Ce récit m'a ravie, de base j'adore l'histoire du temps des pharaons. Mais là d'avoir mêlé ces deux époques en les reliant grâce à la passion de l'héroïne, c'est prenant. C'est une bd surprenante car elle mêle pas mal de genres, documentaire historique, érotisme, drame... Le graphisme fonctionne, le récit est bien construit, bref une BD que je recommande.
Je l'ai lu d'une seule traite ! J'ai été captivée par le lien de ces deux femmes. Elles sont fortes, touchantes et pleines de bienveillance au regard du monde embrumé de traditions arriérées.
Le graphisme et simple, les traits sont propres, ça fonctionne très bien.
Une lecture très plaisante, de la fantasy comme je l'aime. Pas prise de tête.
Cairn a pour mère une vouivre, mais il est le fruit d'un accouplement entre un humain et un rocher.
Pierre Dubois a créé un monde fascinant, sauvage et violent où ça décapite, ça tranche, ça perfore, ça baise... bref, que du bonheur.
Un premier album qui se concentre sur la naissance, la prime jeunesse et l'éducation de Cairn. Un second tome qui nous fait découvrir un Cairn en jeune adulte, avec la quéquette à l'air libre une bonne partie du récit, où l'action sera le moteur de l'histoire.
Un diptyque aux dialogues savoureux : "... avide du vit vif d'un viril valet veule..." ou encore "Soyez ardent, conanesque et herculléen mon cairnitounet". Des personnages truculents, des surprises, de l'humour et une narration maîtrisée pour une intrigue classique et efficace qui parodie le genre avec talent. Dubois dissémine aussi de nombreuses références et j'ai apprécié cette caricature de nos partis politique de l'époque avec le royaume de la partie gauche et celui de la partie droite.
Par contre, j'aurais bien prolongé pour en connaître un peu plus sur cet univers fantasyste, en particulier sur la fée Lalie.
J'ai aimé le dessin de Jérôme Lereculey, il est dynamique et expressif et il fait ressortir la noirceur de ce monde sauvage tout en réussissant à y glisser des touches d'humour.
Les couleurs typées années 90 de Isabelle Merlet sont superbes.
Du très bon travail.
J'ai passé un excellent moment de détente et je ne peux que recommander aux amateurs du genre.
4 étoiles amplement méritées.
Avis spécial pour Tomdelapampa ;-)
Une série sans prétention, mais que j’ai trouvée vraiment sympa. J’ai préféré globalement le premier tome, plus homogène dans l’humour, mais le second propose lui aussi quelques petits moments et dialogues savoureux, assez marrants.
L’histoire de Gérard Latuille, rêveur, gaffeur, un peu lose, est narrée de façon amusante, en faisant intervenir le lecteur, tout un tas de personnages commentant ses ratages, lui donnant des conseils. Lui-même commente à haute voix les péripéties de sa vie.
Sa drague maladroite et timide dans le premier tome, les agressions subies de la part des gamines de sa copine dans le second sont en particulier savoureuses à suivre.
La narration est très agréable à suivre, le ton est léger, manie bien l’ironie, Gérard alterne le pathétique et l’euphorie béate, la maladresse, on s’attache à lui tout en riant de ses mésaventures. Il reste un personnage crédible.
Quant au dessin de Casanave, il est parfait pour accompagner le scénario et les textes de Zabus. Moderne et léger, avec un Gérard qui m’a souvent fait penser à Bouzard (pour la tête du personnage, mais aussi pour son côté lose), c’est un trait fluide et agréable.
Un diptyque plaisant à lire, souvent drôle. Une belle découverte.
Note réelle 3,5/5 (j’arrondis aux quatre étoiles pour le premier tome).
J'avais été moyennement séduit par l'univers de Pico Bogue que je trouvais un peu intello pour des enfants aussi jeunes. Une fois n'est pas coutume j'ai préféré le spin off de cette série.
Je me suis beaucoup plus retrouvé dans cet univers de doudous si attachants. Ana et ses six doudous proposent une vraie plongée poétique dans le monde de l'imaginaire de la période qui suit la très petite enfance.
Cette période où l'enfant commence à créer son propre univers sans les parents grâce aux doudous. Les auteurs emploient un ton particulièrement juste sans mièvrerie pour faire vivre cette ambiance.
