Je suis partagé sur ma note, que j'aurais envie de mettre à 4* pour la prouesse d'arriver à nous faire comprendre le sac de nœuds incroyable que fut le putsch des généraux et l'arrivée au pouvoir de De Gaulle. Mais en même temps, après lecture je n'aurais pas envie de mettre plus que 3*, la proposition ne dépassant jamais ce cadre-là (notamment la fondation de la Vè république) et la BD ne me semblant pas suffisamment riche pour plusieurs relectures.
Le duo d'auteur fonctionne à merveille : Boucq et son fameux dessin si reconnaissable qui croque les têtes de chacun de façon parfaitement reconnaissable, et Junker toujours autant à l'aise dans la vulgarisation historique et l'explication simple de situation complexe. Les deux sont parfaitement accordés ensemble et le résultat est plaisant à lire, presque drôle et maitrisé dans son déroulé.
Si je dis que la BD est presque drôle, c'est que la situation est tendue tout du long, que l'on sent l'ensemble prêt de péter et qu'il n'y manque qu'une allumette, alors que les auteurs rajoutent des gags parfois bien trouvés qui parsèment l’œuvre. Sauf qu'en le lisant sans avoir d'infos préalables, je n'étais pas certain de s'il fallait rire parce que c'était un gag rajouté ou si c'était juste la situation qui était saugrenue. En lisant les notes finales, j'ai découvert que certaines situations invraisemblables étaient bien réelles. Cependant, ça manque de clarté quand vous ne connaissez pas l'histoire d'origine.
Pour le reste, le déroulé des jours se fait bien sentir. On a le poids de cette république qui ne peut résoudre ses crises profondes, le Général dont l'ombre plane sur tout le monde, les généraux qui ne savent que faire ni sur quel pied danser. Le tout avec une Algérie qui veut rester française, enfin pour partie, et sous certaines conditions. J'ai beaucoup apprécié que les auteurs fassent redescendre les protagonistes d'un piédestal de Général jusqu'au niveau de simple humain englué dans une merde noire et qui ne sait comment en sortir. De cette façon, je comprends mieux les différentes interactions qu'il y eut dans ces moments-là, et surtout la raison du retour de De Gaulle en sauveur providentiel.
Pour l'ensemble de la BD, je laisse tout de même à 4* mais je dois avouer que je ne la relirais sans doute pas. Ou alors dans très longtemps, mais je suis plus intéressé par une bibliographie à ce sujet.
J'ai été immédiatement séduit par le début de ce manga, mais j'ai commencé à éprouver de la frustration à partir des tomes 4-5 (version deluxe en 18 tomes). J'étais prêt à abandonner la lecture, irrité par ce qui me semblait être un mélange incohérent d'éléments disparates. Ne comprenant pas l'enthousiasme général pour cette série, j'ai décidé de lire et visionner quelques critiques sur YouTube. Tout le monde semblait l'adorer, alors j'ai décidé de lui donner une seconde chance. Et j'ai bien fait, car il figure désormais parmi mes mangas préférés.
Peut-être que le fait de tout lire d'une traite a aidé à maintenir l'intérêt initial, mais en fin de compte, les éléments que je reprochais au manga, comme l'introduction de vampires et de pouvoirs surnaturels qui semblaient gâcher l'originalité du début, se sont révélés bien intégrés dans l'histoire. Non seulement l'auteur ne s'est pas focalisé excessivement sur ces éléments, mais une fois que les explications ont été fournies, mon ressentiment a été remplacé par une appréciation renouvelée.
Il est évident que l'auteur a exploré de nombreuses idées, parfois au détriment de la cohérence. Il a même admis que certains chapitres, qui m'ont particulièrement dérangé, étaient initialement destinés à un autre manga. Cependant, malgré ces digressions, je trouve que l'œuvre dans son ensemble est une réussite, avec une conclusion particulièrement satisfaisante. J'adore la SF donc je ne peux que lui mettre 4 étoiles pour l'originalité et pour m'avoir surpris maintes fois.
Un des reproches majeurs que j'ai, c'est que certaines idées, tant au début qu'à la fin, auraient mérité d'être plus approfondies. C'est dommage car elles avaient un potentiel énorme. De plus, j'ai ressenti une frustration face à la mort de certains personnages, dont la disparition n'était parfois marquée que par quelques cases, voire pas du tout.
L'épée de la vie
-
Ce tome comprend une histoire complète indépendante de toute autre. Il contient les 6 épisodes, initialement parus en 2017, écrits par Donny Cates, dessinés et encrés par Geoff Shaw, et mis en couleurs par Jason Wordie. La quatrième de couverture comporte des commentaires flatteurs formulés par Michael Moreci, Phil Hester, Brian Michael Bendis, Mark Waid, Terry Dodson, Babs Tarr, Christopher Sabela et Tim Seeley. En fin de recueil se trouvent les couvertures alternatives réalisées par Gerardo Zaffino (dont une en hommage à Savage Dragon d'Erik Larsen, et une autre en hommage à Spawn de Todd McFarlane), Dylan Burnett, Ian Bederman et Nick Derington. le récit s'ouvre avec une citation de Cormac McCarthy, tirée de Méridien de sang.
L'histoire est racontée et commentée par une discrète voix désincarnée, comme s'il s'agissait d'une histoire de famille passée de génération en génération. Elle parle d'une époque reculée, de faits anciens s'étant déroulé au Texas. Au temps présent, Roy Quinlan arrive à avec sa femme Janey et sa jeune fille Deena, devant la maison de son père Emmett, au volant de son pickup. Ils en descendent et Roy Quinlan va discuter avec le shérif. Ce dernier lui explique que son père a été retrouvé errant au bord de la voie rapide, totalement désorienté. Il a frappé le policier venu l'aider, à la mâchoire et il a fallu le maîtriser. Il suggère à Roy que son père serait peut-être mieux en maison de repos, où un personnel soignant pourrait lui apporter l'aide nécessaire à une personne atteinte d'Alzheimer. Roy Quinlan s'insurge contre cette idée et pénètre dans la maison. Son père se lance dans une colère furieuse, ne reconnaissant personne, et exigeant de savoir qui ose s'introduire dans sa maison. Dehors la fillette prend peur et va se réfugier dans les bras de sa mère. le shérif les quitte.
Janey Quinlan indique à son mari Roy qu'elle souhaite retrouver une vie normale, sans avoir à s'occuper de la charge de son père malade. Elle prend sa fille Deena avec elle et elles montent dans le pickup pour retourner chez elle. Roy Quinlan reste seul pour s'occuper de son père. Alors qu'il rentre dans la maison, la pluie commence à tomber. Peu de temps après, un voyageur est attaqué par une meute de loups dans la ville voisine. Une tornade s'approche et manque de faire chavirer le pickup que conduit Janey Quinlan. La foudre s'abat sur la chambre où se repose Emmett Quinlan, la tornade fait des allumettes de la maison. Janey Quinlan est revenue avec sa fille pour qu'elles se mettent à l'abri de la tornade. Une silhouette spectrale enténébrée s'approche de Deena, mais elle est pulvérisée avant de l'atteindre par Emmett Quilan maniant une épée de 2 mètres de long.
À l'automne 2017, sortent coup sur coup 2 récits écrits par Donny Cates : celui-ci et Redneck, dessiné par Lisandro Estherren. Dans le même temps, il est embauché par Marvel sous contrat exclusif, pour écrire Doctor Strange. En regardant la couverture et même après avoir lu la quatrième de couverture, le lecteur ne sait pas trop à quoi s'attendre comme récit. Il remarque d'épisode en épisode que la distribution de personnages est assez restreinte : les quatre membres de la famille Quinlan, l'épée Valofax, et trois déités Aristus, dieu de la guerre, du sang et de l'honneur, Attüm, dieu du royaume de Toujours, et Balegrim. le récit repose sur le fait qu'Emmett Quinlan a reçu une épée qui est en fait la déesse de toutes les épées, et qu'elle est réclamée par la déité qui l'a forgée. Il est hors de question pour Emmett Quilan de rendre l'épée car Valofax lui a rendu l'intégrité de son esprit, débarrassé des effets de la maladie d'Alzheimer. Il s'en suit plusieurs affrontements épiques qui vont l'emmener jusque dans la dimension et le royaume d'Attüm. C'est donc un récit à la croisée du fantastique et du drame familial.
