Publié une première fois en 1999, puis réédité une dizaine d’années plus tard par l’éditeur suisse Drozophile, voici un bel album à l’italienne peu épais (25 pages), mais qui est une sorte de condensé du travail de Stéphane Blanquet.
On y retrouve en effet une succession de saynètes muettes (une par page), généralement centrées autour de la mort. Mais à chaque fois une mort atypique, où alternent le grotesque et la violence provocatrice.
Condensé du travail de Blanquet ai-je écrit, car on y retrouve ces corps difformes, démembrés (une admiration pour les Freaks chers à Tod Browning), la torture physique, les pulsions sexuelles plus ou moins canalisées (et souvent déviantes), une forme de sadisme non dénué d’un humour noir. Et une négation de l’angélisme enfantin.
C’est donc clairement une lecture « pour adulte », et qui plus est adulte non réfractaire à ce genre de poésie morbide, que des couleurs habituelles pour Blanquet (noir, nuances de vert et mauve) habillent d’un voile transparent.
Il est aussi question de fantômes donc. Mais là, en plus de l’imagination de Blanquet, il faut saluer le travail de l’éditeur. En effet – et cela convient à l’univers de Blanquet, et ajoute au charme vénéneux de cet album –, une seconde lecture peut être faite, dans le noir, avec une lampe, car aux dessins sérigraphiés s’ajoutent certaines parties (les fantômes) dessinées avec une encre phosphorescente, ceci « colorant » d’une touche surprenante ces dessins ténébreux. On ne voit réellement, pleinement, les fantômes que dans le noir !
Les amateurs de Blanquet dont je suis se doivent d’aller jeter un coup d’œil à cet album foisonnant de détails scabreux et morbides.
Un : Oubliez lz film de Stuart Gordon "Herbert West, reanimator", pas franchement mauvais mais bien dans l'esprit année 80 avec un poil de surenchère gore en vogue à cette époque.
Deux : On reprend les fondamentaux et l'on se focalise sur l'originel à savoir Lovecraft et ses ambiances si particulières. En fait je découvre ce jour cette BD qui date tout de même du début des années 2000. Habituellement les adaptations des œuvres de notre bon Howard Phillip étaient à mon sens joliment troussées, mais il manquait de cet esprit, de cette ambiance propre à l'auteur. Ici tout concourt à nous plonger au cœur de la noirceur, de l'indicible, chère au maitre.
Le récit à la première personne accentue le propos mais cela ne serait rien sans un graphisme tout en trait fins aux couleurs sépias. Ce dessin "griffonné" est plus complexe qu'il n'y paraît et s'accorde aux petits oignons au climat qui suggère plus qu'il ne montre.
A mes yeux c'est une des meilleures adaptations de Lovecraft à ce jour, sans doute réservée aux aficionados, loin du gore du film, mais tellement plus proche de cet auteur qui savait instiller la peur sans jamais en montrer l'origine.
J'ai commencé cette série en lisant d'un trait les 3 tomes déjà parus de cette série à l'époque et je fus tout bonnement épatée par la qualité du dessin de Kaoru Mori.
Il y a dans ces pages un souci du détail incroyable, notamment au niveau des costumes (et en particulier de celui d'Amir, l'héroïne de l'histoire) ou encore de l'architecture des bâtiments et du bois sculpté en particulier. A côté de certaines productions dont le vide graphique est assez vertigineux, on tient ici un véritable travail d'orfèvre. Il y a quelques temps on avait mis sur le forum le lien vers des vidéos montrant la dessinatrice à l'œuvre, ça vaut vraiment le coup d'oeil (http://blog.kurokawa.fr/2009/10/14/kaoru-mori-vous-donne-un-cours-de-dessin/).
Je me suis laissée dire que Kaoru Mori était tellement perfectionniste qu'elle était parfois obligée de se chronométrer pour ne pas passer plus de 15 minutes par vignette afin de tenir les délais de livraison de ses planches...
