Les derniers avis (31901 avis)

Par Linette
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Celle qui parle
Celle qui parle

Au début je pensais tomber sur une histoire de Pocahontas. Mais pas du tout. Cette jeune femme n'était qu'une marionnette des hommes de sa vie. Par force elle nous montre le courage parcouru pour devenir une femme respectable et indispensable envers ces hommes autrefois aveugles. Elle nous montre aussi tous les sacrifices qu'il faut faire dans le silence et la colère. Dès le début elle était promise à un grand destin. Passant de fille de chef à esclave, jusqu'à être la parole des plus grands chefs . Ce récit tend à nous faire voir la force des mots à travers les conflits humains. Et nous rappelle le chemin éternel mené par nos ancêtres pour nous permettre de lever la voie...

18/10/2024 (modifier)
Par Présence
Note: 4/5
Couverture de la série Marvels X - Le dernier humain
Marvels X - Le dernier humain

Les doux hériteront de la Terre. - Ce tome constitue un premier prologue à Earth X (1999/2000) d'Alex Ross, Jim Krueger et John Paul Leon. Il regroupe les 6 épisodes de la minisérie, initialement parus en 2020, coécrits par Jim Krueger & Alex Ross, dessinés, encrés, et mis en couleurs par Well-Bee. Les somptueuses couvertures ont été réalisées par Alex Ross. Ce tome comprend également les couvertures variantes réalisées par John Paul Leon, Well-Bee (*6), Greg Horn, Steve Ditko (recolorisée), ainsi que 25 pages de recherches graphiques réalisées par Alex Ross. Dans le salon d'un petit pavillon, David Jarrett est en train de jouer avec les figurines en carton de Captain America, Iron Man et Spider-Man qui incarnent pour lui respectivement la sécurité derrière le bouclier, la protection de l'armure, la débrouillardise devant les obstacles de la vie. Il fait se déplacer les figurines sur le dessin de l'Empire State Building, tout en commentant leurs actions à voix haute. Son père lui demande de se taire car ils sont en train de regarder le journal télévisé avec son épouse, sa mère et leur fille April. Le journaliste annonce la propagation d'un virus qui transforme les gens en individu avec des superpouvoirs, ou plutôt des mutations. L'avis général est que c'est un coup des mutants. Le père décide d'obturer les fenêtres avec des planches de bois pour sécuriser l'appartement. Quelques temps plus tard, les parents sont morts, et David s'occupe d'apporter ce qu'il peut dégotter de nourriture (des céréales avec du lait) à sa sœur, et de veiller sur sa grand-mère qui est alitée. Sa sœur refuse qu'il la voit : il laisse le bol de céréales devant sa porte. Sa grand-mère a attrapé la gale, surnom donné à la maladie. Elle lui indique qu'elle va sûrement mourir bientôt. Elle lui donne son avis sur le virus. La grand-mère explique que les parents de David ne sont pas morts du virus, mais qu'ils ont été tués au centre commercial, par des prédateurs, par des êtres humains. Le virus ne fait que rendre apparent ce que les gens sont déjà, ce qu'ils ont en eux. Pour elle, c'est une sorte de jour du jugement, mais les choses ne devraient pas se dérouler ainsi. Les doux devraient hériter de la Terre, pas les monstres. Ce monde devrait être celui de David. Il lui fait observer qu'il n'a pas de pouvoir. Elle lui répond qu'il a la force nécessaire, que sa foi dans les superhéros lui permettra de faire face aux épreuves. Pour lui, sa capacité à se cacher efficacement n'est pas un superpouvoir. Il la laisse se reposer et décide de sortir pour aller chercher à manger. Il revêt son masque de Green Goblin pour essayer de faire croire qu'il a des pouvoirs, et il sort dehors en prenant bien soin de tout fermer derrière lui. Il prend son vélo et se dirige vers le centre-ville