J'ai emprunté cette BD à ma fille qui a eu la trilogie en cadeau (quelle bonne idée d'offrir des BD !). Madeleine, résistante nous raconte le parcours de Madeleine Riffaud (dont je ne connaissais pas l'histoire), une jeune femme qui, malgré son jeune âge, choisit de lutter contre l’occupant nazi et qui n'a clairement pas froid aux yeux ! Une plongée dans la Résistance, mais surtout dans les choix et les doutes qui forgent une existence.
Le dessin de Dominique Bertail est remarquable. Les décors sont précis, sans être surchargés et cela sert vraiment bien le récit. Je me suis juste interrogé sur le choix de cette bichromie. Techniquement elle est bien réussie, mais je ne vois pas ce qu'elle apporte au récit ? Un côté sépia pour poser l'action dans le passé ?
Le scénario de Jean-David Morvan, construit en collaboration avec Madeleine Riffaud, offre un témoignage précieux. C’est dense, authentique, et ça évite le pathos. On suit Madeleine avec respect et une certaine admiration pour sa détermination. Pourtant, malgré cette richesse narrative, le récit reste assez linéaire. Les événements s’enchaînent sans grande surprise, et certaines scènes manquent de profondeur pour vraiment marquer. Peut être par respect pour l'humilité de Madeleine Riffaud ? Reste qu'avec une femme de cette trempe on aurait pu s'attendre à un peu plus d'intensité dramatique dans la manière de présenter les choses, mais ce n'était peut être pas le but recherché ? Parce que du drame, il y en a énormément dans la vie de Madeleine, mais on a presque l'impression que ca lui passe un peu par dessus. En définitive, je trouve que c’est solide, mais ça manque un peu d’audace pour sortir des sentiers battus, comme les cadrages du dessin.
Une œuvre importante pour ce qu’elle raconte et pour la mémoire qu’elle transmet. Un immense merci à Madeleine Riffaud pour ce qu'elle a fait et son témoignage et à Raymond Aubrac pour l'avoir convaincue de commencer à témoigner. Sans cette BD, je serais passé à côté de cette vie exceptionnelle.
On commence avec une idée audacieuse : revisiter Sherlock Holmes, mais en creusant les failles plutôt que de célébrer les exploits. Brunschwig et Cécil choisissent de suivre Watson, plus fragile et humain que jamais, dans une enquête sur la disparition et les secrets du détective. Ce qui frappe dès le départ, c’est cette volonté de démystifier Holmes, de questionner sa santé mentale, ses liens familiaux, et même sa relation à Moriarty.
Le dessin de Cécil est clairement l’un des points forts de la série. Chaque case est riche en détails, avec une ambiance parfaitement restituée de l’Angleterre victorienne. Les teintes dominantes, bleu-gris ou sépia selon les flashbacks, renforcent ce côté rétro et mélancolique. On a parfois l’impression de feuilleter un album de vieilles photographies. J'ai juste une chose à reprocher, je trouve que les personnages, bien que précis, manquent par moments de dynamisme dans leurs expressions.
Le scénario de Brunschwig est dense et ambitieux. La narration, ponctuée de flashbacks, déploie un mystère autour de la mort de Holmes, tout en révélant des pans de son passé qu’on n’avait jamais explorés. Ce n’est pas une enquête haletante, mais plutôt une plongée psychologique, ce qui peut frustrer ceux qui espèrent une aventure plus classique. Pour moi ca a très bien fonctionné.
Je suis parti sur cette série en pensant qu'elle était finie (dernier tome en 2019), a priori il va encore falloir être patient pour la fin. En tous les cas Holmes est une série ambitieuse qui revisite le mythe avec une approche très personnelle. Une œuvre intrigante qui m'a séduit pour son côté sombre et fouillé. Vivement la suite.
J’avais vaguement entendu parler de Nellie Bly, mais ne connaissais en fait pas grand-chose de cette dame. Et c’est bien dommage, tant elle se révèle être quelqu’un d’extraordinaire (au sens premier du terme). En tout cas cet album m’a permis de combler une lacune dommageable (trois autres BD au moins traitent du personnage, je les lirai à l’occasion pour comparer et compléter mes connaissances).
J’ai vraiment bien aimé cet album, pour la façon de présenter le sujet, mais aussi pour la personnalité découverte.
Car Nellie Bly est une pionnière dans bien des domaines, et elle a fait preuve de courage, d’opiniâtreté et d’intelligence dans chacun d’entre eux.
L’album met en avant son enquête immersive dans un asile de la ville de New-York, où elle se fait passer pour folle pour mener une enquête digne des meilleurs reportages d’investigation (avant l’heure !). Mais, au travers de flash-backs, nous découvrons la vie et l’engagement complets de Bly, et sa personnalité est vraiment forte et avant-gardiste. Pour l’égalité hommes/femmes, mais aussi sur l’absence de libertés au Mexique. Mais son discours sur les inégalités sociales, qui transparait dans son enquête à l’asile (aucune femme riche ne subit cet enfermement inique et ces tortures), est plus que palpable lorsqu’elle dénonce les salaires bas, les conditions de travail misérables, etc. On comprend pourquoi son travail de journaliste est autant mis en avant aux États-Unis ou ailleurs, au détriment de sa critique politique et sociale. Mais tout ceci forme un tout, et Nellie Bly est une personne à connaitre.
