Depuis quelques années déjà, je suis presque quotidiennement les strips comiques et politiques de Ted Rall publiés aux USA et sur Internet. Je sais à quoi m'en tenir avec ce journaliste et humoriste : il est profondément anti-Bush, très cynique, très ironique et il dénonce en permanence l'utilisation du 11 Septembre par le gouvernement américain, la guerre en Afghanistan et bien sûr la guerre en Irak. Pour lui, Bush est un "Généralissimo" dont les deux seuls neurones sont nommés Guerre et Pétrole.
N'étant pas loin de partager l'ensemble de ses idées, c'est toujours avec le sourire ou un vrai rire franc que je lis ses strips mordants. Même si, à chaque fois, je suis obligé de me dire qu'il simplifie peut-être un peu trop les choses, qu'une attaque aussi directe et brutale contre Bush manque peut-être de recul. Mais dans l'ensemble, sans aborder l'aspect de la justesse politique de son discours, on ne peut pas nier que Ted Rall aie vraiment de l'humour et le sens de l'ironie. Et puis de telles attaques flattent tellement l'esprit de l'opposant typique Français à Bush et à ses manipulations guerrières que je ne vais pas m'en priver.
Passage Afghan, tel qu'il a été publié par La Boite à Bulles, est composé de deux livres en un, avec deux couvertures tête-bêche de chaque côté de l'album. D'un côté, une vraie BD en 48 pages racontant le reportage que Ted Rall a effectué en Afghanistan au début de la Guerre entre Alliance du Nord et Talibans, sous les bombardements des avions américains. De l'autre côté, Ted Rall revient sous la forme de textes, de photos et de strips comiques sur les mêmes évènements qu'il racontait en BD et y apporte une foule de données supplémentaires et d'explications.
Le dessin de Ted Rall est dans une veine de strips comiques publiés quotidiennement dans les journaux américains : ce n'est pas un dessin techniquement maîtrisé, il se contente de faire dans l'efficace et le compréhensible. Sur un sujet similaire, on ne peut s'empêcher de comparer Passage Afghan à Le Photographe de Guibert puisque dans les deux cas on aborde, avec photos à l'appui, un reportage dans des conditions très difficiles en Afghanistan, même si plusieurs années séparent les deux récits. Eh bien, on peut affirmer sans crainte que Passage Afghan est nettement moins esthétiquement réussi que Le Photographe.
Et pourtant, personnellement, et ça va faire bondir certains amateurs de Guibert, je préfère Passage Afghan à Le Photographe car en 48 pages, j'en ai appris bien plus et j'ai été nettement plus intéressé.
Le récit est fort, intéressant et drôle à la fois. Ted Rall raconte avec franchise et une bonne dose d'ironie son petit périple en tant que journaliste occidental aux abords de la Guerre. Il nous montre avec acidité l'aspect ubuesque de cette guerre où du jour au lendemain les Talibans se transforment en membres de l'Alliance du nord et vice-versa, où les américains bombardent à peu près tout le monde, où les occidentaux rivalisent de médiocrité, où les Afghans passent leur temps à racketter les occidentaux. Mais il raconte aussi et surtout la guerre, avec son lot de morts de tout côtés, morts qui seront également nombreux aux côtés de Ted Rall, parmi les journalistes qui l'ont accompagné. Sans manichéisme, il est implacable avec tous les partis en présence, dénonçant aussi bien la politique Américaine et le comportement des occidentaux dans leur ensemble que le comportement des Afghans eux-mêmes. Il montre surtout que cette guerre n'est qu'un leurre car les Talibans et l'Alliance du Nord ne sont pas seulement proches les uns des autres : ce sont strictement les mêmes personnes, changeant de camp au gré des évènements. Et bien sûr, c'est une dénonciation de la manipulation de l'information par la presse occidentale puisqu'on nous annonce la libération de l'Afghanistan, le départ des Talibans, mais « la plus grande réussite des Etats-Unis en Afghanistan a consisté à remplacer le pire régime du monde par l’anarchie et le chaos, et d’augmenter sensiblement le mépris des musulmans envers des Américains qu’ils considéraient déjà comme de la racaille. Les femmes portent toujours la burqa, la charia la plus radicale est toujours en vigueur, la nuit appartient aux bandes armées. »
Ce récit noir et pessimiste est raconté pourtant sur un ton humoristique, légèrement cynique. Mais la vérité dans cette guerre n'est-elle pas la plus belle des ironies ?
