Les derniers avis (31901 avis)

Par Emka
Note: 4/5
Couverture de la série Rural !
Rural !

Davodeau nous emmène ici au cœur du monde agricole, un univers qu’il a observé pendant plus d’un an en suivant plusieurs agriculteurs bio et leur quotidien. À la fois reportage et témoignage, l’auteur nous plonge dans le quotidien de ces travailleurs de la terre, les défis qu’ils rencontrent, mais surtout leur lutte contre un projet d’autoroute qui menace leurs exploitations. On ressent bien l’engagement de Davodeau, un peu trop diront certains, mais son approche reste profondément humaine. Davodeau capte bien la tension, l’injustice ressentie par les agriculteurs face aux décisions politiques qui semblent inévitables. Le récit met en lumière non seulement la résistance face à cette autoroute, mais aussi la manière dont ces agriculteurs vivent au quotidien avec une approche écologique, un travail acharné, et un amour indéfectible pour leur terre. On ne peut s’empêcher de réfléchir à notre propre consommation, à notre rapport à la nature. Certaines critiques reprochent à Davodeau un certain manichéisme dans sa présentation des enjeux. D’un côté, les paysans sont des héros courageux, de l’autre, les promoteurs de l’autoroute sont vus comme des bureaucrates déconnectés. Il faut bien se dire que Davodeau est quelqu'un d'engagé. Mais je trouve quand même le tableau plus équilibré que son pamphlet anti nucléaire de Le Droit du sol dans lequel il passe plus par de l'argumentation appuyée sans contradicteur. Là on est dans une histoire humaine. Bref, Rural ! est une BD qui se lit comme un documentaire. Si vous cherchez de l’action, passez votre chemin. Mais si vous aimez les histoires qui racontent la vraie vie, qui éveillent la réflexion et touchent le cœur, alors cette BD est à lire.

04/10/2024 (modifier)
Par Emka
Note: 4/5
Couverture de la série Les Schtroumpfs
Les Schtroumpfs

Mes beaux parents n'ont qu'une série de BD chez eux, les Schtroumpfs. Classique parmi les classiques, indémodable de la bande dessinée franco-belge, une série qui a su conquérir toutes les générations depuis sa création par Peyo en 1958. Et si ca plait à toutes les générations, c'est que derrière cet univers enfantin se cachent des thèmes plus profonds. À travers ces personnages, Peyo traite des sujets comme la coopération, la tolérance, ou encore la critique de la société de consommation (comme dans Le Schtroumpf Financier). Visuellement, la série est une merveille de clarté. Le dessin de Peyo est limpide, précis, avec des couleurs vives qui renforcent le côté joyeux et innocent du monde des Schtroumpfs. Mais attention, ce n’est pas pour autant une série à prendre à la légère. Certains épisodes, comme Le Schtroumpfissime, introduisent des thèmes comme la politique et le pouvoir, quand un Schtroumpf se retrouve élu chef et abuse de son pouvoir, une critique à peine voilée des dérives autoritaires. La force des Schtroumpfs, c’est leur capacité à plaire aux enfants tout en offrant des niveaux de lecture plus subtils pour les adultes. Peyo savait mêler humour, aventure, et réflexion, ce qui explique la longévité et l’universalité de la série. Une lecture divertissante mais intelligente, qui, sous couvert d’aventures fantastiques, nous renvoie une image bien familière de notre propre société.

04/10/2024 (modifier)
Par Emka
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série RIP
RIP