Et cet album permet de le faire de façon relativement complète et agréable (même si les auteurs auraient pu aisément développer plusieurs tomes à partir des flash-backs rappelant la vie et l’action de leur héroïne). La narration est fluide, le dessin et la colorisation sont simples, mais lisibles et agréables. Une lecture plaisante et intéressante.
L’auteur est un très bon connaisseur de la vie de Thelonious Monk, mais aussi du jazz (les deux étant en grande partie intimement liés !). C’est en connaisseur donc, mais aussi en amoureux que Daoudi dresse ici un portrait croisé (ou lié) du génial compositeur et pianiste, et de son amie/muse/soutien/complice Pannonica Rothschild.
Je ne connaissais que le nom de cette dame, et quelques bribes de ses liens avec Monk, et ici on sent bien la quasi fusion parfois entre les deux. En tout cas ce récit, ou cette biographie est à la fois très documenté et très intéressante – et très vivante aussi. C’est un peu décousu – mais comme la musique de Monk, une fois la surprise de certains accords passée, on est embarqué par une mélodie.
C’est en écoutant quelques morceaux de Monk que je rédige cet avis (l’album m’a redonné envie de les écouter), et c’est encore un pur plaisir, inexplicable. Sa vie est à l’image de beaucoup de ses compères jazzmen noirs américains, pas linéaire, faisant face à pas mal de soucis. Ses addictions, ses problèmes comportementaux ont sans doute bridé sa carrière. Mais la présence à ses côtés de Pannonica l’a empêché de sombrer, et à sans doute permis l’apparition de quelques éclairs. Et puis, sa fortune lui a quand même permis de vivre sa passion et sa folie. Et c’est le principal intérêt de cet album – pour moi en tout cas – de me faire découvrir cette personne, qui n’a pas été une simple mécène, et qui avait une personnalité qui détonnait, sortie qu’elle était de la haute société bourgeoise.
Sinon, j’aurais bien aimé être dans l’assistance de pas mal de bœufs évoqués ici, vu les pointures qui y participaient aux côtés de Monk !
Il y a 20 ans, Aude Picault publiait Moi je, deux albums autobiographiques où elle se livrait à la manière d'un blog, racontant sa vie de célibataire avec le récit de petits moments clés et autres anecdotes futiles formant le portrait de son état d'esprit, de ses petits soucis et ses pensées intimes. Pas mal d'eau a passé sous les ponts depuis et l'autrice revient avec un nouvel album spécifiquement dédié à ce que sa vie est devenue maintenant qu'elle a plus de quarante ans... et qu'elle traverse une forme de crise de la quarantaine où elle s'interroge sur sa vie désormais bien rangée mais épuisante.
Graphiquement, on se rend compte que le trait d'Aude Picault a largement gagné en maturité depuis les anciens Moi je. Son trait reste fin et efficace, mais il gagne aussi en esthétisme et en expressivité. Elle colorise également ses planches désormais, ce qui leur donne encore plus d'élégance, avec même parfois un soupçon de l'esprit d'un Sempé dans ses scènes urbaines.
Aude présente sans fard sa vie de quarantenaire. Vivant en couple avec un homme plus âgé qu'elle, qu'elle présente vapotant en permanence et toujours absorbé par ses écrans, ainsi qu'avec une petite fille dynamique et très demandeuse, elle est submergée par les tâches domestiques, son compagnon ne s'occupant visiblement que de la cuisine sans rien ranger derrière, et elle a du mal à faire surface entre sa vie privée qui lui pompe beaucoup d'énergie et son métier artistique où elle peine à trouver l'inspiration. Ajouté à cela une vie trop urbaine dont elle se lasse fortement, elle se pose beaucoup de questions sur ses choix de vie et sur son couple. En résumé, elle traverse une petite crise de la quarantaine.
J'ai deux ans de plus qu'Aude Picault et ma propre vie de quarantenaire est bien différente de la sienne puisque je ne suis ni urbain ni artiste et que mes enfants sont bien plus âgés. Je n'ai donc pas les mêmes préoccupations qu'elle et je n'ai pas le sentiment d'avoir subi de crise de la quarantaine. Et pourtant Aude a su me parler dans cet ouvrage tant elle rend sincère et attachant son personnage. Elle transmet de superbe manière ses émotions, ses doutes mais aussi ses tentatives amusantes d'y remédier. Sa vie de couple et le portrait qu'elle fait de son compagnon sont sans concession (je suis curieux de savoir comment ce dernier a pris ça d'ailleurs) mais le ton reste léger, rythmé et parlant. Bref, elle arrive à transmettre aussi bien les émotions graves que l'humour de sa mise en scène. C'est touchant et amusant à la fois, tout en donnant un éclairage sur les possibles interrogations de la quarantaine.
Je réalise avec surprise que je n'ai pas avisé cette série alors que je suis le blog de Boulet depuis une vingtaine d'années et que j'ai lu la majorité des albums qu'il en a extraits.