La vingtaine de pages suffit pour nous entrainer dans une histoire dynamique et pleine de fantaisie attendrissante. Chaque petite histoire met l'accent sur une thématique particulière un peu dans le genre de "Max et Lili" mais en plus poétique.
Le graphisme d'Alexis Dormal est toujours aussi réussi. Ses personnages sont tellement expressifs et drôles mis en valeurs par une excellente mise en couleur très lumineuse. Le découpage est moderne Dormal équilibrant les pleines pages lumineuses avec des pages plus classiques qui donnent beaucoup de rythme à la narration visuelle.
Une très bonne série pour les lecteurs et lectrices débutant(e)s.
Voilà encore une belle surprise à côté de laquelle je serais passé si je ne venais pas ici régulièrement. J'adore ce genre de saga familiale qui s’étend sur plusieurs décennies et qui te fait plonger dans un univers où chaque membre de la tribu a son caractère bien trempé. C’est vraiment dans la lignée des grandes sagas à la Malaussène de Pennac ou Les Vieux Fourneaux : des personnages hauts en couleur, des histoires qui se croisent, se répondent, et une bonne dose d’humanité.
L’intrigue suit cette tribu un peu décalée, avec ses conflits, ses moments de tendresse, et surtout son envie de vivre librement, à l’écart des conventions. Chaque génération apporte son lot de drames et de réjouissances, et c’est cette continuité sur plusieurs décennies qui donne toute sa richesse au récit. On voit évoluer les personnages, on s’attache à eux, et au fil des pages, on a l’impression de faire partie de cette tribu indocile.
Le dessin accompagne parfaitement l’ambiance du récit. Ce n’est pas forcément le genre de style qui tape à l’œil, mais il capte bien les émotions et l’énergie de la famille. Les moments d’humour sont là, bien placés, et malgré la longueur de la saga, on ne s’ennuie jamais. Il y a cette fluidité dans le récit qui fait qu’on enchaîne les tomes sans vraiment s’en rendre compte.
Encore une belle trouvaille, merci Grogro d'avoir influencé les autres si je comprends bien :). C’est le genre de lecture qui te laisse un bon feeling, avec ce mélange de nostalgie et de joie de vivre, comme une bouffée d’air frais dans un monde où tout va trop vite. Une saga à savourer doucement, comme un bon vin qu’on laisse vieillir pour en apprécier toutes les nuances
Mélaka nous raconte avec simplicité et beaucoup de sincérité les derniers moments de sa mère, Gudule, autrice connue que je ne connaissais pas. Pas de pathos ou de drame exagéré, juste la réalité d’une famille qui traverse une épreuve difficile. Le récit alterne entre les souvenirs de Gudule, racontés avec tendresse et parfois un brin d’humour, et les moments où la maladie prend de plus en plus de place. Ce mélange passé-présent donne du rythme à l’histoire et permet de découvrir à la fois la femme forte qu’était Gudule et la douleur qui s’installe peu à peu.
Le dessin, assez simple et direct, n’essaie pas d’en faire trop. Il accompagne bien le ton du récit, avec ce côté un peu brut qui fait passer les émotions sans avoir besoin d’effets. L’humour est là, discret, mais il apporte un peu de légèreté, même quand les situations sont compliquées. Ce n’est jamais lourd, juste ce qu’il faut pour continuer d’avancer dans l’histoire.
Ce qui ressort surtout, c’est l’amour qui lie cette famille. On sent que, malgré la tristesse et les moments de découragement, il y a toujours ce lien fort qui les maintient ensemble. C’est un album sur le deuil, oui, mais aussi sur la vie qui continue, sur l’importance des souvenirs et des moments partagés. Loin d’être larmoyant, le récit est honnête et touchant, sans chercher à forcer les émotions.
Un album qui se lit tranquillement, avec des moments de tendresse et de tristesse bien équilibrés, et qui laisse une impression de douceur malgré tout.
3.5
André-Philippe Côté montre encore une fois avec ce one-shot qu'il est un des meilleurs auteurs québécois de bande dessinée.
Encore une fois, il parle d'art et cette fois-ci il le fait au travers d'une artiste fictive qui fait de l'art primitif. Elle évolue dans un monde d'hommes qui ont des préjugés face à son art, qui n'a rien d'académique ou qui n'est pas comme les artistes à la mode de l'époque.
