Excellent. Vraiment excellent. Je ne pensais pas en ouvrant ce livre que j'en arriverais à verser une larme lorsque je le refermerais.
Et pourtant, elle a bien coulé lorsque je suis arrivé au bout de cette BD.
J'ai d'abord eu un sourire en voyant le dessin qui me rappelait des lectures d'enfances, les Benoit Brisefer et autres Tif et Tondu. Mais ici, il y a en outre des magnifiques planches à certains moments. J'ai adoré aussi les petits détails présents régulièrement dans les planches. Un très bon support à l'histoire.
Le propos paraît de prime abord vu et revu, avec l'Allemagne des années 30 et les débuts du nazisme. Mais ici ce propos passe allègrement en arrière plan pour se concentrer sur un gamin orphelin, son rapport avec les prostituées et son éducation. Le contexte historique ne fait que servir le propos, et non l'inverse.
L'idée de l'histoire est bel et bien ce petit orphelin, seul dans un Berlin des années 30, et surtout ignare. Recueilli par des prostituées dans une maison close grâce à l'aide d'un acteur, le récit va progressivement prendre la tournure d'une éducation. Apprendre à lire et écrire, mais aussi apprendre l'amour, les hommes et la cruauté. Cette cruauté qu'il connaissait bien des rues et à laquelle il échappera durant son séjour au bordel.
Le récit est mené par la voix off d'une des prostitués, ce qui rajoute d'ailleurs de l'intensité dans les dernières pages, où la réalité rejoint les propos rêveurs de la narratrice. C'est d'autant plus tragique.
Car le propos est bien tragique. Une tragédie aux airs de comédie qui vire très vite au noir, repassant au joyeux pour mieux replonger. Tragédie d'autant plus cruelle que les personnages sont incroyablement attachants.
J'ai franchement été touché par ce récit, m'identifiant très facilement à ce gamin rêveur, adorant raconter les histoires, créant des contes et des récits, dessinant, créant, rêvant (sa vision de l'accession d'Hitler au pouvoir est juste belle, et terriblement vraie).
Mais le personnage principal n'est pas seul, et ce monde de prostituées, de gitans semble tellement beau, un havre de paix au milieu des troubles qui naissent. Un petit paradis qui vole en morceaux.
Et quelle justesse dans les propos : jamais mièvre, jamais noir, toujours juste, des dialogues aux situations, tout est à la bonne place. Une bien belle tragédie qui traite de l'éducation. Largement au dessus de ce à quoi je m'attendais.
Un très bon 4/5. J'ai aimé, c'est certain.
Une série humoristique qui m'a agréablement surpris. Je m'attendais au mieux à un truc potable, mais finalement j'ai beaucoup ri en lisant les gags. Les gags autour de l'employé et du patron sont particulièrement réussis. J'avais peur d'un truc bien lourd qui reprendrait tous les clichés du monde du travail et au final j'ai eu droit à des gags plutôt originaux qui montrent bien l'ironie dans la relation patron-employeur.
Pour ce qui est du dessin, je le trouve correct. C'est un bon dessin humoristique quoique peut-être un peu sommaire. On ne voit pas souvent des décors.
J'ai découvert Davodeau avec Les Ignorants, je continue avec "Rural !", une BD largement appréciée par ici.
Dans l'ensemble, j'ai vraiment apprécié la lecture de cette BD, car Etienne Davodeau arrive à nous transporter dans la vie de ces agriculteurs, à nous donner de l’empathie pour le couple qui est obligé de vendre sa maison, alors qu'ils ont passé des années à rénover, à cause de cette autoroute etc etc...
Le dessin sert parfaitement l'histoire, ce style me plait vraiment, j'adhère !
Mais effectivement, quand je lis les avis, je ne peux qu'être d'accord avec ceux qui critiquent le fait que Rural ! est une BD trop engagée, militante. La fameuse page qui parle de l'ASF, je l'ai trouvée aussi un peu déplacée. La préface de José Bové, mouais...