L'histoire quant à elle est tout à la fois sympathique et instructive. Elle tourne au départ autour de deux personnages mariés pour unir les clans de leurs familles respectives et nous apprend pas mal de choses sur les mœurs des populations d'Asie Centrale à l'époque (cela va des traditions sur le mariage au nomadisme, en passant par les conflits avec la Russie ou encore la gastronomie - fort appétissante d'ailleurs - ou les techniques de construction ou d'élevage). On sent que Kaoru Mori s'est véritablement passionnée pour cette région et cette époque et qu'elle s'est beaucoup documentée pour écrire son histoire.
Le T4 continue sur la lancée des 3 premiers, la qualité graphique est toujours au rendez-vous, l'apprentissage des traditions locales aussi, avec en plus une histoire très drôle et pleine de peps autour de ces jumelles intenables qui cherchent par tous les moyens à trouver leurs futurs maris.
Le T5 termine le cycle commencé avec les jumelles à marier pour revenir vers les personnages du début de la série, que j'ai retrouvés avec plaisir. Graphiquement c'est toujours au top et l'auteur marie avec talent humour et contenu instructif. J'aime beaucoup aussi les quelques planches à la fin où elle se met en scène elle-même pour nous raconter sa vie d'artiste, c'est plutôt amusant !
Le T6 emmène le lecteur sur le champ de bataille, visiblement parce que l'auteure voulait dessiner des chevaux, plein de chevaux (comme elle le dit elle même en fin de volume)... j'avoue que j'ai trouvé l'intrigue moins intéressante, sans doute parce qu'elle se prête moins au cocktail histoire/humour que j'appréciais dans les tomes précédents. Rien de grave cependant.
J'ai moins été emballée par le T7 qui, pour instructif qu'il est encore une fois, est également plus voyeur. Personnellement, j'y ai vu beaucoup plus de femmes dénudées que nécessaire à mon goût.
Une série pleine de qualités donc, malgré quelques orientations qui m'intéressent moins parfois, tant au niveau graphique que scénaristique. J'attends la suite avec impatience.
Un scénario haletant et très prenant associé à de bons dessins, des personnages sur lesquels on accroche très rapidement... Bref, cette BD est l'introduction d'une série prometteuse emplit d'aventures qu'on devine épiques.
Si J'ai acheté cette BD, c'est pour lire le dernier "Brunschiwg" et non pas le nouveau Bob Morane. Je trouve que la qualité de l'intrigue est digne du scénariste de Urban et Holmes, mais n'ayant jamais lu le Bob Morane d'Henri Vernes je suis bien incapable de dire si l'esprit de son personnage (emblématique) est respecté.
Très bon album en tout cas, à lire pour les aventuriers de tout âge !
Degas, Manet, Renoir, Morisot, Monet....
Ils étaient hier des peintes sans le sous, incompris et vilipendés pour certains. Les voici aujourd'hui adulés, et mis en valeur dans ce célèbre Musée Parisien qu'est le Musée d'Orsay. Manuele FIOR, nous entraine dans un "va et vient" permanent entre le 19e et le 21e. Entre les deux, une approche de l'art totalement différente. L'ancien grand prix du festival d'Angoulême ne se contente pas d'une approche contemplative de ses tableaux; il nous replonge dans le Paris de cette époque, où Degas allait prendre conseil chez Ingres. Ou les artistes d'alors étaient conspués lorsqu'ils exposaient leurs ouvres qui créaient alors une incompréhension totale, tant l'art figuratif était la norme jusque là dans le monde de la peinture.
Manuelle FIOR nous livre des planches superbes, où son talent de dessinateur ne cesse de nous surprendre, lui l'ancien architecte. Je regretterai toutefois que l'on fasse tenir à des personnages d'un autre temps le parler de notre époque, mais cet un travers malheureusement très répandu, notamment au cinéma.