alors que les combats font rage. Il accède à un magasin en passant par une entrée cachée dans une grande benne à déchets. Il est servi par madame Tree, une gentille dame que la gale a transformé en arbre anthropoïde. Il rentre au pavillon et entend du bruit à l'intérieur. Il prend un marteau et se dirige vers la chambre de sa sœur. En 1999, le magazine Wizard publie une série de sketchs réalisés par Alex Ross, montrant les héros Marvel vieillis. À la suite au succès de ces images, l'éditeur finit par commander une série à l'artiste qui deviendra une trilogie : Earth X, Universe X (2000/2001), Paradise X (2001/2002), toutes les trois coécrites avec Jim Krueger, ce qui a donné lieu à la réalité appelé Terre-9997. La présente minisérie s'adresse donc à ceux qui ont lu la trilogie, mais aussi aux nouveaux lecteurs puisqu'il s'agit d'une histoire qui se déroule avant. Curieusement, les coscénaristes ne s'attardent pas sur l'épidémie, le lecteur devant être bien concentré pour ne pas rater la phrase qui indique qu'il s'agit d'une pandémie à l'échelle mondiale et qu'elle transforme tous les habitants de la planète en individus avec des superpouvoirs. Le récit se focalise sur David Jarrett, un jeune adolescent qui a été épargné par ce virus étrange. L'opinion publique estime que ces mutations généralisées ont été générées par les mutants d'une manière ou d'une autre, avec une autre possibilité qu'il s'agisse des conséquences d'une expérience non maîtrisée de Reed Richards. Après avoir perdu les membres de sa famille, David se dirige tout naturellement vers New York où sa route va croiser celle des superhéros qui admire tant, tout en découvrant qu'il est le dernier être humain normal de la planète, et que donc son corps contient peut-être la clé génétique pour inverser ces mutations. Pour succéder à John Paul Leon, puis à Doug Braithwaite & Bill Reinhold, les responsables éditoriaux ont recruté un jeune artiste serbe. Le lecteur peut voir l'influence des artistes précédents dans sa dessins : sa façon de dessiner des aplats de noir un peu envahissants avec des formes irrégulières pour montrer que les temps sont durs, une approche assez réaliste de la représentation, avec une maîtrise du degré de détails en fonction de la séquence. Ses pages présentent une grande cohérence visuelle ente leurs différentes composantes du fait qu'il assure les trois postes : dessin, encrage et couleurs. Du début à la fin, il dirige David comme un acteur avec un jeu naturaliste, sans exagérer ses mouvements ou ses expressions de visage, ou sa morphologie. En cela la narration visuelle présente les faits avec le point de vue d'un adolescent normal, dépassé par la situation. Au fur et à mesure que David rencontre d'autres superhéros et qu'il se retrouve au milieu de combats entre des individus qui sont tous dotés de superpouvoirs, le lecteur peut bien voir sa fragilité, sa capacité à trouver un endroit moins exposé pour se mettre à l'abri au milieu d'un affrontement, et la nécessité pour les superhéros de le protéger. Même si les superhéros occupent de plus en plus les pages au fur et à mesure du déroulement du récit, David reste toujours un point d'encrage humain normal. Well-Bee dessine à la manière des artistes de comics, avec les mêmes caractéristiques de composition des pages et des cases. Le lecteur retrouve donc l'habitude de laisser des fonds de case vides (pratique dont il n'abuse pas), de donner la priorité aux personnages, et de réaliser des scènes d'action spectaculaires qui font la part belle aux effets pyrotechniques des superpouvoirs. Il s'investit suffisamment pour que le lecteur sache toujours où se déroule la séquence qu'il est en train de découvrir, avec un niveau de détails