Bon, la période dépeinte dans cet album m’était jusqu’alors quasiment inconnue (tout juste quelques bribes glanées par ci par là) mais in fine, ce n’est pas très grave.
Ce n’est pas très grave parce que, d’une part, la situation nous est parfaitement expliquée au début et à la fin de l’album (le document de fin est d’ailleurs très instructif) et d’autre part parce que cette histoire pourrait se passer n’importe où et n’importe quand. Car cette histoire, c’est celle de celles, ceux et celleux qui cherchent à tout prix à défendre le savoir face à la destruction de l’obscurantisme. Cette histoire s’est passée à de nombreux moments de l’histoire de l’humanité, se passe encore de nos jours et reste une menace potentielle pour toute civilisation existante ou à venir.
Mais ici, plus précisément, elle se passe en l’an 976, dans le califat d’Al Andalus, à la fin d’un âge d’or culturel.
A la suite d’une prise de pouvoir par le vizir Amir, s’étant fait l’allié de religieux radicaux et fanatiques, la grande bibliothèque de Cordoue fait face à une purge monstrueuse de presque tous ses écrits. La science, la poésie, l’histoire, les mémoires de différents peuples, bref, tout ce qui n’a rien à voir avec les dogmes du Coran doit finir brûlé.
Ne pouvant laisser faire cela, Tarid et Lubna, deux esclaves copistes, décident de tenter le tout pour le tout, de prendre autant d’ouvrages que possible et d’essayer de quitter le pays au plus tôt. Mais voilà, pour transporter autant de poids sur toute cette distance, il faut une monture, et pas facile d'en trouver une au dernier moment. Fort heureusement, Marwan, ancien apprenti de Tarid (devenu voleur depuis) leur apportera malgré lui la mule qui les aidera.
Bon, il s’est surtout fait voler sa mule dans l’histoire, mais comme il l’avait lui-même volée, on va dire que tout le monde est quitte.
Voilà donc nos quatre protagonistes pour cette histoire. Tous les quatre sont bien campés, leurs histoires sont intéressantes et développées, leurs personnalités pas manichéennes du tout et leurs dialogues, où différentes visions du monde se croisent, sont intéressants.
Sur le plan technique, c’est du très bon aussi. Le dessin de Chemineau est beau, simple mais expressif, et les décors sont bien fournis et agréables à regarder. Le texte est, là encore, très bon, avec quelques pointes d’humour bienvenues.
Je note néanmoins une légère baisse de rythme sur la dernière moitié du récit, mais honnêtement l’histoire reste engageante.
Un solide 4 étoiles pour moi.
Je découvre l’auteure à reculons. J’avais déjà bien accroché à son Le Culte de Mars mais j’ai trouvé le présent tome un cran au-dessus.
Son dessin et sa narration sont toujours aussi agréables à suivre. Je vous renvoie à mon commentaire sur l’album précité.
C’est l’histoire qui m’a plus parlé et touché. J’ai succombé de suite à l’univers mis en place, une sorte de conte avec des dieux animaux.
Un récit à la fois doux et dur, que j’ai trouvé très réussi, universel et pas niais.
Bref ça m’a bien parlé, un très bon album et une auteure à suivre.
J’adore le travail de Simon Hureau, et j’ai des goûts similaires à Mac Arthur. Son avis a donc forcément attiré mon attention, et je ressors satisfait de ma lecture.
J’applaudis la quantité incroyable de connaissances transmises dans cet album : changement climatique, biodiversité, impact de l’être humain (et notamment de ses déplacements) sur l’environnement, et évolution du climat depuis l’apparition de la vie sur Terre. C’est ce dernier point qui m’a le plus fasciné, car mes connaissances en la matière étaient limitées, et les explications sont claires et instructives.
Le chapitre sur les solutions que nous pouvons envisager à titre personnel est excellent. D’abord, parce qu’il propose une vision un peu plus positive de la crise. Ensuite, parce que si certains gestes sont bien connus (recycler, éteindre les appareils en veille etc.), d’autres le sont beaucoup moins. Enfin, la narration de cette partie est judicieuse, avec ces grandes planches remplies de petits phylactères proposant une solution précise. Ces doubles planches mériteraient d’être imprimées en grand format et affichées dans les écoles, les bibliothèques et autres lieux publics.
