Mais attention, ici, pas de récit classique et solennel. Saint-Dizier et Boucq s’en donnent à cœur joie pour caricaturer les protagonistes, transformant les généraux fanatiques en une bande de pieds nickelés. Ces hommes, fervents partisans de l’Algérie française, nous apparaissent comme des figures presque comiques, bien loin de l’image de sérieux et de menace souvent associée à cette époque. Les dessins de Boucq ajoutent une dimension supplémentaire à cette satire. Son style fait merveille, donnant vie à des personnages hauts en couleur. De Gaulle, en particulier, est représenté avec un flegme et une prestance contrastant avec l’hystérie des généraux. Les auteurs prennent des libertés avec la réalité historique, mais cela sert à renforcer l’effet satirique. Par exemple, la scène où Massu, essoufflé, fait des allers-retours frénétiques dans un souterrain est un gag de répétition qui m’a beaucoup amusé. Le scénario de Juncker tient parfaitement la route malgré la multiplicité des personnages et des intrigues. Il réussit à capturer l’essence des tensions et des absurdités de l’époque tout en offrant une réflexion critique sur la naissance de la Cinquième République. Les généraux, dépeints comme des bourrins inconscients du vent de l’Histoire, ajoutent une touche de grand-guignolesque à ce récit. Ce qui est particulièrement savoureux, c’est la manière dont la BD traite du retour de De Gaulle comme d’un coup de théâtre plus que d’un coup d’État. La scène finale, avec un De Gaulle en mode sacrificiel, bras en croix (de Lorraine), lançant son fameux “Je vous ai compris !” devant une foule en délire, boucle la boucle de manière jubilatoire.
Plein ciel
Tout commence avec la mort d’Émile, un vieil homme de 78 ans, qui se défenestre du dix-septième étage. Ce drame suscite de nombreuses interrogations parmi les voisins sur les raisons qui ont poussé Émile à ce geste fatal. Contrairement à ce que l’on pourrait attendre d’une histoire de mort et d’enquête, le récit ne se tourne pas vers un polar classique cherchant à démasquer un coupable ou à expliquer clairement les motifs du suicide. Les auteurs choisissent plutôt d’explorer les répercussions de ce drame sur la communauté de la tour et les liens qui se tissent entre ses habitants. Un des aspects les plus remarquables de “Plein Ciel” est la manière dont il rend hommage à la vie en communauté dans un grand immeuble. Le scénariste, ayant lui-même grandi dans un tel environnement, parvient à capturer la chaleur humaine et la solidarité qui peuvent exister dans ces lieux souvent stigmatisés. Le récit, bien que né d’un drame, se révèle être une histoire pleine d’humanité, de résilience et de lien social. Une très belle illustration, fine dans le detail et des couleurs à l'aquarelle parachèvent un travail simple et délicat. Plein Ciel est un album assez lumineux et touchant qui donne une perspective humaine sur les grandes barres d'immeubles qui change un peu. Note à 3,5/5 arrondie à 4 pour le feel good
Hoka Hey !
Wow, quelle claque ! Cela faisait un moment que “Hoka Hey” me faisait de l’œil dans ma pile à lire. J’ai profité d’un beau dimanche après-midi pour ne pas être interrompu dans ma lecture et je dois avouer que j’ai bien fait de sanctuariser ce moment. Je suis d’autant plus bluffé que je ne connaissais pas Neyef et qu’il livre ici un véritable travail d’orfèvre. Dessin, couleurs, scénario, mise en page : tout y est ! L’histoire se déroule deux ans après le massacre de Wounded Knee et suit Georges, un jeune métis mi-blanc mi-Lakota, élevé par le pasteur qui administre sa réserve. Lorsqu’il croise la route de deux Amérindiens et d’un Irlandais, Georges se lance avec eux dans un voyage dont le but est la vengeance d’un des protagonistes. Difficile d’en dire plus sans divulgâcher l’intrigue. Le récit est parfaitement maîtrisé et m’a touché par sa sensibilité, même s’il n’est peut-être pas le plus original en soi. La narration est fluide, avec un parfait équilibre entre phases contemplatives et scènes plus mouvementées. Neyef prend le temps de développer des personnages denses et attachants, évitant avec brio les clichés et la simplicité. Le dessin n’est pas en reste, loin de là. Les visages des personnages et leurs expressions sont rendus avec une grande précision, capturant une large gamme d’émotions et d’intensités. Les paysages, que j’ai eu la chance de voir de mes propres yeux, sont superbement représentés (malgré le fait que Neyef n’ait pas pu s’y rendre en raison de la pandémie). Et que dire des couleurs ! Les scènes d’action sont fluides et bien chorégraphiées. Le style graphique combine réalisme et une certaine stylisation, donnant à l’œuvre une identité visuelle unique et marquant un équilibre entre authenticité historique et interprétation artistique. La fin de “Hoka Hey” peut être perçue comme un deus ex machina. Je l'ai trouvée un peu tirée par les cheveux, ce qui m’empêche de donner une note parfaite. Cependant, elle sert à boucler l’intrigue de manière dramatique et offre une conclusion intense à l’histoire. Une fois n’est pas coutume, je tiens aussi à féliciter l’éditeur pour la qualité du livre et du papier, qui servent magnifiquement le dessin. C'est quand même autre chose que du papier glacé ! Au final, j’ai passé un superbe moment de lecture. C’est exactement pour ce genre d’œuvre que j’aime la bande dessinée : c’est beau, touchant, juste et très bien exécuté. Chapeau, Monsieur Neyef !