satisfaisant rendant chaque lieu concret : le pavillon de la famille Jarrett, la destruction urbaine de la ville où habite David, la ligne des d'horizon avec les gratte-ciels de Manhattan, le tunnel routier permettant d'accéder à Manhattan, les toits d'immeuble, le Baxter Building, le commissariat devenu quartier général de Luke Cage. Cela ne devient pas une virée touristique, mais les références sont assez précises pour que le lecteur y croit. Mine de rien l'artiste a fort à faire car le nombre de superhéros va croissant au fil des épisodes, et il doit donner à voir les mutations qui affectent tous les habitants de New York. Il dispose pour une partie de cela des sketches préparatoires d'Alex Ross. Là aussi le résultat s'avère très convaincant, et le lecteur remarque que le récit reprend l'apparence des superhéros Marvel tels qu'ils existaient durant les années 1970. La mise en scène des affrontements permet de suivre les mouvements des différents combattants, et d'en prendre plein la vue avec les superpouvoirs, Well-Bee utilisant les possibilités de l'infographie pour en rajouter. Le lecteur prend vite conscience que les coscénaristes ont une approche très posée de la narration. Ils ont beaucoup d'éléments d'information à présenter, ce qu'ils font par le biais des dialogues, des cartouches de pensées et des cellules de texte. La lecture n'en devient pas pesante pour autant, mais elle n'a pas ce rythme très fluide et rapide des comics en général. L'enjeu réside bien sûr dans la survie de David, et dans la possibilité ou non de renverser le processus qui a transformé tous les êtres humains sauf un. S'il a déjà lu Earth X, le lecteur connaît déjà la réponse à ces questions. Les auteurs parviennent à insuffler un minimum de personnalité à David avec ses pensées intérieures, même si son caractère transparaît plus en creux dans la nature des observations et de ses réflexions, que par ses émotions. au fur et à mesure, il s'interroge sur la nature de l'héroïsme, sur la raison qui fait que tous les humains ou presque ont eu comme réflexe d'utiliser leurs nouvelles capacités pour se battre et pour détruire, sur le fait qu'il est devenu spécial par défaut (le seul à ne pas avoir de superpouvoirs), sur le fait qu'il devienne le centre d'attention de tous les superhéros parce qu'il détient peut-être la solution. En outre, les superhéros sont vus par ses yeux. Il porte un regard un peu particulier, très attaché à les voir sous l'angle de l'héroïsme, à voir ce qui fait d'eux des héros. Alors même qu'ils transforment les personnages classiques de l'univers partagé Marvel, Ross & Krueger en font ressortir leur essence, ce qui émerveille l'adolescent, ce qui les a eux émerveillés en lisant leurs aventures. Du coup, le lecteur éprouve la sensation de retrouver une part du merveilleux de l'enfance. Cette histoire surprend le lecteur. D'abord parce qu'il ne s'attendait pas à un prologue à une histoire parue il y a 20 ans. Ensuite parce que la narration a quelque chose d'un peu empesée, pour le volume d'information, pour la narration visuelle moins pétante que ce à quoi il s'attendait. Petit à petit, il rentre dans l'histoire et il apprécie les pages avec des dessins solides même s'ils manquent parfois de relief. Puis il se laisse prendre à cette situation bizarre où tout le monde a acquis des superpouvoirs, mais sans devenir un superhéros pour autant. À plusieurs reprises, il se retrouve surpris par une réflexion sur l'héroïsme, ou par une situation crispée (l'image horrible de Spider-Man pris dans un entrelacs de fils barbelés). Les coscénaristes continuent de raconter leur histoire, à la leur manière, avec les thèmes qui leur tiennent à cœur, sans influence visible des 20 années écoulées.