Le seul reproche que je puisse faire à ce reportage, c'est son aspect très largement politisé et trop directement anti-Bush car certaines affirmations de Ted Rall peuvent peut-être prêter à un peu de reflexion. Mais dans l'ensemble, c'est une vraie bouffée d'informations, de vérité, le tout raconté avec intelligence et humour.
Un style très nouveau, des couleurs qui pètent, un sens très chaotiques, des images fortes, vous l'avez compris je suis séduit. A un détail près, on sent quelques fois la tentation de la facilité scénaristique mais à la lecture du 2eme volume la sensation s'estompe un peu. Néanmoins 2 très beaux et riches albums in my collection.
J'aime beaucoup cette série pour le dessin de Yoann, notamment. Omond, le scénariste fait un pastiche des feuilletons populaires du XIXème siècle avec son lot de rebondissements surprenants. Il y a de vraies références au roman le mystérieux docteur Cornélius. De fait, le côté fantastique n'est pas absent du tout, avec les expériences de laboratoire.
La lutte entre passéistes et modernistes est assez amusante.
Une série que je conseille de découvrir, il semble qu'elle n'ait pas eu beaucoup de succès, ce qui est dommage.
Une série originale constituée de petites saynètes situées dans le milieu d'un club victorien anglais.
Les thèmes du meurtre, de la vengeance, dans ses formes les plus perverses sont les plus souvent utilisés. Concernant les histoires, cela va du correct au très bon. La chute est toujours assez bien réussie.
Une série que je conseille à ceux qui ne connaîtraient pas.
Je pense que l'on peut dire qu'Etienne Davodeau est passé maître dans l'art de créer des chroniques sociales. Les micro-univers, qu'il nous fait découvrir, sont souvent liés à l'émotion et à la pudeur et ce n'est pas Le Réflexe de Survie qui me démentira.
Une fois de plus, on retrouve des personnages hauts en couleurs, des gens ordinaires, du genre que l'on rencontre quotidiennement. Le scénario est bien ficelé et les personnages sont vraiment attachants. Le cadre rural où se déroule cette histoire est vraiment agréable et les protagonistes du récit ne manquent pas de caractère.
Au niveau du graphisme, rien à dire, le trait réaliste de Davodeau est toujours aussi convaincant.
A lire sans hésitation !
Nicolas Vadot et Olivier Guéret zigzaguent entre mondes extérieur et intérieur avec aisance et jeux de couleurs (pour permettre aux lecteurs de s’y retrouver). Nul doute que chez eux, l’Imaginaire ne se sent pas à l’étroit. Pour preuve, ils nous déversent des monceaux d’éléments, des pléiades de jeux de mots et une fourmilière de métaphores. Avec eux, exploration du cerveau rime avec déraison. On en redemande encore.
Sous de faux airs de bande dessinée enfantine, la série est riche d'éléments divers, orchestrés de mains de maîtres, réglés comme des mouvements d'horlogerie suisse. Une véritable analyse des sentiments humains est décortiquée sciemment par ces deux auteurs complémentaires. Analyse sociologique d'un côté, comportements politiques de l'autre, analyse des passions et des pulsions qui poussent des êtres, dans ce cas Simon Glonek, à agir d'une manière ou d'une autre. Pourquoi être heureux quand on a tout alors qu'on ne connaît pas le goût des autres ???