Je vais pas en rajouter des tartines, mais effectivement, c'est facile de ne voir que d'un coté du barbelé. Je ne suis donc pas d'accord avec la morale de la dernière case. Il n'y a pas d'un coté les gentils agriculteurs, et de l'autre la méchante autoroute... Alors certes, les choses auraient pu être mieux faites (le tracé etc) mais il y a clairement plus de paramètres à prendre en compte, et malheureusement Davodeau n'a choisi qu'un seul point de vue.
C’était mon petit bémol, mais je recommande vivement la lecture de cette BD néanmoins !
Comme tout lecteur de bandes dessinées amateur de récits historiques, ceux traitant de la première guerre mondiale m’ont marqué par la sensation de douleur, de souffrance et d’absurdité qui en émane. Mais il s’agit là d’une époque révolue, d’un passage obligé vers nos démocraties, vers l’Union Européenne actuelle. C’est du moins ce que je croyais… avant d’entamer cette lecture. Et c’est sans doute la raison pour laquelle cet album m’a tant marqué. Cette proximité, ce sentiment que cela aurait tout aussi bien pu m’arriver, à moi, m’ont choqué !
Dans Pays kaki 92/08, Christophe Girard évoque son service militaire ainsi que la période d’engagement volontaire qui suivra celui-ci. Tout commence d’une manière anodine (« Je ne suis pas enthousiaste ni même malheureux. J’ai bien des échos inquiétants de ce qui se passe derrière les murs des casernes mais je me fais plus l’idée d’une grosse colonie de vacances avec des « monos » un peu sévères. », dit-il en guise d’introduction). A son arrivée, Christophe n’est pas opposé aux militaires. Certes, il s’amuse de certains comportements mais reste nuancé dans ses critiques. Une approche humble, correcte, serais-je même tenté de dire. Une approche que le fils de militaire que je suis a bien appréciée.
Pourtant, progressivement, le récit tourne au drame. Cette période de la vie de l’auteur sera si souvent marquée par des événements forts (la mort par épuisement d’un camarade, le viol d’un autre, de violentes envies suicidaires, …) que ce qui ne devait être qu’un ennuyeux passage obligé va le transformer à jamais, le traumatiser. Au début de la lecture, je me suis dit : « ben oui, on joue à la guerre, à se faire peur (comme ce passage où un instructeur explique le plus sérieusement du monde que si l’un de vos camarades est blessé, il vaut mieux l’abandonner, voire l’achever que de s’en encombrer. Un raisonnement logique en temps de guerre mais qui parait si absurde en temps de paix) »… mais la guerre n’est pas un jeu. Et Christophe Girard se charge de me le rappeler à coups de poing dans mes narines de lecteur naïf. J’ai aimé cette progression, cette manière d’emmener le lecteur vers la rupture tout en lui faisant comprendre pourquoi, dans certaines circonstances, on peut justement admettre l’inadmissible.
Je dois bien avouer qu’en tant que lecteur, assister à un tel enchainement de situations extrêmes est, par moments, difficile à croire. On ne peut se dire qu’une seule chose : comment est-ce possible ? Comment peut-on aux abords de l’an 2000, dans un pays civilisé, laisser passer pareils comportements ? Rien que pour cet aspect du récit, véridique (je me dois de le rappeler), lire cet album me semble important.
Et puis ; il y a la manière dont l’auteur se livre. Sans détours, avec sincérité, il nous offre d’assister, impuissants, à sa propre transformation. On ne nait pas salaud mais on le devient en fonction des circonstances, c’est vraiment ce sentiment qui émarge de cette mise à nu.
Vous l’aurez compris : par son contenu, cet album m’a marqué.
Et si ce contenu m’a marqué, c’est que le contenant est bien maitrisé. La narration est bien présente mais se lit sans peine. Le découpage en multiples chapitres permet de séquencer cette progression dans l’horreur. Le gaufrier régulier en multiples cases carrées est autant un clin d’œil vers la mentalité militaire (où tout doit être carré, dixit Christophe Girard) qu’une manière de créer un rythme répétitif, hypnotisant.
Le dessin, lui, m’est apparu par moments maladroit. Un peu raide, parfois imprécis, il convient cependant bien à ce genre de récit biographique et ne constitue certainement pas un frein à la lecture. L’auteur a une patte personnelle et si celle-ci n’est pas totalement à mon goût, elle n'est pas non plus de nature à me faire fuir. Je suis même convaincu que beaucoup de lecteurs aimeront particulièrement ce style.