18/10/2024 (modifier)
Par ethanos
Note: 4/5
Couverture de la série Shandy, un Anglais dans l'Empire
Shandy, un Anglais dans l'Empire

Et bien je dois dire que, contrairement à de nombreux avis, j'ai été surpris en bien par cette série. Comme beaucoup, j'étais un peu sceptique sur cette histoire de fils de Lord anglais, cherchant l'aventure sur le continent, et souhaitant s'engager dans la Grande armée, mais, au final, même si je n'ai pas spécifiquement connaissance de cas de ce genre, de prompts renforts venus de la ''perfide Albion', ça peut, ma foi, tout à fait se concevoir le temps d'une Bd. Après tout la déjà citée Grande armée était composée d'énormément de soldats étrangers enrôlés volontairement (ou.... avec une légère petite pression pour les aider à se décider ! ?), et puis, Beethoven a bien voulu dédicacer sa symphonie N°3 à Bonaparte au départ...alors pourquoi pas un anglais voulant se mettre au service de l'esprit révolutionnaire qui soufflait à l'époque ? Ça ne me gêne aucunement. Je trouve que le tout se lit avec un certain plaisir, on suit les aventures du gentleman en question avec un réel intérêt, grâce à un scénario qui tient globalement bien la route, reprenant le bon vieux schéma d'une petite histoire (les tribulations de notre héros), insérée dans la grande Histoire (l'épopée napoléonienne), et, force est de constater, qu'une fois encore, ça fonctionne plutôt bien. Le dessin de Bertail est assez inégal, parfois très agréable, avec des ajouts qui semblent faits à l'aide de logiciels informatiques (mais, je ne suis pas un spécialiste...), des angles intéressants, des vues inattendues, qui donnent du relief à l'aventure, et... des cases qui, soudainement, semblent beaucoup moins réussies. Inégal, donc. Reste qu'au final, je regrette que nous n'ayons eu que deux tomes à nous mettre sous la dent, ou devant les yeux. Il y avait pourtant suffisamment d' ingrédients pour commencer une série plus longue. Bref, un bon 3,5/5 puisqu'il faut proposer une évaluation, et j'arrondirai à 4/5, car les auteurs parviennent à produire une histoire qui ne nécessite pas d'être un 'fan' de Napoléon pour s'y intéresser, ce qui est déjà pas mal.

18/10/2024 (modifier)
Par Alix
Note: 4/5
Couverture de la série La Maison des impies
La Maison des impies

Le résumé de l’éditeur et la couverture (assez ratée) m’avaient fait penser que Brubaker et Phillips avaient complètement changé de registre, mais non, il s’agit bien d’un polar noir, dans la lignée de leurs productions habituelles. L’histoire est une fiction ancrée dans le scandale des « abus sexuels ritualisés satanistes » des années 80, que Wikipédia décrit comme une « théorie du complot produite par la panique morale ». Un épisode assez fascinant de notre histoire récente, notamment aux USA, où se déroule cette histoire. L’intrigue est prenante, la narration alterne habilement entre le présent (l’action du récit) et les années 80 (la jeunesse des personnages), avec quelques révélations plutôt bien amenées. La fin est logique et satisfaisante, mais plutôt convenue. Pas de surprise ou de dépaysement niveau mise en image, Sean et Jacob Phillips nous proposent leur style habituel, maîtrisé et efficace. Un bon polar teinté d’horreur, que je recommande aux fans des auteurs.

18/10/2024 (modifier)
Par Présence
Note: 4/5
Couverture de la série La Déflagration des buissons
La Déflagration des buissons