La vie d'Ama, l'artiste fictive, est racontée en flash-back via une enquête d'une journaliste qui veut savoir ce qui est arrivé à cette artiste, qui a disparu après avoir rencontré le succès. Le gros de l'histoire se passe dans les années 30-60 et Côté en profite pour dépeindre le côté obscurantiste du Québec de l'époque, dominé par le clergé et les idées conservatrices, et les changements qui sont survenus durant les années 60.
Le scénario est prenant, avec des réflexions intéressantes sur l'art et une galerie de personnages hauts en couleurs. Le dessin est très bon.
Après l'excellent Batman - Un long Halloween que j'ai adoré, je poursuis le rattrapage de ma culture BD concernant notre homme chauve-souris.
L'histoire de cette BD réalisée par le renommé duo Miller/Mazzucchelli, se situe avant "Un long Halloween". On découvre ici les prémices de notre héros masqué ainsi que l'origine de la coopération puis l'amitié naissante entre Jim Gordon et Batman. La création du personnage de Catwoman est également abordée.
Cette œuvre se distingue par le fait qu'elle soit centrée sur le personnage de Jim Gordon et son arrivée dans la ville de Gotham. On suit avec un plaisir non dissimulé son arrivée, pas forcément souhaitée, au sein de la Police un brin corrompue de Gotham. La naissance de Batman qui tranche avec celle imaginée par Christopher Nolan dans son célèbre "The dark Knight", est également intéressante, Bruce agissant au départ à visage découvert avant de choisir le déguisement de chauve-souris pour des raisons que je ne dévoilerai pas ici. Chaque personnage, que ce soit Jim ou Bruce possèdent ses propres failles rendant l'ensemble plutôt crédible et cohérent. J'ai été en revanche moins convaincu par le personnage de Catwoman, beaucoup trop masculine à mon goût, et ne collant pas avec la félinité d'un chat.
Au niveau du dessin, s'il confère une ambiance vintage contribuant à l'histoire générale, je l'ai tout de même trouvé un cran en dessous d'un long Halloween. Il convient tout de même de le resituer dans le contexte de sa sortie (1987), cette œuvre ayant à présent près de 37 ans...
Un très bon comics de Batman à posséder sans nul doute.
SCENARIO (Originalité, Histoire, personnages) : 8,5/10
GRAPHISME (Dessin, colorisation) : 7,5/10
NOTE GLOBALE : 16/20
Chris Hedges, à l’instar de Noam Chomsky, est un universitaire et écrivain majeure de la gauche radicale américaine. Ancien correspondant de guerre, il ne pouvait que s’entendre avec Joe Sacco dans l’entreprise dont cet album est l’aboutissement : rendre compte de l’impact du capitalisme sauvage sur les familles, les travailleurs, les écosystèmes.
C’est un réquisitoire impitoyable et engagé que nous livrent les deux hommes, des réserves Sioux aux régions minières dévastées, en passant par l’esclavage moderne des travailleurs saisonniers. L’album se termine par un chapitre optimiste autour du mouvement « Occupy Wall Street ». Hélas, depuis 2011 (date de publication du livre), le capitalisme ultralibéral et ses séides ont éteint l’incendie.
Le travail des deux auteurs est très rigoureux, avec un appareil critique classique pour un travail universitaire : nombreuses notes et références en fin de chaque chapitre, et imposante bibliographie en fin de volume.
Les trois-quarts de l’album ne sont constitués que du texte de Hedges. Celui-ci est souvent illustré de dessins de Sacco. Et, à plusieurs reprises (mais pas pour tous les 5 « exemples »/chapitres), Sacco développe entre dix et douze pages purement BD.
L’envers du « rêve américain » et du système capitaliste. Clairement pas une lecture qui booste le moral, mais une lecture saine – qui prend du temps, il y a beaucoup de textes. En tout cas un album que j’ai trouvé intéressant. Les amateurs du style de Sacco, des bouquins de Chomsky ou de la lecture du Monde diplomatique (comme c’est mon cas) y trouveront leur compte.