Voici une série qui ne cherche pas à innover pour le plaisir, mais qui prend un concept classique et le magnifie. Chaque tome offre la perspective d’un des membres d’une équipe de nettoyeurs de cadavres, ces invisibles qui passent après les décès anonymes. Ce qui pourrait être une énième variation d’une histoire déjà vue devient ici un polar noir très bien réalisé grâce à la profondeur des personnages et à une ambiance particulièrement poisseuse. Le dessin de Julien Monier est efficace et colle parfaitement à l’atmosphère de décomposition et de misère humaine que dépeint Gaet’s au scénario. Pas besoin de contempler les planches pendant des heures, car c’est le récit qui nous happe, avec ses dialogues crus et sa structure implacable. Chaque tome dévoile un peu plus l’histoire en changeant de point de vue, et c’est là tout l’intérêt : les pièces du puzzle s’assemblent au fur et à mesure, révélant des facettes inattendues des personnages. On pourrait croire que la série tournerait en rond, mais non. Même si certains moments sont peut-être un peu répétitifs, l’alternance des points de vue maintient l’intérêt, et on finit par s’attacher à cette bande de bras cassés. Les couleurs, dans des tons terreux, accentuent la noirceur de l’univers. L’intrigue ne révolutionne pas le genre, mais ce n’est pas ce qu’on lui demande. Un polar vraiment intéressant et maitrisé. Coup de coeur pour moi.

04/10/2024 (modifier)
Par Emka
Note: 4/5
Couverture de la série Putain de guerre !
Putain de guerre !

Une autre plongée brutale dans l’enfer de la Première Guerre mondiale, avec un ton tout aussi direct que dans "C’était la guerre des tranchées". Ce qui ressort d’abord, c’est cette façon unique qu’a Tardi de rendre palpable l’absurdité de la guerre. Dès les premières pages, on est pris dans cette chronologie linéaire, de 1914 à 1919, et l’on suit l’évolution progressive du conflit à travers les yeux d’un soldat anonyme. L’approche est différente de "C’était la guerre des tranchées" : ici, le récit est plus structuré, chronologique. On suit ce soldat anonyme à travers l’enlisement progressif du conflit, la désillusion des premières années, et l’absurdité totale qui gagne les esprits. Le choix de la voix off est une réussite, car il renforce le sentiment d’isolement et de détachement face aux événements. Le vocabulaire est cru, direct, comme si l’on écoutait le monologue intérieur d’un homme qui ne comprend plus rien à ce qui se passe autour de lui. Graphiquement, l’usage de la couleur est une nouveauté pour Tardi sur ce sujet. Le début du conflit est marqué par des teintes vives, mais au fil des pages, ces couleurs s’assombrissent pour virer au gris et au brun, épousant parfaitement l’évolution morale et physique des soldats. Ce procédé visuel accentue l’effondrement progressif des illusions des premiers jours de guerre, et renforce l’atmosphère pesante des tranchées. Le scénario est volontairement minimaliste, sans grande intrigue ou rebondissements. On suit simplement l’écoulement du temps, les faits marquants, les assauts, les périodes de répit et les ordres absurdes qui conduisent les hommes à la mort. Ce qui rend cet album marquant, c’est son réalisme cru, loin de tout glamour. C’est un hommage à tous ces soldats, des anonymes, sacrifiés sur l’autel d’une guerre incompréhensible pour eux. Un témoignage poignant et sans artifices de ce que fut la Grande Guerre. Plus qu’une simple BD, c’est un récit documentaire qui montre l’absurdité du conflit à travers les yeux d’un soldat ordinaire. Un album à la fois dur et nécessaire, qui vient enrichir l’œuvre déjà impressionnante de Tardi sur ce sujet.

04/10/2024 (modifier)
Par gruizzli
Note: 4/5
Couverture de la série Terra Australis
Terra Australis

J'avais bien envie de découvrir cette expédition improbable qui a vu l'Angleterre envoyer ses "rebuts" coloniser une terre considérée comme vide. Le genre de récit assez improbable qui a donné lieu aujourd'hui à des théories du complot, c'est dire ! L'histoire est assez lente à se mettre en place, mais si remplie de petites choses improbables que j'ai rapidement posé la BD pour vérifier les différentes assertions. La BD présente plusieurs personnages, que je pensais tout d'abord protagonistes de l'histoire et dont nous verrions l'évolution progressive. Mais c'est plus un artifice de narration pour nous montrer l'ambiance, nous plonger dans les états d'esprits de cette époque. Caesar, qui m'apparaissait comme un personnage en contrepoint, n'a pas réellement d'histoire personnelle : c'est une figure des noirs en Angleterre dans cette époque, détachée de l'esclavage mais jamais libre. Le récit est donc lent, mais fourni. Chaque personnage est développé progressivement, même si certains d'entre eux sont parfois secondaires. Il s'agit de comprendre les motivations, les enjeux, l'air du temps. La BD ne se veut pas moralisatrice : ces gens enfermés pour des broutilles ne sont pas que des victimes d'un système, les gouverneurs et capitaines ne sont pas que des vilains colons racistes. Il y a autant de nuances que de personnages, et c'est assez difficile de se poser en juge moral de cette colonisation. Elle entrainera des morts en pagaille, a été préparé n'importe comment et aura donné lieu à d'innombrables violences, mais se poser en moralisateur est facile, depuis notre fauteuil ... Une BD historique riche et dense, très bien faite, qui propose une lecture nuancée mais prenante d'un évènement de grande ampleur historique : la colonisation d'un continent par l'Angleterre. La BD est porté par son sujet, ne créant pas réellement de petite histoire dans la grande. Une lecture qui change de l'ordinaire mais qui soulève beaucoup de réflexions.