Si tout cela peut paraître bien sérieux, il n'en est rien; Troisième Degré oblige ! Le tout est bien parsemé de touches d'humour mais aussi de références diverses, musicales (Marc Lavoine, Daniel Balavoine, ...) comme cinématographiques (Heat).
Le graphisme a droit aussi à sa part de gâteau. Principalement au niveau de la construction qui passe très intelligemment du monde intérieur au monde extérieur. Le passage entre ces deux univers s'effectue avec une fluidité sans faille.
Bref, une belle série qu'on déguste avec plaisir et qui promet de belles perspectives d'avenir... à suivre donc avec plaisir !
La collection Aire Libre chez Dupuis possède quelques albums qui brillent au firmament des œuvres personnelles. « Quelques mois à l’Amélie » est de ces albums qui touchent à la corde sensible du lecteur. On suit les traces d’Aloys Clark et de Dorian dans un récit alternant flash-back et jeux de cache-cache, (re)découverte de soi et recherche de l’autre, … Aloys, romancier en mal d’inspiration voire en mal de vivre, trouvera sa muse en la personne de Dorian ; pas directement mais par l’entremise d’un livre dont il suivra le parcours à travers le sud-ouest de la France.
Ces 72 pages d’un récit très personnel de l’auteur de Luc Leroi (Casterman) se dévorent aussi bien pour le plaisir des yeux que pour celui des mots. La justesse du trait et des couleurs de Denis fait merveille et procure de véritables “moments”. La fluidité de son récit et la force de sa narration donnent même envie d’aller plus loin et de dévorer le roman qu’Aloys offrira à Marianne… Chose d’ailleurs possible car Denis s’est offert ce plaisir d’écrire le roman de son personnage (et de le faire publier). Quand la passion dépasse la fiction, J-C Denis donne à Dupuis un des plus beaux albums de son catalogue. Une réussite !
Cet album est signé Eric Liberge. Il est donc à priori prometteur au vu de ce que cet auteur a déjà produit avec Relayer (avec Gravé au dessin) ou surtout avec Monsieur Mardi Gras Descendres (en solo chez Pointe Noire et dont le tome 1 lui valut le Prix Goscinny 1999).
Si ce nouvel album est en couleur, il n'est pas pour autant si loin du traitement graphique de la sombre série précitée : dessin fin, précis et détaillé mais néanmoins nerveux, vif; découpage original en pleine(s) page(s) (pas toujours aisé à lire mais bon); ... L'apport des couleurs dans les mains de Liberge peut faire penser à première vue à la série Les Processionnaires par Séra et Saimbert chez Albin Michel. Mais, évidemment, Liberge dépasse le stade de la comparaison. Son style lui est propre et on ressent le dur labeur qui ressort de ses pages (voir également les croquis en fin d'album). Ce projet a d'ailleurs eu le temps de mûrir dans sa tête car il découle d'un voyage au Danemark chez Tante Marguerite en 1984... Où est le rapport ? A vous de voir en lisant l'intro de Liberge ! Vous comprendrez alors comment ont été bâties les fondations de ce prieuré le plus hanté d'Angleterre.
80 pages pour aller au-delà de l'horreur; c'est ce que fait Liberge. Il dépasse le surnaturel pour en expliquer la provenance. Rien de bien rationnel certes mais des liens de cause à effet, des sentiments et de l'émotion !
Le mot de la fin ? Vibrant !
Si certains ne connaissaient pas "Troubles fêtes", la plupart reconnaîtront quelques unes de ses images qui ont fait l'objet d'édition en cartes postales (disponibles dans de nombreuses librairies). Ceux-là auront désormais le plaisir de découvrir le texte de Rose Le Guirec qui les accompagne. Plutôt paillard, celui-ci a permis à Loisel de produire des dessins érotiques à faire rougir un Saint. Au menu, on assiste à un Centaure en rut, à des Feux de la Saint-Jean plutôt épicés et à la salacité d'une cérémonie au coeur de Venise.