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Ce récit m'a ravie, de base j'adore l'histoire du temps des pharaons. Mais là d'avoir mêlé ces deux époques en les reliant grâce à la passion de l'héroïne, c'est prenant. C'est une bd surprenante car elle mêle pas mal de genres, documentaire historique, érotisme, drame... Le graphisme fonctionne, le récit est bien construit, bref une BD que je recommande.
Un sombre manteau
Je l'ai lu d'une seule traite ! J'ai été captivée par le lien de ces deux femmes. Elles sont fortes, touchantes et pleines de bienveillance au regard du monde embrumé de traditions arriérées. Le graphisme et simple, les traits sont propres, ça fonctionne très bien.
Cairn - Le Miroir des eaux
Une lecture très plaisante, de la fantasy comme je l'aime. Pas prise de tête. Cairn a pour mère une vouivre, mais il est le fruit d'un accouplement entre un humain et un rocher. Pierre Dubois a créé un monde fascinant, sauvage et violent où ça décapite, ça tranche, ça perfore, ça baise... bref, que du bonheur. Un premier album qui se concentre sur la naissance, la prime jeunesse et l'éducation de Cairn. Un second tome qui nous fait découvrir un Cairn en jeune adulte, avec la quéquette à l'air libre une bonne partie du récit, où l'action sera le moteur de l'histoire. Un diptyque aux dialogues savoureux : "... avide du vit vif d'un viril valet veule..." ou encore "Soyez ardent, conanesque et herculléen mon cairnitounet". Des personnages truculents, des surprises, de l'humour et une narration maîtrisée pour une intrigue classique et efficace qui parodie le genre avec talent. Dubois dissémine aussi de nombreuses références et j'ai apprécié cette caricature de nos partis politique de l'époque avec le royaume de la partie gauche et celui de la partie droite. Par contre, j'aurais bien prolongé pour en connaître un peu plus sur cet univers fantasyste, en particulier sur la fée Lalie. J'ai aimé le dessin de Jérôme Lereculey, il est dynamique et expressif et il fait ressortir la noirceur de ce monde sauvage tout en réussissant à y glisser des touches d'humour. Les couleurs typées années 90 de Isabelle Merlet sont superbes. Du très bon travail. J'ai passé un excellent moment de détente et je ne peux que recommander aux amateurs du genre. 4 étoiles amplement méritées. Avis spécial pour Tomdelapampa ;-)
Les Chroniques d'un maladroit sentimental
Une série sans prétention, mais que j’ai trouvée vraiment sympa. J’ai préféré globalement le premier tome, plus homogène dans l’humour, mais le second propose lui aussi quelques petits moments et dialogues savoureux, assez marrants. L’histoire de Gérard Latuille, rêveur, gaffeur, un peu lose, est narrée de façon amusante, en faisant intervenir le lecteur, tout un tas de personnages commentant ses ratages, lui donnant des conseils. Lui-même commente à haute voix les péripéties de sa vie. Sa drague maladroite et timide dans le premier tome, les agressions subies de la part des gamines de sa copine dans le second sont en particulier savoureuses à suivre. La narration est très agréable à suivre, le ton est léger, manie bien l’ironie, Gérard alterne le pathétique et l’euphorie béate, la maladresse, on s’attache à lui tout en riant de ses mésaventures. Il reste un personnage crédible. Quant au dessin de Casanave, il est parfait pour accompagner le scénario et les textes de Zabus. Moderne et léger, avec un Gérard qui m’a souvent fait penser à Bouzard (pour la tête du personnage, mais aussi pour son côté lose), c’est un trait fluide et agréable. Un diptyque plaisant à lire, souvent drôle. Une belle découverte. Note réelle 3,5/5 (j’arrondis aux quatre étoiles pour le premier tome).