Pays kaki 92/08 est donc l’œuvre d’un écorché vif, mais aussi d’un auteur de bandes dessinées doué, capable de se livrer sans détour sur le fond et d’offrir une forme travaillée.
Un album à lire, selon moi. Ma seule réticence vient du caractère incroyable de certaines des anecdotes livrées ici mais après m’être entretenu avec son auteur, je suis plus enclin à le croire… à croire à cette mise en abyme ahurissante, à croire à ce monstrueux gâchis.
La guerre n’est pas un jeu.
La guerre détruit des vies.
Cela peut sembler évident mais dans mon petit confort moderne, j’avais tendance à l’oublier.
Christophe Girard m’a réveillé…
Voilà je me suis lancé dans cette trilogie que je possédais depuis bientôt deux ans et que je n'avais pas eu le courage de lire (et oui j'ai parfois un peu de retard, je l'avoue) et je ne le regrette pas du tout.
Mais avant de donner mon avis je dirai juste que ce qui m'a incité à me lancer dans cette lecture ce sont les avis positifs de cette série rencontrés sur ce site, et en particulier les plus récents (ceux qui ont été réalisés après la sortie du tome 3, très attendu d'ailleurs).
Je ne rappellerai que très rapidement l'histoire de cette étonnante et originale série : nous voilà en présence de deux as de la voltige et du cambriolage qui dérobent une pellicule cinématographique plus que compromettante pour un grand nombre de notables de la ville de Bordeaux. Ce vol est le point de départ d'une chasse à l'homme ou devrais-je dire une chasse à ce réseau surnommé "bombyce" (appelé ainsi car il est très difficile à capturer comme le papillon de nuit portant ce nom). J'ai toujours apprécié les histoires de poursuites que l'on trouve en grande quantité au cinéma.
En règle générale je ne suis pas un fan des récits "steampunk" , mais j'avoue que là je n'ai pas été trop dérangé par ce style qui reste assez discret, car on ne voit pas à chaque page des engins extraordinaires comme cela peut être le cas dans d'autres séries utilisant ce style assez apprécié.
En ce qui concerne le dessin , on ne peut qu'être admiratif du travail effectué par Cecil, car celui-ci est tout simplement superbe. Ce style de dessin particulier s'adapte parfaitement à ce récit spectaculaire et captivant.
Je resterai donc dans la moyenne en disant que cette série (assez violente finalement) est très prenante et que, malgré quelques défauts (notamment une fin bâclée à mon goût), elle nous fait passer un moment de lecture agréable.
Quand Frank Miller fait dans l’historique revisité, je suis adepte. Si la version cinématographique peut laisser dubitatif, la bd laisse peu de place au doute. On est dans du Miller pur, avec son graphisme hautement reconnaissable qui sert à merveille ce récit guerrier où violence et honneur s’entremêlent intimement.
Frank Miller a fait sienne cette histoire plus que connue du combat des Spartiates de Leonidas contre les Perses. Avec ses conventions et son style narratif, il nous livre un récit sans temps mort, où la mise en scène est brillante.
Un incontournable. Mais un peu comme tout ce qu’a fait Frank Miller, non ?... (je parle bd, pas du bonhomme.)
Tout d’abord l’idée de base est plutôt aguichante : Sortir le chevalier noir de sa retraite et faire réenfiler le costume à Bruce Wayne à l’âge de 60 ans. Batman, adulé par certains et détesté par d’autres, considéré soit comme un héros, ou au contraire comme un criminel, déploie de nouveau sa cape dans le ciel sombre de Gotham. Comme un relais à passer, le commissaire Gordon se prépare quant à lui, à rendre insigne et arme, et profiter d’une retraite bien méritée.
Ce Batman vieillissant et plus tourmenté que jamais, est un très bon cru. Le traitement de son retour vu par le prisme des médias est assez jubilatoire, suscitant craintes, espoirs et débats interminables sur ce justicier masqué au-dessus des lois. Le scénario est riche et dense. La psychologie des personnages et le récit atteignent une profondeur résolument adulte et non manichéenne. Les réflexions ne sont pas simplistes, au contraire tout n’est que nuance et amène une réflexion sur les limites parfois troubles entre justice et criminalité.