Vert de rage - Les enfants du plomb
Boudot a bossé pour « Cash Investigation », et a ensuite produit pour France 5 plusieurs enquêtes sur des scandales environnementaux, sous le titre générique de « Vert de rage ». Voilà l’adaptation de l’une de ces enquêtes, consacrée à la pollution au plomb qui a empoisonné, et empoisonne encore d’importantes populations dans le Pas-de-Calais. Ce documentaire est bâti de façon classique, mais très claire, et montre les divers scandales liés à cette pollution, dû à l’installation industrielle de Metaleurop (la plus importante du genre en Europe – et la plus polluante donc !). A ce premier scandale s’ajoute le silence, voire la passivité de l’État pour protéger et informer les potentielles victimes de saturnisme ou d’autres maladies handicapantes et mortelles. Mention spéciale bien sûr à cette Assemblée générale des actionnaires de Glencore, où le cynisme des dirigeants dépasse tout. Jamais cette entreprise n’a dépensé un seul centime pour dépolluer le site (abandonné brutalement sans informer les ouvriers – Chirac avait à l’époque parlé de « patrons voyous »), sans rien faire d’ailleurs pour les sanctionner, informer ou indemniser les victimes, qui n’ont d’autre solution que de se retourner contre l’État – au mieux donc ce sont des deniers publics qui seront dépensés pour compenser une toute petite partie des dégâts liés aux immenses profits réalisés par ces actionnaires. La lecture est fluide, assez rapide, hélas édifiante – et quelque peu désespérante, tant ces scandales s’accumulent, dans l’indifférence ou avec la complicité des pouvoirs publics, acquis au dogme ultralibéral de l’actionnaire roi. Aux 80 pages de la partie BD proprement dite s’ajoutent 16 pages d’un dossier très complet.
Intense
Et être amoureux, c'est quoi au juste ? - Ce tome contient une histoire complète, indépendante de toute autre, qui n'appelle pas de suite. Sa première publication date de 2019 en Argentine et de 2021 en France. Cette bande dessinée est l'œuvre de Sole Otero, autrice complète. Elle est en couleurs et compte 172 pages. Dans l'espace à une distance raisonnable de la Terre, Coco, une extraterrestre, a pour mission d'assurer la sécurité du périmètre et à protéger le vaisseau-pouponnière d'éventuelles représailles des mâles de l'espèce ou de tout autre menace. Elle fait partie d'un groupe de femelles qui s'est enfui de Club, leur planète d'origine, pour éviter la mort reproductive. En effet, leur corps est biologiquement programmé pour donner la vie et mourir lors de l'accouchement. Mais un jour, un groupe clandestin de femelles a décidé de fuir la planète. Grâce à l'invention d'une machine à hypnotiser appliquée sur le cerveau des mâles, la fuite a pu se faire sans recourir à la force. Les femelles sont parvenues à s'échapper de la planète à bord d'un vaisseau-pouponnière, dans lequel 100?s femelles ont pris place. Les mâles de l'espèce ne sont pas restés les bras croisés, et ils les traquent depuis lors jusqu'aux confins de l'univers. Entre-temps, les rebelles ont conduit le vaisseau pouponnière jusqu'au secteur 4:3:26:32:12:16 de la galaxie, où elles ont choisi de s'arrêter. C'est là, à l'abri des mâles, que les meilleures scientifiques s'affairent à modifier génétiquement les mécanismes de reproduction de l'espèce. L'objectif est d'obtenir une reproduction efficace et dépourvue de risques pour la femelle. Malgré l'équipement très complet du vaisseau, Coco s'ennuie. Elle demande à Kiki, l'intelligence artificielle du vaisseau, quelles sont les possibilités de copulation offertes par ce secteur stellaire. Celle-ci lui propose plusieurs espèces différentes jusqu'à ce que Coco retienne un jeune humain mâle, d'une vingtaine d'années. Kiki le téléporte dans le vaisseau, et ils s'adonnent à une longue partie de jambes en l'air, enchaînant plusieurs positions avec prévenance et envie. Alors qu'ils sont tous les deux détendus, en train de se reposer allongés, l'homme se livre à des marques d'affection en se collant contre le corps de sa partenaire et en lui embrassant tendrement la joue. Coco demande à son IA ce qui se passe. Elle plonge l'homme dans l'inconscience et lui explique que les êtres humains sont des êtres intelligents, mais ils sont 67% moins développés que la race de Coco. Ils conservent encore ce qu'ils appellent des sentiments. À la demande de Coco, Kiki renvoie l'humain sur sa planète. À la réflexion Coco trouve que ça a été bizarre, mais elle croit que cela ne la dégoute pas. Elle demande à Kiki d'accéder