Ana Ana
J'avais été moyennement séduit par l'univers de Pico Bogue que je trouvais un peu intello pour des enfants aussi jeunes. Une fois n'est pas coutume j'ai préféré le spin off de cette série. Je me suis beaucoup plus retrouvé dans cet univers de doudous si attachants. Ana et ses six doudous proposent une vraie plongée poétique dans le monde de l'imaginaire de la période qui suit la très petite enfance. Cette période où l'enfant commence à créer son propre univers sans les parents grâce aux doudous. Les auteurs emploient un ton particulièrement juste sans mièvrerie pour faire vivre cette ambiance. La vingtaine de pages suffit pour nous entrainer dans une histoire dynamique et pleine de fantaisie attendrissante. Chaque petite histoire met l'accent sur une thématique particulière un peu dans le genre de "Max et Lili" mais en plus poétique. Le graphisme d'Alexis Dormal est toujours aussi réussi. Ses personnages sont tellement expressifs et drôles mis en valeurs par une excellente mise en couleur très lumineuse. Le découpage est moderne Dormal équilibrant les pleines pages lumineuses avec des pages plus classiques qui donnent beaucoup de rythme à la narration visuelle. Une très bonne série pour les lecteurs et lectrices débutant(e)s.
Les Indociles
Voilà encore une belle surprise à côté de laquelle je serais passé si je ne venais pas ici régulièrement. J'adore ce genre de saga familiale qui s’étend sur plusieurs décennies et qui te fait plonger dans un univers où chaque membre de la tribu a son caractère bien trempé. C’est vraiment dans la lignée des grandes sagas à la Malaussène de Pennac ou Les Vieux Fourneaux : des personnages hauts en couleur, des histoires qui se croisent, se répondent, et une bonne dose d’humanité. L’intrigue suit cette tribu un peu décalée, avec ses conflits, ses moments de tendresse, et surtout son envie de vivre librement, à l’écart des conventions. Chaque génération apporte son lot de drames et de réjouissances, et c’est cette continuité sur plusieurs décennies qui donne toute sa richesse au récit. On voit évoluer les personnages, on s’attache à eux, et au fil des pages, on a l’impression de faire partie de cette tribu indocile. Le dessin accompagne parfaitement l’ambiance du récit. Ce n’est pas forcément le genre de style qui tape à l’œil, mais il capte bien les émotions et l’énergie de la famille. Les moments d’humour sont là, bien placés, et malgré la longueur de la saga, on ne s’ennuie jamais. Il y a cette fluidité dans le récit qui fait qu’on enchaîne les tomes sans vraiment s’en rendre compte. Encore une belle trouvaille, merci Grogro d'avoir influencé les autres si je comprends bien :). C’est le genre de lecture qui te laisse un bon feeling, avec ce mélange de nostalgie et de joie de vivre, comme une bouffée d’air frais dans un monde où tout va trop vite. Une saga à savourer doucement, comme un bon vin qu’on laisse vieillir pour en apprécier toutes les nuances
Sous les bouclettes
Mélaka nous raconte avec simplicité et beaucoup de sincérité les derniers moments de sa mère, Gudule, autrice connue que je ne connaissais pas. Pas de pathos ou de drame exagéré, juste la réalité d’une famille qui traverse une épreuve difficile. Le récit alterne entre les souvenirs de Gudule, racontés avec tendresse et parfois un brin d’humour, et les moments où la maladie prend de plus en plus de place. Ce mélange passé-présent donne du rythme à l’histoire et permet de découvrir à la fois la femme forte qu’était Gudule et la douleur qui s’installe peu à peu. Le dessin, assez simple et direct, n’essaie pas d’en faire trop. Il accompagne bien le ton du récit, avec ce côté un peu brut qui fait passer les émotions sans avoir besoin d’effets. L’humour est là, discret, mais il apporte un peu de légèreté, même quand les situations sont compliquées. Ce n’est jamais lourd, juste ce qu’il faut pour continuer d’avancer dans l’histoire. Ce qui ressort surtout, c’est l’amour qui lie cette famille. On sent que, malgré la tristesse et les moments de découragement, il y a toujours ce lien fort qui les maintient ensemble. C’est un album sur le deuil, oui, mais aussi sur la vie qui continue, sur l’importance des souvenirs et des moments partagés. Loin d’être larmoyant, le récit est honnête et touchant, sans chercher à forcer les émotions. Un album qui se lit tranquillement, avec des moments de tendresse et de tristesse bien équilibrés, et qui laisse une impression de douceur malgré tout.