Côté dessin, c’est assez particulier, parfois imprécis, vieillot ou caricatural, certains passages sont pourtant de toute beauté. Finalement ce visuel exprime parfaitement toute l’ambiguïté omniprésente dans cette histoire.
Enfin, un dernier mot sur l’édition d’Urban comics qui m’a permis de découvrir cette œuvre, une fois de plus la qualité est au rendez-vous. Un bel objet, des pages bonus intéressantes sur le processus de création et le DVD / Bluray de la version animée.
Larcenet sait y faire quand il s'agit de faire passer des émotions.
Dans Dallas Cowboy, on retrouve un récit qui semble autobiographique (je ne connais pas assez la vie de Larcenet pour juger de l'authenticité du récit) et qui traite des angoisses qu'il a contractées durant son enfance, durant l'armée et qui sont toujours bien présentes. Il a clairement été marqué par ces époques : problème de poids étant enfant et donc les railleries des camarades, ça marque c'est sûr ! L'armée l'a clairement attaqué aussi !
L'émotion est très bien retranscrite, on est vraiment pris dans le récit ! Le récit est bien servi aussi par le dessin ! Larcenet, très fidèle à son trait, ajoute ici beaucoup de noirceur, comme pour donner plus de gravité à l'histoire.
Le fait aussi de retranscrire de façon grossière les autres protagonistes de l'histoire, ça renforce le coté solitaire que l'auteur a pu vivre pendant ces époques, c'est vraiment bien foutu comme narration !
La lecture est agréable, quoiqu'un peu rapide, mais c'est clairement du bon Larcenet !
Moi qui n’aime pas le genre fantasy, je dois bien reconnaitre que j’ai attaqué cette intégrale noir et blanc sans trop d’enthousiasme. Mais voilà, je me suis laissé embarquer dans une histoire qui au final m’a bien plu.
Pas vraiment parce que j’ai accroché à ce monde rongé par une guerre sans merci. Non, j’étais même assez indifférent à cet univers (aussi bien pensé soit il). Non ce qui m’a plu en premier lieu c’est ce petit personnage principal. Je l‘ai tout de suite trouvé sympathique, rigolo et attachant. Du coup j’avais envie de connaitre son histoire, de voir comment il allait s’en sortir avec ce qui lui tombe dessus, alors que lui n’a absolument rien demandé.
Et de rebondissements en péripéties j’ai suivi ses aventures avec plaisir. Et globalement j’ai plutôt bien accroché à tout ce qui arrive. Certes il y a bien quelques passages que j’ai trouvés moins intéressants, comme les délires sexuels avec la sorcière dans l’arbre. Mais cela n’a pas impacté mon envie de connaitre le dénouement de cette histoire.
Au final, j’ai trouvé ça vraiment pas mal, j’hésite entre un très bon 3 étoiles ou un 4, mais pour une fois qu’une histoire de ce genre ne me tombe pas des mains, et puis allez, c’est Noël, l’arrondi se fera au supérieur.
Excellente bande dessinée, qui raconte une légende du nord de l'Angleterre.
Effectivement la bêtise humaine est ici au centre de l'histoire, avec ces villageois obtus qui prennent pour un Français un pauvre petit singe rescapé d'un naufrage. L'histoire est toute simple, mais Wilfrid Lupano l'emmène sur les sentiers d'une sorte de conte moral et cruel, avec une conclusion que pour ma part j'ai bien appréciée.
Le dessin du nouveau venu Jérémie Moreau est très particulier, il ne plaira pas à tout le monde, mais la surprise initiale passée, on se rend compte que le parti pris graphique est vraiment judicieux, car la plupart des personnages humains arborent des faciès peu ragoûtants, voire... simiesques. Et du coup, comme l'a relevé roedlingen, ceux qui bénéficient d'un traitement graphique plus fin sont ceux qui ont un minimum d'intelligence, le petit singe en faisant partie...
Un chouette moment de lecture.