Si au départ de sa carrière et de son blog, je trouvais les petites histoires de Boulet sympa mais sans plus, il a très rapidement su s'imposer comme le maître étalon du blog BD et de l'histoire courte en BD. Ses sujets fourmillent d'influences geeks, de réflexions aussi gentiment idiotes que profondément sages ou bien vues sur la vie et ses petits détails, et d'un humour impeccable, pas forcément à se rouler par terre mais toujours vraiment drôle. Et surtout il a acquis au fil des années une maîtrise de son dessin et de sa narration graphique qu'il a pu prouver à la face du monde lors de ses épreuves de 24h de la BD au cours de festivals d'Angoulême où il a su en un temps aussi réduit produire l'équivalent de BDs complètes excellemment dessinées et bien racontées, avec en plus à chaque fois de très bonnes idées pour interpréter le thème imposé.
Ce sont ces histoires là ainsi que toutes celles que son imagination lui a prodiguées et qu'il a offertes à ses lecteurs en ligne de 2004 à 2017 qui sont incluses dans ces albums Notes, avec l'ajout de quelques inédits pour l'époque dont certains ont depuis été rajoutés après coup sur son blog. C'est un plaisir de pouvoir les lire et relire sur papier dans des albums souples de belle qualité, tout en ayant la possibilité d'observer l'évolution de la maîtrise graphique et narrative de Boulet tandis qu'il affirmait son style et sa maturité.
Lucas Vallerie traite ici – et très bien – d’un sujet tristement d’actualité (à défaut d’être réellement et correctement traité par les grands médias), à savoir les migrants fuyant la misère (et la guerre parfois) de l’Afrique, pour tenter de rejoindre l’Europe à partir de la Libye.
Et plus particulièrement, il a accompagné une mission du navire de sauvetage de MSF en Méditerranée, rencontrant ainsi une des parts douloureuses de cette réalité (les nombreux morts noyés), mais aussi parmi les « sauvés » des personnes lui racontant leur parcours.
L’album m’a fait penser à celui d’Hippolyte Le Murmure de la mer, album quasi équivalent (l’auteur ayant lui accompagné une opération de l’ONG SOS Méditerranée – mais j’ai aussi pensé à À bord de l'Aquarius qui s’intéresse à une autre mission de cette même ONG). On retrouve en grande partie les mêmes problématiques et mêmes observations. Mais Vallerie développe lui en parallèle le parcours de quelques migrants recueillis sur son navire, de leur départ d’un pays d’Afrique subsaharienne à leur arrivée en Libye, où ils sont tous maltraités, volés, exploités, parfois violés, jusqu’au départ et leur « sauvetage ».
La narration est fluide, le sujet est traité en profondeur et de façon factuel, j’ai bien aimé cette lecture.
Comme dans les albums précédents (mais j’ai aussi lu des articles dans le monde diplomatique à ce sujet), on peut encore s’étonner de l’hypocrisie de l’UE face au traitement subi par les migrants en Libye…
Le récit nous place d’emblée dans une perspective originale : celle d’un tableau témoin de l’Histoire, silencieux mais omniprésent. "Deux filles nues", peint par Otto Mueller en 1919, traverse les décennies, du chaos de l’entre-deux-guerres à la censure nazie, des spoliations au retour à une collection. Chaque étape raconte autant le destin de l’œuvre que celui du siècle qui l’a portée, malmenée, parfois oubliée.
Luz construit une narration fragmentée, où chaque chapitre explore un moment clé de cette trajectoire. On ne voit jamais directement le tableau avant la fin, mais tout se joue autour de lui. Les cases se plient à son cadre : penchées, obscurcies, cachées, elles traduisent son enfermement, ses déplacements et ses expositions. Cela donne au récit une vraie cohérence visuelle, sans pour autant alourdir l’ensemble.
Le dessin, sobre et précis, sert parfaitement le propos. Je trouve qu'il n'a ici rien à voir avec un Testosterror mais peut être est-ce un biais lié au fond du récit ? J'avais déjà été impressionné par le dessin de Luz dans Catharsis. Quoiqu'il en soit, on a ici un vrai dessin de BD, pas du dessin de presse (pour lequel j'ai un infini respect mais le but n'est pas le même). Les tons ocres et bruns installent une ambiance qui accompagne les époques traversées, et la mise en page joue habilement avec les contraintes narratives. Luz laisse de l’espace à chaque scène, à chaque silence, sans jamais surcharger.
Au-delà du parcours du tableau, l’histoire interroge la censure, la liberté d’expression, et le rôle de l’art face à la violence et à l’oppression. Luz met aussi en écho son propre rapport à la création, en lien avec son vécu. Tout cela se déroule sans grandiloquence, avec une retenue qui rend l’ensemble plus fort.
C’est une lecture dense, portée par une narration qui trouve son rythme et son équilibre. Une réflexion sur l’art, sur la mémoire, et sur ce que nous en faisons. Coup de coeur pour moi.