Loisel s'en donne à coeur joie et nous enchante véritablement. Paru après la fin de la "Quête", l'album offre notamment à notre voyeurisme des créatures qui ne sont pas sans rappeler une certaine Pélisse (voir les 12 premières planches des Feux de la Saint-Jean). De quoi satisfaire de nombreux fantasmes !
Eric Omond est un auteur à l'inspiration fertile et à la production prolifique. Oh bien sûr se trouveront toujours certains pour dire qu'il n'est pas le seul et qu'il peut compter sur l'aide de ses comparses de "La Boîte qui fait Beuh !"... eh bien tant mieux car une telle production ne se dénigre pas Madame ! Ne citons pour exemple que des titres comme Toto l'ornithorynque (avec Yoann), Mort Linden (avec Marty) ou encore (et peut-être même surtout) le somptueux Le dérisoire (avec Supiot dans la Collection Carrément BD chez Glénat). Mais au fait, "la Boîte qui fait Beuh !", qu'est ce que c'est ? Tout simplement l'atelier angevin créé en 1996 par ces deux auteurs Eric Omond et Yoann Chivard ...
Mais revenons à "La voleuse du père fauteuil" qui vient enrichir la Collection Poisson Pilote chez Dargaud d'un nouveau titre de référence. Les deux comparses d'Angoulême s'y sente vraisemblablement très à l'aise. Ils signent un récit que l'on pourrait qualifier de romantique dans une atmosphère très vieille France vers 1900. Une jeune fille de bonne famille (du moins le pense-t-elle) va s'éprendre de l'ennemi public numéro 1, surnommé l'Homme mystère. De ce point de départ roucoulant va découler des intrigues et autres magouilles politiques et d'autres côtés plus surnaturels ou encore socialement satiriques.
Le graphisme, les couleurs (signée Hubert) et l'ambiance générale s'immergent parfaitement dans la Collection Poisson Pilote qui s'offre donc ainsi une nouvelle réussite.
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Passage Afghan
Depuis quelques années déjà, je suis presque quotidiennement les strips comiques et politiques de Ted Rall publiés aux USA et sur Internet. Je sais à quoi m'en tenir avec ce journaliste et humoriste : il est profondément anti-Bush, très cynique, très ironique et il dénonce en permanence l'utilisation du 11 Septembre par le gouvernement américain, la guerre en Afghanistan et bien sûr la guerre en Irak. Pour lui, Bush est un "Généralissimo" dont les deux seuls neurones sont nommés Guerre et Pétrole. N'étant pas loin de partager l'ensemble de ses idées, c'est toujours avec le sourire ou un vrai rire franc que je lis ses strips mordants. Même si, à chaque fois, je suis obligé de me dire qu'il simplifie peut-être un peu trop les choses, qu'une attaque aussi directe et brutale contre Bush manque peut-être de recul. Mais dans l'ensemble, sans aborder l'aspect de la justesse politique de son discours, on ne peut pas nier que Ted Rall aie vraiment de l'humour et le sens de l'ironie. Et puis de telles attaques flattent tellement l'esprit de l'opposant typique Français à Bush et à ses manipulations guerrières que je ne vais pas m'en priver. Passage Afghan, tel qu'il a été publié par La Boite à Bulles, est composé de deux livres en un, avec deux couvertures tête-bêche de chaque côté de l'album. D'un côté, une vraie BD en 48 pages racontant le reportage que Ted Rall a effectué en Afghanistan au début de la Guerre entre Alliance du Nord et Talibans, sous les bombardements des avions américains. De l'autre côté, Ted Rall revient sous la forme de textes, de photos et de strips comiques sur les mêmes évènements qu'il racontait en BD et y apporte une foule de données supplémentaires et d'explications. Le dessin de Ted Rall est dans une veine de strips comiques publiés quotidiennement dans les journaux américains : ce n'est pas un dessin techniquement maîtrisé, il se contente de faire dans l'efficace et le compréhensible. Sur un sujet similaire, on ne peut s'empêcher de comparer Passage Afghan à Le Photographe de Guibert puisque dans les deux cas on