Je l'attendais cette adaptation... Depuis une bonne vingtaine d'années, époque où j'ai dévoré les bouquins de Michael Moorcock (Elric, mais aussi d'autres...). Oh bien sûr, ce n'est pas la première adaptation des aventures de l'Empereur de Melniboné, créé il y a plus de 50 ans, ni même la première adaptation en BD par un Français, puisque Philippe Druillet l'a fait en 1969...
Mais malgré cette ancienneté, malgré sa stature héroïque pétrie de stéréotypes (lesquels ont d'ailleurs été, en quelque sorte, créés par le personnage lui-même), le héros a gardé, quelque part, sa légende, son charisme et son attrait. Dès lors il n'est pas étonnant que des auteurs français s'y soient à nouveau intéressés, après que nombre d'anglo-saxons aient donné leur interprétation du personnage.
Ce qui frappe d'emblée à la lecture de cette nouvelle version, c'est sa magnificence visuelle. Pour retranscrire la noirceur, les abîmes décadents et la dimension épique d'Elric, il fallait un dessinateur de la trempe de Druillet, forcément, ou de celle de Lauffray. Mais c'est Didier Poli, co-auteur de la jolie reprise de Neige Fondation, qui est à l'origine du projet. Mais comme son trait est trop sage, il s'adjoint, après divers essais, le talent de Robin Recht, lequel travaille justement avec Lauffray. Et pour rajouter un grain de folie, Jean Bastide vient faire de la retouche et des couleurs. Le trio est gagnant, leur travail est fantastique. La mise en scène des crayonnés de Poli est très inspirée ; l'encrage de Recht propose une noirceur d'une grande maturité, et les retouches de Bastide rajoutent de la profondeur à l'ensemble. Je suis réellement admiratif. Au tome 2 Julien Telo prend le relais de Poli, avec un résultat tout aussi impressionnant.
Ce qui compte aussi dans une adaptation, c'est le travail qui est fait par rapport à l'oeuvre originale. Ma lecture des romans de Moorcock remonte à très loin, mais j'ai retrouvé dans cette BD de nombreuses impressions d'alors. Cette ambiance de décadence, de désespoir, cette atmosphère poisseuse avec cette épée de Damoclès qui pend au-dessus d'Elric, la dimension épique qui entoure la bataille navale, le côté putride du palais d'Ymrryr...Tout y est, à mon avis. Julien Blondel a réussi à épaissir le personnage de Cymoril, l'épouse d'Elric, laquelle n'avait qu'un rôle mineur dans l'histoire originale.
Le deuxième tome marque un tournant dans l'histoire d'Elric, avec son renoncement et sa rencontre de l'épée Stormbringer, son arme, son alliée, sa soeur... sa malédiction. Un tome à la hauteur des enjeux.
Aux qualités artistiques de l'album s'ajoute la qualité éditoriale, avec en bonus quelques notes sur l'origine et la réalisation du projet, accompagnées par des ébauches de personnages et de magnifiques illustrations de l'univers d'Elric par quelques grands noms : Druillet, Lauffray, Andreas ou encore Thierry Ségur.
Incontournable.
Nous retrouvons Fabcaro dans un projet un peu différent de ce qu'il fait d'habitude et cela ne sera pas pour déplaire à ses lecteurs. Le voilà embarqué pour le Pérou lui qui déteste les voyages loin de chez lui. Quelle aventure !
Nous avons une sorte de documentaire où l'on apprendra finalement peu de choses sur le Pérou. La durée du voyage n'a été que de 15 jours ce qui laisse peu de temps pour s'imprégner de ce pays andin. Il y a quelques interludes assez audacieux. Le projet se voulait sérieux ou du moins sur un autre mode que l'humour mais c'est râpé.
Carnet du Pérou est sans doute la pire imposture qu'on a pu lire mais c'est assumé. Bref, délire de l'auteur ou canular, au choix ! Fabcaro est sans doute pour moi l'auteur de bd d'humour le plus accompli. Ce carnet tient en tout cas toutes ses promesses.