Il y a quelque chose qui m'a particulièrement touché dans Ailefroide - Altitude 3954 et Le Loup du même auteur, alors que je ne suis pas plus attiré que cela par la montagne à la base. Et j'ai retrouvé cette même densité dans cette histoire, un équilibre entre des thèmes universels et une mise en scène qui sait laisser de l’espace. Le récit, simple en apparence, explore des sujets comme l’amour, la violence et la mémoire avec une retenue qui lui donne sa force. Tout tourne autour de cette figure centrale, cette reine, métaphore d’un passé qu’on porte malgré soi, avec tout ce qu’il peut avoir de beau et de douloureux.
Le dessin accompagne bien cette narration. Pas de surenchère, mais un soin apporté aux détails, une attention particulière à ce qui se joue dans les regards, les gestes. Les choix de couleurs, parfois tranchés, parfois plus feutrés, participent à cette oscillation constante entre la dureté et la douceur. Cela donne une vraie cohérence à l’ensemble, même si certains passages, un peu appuyés, pourraient paraître moins nécessaires.
Ce qui reste, au final, c’est cette atmosphère. Pas tant une histoire marquante qu’un climat, une manière de raconter qui trouve son rythme sans chercher à en faire trop. Une lecture qui n’impressionne pas par ses grands effets, mais qui, par petites touches, laisse une empreinte discrète mais durable. Bref, encore une belle lecture, merci M. Rochette.
En s’inspirant des écrits du dramaturge et écrivain Diastème, Alain Kokor nous propose une tragédie contemporaine qui fera sans nul doute chavirer les cœurs les plus romanesques. Les deux amants, personnages récurrents dans l’œuvre de Diastème, sont des jeunes gens qui s’aiment, passent beaucoup de temps ensemble et cherchent à fuir la réalité d’un monde trop dur en se récitant des passages d’« Andromaque », la célèbre tragédie lyrique de Racine à laquelle ils s’identifient totalement. Enfants uniques livrés à eux-mêmes, ils trouvent du réconfort dans leur amour naissant, un amour exclusif que Simon va compromettre par un acte de folie : se taillader le bras en tentant d’y graver le nom de Lucie. Effrayée par son geste, Lucie va fuir en Bretagne chez son oncle mais Simon va « piquer » la mob de son père, afin, dit-il, de la « délivrer ». Jusqu’au dénouement, quelque peu imprévu, le récit fera des va-et-vient temporels entre le séjour à l’asile de Simon et les raisons qui ont conduit à son internement.
Très bien construite et assez captivante, la narration va évoluer en se centrant principalement sur le personnage de Simon, qui n’hésitera pas à s’abimer pour sauver l’amour qu’il croyait être réciproque avec Lucie. En effet, ce garçon possède un cœur pur, un rien romanesque. Et le monde est bien trop étroit pour abriter sa quête d’absolu, vers laquelle il cherche à entraîner son amante, en vain. Au docteur qui lui affirme que ce n’est pas en faisant des allers et retours dans la réalité qu’il s’en sortira, Simon lui rétorque qu’il a accepté l’idée d’être fou. Sa folie, c’est de ne pas lire jusqu’au bout les romans, ou de ne pas s’en souvenir, tout comme il refuse de croire à la fin de son histoire avec Lucie.
A l’image du récit, les personnages sont réalistes et attachants, y compris les deux pensionnaires de la clinique Barthelemy et « La Gosse ». Le mélange de mélancolie et de résilience dont fait preuve Simon est assez touchant, le lecteur ressent à la fois de la fascination et de l’empathie par rapport à son refus de la fatalité et le contrôle qu’il opère sur sa propre folie. Mais tout de même, le pauvre garçon semble se complaire dans son déni, ignorant sans doute que le retour de l’être aimé, ça ne se voit que dans les romans à l’eau de rose… il devrait pourtant le savoir, lui qui est si friand de tragédies !
Si le dessin de Kokor peut paraître parfois esquissé, il n’en est pas moins stylé et convient bien à l’ambiance intimiste du récit. Centré surtout sur les personnages et les attitudes, il sait restituer des paysages quand il le faut pour donner une respiration allégeant la descente aux enfers vécue par Simon, ou se faire plus abstrait pour traduire par exemple les effets de la camisole chimique. Pas de mise en couleurs ici, on reste principalement sur une monochromie discrète, douce-amère pourrait-on dire, ou une bichromie oscillant entre le beige et le rouge, plus rarement sur le bleu et le vert.
Que l’on croit ou pas aux histoires d’amour avec un grand A, on pourra trouver beaucoup de charme à ce roman graphique, d’une authenticité qui ne pourra laisser de glace. On pourra peut-être regretter le fait que le récit se détourne totalement de Lucie après l’épisode « des bras tailladés » pour se centrer uniquement sur Simon. On aurait aimé en savoir plus sur l’évolution psychologique de l’adolescente et ses « ciels changeants » à elle, même si cela risquait d’altérer l’effet de surprise du dénouement final. Une chose est sûre, « Simon et Lucie » est une œuvre marquante et qui ne laissera pas indifférent.