Geoff Shaw a déjà travaillé avec Donny Cates, pour Buzzkill et pour The Paybacks. le lecteur apprécie vite la conviction avec laquelle il représente les différents environnements. le premier épisode fait la part belle aux paysages de cette région désertique du Texas, et il peut y voir la flore caractéristique, ainsi que le relief, et même quelques représentants de la faune comme des lapins. Il peut laisser courir son regard à perte de vue, constater la faible densité de la végétation. Il bénéficie de plusieurs vues extérieures de la maison d'Emmett Quinlan, une construction en bois, un peu artisanale, ce que confirme le personnage dans une discussion, car elle a été construite par le grand-père de Roy. Plusieurs séquences se déroulent à l'intérieur de la maison, et là aussi le lecteur peut voir chaque planche de bois, chaque latte de parquet, ainsi que l'agencement simple des pièces. S'il ne peut pas se faire une idée générale du nombre de pièce et de leur disposition, il est convaincu de leur authenticité chaque fois qu'il y pénètre. À proximité de la maison se trouve une éolienne pour fournir de l'énergie, et la clôture de piquets typique.
Cette histoire est l'occasion de plusieurs affrontements destructeurs du fait de l'emploi de l'épée Valofax, et de la nature divine de l'ennemi d'Emmett Quinlan. Geoff Shaw impressionne par sa capacité à utiliser ces grands espaces pour donner de la latitude d'évolution aux personnages : grands moulinets avec l'épée, ampleur de la destruction causée par les coups portées, sans perdre l'échelle de taille donnée par les éléments du paysage. Les dimensions de Balegrim, puis d'Attüm ne présentent pas beaucoup de caractéristiques visuelles, mais suffisamment pour ne pas se réduire à une scène de théâtre sans décor. Les déités se présentent sous une forme anthropomorphe avec une haute stature élancée et une armure antique. Les êtres humains normaux adoptent des postures naturelles, et effectuent des mouvements normaux, cohérents avec la situation, posés quand il s'agit d'une discussion banale, rapides dans les situations de danger. Shaw sait faire exprimer des émotions nuancées par le biais des visages. le lecteur apprécie en particulier le langage corporel de la fillette Deena, cohérent avec son âge. Il ajoute des zones de petits points pour souligner le relief des visages, leur donnant également un air un peu plus grave. le coloriste Jason Wordie effectue un bon travail, accentuant le relief des surfaces par le biais d'un jeu sur les nuances d'une teinte. Il apporte des textures à différents types de surface, par exemple pour le bois. Il aide à faire ressortir les surfaces les unes par rapport aux autres, et il sait utiliser les effets spéciaux avec pertinence, sans écraser les traits encrés.
Les pages de Geoff Shaw & Jason Wordie permettent au lecteur de se projeter dans cette région un peu isolée du Texas, de ressentir le calme de cette zone, de visiter la maison d'Emmett Quinlan, et de se sentir le jouet des forces déchaînées pendant les affrontements titanesques. Donny Cates raconte une histoire assez originale. Il est donc question d'un dieu ayant forgé une épée personnification divine de toutes les épées, et, à ce titre, dotée d'une conscience capable de communiquer avec les personnages. le lecteur ne pense pas forcément à Stormbringer, l'épée d'Elric de Melniboné (personnage de fiction créé par Michael Moorcock) car elle n'apporte pas le même destin funeste et elle n'absorbe pas les âmes. À une ou deux reprises, il voit bien que le scénariste s'en sert comme artifice narratif bien pratique pour modifier l'issue d'un affrontement ou d'une discussion. le scénariste ajoute une touche sinistre à l'épée avec la manière dont elle a été forgée. Même si elle parle, Valofax n'est pas vraiment un personnage à part entière. L'enjeu du récit repose à la fois sur le destin de ce panthéon et sur l'intérêt personnel d'Emmett Quinlan. La voix qui commente les événements se vite assez rare. Elle apporte une touche de destin puisque les événements se sont déjà produits, et quelques commentaires sur la personnalité d'Emmett, mais sans insister comme un narrateur omniscient peut le faire parfois.
Plus qu'un récit fantastique, il s'agit d'un drame très humain. Emmett Quinlan voit en l'épée le moyen de retrouver sa dignité, de recouvrer ses capacités physiques et mentales dont la maladie d'Alzheimer l'a privées. Cela constitue une motivation très parlante pour le lecteur. le prix à payer pour Emmett Quinlan est de tout détruire sur son passage, de porter le combat jusque chez l'adversaire quitte à ne pas en revenir. de la même manière que la maladie le condamne à une déchéance physique et intellectuelle, la possession de l'épée le contraint à se battre pour la conserver, et pour protéger ses proches, pour éviter qu'ils ne rejoignent le rang des dommages collatéraux. Dans le même temps, le lecteur peut y voir la métaphore de la lutte contre la maladie. le lecteur peut également apprécier l'ironie du récit qui inverse les rôles, faisant du père âgé le héros d'action, alors que le fils doit se retrouve dans une position intenable, à rester pour protéger sa famille alors même qu'il n'en a pas les capacités physiques.
Donny Cates et Geoff Shaw racontent une histoire beaucoup plus personnelle que ne le laisse supposer la couverture, et le genre dans lequel elle s'inscrit. Sous des dehors de combats physiques contre des dieux peu cléments, le récit évoque la vieillesse, la maladie, la difficulté pour une famille de rester unie, en regardant la vie comme une lutte sans cesse recommencée.
Un tout plus grand que la somme de ses parties
-
Ce tome contient une histoire complète indépendante de toute autre. Il contient les quatre épisodes de la minisérie, initialement parus en 2015/2016, écrits par Mark Waid, dessinés et peints en couleur directe par J.G. (Jeffrey Glenn) Jones. le tome commence avec une introduction de deux pages rédigée par Elvis Mitchell, un critique spécialisé dans les films. le tome se termine avec les couvertures réalisées par JG Jones, et les couvertures variantes réalisées par Toby Cypress, Cully Hamner, ainsi qu'une demi-douzaine de pages d'études graphiques préparatoires.
L'action se déroule dans la ville rurale de Chaterlee, dans le Mississippi, pendant la grande crue de 1927. Un groupe de citoyens mâles et blancs (chacun portant un bâton) se rend au café pour les gens de couleurs. Beau, le chien de James s'éloigne en courant du pick-up qui vient de les amener. Comme son père lui a demandé de ne pas les suivre dans le bar, James décide de suivre son chien pour le récupérer. La veille, monsieur Watson a accueilli l'ingénieur Fonder McCoy (un afro-américain) dépêché par le gouvernement à Washington, pour les aider dans la gestion de crise de la digue qui menace de céder avec la crue. Il suggère d'évacuer la zone, ou de rétablir un canal de dérivation qui existait précédemment. Watson effectue une remarque foncièrement raciste sur les noirs éduqués. Alors que les hommes pénètrent dans le bar, l'un d'entre eux remarque la présence de Sonny, recherché pour un délit mineur. Watson essaye de calmer la situation en indiquant qu'avant tout, ils ont besoin de main d'œuvre pour renforcer la digue de terre.
Dans le même temps, un vaisseau venu de l'espace s'écrase non loin de là. Les hommes (blancs, comme noirs) se précipitent pour obturer la brèche causée par ce petit vaisseau. James court toujours après son chien Beau. Sonny va se réfugier dans la propriété de la veuve Sarah Lantry. Peu de temps après un groupe de cinq membres du Ku Klux Klan en robe et cagoule vient se présenter à sa porte. Assisté par le sénateur Jim Bond qui est présent, elle leur explique qu'ils n'ont rien à faire là et qu'ils peuvent rentrer chez eux. Sonny en profite pour prendre la poudre d'escampette par la porte de derrière. Dans sa fuite, il fonce droit sur une haute silhouette, un individu à la peau noire, nu comme un ver qui se tient au milieu de sa route. Les hommes du Klan ne sont pas loin derrière.