Passé l'effet de surprise, cette Bd se savoure d'abord pour son étrangeté, son sujet pas banal, ensuite pour la richesse de ses personnages, et enfin pour cette tranche de vie toute simple, une véritable comédie urbaine très réussie, pleine d'humanisme et d'humour en demi-teinte. La scène de la sortie au théâtre avec Melvin, Anita, Sophie et Léo est excellente, je crois qu'on a tous plus ou moins connu ça, des importuns ou des gens qui ne cessent de râler ; j'ai vécu ce genre de situation avec un casse-burnes imposé par un autre pote et qui vous pourrit une soirée par ses réflexions désagréables et son humeur de chacal.. le ton est donc très proche de la réalité.
Quand en plus, c'est dessiné par J.C. Denis avec son trait Ligne Claire un peu plus travaillé que d'habitude, le résultat ne peut qu'être satisfaisant. J'ai bien aimé le petit clin d'oeil au personnage fétiche de Denis, Luc Leroi qui apparaît dans le bar à une table voisine des héros, page 72. Esthétiquement, l'ensemble est plus joli, et niveau histoire, c'est très attachant, ça me plait beaucoup plus dans son approche que L'Ombre aux tableaux ; seule la fin présente une légère faiblesse, la dernière page est un peu trop rapide, sinon la lecture se révèle des plus agréable.
Violent, c’est le moins que l’on puisse dire ! D’une violence bestiale, primaire, digne d’un western italien. D’ailleurs, du western, le synopsis récupère quelques idées, comme ce vieux loup solitaire qui retourne dans la ville de son enfance, comme ce ‘Boss’ omnipotent roi de la même ville, comme ce faux rythme lancinant. Dans ces conditions, le snack-restaurant prend naturellement des allures de saloon et la grand rue devient tout aussi naturellement le théâtre du duel. La confrontation entre les deux hommes est inévitable. Et les seconds couteaux, grâce au talent de Jason Latour, se voient gratifiés de têtes de l’emploi (l’ombre de Klaus Kinski plane sur les pires d’entre eux).
Mais de western, il ne sera pas question. Cet album nous parle d’une époque contemporaine, dans un bled perdu du Sud des Etats-Unis où le football américain fait loi. A un point tel que tout le monde s’écrase face au maître des lieux, entraineur à succès de l’équipe locale. Ce premier tome (qui pourrait se lire comme un one-shot) nous raconte le retour au bercail d’une ancienne légende du coin. Son lourd passé nous est dévoilé au compte-goutte. Son rapport au Sud, très contradictoire, fait la force et la faiblesse du personnage. Entre haine et attachement, il s’embarquera dans une croisade que l’on imagine perdue d’avance. Le héros classique, fêlé de l’intérieur mais paraissant invulnérable de l’extérieur. Je n’ai pu m’empêcher de penser à Clint Eastwood dans Gran Torino en lisant cet album, mais un Clint Eastwood qui aurait épousé les traits de Hulk Hogan. Le mélange est étonnant mais, plus étonnant encore, fait de Earl Tubb un être attachant, un juste, un héros malgré lui.
La narration, comme je le disais, épouse un faux rythme, comme accablée par la chaleur des lieux. La haine et la violence se déchainent par courtes vagues, puis revient le calme… avant la prochaine vague. Jason Aaron (déjà auteur du controversé « Scalped ») connait son métier. Ses personnages, pourtant souvent très stéréotypés, interpellent et happent le lecteur. Les zones d’ombre sont nombreuses et titillent incessamment notre curiosité. Le poids du passé pèse sur la ville. Avant même les premières rencontres, on sait qu’il y aura drame. Et lorsqu’il survient, si l’on est surpris, c’est par sa violence, par sa bestialité.
Je n’ai qu’une seule hâte : découvrir la suite.
Une autobiographie des dernières années et jours d'un dessinateur génial... en bande dessinée. Inclassable, délirant, émouvant, c'est beau et les mots nous manquent a tous...
Je ne conseille ni la lecture ni l'achat sauf qu'aux inconditionnels de Moebius. Les dessins et les textes sont improvisés, spontanés, surtout au commencement. Mais l'édition est vraiment belle!
Ce one-shot parle d'une affaire de meurtre (ou au moins de disparition car le corps de Quéméneur n'a jamais été retrouvé) dont je n'avais jamais entendu parler.