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Madeleine, résistante
J'ai emprunté cette BD à ma fille qui a eu la trilogie en cadeau (quelle bonne idée d'offrir des BD !). Madeleine, résistante nous raconte le parcours de Madeleine Riffaud (dont je ne connaissais pas l'histoire), une jeune femme qui, malgré son jeune âge, choisit de lutter contre l’occupant nazi et qui n'a clairement pas froid aux yeux ! Une plongée dans la Résistance, mais surtout dans les choix et les doutes qui forgent une existence. Le dessin de Dominique Bertail est remarquable. Les décors sont précis, sans être surchargés et cela sert vraiment bien le récit. Je me suis juste interrogé sur le choix de cette bichromie. Techniquement elle est bien réussie, mais je ne vois pas ce qu'elle apporte au récit ? Un côté sépia pour poser l'action dans le passé ? Le scénario de Jean-David Morvan, construit en collaboration avec Madeleine Riffaud, offre un témoignage précieux. C’est dense, authentique, et ça évite le pathos. On suit Madeleine avec respect et une certaine admiration pour sa détermination. Pourtant, malgré cette richesse narrative, le récit reste assez linéaire. Les événements s’enchaînent sans grande surprise, et certaines scènes manquent de profondeur pour vraiment marquer. Peut être par respect pour l'humilité de Madeleine Riffaud ? Reste qu'avec une femme de cette trempe on aurait pu s'attendre à un peu plus d'intensité dramatique dans la manière de présenter les choses, mais ce n'était peut être pas le but recherché ? Parce que du drame, il y en a énormément dans la vie de Madeleine, mais on a presque l'impression que ca lui passe un peu par dessus. En définitive, je trouve que c’est solide, mais ça manque un peu d’audace pour sortir des sentiers battus, comme les cadrages du dessin. Une œuvre importante pour ce qu’elle raconte et pour la mémoire qu’elle transmet. Un immense merci à Madeleine Riffaud pour ce qu'elle a fait et son témoignage et à Raymond Aubrac pour l'avoir convaincue de commencer à témoigner. Sans cette BD, je serais passé à côté de cette vie exceptionnelle.
Holmes
On commence avec une idée audacieuse : revisiter Sherlock Holmes, mais en creusant les failles plutôt que de célébrer les exploits. Brunschwig et Cécil choisissent de suivre Watson, plus fragile et humain que jamais, dans une enquête sur la disparition et les secrets du détective. Ce qui frappe dès le départ, c’est cette volonté de démystifier Holmes, de questionner sa santé mentale, ses liens familiaux, et même sa relation à Moriarty. Le dessin de Cécil est clairement l’un des points forts de la série. Chaque case est riche en détails, avec une ambiance parfaitement restituée de l’Angleterre victorienne. Les teintes dominantes, bleu-gris ou sépia selon les flashbacks, renforcent ce côté rétro et mélancolique. On a parfois l’impression de feuilleter un album de vieilles photographies. J'ai juste une chose à reprocher, je trouve que les personnages, bien que précis, manquent par moments de dynamisme dans leurs expressions. Le scénario de Brunschwig est dense et ambitieux. La narration, ponctuée de flashbacks, déploie un mystère autour de la mort de Holmes, tout en révélant des pans de son passé qu’on n’avait jamais explorés. Ce n’est pas une enquête haletante, mais plutôt une plongée psychologique, ce qui peut frustrer ceux qui espèrent une aventure plus classique. Pour moi ca a très bien fonctionné. Je suis parti sur cette série en pensant qu'elle était finie (dernier tome en 2019), a priori il va encore falloir être patient pour la fin. En tous les cas Holmes est une série ambitieuse qui revisite le mythe avec une approche très personnelle. Une œuvre intrigante qui m'a séduit pour son côté sombre et fouillé. Vivement la suite.
Nellie Bly - Dans l'antre de la folie
J’avais vaguement entendu parler de Nellie Bly, mais ne connaissais en fait pas grand-chose de cette dame. Et c’est bien dommage, tant elle se révèle être quelqu’un d’extraordinaire (au sens premier du terme). En tout cas cet album m’a permis de combler une lacune dommageable (trois autres BD au moins traitent du personnage, je les lirai à l’occasion pour comparer et compléter mes connaissances). J’ai vraiment bien aimé cet album, pour la façon de présenter le sujet, mais aussi pour la personnalité découverte. Car Nellie Bly est une pionnière dans bien des domaines, et elle a fait preuve de courage, d’opiniâtreté et d’intelligence dans chacun d’entre eux. L’album met en avant son enquête immersive dans un asile de la ville de New-York, où elle se fait passer pour folle pour mener une enquête digne des meilleurs reportages d’investigation (avant l’heure !). Mais, au travers de flash-backs, nous découvrons la vie et l’engagement complets de Bly, et sa personnalité est vraiment forte et avant-gardiste. Pour l’égalité hommes/femmes, mais aussi sur l’absence de libertés au Mexique. Mais son discours sur les inégalités sociales, qui transparait dans son enquête à l’asile (aucune femme riche ne subit cet enfermement inique et ces tortures), est plus que palpable lorsqu’elle dénonce les salaires bas, les conditions de travail misérables, etc. On comprend pourquoi son travail de journaliste est autant mis en avant aux États-Unis ou ailleurs, au détriment de sa critique politique et sociale. Mais tout ceci forme un tout, et Nellie Bly est une personne à connaitre. Et cet album permet de le faire de façon relativement complète et agréable (même si les auteurs auraient pu aisément développer plusieurs tomes à partir des flash-backs rappelant la vie et l’action de leur héroïne). La narration est fluide, le dessin et la colorisation sont simples, mais lisibles et agréables. Une lecture plaisante et intéressante.