Mais comment profiter du moment présent sans rien partager à personne ? - Ce tome contient une histoire complète et indépendante de toute autre, racontée sous la forme d’un roman-photo. Sa première édition date de 2022. Il a été réalisé par Julie Chapallaz. Les principaux personnages sont interprétés par Xavier d’Almeida, Marie Nora, Ya, Coralie Léguevaque, Yvan Schwab, et les ours Georg, Kupa, King et Zoé du parc animalier Juraparc. Les bûcheronnes sont interprétées par Sylvia Faleni, Kyoko Murayama, Jeanne Macaigne, Élodie Hurée, Dorota Kleszcz, Coralie Léguevaque, Lucia Clavino. Neuf autres personnes font de la figuration. Le récit compte deux-cent dix-neuf pages de roman-photo. Edgar, un jeune homme, est allongé sur son canapé, les yeux clos, portant ses lunettes à monture ronde et rouge. Il rêve d’une comète qui s’abat sur Terre. Le choc de l’impact le réveille en sursaut. La lumière de l’ampoule nue brille. L’écran du téléviseur est empli de neige. Il s’assit sur son séant et se demande où il est. Il ne se souvient de rien, si ce n’est de son prénom. Il se lève et ouvre la porte devant lui : elle donne sur une chambre avec deux lits jumeaux, sur la table de nuit un guide de l’astronomie, un exemplaire de L’île au trésor, une fusée en plastique et un morceau de roche, froid comme du métal. Edgar le prend et le sert dans sa main. Il passe dans la pièce d’à côté : la chambre des parents. Il y a des photographies punaisées au mur : des jumeaux en trottinette, un bord de mer, autant d’images qui lui procurent une sensation de déjà-vu. À certains endroits, le mur présente une tâche plus claire : il manque des photographies. Edgar se place devant la fenêtre et il se dit qu’il y a peut-être d’autres personnes qui collectent des objets comme lui. Il aimerait bien pouvoir les rencontrer. Le sommeil le reprend, comme pour les nombreux habitants de cette ville. Chapitre un : le réveil d’Edgar. Edgar est assis sur un banc face à la mer, une vieille dame assise à côté de lui en train de tricoter. Ils échangent quelques paroles. Il ne se sent pas bien ; elle compatit car on s’ennuie à mourir ici. Il ne sait pas où ils sont, il ne sait pas qui il est. Elle lui conseille de profiter du moment présent, ce qu’il ne sait pas comment faire sans personne avec qui le partager. Elle-même se retrouve avec son tricot qu’elle fait et qu’elle défait. Ce n’est pas parce qu’elle est une mémé qu’elle doit tricoter d’ailleurs. Elle voudrait vivre à fond et brûler la chandelle par les deux bouts. Vivre brièvement mais furieusement, lancée à trois cents kilomètres à l’heure, sur la route de la corniche. Au lieu d’attendre dans cette éternité qui se rétrécit. Heureusement la mer efface ses mauvaises pensées. Edgar s’est rendormi et il se réveille dans un appartement qu’il ne connaît pas. Une femme tenant un sac plastique sonne à la porte et il va ouvrir. Il ouvre, elle s’excuse d’être en retard, par pure convention car elle ne sait ni où elle est, ni avec qui. Il l’invite à rentrer et lui offre un verre d’eau. Elle déverse le contenu de son sac plastique sur la table : c’est toute sa vie. N’est-elle qu’une suite d’objets énigmatiques qui lui rappellent vaguement quelque chose ? L’éditeur FLBLB publie régulièrement des romans-photos qui ont tous comme particularité de sortir de l’ordinaire, et de n’entretenir qu’un rapport de forme avec ceux qui firent les beaux jours du magazine Nous Deux. Celui-ci défie également les attentes du lecteur. Ça commence dès le titre énigmatique et l’illustration de couverture tout aussi cryptique. Une autre caractéristique déroutante apparaît dès la première page : le parti pris de la colorisation artificielle. L’artiste n’a conservé aucune couleur naturelle. La première page a été repassée dans des teintes bleu-gris, avec une nuance violette prenant de l’importance dans les pages suivantes de cette introduction. La silhouette d’Edgar devient d’un bleu un peu plus clair dans le premier chapitre, ce qui fait qu’il ressort un peu plus par rapport à ce qui l’entoure comme s’il était plus vivant. Le deuxième chapitre, intitulé Edgar et la forêt, vire vers des teintes vert sombre pour attester de l’environnement forestier. Quant à lui, Edgar vire à une teinte rose un peu sale après avoir rencontré le groupe de bûcheronne. Le lecteur est pris par surprise par la page cent-onze qui baigne dans un rouge foncé, en rapport direct avec l’activité décrite. L’intérieur de la cabane du Doc présente une palette plus importante de couleurs différentes. La teinte rouge revient pour les pages deux-cent-huit et deux-cent-neuf, l’activité étant de même nature que page cent-onze. Le lecteur peut avoir besoin d’un peu de temps pour s’adapter à ce choix esthétique de mise en couleur. En revanche, il constate que l’autrice utilise les caractéristiques de la bande dessinée pour la narration visuelle. Les photographies sont