aux données de l'humain, puis s'il est possible de l'enlever à nouveau. Voilà une bande dessinée qui sort de l'ordinaire. Pour commencer, il y a une femme nue sur la couverture, mais c'est une extraterrestre et ses deux triplets de seins n'ont rien d'érotique. Ensuite, elle a l'ampleur d'un véritable roman s'inscrivant dans le genre de la science-fiction, mais parlant essentiellement d'amour même si la protagoniste recherche d'abord des relations sexuelles satisfaisantes, mais avec un unique partenaire. Enfin, elle présente la particularité de raconter cette recherche du plaisir sexuel sous l'angle féminin écrit par une femme. L'autrice ne néglige aucune de ces facettes de son récit. En termes de science-fiction, elle commence par trois pages de présentation, six illustrations par page en 3 rangées de deux sur fond d'espace étoilé, des représentations simplifiées à destination de Coco pour lui rappeler l'historique de sa race extraterrestre et sa mission à bord du vaisseau spatial. le lecteur découvre ensuite sa silhouette humanoïde, nue, avec une grosse tête et de très gros yeux, ce qui lui donne un air de naïveté enfantine, et qui la rend à la fois étrangère à la race humaine et très sympathique. le lecteur découvre ensuite la forme du vaisseau spatial : une soucoupe volante, ses grandes pièces spacieuses et stériles, ses portes en forme de vulve, la salle de pilotage, les énormes écrans pour communiquer avec les autres extraterrestres, le faisceau téléporteur, le faisceau réarrangeant les molécules de son corps, les cheffes de sa sororité, le vaisseau-pouponnière. L'artiste représente tout avec une forte simplification des formes, et les habille avec une mise en couleurs essentiellement à l'aquarelle. C'est doux et agréable à voir, parfois un peu stérile, inventif et un peu amusant. Coco a donc décidé de développer une relation monogame avec un homme humain, qui soit sexuellement satisfaisante, et même de qualité. Elle demande à l'intelligence artificielle (IA) du vaisseau comment s'y prendre, et y consacre le peu de patience dont elle dispose, se conduisant un peu comme une enfant pressée : créer une apparence humaine synthétique, et descendre sur Terre, étudier toute l'information pertinente utile (Coco y consacre moins d'une minute), s'installer dans un appartement à Buenos Aires meublé en fonction des résultats du rapport, en fonction du profil psychologique qui doit séduire l'humain cible, s'habiller en fonction des goûts de Pedro Marial, faire comprendre que Coco est disponible mais pas dans le besoin. le récit prend une drôle de tournure : l'intelligence artificielle explique l'art de la séduction à Coco qui prend le nom de Laura. Elle a donc une apparence qui répond exactement aux goûts de l'humain qu'elle a choisi, et elle doit faire l'apprentissage des coutumes humaines. Après une page de transformation (page 26) assez bizarre dans ce qu'elle montre, une composition similaire à celle de la couverture, Coco s'installe dans son appartement découvre son corps, s'habille et se rend au café où Pedro Marial a ses habitudes. le lecteur mesure mieux le talent de dessinatrice de Sole Otero. Les êtres humains sont également dessinés de manière simplifiée, mais pas caricaturale. Il peut donc observer Coco découvrir les différentes parties de son corps, puis la voir habillée. Il fait connaissance avec Pedro, puis les amis de Pedro, puis ses relations de travail. Sous une apparence tout public et simple, les dessins contiennent une bonne densité d'information, que ce soient les différentes tenues vestimentaires, ou les expressions de visages, les occupations auxquelles vaquent les uns et les autres. D'une certaine manière, ces représentations peuvent sembler un peu naïves, d'un autre côté, elles montrent bien des adultes avec un langage corporel et des expressions d'adultes. Sur Terre, les environnements se font plus détaillés : l'aménagement de la chambre de l'appartement de Coco, sa décoration et son ameublement, le café où elle rencontre Pedro, le tableau du restaurant où elle mange avec lui, les différents lieux où ils sortent ensemble, le bar pour la soirée avec ses amis, le deuxième appartement de Coco, la librairie où se tient la séance de dédicaces, la boîte de nuit, etc. L'artiste reste dans le même mode de représentation : des traits fins et légers pour détourer, une mise en couleurs à l'aquarelle parfois rehaussée aux crayons de couleur pour apporter du relief et de la consistance aux surfaces ainsi détourées. Chaque page