Monk ! - Thelonious, Pannonica... Une Amitié, Une Révolution Musicale
L’auteur est un très bon connaisseur de la vie de Thelonious Monk, mais aussi du jazz (les deux étant en grande partie intimement liés !). C’est en connaisseur donc, mais aussi en amoureux que Daoudi dresse ici un portrait croisé (ou lié) du génial compositeur et pianiste, et de son amie/muse/soutien/complice Pannonica Rothschild. Je ne connaissais que le nom de cette dame, et quelques bribes de ses liens avec Monk, et ici on sent bien la quasi fusion parfois entre les deux. En tout cas ce récit, ou cette biographie est à la fois très documenté et très intéressante – et très vivante aussi. C’est un peu décousu – mais comme la musique de Monk, une fois la surprise de certains accords passée, on est embarqué par une mélodie. C’est en écoutant quelques morceaux de Monk que je rédige cet avis (l’album m’a redonné envie de les écouter), et c’est encore un pur plaisir, inexplicable. Sa vie est à l’image de beaucoup de ses compères jazzmen noirs américains, pas linéaire, faisant face à pas mal de soucis. Ses addictions, ses problèmes comportementaux ont sans doute bridé sa carrière. Mais la présence à ses côtés de Pannonica l’a empêché de sombrer, et à sans doute permis l’apparition de quelques éclairs. Et puis, sa fortune lui a quand même permis de vivre sa passion et sa folie. Et c’est le principal intérêt de cet album – pour moi en tout cas – de me faire découvrir cette personne, qui n’a pas été une simple mécène, et qui avait une personnalité qui détonnait, sortie qu’elle était de la haute société bourgeoise. Sinon, j’aurais bien aimé être dans l’assistance de pas mal de bœufs évoqués ici, vu les pointures qui y participaient aux côtés de Monk !
Moi je, quarantaine
Il y a 20 ans, Aude Picault publiait Moi je, deux albums autobiographiques où elle se livrait à la manière d'un blog, racontant sa vie de célibataire avec le récit de petits moments clés et autres anecdotes futiles formant le portrait de son état d'esprit, de ses petits soucis et ses pensées intimes. Pas mal d'eau a passé sous les ponts depuis et l'autrice revient avec un nouvel album spécifiquement dédié à ce que sa vie est devenue maintenant qu'elle a plus de quarante ans... et qu'elle traverse une forme de crise de la quarantaine où elle s'interroge sur sa vie désormais bien rangée mais épuisante. Graphiquement, on se rend compte que le trait d'Aude Picault a largement gagné en maturité depuis les anciens Moi je. Son trait reste fin et efficace, mais il gagne aussi en esthétisme et en expressivité. Elle colorise également ses planches désormais, ce qui leur donne encore plus d'élégance, avec même parfois un soupçon de l'esprit d'un Sempé dans ses scènes urbaines. Aude présente sans fard sa vie de quarantenaire. Vivant en couple avec un homme plus âgé qu'elle, qu'elle présente vapotant en permanence et toujours absorbé par ses écrans, ainsi qu'avec une petite fille dynamique et très demandeuse, elle est submergée par les tâches domestiques, son compagnon ne s'occupant visiblement que de la cuisine sans rien ranger derrière, et elle a du mal à faire surface entre sa vie privée qui lui pompe beaucoup d'énergie et son métier artistique où elle peine à trouver l'inspiration. Ajouté à cela une vie trop urbaine dont elle se lasse fortement, elle se pose beaucoup de questions sur ses choix de vie et sur son couple. En résumé, elle traverse une petite crise de la quarantaine. J'ai deux ans de plus qu'Aude Picault et ma propre vie de quarantenaire est bien différente de la sienne puisque je ne suis ni urbain ni artiste et que mes enfants sont bien plus âgés. Je n'ai donc pas les mêmes préoccupations qu'elle et je n'ai pas le sentiment d'avoir subi de crise de la quarantaine. Et pourtant Aude a su me parler dans cet ouvrage tant elle rend sincère et attachant son personnage. Elle transmet de superbe manière ses émotions, ses doutes mais aussi ses tentatives amusantes d'y remédier. Sa vie de couple et le portrait qu'elle fait de son compagnon sont sans concession (je suis curieux de savoir comment ce dernier a pris ça d'ailleurs) mais le ton reste léger, rythmé et parlant. Bref, elle arrive à transmettre aussi bien les émotions graves que l'humour de sa mise en scène. C'est touchant et amusant à la fois, tout en donnant un éclairage sur les possibles interrogations de la quarantaine.