Maintenant, le professeur universitaire un peu académique que je suis a un gros reproche à faire : l’absence totale de bibliographie, de références pour vérifier et valider les chiffres « choc » mentionnés (par exemple « un apport de 10% de produits ultra-transformés dans notre régime se traduit par une hausse de 12% de risque de cancer », page 46), et les déclarations souvent acerbes, voire parfois surprenantes (la disparitions des dinosaures ne serait pas due à la chute d'une météorite). Je ne dis pas que tout ceci est faux, mais pourquoi ne pas avoir inclus les références vers les articles universitaires, les études scientifiques ? Ce manque est souvent la marque de fabrique des conspirationnistes et autres climatosceptiques déversant leurs « propres recherches » sur les réseaux sociaux. Cet album étant destiné aux jeunes, je trouve dommage de ne pas avoir montré l’exemple, et rappelé qu’il faut toujours questionner et vérifier la validité d’une information. Ces références auraient pu être listées en fin d’album afin de ne pas alourdir la narration.
Bon, à part ce gros coup de gueule, j’ai beaucoup aimé, je recommande la lecture de cette chouette BD… aux jeunes, mais aussi aux moins jeunes !
Oh, la bonne surprise que voilà !
J’ai toujours grandement apprécié le dessin de Munuera (que je trouve coloré et dynamique) mais n’avais malheureusement jamais été satisfaite de ses quelques œuvres que j’avais pu lire.
Disons aussi que je l’associe à l’une des pires périodes de Spirou, alors…
Mais là, cette série traînait dans ma bibliothèque, je voyais qu’elle sortait souvent et j’ai donc finalement décidé de lui donner sa chance.
Et j’ai bien fait !
Les Campbell, c’est beaucoup de choses sous une forme assez simple : un drame familial, un conflit fratricide, l’histoire d’une famille monoparentale toujours hantée par la mort de la mère, le tout sous une forme de récit jeunesse.
Savoir faire une œuvre simple mais bien réalisée, adaptée aux enfants et agréable pour les adultes aimant les drames simples ou tout simplement les récits entraînants que l’on trouve si souvent en jeunesse, ça mérite tout de même un applaudissement.
J’y retrouve aussi des débuts de pensées et de sous-textes ma foi intéressants, notamment la fin de l’âge d’or de la piraterie et de la liberté utilisée comme métaphore du passage à l’âge adulte et de la perte d’une certaine forme d’innocence (idée que l’on retrouve bien mieux développée dans la trilogie originale des Pirates des Caraïbes, d’ailleurs).
Mais peut-être que je m’emporte dans cette lecture…
En tout cas, même si ce sous-texte n’est qu’une de mes affabulations, ce n’est pas grave, car l’intérêt principal de cette série ne repose pas (ou en tout cas pas complètement) sur la piraterie et ses symboliques. C’est avant tout une histoire de famille : de la famille de sang, celle qui reste, celle qui nous trahit, celle qui nous abandonne, celle que l’on veut protéger et celle que l’on hait. Mais aussi la famille du cœur, celle que l’on choisit, celle que l’on protège et aime coûte que coûte, et je trouve que c’est un simple mais très bon message à transmettre.
Et moi qui suit amatrice d’œuvres sentimentales, romantiques et tragiques, j’avoue avoir grandement apprécié et même lâché quelques larmes à la fin du dernier tome.
Bon, certes, l’œuvre n’est pas sans défaut. L’humour ne fait pas forcément mouche hors d’un publique jeunesse mais, même si l’on ne rit pas aux blagues, on y sourit volontiers (l’ambiance est vraiment bon enfant).
Non, le vrai défaut objectif que je donnerais à cette série, c’est les quelques facilités scénaristiques auxquelles elle a parfois recours (la réplique sur la « quatrième malédiction » concluant le dernier tome est très belle, mais tombe un peu comme un cheveu sur la soupe puisque, si j’ai bien suivi l’histoire, les deux frères ne se sont pas revus depuis toutes ces années et l’autre n’est pas censé être au courant de cette histoire de trois malédictions, mais bref…).