aborde, avec photos à l'appui, un reportage dans des conditions très difficiles en Afghanistan, même si plusieurs années séparent les deux récits. Eh bien, on peut affirmer sans crainte que Passage Afghan est nettement moins esthétiquement réussi que Le Photographe. Et pourtant, personnellement, et ça va faire bondir certains amateurs de Guibert, je préfère Passage Afghan à Le Photographe car en 48 pages, j'en ai appris bien plus et j'ai été nettement plus intéressé. Le récit est fort, intéressant et drôle à la fois. Ted Rall raconte avec franchise et une bonne dose d'ironie son petit périple en tant que journaliste occidental aux abords de la Guerre. Il nous montre avec acidité l'aspect ubuesque de cette guerre où du jour au lendemain les Talibans se transforment en membres de l'Alliance du nord et vice-versa, où les américains bombardent à peu près tout le monde, où les occidentaux rivalisent de médiocrité, où les Afghans passent leur temps à racketter les occidentaux. Mais il raconte aussi et surtout la guerre, avec son lot de morts de tout côtés, morts qui seront également nombreux aux côtés de Ted Rall, parmi les journalistes qui l'ont accompagné. Sans manichéisme, il est implacable avec tous les partis en présence, dénonçant aussi bien la politique Américaine et le comportement des occidentaux dans leur ensemble que le comportement des Afghans eux-mêmes. Il montre surtout que cette guerre n'est qu'un leurre car les Talibans et l'Alliance du Nord ne sont pas seulement proches les uns des autres : ce sont strictement les mêmes personnes, changeant de camp au gré des évènements. Et bien sûr, c'est une dénonciation de la manipulation de l'information par la presse occidentale puisqu'on nous annonce la libération de l'Afghanistan, le départ des Talibans, mais « la plus grande réussite des Etats-Unis en Afghanistan a consisté à remplacer le pire régime du monde par l’anarchie et le chaos, et d’augmenter sensiblement le mépris des musulmans envers des Américains qu’ils considéraient déjà comme de la racaille. Les femmes portent toujours la burqa, la charia la plus radicale est toujours en vigueur, la nuit appartient aux bandes armées. » Ce récit noir et pessimiste est raconté pourtant sur un ton humoristique, légèrement cynique. Mais la vérité dans cette guerre n'est-elle pas la plus belle des ironies ? Le seul reproche que je puisse faire à ce reportage, c'est son aspect très largement politisé et trop directement anti-Bush car certaines affirmations de Ted Rall peuvent peut-être prêter à un peu de reflexion. Mais dans l'ensemble, c'est une vraie bouffée d'informations, de vérité, le tout raconté avec intelligence et humour.
Nyx
Un style très nouveau, des couleurs qui pètent, un sens très chaotiques, des images fortes, vous l'avez compris je suis séduit. A un détail près, on sent quelques fois la tentation de la facilité scénaristique mais à la lecture du 2eme volume la sensation s'estompe un peu. Néanmoins 2 très beaux et riches albums in my collection.
La Voleuse du Père Fauteuil
J'aime beaucoup cette série pour le dessin de Yoann, notamment. Omond, le scénariste fait un pastiche des feuilletons populaires du XIXème siècle avec son lot de rebondissements surprenants. Il y a de vraies références au roman le mystérieux docteur Cornélius. De fait, le côté fantastique n'est pas absent du tout, avec les expériences de laboratoire. La lutte entre passéistes et modernistes est assez amusante. Une série que je conseille de découvrir, il semble qu'elle n'ait pas eu beaucoup de succès, ce qui est dommage.
Green Manor
Une série originale constituée de petites saynètes situées dans le milieu d'un club victorien anglais. Les thèmes du meurtre, de la vengeance, dans ses formes les plus perverses sont les plus souvent utilisés. Concernant les histoires, cela va du correct au très bon. La chute est toujours assez bien réussie. Une série que je conseille à ceux qui ne connaîtraient pas.