Un extraterrestre arrive sur Terre et il dispose d'une grande force qu'il met au service des humains pour les sauver, pas de doute c'est le schéma du récit de Superman. le lecteur découvre donc une variation sur cette trame narrative, avec une fin peu surprenante, et une utilisation de superpouvoir limitée à une grande force physique. Pourtant cette histoire sort des sentiers battus dès la couverture grâce aux dessins de JG Jones. Il serait d'ailleurs plus pertinent de parler de peintures. En effet l'artiste n'utilise pas de traits encrés pour délimiter les formes, ce sont les couleurs qui délimitent chaque forme et chaque information visuelle. D'un côté cela confère une sorte de patine à ce qui est représenté, comme une évocation d'un âge révolu ; de l'autre côté Jones ne s'économise pas pour autant sur les détails. Avec une forme de sublimation évoquant la technique de Norman Rockwell, l'artiste montre des personnages qui incarnent une Amérique presque mythique, et archétypale. Les hommes de la ville sont vêtus de costumes, évoquant une époque où les tenues vestimentaires restaient très formelles. Les hommes en train d'effectuer un travail physique (comme pelleter pour renforcer la digue) portent de grosses chaussures, un pantalon maintenu par des bretelles et une chemise en gros tissu. Les femmes sont en jupe et en chemisier assez stricts, sans extravagance vestimentaire. Johnson (l'extraterrestre) finit par se vêtir d'une salopette en jean.
Tout du long du récit, le lecteur apprécie la qualité de la reconstitution historique réalisée par JG Jones dans les tenues vestimentaires, mais aussi les voitures et les véhicules utilitaires, les différents accessoires visibles dans les maisons, ou dans les bureaux, comme les grosses chaises en bois et à roulette dans la salle de rédaction du journal. L'artiste joue également sur les couleurs pour donner cette patine aux pages, avec des teintes délavées (par la pluie) et tirant parfois sur le sépia. Il dessine de manière photoréaliste, avec une utilisation régulière de la contreplongée pour insuffler une forme de respect vis-à-vis de ces individus en train de se démener pour sauver leur ville, ou de ce noir à la très grande stature. À plusieurs reprises, le lecteur peut juger de la qualité de la narration visuelle, dans une page ou deux sans parole. Il observe un jeu d'acteur naturel et des expressions de visage permettant de ressentir l'état d'esprit des personnages. L'artiste a peaufiné des pages superbes du début jusqu'à la fin, sans que son implication ne faiblisse au fur et à mesure. Cette forme suscite immédiatement le respect du lecteur pour la qualité picturale, et sous-entend qu'une telle forme ne peut s'utiliser que pour un récit qui en vaut le coup.
En 1927, dans le Mississippi, la condition d'afro-américaine n'était pas enviable, et Mark Waid ne fait pas semblant. Dès les premières pages, il montre comment les afro-américains constituent une classe sociale inférieure, avec un statut de seconde classe. le lecteur constate que le scénariste n'hésite pas à utiliser une belle collection d'insultes raciales, absolument inadmissibles de nos jours, et ordinaires à l'époque. Dès le début, il comprend qu'il s'agit d'une histoire qui doit se lire comme une fable et une métaphore sur la condition sociale des afro-américains à l'époque, dans cette région du globe. Il ne peut que s'incliner devant le courage de l'auteur qui est blanc et qui prend le risque d'évoquer la condition noire. En effet, aux États-Unis, ce n'est pas seulement un sujet sensible, mais aussi un sujet polémique. La communauté afro-américaine revendique son statut de peuple opprimé par les blancs dans l'Histoires de cette nation, et elle refuse que les blancs s'expriment à sa place. Ayant conscience de cette prise de risque, Mark Waid sait qu'il joue quitte ou double, et que cela n'a pas de sens d'opter pour une écriture tiède. Tant qu'à faire, l'extraterrestre arrive nu comme un ver sur Terre. La première conséquence en est que Sonny écarquille grand les yeux en voyant son appareil génital et le nomme à partir d'une expression argotique pour désigner cette partie de l'anatomie. La deuxième conséquence est qu'il prend la première chose qui lui tombe sous la main pour redevenir décent : un drapeau confédéré. Voilà, c'est fait ! La provocation est affichée et elle peut conduire le lecteur à intégrer que les auteurs veulent parler sans fard, ni hypocrisie.
Le lecteur a donc compris qu'il ne doit pas s'attendre à une psychologie très poussée pour Johnson l'extraterrestre qui va servir de catalyseur, mais aussi de point de cristallisation pour les tensions entre les 2 communautés. Mark Waid joue donc lui aussi le jeu de la reconstitution, à la fois avec l'événement historique des crues, avec le vocabulaire, mais aussi avec le Ku Klux Klan, et la misogynie (quand le sénateur colle une main aux fesses d'une secrétaire de manière naturelle). Les autres personnages du récit disposent d'un peu plus d'épaisseur pour certains, leur permettant de dépasser le stade d'artifice narratif. Par contre, d'autres ne sont pas loin de la caricature, comme Pickens, le meneur de cette cellule du Ku Klux Klan. Mark Waid ne pouvait pas non plus tout développer dans un récit assez court, de seulement 4 épisodes. L'intrigue se déroule sur fond de montée des eaux qui nécessite à la fois une solution pour soulager la pression qui s'exerce sur la digue, et à la fois une main d'œuvre suffisante pour la mettre en œuvre. Elle met en scène les différentes phases relationnelles entre blancs et noirs, de nombreuses manières.
En lieu et place d'un récit binaire, Mark Waid et JG Jones font apparaître les différents paramètres qui rendent la situation complexe. Parfois le lecteur peut éprouver l'impression que le scénariste a fait tout son possible pour ajouter à cette complexité. Par exemple, il a joué un fuyard afro-américain, un enfant en danger de mort du fait de la crue, et ce n'est pas un hasard si l'ingénieur envoyé par Washington est lui-même un afro-américain. Mais il ne se sert pas de ses éléments pour verser dans la caricature, plutôt pour éviter de tomber dans le simplisme ou l'angélisme. En 4 épisodes, il n'a pas le temps de se lancer dans une étude sociologique approfondie, encore moins économique ou politique. Il montre sans ambages la situation d'apartheid (dans les faits, si ce n'est dans la législation) régnant à l'époque. Il met en scène le conflit entre l'intérêt de la communauté et le fait que cette ségrégation constitue un obstacle (et même plusieurs) pour pouvoir travailler ensemble, y compris pour œuvrer à la préservation des biens et des vies des blancs. S'il est parfois obligé de faire court et un peu réducteur, il prend soin de montrer les différentes composantes qui complexifie la situation, que ce soit Sonny en agitateur politique refusant de continuer à supporter cette exploitation inique, ou que ce soit la veuve Lantry refusant de sacrifier sa propriété pour l'intérêt commun. Au fil des séquences, le lecteur comprend que Mark Waid & JG Jones ne se contentent pas de dire que la ségrégation est mal, ce qui relève d'une évidence et ne demande pas beaucoup de courage. Au travers des différentes situations et des différentes péripéties, ils mettent en lumière comment cette ségrégation et ce racisme s'exercent aux dépens d'une catégorie de la population mais aussi comment ce mécanisme est contre-productif pour l'ensemble de la communauté, autant pour les opprimés que pour les blancs. En procédant ainsi, ils dépassent la platitude des évidences, ils contournent l'écueil des sentiments personnels et ils mettent à nu l'intérêt et l'efficacité de la solidarité.