Je donnerais 4 étoiles à cette série (note réelle 3,5).
Peut-être est-ce trop généreux, mais je me dis qu’une histoire si sympathique mériterait de voir sa note remonter. Et puis ma larme lâchée lors de cette lecture vaut bien une quatrième étoile (émotive que je suis…).
Je ne savais pas à quoi m'attendre en lisant cet album et c'était d'autant mieux !
Avis donc aux lecteurs d'avis, vous serez forcément spoilés par la suite et aurez moins la surprise.
J'ai beaucoup aimé l’ambiance installée dès les premières pages. Le quotidien de June, isolée dans une banlieue trop tranquille, est dépeint avec une simplicité qui fait ressortir le malaise. La découverte de Lenny, cette créature trouvée dans un égout, devient rapidement le point de bascule, transformant une vie en apparence ordinaire en quelque chose de bien plus étrange. L’évolution de la relation entre June et cette créature est traitée de manière subtile, tout en laissant planer une certaine inquiétude. La créature devient à la fois attachante et inquiétante, et on ne sait jamais à quel point elle est inoffensive, ce qui pousse à rester sur ses gardes tout au long du récit.
Le dessin, en ligne claire est très plaisant et contraste avec la montée en tension progressive. Le choix graphique rend le récit visuellement limpide, mais ne dissipe jamais vraiment le malaise qui s’installe petit à petit. Cela donne un contraste intéressant entre le style épuré et la noirceur de l’histoire.
Comme souvent, j’ai trouvé que certains moments traînaient un peu, et que l’intrigue, même si elle suit un bon rythme, aurait pu être plus resserrée. Il y a un vrai travail sur l’atmosphère, mais parfois au détriment du rythme. Cela dit, l’ensemble tient très bien la route, notamment grâce à la manière dont l’histoire joue sur l’ambiguïté de la situation. Un récit qui reste en mémoire, sans en faire trop, mais qui aurait gagné à aller un peu plus loin dans l’intensité.
Série découverte grâce à l'avis de Ro que je remercie ! Je me suis vraiment laissé emporter par cet album qui m’a fait retrouver une sensation presque nostalgique de la fantasy à l’ancienne. Il y a quelque chose d’authentique dans cette aventure, une imagination débordante qui s’éloigne des standards post-Lanfeust pour offrir un univers original, avec un graphisme qui m’a particulièrement plu.
Je ne connaissais pas l'auteur non plus, et le dessin, souvent proche de l’illustration, est très soigné, presque impeccable dans sa clarté. La colorisation est superbe, le dessin très abouti, minutieux et détaillé, avec des paysages très riches et un soin particulier apporté pour rendre les personnages expressifs. Juste quelques mouvements de personnages, vus sous certains angles qui m'ont un peu gênés.
Le scénario, lui aussi, m’a accroché. J'ai aussi eu peur de retomber dans les classiques du genre avec le personnage du voleur roublard et vantard, mais que j’ai trouvé sympathique au final. L'humaine apporte une autre dynamique intéressante. Ce duo improbable fonctionne bien et l’intrigue se densifie au fur et à mesure que de nouveaux éléments viennent bouleverser le récit. Le scénario évite les facilités narratives pour embrasser quelque chose de plus vaste et inattendu à la fin du premier tome. L'ensemble est bien construit, dans un univers qui ne se contente pas de recycler des clichés mais qui apporte un souffle nouveau, tout en restant dans les codes du genre.
Coup de coeur pour moi aussi.
Alors, on parlait justement de noter ou pas toutes les BD qu'on lisait. Je n'avais pas encore noté celle-ci, lue pourtant à sa sortie, alors qu'en plus, c'est de sa couverture que je tire mon avatar !!!! La grosse Tehon !
Je répare le truc et vole au secours de cet auteur que j'aime tant. Bouzard est l'un des rares auteurs à me filer des crampes aux zygomatiques. Lui filer 1/5 ? Impossible pour moi d'accepter cette idée. NON !!!