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La 27e lettre
Excellent. Vraiment excellent. Je ne pensais pas en ouvrant ce livre que j'en arriverais à verser une larme lorsque je le refermerais. Et pourtant, elle a bien coulé lorsque je suis arrivé au bout de cette BD. J'ai d'abord eu un sourire en voyant le dessin qui me rappelait des lectures d'enfances, les Benoit Brisefer et autres Tif et Tondu. Mais ici, il y a en outre des magnifiques planches à certains moments. J'ai adoré aussi les petits détails présents régulièrement dans les planches. Un très bon support à l'histoire. Le propos paraît de prime abord vu et revu, avec l'Allemagne des années 30 et les débuts du nazisme. Mais ici ce propos passe allègrement en arrière plan pour se concentrer sur un gamin orphelin, son rapport avec les prostituées et son éducation. Le contexte historique ne fait que servir le propos, et non l'inverse. L'idée de l'histoire est bel et bien ce petit orphelin, seul dans un Berlin des années 30, et surtout ignare. Recueilli par des prostituées dans une maison close grâce à l'aide d'un acteur, le récit va progressivement prendre la tournure d'une éducation. Apprendre à lire et écrire, mais aussi apprendre l'amour, les hommes et la cruauté. Cette cruauté qu'il connaissait bien des rues et à laquelle il échappera durant son séjour au bordel. Le récit est mené par la voix off d'une des prostitués, ce qui rajoute d'ailleurs de l'intensité dans les dernières pages, où la réalité rejoint les propos rêveurs de la narratrice. C'est d'autant plus tragique. Car le propos est bien tragique. Une tragédie aux airs de comédie qui vire très vite au noir, repassant au joyeux pour mieux replonger. Tragédie d'autant plus cruelle que les personnages sont incroyablement attachants. J'ai franchement été touché par ce récit, m'identifiant très facilement à ce gamin rêveur, adorant raconter les histoires, créant des contes et des récits, dessinant, créant, rêvant (sa vision de l'accession d'Hitler au pouvoir est juste belle, et terriblement vraie). Mais le personnage principal n'est pas seul, et ce monde de prostituées, de gitans semble tellement beau, un havre de paix au milieu des troubles qui naissent. Un petit paradis qui vole en morceaux. Et quelle justesse dans les propos : jamais mièvre, jamais noir, toujours juste, des dialogues aux situations, tout est à la bonne place. Une bien belle tragédie qui traite de l'éducation. Largement au dessus de ce à quoi je m'attendais. Un très bon 4/5. J'ai aimé, c'est certain.
Théocrite
Une série humoristique qui m'a agréablement surpris. Je m'attendais au mieux à un truc potable, mais finalement j'ai beaucoup ri en lisant les gags. Les gags autour de l'employé et du patron sont particulièrement réussis. J'avais peur d'un truc bien lourd qui reprendrait tous les clichés du monde du travail et au final j'ai eu droit à des gags plutôt originaux qui montrent bien l'ironie dans la relation patron-employeur. Pour ce qui est du dessin, je le trouve correct. C'est un bon dessin humoristique quoique peut-être un peu sommaire. On ne voit pas souvent des décors.
Rural !
J'ai découvert Davodeau avec Les Ignorants, je continue avec "Rural !", une BD largement appréciée par ici. Dans l'ensemble, j'ai vraiment apprécié la lecture de cette BD, car Etienne Davodeau arrive à nous transporter dans la vie de ces agriculteurs, à nous donner de l’empathie pour le couple qui est obligé de vendre sa maison, alors qu'ils ont passé des années à rénover, à cause de cette autoroute etc etc... Le dessin sert parfaitement l'histoire, ce style me plait vraiment, j'adhère ! Mais effectivement, quand je lis les avis, je ne peux qu'être d'accord avec ceux qui critiquent le fait que Rural ! est une BD trop engagée, militante. La fameuse page qui parle de l'ASF, je l'ai trouvée aussi un peu déplacée. La préface de José Bové, mouais... Je vais pas en rajouter des tartines, mais effectivement, c'est facile de ne voir que d'un coté du barbelé. Je ne suis donc pas d'accord avec la morale de la dernière case. Il n'y a pas d'un coté les gentils agriculteurs, et de l'autre la méchante autoroute... Alors certes, les choses auraient pu être mieux faites (le tracé etc) mais il y a clairement plus de paramètres à prendre en compte, et malheureusement Davodeau n'a choisi qu'un seul point de vue. C’était mon petit bémol, mais je recommande vivement la lecture de cette BD néanmoins !