04/10/2024 (modifier)
Par gruizzli
Note: 4/5
Couverture de la série Le Manoir de Chartwell
Le Manoir de Chartwell

J'avais mis cette BD dans ma liste à lire sans trop m'en souvenir et la couverture m'évoquait une BD fantastique. Eh beh ... C'est pas du tout ça ! Le récit est celui de la vie du narrateur, ou plus exactement une partie de sa vie, celle liée à son enfance et son séjour au pensionnat Chartwell. Là où il rencontra Monsieur. La BD est une plongée dans toute la vie du narrateur, jusqu'au années 2000 soit une période de plus de trente ans. Et il y a de quoi, puisque parlant d'un traumatisme sexuel, l'auteur se livre également assez expressément sur sa sexualité. Il semble peut-être plus simple de voir l'ensemble avec du recul et l'âge, et c'est plus pertinent pour le lecteur. Parce que mis bout à bout, c'est assez édifiant de voir le parcours de vie de ces personnes qui furent en contact avec Monsieur. La lecture de l'intérieur est toujours éprouvante et peut choquer, la BD n'est pas à recommander aux âmes les plus sensibles. Il faut dire que ce type est assez vite suffisamment dérangeant pour qu'on ait envie que ça change, mais on ne pourra que constater les dégâts. Niveau dessin, c'est du comic underground pur jus. On le sent inspiré des auteurs des années 60, personnellement je n'aime pas du tout. Je trouve que ça part en tout sens, avec des cases parfois trop chargées ou dans lesquels j'avais du mal à suivre l'action. Je le comprends pour les cases de trips de jeunesse, parfois ça semble trop chargé même dans ses représentations quotidienne. D'autre part il y a une sensation d'étrangeté dans les mouvements des personnages assez régulièrement. Je ne suis vraiment pas fan, ça fait trop comics underground et plusieurs fois je me suis dit qu'il y aurait eu moyen de faire plus travaillé dans le trait. Curieusement, c'est une impression que j'ai eu sur la deuxième moitié de l'album, peut-être la première a-t-elle été plus travaillée du fait des photos anciennes qui servaient de support ? En l'état, c'est une BD qui permet de mettre en lumière les exactions qui ont été largement couverte par un silence sociétale, une omerta juridique et aussi un silence des victimes qui ne trouvaient pas d'interlocuteurs. Les échanges avec les parents, par exemple, sont horribles. Comment parler, dans ce cas là ? Que dire ? Une BD qui rappelle que les violences sexuelles ont prospéré sur le silence, qu'il faut le briser et c'est ce qui m'incite à recommander la lecture de la BD.