Oui, je le concède d'emblée, cet épisode ne vaut pas 4/5, mais je me devais de rectifier le tir.
- D'abord, c'est drôle. Le gag du maire qui propose une brindille à Lucky Luke est proprement excellent.
- La couv est marrante comme tout, ainsi que le titre.
- Et puis bon, cette idée d'une brouille entre Lucky Luke et Jolly Jumper est quand même sympa. Certes, on ne s'attend pas à une aventure de ouf avec moults rebondissements, mais ça le fait bien.
- Je ne me rappelle pas de tout.
- Je fais ce que je veux, y compris être de mauvaise foi.
Mais au fait, quelqu'un a-t-il des nouvelles de Bouzard ?
Très belle lecture, certes elle est parfois dure visuellement avec des scènes choc. C'est la survie, certains deviennent cannibales. La route, la Route avec un grand R même et bien que je ne l'ai pas lu est la référence littéraire du post-apocalyptique. Un homme et son fils tentent de s'en sortir en évitant toute mauvaise rencontre, poussant leur chariot sans fin tel Sisyphe poussant sa pierre.
Manu Larcenet sort un récit qui happe le lecteur et son dessin est un atout indéniable.
Je trouve par contre la couverture assez ratée, elle manque de visibilité et c'est à la lecture que j'ai compris qu'ils passaient près d'une chute d'eau.
Je découvre (enfin) Paul avec cet album. Un personnage et un auteur qui m’intéressaient depuis longtemps.
Et bien je dois dire que j’en suis sorti assez conquis. Je ne crie pas à la révolution mais la magie a opéré tout doucement sur moi. En tout cas ça m’a donné envie de pousser plus loin avec ce personnage, surtout que c’est l’une des premières productions de l’auteur.
J’ai lu ce tome dans l’édition formule vacances ! (édition regroupée avec Paul dans le Nord). Le petit format n’a pas été un frein, j’ai même haché ma lecture x fois. En fait, on touche là à tout le savoir faire de l’auteur. C’est fluide, lisible, fait avec beaucoup d’honnêteté et de fausse simplicité.
Bref c’est admirablement bien raconté.
Pourtant tout n’est pas passionnant mais il y a une vrai alchimie qui se crée à la lecture. De la sincérité, de la bonhomie, et surtout la construction du récit, j’ai eu quelques moments d’émotions. Dans le cas présent, l’auteur raconte ses 18 ans et les tournants qui vont avec.
Je me répète mais c’est franchement bien fait et le langage ajoute sa touche de charme.
J’avais lu d’autres œuvres (Un été d'enfer !, Chroniques de jeunesse …) se rapprochant un peu des thématiques développés ici. Cette déclinaison de Paul les enterre tous.
L’approche de cet album est différente de celle de Manara dans son récent diptyque sur le même peintre.
D’abord bien sûr le dessin est différent ! Mais, si le trait réaliste et classique de Manara est vraiment excellent, j’ai aussi bien aimé le dessin d’Anderle (que je découvre ici). C’est un trait moderne, très nerveux, et il a su donner à certaines cases la force qu’on retrouve dans des dessins de Goya. C’est très expressif, et cela accompagne très bien le récit.
Car ce récit ne s’intéresse qu’au bonhomme « ordinaire ». L’artiste est presque évacué de la partie BD, ce qui donne – étant donné la vie mouvementée du Caravage (il était bagarreur, instable, violent et passionné) – quelque chose de très rythmé. Quelques passages picaresques, un peu d’humour, une agitation chronique, les déambulations du Caravage dans toute l’Italie – et les rencontres qu’il fait à cette occasion – donnent une lecture plaisante.
Bien sûr, l’œuvre du peintre n’est pas absente. Chaque chapitre est entrecoupé de deux ou trois pages présentant son histoire, mais aussi ses tableaux (nombreuses reproductions), analysés pour certains par des conservateurs spécialistes.
Bref, c’est une lecture à la fois plaisante et instructive, différente mais complémentaire de celle de Manara sur le même sujet.
