À fond la caisse
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Ce tome comprend tous les épisodes d'une courte série consacrée à Nick Fury junior. Il suffit au lecteur de savoir qu'il s'agit du fils du Nick Fury originel pour pouvoir apprécier ces récits. Il contient les épisodes 1 à 6, initialement parus en 2017, écrits par James Robinson, dessinés par ACO, encrés par Hugo Petrus (qui a également apporté son aide pour les dessins de l'épisode 4) avec une mise en couleurs réalisées par Rachelle Rosenberg.
Nick Fury junior est un agent de haut rang au sein de l'organisation secrète de contre-espionnage SHIELD, parfois envoyé réaliser des missions en solo. Première mission : Nick Fury s'introduit comme client dans un casino de la Côte d'Azur. Il doit pénétrer dans les appartements privés d'Auric Goodfellow trésorier d'une organisation criminelle. Deuxième mission : Nick Fury junior a été envoyé sur la Lune, à proximité d'une base secrète de l'organisation clandestine Shogun Reapers, pour récupérer un dispositif technologique permettant d'occasionner des mouvements tectoniques. Troisième mission : Nick Fury embarque à bord d'un train sud-américain, avec pour mission d'empêcher l'assassinat d'un dignitaire voyageant à bord.
Quatrième mission : Nick Fury doit se rendre en Atlantis pour neutraliser un espion d'Hydra, sans attirer l'attention de Namor, et en utilisant une technologie qui lui permet de respirer sous l'eau pendant 55 minutes. Cinquième mission : Nick Fury a bien mérité quelques jours de vacances dans une petite ville tranquille de campagne, éloignée de tout, s'appelant Maple Grove. Sixième mission : Nick Fury junior est envoyé sur le site d'une ancienne mission de son père, au château de Ravenlock. Sur place il prend contact avec Rachel McGregor, une jeune femme aveugle ayant acheté ledit château à l'ancien propriétaire. Il s'est produit un meurtre sur le site.
En 2014, James Robinson rejoint Marvel et écrit 2 séries concomitantes : Fantastic Four et All new Invaders. Puis en 2016, il écrit 2 nouvelles séries : Squadron Supreme & Scarlet Witch. Enfin en 2017, avant de repartir travailler pour DC, il écrit une histoire pour 2 autres séries : celle-ci et Cable avec Carlos Pacheco & Yildiray Cinar. Nick Fury junior est un personnage qui est apparu pour la première dans Battle Scars (2012) pour établir dans l'univers partagé Marvel (version Comics) le pendant de Nick Fury interprété par Samuel Jackson dans les films Avengers, lui-même inspiré du Nick Fury de l'univers Ultimate, lui-même basé sur l'apparence de l'acteur Samuel Jackson (sic). En découvrant les pages intérieures, le lecteur est tout de suite frappé par leur richesse picturale, mais aussi par le soin apporté à chaque composition de page. Il comprend que pour l'artiste ACO l'objectif est de rendre hommage à l'inventivité de Jim Steranko, dessinateur ayant marqué les comics pour ses structures pages innovatrices dans des épisodes parus entre 1966 et 1968.
La couverture du recueil constitue un signal clair : la silhouette de ce nouveau Nick Fury en rose (choix de couleurs audacieux et non-conformiste pour des comics de superhéros) et l'intérieur de la silhouette rempli par des couvertures dessinées par Steranko. Effectivement, ACO s'en donne à cœur joie pour en mettre plein les mirettes du lecteur, pour lui en donner pour son argent. Chaque épisode s'ouvre avec la même construction : 1 première page en 9 cases de même taille faisant s'alterner 2 prises de vue différentes dans une disposition en damier. Il s'en suit un dessin s'étalant sur les pages 2 & 3 qui sont en vis-à-vis, pour des visions dantesques de l'intérieur d'un casino, d'une base lunaire, d'un hall de gare gigantesque, etc. Les traits sont nets et précis. Les contours sont soulignés par des traits un peu plus gras pour faire ressortir les épaisseurs et les différents plans. Les cases comportent un haut niveau de détails et d'informations visuelles. le découpage change d'une page à l'autre pour s'adapter à l'action, pour l'accompagner avec la forme des cases et leur disposition les unes par rapport aux autres.
Aco ne dédaigne pas de faire poser les personnages de temps à autre, que ce soit un dessin pleine page montrant Nick Fury avançant vers le lecteur, comme allant à sa rencontre dans le casino, Frankie Noble debout sur un rocher au milieu de la mer démontée, écartant les bras en tenant une arme à feu à chaque main, faisant face à la voiture volante de Fury qui arrive droit sur elle, Melodïa Dias se détournant de Fury et avançant avec sa valise à la main dans un ensemble strict et serré, une aveugle se dirigeant vers Fury avec une posture vulnérable, etc. le lecteur voit bien que le dessinateur se fait plaisir avec un sens aigu du spectacle, sans se prendre en sérieux, mais en prenant très au sérieux le rendu final. du début jusqu'à la fin, le lecteur se régale du spectacle visuel, de l'inventivité, et de la forme de décontraction de cette narration. ACO n'essaye pas de faire croire à la plausibilité de ce qu'il montre, par contre il est intransigeant quant à la logique de l'enchaînement des mouvements et des déplacements, et sur le rythme et l'entrain. À chaque page, le lecteur a doit à un festival de trouvailles. Alors que Nick Fury vient de pénétrer dans la salle principale du casino, il réfléchit déjà à la manière de détourner l'attention du personnel de sécurité. le lecteur découvre un dessin en fond s'étalant sur la double page, avec 25 cases rondes, comme autant de bulles reliées aux gadgets technologiques utilisés par Fury. Dans l'épisode 2, il tombe en arrêt devant une composition à l'échelle des 2 pages en vis-à-vis : les cases rectangulaires ayant été déformées en losange comme si elles étaient attirées par une force d'attraction émanant du personnage central. Dans l'épisode 5, les différents personnages semblent avoir été collés sur une double page, comme autant de séquences s'enchaînant.
La sensation d'hommage est renforcée par l'emploi de couleurs acidulées, donnant une impression de contexte pop des années 1960. ACO reprend à quelques reprises des compositions de Jim Steranko, tout en les intégrant dans la narration visuelle. Il organise les scènes d'action avec le même sens du spectaculaire que pour les autres. À l'opposé de cases juxtaposées sans grand soin du déroulement, il s'attache à la cohérence des déplacements des personnages, à leurs interactions avec les décors, pour des séquences bluffantes. En lieu et place d'une succession de cases à la mise en scène convenue, le lecteur profite d'un spectacle total, aux antipodes d'une production industrielle insipide, le plaçant en plein cœur de l'action. Bien évidemment, James Robinson a conçu des scénarios sur mesure pour qu'ACO puisse se lâcher. Il raconte une mission par épisode, avec un personnage qui apparaît dans un épisode sur deux, Frankie Noble. L'action prime sur tout, et les personnages se limitent à de simples dispositifs narratifs, sans beaucoup de caractère. Pour plus de fluidité, le scénariste fait dialoguer Nick Fury, avec une voix désincarnée (dans son oreillette) qui lui donne des informations sur sa mission ou des conseils.
Nick Fury lui-même est cantonné au rôle d'héros d'action, calme en toute circonstance et très professionnel. Il dispose de gadgets technologiques comme un James Bond bien équipé, avec une technologie d'anticipation plus évoluée, mais sans basculer dans la science-fiction. Il dispose d'une classe folle, avec de beaux costumes. Il ne fait aucun doute que ses adversaires sont ennemis de la démocratie, généralement affiliés à l'organisation clandestine Hydra, à l'idéologie fasciste. Nick Fury est à a fois un agent opérant au grand jour, mais aussi un agent infiltré en toute discrétion. Sur ce dernier point, James Robinson en fait de trop, car il est inconcevable que Fury ne se fasse pas repérer à des kilomètres à la ronde avec son bandeau si caractéristique. En termes d'intrigues, les missions tiennent la route : linéaires de manière à ne pas se mettre en travers des dessins, avec de l'action à gogo, piochant dans l'univers partagé Marvel au gré de l'inspiration du scénariste, sans nécessité de connaissances particulières de cet univers. Il possible de lire ces épisodes sans rien connaître de l'univers Marvel au préalable et de tout comprendre. le lecteur acclimaté à l'univers Marvel sourit en voyant Namor, ou en se remémorant les aventures originales de Nick Fury, écrites par Jim Steranko.