En découvrant cette bande dessinée, le lecteur se dit que les auteurs Mark Waid & JG Jones n'ont pas choisi la facilité en parlant de la condition des afro-américains, alors qu'ils sont blancs. de manière paradoxale, il se dit dans le même temps qu'ils ont choisi la facilité en transposant le personnage de Superman dans un afro-américain, et en choisissant d'inscrire leur récit dans le genre catastrophique pour le nourrir avec des scènes d'action. Il apprécie immédiatement les dessins à la fois réalistes et esthétiques montrant une Amérique rurale historique, mais aussi enjolivées. Il apprécie le divertissement que génère un récit catastrophe et des personnages plus dans l'action que dans la réflexion. Au fur et à mesure des scènes, il mesure l'intelligence de la trame du récit qui permet d'évoquer la condition des afro-américains, mais aussi la crétinerie d'une telle relation entre deux parties d'une même communauté. Avec un nombre de pages limités et donc un format très contraint, ils réalisent à la fois une reconstitution historique consistante, une fable philosophique, et une réflexion sur une dimension du fonctionnement d'une société, qui dépasse les lieux communs.
Flippant ! Et frappant. Un type qui fait froid dans le dos ce Gein. Un gros détraqué. Je ne connaissais pas cette histoire, et ne savais pas qu’elle était à l‘origine du roman et du film « Psychose » - entre autres.
L’album reprend toutes les informations disponibles, les auteurs se sont bien documentés. Mais il n’est jamais lourd ou rébarbatif, au contraire, la lecture est fluide, y compris lorsque les détails malsains s’accumulent.
La bonne idée est de commencer par la jeunesse et la genèse du « monstre », et surtout de longuement insister sur la mère, monstre froid, castratrice, d’une rigidité et d’un manque d’empathie total : là se trouve l’explication au cas Ed Gein. La suite est alors très claire.
La forme et le fond de ce documentaire sont vraiment bien fichus, le dessin est très lisible, la mise en pages aérée : sur les tréfonds de l’âme humaine, c’est une lecture recommandable.
Voila une BD carrément réussie sur laquelle je suis tombé parfaitement par hasard, dans les bacs de la bibliothèque. Et franchement, je ne regrette pas un seul instant ma lecture que j'ai essayé de faire durer pour ne pas tout avaler en un coup !
C'est une histoire d'amour (on ne se refait pas :D) mais je ne peux même pas dire que c'est une histoire de polyamour ou une représentation de ce que vivent les gens en couple polyamoureux (et l'autrice s'en défend dans la note de fin !). L'histoire est celle de deux personnes se rencontrant, attirées l'une par l'autre et qui commencent une relation. Le reste ... est à lire, tout simplement. Je dirais juste que la BD contient en essence beaucoup de choses intéressantes par petites touches. Tout tourne autour de l'histoire principale mais il y a beaucoup de détails intéressants (et importants) sur l'appartenance ethnique, sur la question du racisme, la sexualité bien sur, le couple et le bonheur. Plein de petits détails qui ne sont jamais vraiment développés mais qui sont des morceaux intéressants de vie, des petites touches qui apportent beaucoup aux personnages et immergent dans le récit.
Parce qu'il faut dire que c'est pas gagné d'avance pour faire un récit qui convienne à tous ! On parle de jeunes parisiens dans la vingtaine, plutôt bien intégré dans leur vie professionnelle, qui vivent en couple polyamoureux. C'est pas commun et beaucoup pourraient se retrouver vite distanciée de leur vie. Mais les autrices ont construit le récit de façon à les rendre attachants et touchants, à travers leurs discussions et leurs vies, leurs doutes, leurs envies. C'est bien mené jusqu'au bout et j'ai accroché jusqu'à la dernière page, pleine de silences mais très belle.
Le récit est aussi menée d'une main de maitre par la dessinatrice, que je découvre totalement, et qui apporte une vraie lumière à ce propos. Les personnages, les ambiances, les silences, tout est fait pour mettre en avant les relations humaines et je trouve que les planches silencieuses sont tout aussi intéressantes que celles dialoguées.
Une BD qui invite à penser nos modes de vies sur le couple et l'amour, mais invite aussi largement à plus de diversité dans nos vies, et pas que sexuelles. Le genre de BD sur laquelle je suis ravi de tomber !
Je ne connais pas Rachel Rising, dont l'héroïne est issue, mais ça n'est pas grave, l'intrigue de cet album se laisse lire sans problème. c'est un récit rythmé, dans lequel une tueuse en série au départ énigmatique accumule les meurtres quasi sadiques, puis est prise en chasse par une gamine, aux méthodes elles-aussi "spéciales". Encore que, gamine, elle semble être plus âgée (mais cet aspect n'est ici pas développé).
C'est du polar un peu gore, qui ne s'embarrasse pas de fioritures. Mais la lecture est agréable. Il y a certes quelques petites facilités (l'emploi du temps de la meurtrière - même si un rebondissement final, qui fait d'ailleurs un peu pirouette facile, semble expliquer sa capacité à dédoubler cet emploi du temps; mais aussi certaines actions de la "gamine"), mais c'est globalement bien fichu, on ne s'ennuie jamais.
le dessin est classique et très lisible, fluide et agréable.
Un bon thriller.
Note réelle 3,5/5.
Iznogoud est une série que j'ai découverte il y a longtemps, et elle m'a toujours divertie. Les aventures loufoques du grand vizir Iznogoud, qui rêve de devenir calife à la place du calife, sont pleines de jeux de mots et de situations absurdes. J'apprécie particulièrement le dessin de Tabary, qui capture parfaitement l'univers des Mille et une nuits.
Certes, le comique de répétition est présent, mais cela ne m'a jamais lassé. Les tentatives d'Iznogoud pour évincer le calife se soldent toujours par des échecs, mais c'est justement cette répétition qui rend la série drôle. J'ai souvent souri devant les trouvailles de Goscinny et les expressions loufoques des personnages.
Je recommande de savourer Iznogoud par petits bouts. Les histoires courtes d'une page sont idéales pour une lecture rapide et amusante. C'est une BD qui me rappelle mon enfance et que je relis avec plaisir de temps en temps.
En somme, Iznogoud est une bande dessinée qui sait me faire rire et qui reste un incontournable dans le domaine de l'humour.
J'ai lu la bande dessinée "La Croisière des Oubliés" du duo Christin-Bilal. Mon avis est mitigé. D'un côté, j'ai apprécié l'originalité du propos fantastique et la poésie qui se dégage de l'histoire. D'un autre côté, le dessin de Bilal à ses débuts est peu attrayant, et le message politique est parfois trop appuyé. Malgré ces défauts, l'engagement des auteurs pour l'écologie et l'antimilitarisme reste pertinent.
En lisant cette BD, j'ai été transporté dans un petit village breton menacé par des promoteurs immobiliers. L'histoire fantastique mêle écologie, nostalgie et lutte contre l'avidité. Les personnages, bien que parfois stéréotypés, m'ont touché. Le dessin de Bilal, même s'il n'est pas encore au sommet de son art, crée une ambiance glauque et poétique. J'ai aimé cette fable sociale, même si elle peut sembler naïve. Une lecture engagée qui résonne encore aujourd'hui.
En France, les livres sont au même prix partout. C'est la loi !
Avec BDfugue, vous payez donc le même prix qu'avec les géants de la vente en ligne mais pour un meilleur service :
des promotions et des goodies en permanence
des réceptions en super état grâce à des cartons super robustes
une équipe joignable en cas de besoin
2. C'est plus avantageux pour nous
Si BDthèque est gratuit, il a un coût.
Pour financer le service et le faire évoluer, nous dépendons notamment des achats que vous effectuez depuis le site. En effet, à chaque fois que vous commencez vos achats depuis BDthèque, nous touchons une commission. Or, BDfugue est plus généreux que les géants de la vente en ligne !
3. C'est plus avantageux pour votre communauté
En choisissant BDfugue plutôt que de grandes plateformes de vente en ligne, vous faites la promotion du commerce local, spécialisé, éthique et indépendant.
Meilleur pour les emplois, meilleur pour les impôts, la librairie indépendante promeut l'émergence des nouvelles séries et donc nos futurs coups de cœur.
Chaque commande effectuée génère aussi un don à l'association Enfance & Partage qui défend et protège les enfants maltraités. Plus d'informations sur bdfugue.com
Pourquoi Cultura ?
Indépendante depuis sa création en 1998, Cultura se donne pour mission de faire vivre et aimer la culture.