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La Bibliomule de Cordoue
Bon, la période dépeinte dans cet album m’était jusqu’alors quasiment inconnue (tout juste quelques bribes glanées par ci par là) mais in fine, ce n’est pas très grave. Ce n’est pas très grave parce que, d’une part, la situation nous est parfaitement expliquée au début et à la fin de l’album (le document de fin est d’ailleurs très instructif) et d’autre part parce que cette histoire pourrait se passer n’importe où et n’importe quand. Car cette histoire, c’est celle de celles, ceux et celleux qui cherchent à tout prix à défendre le savoir face à la destruction de l’obscurantisme. Cette histoire s’est passée à de nombreux moments de l’histoire de l’humanité, se passe encore de nos jours et reste une menace potentielle pour toute civilisation existante ou à venir. Mais ici, plus précisément, elle se passe en l’an 976, dans le califat d’Al Andalus, à la fin d’un âge d’or culturel. A la suite d’une prise de pouvoir par le vizir Amir, s’étant fait l’allié de religieux radicaux et fanatiques, la grande bibliothèque de Cordoue fait face à une purge monstrueuse de presque tous ses écrits. La science, la poésie, l’histoire, les mémoires de différents peuples, bref, tout ce qui n’a rien à voir avec les dogmes du Coran doit finir brûlé. Ne pouvant laisser faire cela, Tarid et Lubna, deux esclaves copistes, décident de tenter le tout pour le tout, de prendre autant d’ouvrages que possible et d’essayer de quitter le pays au plus tôt. Mais voilà, pour transporter autant de poids sur toute cette distance, il faut une monture, et pas facile d'en trouver une au dernier moment. Fort heureusement, Marwan, ancien apprenti de Tarid (devenu voleur depuis) leur apportera malgré lui la mule qui les aidera. Bon, il s’est surtout fait voler sa mule dans l’histoire, mais comme il l’avait lui-même volée, on va dire que tout le monde est quitte. Voilà donc nos quatre protagonistes pour cette histoire. Tous les quatre sont bien campés, leurs histoires sont intéressantes et développées, leurs personnalités pas manichéennes du tout et leurs dialogues, où différentes visions du monde se croisent, sont intéressants. Sur le plan technique, c’est du très bon aussi. Le dessin de Chemineau est beau, simple mais expressif, et les décors sont bien fournis et agréables à regarder. Le texte est, là encore, très bon, avec quelques pointes d’humour bienvenues. Je note néanmoins une légère baisse de rythme sur la dernière moitié du récit, mais honnêtement l’histoire reste engageante. Un solide 4 étoiles pour moi.
Roi Ours
Je découvre l’auteure à reculons. J’avais déjà bien accroché à son Le Culte de Mars mais j’ai trouvé le présent tome un cran au-dessus. Son dessin et sa narration sont toujours aussi agréables à suivre. Je vous renvoie à mon commentaire sur l’album précité. C’est l’histoire qui m’a plus parlé et touché. J’ai succombé de suite à l’univers mis en place, une sorte de conte avec des dieux animaux. Un récit à la fois doux et dur, que j’ai trouvé très réussi, universel et pas niais. Bref ça m’a bien parlé, un très bon album et une auteure à suivre.