Ce tome se lit d'une traite, propulsant le lecteur dans 6 missions à fond la caisse, de l'espionnage à base d'action. James Robinson a imaginé des missions classiques et linéaires, avec des moments spectaculaires, conçus sur mesure pour l'artiste. ACO s'investit à fond dans chaque page pour un spectacle de tous les instants, un bel hommage au travail de Jim Steranko, sans tomber dans le plagiat ou le passéisme. le lecteur est sous le charme de ces aventures grand spectacle, sans être complètement dupe d'une forme de vacuité.
J'ai apprécié l'univers marin et la maladie mystérieuse touchant les enfants. Cela a ajouté une dimension unique à l'histoire.
Le style graphique de Gine est particulier, mais il s'accorde bien avec le récit. Les couleurs sont parfois criardes, mais le trait reste élégant.
Les premiers tomes étaient captivants, avec des rebondissements et des révélations bien dosés.
Malheureusement, la série s'essouffle après le cinquième tome. Les derniers épisodes manquent de mystère et d'intérêt.
En somme, malgré quelques défauts, Finkel m'a tenu en haleine et m'a fait réfléchir sur l'avenir de l'humanité.
Avis émis après avoir lu les 3 premiers tomes de la série via l'intégrale 1 de chez Delcourt.
Le chant des stryges est une série fantastique sur fond d'espionnage et de complotisme dans la lignée de XIII, si l'on fait abstraction du côté surnaturel des stryges.
Si je comprends certains commentaires critiquant le côté convenu et un peu désuet de l'histoire, il convient toutefois de replacer cette série dans son contexte (1997). A cette époque, les séries télévisées telles que X-files faisaient un carton sur M6. Ici, on retrouve effectivement les mêmes ingrédients, avec la présence d'êtres et de phénomènes surnaturels cachés sur fond de secret d'Etat. Mais malgré cela, le début de cette série a plutôt bien fonctionné avec moi. L'histoire se met rapidement en place et on a envie de connaitre la suite et le fond de l'affaire. J'ai donc en projet d'acquérir les autres intégrales, en espérant que les auteurs n'aient pas trop fait durer la série au détriment de la qualité de l'histoire (18 tomes tout de même...)
Côté dessin, c'est du classique de la BD franco-belge. On pourra regretter un dessin et une mise en couleurs plus "personnels" mais on n'achète de toute façon généralement pas ce type de BD pour contempler le graphisme.
Une belle découverte à confirmer avec les prochains tomes.
Originalité - Histoire : 8/10
Dessin - Mise en couleurs : 6,5/10
NOTE GLOBALE : 14,5/20
La petite ville de Belle River dans la province de l'Ontario au Canada en pleine période des éphémères, ces insectes qui se transforment tous au même moment, une véritable nuée, dès que la température de l'eau atteint les 19/20 degrés. Un phénomène incommodant qui ne dure que deux semaines, mais ....
Une chasse à l'homme est ouverte après le cambriolage d'une supérette, un enfant a reçu une balle dans le bas ventre et il est entre la vie et la mort sur son lit d'hôpital.
Le fuyard, blessé lui aussi (au même endroit que la victime !??), va se retrouver dans la grange de la famille Fox où la jeune Franny contre toute attente va s'occuper de lui, le début d'une forte amitié va se nouer. Une jeune fille solitaire élevée par un père alcoolique, elle est le soufre douleur des élèves du collège, elle a une particularité, toujours la morve au nez.
Un récit qui part sur la base du polar avec ce policier sur les traces du criminel mais qui prend rapidement une orientation fantastique avec la transformation de celui-ci en éphémère dans une ambiance du bout du monde.
Un narration captivante où l'enfance, la ruralité, un fantastique savamment dosé et un soupçon de religion sont les thèmes centraux de ce comics. Des personnages intrigants qui ont encore beaucoup à dévoiler. Franny avec son côté rebelle est attendrissante.
Difficile de savoir où va nous mener Lemire, l'intrigue reste encore très obscure, mais je lui fais confiance pour me surprendre.
Un excellent moment de lecture.
J'aime beaucoup le style de Lemire aux lignes expressives, à la colorisation minimaliste dans les bleus pâles où juste le rouge vient s'immiscer pour le sang et l'imperméable de Franny.
Une mise en page cinématographique, elle accentue l'ambiance angoissante au fil des pages. De magnifiques représentations de ce Canada rural.
Superbe.
Une œuvre qui prend racine dans les souvenirs d'enfance de Jeff Lemire, pour cela je vous renvoie à l'interview de celui-ci en fin d'album sur la genèse de celui-ci. Il explique entre autre que cette version n'est pas celle qu'il avait imaginé au départ, d'ailleurs les premiers chapitres de cette version non publiée sont toujours disponibles en VO sur jefflemir.substrack.com.
Un second tome qui livre ses secrets, une lecture captivante, qui bascule doucement dans l'horreur, sans être réellement originale. Le récit est bien construit et les révélations bien amenées. Les personnages apportent ce supplément d'âme au récit, ils sont complexes et touchants.
Je ne peux en dire plus sinon les surprises ne seront plus au rendez-vous.
Graphiquement, Jeff Lemire reprend les mêmes codes que dans le premier tome, c'est toujours aussi beau. Par contre, une petite surprise intervient des pages 132 à 170, elles seront dessinées par Shawn Kuruneru. Il s'emploie dans une partie bien précise du récit, dans un style proche de Lemire mais où la couleur dominante sera le vert pour bien mettre en avant ce passage important de l'histoire.
De l'excellent travail.
Je recommande aux amateurs de fantastique.
Adapté d'un light novel, le pitch de ce manga en rappelle beaucoup d'autres. Dans un royaume de fantasy, une jeune fille pauvre a été désignée comme étant l'élue de la divinité locale et va pouvoir accéder aux plus hautes instances pour protéger et faire évoluer son pays vers un avenir meilleur. Sauf que l'autrice utilise ce concept de base pour offrir une histoire relativement mature aux accents sociologiques, insistant sur le combat contre une société injuste et la complexité à y faire accepter des idées humanistes.
Le royaume est en effet présenté comme une utopie profitant de la lumière d'une divinité aimante amenant bonheur et prospérité à son peuple. Et c'est vrai... en tout cas pour les sanctifiés habitant la luxueuse capitale. C'est tout l'inverse pour les réprouvés, ceux qui ne font pas partie des bonnes castes et dont la vie ne consiste en rien d'autre qu'à travailler pour un salaire de misère, et offrir aux sanctifiés ce qui leur permet de vivre heureux dans une vie de prière et de douceur. Et la situation est encore pire pour l'héroïne dont le père et le frère jumeau sont morts, et dont la mère est devenue à moitié folle depuis la mort de ce dernier, l'obligeant à jouer le rôle de son frère à ses yeux et aux yeux du monde pour la maintenir en vie. Autant dire qu'elle a donc une énorme amertume envers la société des sanctifiés et qu'elle a bien du mal à accepter l'annonce qui lui est faite qu'elle serait une élue de la divinité, une providence. D'autant plus qu'une fois arrivé au palais du pape, on lui apprend que les 4 providences fraichement élues y sont déjà : que fait-elle là alors ? Y aurait-il une cinquième providence pour la première fois de l'histoire ? La majorité des sanctifiés n'a pas l'air d'y croire et la méprise comme la réprouvée qu'elle est, d'autant que le garde-cristal chargé de la protéger est lui-même de sang mêlé malgré son immense talent à l'escrime.