J'ai trouvé le scénario passionnant. La narration est fluide et je voulais savoir si Seznec avait vraiment tué Quéméneur. L'album ne donne pas de réponse disponible, mais semble donner un bon résumé de cette affaire et j'ai bien envie de lire d'avantage sur ce sujet. La seule chose que je n'ai pas trop aimée est le dessin qui est moyen (décidément c'est le cas de tous les one-shots de cette collection !), mais je me suis vite habitué et franchement le scénario est tellement prenant que le dessin était secondaire. Tout ce que je demandais était un dessin lisible et c'est ce que j'ai obtenu.
Le premier volume m’avait vraiment bluffé par sa qualité : héros travaillés, graphismes épurés et efficaces, dialogues bien sentis, grosse maîtrise narrative.
J’attendais énormément de la suite qui, si elle ne déçoit pas, n’est pas tout à fait à la hauteur du premier opus et de son incroyable ouverture dans les tranchées. Néanmoins je ne boude pas mon plaisir car la série est petit régal, un cocktail d’aventure, d’action et d’exotisme (avec un zest d’humour). Le cadre historique est original et le scénario de Nury est (une fois de plus) passionnant.
Si le dernier album conclut honorablement la saga (bien qu’un peu classiquement), je regrette une baisse sensible de la qualité des dessins.
Au final, L’Or et le sang est une belle série d’aventures que je recommande vivement.
Voilà un album plutôt réjouissant, qui détourne de manière plus ou moins loufoque une grande partie des clichés d’un genre rebattu : le western.
Tout n’est pas hilarant, certes, mais aucune histoire n’est inintéressante ou ratée, et certaines sont franchement très réussies ! J’ai par exemple bien aimé celle du cavalier noir, qui se développe dans un humour stupide assez jubilatoire, avec un gag final que l’on voit venir longtemps avant, mais qui est bon.
On est dans une sorte de parodie, un humour un peu noir et con, mais rien de trash ici : des clins d’œil appuyés que les amoureux des westerns apprécieront.
Le dessin de Blutch est lui aussi vraiment réussi, avec un trait expressif et noir, faussement brouillon.
Un album à découvrir !
C'est une belle adaptation du roman de Conan Doyle, l'un de mes romans préférés de jeunesse, qui a sans aucun doute conditionné mon goût pour les histoires de jungle et les aventures diverses dans des contrées hostiles ou mystérieuses et remplies de dangers.
Je retrouve avec joie les personnages Challenger, Summerlee, Roxton, Malone... avec un dessin plaisant, précis, aux décors superbes ; c'est très évocateur et chargé d'imaginaire, les décors de jungle luxuriante et les falaises sont fabuleux, avec une double page décoiffante. J'ignore quelle est la part de chacun des 2 dessinateurs, mais leur travail est cohérent et se complète à merveille.
L'adaptation en elle-même est aussi réussie, ça tient la route, c'est très fidèle au roman, et malgré le fait que je connaisse l'histoire par coeur, mon plaisir n'est pas émoussé et reste intact. Bref, je savais où je mettais les pieds en rentrant dans cette lecture, car j'y suis rentré les yeux fermés, appâté par l'aventure que je sais pleine de péripéties, et aussi pour voir comment de nouveaux auteurs comme Bec et ses 2 dessinateurs approchent cet univers fantastique, car ce n'est pas la première adaptation en BD. Pour l'instant, tout va bien, mais le tome 2 n'est pas la fin, il faut donc patienter...
J'ai bien aimé cette histoire d'amitié entre ce lieutenant belge et ce métis appelé Madame Livingstone à cause du port du kilt écossais. Le Congo belge n'est pas épargné par la Première Guerre Mondiale où les forces du Kaiser dominent la région des grands lacs grâce à un puissant cuirassé. Il faut dire que les richesses de l'Afrique ont aiguisé bien des appétits. Le scénario est assez original car il nous conte un fait de guerre assez méconnu.
Visuellement, c'est magnifique. C'est toute la grâce et la beauté de l'Afrique qui sont là devant nos yeux. La précision du trait est exquise. Les couleurs ajoutent à l'ambiance. Bref, c'est un sans faute sur le plan graphique.
Pour le reste, le récit est intelligent avec des dialogues profonds. On se rend compte de la vie dans les colonies africaines. On se rend compte également des méfaits du colonialisme qu'il soit belge, français, anglais ou allemand. Cette belle histoire d'amitié donne la foi à ceux qui croient encore à un monde meilleur.