Cela n'enlève rien à la qualité de cette bande dessinée qui mérite incontestablement qu'on s'y attarde.
Marc Malès est un génie méconnu du grand public. On a souvent critiqué sa manière si caractéristique et si classique de dessiner les personnages. Pour autant, je considère qu'il arrive à leur insuffler une vie, une passion, une âme.
Il s'est inspiré de la vie et du travail de Lewis Hine, un photographe américain dont les clichés ont contribué à sensibiliser l'opinion publique sur le phénomène des enfants au travail au début du XXe siècle. Il prévient toutefois que son héros Owen Brady n'est qu'un personnage de fiction et que son histoire est imaginaire. Pourtant, cela sent ce qui aurait pu être vécu.
Ce personnage plutôt trouble évolue durant la période de la grande dépression. On arrive à saisir tout le sens de cette colère contre l'injustice à travers sa propre histoire. La photographie est également le seul moyen de mettre les gens en contact avec la réalité. La puissance des images peut jouer un rôle de nos jours encore pour intervenir dans un pays en guerre par exemple. Les enfants en souffrance sont un sujet plutôt sensible entraînant une certaine émotion pour peu qu'on soit pourvu d'une once d'humanité.
La violence sera sans complaisance de même que le ton résolument adulte avec des scènes qui pourront choquer. J'ai beaucoup aimé cette oeuvre sincère et authentique. Plus encore, elle nous entraîne dans les tréfonds de l'âme humaine dans une société capitaliste parfois sordide. Il y a une belle profondeur psychologique que l'on retrouve et qui est également la marque de fabrique de Malès. Bref, il dessine avec son coeur !
Le format à l'italienne est une nouveauté dans la bibliographie de cet auteur. Il a voulu surprendre son lectorat. Cela passe plutôt bien en donnant une dimension presque cinématographique. Les planches sépias sont véritablement magnifiques. La forme sublime encore plus le fond. C'est le mariage presque parfait sur un thème qui ne choisira pas la facilité.
Mettez des mots sur votre colère est véritablement une oeuvre expiatoire.
Note Dessin: 4/5 - Note Scénario: 4/5 -Note Globale: 4/5
Je le confesse sans peine, je fais partie de ces français qui n’ont pas lu ce classique de Victor Hugo, et je ne peux même pas dire connaître l’histoire dans les grandes lignes. Malgré les comédies musicales et les nombreuses adaptations télé et ciné, je ne connais que quelques bribes de l’intrigue ainsi que certains noms.
Pour commencer, je trouve cette adaptation graphiquement sublime. Je suis tombé sous le charme du dessin tout en rondeur de Jean Bastide que je connaissais déjà comme coloriste. Que ce soit dans les campagnes dont il parvient à donner un aspect bucolique enchanteur ou dans ce Paris moyenâgeux glauque mais sublimé par la cathédrale Notre Dame, c’est toujours techniquement très pointu et vachement détaillé. Et puis comme coloriste il assure, cette façon de travailler à la couleur directe Bastide le fait à merveille. En contrepartie cela a dû le retarder dans le délai de publication mais personnellement je préfère toujours qu’un auteur prenne son temps pour livrer le meilleur. J’aime bien aussi son idée, ou bien est-ce celle de Recht, de faire de Quasimodo un être presque fantastique, totalement démesuré dans sa monstruosité.
C’est quelque part cohérent avec le projet des auteurs de représenter comme dans l’œuvre d’Hugo tout les spectres des émotions humaines, les personnages ont des têtes caractérisant leur personnalité, Pierre affiche une bonhommie rigolote, Esméralda est belle et ingénue, Phoebus une caricature du preux chevalier, Frollo un satyre psychopathe, et même Djali la chèvre anthropomorphe. Comme chez Hugo les apparences sont trompeuses.