La création de Cultura repose sur une vision de la culture, accessible et contributive. Nous avons ainsi considéré depuis toujours notre responsabilité sociétale, et par conviction, développé les pratiques durables et sociales. C’est maintenant au sein de notre stratégie de création de valeur et en accord avec les Objectifs de Développement Durable que nous déployons nos actions. Nous traitons avec lucidité l’impact de nos activités, avec une vision de long terme. Mais agir en responsabilité implique d’aller bien plus loin, en contribuant positivement à trois grands enjeux de développement durable.
Nos enjeux environnementaux
Nous sommes résolument engagés dans la réduction de notre empreinte carbone, pour prendre notre part dans la lutte contre le réchauffement climatique et la préservation de la planète.
Nos enjeux culturels et sociétaux
La mission de Cultura est de faire vivre et aimer la culture. Pour cela, nous souhaitons stimuler la diversité des pratiques culturelles, sources d’éveil et d’émancipation.
Nos enjeux sociaux
Nous accordons une attention particulière au bien-être de nos collaborateurs à la diversité, l’inclusion et l’égalité des chances, mais aussi à leur épanouissement, en encourageant l’expression des talents artistiques.
Votre vote
Un général, des généraux
Je suis partagé sur ma note, que j'aurais envie de mettre à 4* pour la prouesse d'arriver à nous faire comprendre le sac de nœuds incroyable que fut le putsch des généraux et l'arrivée au pouvoir de De Gaulle. Mais en même temps, après lecture je n'aurais pas envie de mettre plus que 3*, la proposition ne dépassant jamais ce cadre-là (notamment la fondation de la Vè république) et la BD ne me semblant pas suffisamment riche pour plusieurs relectures. Le duo d'auteur fonctionne à merveille : Boucq et son fameux dessin si reconnaissable qui croque les têtes de chacun de façon parfaitement reconnaissable, et Junker toujours autant à l'aise dans la vulgarisation historique et l'explication simple de situation complexe. Les deux sont parfaitement accordés ensemble et le résultat est plaisant à lire, presque drôle et maitrisé dans son déroulé. Si je dis que la BD est presque drôle, c'est que la situation est tendue tout du long, que l'on sent l'ensemble prêt de péter et qu'il n'y manque qu'une allumette, alors que les auteurs rajoutent des gags parfois bien trouvés qui parsèment l’œuvre. Sauf qu'en le lisant sans avoir d'infos préalables, je n'étais pas certain de s'il fallait rire parce que c'était un gag rajouté ou si c'était juste la situation qui était saugrenue. En lisant les notes finales, j'ai découvert que certaines situations invraisemblables étaient bien réelles. Cependant, ça manque de clarté quand vous ne connaissez pas l'histoire d'origine. Pour le reste, le déroulé des jours se fait bien sentir. On a le poids de cette république qui ne peut résoudre ses crises profondes, le Général dont l'ombre plane sur tout le monde, les généraux qui ne savent que faire ni sur quel pied danser. Le tout avec une Algérie qui veut rester française, enfin pour partie, et sous certaines conditions. J'ai beaucoup apprécié que les auteurs fassent redescendre les protagonistes d'un piédestal de Général jusqu'au niveau de simple humain englué dans une merde noire et qui ne sait comment en sortir. De cette façon, je comprends mieux les différentes interactions qu'il y eut dans ces moments-là, et surtout la raison du retour de De Gaulle en sauveur providentiel. Pour l'ensemble de la BD, je laisse tout de même à 4* mais je dois avouer que je ne la relirais sans doute pas. Ou alors dans très longtemps, mais je suis plus intéressé par une bibliographie à ce sujet.
Gantz
J'ai été immédiatement séduit par le début de ce manga, mais j'ai commencé à éprouver de la frustration à partir des tomes 4-5 (version deluxe en 18 tomes). J'étais prêt à abandonner la lecture, irrité par ce qui me semblait être un mélange incohérent d'éléments disparates. Ne comprenant pas l'enthousiasme général pour cette série, j'ai décidé de lire et visionner quelques critiques sur YouTube. Tout le monde semblait l'adorer, alors j'ai décidé de lui donner une seconde chance. Et j'ai bien fait, car il figure désormais parmi mes mangas préférés. Peut-être que le fait de tout lire d'une traite a aidé à maintenir l'intérêt initial, mais en fin de compte, les éléments que je reprochais au manga, comme l'introduction de vampires et de pouvoirs surnaturels qui semblaient gâcher l'originalité du début, se sont révélés bien intégrés dans l'histoire. Non seulement l'auteur ne s'est pas focalisé excessivement sur ces éléments, mais une fois que les explications ont été fournies, mon ressentiment a été remplacé par une appréciation renouvelée. Il est évident que l'auteur a exploré de nombreuses idées, parfois au détriment de la cohérence. Il a même admis que certains chapitres, qui m'ont particulièrement dérangé, étaient initialement destinés à un autre manga. Cependant, malgré ces digressions, je trouve que l'œuvre dans son ensemble est une réussite, avec une conclusion particulièrement satisfaisante. J'adore la SF donc je ne peux que lui mettre 4 étoiles pour l'originalité et pour m'avoir surpris maintes fois. Un des reproches majeurs que j'ai, c'est que certaines idées, tant au début qu'à la fin, auraient mérité d'être plus approfondies. C'est dommage car elles avaient un potentiel énorme. De plus, j'ai ressenti une frustration face à la mort de certains personnages, dont la disparition n'était parfois marquée que par quelques cases, voire pas du tout.
God Country
L'épée de la vie - Ce tome comprend une histoire complète indépendante de toute autre. Il contient les 6 épisodes, initialement parus en 2017, écrits par Donny Cates, dessinés et encrés par Geoff Shaw, et mis en couleurs par Jason Wordie. La quatrième de couverture comporte des commentaires flatteurs formulés par Michael Moreci, Phil Hester, Brian Michael Bendis, Mark Waid, Terry Dodson, Babs Tarr, Christopher Sabela et Tim Seeley. En fin de recueil se trouvent les couvertures alternatives réalisées par Gerardo Zaffino (dont une en hommage à Savage Dragon d'Erik Larsen, et une autre en hommage à Spawn de Todd McFarlane), Dylan Burnett, Ian Bederman et Nick Derington. le récit s'ouvre avec une citation de Cormac McCarthy, tirée de Méridien de sang. L'histoire est racontée et commentée par une discrète voix désincarnée, comme s'il s'agissait d'une histoire de famille passée de génération en génération. Elle parle d'une époque reculée, de faits anciens s'étant déroulé au Texas. Au temps présent, Roy Quinlan arrive à avec sa femme Janey et sa jeune fille Deena, devant la maison de son père Emmett, au volant de son pickup. Ils en descendent et Roy Quinlan va discuter avec le shérif. Ce dernier lui explique que son père a été retrouvé errant au bord de la voie rapide, totalement désorienté. Il a frappé le policier venu l'aider, à la mâchoire et il a fallu le maîtriser. Il suggère à Roy que son père serait peut-être mieux en maison de repos, où un personnel soignant pourrait lui apporter l'aide nécessaire à une personne atteinte d'Alzheimer. Roy Quinlan s'insurge contre cette idée et pénètre dans la maison. Son père se lance dans une colère furieuse, ne reconnaissant personne, et exigeant de savoir qui ose s'introduire dans sa maison. Dehors la fillette prend peur et va se réfugier dans les bras de sa mère. le shérif les quitte. Janey Quinlan indique à son mari Roy qu'elle souhaite retrouver une vie normale, sans