Ama
3.5 André-Philippe Côté montre encore une fois avec ce one-shot qu'il est un des meilleurs auteurs québécois de bande dessinée. Encore une fois, il parle d'art et cette fois-ci il le fait au travers d'une artiste fictive qui fait de l'art primitif. Elle évolue dans un monde d'hommes qui ont des préjugés face à son art, qui n'a rien d'académique ou qui n'est pas comme les artistes à la mode de l'époque. La vie d'Ama, l'artiste fictive, est racontée en flash-back via une enquête d'une journaliste qui veut savoir ce qui est arrivé à cette artiste, qui a disparu après avoir rencontré le succès. Le gros de l'histoire se passe dans les années 30-60 et Côté en profite pour dépeindre le côté obscurantiste du Québec de l'époque, dominé par le clergé et les idées conservatrices, et les changements qui sont survenus durant les années 60. Le scénario est prenant, avec des réflexions intéressantes sur l'art et une galerie de personnages hauts en couleurs. Le dessin est très bon.
Batman - Année Un (Year One)
Après l'excellent Batman - Un long Halloween que j'ai adoré, je poursuis le rattrapage de ma culture BD concernant notre homme chauve-souris. L'histoire de cette BD réalisée par le renommé duo Miller/Mazzucchelli, se situe avant "Un long Halloween". On découvre ici les prémices de notre héros masqué ainsi que l'origine de la coopération puis l'amitié naissante entre Jim Gordon et Batman. La création du personnage de Catwoman est également abordée. Cette œuvre se distingue par le fait qu'elle soit centrée sur le personnage de Jim Gordon et son arrivée dans la ville de Gotham. On suit avec un plaisir non dissimulé son arrivée, pas forcément souhaitée, au sein de la Police un brin corrompue de Gotham. La naissance de Batman qui tranche avec celle imaginée par Christopher Nolan dans son célèbre "The dark Knight", est également intéressante, Bruce agissant au départ à visage découvert avant de choisir le déguisement de chauve-souris pour des raisons que je ne dévoilerai pas ici. Chaque personnage, que ce soit Jim ou Bruce possèdent ses propres failles rendant l'ensemble plutôt crédible et cohérent. J'ai été en revanche moins convaincu par le personnage de Catwoman, beaucoup trop masculine à mon goût, et ne collant pas avec la félinité d'un chat. Au niveau du dessin, s'il confère une ambiance vintage contribuant à l'histoire générale, je l'ai tout de même trouvé un cran en dessous d'un long Halloween. Il convient tout de même de le resituer dans le contexte de sa sortie (1987), cette œuvre ayant à présent près de 37 ans... Un très bon comics de Batman à posséder sans nul doute. SCENARIO (Originalité, Histoire, personnages) : 8,5/10 GRAPHISME (Dessin, colorisation) : 7,5/10 NOTE GLOBALE : 16/20
Jours de destruction, jours de révolte
Chris Hedges, à l’instar de Noam Chomsky, est un universitaire et écrivain majeure de la gauche radicale américaine. Ancien correspondant de guerre, il ne pouvait que s’entendre avec Joe Sacco dans l’entreprise dont cet album est l’aboutissement : rendre compte de l’impact du capitalisme sauvage sur les familles, les travailleurs, les écosystèmes. C’est un réquisitoire impitoyable et engagé que nous livrent les deux hommes, des réserves Sioux aux régions minières dévastées, en passant par l’esclavage moderne des travailleurs saisonniers. L’album se termine par un chapitre optimiste autour du mouvement « Occupy Wall Street ». Hélas, depuis 2011 (date de publication du livre), le capitalisme ultralibéral et ses séides ont éteint l’incendie. Le travail des deux auteurs est très rigoureux, avec un appareil critique classique pour un travail universitaire : nombreuses notes et références en fin de chaque chapitre, et imposante bibliographie en fin de volume. Les trois-quarts de l’album ne sont constitués que du texte de Hedges. Celui-ci est souvent illustré de dessins de Sacco. Et, à plusieurs reprises (mais pas pour tous les 5 « exemples »/chapitres), Sacco développe entre dix et douze pages purement BD. L’envers du « rêve américain » et du système capitaliste. Clairement pas une lecture qui booste le moral, mais une lecture saine – qui prend du temps, il y a beaucoup de textes. En tout cas un album que j’ai trouvé intéressant. Les amateurs du style de Sacco, des bouquins de Chomsky ou de la lecture du Monde diplomatique (comme c’est mon cas) y trouveront leur compte.