Notes
Je réalise avec surprise que je n'ai pas avisé cette série alors que je suis le blog de Boulet depuis une vingtaine d'années et que j'ai lu la majorité des albums qu'il en a extraits. Si au départ de sa carrière et de son blog, je trouvais les petites histoires de Boulet sympa mais sans plus, il a très rapidement su s'imposer comme le maître étalon du blog BD et de l'histoire courte en BD. Ses sujets fourmillent d'influences geeks, de réflexions aussi gentiment idiotes que profondément sages ou bien vues sur la vie et ses petits détails, et d'un humour impeccable, pas forcément à se rouler par terre mais toujours vraiment drôle. Et surtout il a acquis au fil des années une maîtrise de son dessin et de sa narration graphique qu'il a pu prouver à la face du monde lors de ses épreuves de 24h de la BD au cours de festivals d'Angoulême où il a su en un temps aussi réduit produire l'équivalent de BDs complètes excellemment dessinées et bien racontées, avec en plus à chaque fois de très bonnes idées pour interpréter le thème imposé. Ce sont ces histoires là ainsi que toutes celles que son imagination lui a prodiguées et qu'il a offertes à ses lecteurs en ligne de 2004 à 2017 qui sont incluses dans ces albums Notes, avec l'ajout de quelques inédits pour l'époque dont certains ont depuis été rajoutés après coup sur son blog. C'est un plaisir de pouvoir les lire et relire sur papier dans des albums souples de belle qualité, tout en ayant la possibilité d'observer l'évolution de la maîtrise graphique et narrative de Boulet tandis qu'il affirmait son style et sa maturité.
Traversées - La Route de l'aventure
Lucas Vallerie traite ici – et très bien – d’un sujet tristement d’actualité (à défaut d’être réellement et correctement traité par les grands médias), à savoir les migrants fuyant la misère (et la guerre parfois) de l’Afrique, pour tenter de rejoindre l’Europe à partir de la Libye. Et plus particulièrement, il a accompagné une mission du navire de sauvetage de MSF en Méditerranée, rencontrant ainsi une des parts douloureuses de cette réalité (les nombreux morts noyés), mais aussi parmi les « sauvés » des personnes lui racontant leur parcours. L’album m’a fait penser à celui d’Hippolyte Le Murmure de la mer, album quasi équivalent (l’auteur ayant lui accompagné une opération de l’ONG SOS Méditerranée – mais j’ai aussi pensé à À bord de l'Aquarius qui s’intéresse à une autre mission de cette même ONG). On retrouve en grande partie les mêmes problématiques et mêmes observations. Mais Vallerie développe lui en parallèle le parcours de quelques migrants recueillis sur son navire, de leur départ d’un pays d’Afrique subsaharienne à leur arrivée en Libye, où ils sont tous maltraités, volés, exploités, parfois violés, jusqu’au départ et leur « sauvetage ». La narration est fluide, le sujet est traité en profondeur et de façon factuel, j’ai bien aimé cette lecture. Comme dans les albums précédents (mais j’ai aussi lu des articles dans le monde diplomatique à ce sujet), on peut encore s’étonner de l’hypocrisie de l’UE face au traitement subi par les migrants en Libye…
Deux Filles nues
Le récit nous place d’emblée dans une perspective originale : celle d’un tableau témoin de l’Histoire, silencieux mais omniprésent. "Deux filles nues", peint par Otto Mueller en 1919, traverse les décennies, du chaos de l’entre-deux-guerres à la censure nazie, des spoliations au retour à une collection. Chaque étape raconte autant le destin de l’œuvre que celui du siècle qui l’a portée, malmenée, parfois oubliée. Luz construit une narration fragmentée, où chaque chapitre explore un moment clé de cette trajectoire. On ne voit jamais directement le tableau avant la fin, mais tout se joue autour de lui. Les cases se plient à son cadre : penchées, obscurcies, cachées, elles traduisent son enfermement, ses déplacements et ses expositions. Cela donne au récit une vraie cohérence visuelle, sans pour autant alourdir l’ensemble. Le dessin, sobre et précis, sert parfaitement le propos. Je trouve qu'il n'a ici rien à voir avec un Testosterror mais peut être est-ce un biais lié au fond du récit ? J'avais déjà été impressionné par le dessin de Luz dans Catharsis. Quoiqu'il en soit, on a ici un vrai dessin de BD, pas du dessin de presse (pour lequel j'ai un infini respect mais le but n'est pas le même). Les tons ocres et bruns installent une ambiance qui accompagne les époques traversées, et la mise en page joue habilement avec les contraintes narratives. Luz laisse de l’espace à chaque scène, à chaque silence, sans jamais surcharger. Au-delà du parcours du tableau, l’histoire interroge la censure, la liberté d’expression, et le rôle de l’art face à la violence et à l’oppression. Luz met aussi en écho son propre rapport à la création, en lien avec son vécu. Tout cela se déroule sans grandiloquence, avec une retenue qui rend l’ensemble plus fort. C’est une lecture dense, portée par une narration qui trouve son rythme et son équilibre. Une réflexion sur l’art, sur la mémoire, et sur ce que nous en faisons. Coup de coeur pour moi.