Pays kaki 92/08
Comme tout lecteur de bandes dessinées amateur de récits historiques, ceux traitant de la première guerre mondiale m’ont marqué par la sensation de douleur, de souffrance et d’absurdité qui en émane. Mais il s’agit là d’une époque révolue, d’un passage obligé vers nos démocraties, vers l’Union Européenne actuelle. C’est du moins ce que je croyais… avant d’entamer cette lecture. Et c’est sans doute la raison pour laquelle cet album m’a tant marqué. Cette proximité, ce sentiment que cela aurait tout aussi bien pu m’arriver, à moi, m’ont choqué ! Dans Pays kaki 92/08, Christophe Girard évoque son service militaire ainsi que la période d’engagement volontaire qui suivra celui-ci. Tout commence d’une manière anodine (« Je ne suis pas enthousiaste ni même malheureux. J’ai bien des échos inquiétants de ce qui se passe derrière les murs des casernes mais je me fais plus l’idée d’une grosse colonie de vacances avec des « monos » un peu sévères. », dit-il en guise d’introduction). A son arrivée, Christophe n’est pas opposé aux militaires. Certes, il s’amuse de certains comportements mais reste nuancé dans ses critiques. Une approche humble, correcte, serais-je même tenté de dire. Une approche que le fils de militaire que je suis a bien appréciée. Pourtant, progressivement, le récit tourne au drame. Cette période de la vie de l’auteur sera si souvent marquée par des événements forts (la mort par épuisement d’un camarade, le viol d’un autre, de violentes envies suicidaires, …) que ce qui ne devait être qu’un ennuyeux passage obligé va le transformer à jamais, le traumatiser. Au début de la lecture, je me suis dit : « ben oui, on joue à la guerre, à se faire peur (comme ce passage où un instructeur explique le plus sérieusement du monde que si l’un de vos camarades est blessé, il vaut mieux l’abandonner, voire l’achever que de s’en encombrer. Un raisonnement logique en temps de guerre mais qui parait si absurde en temps de paix) »… mais la guerre n’est pas un jeu. Et Christophe Girard se charge de me le rappeler à coups de poing dans mes narines de lecteur naïf. J’ai aimé cette progression, cette manière d’emmener le lecteur vers la rupture tout en lui faisant comprendre pourquoi, dans certaines circonstances, on peut justement admettre l’inadmissible. Je dois bien avouer qu’en tant que lecteur, assister à un tel enchainement de situations extrêmes est, par moments, difficile à croire. On ne peut se dire qu’une seule chose : comment est-ce possible ? Comment peut-on aux abords de l’an 2000, dans un pays civilisé, laisser passer pareils comportements ? Rien que pour cet aspect du récit, véridique (je me dois de le rappeler), lire cet album me semble important. Et puis ; il y a la manière dont l’auteur se livre. Sans détours, avec sincérité, il nous offre d’assister, impuissants, à sa propre transformation. On ne nait pas salaud mais on le devient en fonction des circonstances, c’est vraiment ce sentiment qui émarge de cette mise à nu. Vous l’aurez compris : par son contenu, cet album m’a marqué. Et si ce contenu m’a marqué, c’est que le contenant est bien maitrisé. La narration est bien présente mais se lit sans peine. Le découpage en multiples chapitres permet de séquencer cette progression dans l’horreur. Le gaufrier régulier en multiples cases carrées est autant un clin d’œil vers la mentalité militaire (où tout doit être carré, dixit Christophe Girard) qu’une manière de créer un rythme répétitif, hypnotisant. Le dessin, lui, m’est apparu par moments maladroit. Un peu raide, parfois imprécis, il convient cependant bien à ce genre de récit biographique et ne constitue certainement pas un frein à la lecture. L’auteur a une patte personnelle et si celle-ci n’est pas totalement à mon goût, elle n'est pas non plus de nature à me faire fuir. Je suis même convaincu que beaucoup de lecteurs aimeront particulièrement ce style. Pays kaki 92/08 est donc l’œuvre d’un écorché vif, mais aussi d’un auteur de bandes dessinées doué, capable de se livrer sans détour sur le fond et d’offrir une forme travaillée. Un album à lire, selon moi. Ma seule réticence vient du caractère incroyable de certaines des anecdotes livrées ici mais après m’être entretenu avec son auteur, je suis plus enclin à le croire… à croire à cette mise en abyme ahurissante, à croire à ce monstrueux gâchis. La guerre n’est pas un jeu. La guerre détruit des vies. Cela peut sembler évident mais dans mon petit confort moderne, j’avais tendance à l’oublier. Christophe Girard m’a réveillé…