Ce qui m'a agréablement surpris dans ce manga, c'est sa maturité. J'ai cru entamer un shonen aux accents d'isekai, avec une jeune héroïne qui va sauver le monde grâce à son courage et aux dons que va lui conférer la divinité, mais c'est bien un seinen au ton plus adulte. Alors que la série ne dure que trois tomes, au bout des deux premiers, l'héroïne n'a même pas encore été mise face au pape et à la cérémonie lui permettant en principe de découvrir ses pouvoirs. Au lieu de ça, on a une lente et assez réaliste progression dans la découverte de la capitale des sanctifiés, de sa structure de caste et des difficiles relations humaines qui la composent. C'est intelligemment mené, avec de bons dialogues attisant l'envie d'en savoir plus et de découvrir comment les choses vont évoluer. Et comme la série est courte, l'essentiel va se jouer dans les intrigues de palais et la découverte que oui il y a bien une cinquième providence et que son arrivée va changer la donne dans ce pays. Comment cela va-t-il se dérouler ? Difficile de le deviner tant qu'on en apprend pas davantage sur le pape et ses intentions. D'autant que l'un des deux compagnons de l'héroïne semble avoir son propre agenda qu'il cache aux deux autres.
Grande curiosité de lire la suite donc car tout est bien ficelé, bien dessiné, et raconté avec intelligence et clarté.
J'ai acheté cette BD pour ma femme qui fait de l'aviron, et c'est vrai que c'est un plutôt chouette album.
Il mélange trois thématiques sur lesquels il va prendre le temps de développer son discours.
La première est l'aviron en tant que sport et la compétition en particulier, comment à force d'efforts on peut arriver au succès en championnat du monde. Pour éclairer son propos, l'autrice offre plusieurs doubles pages explicatives de comment les choses fonctionnent, les termes d'aviron, les détails de l'entrainement officiel, ceux des compétitions, etc... C'est clair et instructif. Et j'ai pu constater avec ma femme que tout ce qui est moments intimes du sport et des relations entre rameuses est proche de la réalité.
La seconde thématique est la chute du mur de Berlin et la réunification de l'Allemagne, avec là encore quelques doubles pages explicatives pour que le lecteur comprenne bien la situation. Si au départ, l'héroïne suit cela d'un peu loin, comme un évènement historique heureux mais ne l'affectant pas vraiment, elle va se retrouver bien plus concernée quand les sportives est-allemandes bien plus entrainées (et pour certaines dopées aux anabolisants depuis leur jeune adolescence) vont s'ajouter à la compétition nationale où elle espérait être la meilleure. Comment la grande Histoire rejoint la petite.
Et enfin il y a le thème de l'adolescence, de ses sentiments, peines et joies tandis qu'on la voit évoluer entre ses 17 et 19 ans. Plus intime, mais fortement liés aux deux thèmes précédents, c'est intéressant même si je ne me suis pas tellement attaché au personnage.
Quant au dessin, il est très agréable et surtout très clair pour une bonne compréhension.
Bref, c'est très bien.
L’architecture n’est jamais que la volonté d’une époque transposée dans l’espace.
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Ce tome contient une biographie de l’architecte Ludwig Mies von der Rohe (1886-1969). La première publication de cet ouvrage date de 2019 en espagnol, et de 2022 pour sa traduction en français. Il a été réalisé par Agustín Ferrer Casas, pour le scénario, les dessins et les couleurs, un architecte et bédéaste. Il contient environ 160 pages de bande dessinée. Il commence avec une introduction en anglais et traduite après en français, écrite par Lord Norman Foster indiquant que les histoires à l’origine de ces projets et de bien d’autres, les coulisses de la carrière de Mies van der Rohe, et son activité d’architecte professionnel sont élégamment et intelligemment dépeintes dans cette excellente bande dessinée. À la fin, se trouve une postface de deux pages, intitulé Mies en ligne claire, rédigé par Anatxu Zabalbeascoa, journaliste et historienne de l’art spécialisée dans l’architecture, autrice de l’article de journal paru dans El País Semanal, qui a inspiré Ferrer Casas. Viennent ensuite les œuvres ayant servi de référence pour l’auteur (six sur l’architecte, deux sur le Bauhaus, deux autres sur des sujets connexes et trois articles de journaux), une note de l’auteur indiquant qu’il n’a rien inventé, mais seulement réinterprété certains faits et fictionnés d’autres, afin de donner forme à l’histoire. Le tome se termine avec les remerciements de l’auteur.
Lors de l’exposition universelle de 1929 à Barcelone, le roi d’Espagne Alphonse XIII visite le pavillon de l’Allemagne : il le trouve très beau. Il demande où se trouve l’architecte. Un officiel va chercher Ludwig Mies van der Rohe. Le roi le félicite : le lieu est fort joli, avec le bassin, la sculpture et tout le reste. Il s’étonne de ne pas avoir été prévenu que son pavillon n’était pas terminé. Comme il est vide, il se demandait s’il ne restait pas quelques murs à ajouter, et quelle est son utilité. L’architecte l’assure que le pavillon est terminé et qu’il sert à représenter l’Allemagne et à faire beau.
Mies van der Rohe raconte cette anecdote à son petit-fils Dirk Lohan, dans l’avion qui les emmène en Allemagne pour l’inauguration des travaux du bâtiment Neue Nationalgalerie à Berlin. Il ajoute que la ville entière est tombée à genoux devant le dirigeable Graf Zeppelin qui a survolé Barcelone pour l’inauguration, un véritable exploit technique pour l’époque. Dirk demande s’il y avait une croix gammée sur le gouvernail arrière. Son grand-père lui répond que c’était en 1929 et qu’elles ne sont devenues officielles qu’en 33. Cela lui rappelle l’arrivée des soldats à l’école du Bauhaus, investissant les locaux à la recherche d’éléments séditieux, des membres de la Ligue des Combattants du Front rouge qui se cacheraient à l’intérieur. Ils avaient un ordre de la mairie de Dessau, et certains élèves avaient même installé un drapeau avec une crois gammée à une fenêtre. Dans l’avion, Mies revient à la conception du pavillon, étant allé lui-même chercher les matériaux de construction, dont un bloc de marbre exceptionnel.
L’idée de cette bande dessinée est donc venue à son auteur à la lecture d’un article de journal sur cet architecte, développant le fait que l’architecture a traditionnellement été expliquée séparément des architectes, posant les questions suivantes. Où se cache l’intimité d’un architecte ? Qu’est-ce qui en dit le plus sur lui ? La passion, le désœuvrement, ses relations sentimentales, ou bien les pactes qu’il ne craint pas de conclure pour construire ?
L’auteur utilise le dispositif d’une discussion lors d’un voyage en avion pour que le grand-père évoque sa vie à son petit-fils, avec parfois des souvenirs lui remontant à l’esprit et qu’il garde pour lui, ce qui induit une narration sur plusieurs fils temporels. Dans un premier temps, le lecteur peut se trouver un peu déconcerté par ces allers et venues chronologiques, surtout s’il ne connaît rien de la vie de Mies. D’autant plus que sa vie court sur les deux tiers du vingtième siècle et qu’il a croisé de nombreuses personnalités de premier plan. Au fil de la biographie, sont évoqués l’arrivée d’Adolph Hitler au pouvoir et les épurations du régime nazi, les arts dits dégénérés, la chasse aux Juifs, la première guerre mondiale en tant que soldat, la seconde guerre mondiale en tant qu’immigré aux États-Unis, le manque de matériaux de construction après la seconde, puis l’essor économique, le communisme, l’espionnage tous azimuts du FBI sous la direction de J. Edgar Hoover, la destruction de quartiers populaires pour des opérations de requalification urbaine, Berlin séparé en deux par un mur, l’essor des gratte-ciels, la guerre froide, la guerre du Vietnam.