03/10/2024 (modifier)
Couverture de la série Marius
Marius

"Marius" est le premier volet de la trilogie marseillaise de Pagnol. A l'origine c'est une pièce de théâtre "avec l'accent" qui contre toute attente fut très bien reçue à Paris. Elle est restée dans le esprits des cinéphiles grâce à l'une des "répliques cultes" les plus célèbres du cinéma français dans la scène de la partie de manille. Je dois avouer que j'avais presque tout oublié et c'est avec plaisir que j'ai retrouvé cette histoire . Comme toujours dans cette collection Stoffel et Scotto respectent le scénario , la mise en scène et l'esprit Pagnol. Le choix des dialogues est premier puisque c'est un texte de théâtre. J'ai trouvé ce choix judicieux car il mêle l'humour et la truculence du parlé provençal avec la subtilité des sentiments amoureux du couple Fanny-Marius. Les auteurs équilibrent les différents genres de dialogues et nous immergent entre "pastissons" et "graffignerais" dans une ambiance du Vieux Port amusante et pittoresque sans moquerie. Le dialogue final entre les amoureux est déroutant comme le souligne Ro dans son avis mais cela conduit à un final dramatique qui reste ouvert. C'est d'ailleurs ce final qui incitera Pagnol sous la pression populaire à donner suite. Cela fonctionne encore puisque je ne connais pas "Fanny" et que j'ai hâte de découvrir la suite. Le piège d'une adaptation théâtrale est de rester dans une mise en scène assez figée. L'excellent travail de Sébastien Morice ouvre l'espace aux extérieurs du Bar de la Marine. La mise en scène devient ainsi très cinématographique avec de nombreux plans dans ce vieux quartier . Les escapades de Marius et ses promenades sentimentales avec Fanny permettent d'introduire des extérieurs très soignés et détaillés. Cela donne à Marseille une vraie place centrale dans le récit comme personnage à part entière. De plus Morice apporte aussi un grand talent aux scènes du bar avec une expressivité des personnages qui colle à merveille à la truculence des dialogues. Les deux parties se complètent bien: la première autour de Panisse est pleine d'humour, la seconde dans la relation amoureuse entre Fanny et Marius introduit une tension dramatique qui atteint son paroxysme au final. Une belle lecture pour une adaptation très à mon goût d'une œuvre célèbre.

03/10/2024 (modifier)
Par Emka
Note: 4/5
Couverture de la série Indélébiles
Indélébiles

Un retour en arrière, un hommage aux années passées chez Charlie Hebdo, avec toute l’ironie, la tendresse et l’humour de Luz. Le livre fonctionne comme une collection de petits moments, des saynètes qui nous plongent dans l’ambiance de la rédaction, aux côtés de Cabu, Charb, Wolinski, Tignous, et tous les autres. Ce qui ressort surtout, c’est l’aspect humain : on sent que Luz nous invite à partager les souvenirs d’une bande de potes qui déconnent, mais aussi qui bossent dur. Le ton est souvent léger, drôle même, avec beaucoup d’autodérision, mais il y a toujours cette touche d’émotion en toile de fond. C’est un peu comme si Luz nous disait : “C’était ça, notre vie à Charlie, pleine de rires, de coups de gueule, de blagues potaches, mais aussi de passion pour le dessin et la liberté d’expression.” Le contraste entre l’humour et la gravité des événements qui ont suivi donne une dimension particulière à ces moments. Graphiquement, c’est du Luz pur jus. Les dessins sont expressifs et spontanés. Chaque personnage est croqué avec beaucoup de tendresse, et on reconnaît immédiatement les visages familiers de Cabu ou Charb, toujours avec ce style un peu lâché, typique de Luz. Le tout est très vivant, on a l’impression d’être là, dans la rédaction, au milieu des blagues et des coups de crayon. Touchant, vraiment. Au final, un album qui touche autant qu’il fait rire. C’est une sorte de célébration de ce que c’était de faire partie de cette équipe, avec tout ce que ça implique de moments délirants, mais aussi de travail. Un témoignage à la fois léger et poignant, j'ai beaucoup aimé.

03/06/2024 (MAJ le 03/10/2024) (modifier)
Par Emka
Note: 4/5
Couverture de la série Catharsis
Catharsis