Un drame tragi-comique formidablement adapté en BD pour résumer. En tout cas moi ça m’a donné envie de lire le roman. Il est cependant regrettable que la série n’ait pas marché commercialement car elle était prévue à l’origine en trois tomes et on sent bien que le storyboard a dû être rajusté pour faire tenir la suite et conclusion dans le deuxième volume, un peu précipité. Mais quelle histoire !
De mieux en mieux pour Jean-Luc Istin: je n'ai pu mesurer que ses progrès au fil des années et des séries qui se succèdent depuis les années 2000 à un rythme frénétique. On a atteint avec celle-ci un véritable point de mâturité dans la construction de cet univers celtique. Ce n'est pas naïf, ni enfantin. C'est même assez inventif et dynamique.
Les légendes nordiques ont été employé pour construire quelque chose qui tient la route. Même le graphisme semble être à la hauteur avec certes une qualité inégale selon les planches. Cela rappelle singulièrement Conan le Barbare et même un peu Thorgal.
J'ai bien aimé la narration à la première personne. C'est une sorte d'auto-biographie du grand chef guerrier breton Gradlon qui évoque sa jeunesse, puis ses combats pour bâtir l'île cité d'Ys. C'est assez passionnant. Je ne me suis guère ennuyé avec tout ces rebondissements. J'ai même été agréablement surpris par cette maîtrise et cette originalité.
Plutôt adepte du travail de Cyril Pedrosa que je suis depuis ma découverte de « Trois ombres », j’étais curieux et assez impatient de voir ce qu’il nous avait concocté après le très réussi « Portugal » qui m’avait donné l’occasion de réaliser cette interview.
Car avec « Portugal », Cyril Pedrosa avait à mon sens franchi un cap. Narration et surtout graphisme ont atteint une maturité qui font la marque de fabrique d’un auteur de talent : en ouvrant un de leurs albums on sait d’emblée à qui on a affaire.
Avec « Les Equinoxes », pas de nouvelle rupture, mais encore un palier de franchi. On sent que l’auteur a su asseoir sa patte graphique en la poussant encore dans ses retranchements. Son travail sur la couleur est notamment assez exceptionnel. Il alterne au fil de sa narration des retranscriptions d’ambiances, de ressentis et de sentiments, uniquement par le biais de son graphisme. C’est juste impressionnant. Alternant une palette bigarrée et très contrastée et des planches de noir et blanc, tout en passant par des camaïeux de violets par exemple à certains moments, Pedrosa se joue de la couleur mais jamais gratuitement.
Car tout cela est bougrement bien pensé et agencé pour servir une narration maîtrisée. Ce récit qui peut sembler très éclaté quand on attaque cette lecture, à cause des multiples personnages qui apparaissent successivement, trouve rapidement son rythme et impose ses jalons pour nous immerger dans ce bain de sensations et d’émotions subtiles. C’est même déconcertant comment tout ces quotidiens qui s’effleurent et se croisent parviennent à tisser une trame qui nous semble si familière. On se reconnait tous plus ou moins dans tel ou tel trait de caractère d’un des personnages.
Même les intermèdes de noir et blanc enchaînés de texte brut n’arrivent pas à entamer le fil de notre lecture. Ces instantanés qui s’étirent sur quelques pages nous plongent encore plus profondément dans l’âme de ces personnages qui semblent apparaître par hasard, capturé par le regard de cette jeune photographe un peu paumée. Ils nous permettent d’apprécier encore davantage la plume de l’auteur qui nous régale déjà par les dialogues savoureux et souvent drôles qui éclaire ces tranches de vies conduites par un doute omniprésent.
Bref, ce dernier album savamment dosé qui s’interroge sur nos fragilités et l’équilibre précaire de nos existences m’a enchanté par sa justesse et la qualité de la capacité de l’auteur à retranscrire en images sensations et sentiments, choses souvent impalpables et difficilement descriptibles.
Voilà un album riche, d’une grande sensibilité et d’une qualité graphique qui confirme le talent de son auteur.