L’artiste ne s’économise pas pour représenter tous ces éléments. Il utilise des traits de contour fins et adoucis, complétés par une mise en couleurs qui apporte des textures et qui augmente discrètement le relief de chaque surface, dans une approche réaliste et descriptive. L’ampleur de la vie de Mies nécessite d’apporter beaucoup d’informations au cours de ces cent soixante pages qui semblent parfois un peu étriquées, avec des cartouches de texte conséquents. Le lecteur peut ainsi contempler à loisir la statue dans la cour intérieure de marbre du pavillon de l’Allemagne, le Graf Zeppelin au-dessus de Barcelone, la façade de brique de l’école du Bauhaus, la Villa Tugendhat à Brno en République tchécoslovaque, l’intérieur de la Bourse d’Amsterdam de l’architecte Hendrik Petrus Berlage, le monument dédié à Karl Liebknecht et Rosa Luxemburg, cimetière de Friedrichsfelde à Berlin, le projet du siège de la Reichsbank, Farnsworth House, plusieurs construction de Frank Lloyd Wright (1867-1959), les tours résidentielles de Lake Shore Drive à Chicago, le Seagram Building avec Audrey Hepburn parmi les passants, tout droit sortie de Diamants sur canapé (1961, Breakfast at Tiffany’s) réalisé par Blake Edwards (1922-2010), etc. En fonction de sa familiarité avec les ces individus, il peut reconnaître Mies, mais aussi Walter Gropius (1883-1969), Frank Lloyd Wright, Philip Cortelyou Johnson (1906-2005), Hendrik Petrus Berlage (1956-1934), et d’autres comme Fidel Castro (1926-2016). Le lecteur qui n’est pas familier de la vie de l’architecte prend mieux conscience de la qualité de toutes cette riche tapisserie artistique, en reparcourant l’ouvrage après sa lecture initiale.
L’artiste intègre encore d’autres éléments dans sa narration visuelle, comme la consommation d’alcool et de cigares très régulière de l’architecte. De ce fait chaque séquence apporte un nombre considérable d’informations et un néophyte peut parfois éprouver des difficultés à les hiérarchiser faute d’une connaissance préalable, telle que la réputation de Ludwig Mies von der Rohe. Car le fil directeur réside bien dans son parcours de vie, à la fois personnel et professionnel. Le lecteur découvre un individu sûr de son talent, avec une réelle curiosité pour les technologies nouvelles, un homme à femme, un opportuniste. L’auteur se montre fort habile pour mettre en scène ces caractéristiques, se tenant à l’écart de tout jugement moral. Il montre un mari infidèle, un professionnel à la recherche de contrats, quels que soient les commanditaires, quels que soient les conséquences d’une opération immobilière. Il y a une forme de : c’est comme ça. Avec le recul, il est facile de condamner Mies pour avoir courtisé le gouvernement nazi ou en tout s’en être accommodé, ou pour des opérations immobilières impliquant de raser un quartier populaire entier. L’auteur ne l’exonère en rien de ses responsabilités et même le charge un peu plus. Dans sa note en fin d’ouvrage, il précise que l’incident entourant la fermeture du Bauhaus de Berlin par les nazis le 12 avril 1933 n’a pas été aussi dramatique qu’il le raconte.
C’est le choix de l’auteur de dramatiser certaines séquences, de lire entre les lignes en interprétant des événements ou des faits connus, par exemple de rendre explicite la liaison entre Mies et Edith Farnsworth, même si ce n’est pas un fait avéré. En racontant le déroulement de la vie de Mies, il présente les opportunités qu’il a su saisir pour pouvoir faire réaliser ses projets, ses influences, les promoteurs et commanditaires qui l’ont mandaté, ainsi que les relations avec certains gouvernements qui avaient leurs propres objectifs en recourant à ses services, et à ceux de son cabinet. Il développe également en arrière-plan des moments clés qui ont construit la personnalité de l’architecte, et donc ses choix artistiques : le métier de tailleur de pierre de son père, la confiscation de biens par les nazis, l’acceptation de cette idéologie par certains de ses élèves, les conséquences sur les élèves d’origine juive, son propre comportement pour préserver sa liberté et l’exercice de sa profession, etc. En fonction de sa sensibilité, le lecteur peut estimer qu’il s’agit de liens de cause à effet très basiques, ou estimer que c’est leur mise en scène qui est basique du fait des contraintes de la pagination, mais que dans le fond ils sont pertinents.
Relater le vie personnelle et professionnelle d’un architecte aussi important que Ludwig Mies van der Rohe est un projet très ambitieux. Il faut à la fois rendre compte de la personnalité de l’individu, des événements et des faits qui l’ont construit, de ses réalisations et de leur contexte politique, économique, technologique. L’auteur fait preuve d’un investissement important, aussi bien dans la narration visuelle que dans les recherches préalables. Le résultat est une bande dessinée dense, riche, parfois difficile d’appréhension pour le lecteur néophyte, réussissant son pari de d’évoquer les nombreuses facettes qui façonnent une vie et une œuvre, sans pouvoir prétendre à l’exhaustivité. Une belle réussite.
Parker girls, mieux vaut ne pas vous frotter à elles, car elles ne font pas dans la demi-mesure, et c'est ça qu'on aime. Ce thriller est redoutablement efficace, rassemblant tous les ingrédients nécessaires pour captiver le lecteur. La narration est fluide et dépourvue de superflu, ce qui rend la lecture particulièrement agréable. J'en redemande encore !
Dessin propre, le noir et blanc rend très bien.
-- Merci à Pol pour m'avoir donné envie de lire cette BD --
Manga simple qui se lit rapidement, avec une mise en page originale et une petite touche d'humour, ce qui est appréciable pour un thème qui n'est pas très joyeux. Que dire de plus? Ce n'est pas un manga qui m'a profondément marqué ni vraiment touché, mais je le perçois comme un agréable poème que j'ai eu plaisir à lire. 3.5/5
J'ai lu déjà deux BD de Duhammel et j'aime beaucoup l'intelligence qu'il met dans son propos, fustigeant une bêtise humaine qu'il se refuse de coller à une seule personne à chaque fois. Mais il me semble aussi adorer la thématique de l'individu en prise avec une société, montrant que ce n'est pas une question de trouver un arrangement, simplement que certaines situations ne peuvent pas s'arranger du tout.
Je commence par cette petite précision parce que la BD "Le retour" est une sorte de banco de l'auteur. Je dirais facilement que c'est ma préféré jusqu'ici (et j'ai adoré #Nouveaucontact) parce qu'elle est parfaitement bien gérée. On a toute la vie d'une personne, son étrangeté et sa rugosité. Le personnage, par le dessin et le caractère, n'est pas sans me rappeler ceux qui parsèment déjà les autres BD qu'il a fait, mais aussi une sorte de miroir de l'auteur. Un artiste entièrement dévoué à sa cause, invivable, alcoolique parfois certes. Mais surtout un artiste qui se pose beaucoup de questions sur la portée de ce qu'il fait.
L'histoire présente ici est d'inspiration réelle mais ne correspond pas à une réalité, et c'est tant mieux. Déjà parce qu'elle m'a donnée envie de découvrir le vrai personnage repris ici, mais surtout parce que je sens que l'auteur peut faire ici une réelle histoire qu'il tourne comme il veut. Je parlais plus haut de la bêtise humaine, elle est ici bien présente : corruption, intimidation, violence diverses, les personnages sont au cœur de bien des soucis. Mais en même temps quelque chose d'autre se dégage de tout ça : la volonté acharné d'un homme presque contre lui-même, l'art galvaudé par l'argent ou les drogues, l'écologie qui apparait timidement ... C'est plein de réflexions, plein de sens aussi dans les actions de chaque personnage. Et je dois dire que j'ai trouvé la recomposition de la vie minutieuse et importante. Elle finit par donner un portrait d'artiste étrange : fou, visionnaire, raté, violent, riche, malheureux, qui est-il vraiment ? Cette question a-t-elle seulement un sens ?
Je trouve que cette BD soulève énormément de questions et beaucoup de réflexions. Celle que j'ai eu à la fin, c'est de savoir si l'humain pouvait protéger la nature sans devoir la considérer comme une œuvre d'art. Mais la BD est franchement très riche en réflexion et je suis déjà dans l'idée de la relire pour mieux la digérer.
Une BD dense mais excellente, qui me fait réfléchir.