disposées comme des cases de BD, le plus souvent rectangulaires et disposées en bande. L’artiste varie le découpage de la planche en fonction de la séquence, elle joue également sur le nombre de cases par planche. Elle utilise des cases de taille variée, parfois de la largeur de la page, parfois de la hauteur de la page. Il y a quelques photographies qui occupent toute une page, et le nombre de cases peut monter jusqu’à douze sur une seule page. Lors de quelques séquences particulières, elle joue sur la forme des cases : des trapèzes pour les pages soixante-six à soixante-dix, avec une très belle composition sur deux pages à la fin pour accompagner la chute d’un arbre. Le lecteur retient également la composition des pages quatre-vingt-seize et quatre-vingt-dix-sept : une case circulaire au milieu, et des cases radiales tout autour. Elle arrondit les angles des bordures de case pour indiquer qu’une séquence se déroule dans le passé ou est de nature onirique. Les personnages s’expriment dans des phylactères. Le lecteur se rend compte de temps à autre que l’artiste utilise des collages pour des effets spéciaux, et qu’elle ajoute parfois un élément bricolé avec des outils numériques sur une photographie. Il en découle une sensation étrange, en décalage avec l’effet classique d’une photographie reproduisant le réel sous un angle donné : un effet onirique légèrement éloigné du réel. L’intrigue apparaît rapidement : une sorte d’épidémie de sommeil qui fait que toute la population dort en continu ou presque, avec quelques individus qui parviennent à regagner conscience pour des périodes limitées. Edgar, le personnage principal, ne se souvient plus de sa vie, mais il éprouve la conviction d’avoir eu un frère jumeau et il essaye de le retrouver. Trouvant un moyen très artisanal de rester conscient, il fait la rencontre de la femme au sac plastique, puis de Max et de ses fourmis, ce dernier lui conseillant de sortir de la ville. Dans la forêt, il fait la connaissance d’un groupe de sept bûcheronnes, puis de celui qu’elles appellent Doc, un individu lui aussi très singulier pratiquant l’art de la Dendrochronologie. Le lecteur se laisse emporter par la balade d’Edgar, sans bien savoir où cela peut le mener. Il comprend que le récit présente une forme d’anticipation avec cette maladie généralisée du sommeil, sur laquelle l’autrice ne dit rien. Il comprend également des éléments de type fantastique comme un ours doté de conscience et parlant, ou des fourmis et des sangsues aux vertus psychotropes, avec deux collages en pleine page, page cent et cent-un. Le lecteur se laisse porter par cette situation extraordinaire, l’impression de s’immerger dans une histoire entre rêve et réalité. Il cale son comportement à celui d’Edgar en acceptant les choses comme elles viennent, sans s’interroger sur le pourquoi ou le comment. Il aborde chaque rencontre avec l’esprit ouvert, sans idée préconçue, ce qui le rend également réceptif aux images à la poésie inattendue : un homme endormi dans une laverie automatique avec son slip sur la tête, la présence d’une K7 audio, des livres dans une librairie, avec une liste d’auteurs hétéroclites Alain Aslan (1930-2014, Alain Gourdon), Charles Bukowski (1920-1994), Michel Tournier (1924-2016), Ernst Zurcher (1951-), Michel Pastoureau (19487-), une fourmilière géante entourée de cierges dans une église, une bûcheronne se vantant de la taille de sa chatte avec un geste obscène, un ghettoblaster, un usage peu orthodoxe de la dendrochronologie, une femme avec des lanières de cuir en guise de sous-vêtements, etc. Dans le même temps, ces éléments hétéroclites et insolites sont propices à des remarques générant d’étranges résonnances. Ces êtres humains endormis, font-ils des personnages conscients des êtres éveillés ? Edgar est à la recherche d’Arthur, son frère jumeau disparu, peut-être un autre lui-même, peut-être son avatar éveillé ? Max semble n’être qu’un doux dingue avec sa fourmilière millénaire, et dans le même temps il est également parvenu à rester réveillé, la fin justifie-t-elle les moyens ? Les bûcheronnes estiment que l’avenir de l’humanité passe par l’abattage de tous les arbres présents sur Terre, en opposition totale avec les angoisses environnementales du temps présent. Un ours doté de conscience veut retrouver sa place de roi du règne animal en éliminant les hommes ou en prenant leur place. Le roman-photo constitue un moyen d’expression, fortement connoté par son succès dans le genre très particulier de la romance. Il peut également permettre de raconter d’autres types d’histoire, d’autres fictions de genre. Ici, le lecteur plonge dans un récit d’anticipation mâtiné de fantastique. L’autrice travaille les images leur donnant un caractère artificiel par la colorisation, l’emploi de collage, pour une balade dans un monde endormi où les gens éveillés sont pour le moins singuliers. Étrange.