Cette série est la quintessence de l'ouvrage « de zombies ». Après ça, il devient difficile et peu utile d'écrire qui que ce soit dans le genre. Elle est interminable, et voulu comme telle, malgré tout je n'ai jamais eu l'impression que les auteurs faisaient durer artificiellement. La série, évidemment, va au-delà du simple dégommage de zombie à répétition, en s'intéressant à la façon dont de petits groupes d'être humains dans une situation de fin du monde réagissent, interagissent, évoluent. C'est donc beaucoup plus fin que ce qu'on peu imaginer à priori.
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Le Fantôme des autres
Publié une première fois en 1999, puis réédité une dizaine d’années plus tard par l’éditeur suisse Drozophile, voici un bel album à l’italienne peu épais (25 pages), mais qui est une sorte de condensé du travail de Stéphane Blanquet. On y retrouve en effet une succession de saynètes muettes (une par page), généralement centrées autour de la mort. Mais à chaque fois une mort atypique, où alternent le grotesque et la violence provocatrice. Condensé du travail de Blanquet ai-je écrit, car on y retrouve ces corps difformes, démembrés (une admiration pour les Freaks chers à Tod Browning), la torture physique, les pulsions sexuelles plus ou moins canalisées (et souvent déviantes), une forme de sadisme non dénué d’un humour noir. Et une négation de l’angélisme enfantin. C’est donc clairement une lecture « pour adulte », et qui plus est adulte non réfractaire à ce genre de poésie morbide, que des couleurs habituelles pour Blanquet (noir, nuances de vert et mauve) habillent d’un voile transparent. Il est aussi question de fantômes donc. Mais là, en plus de l’imagination de Blanquet, il faut saluer le travail de l’éditeur. En effet – et cela convient à l’univers de Blanquet, et ajoute au charme vénéneux de cet album –, une seconde lecture peut être faite, dans le noir, avec une lampe, car aux dessins sérigraphiés s’ajoutent certaines parties (les fantômes) dessinées avec une encre phosphorescente, ceci « colorant » d’une touche surprenante ces dessins ténébreux. On ne voit réellement, pleinement, les fantômes que dans le noir ! Les amateurs de Blanquet dont je suis se doivent d’aller jeter un coup d’œil à cet album foisonnant de détails scabreux et morbides.
Reanimator
Un : Oubliez lz film de Stuart Gordon "Herbert West, reanimator", pas franchement mauvais mais bien dans l'esprit année 80 avec un poil de surenchère gore en vogue à cette époque. Deux : On reprend les fondamentaux et l'on se focalise sur l'originel à savoir Lovecraft et ses ambiances si particulières. En fait je découvre ce jour cette BD qui date tout de même du début des années 2000. Habituellement les adaptations des œuvres de notre bon Howard Phillip étaient à mon sens joliment troussées, mais il manquait de cet esprit, de cette ambiance propre à l'auteur. Ici tout concourt à nous plonger au cœur de la noirceur, de l'indicible, chère au maitre. Le récit à la première personne accentue le propos mais cela ne serait rien sans un graphisme tout en trait fins aux couleurs sépias. Ce dessin "griffonné" est plus complexe qu'il n'y paraît et s'accorde aux petits oignons au climat qui suggère plus qu'il ne montre. A mes yeux c'est une des meilleures adaptations de Lovecraft à ce jour, sans doute réservée aux aficionados, loin du gore du film, mais tellement plus proche de cet auteur qui savait instiller la peur sans jamais en montrer l'origine.