Le réflexe de survie
Je pense que l'on peut dire qu'Etienne Davodeau est passé maître dans l'art de créer des chroniques sociales. Les micro-univers, qu'il nous fait découvrir, sont souvent liés à l'émotion et à la pudeur et ce n'est pas Le Réflexe de Survie qui me démentira. Une fois de plus, on retrouve des personnages hauts en couleurs, des gens ordinaires, du genre que l'on rencontre quotidiennement. Le scénario est bien ficelé et les personnages sont vraiment attachants. Le cadre rural où se déroule cette histoire est vraiment agréable et les protagonistes du récit ne manquent pas de caractère. Au niveau du graphisme, rien à dire, le trait réaliste de Davodeau est toujours aussi convaincant. A lire sans hésitation !
Norbert l'imaginaire
Nicolas Vadot et Olivier Guéret zigzaguent entre mondes extérieur et intérieur avec aisance et jeux de couleurs (pour permettre aux lecteurs de s’y retrouver). Nul doute que chez eux, l’Imaginaire ne se sent pas à l’étroit. Pour preuve, ils nous déversent des monceaux d’éléments, des pléiades de jeux de mots et une fourmilière de métaphores. Avec eux, exploration du cerveau rime avec déraison. On en redemande encore. Sous de faux airs de bande dessinée enfantine, la série est riche d'éléments divers, orchestrés de mains de maîtres, réglés comme des mouvements d'horlogerie suisse. Une véritable analyse des sentiments humains est décortiquée sciemment par ces deux auteurs complémentaires. Analyse sociologique d'un côté, comportements politiques de l'autre, analyse des passions et des pulsions qui poussent des êtres, dans ce cas Simon Glonek, à agir d'une manière ou d'une autre. Pourquoi être heureux quand on a tout alors qu'on ne connaît pas le goût des autres ??? Si tout cela peut paraître bien sérieux, il n'en est rien; Troisième Degré oblige ! Le tout est bien parsemé de touches d'humour mais aussi de références diverses, musicales (Marc Lavoine, Daniel Balavoine, ...) comme cinématographiques (Heat). Le graphisme a droit aussi à sa part de gâteau. Principalement au niveau de la construction qui passe très intelligemment du monde intérieur au monde extérieur. Le passage entre ces deux univers s'effectue avec une fluidité sans faille. Bref, une belle série qu'on déguste avec plaisir et qui promet de belles perspectives d'avenir... à suivre donc avec plaisir !
Quelques Mois à l'Amélie
La collection Aire Libre chez Dupuis possède quelques albums qui brillent au firmament des œuvres personnelles. « Quelques mois à l’Amélie » est de ces albums qui touchent à la corde sensible du lecteur. On suit les traces d’Aloys Clark et de Dorian dans un récit alternant flash-back et jeux de cache-cache, (re)découverte de soi et recherche de l’autre, … Aloys, romancier en mal d’inspiration voire en mal de vivre, trouvera sa muse en la personne de Dorian ; pas directement mais par l’entremise d’un livre dont il suivra le parcours à travers le sud-ouest de la France. Ces 72 pages d’un récit très personnel de l’auteur de Luc Leroi (Casterman) se dévorent aussi bien pour le plaisir des yeux que pour celui des mots. La justesse du trait et des couleurs de Denis fait merveille et procure de véritables “moments”. La fluidité de son récit et la force de sa narration donnent même envie d’aller plus loin et de dévorer le roman qu’Aloys offrira à Marianne… Chose d’ailleurs possible car Denis s’est offert ce plaisir d’écrire le roman de son personnage (et de le faire publier). Quand la passion dépasse la fiction, J-C Denis donne à Dupuis un des plus beaux albums de son catalogue. Une réussite !