17/10/2024 (modifier)
Par karibou79
Note: 4/5
Couverture de la série Walter Appleduck
Walter Appleduck

Un nouveau coup des 2 Fabrice ! Alors si vous aimez l'humour absurde de Fabcaro et le dessin en rondeur d'Erre semblable à celui de Jacovitti, vous serez là comme dans des charentaises tièdes. Dans le thème Western pour de rire, on est donc plus proche de Coccobill que de Al Crane. Grâce à la publication de seulement 2 tomes, les délires loufoques s'enchaînent mais ne se ressemblent pas. Un page turner oui mais qui se relit avec autant de plaisir.

17/10/2024 (modifier)
Par karibou79
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Dementia 21
Dementia 21

4.5 Shintarô Kago est un auteur talentueux touche-à-tout que l'on malheureusement trop rapidement dans l'ero-guro. Il tente continuellement de tordre le coup à l'ordre établi et aux conventions du manga, tout en offrant un univers riche et une maîtrise parfaite de ses personnages. Ces 2 tomes racontent des choses de tout ordre, ayant pour fil conducteur les vieux. Oui on ne prend pas de pincettes avec le terme, ici les seniors sont aussi vantards, filous, mignons, crasseux, charmants que les plus jeunes. L'auteur fait preuve d'un humanisme tout en se foutant de la gueule des travers et problèmes de nos aînés. Le sujet est assez sensible au Japon où le 3ème âge est un électorat à bichonner et un parent à respecter. C'est ainsi que sont abordés tous les thèmes et faits divers liés aux vieux de cet archipel: des marionniers sur le nombre s'étant étouffé en mangeant du mochi gluant au réveillon, le problème de la surpopulation carcérale gabrataire... Il y a un tout un inventaire à la Prévert qui étonnera les lecteurs à chaque chapitre. Cette courte série de Kago peut se voir comme un pendant délirant façon Monthy Python des receuils de nouvelles de Junji Ito. En rajoutant la qualité des livres eux-même, je ne peux que vous encouragez à découvrir l'oeuvre de Kago-Sensei.

17/10/2024 (modifier)
Par karibou79
Note: 4/5
Couverture de la série Psycho-Investigateur (Simon Radius)
Psycho-Investigateur (Simon Radius)

Il y a 2 catégories de lecteurs: ceux qui ont lu cette BD avant Dans la tête de Sherlock Holmes et les autres. Et les autres dont je fais partie vont évidemment être plus sévères vu la qualité de la série suivante de ces auteurs. Je ne donnerai donc "que" 4/5 pour laisser une note plus haute à l'aventure de Sherlock. Pourtant, tout est déjà là: un système de lecture original mais qui ne prête pas à confusion, des mises en couleurs inhabituelles, le déroulé d'une histoire revu au niveau de la psyché des individus. Quelque soit l'ordre d'achat, le plaisir de lire cette aventure est garanti. On parle du prochain tome de Sherlock Holmes, cela me redonne également l'envie de relire cette série.