Le Vivant à vif
J’adore le travail de Simon Hureau, et j’ai des goûts similaires à Mac Arthur. Son avis a donc forcément attiré mon attention, et je ressors satisfait de ma lecture. J’applaudis la quantité incroyable de connaissances transmises dans cet album : changement climatique, biodiversité, impact de l’être humain (et notamment de ses déplacements) sur l’environnement, et évolution du climat depuis l’apparition de la vie sur Terre. C’est ce dernier point qui m’a le plus fasciné, car mes connaissances en la matière étaient limitées, et les explications sont claires et instructives. Le chapitre sur les solutions que nous pouvons envisager à titre personnel est excellent. D’abord, parce qu’il propose une vision un peu plus positive de la crise. Ensuite, parce que si certains gestes sont bien connus (recycler, éteindre les appareils en veille etc.), d’autres le sont beaucoup moins. Enfin, la narration de cette partie est judicieuse, avec ces grandes planches remplies de petits phylactères proposant une solution précise. Ces doubles planches mériteraient d’être imprimées en grand format et affichées dans les écoles, les bibliothèques et autres lieux publics. Maintenant, le professeur universitaire un peu académique que je suis a un gros reproche à faire : l’absence totale de bibliographie, de références pour vérifier et valider les chiffres « choc » mentionnés (par exemple « un apport de 10% de produits ultra-transformés dans notre régime se traduit par une hausse de 12% de risque de cancer », page 46), et les déclarations souvent acerbes, voire parfois surprenantes (la disparitions des dinosaures ne serait pas due à la chute d'une météorite). Je ne dis pas que tout ceci est faux, mais pourquoi ne pas avoir inclus les références vers les articles universitaires, les études scientifiques ? Ce manque est souvent la marque de fabrique des conspirationnistes et autres climatosceptiques déversant leurs « propres recherches » sur les réseaux sociaux. Cet album étant destiné aux jeunes, je trouve dommage de ne pas avoir montré l’exemple, et rappelé qu’il faut toujours questionner et vérifier la validité d’une information. Ces références auraient pu être listées en fin d’album afin de ne pas alourdir la narration. Bon, à part ce gros coup de gueule, j’ai beaucoup aimé, je recommande la lecture de cette chouette BD… aux jeunes, mais aussi aux moins jeunes !
Les Campbell
Oh, la bonne surprise que voilà ! J’ai toujours grandement apprécié le dessin de Munuera (que je trouve coloré et dynamique) mais n’avais malheureusement jamais été satisfaite de ses quelques œuvres que j’avais pu lire. Disons aussi que je l’associe à l’une des pires périodes de Spirou, alors… Mais là, cette série traînait dans ma bibliothèque, je voyais qu’elle sortait souvent et j’ai donc finalement décidé de lui donner sa chance. Et j’ai bien fait ! Les Campbell, c’est beaucoup de choses sous une forme assez simple : un drame familial, un conflit fratricide, l’histoire d’une famille monoparentale toujours hantée par la mort de la mère, le tout sous une forme de récit jeunesse. Savoir faire une œuvre simple mais bien réalisée, adaptée aux enfants et agréable pour les adultes aimant les drames simples ou tout simplement les récits entraînants que l’on trouve si souvent en jeunesse, ça mérite tout de même un applaudissement. J’y retrouve aussi des débuts de pensées et de sous-textes ma foi intéressants, notamment la fin de l’âge d’or de la piraterie et de la liberté utilisée comme métaphore du passage à l’âge adulte et de la perte d’une certaine forme d’innocence (idée que l’on retrouve bien mieux développée dans la trilogie originale des Pirates des Caraïbes, d’ailleurs). Mais peut-être que je m’emporte dans cette lecture… En tout cas, même si ce sous-texte n’est qu’une de mes affabulations, ce n’est pas grave, car l’intérêt principal de cette série ne repose pas (ou en tout cas pas complètement) sur la piraterie et ses symboliques. C’est avant tout une histoire de famille : de la famille de sang, celle qui reste, celle qui nous trahit, celle qui nous abandonne, celle que l’on veut protéger et celle que l’on hait. Mais aussi la famille du cœur, celle que l’on choisit, celle que l’on protège et aime coûte que coûte, et je trouve que c’est un simple mais très bon message à transmettre. Et moi qui suit amatrice d’œuvres sentimentales, romantiques et tragiques, j’avoue avoir grandement apprécié et même lâché quelques larmes à la fin du dernier tome. Bon, certes, l’œuvre n’est pas sans défaut. L’humour ne fait pas forcément mouche hors d’un publique jeunesse mais, même si l’on ne rit pas aux blagues, on y sourit volontiers (l’ambiance est vraiment bon enfant). Non, le vrai défaut objectif que je donnerais à cette série, c’est les quelques facilités scénaristiques auxquelles elle a parfois recours (la réplique sur la « quatrième malédiction » concluant le dernier tome est très belle, mais tombe un peu comme un cheveu sur la soupe puisque, si j’ai bien suivi l’histoire, les deux frères ne se sont pas revus depuis toutes ces années et l’autre n’est pas censé être au courant de cette histoire de trois malédictions, mais bref…). Je donnerais 4 étoiles à cette série (note réelle 3,5). Peut-être est-ce trop généreux, mais je me dis qu’une histoire si sympathique mériterait de voir sa note remonter. Et puis ma larme lâchée lors de cette lecture vaut bien une quatrième étoile (émotive que je suis…).