se lit rapidement et facilement, sans paraître creuse ou inconsistante pour autant. Quelle que soit la situation, la créatrice semble considérer ses personnages avec gentillesse et compréhension, donnant à voir leur état d'esprit par l'expression de leur visage et leur posture, générant ainsi une belle empathie chez le lecteur. Avec sa profusion de seins dénudés, la couverture indique que le personnage en couverture est sexualisé, féminin, et le titre sous-entend des relations intenses. de fait le premier accouplement a lieu en pages 10 & 11 : Coco a conservé sa forme extraterrestre anthropoïde, parfaitement compatible avec l'homme nu que l'IA téléporte dans le vaisseau. Il y a un gros plan sur une fellation et un autre sur un cunnilingus, et les amants adoptent trois positions différentes. Ls dessins sont explicites et en même temps avec une charge érotique étrangement faible. L'acte sexuel suivant se déroule en page 29, alors que Laura / Coco fait l'expérience de la masturbation dans son corps de terrienne. le suivant se déroule entre Laura & Pedro pendant 10 pages : les dessins restent dans un registre descriptif et simplifié, éloignés du photoréalisme. le consentement et le plaisir se voient dans les gestes et les attentions. Il ne s'agit pas d'une performance sportive, mais de prendre plaisir pour l'une et l'autre, en étant attentif à son partenaire. Il ne s'agit pas de montrer les corps de la façon plus précise possible, mais plutôt les gestes et les émotions. Dans la suite de l'histoire, le lecteur assiste encore à six autres parties de jambes en l'air. La majeure partie de l'histoire se concentre donc plus sur les faits et gestes de Coco et ses stratégies, mais les relations sexuelles ne se limitent pas à un point de passage obligé, et on passe à autre chose. C'est une partie importante de la motivation première de Coco. Dans le même temps, la scénariste n'oublie pas l'intrigue plus globale du sort de cette race extraterrestre, en arrière-plan avec les réunions de Coco sur son vaisseau, au premier plan pour la fin du récit. La lecture de cette histoire s'avère effectivement intense, que ce soit pour la vie de l'extraterrestre femelle Coco, sur le plan affectif et sur le plan sexuel, ou en termes de rythme de lecture. Sole Otero met en œuvre une narration graphique personnelle, mélange très réussi de description et d'imprécision privilégiant les sensations. L'amalgame de plusieurs genres (SF, comédie, apprentissage) bénéficie d'un dosage parfait, et explore des questions comme la nature d'une relation amoureuse, l'idée qu'un partenaire se fait de l'autre, l'intérêt personnel avant celui du groupe, avec quelques touches humoristiques bienvenues et amusantes.
Le Temps des Amours
Le temps des amours n'est pas l'épisode le plus construit des quatre épisodes des Souvenirs d'enfance de Marcel Pagnol. Comme l'adaptation de Scotto et Stoffel est une fois de plus très bien réalisée et fidèle, on retrouve ce côté anecdotique et un peu fourre-tout dans la BD. Malgré tout, les auteurs gardent le cap de souligner l'universalité du message de Pagnol. Dans les Amours les deux épisodes principaux renvoient à deux visions différentes de Pagnol, une interne pour Isabelle et une externe pour Lagneau. Ce qui est intéressant est que Pagnol se retrouve dans la peau de Jules ou Joseph pour juger le comportement de son ami dans les mêmes conditions que son père l'avait jugé. Ainsi de l'intérieur il est impossible de voir l'effet destructeur de la passion, Pagnol bien relayé par Scotto et Stoffel ne pouvait pas mieux illustrer que "l'amour rend aveugle" ou que "le cœur a ses raisons...". On peut donc considérer ces deux épisodes comme un effet miroir qui a construit la vie affective (riche) du grand écrivain. Cela donne aussi de la cohérence à un récit qui semble assez décousu en première lecture. On voit aussi que la langue est moins fleurie, moins joyeuse mais il faut se souvenir que ces années sont la fin de la période enchantée et insouciante de l'auteur. Les morts de sa mère et de Lilii sont contemporaines de cette époque même si cela n'est pas évoqué on doit l'avoir en mémoire comme probablement l'avait le grand romancier. Le graphisme de Tanco est toujours aussi formidable. Il est égal aux autres épisodes dans la description des collines ensoleillées mais ici il réussit parfaitement à rendre l'ambiance du grand lycée marseillais où Pagnol passa son bac. Un épisode moins accrocheur mais réalisé avec une grande maîtrise pour une lecture plaisante.