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Nick Fury - Le Train des assassins
À fond la caisse - Ce tome comprend tous les épisodes d'une courte série consacrée à Nick Fury junior. Il suffit au lecteur de savoir qu'il s'agit du fils du Nick Fury originel pour pouvoir apprécier ces récits. Il contient les épisodes 1 à 6, initialement parus en 2017, écrits par James Robinson, dessinés par ACO, encrés par Hugo Petrus (qui a également apporté son aide pour les dessins de l'épisode 4) avec une mise en couleurs réalisées par Rachelle Rosenberg. Nick Fury junior est un agent de haut rang au sein de l'organisation secrète de contre-espionnage SHIELD, parfois envoyé réaliser des missions en solo. Première mission : Nick Fury s'introduit comme client dans un casino de la Côte d'Azur. Il doit pénétrer dans les appartements privés d'Auric Goodfellow trésorier d'une organisation criminelle. Deuxième mission : Nick Fury junior a été envoyé sur la Lune, à proximité d'une base secrète de l'organisation clandestine Shogun Reapers, pour récupérer un dispositif technologique permettant d'occasionner des mouvements tectoniques. Troisième mission : Nick Fury embarque à bord d'un train sud-américain, avec pour mission d'empêcher l'assassinat d'un dignitaire voyageant à bord. Quatrième mission : Nick Fury doit se rendre en Atlantis pour neutraliser un espion d'Hydra, sans attirer l'attention de Namor, et en utilisant une technologie qui lui permet de respirer sous l'eau pendant 55 minutes. Cinquième mission : Nick Fury a bien mérité quelques jours de vacances dans une petite ville tranquille de campagne, éloignée de tout, s'appelant Maple Grove. Sixième mission : Nick Fury junior est envoyé sur le site d'une ancienne mission de son père, au château de Ravenlock. Sur place il prend contact avec Rachel McGregor, une jeune femme aveugle ayant acheté ledit château à l'ancien propriétaire. Il s'est produit un meurtre sur le site. En 2014, James Robinson rejoint Marvel et écrit 2 séries concomitantes : Fantastic Four et All new Invaders. Puis en 2016, il écrit 2 nouvelles séries : Squadron Supreme & Scarlet Witch. Enfin en 2017, avant de repartir travailler pour DC, il écrit une histoire pour 2 autres séries : celle-ci et Cable avec Carlos Pacheco & Yildiray Cinar. Nick Fury junior est un personnage qui est apparu pour la première dans Battle Scars (2012) pour établir dans l'univers partagé Marvel (version Comics) le pendant de Nick Fury interprété par Samuel Jackson dans les films Avengers, lui-même inspiré du Nick Fury de l'univers Ultimate, lui-même basé sur l'apparence de l'acteur Samuel Jackson (sic). En découvrant les pages intérieures, le lecteur est tout de suite frappé par leur richesse picturale, mais aussi par le soin apporté à chaque composition de page. Il comprend que pour l'artiste ACO l'objectif est de rendre hommage à l'inventivité de Jim Steranko, dessinateur ayant marqué les comics pour ses structures pages innovatrices dans des épisodes parus entre 1966 et 1968. La couverture du recueil constitue un signal clair : la silhouette de ce nouveau Nick Fury en rose (choix de couleurs audacieux et non-conformiste pour des comics de superhéros) et l'intérieur de la silhouette rempli par des couvertures dessinées par Steranko. Effectivement, ACO s'en donne à cœur joie pour en mettre plein les mirettes du lecteur, pour lui en donner pour son argent. Chaque épisode s'ouvre avec la même construction : 1 première page en 9 cases de même taille faisant s'alterner 2 prises de vue différentes dans une disposition en damier. Il s'en suit un dessin s'étalant sur les pages 2 & 3 qui sont en vis-à-vis, pour des visions dantesques de l'intérieur d'un casino, d'une base lunaire, d'un hall de gare gigantesque, etc. Les traits sont nets et précis. Les contours sont soulignés par des traits un peu plus gras pour faire ressortir les épaisseurs et les différents plans. Les cases comportent un haut niveau de détails et d'informations visuelles. le découpage change d'une page à l'autre pour s'adapter à l'action, pour l'accompagner avec la forme des cases et leur disposition les unes par rapport aux autres. Aco ne dédaigne pas de faire poser les personnages de temps à autre, que ce soit un dessin pleine page montrant Nick Fury avançant vers le lecteur, comme allant à sa rencontre dans le casino, Frankie Noble debout sur un rocher au milieu de la mer démontée, écartant les bras en tenant une arme à feu à chaque main, faisant face à la voiture volante de Fury qui arrive droit sur elle, Melodïa Dias se détournant de Fury et avançant avec sa valise à la main dans un ensemble strict et serré, une aveugle se dirigeant vers Fury avec une posture vulnérable, etc. le lecteur voit bien que le dessinateur se fait plaisir avec un sens aigu du spectacle, sans se prendre en sérieux, mais en prenant très au sérieux le rendu final. du début jusqu'à la fin, le lecteur se régale du spectacle visuel, de l'inventivité, et de la forme de décontraction de cette narration. ACO n'essaye pas de faire croire à la plausibilité de ce qu'il montre, par contre il est intransigeant quant à la logique de l'enchaînement des mouvements et des déplacements, et sur le rythme et l'entrain. À chaque page, le lecteur a doit à un festival de trouvailles. Alors que Nick Fury vient de pénétrer dans la salle principale du casino, il réfléchit déjà à la manière de détourner l'attention du personnel de sécurité. le lecteur découvre un dessin en fond s'étalant sur la double page, avec 25 cases rondes, comme autant de bulles reliées aux gadgets technologiques utilisés par Fury. Dans l'épisode 2, il tombe en arrêt devant une composition à l'échelle des 2 pages en vis-à-vis : les cases rectangulaires ayant été déformées en losange comme si elles étaient attirées par une force d'attraction émanant du personnage central. Dans l'épisode 5, les différents personnages semblent avoir été collés sur une double page, comme autant de séquences s'enchaînant. La sensation d'hommage est renforcée par l'emploi de couleurs acidulées, donnant une impression de contexte pop des années 1960. ACO reprend à quelques reprises des compositions de Jim Steranko, tout en les intégrant dans la narration visuelle. Il organise les scènes d'action avec le même sens du spectaculaire que pour les autres. À l'opposé de cases juxtaposées sans grand soin du déroulement, il s'attache à la cohérence des déplacements des personnages, à leurs interactions avec les décors, pour des séquences bluffantes. En lieu et place d'une succession de cases à la mise en scène convenue, le lecteur profite d'un spectacle total, aux antipodes d'une production industrielle insipide, le plaçant en plein cœur de l'action. Bien évidemment, James Robinson a conçu des scénarios sur mesure pour qu'ACO puisse se lâcher. Il raconte une mission par épisode, avec un personnage qui apparaît dans un épisode sur deux, Frankie Noble. L'action prime sur tout, et les personnages se limitent à de simples dispositifs narratifs, sans beaucoup de caractère. Pour plus de fluidité, le scénariste fait dialoguer Nick Fury, avec une voix désincarnée (dans son oreillette) qui lui donne des informations sur sa mission ou des conseils. Nick Fury lui-même est cantonné au rôle d'héros d'action, calme en toute circonstance et très professionnel. Il dispose de gadgets technologiques comme un James Bond bien équipé, avec une technologie d'anticipation plus évoluée, mais sans basculer dans la science-fiction. Il dispose d'une classe folle, avec de beaux costumes. Il ne fait aucun doute que ses adversaires sont ennemis de la démocratie, généralement affiliés à l'organisation clandestine Hydra, à l'idéologie fasciste. Nick Fury est à a fois un agent opérant au grand jour, mais aussi un agent infiltré en toute discrétion. Sur ce dernier point, James Robinson en fait de trop, car il est inconcevable que Fury ne se fasse pas repérer à des kilomètres à la ronde avec son bandeau si caractéristique. En termes d'intrigues, les missions tiennent la route : linéaires de manière à ne pas se mettre en travers des dessins, avec de l'action à gogo, piochant dans l'univers partagé Marvel au gré de l'inspiration du scénariste, sans nécessité de connaissances particulières de cet univers. Il possible de lire ces épisodes sans rien connaître de l'univers Marvel au préalable et de tout comprendre. le lecteur acclimaté à l'univers Marvel sourit en voyant Namor, ou en se remémorant les aventures originales de Nick Fury, écrites par Jim Steranko. Ce tome se lit d'une traite, propulsant le lecteur dans 6 missions à fond la caisse, de l'espionnage à base d'action. James Robinson a imaginé des missions classiques et linéaires, avec des moments spectaculaires, conçus sur mesure pour l'artiste. ACO s'investit à fond dans chaque page pour un spectacle de tous les instants, un bel hommage au travail de Jim Steranko, sans tomber dans le plagiat ou le passéisme. le lecteur est sous le charme de ces aventures grand spectacle, sans être complètement dupe d'une forme de vacuité.