Tonnerre Rampant
Cet album est signé Eric Liberge. Il est donc à priori prometteur au vu de ce que cet auteur a déjà produit avec Relayer (avec Gravé au dessin) ou surtout avec Monsieur Mardi Gras Descendres (en solo chez Pointe Noire et dont le tome 1 lui valut le Prix Goscinny 1999). Si ce nouvel album est en couleur, il n'est pas pour autant si loin du traitement graphique de la sombre série précitée : dessin fin, précis et détaillé mais néanmoins nerveux, vif; découpage original en pleine(s) page(s) (pas toujours aisé à lire mais bon); ... L'apport des couleurs dans les mains de Liberge peut faire penser à première vue à la série Les Processionnaires par Séra et Saimbert chez Albin Michel. Mais, évidemment, Liberge dépasse le stade de la comparaison. Son style lui est propre et on ressent le dur labeur qui ressort de ses pages (voir également les croquis en fin d'album). Ce projet a d'ailleurs eu le temps de mûrir dans sa tête car il découle d'un voyage au Danemark chez Tante Marguerite en 1984... Où est le rapport ? A vous de voir en lisant l'intro de Liberge ! Vous comprendrez alors comment ont été bâties les fondations de ce prieuré le plus hanté d'Angleterre. 80 pages pour aller au-delà de l'horreur; c'est ce que fait Liberge. Il dépasse le surnaturel pour en expliquer la provenance. Rien de bien rationnel certes mais des liens de cause à effet, des sentiments et de l'émotion ! Le mot de la fin ? Vibrant !
Troubles fêtes
Si certains ne connaissaient pas "Troubles fêtes", la plupart reconnaîtront quelques unes de ses images qui ont fait l'objet d'édition en cartes postales (disponibles dans de nombreuses librairies). Ceux-là auront désormais le plaisir de découvrir le texte de Rose Le Guirec qui les accompagne. Plutôt paillard, celui-ci a permis à Loisel de produire des dessins érotiques à faire rougir un Saint. Au menu, on assiste à un Centaure en rut, à des Feux de la Saint-Jean plutôt épicés et à la salacité d'une cérémonie au coeur de Venise. Loisel s'en donne à coeur joie et nous enchante véritablement. Paru après la fin de la "Quête", l'album offre notamment à notre voyeurisme des créatures qui ne sont pas sans rappeler une certaine Pélisse (voir les 12 premières planches des Feux de la Saint-Jean). De quoi satisfaire de nombreux fantasmes !
La Voleuse du Père Fauteuil
Eric Omond est un auteur à l'inspiration fertile et à la production prolifique. Oh bien sûr se trouveront toujours certains pour dire qu'il n'est pas le seul et qu'il peut compter sur l'aide de ses comparses de "La Boîte qui fait Beuh !"... eh bien tant mieux car une telle production ne se dénigre pas Madame ! Ne citons pour exemple que des titres comme Toto l'ornithorynque (avec Yoann), Mort Linden (avec Marty) ou encore (et peut-être même surtout) le somptueux Le dérisoire (avec Supiot dans la Collection Carrément BD chez Glénat). Mais au fait, "la Boîte qui fait Beuh !", qu'est ce que c'est ? Tout simplement l'atelier angevin créé en 1996 par ces deux auteurs Eric Omond et Yoann Chivard ... Mais revenons à "La voleuse du père fauteuil" qui vient enrichir la Collection Poisson Pilote chez Dargaud d'un nouveau titre de référence. Les deux comparses d'Angoulême s'y sente vraisemblablement très à l'aise. Ils signent un récit que l'on pourrait qualifier de romantique dans une atmosphère très vieille France vers 1900. Une jeune fille de bonne famille (du moins le pense-t-elle) va s'éprendre de l'ennemi public numéro 1, surnommé l'Homme mystère. De ce point de départ roucoulant va découler des intrigues et autres magouilles politiques et d'autres côtés plus surnaturels ou encore socialement satiriques. Le graphisme, les couleurs (signée Hubert) et l'ambiance générale s'immergent parfaitement dans la Collection Poisson Pilote qui s'offre donc ainsi une nouvelle réussite.