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Elric (Glénat)
Je l'attendais cette adaptation... Depuis une bonne vingtaine d'années, époque où j'ai dévoré les bouquins de Michael Moorcock (Elric, mais aussi d'autres...). Oh bien sûr, ce n'est pas la première adaptation des aventures de l'Empereur de Melniboné, créé il y a plus de 50 ans, ni même la première adaptation en BD par un Français, puisque Philippe Druillet l'a fait en 1969... Mais malgré cette ancienneté, malgré sa stature héroïque pétrie de stéréotypes (lesquels ont d'ailleurs été, en quelque sorte, créés par le personnage lui-même), le héros a gardé, quelque part, sa légende, son charisme et son attrait. Dès lors il n'est pas étonnant que des auteurs français s'y soient à nouveau intéressés, après que nombre d'anglo-saxons aient donné leur interprétation du personnage. Ce qui frappe d'emblée à la lecture de cette nouvelle version, c'est sa magnificence visuelle. Pour retranscrire la noirceur, les abîmes décadents et la dimension épique d'Elric, il fallait un dessinateur de la trempe de Druillet, forcément, ou de celle de Lauffray. Mais c'est Didier Poli, co-auteur de la jolie reprise de Neige Fondation, qui est à l'origine du projet. Mais comme son trait est trop sage, il s'adjoint, après divers essais, le talent de Robin Recht, lequel travaille justement avec Lauffray. Et pour rajouter un grain de folie, Jean Bastide vient faire de la retouche et des couleurs. Le trio est gagnant, leur travail est fantastique. La mise en scène des crayonnés de Poli est très inspirée ; l'encrage de Recht propose une noirceur d'une grande maturité, et les retouches de Bastide rajoutent de la profondeur à l'ensemble. Je suis réellement admiratif. Au tome 2 Julien Telo prend le relais de Poli, avec un résultat tout aussi impressionnant. Ce qui compte aussi dans une adaptation, c'est le travail qui est fait par rapport à l'oeuvre originale. Ma lecture des romans de Moorcock remonte à très loin, mais j'ai retrouvé dans cette BD de nombreuses impressions d'alors. Cette ambiance de décadence, de désespoir, cette atmosphère poisseuse avec cette épée de Damoclès qui pend au-dessus d'Elric, la dimension épique qui entoure la bataille navale, le côté putride du palais d'Ymrryr...Tout y est, à mon avis. Julien Blondel a réussi à épaissir le personnage de Cymoril, l'épouse d'Elric, laquelle n'avait qu'un rôle mineur dans l'histoire originale. Le deuxième tome marque un tournant dans l'histoire d'Elric, avec son renoncement et sa rencontre de l'épée Stormbringer, son arme, son alliée, sa soeur... sa malédiction. Un tome à la hauteur des enjeux. Aux qualités artistiques de l'album s'ajoute la qualité éditoriale, avec en bonus quelques notes sur l'origine et la réalisation du projet, accompagnées par des ébauches de personnages et de magnifiques illustrations de l'univers d'Elric par quelques grands noms : Druillet, Lauffray, Andreas ou encore Thierry Ségur. Incontournable.
Carnet du Pérou
Nous retrouvons Fabcaro dans un projet un peu différent de ce qu'il fait d'habitude et cela ne sera pas pour déplaire à ses lecteurs. Le voilà embarqué pour le Pérou lui qui déteste les voyages loin de chez lui. Quelle aventure ! Nous avons une sorte de documentaire où l'on apprendra finalement peu de choses sur le Pérou. La durée du voyage n'a été que de 15 jours ce qui laisse peu de temps pour s'imprégner de ce pays andin. Il y a quelques interludes assez audacieux. Le projet se voulait sérieux ou du moins sur un autre mode que l'humour mais c'est râpé. Carnet du Pérou est sans doute la pire imposture qu'on a pu lire mais c'est assumé. Bref, délire de l'auteur ou canular, au choix ! Fabcaro est sans doute pour moi l'auteur de bd d'humour le plus accompli. Ce carnet tient en tout cas toutes ses promesses.