Finkel
J'ai apprécié l'univers marin et la maladie mystérieuse touchant les enfants. Cela a ajouté une dimension unique à l'histoire. Le style graphique de Gine est particulier, mais il s'accorde bien avec le récit. Les couleurs sont parfois criardes, mais le trait reste élégant. Les premiers tomes étaient captivants, avec des rebondissements et des révélations bien dosés. Malheureusement, la série s'essouffle après le cinquième tome. Les derniers épisodes manquent de mystère et d'intérêt. En somme, malgré quelques défauts, Finkel m'a tenu en haleine et m'a fait réfléchir sur l'avenir de l'humanité.
Le Chant des Stryges
Avis émis après avoir lu les 3 premiers tomes de la série via l'intégrale 1 de chez Delcourt. Le chant des stryges est une série fantastique sur fond d'espionnage et de complotisme dans la lignée de XIII, si l'on fait abstraction du côté surnaturel des stryges. Si je comprends certains commentaires critiquant le côté convenu et un peu désuet de l'histoire, il convient toutefois de replacer cette série dans son contexte (1997). A cette époque, les séries télévisées telles que X-files faisaient un carton sur M6. Ici, on retrouve effectivement les mêmes ingrédients, avec la présence d'êtres et de phénomènes surnaturels cachés sur fond de secret d'Etat. Mais malgré cela, le début de cette série a plutôt bien fonctionné avec moi. L'histoire se met rapidement en place et on a envie de connaitre la suite et le fond de l'affaire. J'ai donc en projet d'acquérir les autres intégrales, en espérant que les auteurs n'aient pas trop fait durer la série au détriment de la qualité de l'histoire (18 tomes tout de même...) Côté dessin, c'est du classique de la BD franco-belge. On pourra regretter un dessin et une mise en couleurs plus "personnels" mais on n'achète de toute façon généralement pas ce type de BD pour contempler le graphisme. Une belle découverte à confirmer avec les prochains tomes. Originalité - Histoire : 8/10 Dessin - Mise en couleurs : 6,5/10 NOTE GLOBALE : 14,5/20
Les Éphémères
La petite ville de Belle River dans la province de l'Ontario au Canada en pleine période des éphémères, ces insectes qui se transforment tous au même moment, une véritable nuée, dès que la température de l'eau atteint les 19/20 degrés. Un phénomène incommodant qui ne dure que deux semaines, mais .... Une chasse à l'homme est ouverte après le cambriolage d'une supérette, un enfant a reçu une balle dans le bas ventre et il est entre la vie et la mort sur son lit d'hôpital. Le fuyard, blessé lui aussi (au même endroit que la victime !??), va se retrouver dans la grange de la famille Fox où la jeune Franny contre toute attente va s'occuper de lui, le début d'une forte amitié va se nouer. Une jeune fille solitaire élevée par un père alcoolique, elle est le soufre douleur des élèves du collège, elle a une particularité, toujours la morve au nez. Un récit qui part sur la base du polar avec ce policier sur les traces du criminel mais qui prend rapidement une orientation fantastique avec la transformation de celui-ci en éphémère dans une ambiance du bout du monde. Un narration captivante où l'enfance, la ruralité, un fantastique savamment dosé et un soupçon de religion sont les thèmes centraux de ce comics. Des personnages intrigants qui ont encore beaucoup à dévoiler. Franny avec son côté rebelle est attendrissante. Difficile de savoir où va nous mener Lemire, l'intrigue reste encore très obscure, mais je lui fais confiance pour me surprendre. Un excellent moment de lecture. J'aime beaucoup le style de Lemire aux lignes expressives, à la colorisation minimaliste dans les bleus pâles où juste le rouge vient s'immiscer pour le sang et l'imperméable de Franny. Une mise en page cinématographique, elle accentue l'ambiance angoissante au fil des pages. De magnifiques représentations de ce Canada rural. Superbe. Une œuvre qui prend racine dans les souvenirs d'enfance de Jeff Lemire, pour cela je vous renvoie à l'interview de celui-ci en fin d'album sur la genèse de celui-ci. Il explique entre autre que cette version n'est pas celle qu'il avait imaginé au départ, d'ailleurs les premiers chapitres de cette version non publiée sont toujours disponibles en VO sur jefflemir.substrack.com. Un second tome qui livre ses secrets, une lecture captivante, qui bascule doucement dans l'horreur, sans être réellement originale. Le récit est bien construit et les révélations bien amenées. Les personnages apportent ce supplément d'âme au récit, ils sont complexes et touchants. Je ne peux en dire plus sinon les surprises ne seront plus au rendez-vous. Graphiquement, Jeff Lemire reprend les mêmes codes que dans le premier tome, c'est toujours aussi beau. Par contre, une petite surprise intervient des pages 132 à 170, elles seront dessinées par Shawn Kuruneru. Il s'emploie dans une partie bien précise du récit, dans un style proche de Lemire mais où la couleur dominante sera le vert pour bien mettre en avant ce passage important de l'histoire. De l'excellent travail. Je recommande aux amateurs de fantastique.
The Unexpected Goddess
Adapté d'un light novel, le pitch de ce manga en rappelle beaucoup d'autres. Dans un royaume de fantasy, une jeune fille pauvre a été désignée comme étant l'élue de la divinité locale et va pouvoir accéder aux plus hautes instances pour protéger et faire évoluer son pays vers un avenir meilleur. Sauf que l'autrice utilise ce concept de base pour offrir une histoire relativement mature aux accents sociologiques, insistant sur le combat contre une société injuste et la complexité à y faire accepter des idées humanistes. Le royaume est en effet présenté comme une utopie profitant de la lumière d'une divinité aimante amenant bonheur et prospérité à son peuple. Et c'est vrai... en tout cas pour les sanctifiés habitant la luxueuse capitale. C'est tout l'inverse pour les réprouvés, ceux qui ne font pas partie des bonnes castes et dont la vie ne consiste en rien d'autre qu'à travailler pour un salaire de misère, et offrir aux sanctifiés ce qui leur permet de vivre heureux dans une vie de prière et de douceur. Et la situation est encore pire pour l'héroïne dont le père et le frère jumeau sont morts, et dont la mère est devenue à moitié folle depuis la mort de ce dernier, l'obligeant à jouer le rôle de son frère à ses yeux et aux yeux du monde pour la maintenir en vie. Autant dire qu'elle a donc une énorme amertume envers la société des sanctifiés et qu'elle a bien du mal à accepter l'annonce qui lui est faite qu'elle serait une élue de la divinité, une providence. D'autant plus qu'une fois arrivé au palais du pape, on lui apprend que les 4 providences fraichement élues y sont déjà : que fait-elle là alors ? Y aurait-il une cinquième providence pour la première fois de l'histoire ? La majorité des sanctifiés n'a pas l'air d'y croire et la méprise comme la réprouvée qu'elle est, d'autant que le garde-cristal chargé de la protéger est lui-même de sang mêlé malgré son immense talent à l'escrime. Ce qui m'a agréablement surpris dans ce manga, c'est sa maturité. J'ai cru entamer un shonen aux accents d'isekai, avec une jeune héroïne qui va sauver le monde grâce à son courage et aux dons que va lui conférer la divinité, mais c'est bien un seinen au ton plus adulte. Alors que la série ne dure que trois tomes, au bout des deux premiers, l'héroïne n'a même pas encore été mise face au pape et à la cérémonie lui permettant en principe de découvrir ses pouvoirs. Au lieu de ça, on a une lente et assez réaliste progression dans la découverte de la capitale des sanctifiés, de sa structure de caste et des difficiles relations humaines qui la composent. C'est intelligemment mené, avec de bons dialogues attisant l'envie d'en savoir plus et de découvrir comment les choses vont évoluer. Et comme la série est courte, l'essentiel va se jouer dans les intrigues de palais et la découverte que oui il y a bien une cinquième providence et que son arrivée va changer la donne dans ce pays. Comment cela va-t-il se dérouler ? Difficile de le deviner tant qu'on en apprend pas davantage sur le pape et ses intentions. D'autant que l'un des deux compagnons de l'héroïne semble avoir son propre agenda qu'il cache aux deux autres. Grande curiosité de lire la suite donc car tout est bien ficelé, bien dessiné, et raconté avec intelligence et clarté.