Une BD vraiment spéciale, unique, un cri du cœur dessiné qui raconte l’après Charlie Hebdo, vu de l’intérieur par Luz. Dès le départ, on comprend que Luz se livre sans retenue, mais avec pudeur. Il revient sur ce 7 janvier 2015, jour où il est arrivé en retard, échappant ainsi au massacre de ses amis et collègues. Ce retard, il le doit à une soirée d’anniversaire un peu trop arrosée, un détail qui a pris une dimension insupportable pour lui. Le titre de l’album parle de lui-même : Catharsis est son moyen de se libérer, de cracher ses angoisses, son incompréhension, et surtout de faire la paix avec lui-même. Luz ne cherche pas à raconter l’attentat en tant que tel, mais plutôt à montrer comment on essaie de vivre après ça. Comment on survit quand on a perdu des proches, quand on traîne avec soi cette culpabilité de l’avoir échappé de peu. Il oscille entre la rage, le désespoir, et l’espoir ténu que le dessin pourrait le sauver. Son style est brut, je dirais même chaotique, avec des dessins souvent rapides, nerveux, comme s'il exorcisait ses démons en gribouillant frénétiquement. Mais il y a une vraie sincérité dans ce chaos. Luz mélange des scènes du quotidien, des souvenirs avec ses proches, et des images plus abstraites, un peu délirantes parfois, qui traduisent son état d’esprit. C’est fragmenté, sans ordre précis, mais ça reflète bien le tumulte intérieur qu’il traverse. L’album est aussi très intime. Luz se met à nu, non pas pour émouvoir à tout prix, mais parce qu’il n’a pas le choix. Le dessin est sa façon de faire face. Il parle de ses doutes, de son incapacité à reprendre une vie normale, et de son amour pour sa femme, Camille, qui devient son ancre dans ce tourbillon de tristesse. Luz, avec son humour noir, parfois absurde, n’a pas complètement perdu cette envie de rire, mais ici, le ton est plus doux, très mélancolique. Catharsis est une œuvre marquée par une forte honnêteté, sans fioritures. On sent que Luz ne sait pas toujours où il va avec cet album, mais c’est justement ce qui en fait sa force. C’est un parcours, une tentative de retrouver du sens dans un monde devenu incompréhensible. C’est un album dur, parfois inconfortable, mais nécessaire, autant pour l’auteur que pour le lecteur. Une lecture qui laisse une trace. A lire aussi le très bon Indélébiles plus joyeux qui revient comme un hommage sur les moments (souvent drôles) qu'il a vécus avec le reste de la bande qui est parti.

03/10/2024 (modifier)
Par Emka
Note: 4/5
Couverture de la série Journal inquiet d'Istanbul
Journal inquiet d'Istanbul

Karabulut nous parle ici de son enfance, de ses débuts dans la BD, et surtout de son parcours dans un pays où la liberté d’expression se réduit comme peau de chagrin dans une sorte de carnet de bord.Ce qui rend l’album fort, c’est ce mélange entre le quotidien presque banal et les tensions politiques qui montent en toile de fond dans une Turquie en pleine mutation. Il y a des moments drôles, d’autres beaucoup moins, mais toujours avec cette impression de quelque chose qui se détériore petit à petit. Visuellement, c’est efficace, on est dans la même veine que Les Contes ordinaires d'Ersin Karabulut que j'ai beaucoup aimé. Son style de dessin est assez simple, sans trop de fioritures, mais ça marche bien. Les visages sont très expressifs, ce qui colle parfaitement à l’ambiance tendue du récit. L’histoire en elle-même est intéressante, mais elle ne cherche pas à en faire trop. Karabulut raconte sa vie, ses galères pour devenir dessinateur dans un contexte où critiquer le pouvoir peut coûter cher. Il y a un côté très humain dans ce témoignage, sans qu’il ne devienne trop lourd ou dramatique. Ça fait forcément un peu penser à "L’Arabe du futur" ou Persepolis, mais avec un ton plus détendu, plus proche. Certains passages sont un peu plus légers, presque naïfs, mais ça ajoute une touche d’authenticité. On sent que c’est un récit personnel, un peu fouillis par moments, mais c’est ce qui fait le charme du livre. Il y a des réflexions sur la liberté, sur l’évolution de la société turque, mais rien de trop appuyé, juste ce qu’il faut pour qu’on se pose des questions. Une BD qui ne cherche pas à impressionner, mais qui touche par sa sincérité, et ce critère est fondamental pour moi dans une autobiographie. C’est un bon point de départ pour comprendre la situation en Turquie, tout en restant accessible. Une lecture plaisante et instructive, sans en faire des tonnes.

03/10/2024 (modifier)