Le Réseau Bombyce
Voilà je me suis lancé dans cette trilogie que je possédais depuis bientôt deux ans et que je n'avais pas eu le courage de lire (et oui j'ai parfois un peu de retard, je l'avoue) et je ne le regrette pas du tout. Mais avant de donner mon avis je dirai juste que ce qui m'a incité à me lancer dans cette lecture ce sont les avis positifs de cette série rencontrés sur ce site, et en particulier les plus récents (ceux qui ont été réalisés après la sortie du tome 3, très attendu d'ailleurs). Je ne rappellerai que très rapidement l'histoire de cette étonnante et originale série : nous voilà en présence de deux as de la voltige et du cambriolage qui dérobent une pellicule cinématographique plus que compromettante pour un grand nombre de notables de la ville de Bordeaux. Ce vol est le point de départ d'une chasse à l'homme ou devrais-je dire une chasse à ce réseau surnommé "bombyce" (appelé ainsi car il est très difficile à capturer comme le papillon de nuit portant ce nom). J'ai toujours apprécié les histoires de poursuites que l'on trouve en grande quantité au cinéma. En règle générale je ne suis pas un fan des récits "steampunk" , mais j'avoue que là je n'ai pas été trop dérangé par ce style qui reste assez discret, car on ne voit pas à chaque page des engins extraordinaires comme cela peut être le cas dans d'autres séries utilisant ce style assez apprécié. En ce qui concerne le dessin , on ne peut qu'être admiratif du travail effectué par Cecil, car celui-ci est tout simplement superbe. Ce style de dessin particulier s'adapte parfaitement à ce récit spectaculaire et captivant. Je resterai donc dans la moyenne en disant que cette série (assez violente finalement) est très prenante et que, malgré quelques défauts (notamment une fin bâclée à mon goût), elle nous fait passer un moment de lecture agréable.
300
Quand Frank Miller fait dans l’historique revisité, je suis adepte. Si la version cinématographique peut laisser dubitatif, la bd laisse peu de place au doute. On est dans du Miller pur, avec son graphisme hautement reconnaissable qui sert à merveille ce récit guerrier où violence et honneur s’entremêlent intimement. Frank Miller a fait sienne cette histoire plus que connue du combat des Spartiates de Leonidas contre les Perses. Avec ses conventions et son style narratif, il nous livre un récit sans temps mort, où la mise en scène est brillante. Un incontournable. Mais un peu comme tout ce qu’a fait Frank Miller, non ?... (je parle bd, pas du bonhomme.)
Batman - The Dark Knight returns
Tout d’abord l’idée de base est plutôt aguichante : Sortir le chevalier noir de sa retraite et faire réenfiler le costume à Bruce Wayne à l’âge de 60 ans. Batman, adulé par certains et détesté par d’autres, considéré soit comme un héros, ou au contraire comme un criminel, déploie de nouveau sa cape dans le ciel sombre de Gotham. Comme un relais à passer, le commissaire Gordon se prépare quant à lui, à rendre insigne et arme, et profiter d’une retraite bien méritée. Ce Batman vieillissant et plus tourmenté que jamais, est un très bon cru. Le traitement de son retour vu par le prisme des médias est assez jubilatoire, suscitant craintes, espoirs et débats interminables sur ce justicier masqué au-dessus des lois. Le scénario est riche et dense. La psychologie des personnages et le récit atteignent une profondeur résolument adulte et non manichéenne. Les réflexions ne sont pas simplistes, au contraire tout n’est que nuance et amène une réflexion sur les limites parfois troubles entre justice et criminalité. Côté dessin, c’est assez particulier, parfois imprécis, vieillot ou caricatural, certains passages sont pourtant de toute beauté. Finalement ce visuel exprime parfaitement toute l’ambiguïté omniprésente dans cette histoire. Enfin, un dernier mot sur l’édition d’Urban comics qui m’a permis de découvrir cette œuvre, une fois de plus la qualité est au rendez-vous. Un bel objet, des pages bonus intéressantes sur le processus de création et le DVD / Bluray de la version animée.