La Dernière Reine (Rochette)
Il y a quelque chose qui m'a particulièrement touché dans Ailefroide - Altitude 3954 et Le Loup du même auteur, alors que je ne suis pas plus attiré que cela par la montagne à la base. Et j'ai retrouvé cette même densité dans cette histoire, un équilibre entre des thèmes universels et une mise en scène qui sait laisser de l’espace. Le récit, simple en apparence, explore des sujets comme l’amour, la violence et la mémoire avec une retenue qui lui donne sa force. Tout tourne autour de cette figure centrale, cette reine, métaphore d’un passé qu’on porte malgré soi, avec tout ce qu’il peut avoir de beau et de douloureux. Le dessin accompagne bien cette narration. Pas de surenchère, mais un soin apporté aux détails, une attention particulière à ce qui se joue dans les regards, les gestes. Les choix de couleurs, parfois tranchés, parfois plus feutrés, participent à cette oscillation constante entre la dureté et la douceur. Cela donne une vraie cohérence à l’ensemble, même si certains passages, un peu appuyés, pourraient paraître moins nécessaires. Ce qui reste, au final, c’est cette atmosphère. Pas tant une histoire marquante qu’un climat, une manière de raconter qui trouve son rythme sans chercher à en faire trop. Une lecture qui n’impressionne pas par ses grands effets, mais qui, par petites touches, laisse une empreinte discrète mais durable. Bref, encore une belle lecture, merci M. Rochette.
Simon & Lucie - Les Ciels changeants
En s’inspirant des écrits du dramaturge et écrivain Diastème, Alain Kokor nous propose une tragédie contemporaine qui fera sans nul doute chavirer les cœurs les plus romanesques. Les deux amants, personnages récurrents dans l’œuvre de Diastème, sont des jeunes gens qui s’aiment, passent beaucoup de temps ensemble et cherchent à fuir la réalité d’un monde trop dur en se récitant des passages d’« Andromaque », la célèbre tragédie lyrique de Racine à laquelle ils s’identifient totalement. Enfants uniques livrés à eux-mêmes, ils trouvent du réconfort dans leur amour naissant, un amour exclusif que Simon va compromettre par un acte de folie : se taillader le bras en tentant d’y graver le nom de Lucie. Effrayée par son geste, Lucie va fuir en Bretagne chez son oncle mais Simon va « piquer » la mob de son père, afin, dit-il, de la « délivrer ». Jusqu’au dénouement, quelque peu imprévu, le récit fera des va-et-vient temporels entre le séjour à l’asile de Simon et les raisons qui ont conduit à son internement. Très bien construite et assez captivante, la narration va évoluer en se centrant principalement sur le personnage de Simon, qui n’hésitera pas à s’abimer pour sauver l’amour qu’il croyait être réciproque avec Lucie. En effet, ce garçon possède un cœur pur, un rien romanesque. Et le monde est bien trop étroit pour abriter sa quête d’absolu, vers laquelle il cherche à entraîner son amante, en vain. Au docteur qui lui affirme que ce n’est pas en faisant des allers et retours dans la réalité qu’il s’en sortira, Simon lui rétorque qu’il a accepté l’idée d’être fou. Sa folie, c’est de ne pas lire jusqu’au bout les romans, ou de ne pas s’en souvenir, tout comme il refuse de croire à la fin de son histoire avec Lucie. A l’image du récit, les personnages sont réalistes et attachants, y compris les deux pensionnaires de la clinique Barthelemy et « La Gosse ». Le mélange de mélancolie et de résilience dont fait preuve Simon est assez touchant, le lecteur ressent à la fois de la fascination et de l’empathie par rapport à son refus de la fatalité et le contrôle qu’il opère sur sa propre folie. Mais tout de même, le pauvre garçon semble se complaire dans son déni, ignorant sans doute que le retour de l’être aimé, ça ne se voit que dans les romans à l’eau de rose… il devrait pourtant le savoir, lui qui est si friand de tragédies ! Si le dessin de Kokor peut paraître parfois esquissé, il n’en est pas moins stylé et convient bien à l’ambiance intimiste du récit. Centré surtout sur les personnages et les attitudes, il sait restituer des paysages quand il le faut pour donner une respiration allégeant la descente aux enfers vécue par Simon, ou se faire plus abstrait pour traduire par exemple les effets de la camisole chimique. Pas de mise en couleurs ici, on reste principalement sur une monochromie discrète, douce-amère pourrait-on dire, ou une bichromie oscillant entre le beige et le rouge, plus rarement sur le bleu et le vert. Que l’on croit ou pas aux histoires d’amour avec un grand A, on pourra trouver beaucoup de charme à ce roman graphique, d’une authenticité qui ne pourra laisser de glace. On pourra peut-être regretter le fait que le récit se détourne totalement de Lucie après l’épisode « des bras tailladés » pour se centrer uniquement sur Simon. On aurait aimé en savoir plus sur l’évolution psychologique de l’adolescente et ses « ciels changeants » à elle, même si cela risquait d’altérer l’effet de surprise du dénouement final. Une chose est sûre, « Simon et Lucie » est une œuvre marquante et qui ne laissera pas indifférent.