Le Sommeil de Léo
Passé l'effet de surprise, cette Bd se savoure d'abord pour son étrangeté, son sujet pas banal, ensuite pour la richesse de ses personnages, et enfin pour cette tranche de vie toute simple, une véritable comédie urbaine très réussie, pleine d'humanisme et d'humour en demi-teinte. La scène de la sortie au théâtre avec Melvin, Anita, Sophie et Léo est excellente, je crois qu'on a tous plus ou moins connu ça, des importuns ou des gens qui ne cessent de râler ; j'ai vécu ce genre de situation avec un casse-burnes imposé par un autre pote et qui vous pourrit une soirée par ses réflexions désagréables et son humeur de chacal.. le ton est donc très proche de la réalité. Quand en plus, c'est dessiné par J.C. Denis avec son trait Ligne Claire un peu plus travaillé que d'habitude, le résultat ne peut qu'être satisfaisant. J'ai bien aimé le petit clin d'oeil au personnage fétiche de Denis, Luc Leroi qui apparaît dans le bar à une table voisine des héros, page 72. Esthétiquement, l'ensemble est plus joli, et niveau histoire, c'est très attachant, ça me plait beaucoup plus dans son approche que L'Ombre aux tableaux ; seule la fin présente une légère faiblesse, la dernière page est un peu trop rapide, sinon la lecture se révèle des plus agréable.
Southern Bastards
Violent, c’est le moins que l’on puisse dire ! D’une violence bestiale, primaire, digne d’un western italien. D’ailleurs, du western, le synopsis récupère quelques idées, comme ce vieux loup solitaire qui retourne dans la ville de son enfance, comme ce ‘Boss’ omnipotent roi de la même ville, comme ce faux rythme lancinant. Dans ces conditions, le snack-restaurant prend naturellement des allures de saloon et la grand rue devient tout aussi naturellement le théâtre du duel. La confrontation entre les deux hommes est inévitable. Et les seconds couteaux, grâce au talent de Jason Latour, se voient gratifiés de têtes de l’emploi (l’ombre de Klaus Kinski plane sur les pires d’entre eux). Mais de western, il ne sera pas question. Cet album nous parle d’une époque contemporaine, dans un bled perdu du Sud des Etats-Unis où le football américain fait loi. A un point tel que tout le monde s’écrase face au maître des lieux, entraineur à succès de l’équipe locale. Ce premier tome (qui pourrait se lire comme un one-shot) nous raconte le retour au bercail d’une ancienne légende du coin. Son lourd passé nous est dévoilé au compte-goutte. Son rapport au Sud, très contradictoire, fait la force et la faiblesse du personnage. Entre haine et attachement, il s’embarquera dans une croisade que l’on imagine perdue d’avance. Le héros classique, fêlé de l’intérieur mais paraissant invulnérable de l’extérieur. Je n’ai pu m’empêcher de penser à Clint Eastwood dans Gran Torino en lisant cet album, mais un Clint Eastwood qui aurait épousé les traits de Hulk Hogan. Le mélange est étonnant mais, plus étonnant encore, fait de Earl Tubb un être attachant, un juste, un héros malgré lui. La narration, comme je le disais, épouse un faux rythme, comme accablée par la chaleur des lieux. La haine et la violence se déchainent par courtes vagues, puis revient le calme… avant la prochaine vague. Jason Aaron (déjà auteur du controversé « Scalped ») connait son métier. Ses personnages, pourtant souvent très stéréotypés, interpellent et happent le lecteur. Les zones d’ombre sont nombreuses et titillent incessamment notre curiosité. Le poids du passé pèse sur la ville. Avant même les premières rencontres, on sait qu’il y aura drame. Et lorsqu’il survient, si l’on est surpris, c’est par sa violence, par sa bestialité. Je n’ai qu’une seule hâte : découvrir la suite.
Inside Moebius
Une autobiographie des dernières années et jours d'un dessinateur génial... en bande dessinée. Inclassable, délirant, émouvant, c'est beau et les mots nous manquent a tous... Je ne conseille ni la lecture ni l'achat sauf qu'aux inconditionnels de Moebius. Les dessins et les textes sont improvisés, spontanés, surtout au commencement. Mais l'édition est vraiment belle!
L'Affaire Seznec
Ce one-shot parle d'une affaire de meurtre (ou au moins de disparition car le corps de Quéméneur n'a jamais été retrouvé) dont je n'avais jamais entendu parler. J'ai trouvé le scénario passionnant. La narration est fluide et je voulais savoir si Seznec avait vraiment tué Quéméneur. L'album ne donne pas de réponse disponible, mais semble donner un bon résumé de cette affaire et j'ai bien envie de lire d'avantage sur ce sujet. La seule chose que je n'ai pas trop aimée est le dessin qui est moyen (décidément c'est le cas de tous les one-shots de cette collection !), mais je me suis vite habitué et franchement le scénario est tellement prenant que le dessin était secondaire. Tout ce que je demandais était un dessin lisible et c'est ce que j'ai obtenu.