avoir à s'occuper de la charge de son père malade. Elle prend sa fille Deena avec elle et elles montent dans le pickup pour retourner chez elle. Roy Quinlan reste seul pour s'occuper de son père. Alors qu'il rentre dans la maison, la pluie commence à tomber. Peu de temps après, un voyageur est attaqué par une meute de loups dans la ville voisine. Une tornade s'approche et manque de faire chavirer le pickup que conduit Janey Quinlan. La foudre s'abat sur la chambre où se repose Emmett Quinlan, la tornade fait des allumettes de la maison. Janey Quinlan est revenue avec sa fille pour qu'elles se mettent à l'abri de la tornade. Une silhouette spectrale enténébrée s'approche de Deena, mais elle est pulvérisée avant de l'atteindre par Emmett Quilan maniant une épée de 2 mètres de long. À l'automne 2017, sortent coup sur coup 2 récits écrits par Donny Cates : celui-ci et Redneck, dessiné par Lisandro Estherren. Dans le même temps, il est embauché par Marvel sous contrat exclusif, pour écrire Doctor Strange. En regardant la couverture et même après avoir lu la quatrième de couverture, le lecteur ne sait pas trop à quoi s'attendre comme récit. Il remarque d'épisode en épisode que la distribution de personnages est assez restreinte : les quatre membres de la famille Quinlan, l'épée Valofax, et trois déités Aristus, dieu de la guerre, du sang et de l'honneur, Attüm, dieu du royaume de Toujours, et Balegrim. le récit repose sur le fait qu'Emmett Quinlan a reçu une épée qui est en fait la déesse de toutes les épées, et qu'elle est réclamée par la déité qui l'a forgée. Il est hors de question pour Emmett Quilan de rendre l'épée car Valofax lui a rendu l'intégrité de son esprit, débarrassé des effets de la maladie d'Alzheimer. Il s'en suit plusieurs affrontements épiques qui vont l'emmener jusque dans la dimension et le royaume d'Attüm. C'est donc un récit à la croisée du fantastique et du drame familial. Geoff Shaw a déjà travaillé avec Donny Cates, pour Buzzkill et pour The Paybacks. le lecteur apprécie vite la conviction avec laquelle il représente les différents environnements. le premier épisode fait la part belle aux paysages de cette région désertique du Texas, et il peut y voir la flore caractéristique, ainsi que le relief, et même quelques représentants de la faune comme des lapins. Il peut laisser courir son regard à perte de vue, constater la faible densité de la végétation. Il bénéficie de plusieurs vues extérieures de la maison d'Emmett Quinlan, une construction en bois, un peu artisanale, ce que confirme le personnage dans une discussion, car elle a été construite par le grand-père de Roy. Plusieurs séquences se déroulent à l'intérieur de la maison, et là aussi le lecteur peut voir chaque planche de bois, chaque latte de parquet, ainsi que l'agencement simple des pièces. S'il ne peut pas se faire une idée générale du nombre de pièce et de leur disposition, il est convaincu de leur authenticité chaque fois qu'il y pénètre. À proximité de la maison se trouve une éolienne pour fournir de l'énergie, et la clôture de piquets typique. Cette histoire est l'occasion de plusieurs affrontements destructeurs du fait de l'emploi de l'épée Valofax, et de la nature divine de l'ennemi d'Emmett Quinlan. Geoff Shaw impressionne par sa capacité à utiliser ces grands espaces pour donner de la latitude d'évolution aux personnages : grands moulinets avec l'épée, ampleur de la destruction causée par les coups portées, sans perdre l'échelle de taille donnée par les éléments du paysage. Les dimensions de Balegrim, puis d'Attüm ne présentent pas beaucoup de caractéristiques visuelles, mais suffisamment pour ne pas se réduire à une scène de théâtre sans décor. Les déités se présentent sous une forme anthropomorphe avec une haute stature élancée et une armure antique. Les êtres humains normaux adoptent des postures naturelles, et effectuent des mouvements normaux, cohérents avec la situation, posés quand il s'agit d'une discussion banale, rapides dans les situations de danger. Shaw sait faire exprimer des émotions nuancées par le biais des visages. le lecteur apprécie en particulier le langage corporel de la fillette Deena, cohérent avec son âge. Il ajoute des zones de petits points pour souligner le relief des visages, leur donnant également un air un peu plus grave. le coloriste Jason Wordie effectue un bon travail, accentuant le relief des surfaces par le biais d'un jeu sur les nuances d'une teinte. Il apporte des textures à différents types de surface, par exemple pour le bois. Il aide à faire ressortir les surfaces les unes par rapport aux autres, et il sait utiliser les effets spéciaux avec pertinence, sans écraser les traits encrés. Les pages de Geoff Shaw & Jason Wordie permettent au lecteur de se projeter dans cette région un peu isolée du Texas, de ressentir le calme de cette zone, de visiter la maison d'Emmett Quinlan, et de se sentir le jouet des forces déchaînées pendant les affrontements titanesques. Donny Cates raconte une histoire assez originale. Il est donc question d'un dieu ayant forgé une épée personnification divine de toutes les épées, et, à ce titre, dotée d'une conscience capable de communiquer avec les personnages. le lecteur ne pense pas forcément à Stormbringer, l'épée d'Elric de Melniboné (personnage de fiction créé par Michael Moorcock) car elle n'apporte pas le même destin funeste et elle n'absorbe pas les âmes. À une ou deux reprises, il voit bien que le scénariste s'en sert comme artifice narratif bien pratique pour modifier l'issue d'un affrontement ou d'une discussion. le scénariste ajoute une touche sinistre à l'épée avec la manière dont elle a été forgée. Même si elle parle, Valofax n'est pas vraiment un personnage à part entière. L'enjeu du récit repose à la fois sur le destin de ce panthéon et sur l'intérêt personnel d'Emmett Quinlan. La voix qui commente les événements se vite assez rare. Elle apporte une touche de destin puisque les événements se sont déjà produits, et quelques commentaires sur la personnalité d'Emmett, mais sans insister comme un narrateur omniscient peut le faire parfois. Plus qu'un récit fantastique, il s'agit d'un drame très humain. Emmett Quinlan voit en l'épée le moyen de retrouver sa dignité, de recouvrer ses capacités physiques et mentales dont la maladie d'Alzheimer l'a privées. Cela constitue une motivation très parlante pour le lecteur. le prix à payer pour Emmett Quinlan est de tout détruire sur son passage, de porter le combat jusque chez l'adversaire quitte à ne pas en revenir. de la même manière que la maladie le condamne à une déchéance physique et intellectuelle, la possession de l'épée le contraint à se battre pour la conserver, et pour protéger ses proches, pour éviter qu'ils ne rejoignent le rang des dommages collatéraux. Dans le même temps, le lecteur peut y voir la métaphore de la lutte contre la maladie. le lecteur peut également apprécier l'ironie du récit qui inverse les rôles, faisant du père âgé le héros d'action, alors que le fils doit se retrouve dans une position intenable, à rester pour protéger sa famille alors même qu'il n'en a pas les capacités physiques. Donny Cates et Geoff Shaw racontent une histoire beaucoup plus personnelle que ne le laisse supposer la couverture, et le genre dans lequel elle s'inscrit. Sous des dehors de combats physiques contre des dieux peu cléments, le récit évoque la vieillesse, la maladie, la difficulté pour une famille de rester unie, en regardant la vie comme une lutte sans cesse recommencée.