17/10/2024 (modifier)
Par Linette
Note: 4/5
Couverture de la série How I live Now
How I live Now

Magnifique histoire. J'ai été prise par l'héroïne. Jeune femme touchante qui n'a connu que la tristesse et l'accusation d'être la meurtrière de sa mère à son premier souffle de vie. Elle mérite une famille aimante, elle mérite d'être aimée et désiré, elle mérite encore plus de tomber amoureuse et tout ça lui arrivera enfin, il faudra qu'elle apprivoise ces nouvelles émotions comme si elle avait attendu son tour pendant 15 ans dans une file d'attente interminable. Mais la vie lui rappelle qu'il faudra une fois de plus prendre patience car tout lui sera retiré une fois de plus. Mais cette fois ci, elle saura trouver la vraie force de se battre pour les gens qu'elle aime et qui l'attendent.

16/10/2024 (modifier)
Par Blue boy
Note: 4/5
Couverture de la série L'Héritage fossile
L'Héritage fossile

Incontestablement, l’ouvrage intrigue par son aspect. Par son volume tout d’abord (près de 300 pages) mais surtout par sa couverture au format carré, de belle facture, à la fois sombre et mystérieuse, qui représente une fillette dans la paume d’un géant sans visage, avec en arrière plan l’espace infini. Philippe Valette, qui nous avait déjà étonnés avec Jean Doux et le Mystère de la Disquette Molle, fait preuve encore une fois d’une grande créativité doublée d’un perfectionnisme accompli. Mais la comparaison s’arrête là. Car si « Jean Doux » tenait de la comédie décalée et désopilante sur la vie en entreprise dans les années 90, « L’Héritage fossile » s’inscrit dans un tout autre registre, celui du space opera claustrophobique et désespéré. Qu’on se le dise, on est plus proche du récit d’anticipation où affleurent les questionnements de notre monde terrestre actuel (et donc pas toujours très gais) que de « Star Wars ». Au-delà du thème toujours attrayant de la conquête spatiale, c’est l’immortalité et la survie de l’humanité qui sont au centre de l’intrigue. Comme on va le deviner assez vite, la Terre est en proie à un chaos dont on ne connaît pas la raison mais qui menace la vie à sa surface. Le vaisseau Heritage a donc pour mission de perpétuer la race humaine en allant coloniser une planète viable, selon les scientifiques. Celle-ci étant située à des années lumières, bien plus loin que Mars dont la colonisation s’est révélée être un échec cuisant (coucou Elon !), il faudra donc faire de trèèèèès longues siestes en « biostase » pour ne vieillir que de dix ans. Hélas, l’imprévu s’est invité à bord du vaisseau, lorsque ses passagers réalisent que leur peau prend un aspect minéral, tandis qu’il leur reste 19 000 années de voyage à travers l’espace pour atteindre leur « terre promise » baptisée Geminae ! Graphiquement parlant, Philippe Valette a fait une sorte de mix entre dessin et numérique. Son trait aux accents manga s’attache aux personnages, tandis que le vaisseau ou les décors ont été conçus par ordinateur. Le rendu est assez bluffant, sans les défauts propres à cette technique dont certains abusent parfois. Les vues du vaisseau géant ont un aspect très réaliste, mais Valette n’en fait pas non plus des tonnes pour épater la galerie, le recours au procédé restant plutôt discret. Le dit procédé a été utilisé également pour représenter la planète Geminae, dont on ne fait d’ailleurs que distinguer les reliefs à travers l’obscurité omniprésente, renforçant l’ambiance hautement anxiogène du récit. Tout cela fait de « L’Héritage fossile » une belle réussite, malgré son propos pour le moins pessimiste où la lumière semble être restée prisonnière de l’énigmatique et ténébreuse Geminae. Au même titre que le graphisme, la narration est très bien structurée, jusqu’à l’incroyable révélation finale. On pourra (peut-être) regretter la partition visuelle un peu froide, ainsi que la conclusion, qui, si elle est au demeurant tout à fait inattendue, aurait gagné à être un peu plus resserrée, plus concise. Mais ces quelques bémols n’empêcheront en rien ce one-shot de s’imposer comme l’un des musts de cette année.

16/10/2024 (modifier)