Oh, Lenny
Je ne savais pas à quoi m'attendre en lisant cet album et c'était d'autant mieux ! Avis donc aux lecteurs d'avis, vous serez forcément spoilés par la suite et aurez moins la surprise. J'ai beaucoup aimé l’ambiance installée dès les premières pages. Le quotidien de June, isolée dans une banlieue trop tranquille, est dépeint avec une simplicité qui fait ressortir le malaise. La découverte de Lenny, cette créature trouvée dans un égout, devient rapidement le point de bascule, transformant une vie en apparence ordinaire en quelque chose de bien plus étrange. L’évolution de la relation entre June et cette créature est traitée de manière subtile, tout en laissant planer une certaine inquiétude. La créature devient à la fois attachante et inquiétante, et on ne sait jamais à quel point elle est inoffensive, ce qui pousse à rester sur ses gardes tout au long du récit. Le dessin, en ligne claire est très plaisant et contraste avec la montée en tension progressive. Le choix graphique rend le récit visuellement limpide, mais ne dissipe jamais vraiment le malaise qui s’installe petit à petit. Cela donne un contraste intéressant entre le style épuré et la noirceur de l’histoire. Comme souvent, j’ai trouvé que certains moments traînaient un peu, et que l’intrigue, même si elle suit un bon rythme, aurait pu être plus resserrée. Il y a un vrai travail sur l’atmosphère, mais parfois au détriment du rythme. Cela dit, l’ensemble tient très bien la route, notamment grâce à la manière dont l’histoire joue sur l’ambiguïté de la situation. Un récit qui reste en mémoire, sans en faire trop, mais qui aurait gagné à aller un peu plus loin dans l’intensité.
Une histoire de voleurs et de trolls
Série découverte grâce à l'avis de Ro que je remercie ! Je me suis vraiment laissé emporter par cet album qui m’a fait retrouver une sensation presque nostalgique de la fantasy à l’ancienne. Il y a quelque chose d’authentique dans cette aventure, une imagination débordante qui s’éloigne des standards post-Lanfeust pour offrir un univers original, avec un graphisme qui m’a particulièrement plu. Je ne connaissais pas l'auteur non plus, et le dessin, souvent proche de l’illustration, est très soigné, presque impeccable dans sa clarté. La colorisation est superbe, le dessin très abouti, minutieux et détaillé, avec des paysages très riches et un soin particulier apporté pour rendre les personnages expressifs. Juste quelques mouvements de personnages, vus sous certains angles qui m'ont un peu gênés. Le scénario, lui aussi, m’a accroché. J'ai aussi eu peur de retomber dans les classiques du genre avec le personnage du voleur roublard et vantard, mais que j’ai trouvé sympathique au final. L'humaine apporte une autre dynamique intéressante. Ce duo improbable fonctionne bien et l’intrigue se densifie au fur et à mesure que de nouveaux éléments viennent bouleverser le récit. Le scénario évite les facilités narratives pour embrasser quelque chose de plus vaste et inattendu à la fin du premier tome. L'ensemble est bien construit, dans un univers qui ne se contente pas de recycler des clichés mais qui apporte un souffle nouveau, tout en restant dans les codes du genre. Coup de coeur pour moi aussi.