L'Or et le Sang
Le premier volume m’avait vraiment bluffé par sa qualité : héros travaillés, graphismes épurés et efficaces, dialogues bien sentis, grosse maîtrise narrative. J’attendais énormément de la suite qui, si elle ne déçoit pas, n’est pas tout à fait à la hauteur du premier opus et de son incroyable ouverture dans les tranchées. Néanmoins je ne boude pas mon plaisir car la série est petit régal, un cocktail d’aventure, d’action et d’exotisme (avec un zest d’humour). Le cadre historique est original et le scénario de Nury est (une fois de plus) passionnant. Si le dernier album conclut honorablement la saga (bien qu’un peu classiquement), je regrette une baisse sensible de la qualité des dessins. Au final, L’Or et le sang est une belle série d’aventures que je recommande vivement.
Rancho Bravo
Voilà un album plutôt réjouissant, qui détourne de manière plus ou moins loufoque une grande partie des clichés d’un genre rebattu : le western. Tout n’est pas hilarant, certes, mais aucune histoire n’est inintéressante ou ratée, et certaines sont franchement très réussies ! J’ai par exemple bien aimé celle du cavalier noir, qui se développe dans un humour stupide assez jubilatoire, avec un gag final que l’on voit venir longtemps avant, mais qui est bon. On est dans une sorte de parodie, un humour un peu noir et con, mais rien de trash ici : des clins d’œil appuyés que les amoureux des westerns apprécieront. Le dessin de Blutch est lui aussi vraiment réussi, avec un trait expressif et noir, faussement brouillon. Un album à découvrir !
Le Monde Perdu (Soleil)
C'est une belle adaptation du roman de Conan Doyle, l'un de mes romans préférés de jeunesse, qui a sans aucun doute conditionné mon goût pour les histoires de jungle et les aventures diverses dans des contrées hostiles ou mystérieuses et remplies de dangers. Je retrouve avec joie les personnages Challenger, Summerlee, Roxton, Malone... avec un dessin plaisant, précis, aux décors superbes ; c'est très évocateur et chargé d'imaginaire, les décors de jungle luxuriante et les falaises sont fabuleux, avec une double page décoiffante. J'ignore quelle est la part de chacun des 2 dessinateurs, mais leur travail est cohérent et se complète à merveille. L'adaptation en elle-même est aussi réussie, ça tient la route, c'est très fidèle au roman, et malgré le fait que je connaisse l'histoire par coeur, mon plaisir n'est pas émoussé et reste intact. Bref, je savais où je mettais les pieds en rentrant dans cette lecture, car j'y suis rentré les yeux fermés, appâté par l'aventure que je sais pleine de péripéties, et aussi pour voir comment de nouveaux auteurs comme Bec et ses 2 dessinateurs approchent cet univers fantastique, car ce n'est pas la première adaptation en BD. Pour l'instant, tout va bien, mais le tome 2 n'est pas la fin, il faut donc patienter...
Madame Livingstone
J'ai bien aimé cette histoire d'amitié entre ce lieutenant belge et ce métis appelé Madame Livingstone à cause du port du kilt écossais. Le Congo belge n'est pas épargné par la Première Guerre Mondiale où les forces du Kaiser dominent la région des grands lacs grâce à un puissant cuirassé. Il faut dire que les richesses de l'Afrique ont aiguisé bien des appétits. Le scénario est assez original car il nous conte un fait de guerre assez méconnu. Visuellement, c'est magnifique. C'est toute la grâce et la beauté de l'Afrique qui sont là devant nos yeux. La précision du trait est exquise. Les couleurs ajoutent à l'ambiance. Bref, c'est un sans faute sur le plan graphique. Pour le reste, le récit est intelligent avec des dialogues profonds. On se rend compte de la vie dans les colonies africaines. On se rend compte également des méfaits du colonialisme qu'il soit belge, français, anglais ou allemand. Cette belle histoire d'amitié donne la foi à ceux qui croient encore à un monde meilleur.