Strange fruit
Un tout plus grand que la somme de ses parties - Ce tome contient une histoire complète indépendante de toute autre. Il contient les quatre épisodes de la minisérie, initialement parus en 2015/2016, écrits par Mark Waid, dessinés et peints en couleur directe par J.G. (Jeffrey Glenn) Jones. le tome commence avec une introduction de deux pages rédigée par Elvis Mitchell, un critique spécialisé dans les films. le tome se termine avec les couvertures réalisées par JG Jones, et les couvertures variantes réalisées par Toby Cypress, Cully Hamner, ainsi qu'une demi-douzaine de pages d'études graphiques préparatoires. L'action se déroule dans la ville rurale de Chaterlee, dans le Mississippi, pendant la grande crue de 1927. Un groupe de citoyens mâles et blancs (chacun portant un bâton) se rend au café pour les gens de couleurs. Beau, le chien de James s'éloigne en courant du pick-up qui vient de les amener. Comme son père lui a demandé de ne pas les suivre dans le bar, James décide de suivre son chien pour le récupérer. La veille, monsieur Watson a accueilli l'ingénieur Fonder McCoy (un afro-américain) dépêché par le gouvernement à Washington, pour les aider dans la gestion de crise de la digue qui menace de céder avec la crue. Il suggère d'évacuer la zone, ou de rétablir un canal de dérivation qui existait précédemment. Watson effectue une remarque foncièrement raciste sur les noirs éduqués. Alors que les hommes pénètrent dans le bar, l'un d'entre eux remarque la présence de Sonny, recherché pour un délit mineur. Watson essaye de calmer la situation en indiquant qu'avant tout, ils ont besoin de main d'œuvre pour renforcer la digue de terre. Dans le même temps, un vaisseau venu de l'espace s'écrase non loin de là. Les hommes (blancs, comme noirs) se précipitent pour obturer la brèche causée par ce petit vaisseau. James court toujours après son chien Beau. Sonny va se réfugier dans la propriété de la veuve Sarah Lantry. Peu de temps après un groupe de cinq membres du Ku Klux Klan en robe et cagoule vient se présenter à sa porte. Assisté par le sénateur Jim Bond qui est présent, elle leur explique qu'ils n'ont rien à faire là et qu'ils peuvent rentrer chez eux. Sonny en profite pour prendre la poudre d'escampette par la porte de derrière. Dans sa fuite, il fonce droit sur une haute silhouette, un individu à la peau noire, nu comme un ver qui se tient au milieu de sa route. Les hommes du Klan ne sont pas loin derrière. Un extraterrestre arrive sur Terre et il dispose d'une grande force qu'il met au service des humains pour les sauver, pas de doute c'est le schéma du récit de Superman. le lecteur découvre donc une variation sur cette trame narrative, avec une fin peu surprenante, et une utilisation de superpouvoir limitée à une grande force physique. Pourtant cette histoire sort des sentiers battus dès la couverture grâce aux dessins de JG Jones. Il serait d'ailleurs plus pertinent de parler de peintures. En effet l'artiste n'utilise pas de traits encrés pour délimiter les formes, ce sont les couleurs qui délimitent chaque forme et chaque information visuelle. D'un côté cela confère une sorte de patine à ce qui est représenté, comme une évocation d'un âge révolu ; de l'autre côté Jones ne s'économise pas pour autant sur les détails. Avec une forme de sublimation évoquant la technique de Norman Rockwell, l'artiste montre des personnages qui incarnent une Amérique presque mythique, et archétypale. Les hommes de la ville sont vêtus de costumes, évoquant une époque où les tenues vestimentaires restaient très formelles. Les hommes en train d'effectuer un travail physique (comme pelleter pour renforcer la digue) portent de grosses chaussures, un pantalon maintenu par des bretelles et une chemise en gros tissu. Les femmes sont en jupe et en chemisier assez stricts, sans extravagance vestimentaire. Johnson (l'extraterrestre) finit par se vêtir d'une salopette en jean. Tout du long du récit, le lecteur apprécie la qualité de la reconstitution historique réalisée par JG Jones dans les tenues vestimentaires, mais aussi les voitures et les véhicules utilitaires, les différents accessoires visibles dans les maisons, ou dans les bureaux, comme les grosses chaises en bois et à roulette dans la salle de rédaction du journal. L'artiste joue également sur les couleurs pour donner cette patine aux pages, avec des teintes délavées (par la pluie) et tirant parfois sur le sépia. Il dessine de manière photoréaliste, avec une utilisation régulière de la contreplongée pour insuffler une forme de respect vis-à-vis de ces individus en train de se démener pour sauver leur ville, ou de ce noir à la très grande stature. À plusieurs reprises, le lecteur peut juger de la qualité de la narration visuelle, dans une page ou deux sans parole. Il observe un jeu d'acteur naturel et des expressions de visage permettant de ressentir l'état d'esprit des personnages. L'artiste a peaufiné des pages superbes du début jusqu'à la fin, sans que son implication ne faiblisse au fur et à mesure. Cette forme suscite immédiatement le respect du lecteur pour la qualité picturale, et sous-entend qu'une telle forme ne peut s'utiliser que pour un récit qui en vaut le coup. En 1927, dans le Mississippi, la condition d'afro-américaine n'était pas enviable, et Mark Waid ne fait pas semblant. Dès les premières pages, il montre comment les afro-américains constituent une classe sociale inférieure, avec un statut de seconde classe. le lecteur constate que le scénariste n'hésite pas à utiliser une belle collection d'insultes raciales, absolument inadmissibles de nos jours, et ordinaires à l'époque. Dès le début, il comprend qu'il s'agit d'une histoire qui doit se lire comme une fable et une métaphore sur la condition sociale des afro-américains à l'époque, dans cette région du globe. Il ne peut que s'incliner devant le courage de l'auteur qui est blanc et qui prend le risque d'évoquer la condition noire. En effet, aux États-Unis, ce n'est pas seulement un sujet sensible, mais aussi un sujet polémique. La communauté afro-américaine revendique son statut de peuple opprimé par les blancs dans l'Histoires de cette nation, et elle refuse que les blancs s'expriment à sa place. Ayant conscience de cette prise de risque, Mark Waid sait qu'il joue quitte ou double, et que cela n'a pas de sens d'opter pour une écriture tiède. Tant qu'à faire, l'extraterrestre arrive nu comme un ver sur Terre. La première conséquence en est que Sonny écarquille grand les yeux en voyant son appareil génital et le nomme à partir d'une expression argotique pour désigner cette partie de l'anatomie. La deuxième conséquence est qu'il prend la première chose qui lui tombe sous la main pour redevenir décent : un drapeau confédéré. Voilà, c'est fait ! La provocation est affichée et elle peut conduire le lecteur à intégrer que les auteurs veulent parler sans fard, ni hypocrisie. Le lecteur a donc compris qu'il ne doit pas s'attendre à une psychologie très poussée pour Johnson l'extraterrestre qui va servir de catalyseur, mais aussi de point de cristallisation pour les tensions entre les 2 communautés. Mark Waid joue donc lui aussi le jeu de la reconstitution, à la fois avec l'événement historique des crues, avec le vocabulaire, mais aussi avec le Ku Klux Klan, et la misogynie (quand le sénateur colle une main aux fesses d'une secrétaire de manière naturelle). Les autres personnages du récit disposent d'un peu plus d'épaisseur pour certains, leur permettant de dépasser le stade d'artifice narratif. Par contre, d'autres ne sont pas loin de la caricature, comme Pickens, le meneur de cette cellule du Ku Klux Klan. Mark Waid ne pouvait pas non plus tout développer dans un récit assez court, de seulement 4 épisodes. L'intrigue se déroule sur fond de montée des eaux qui nécessite à la fois une solution pour soulager la pression qui s'exerce sur la digue, et à la fois une main d'œuvre suffisante pour la mettre en œuvre. Elle met en scène les différentes phases relationnelles entre blancs et noirs, de nombreuses manières. En lieu et place d'un récit binaire, Mark Waid et JG Jones font apparaître les différents paramètres qui rendent la situation complexe. Parfois le lecteur peut éprouver l'impression que le scénariste a fait tout son possible pour ajouter à cette complexité. Par exemple, il a joué un fuyard afro-américain, un enfant en danger de mort du fait de la crue, et ce n'est pas un hasard si l'ingénieur envoyé par Washington est lui-même un afro-américain. Mais il ne se sert pas de ses éléments pour verser dans la caricature, plutôt pour éviter de tomber dans le simplisme ou l'angélisme. En 4 épisodes, il n'a pas le temps de se lancer dans une étude sociologique approfondie, encore moins économique ou politique. Il montre sans ambages la situation d'apartheid (dans les faits, si ce n'est dans la législation) régnant à l'époque. Il met en scène le conflit entre l'intérêt de la communauté et le fait que cette ségrégation constitue un obstacle (et même plusieurs) pour pouvoir travailler ensemble, y compris pour œuvrer à la préservation des biens et des vies des blancs. S'il est parfois obligé de faire court et un peu réducteur, il prend soin de montrer les différentes composantes qui complexifie la situation, que ce soit Sonny en agitateur politique refusant de continuer à supporter cette exploitation inique, ou que ce soit la veuve Lantry refusant de sacrifier sa propriété pour l'intérêt commun. Au fil des séquences, le lecteur comprend que Mark Waid & JG Jones ne se contentent pas de dire que la ségrégation est mal, ce qui relève d'une évidence et ne demande pas beaucoup de courage. Au travers des différentes situations et des différentes péripéties, ils mettent en lumière comment cette ségrégation et ce racisme s'exercent aux dépens d'une catégorie de la population mais aussi comment ce mécanisme est contre-productif pour l'ensemble de la communauté, autant pour les opprimés que pour les blancs. En procédant ainsi, ils dépassent la platitude des évidences, ils contournent l'écueil des sentiments personnels et ils mettent à nu l'intérêt et l'efficacité de la solidarité. En découvrant cette bande dessinée, le lecteur se dit que les auteurs Mark Waid & JG Jones n'ont pas choisi la facilité en parlant de la condition des afro-américains, alors qu'ils sont blancs. de manière paradoxale, il se dit dans le même temps qu'ils ont choisi la facilité en transposant le personnage de Superman dans un afro-américain, et en choisissant d'inscrire leur récit dans le genre catastrophique pour le nourrir avec des scènes d'action. Il apprécie immédiatement les dessins à la fois réalistes et esthétiques montrant une Amérique rurale historique, mais aussi enjolivées. Il apprécie le divertissement que génère un récit catastrophe et des personnages plus dans l'action que dans la réflexion. Au fur et à mesure des scènes, il mesure l'intelligence de la trame du récit qui permet d'évoquer la condition des afro-américains, mais aussi la crétinerie d'une telle relation entre deux parties d'une même communauté. Avec un nombre de pages limités et donc un format très contraint, ils réalisent à la fois une reconstitution historique consistante, une fable philosophique, et une réflexion sur une dimension du fonctionnement d'une société, qui dépasse les lieux communs.