Dans le même bateau
J'ai acheté cette BD pour ma femme qui fait de l'aviron, et c'est vrai que c'est un plutôt chouette album. Il mélange trois thématiques sur lesquels il va prendre le temps de développer son discours. La première est l'aviron en tant que sport et la compétition en particulier, comment à force d'efforts on peut arriver au succès en championnat du monde. Pour éclairer son propos, l'autrice offre plusieurs doubles pages explicatives de comment les choses fonctionnent, les termes d'aviron, les détails de l'entrainement officiel, ceux des compétitions, etc... C'est clair et instructif. Et j'ai pu constater avec ma femme que tout ce qui est moments intimes du sport et des relations entre rameuses est proche de la réalité. La seconde thématique est la chute du mur de Berlin et la réunification de l'Allemagne, avec là encore quelques doubles pages explicatives pour que le lecteur comprenne bien la situation. Si au départ, l'héroïne suit cela d'un peu loin, comme un évènement historique heureux mais ne l'affectant pas vraiment, elle va se retrouver bien plus concernée quand les sportives est-allemandes bien plus entrainées (et pour certaines dopées aux anabolisants depuis leur jeune adolescence) vont s'ajouter à la compétition nationale où elle espérait être la meilleure. Comment la grande Histoire rejoint la petite. Et enfin il y a le thème de l'adolescence, de ses sentiments, peines et joies tandis qu'on la voit évoluer entre ses 17 et 19 ans. Plus intime, mais fortement liés aux deux thèmes précédents, c'est intéressant même si je ne me suis pas tellement attaché au personnage. Quant au dessin, il est très agréable et surtout très clair pour une bonne compréhension. Bref, c'est très bien.
Mies - Mies van der Rohe : construire à tout prix ?
L’architecture n’est jamais que la volonté d’une époque transposée dans l’espace. - Ce tome contient une biographie de l’architecte Ludwig Mies von der Rohe (1886-1969). La première publication de cet ouvrage date de 2019 en espagnol, et de 2022 pour sa traduction en français. Il a été réalisé par Agustín Ferrer Casas, pour le scénario, les dessins et les couleurs, un architecte et bédéaste. Il contient environ 160 pages de bande dessinée. Il commence avec une introduction en anglais et traduite après en français, écrite par Lord Norman Foster indiquant que les histoires à l’origine de ces projets et de bien d’autres, les coulisses de la carrière de Mies van der Rohe, et son activité d’architecte professionnel sont élégamment et intelligemment dépeintes dans cette excellente bande dessinée. À la fin, se trouve une postface de deux pages, intitulé Mies en ligne claire, rédigé par Anatxu Zabalbeascoa, journaliste et historienne de l’art spécialisée dans l’architecture, autrice de l’article de journal paru dans El País Semanal, qui a inspiré Ferrer Casas. Viennent ensuite les œuvres ayant servi de référence pour l’auteur (six sur l’architecte, deux sur le Bauhaus, deux autres sur des sujets connexes et trois articles de journaux), une note de l’auteur indiquant qu’il n’a rien inventé, mais seulement réinterprété certains faits et fictionnés d’autres, afin de donner forme à l’histoire. Le tome se termine avec les remerciements de l’auteur. Lors de l’exposition universelle de 1929 à Barcelone, le roi d’Espagne Alphonse XIII visite le pavillon de l’Allemagne : il le trouve très beau. Il demande où se trouve l’architecte. Un officiel va chercher Ludwig Mies van der Rohe. Le roi le félicite : le lieu est fort joli, avec le bassin, la sculpture et tout le reste. Il s’étonne de ne pas avoir été prévenu que son pavillon n’était pas terminé. Comme il est vide, il se demandait s’il ne restait pas quelques murs à ajouter, et quelle est son utilité. L’architecte l’assure que le pavillon est terminé et qu’il sert à représenter l’Allemagne et à faire beau. Mies van der Rohe raconte cette anecdote à son petit-fils Dirk Lohan, dans l’avion qui les emmène en Allemagne pour l’inauguration des travaux du bâtiment Neue Nationalgalerie à Berlin. Il ajoute que la ville entière est tombée à genoux devant le dirigeable Graf Zeppelin qui a survolé Barcelone pour l’inauguration, un véritable exploit technique pour l’époque. Dirk demande s’il y avait une croix gammée sur le gouvernail arrière. Son grand-père lui répond que c’était en 1929 et qu’elles ne sont devenues officielles qu’en 33. Cela lui rappelle l’arrivée des soldats à l’école du Bauhaus, investissant les locaux à la recherche d’éléments séditieux, des membres de la Ligue des Combattants du Front rouge qui se cacheraient à l’intérieur. Ils avaient un ordre de la mairie de Dessau, et certains élèves avaient même installé un drapeau avec une crois gammée à une fenêtre. Dans l’avion, Mies revient à la conception du pavillon, étant allé lui-même chercher les matériaux de construction, dont un bloc de marbre exceptionnel. L’idée de cette bande dessinée est donc venue à son auteur à la lecture d’un article de journal sur cet architecte, développant le fait que l’architecture a traditionnellement été expliquée séparément des architectes, posant les questions suivantes. Où se cache l’intimité d’un architecte ? Qu’est-ce qui en dit le plus sur lui ? La passion, le désœuvrement, ses relations sentimentales, ou bien les pactes qu’il ne craint pas de conclure pour construire ? L’auteur utilise le dispositif d’une discussion lors d’un voyage en avion pour que le grand-père évoque sa vie à son petit-fils, avec parfois des souvenirs lui remontant à l’esprit et qu’il garde pour lui, ce qui induit une narration sur plusieurs fils temporels. Dans un premier temps, le lecteur peut se trouver un peu déconcerté par ces allers et venues chronologiques, surtout s’il ne connaît rien de la vie de Mies. D’autant plus que sa vie court sur les deux tiers du vingtième siècle et qu’il a croisé de nombreuses personnalités de premier plan. Au fil de la biographie, sont évoqués l’arrivée d’Adolph Hitler au pouvoir et les épurations du régime nazi, les arts dits dégénérés, la chasse aux Juifs, la première guerre mondiale en tant que soldat, la seconde guerre mondiale en tant qu’immigré aux États-Unis, le manque de matériaux de construction après la seconde, puis l’essor économique, le communisme, l’espionnage tous azimuts du FBI sous la direction de J. Edgar Hoover, la destruction de quartiers populaires pour des opérations de requalification urbaine, Berlin séparé en deux par un mur, l’essor des gratte-ciels, la guerre froide, la guerre du Vietnam. L’artiste ne s’économise pas pour représenter tous ces éléments. Il utilise des traits de contour fins et adoucis, complétés par une mise en couleurs qui apporte des textures et qui augmente discrètement le relief de chaque surface, dans une approche réaliste et descriptive. L’ampleur de la vie de Mies nécessite d’apporter beaucoup d’informations au cours de ces cent soixante pages qui semblent parfois un peu étriquées, avec des cartouches de texte conséquents. Le lecteur peut ainsi contempler à loisir la statue dans la cour intérieure de marbre du pavillon de l’Allemagne, le Graf Zeppelin au-dessus de Barcelone, la façade de brique de l’école du Bauhaus, la Villa Tugendhat à Brno en République tchécoslovaque, l’intérieur de la Bourse d’Amsterdam de l’architecte Hendrik Petrus Berlage, le monument dédié à Karl Liebknecht et Rosa Luxemburg, cimetière de Friedrichsfelde à Berlin, le projet du siège de la