Dallas Cowboy
Larcenet sait y faire quand il s'agit de faire passer des émotions. Dans Dallas Cowboy, on retrouve un récit qui semble autobiographique (je ne connais pas assez la vie de Larcenet pour juger de l'authenticité du récit) et qui traite des angoisses qu'il a contractées durant son enfance, durant l'armée et qui sont toujours bien présentes. Il a clairement été marqué par ces époques : problème de poids étant enfant et donc les railleries des camarades, ça marque c'est sûr ! L'armée l'a clairement attaqué aussi ! L'émotion est très bien retranscrite, on est vraiment pris dans le récit ! Le récit est bien servi aussi par le dessin ! Larcenet, très fidèle à son trait, ajoute ici beaucoup de noirceur, comme pour donner plus de gravité à l'histoire. Le fait aussi de retranscrire de façon grossière les autres protagonistes de l'histoire, ça renforce le coté solitaire que l'auteur a pu vivre pendant ces époques, c'est vraiment bien foutu comme narration ! La lecture est agréable, quoiqu'un peu rapide, mais c'est clairement du bon Larcenet !
Le Grand Pouvoir du Chninkel
Moi qui n’aime pas le genre fantasy, je dois bien reconnaitre que j’ai attaqué cette intégrale noir et blanc sans trop d’enthousiasme. Mais voilà, je me suis laissé embarquer dans une histoire qui au final m’a bien plu. Pas vraiment parce que j’ai accroché à ce monde rongé par une guerre sans merci. Non, j’étais même assez indifférent à cet univers (aussi bien pensé soit il). Non ce qui m’a plu en premier lieu c’est ce petit personnage principal. Je l‘ai tout de suite trouvé sympathique, rigolo et attachant. Du coup j’avais envie de connaitre son histoire, de voir comment il allait s’en sortir avec ce qui lui tombe dessus, alors que lui n’a absolument rien demandé. Et de rebondissements en péripéties j’ai suivi ses aventures avec plaisir. Et globalement j’ai plutôt bien accroché à tout ce qui arrive. Certes il y a bien quelques passages que j’ai trouvés moins intéressants, comme les délires sexuels avec la sorcière dans l’arbre. Mais cela n’a pas impacté mon envie de connaitre le dénouement de cette histoire. Au final, j’ai trouvé ça vraiment pas mal, j’hésite entre un très bon 3 étoiles ou un 4, mais pour une fois qu’une histoire de ce genre ne me tombe pas des mains, et puis allez, c’est Noël, l’arrondi se fera au supérieur.
Le Singe de Hartlepool
Excellente bande dessinée, qui raconte une légende du nord de l'Angleterre. Effectivement la bêtise humaine est ici au centre de l'histoire, avec ces villageois obtus qui prennent pour un Français un pauvre petit singe rescapé d'un naufrage. L'histoire est toute simple, mais Wilfrid Lupano l'emmène sur les sentiers d'une sorte de conte moral et cruel, avec une conclusion que pour ma part j'ai bien appréciée. Le dessin du nouveau venu Jérémie Moreau est très particulier, il ne plaira pas à tout le monde, mais la surprise initiale passée, on se rend compte que le parti pris graphique est vraiment judicieux, car la plupart des personnages humains arborent des faciès peu ragoûtants, voire... simiesques. Et du coup, comme l'a relevé roedlingen, ceux qui bénéficient d'un traitement graphique plus fin sont ceux qui ont un minimum d'intelligence, le petit singe en faisant partie... Un chouette moment de lecture.