Ed Gein - Autopsie d'un tueur en série
Flippant ! Et frappant. Un type qui fait froid dans le dos ce Gein. Un gros détraqué. Je ne connaissais pas cette histoire, et ne savais pas qu’elle était à l‘origine du roman et du film « Psychose » - entre autres. L’album reprend toutes les informations disponibles, les auteurs se sont bien documentés. Mais il n’est jamais lourd ou rébarbatif, au contraire, la lecture est fluide, y compris lorsque les détails malsains s’accumulent. La bonne idée est de commencer par la jeunesse et la genèse du « monstre », et surtout de longuement insister sur la mère, monstre froid, castratrice, d’une rigidité et d’un manque d’empathie total : là se trouve l’explication au cas Ed Gein. La suite est alors très claire. La forme et le fond de ce documentaire sont vraiment bien fichus, le dessin est très lisible, la mise en pages aérée : sur les tréfonds de l’âme humaine, c’est une lecture recommandable.
Amours croisées
Voila une BD carrément réussie sur laquelle je suis tombé parfaitement par hasard, dans les bacs de la bibliothèque. Et franchement, je ne regrette pas un seul instant ma lecture que j'ai essayé de faire durer pour ne pas tout avaler en un coup ! C'est une histoire d'amour (on ne se refait pas :D) mais je ne peux même pas dire que c'est une histoire de polyamour ou une représentation de ce que vivent les gens en couple polyamoureux (et l'autrice s'en défend dans la note de fin !). L'histoire est celle de deux personnes se rencontrant, attirées l'une par l'autre et qui commencent une relation. Le reste ... est à lire, tout simplement. Je dirais juste que la BD contient en essence beaucoup de choses intéressantes par petites touches. Tout tourne autour de l'histoire principale mais il y a beaucoup de détails intéressants (et importants) sur l'appartenance ethnique, sur la question du racisme, la sexualité bien sur, le couple et le bonheur. Plein de petits détails qui ne sont jamais vraiment développés mais qui sont des morceaux intéressants de vie, des petites touches qui apportent beaucoup aux personnages et immergent dans le récit. Parce qu'il faut dire que c'est pas gagné d'avance pour faire un récit qui convienne à tous ! On parle de jeunes parisiens dans la vingtaine, plutôt bien intégré dans leur vie professionnelle, qui vivent en couple polyamoureux. C'est pas commun et beaucoup pourraient se retrouver vite distanciée de leur vie. Mais les autrices ont construit le récit de façon à les rendre attachants et touchants, à travers leurs discussions et leurs vies, leurs doutes, leurs envies. C'est bien mené jusqu'au bout et j'ai accroché jusqu'à la dernière page, pleine de silences mais très belle. Le récit est aussi menée d'une main de maitre par la dessinatrice, que je découvre totalement, et qui apporte une vraie lumière à ce propos. Les personnages, les ambiances, les silences, tout est fait pour mettre en avant les relations humaines et je trouve que les planches silencieuses sont tout aussi intéressantes que celles dialoguées. Une BD qui invite à penser nos modes de vies sur le couple et l'amour, mais invite aussi largement à plus de diversité dans nos vies, et pas que sexuelles. Le genre de BD sur laquelle je suis ravi de tomber !
Serial
Je ne connais pas Rachel Rising, dont l'héroïne est issue, mais ça n'est pas grave, l'intrigue de cet album se laisse lire sans problème. c'est un récit rythmé, dans lequel une tueuse en série au départ énigmatique accumule les meurtres quasi sadiques, puis est prise en chasse par une gamine, aux méthodes elles-aussi "spéciales". Encore que, gamine, elle semble être plus âgée (mais cet aspect n'est ici pas développé). C'est du polar un peu gore, qui ne s'embarrasse pas de fioritures. Mais la lecture est agréable. Il y a certes quelques petites facilités (l'emploi du temps de la meurtrière - même si un rebondissement final, qui fait d'ailleurs un peu pirouette facile, semble expliquer sa capacité à dédoubler cet emploi du temps; mais aussi certaines actions de la "gamine"), mais c'est globalement bien fichu, on ne s'ennuie jamais. le dessin est classique et très lisible, fluide et agréable. Un bon thriller. Note réelle 3,5/5.
Iznogoud
Iznogoud est une série que j'ai découverte il y a longtemps, et elle m'a toujours divertie. Les aventures loufoques du grand vizir Iznogoud, qui rêve de devenir calife à la place du calife, sont pleines de jeux de mots et de situations absurdes. J'apprécie particulièrement le dessin de Tabary, qui capture parfaitement l'univers des Mille et une nuits. Certes, le comique de répétition est présent, mais cela ne m'a jamais lassé. Les tentatives d'Iznogoud pour évincer le calife se soldent toujours par des échecs, mais c'est justement cette répétition qui rend la série drôle. J'ai souvent souri devant les trouvailles de Goscinny et les expressions loufoques des personnages. Je recommande de savourer Iznogoud par petits bouts. Les histoires courtes d'une page sont idéales pour une lecture rapide et amusante. C'est une BD qui me rappelle mon enfance et que je relis avec plaisir de temps en temps. En somme, Iznogoud est une bande dessinée qui sait me faire rire et qui reste un incontournable dans le domaine de l'humour.
La Croisière des Oubliés
J'ai lu la bande dessinée "La Croisière des Oubliés" du duo Christin-Bilal. Mon avis est mitigé. D'un côté, j'ai apprécié l'originalité du propos fantastique et la poésie qui se dégage de l'histoire. D'un autre côté, le dessin de Bilal à ses débuts est peu attrayant, et le message politique est parfois trop appuyé. Malgré ces défauts, l'engagement des auteurs pour l'écologie et l'antimilitarisme reste pertinent.
Le Vaisseau de Pierre
En lisant cette BD, j'ai été transporté dans un petit village breton menacé par des promoteurs immobiliers. L'histoire fantastique mêle écologie, nostalgie et lutte contre l'avidité. Les personnages, bien que parfois stéréotypés, m'ont touché. Le dessin de Bilal, même s'il n'est pas encore au sommet de son art, crée une ambiance glauque et poétique. J'ai aimé cette fable sociale, même si elle peut sembler naïve. Une lecture engagée qui résonne encore aujourd'hui.