Reichsbank, Farnsworth House, plusieurs construction de Frank Lloyd Wright (1867-1959), les tours résidentielles de Lake Shore Drive à Chicago, le Seagram Building avec Audrey Hepburn parmi les passants, tout droit sortie de Diamants sur canapé (1961, Breakfast at Tiffany’s) réalisé par Blake Edwards (1922-2010), etc. En fonction de sa familiarité avec les ces individus, il peut reconnaître Mies, mais aussi Walter Gropius (1883-1969), Frank Lloyd Wright, Philip Cortelyou Johnson (1906-2005), Hendrik Petrus Berlage (1956-1934), et d’autres comme Fidel Castro (1926-2016). Le lecteur qui n’est pas familier de la vie de l’architecte prend mieux conscience de la qualité de toutes cette riche tapisserie artistique, en reparcourant l’ouvrage après sa lecture initiale. L’artiste intègre encore d’autres éléments dans sa narration visuelle, comme la consommation d’alcool et de cigares très régulière de l’architecte. De ce fait chaque séquence apporte un nombre considérable d’informations et un néophyte peut parfois éprouver des difficultés à les hiérarchiser faute d’une connaissance préalable, telle que la réputation de Ludwig Mies von der Rohe. Car le fil directeur réside bien dans son parcours de vie, à la fois personnel et professionnel. Le lecteur découvre un individu sûr de son talent, avec une réelle curiosité pour les technologies nouvelles, un homme à femme, un opportuniste. L’auteur se montre fort habile pour mettre en scène ces caractéristiques, se tenant à l’écart de tout jugement moral. Il montre un mari infidèle, un professionnel à la recherche de contrats, quels que soient les commanditaires, quels que soient les conséquences d’une opération immobilière. Il y a une forme de : c’est comme ça. Avec le recul, il est facile de condamner Mies pour avoir courtisé le gouvernement nazi ou en tout s’en être accommodé, ou pour des opérations immobilières impliquant de raser un quartier populaire entier. L’auteur ne l’exonère en rien de ses responsabilités et même le charge un peu plus. Dans sa note en fin d’ouvrage, il précise que l’incident entourant la fermeture du Bauhaus de Berlin par les nazis le 12 avril 1933 n’a pas été aussi dramatique qu’il le raconte. C’est le choix de l’auteur de dramatiser certaines séquences, de lire entre les lignes en interprétant des événements ou des faits connus, par exemple de rendre explicite la liaison entre Mies et Edith Farnsworth, même si ce n’est pas un fait avéré. En racontant le déroulement de la vie de Mies, il présente les opportunités qu’il a su saisir pour pouvoir faire réaliser ses projets, ses influences, les promoteurs et commanditaires qui l’ont mandaté, ainsi que les relations avec certains gouvernements qui avaient leurs propres objectifs en recourant à ses services, et à ceux de son cabinet. Il développe également en arrière-plan des moments clés qui ont construit la personnalité de l’architecte, et donc ses choix artistiques : le métier de tailleur de pierre de son père, la confiscation de biens par les nazis, l’acceptation de cette idéologie par certains de ses élèves, les conséquences sur les élèves d’origine juive, son propre comportement pour préserver sa liberté et l’exercice de sa profession, etc. En fonction de sa sensibilité, le lecteur peut estimer qu’il s’agit de liens de cause à effet très basiques, ou estimer que c’est leur mise en scène qui est basique du fait des contraintes de la pagination, mais que dans le fond ils sont pertinents. Relater le vie personnelle et professionnelle d’un architecte aussi important que Ludwig Mies van der Rohe est un projet très ambitieux. Il faut à la fois rendre compte de la personnalité de l’individu, des événements et des faits qui l’ont construit, de ses réalisations et de leur contexte politique, économique, technologique. L’auteur fait preuve d’un investissement important, aussi bien dans la narration visuelle que dans les recherches préalables. Le résultat est une bande dessinée dense, riche, parfois difficile d’appréhension pour le lecteur néophyte, réussissant son pari de d’évoquer les nombreuses facettes qui façonnent une vie et une œuvre, sans pouvoir prétendre à l’exhaustivité. Une belle réussite.
Parker Girls
Parker girls, mieux vaut ne pas vous frotter à elles, car elles ne font pas dans la demi-mesure, et c'est ça qu'on aime. Ce thriller est redoutablement efficace, rassemblant tous les ingrédients nécessaires pour captiver le lecteur. La narration est fluide et dépourvue de superflu, ce qui rend la lecture particulièrement agréable. J'en redemande encore ! Dessin propre, le noir et blanc rend très bien. -- Merci à Pol pour m'avoir donné envie de lire cette BD --
Adieu Eri
Manga simple qui se lit rapidement, avec une mise en page originale et une petite touche d'humour, ce qui est appréciable pour un thème qui n'est pas très joyeux. Que dire de plus? Ce n'est pas un manga qui m'a profondément marqué ni vraiment touché, mais je le perçois comme un agréable poème que j'ai eu plaisir à lire. 3.5/5
Le Retour
J'ai lu déjà deux BD de Duhammel et j'aime beaucoup l'intelligence qu'il met dans son propos, fustigeant une bêtise humaine qu'il se refuse de coller à une seule personne à chaque fois. Mais il me semble aussi adorer la thématique de l'individu en prise avec une société, montrant que ce n'est pas une question de trouver un arrangement, simplement que certaines situations ne peuvent pas s'arranger du tout. Je commence par cette petite précision parce que la BD "Le retour" est une sorte de banco de l'auteur. Je dirais facilement que c'est ma préféré jusqu'ici (et j'ai adoré #Nouveaucontact) parce qu'elle est parfaitement bien gérée. On a toute la vie d'une personne, son étrangeté et sa rugosité. Le personnage, par le dessin et le caractère, n'est pas sans me rappeler ceux qui parsèment déjà les autres BD qu'il a fait, mais aussi une sorte de miroir de l'auteur. Un artiste entièrement dévoué à sa cause, invivable, alcoolique parfois certes. Mais surtout un artiste qui se pose beaucoup de questions sur la portée de ce qu'il fait. L'histoire présente ici est d'inspiration réelle mais ne correspond pas à une réalité, et c'est tant mieux. Déjà parce qu'elle m'a donnée envie de découvrir le vrai personnage repris ici, mais surtout parce que je sens que l'auteur peut faire ici une réelle histoire qu'il tourne comme il veut. Je parlais plus haut de la bêtise humaine, elle est ici bien présente : corruption, intimidation, violence diverses, les personnages sont au cœur de bien des soucis. Mais en même temps quelque chose d'autre se dégage de tout ça : la volonté acharné d'un homme presque contre lui-même, l'art galvaudé par l'argent ou les drogues, l'écologie qui apparait timidement ... C'est plein de réflexions, plein de sens aussi dans les actions de chaque personnage. Et je dois dire que j'ai trouvé la recomposition de la vie minutieuse et importante. Elle finit par donner un portrait d'artiste étrange : fou, visionnaire, raté, violent, riche, malheureux, qui est-il vraiment ? Cette question a-t-elle seulement un sens ? Je trouve que cette BD soulève énormément de questions et beaucoup de réflexions. Celle que j'ai eu à la fin, c'est de savoir si l'humain pouvait protéger la nature sans devoir la considérer comme une œuvre d'art. Mais la BD est franchement très riche en réflexion et je suis déjà dans l'idée de la relire pour mieux la digérer. Une BD dense mais excellente, qui me fait réfléchir.