Lucky Luke - Jolly Jumper ne répond plus
Alors, on parlait justement de noter ou pas toutes les BD qu'on lisait. Je n'avais pas encore noté celle-ci, lue pourtant à sa sortie, alors qu'en plus, c'est de sa couverture que je tire mon avatar !!!! La grosse Tehon ! Je répare le truc et vole au secours de cet auteur que j'aime tant. Bouzard est l'un des rares auteurs à me filer des crampes aux zygomatiques. Lui filer 1/5 ? Impossible pour moi d'accepter cette idée. NON !!! Oui, je le concède d'emblée, cet épisode ne vaut pas 4/5, mais je me devais de rectifier le tir. - D'abord, c'est drôle. Le gag du maire qui propose une brindille à Lucky Luke est proprement excellent. - La couv est marrante comme tout, ainsi que le titre. - Et puis bon, cette idée d'une brouille entre Lucky Luke et Jolly Jumper est quand même sympa. Certes, on ne s'attend pas à une aventure de ouf avec moults rebondissements, mais ça le fait bien. - Je ne me rappelle pas de tout. - Je fais ce que je veux, y compris être de mauvaise foi. Mais au fait, quelqu'un a-t-il des nouvelles de Bouzard ?
La Route
Très belle lecture, certes elle est parfois dure visuellement avec des scènes choc. C'est la survie, certains deviennent cannibales. La route, la Route avec un grand R même et bien que je ne l'ai pas lu est la référence littéraire du post-apocalyptique. Un homme et son fils tentent de s'en sortir en évitant toute mauvaise rencontre, poussant leur chariot sans fin tel Sisyphe poussant sa pierre. Manu Larcenet sort un récit qui happe le lecteur et son dessin est un atout indéniable. Je trouve par contre la couverture assez ratée, elle manque de visibilité et c'est à la lecture que j'ai compris qu'ils passaient près d'une chute d'eau.
Paul a un travail d'été
Je découvre (enfin) Paul avec cet album. Un personnage et un auteur qui m’intéressaient depuis longtemps. Et bien je dois dire que j’en suis sorti assez conquis. Je ne crie pas à la révolution mais la magie a opéré tout doucement sur moi. En tout cas ça m’a donné envie de pousser plus loin avec ce personnage, surtout que c’est l’une des premières productions de l’auteur. J’ai lu ce tome dans l’édition formule vacances ! (édition regroupée avec Paul dans le Nord). Le petit format n’a pas été un frein, j’ai même haché ma lecture x fois. En fait, on touche là à tout le savoir faire de l’auteur. C’est fluide, lisible, fait avec beaucoup d’honnêteté et de fausse simplicité. Bref c’est admirablement bien raconté. Pourtant tout n’est pas passionnant mais il y a une vrai alchimie qui se crée à la lecture. De la sincérité, de la bonhomie, et surtout la construction du récit, j’ai eu quelques moments d’émotions. Dans le cas présent, l’auteur raconte ses 18 ans et les tournants qui vont avec. Je me répète mais c’est franchement bien fait et le langage ajoute sa touche de charme. J’avais lu d’autres œuvres (Un été d'enfer !, Chroniques de jeunesse …) se rapprochant un peu des thématiques développés ici. Cette déclinaison de Paul les enterre tous.
Caravage - L'Ombre du peintre
L’approche de cet album est différente de celle de Manara dans son récent diptyque sur le même peintre. D’abord bien sûr le dessin est différent ! Mais, si le trait réaliste et classique de Manara est vraiment excellent, j’ai aussi bien aimé le dessin d’Anderle (que je découvre ici). C’est un trait moderne, très nerveux, et il a su donner à certaines cases la force qu’on retrouve dans des dessins de Goya. C’est très expressif, et cela accompagne très bien le récit. Car ce récit ne s’intéresse qu’au bonhomme « ordinaire ». L’artiste est presque évacué de la partie BD, ce qui donne – étant donné la vie mouvementée du Caravage (il était bagarreur, instable, violent et passionné) – quelque chose de très rythmé. Quelques passages picaresques, un peu d’humour, une agitation chronique, les déambulations du Caravage dans toute l’Italie – et les rencontres qu’il fait à cette occasion – donnent une lecture plaisante. Bien sûr, l’œuvre du peintre n’est pas absente. Chaque chapitre est entrecoupé de deux ou trois pages présentant son histoire, mais aussi ses tableaux (nombreuses reproductions), analysés pour certains par des conservateurs spécialistes. Bref, c’est une lecture à la fois plaisante et instructive, différente mais complémentaire de celle de Manara sur le même sujet.