Bride Stories
J'ai commencé cette série en lisant d'un trait les 3 tomes déjà parus de cette série à l'époque et je fus tout bonnement épatée par la qualité du dessin de Kaoru Mori. Il y a dans ces pages un souci du détail incroyable, notamment au niveau des costumes (et en particulier de celui d'Amir, l'héroïne de l'histoire) ou encore de l'architecture des bâtiments et du bois sculpté en particulier. A côté de certaines productions dont le vide graphique est assez vertigineux, on tient ici un véritable travail d'orfèvre. Il y a quelques temps on avait mis sur le forum le lien vers des vidéos montrant la dessinatrice à l'œuvre, ça vaut vraiment le coup d'oeil (http://blog.kurokawa.fr/2009/10/14/kaoru-mori-vous-donne-un-cours-de-dessin/). Je me suis laissée dire que Kaoru Mori était tellement perfectionniste qu'elle était parfois obligée de se chronométrer pour ne pas passer plus de 15 minutes par vignette afin de tenir les délais de livraison de ses planches... L'histoire quant à elle est tout à la fois sympathique et instructive. Elle tourne au départ autour de deux personnages mariés pour unir les clans de leurs familles respectives et nous apprend pas mal de choses sur les mœurs des populations d'Asie Centrale à l'époque (cela va des traditions sur le mariage au nomadisme, en passant par les conflits avec la Russie ou encore la gastronomie - fort appétissante d'ailleurs - ou les techniques de construction ou d'élevage). On sent que Kaoru Mori s'est véritablement passionnée pour cette région et cette époque et qu'elle s'est beaucoup documentée pour écrire son histoire. Le T4 continue sur la lancée des 3 premiers, la qualité graphique est toujours au rendez-vous, l'apprentissage des traditions locales aussi, avec en plus une histoire très drôle et pleine de peps autour de ces jumelles intenables qui cherchent par tous les moyens à trouver leurs futurs maris. Le T5 termine le cycle commencé avec les jumelles à marier pour revenir vers les personnages du début de la série, que j'ai retrouvés avec plaisir. Graphiquement c'est toujours au top et l'auteur marie avec talent humour et contenu instructif. J'aime beaucoup aussi les quelques planches à la fin où elle se met en scène elle-même pour nous raconter sa vie d'artiste, c'est plutôt amusant ! Le T6 emmène le lecteur sur le champ de bataille, visiblement parce que l'auteure voulait dessiner des chevaux, plein de chevaux (comme elle le dit elle même en fin de volume)... j'avoue que j'ai trouvé l'intrigue moins intéressante, sans doute parce qu'elle se prête moins au cocktail histoire/humour que j'appréciais dans les tomes précédents. Rien de grave cependant. J'ai moins été emballée par le T7 qui, pour instructif qu'il est encore une fois, est également plus voyeur. Personnellement, j'y ai vu beaucoup plus de femmes dénudées que nécessaire à mon goût. Une série pleine de qualités donc, malgré quelques orientations qui m'intéressent moins parfois, tant au niveau graphique que scénaristique. J'attends la suite avec impatience.
Bob Morane Renaissance
Un scénario haletant et très prenant associé à de bons dessins, des personnages sur lesquels on accroche très rapidement... Bref, cette BD est l'introduction d'une série prometteuse emplit d'aventures qu'on devine épiques. Si J'ai acheté cette BD, c'est pour lire le dernier "Brunschiwg" et non pas le nouveau Bob Morane. Je trouve que la qualité de l'intrigue est digne du scénariste de Urban et Holmes, mais n'ayant jamais lu le Bob Morane d'Henri Vernes je suis bien incapable de dire si l'esprit de son personnage (emblématique) est respecté. Très bon album en tout cas, à lire pour les aventuriers de tout âge !
les variations d'Orsay
Degas, Manet, Renoir, Morisot, Monet.... Ils étaient hier des peintes sans le sous, incompris et vilipendés pour certains. Les voici aujourd'hui adulés, et mis en valeur dans ce célèbre Musée Parisien qu'est le Musée d'Orsay. Manuele FIOR, nous entraine dans un "va et vient" permanent entre le 19e et le 21e. Entre les deux, une approche de l'art totalement différente. L'ancien grand prix du festival d'Angoulême ne se contente pas d'une approche contemplative de ses tableaux; il nous replonge dans le Paris de cette époque, où Degas allait prendre conseil chez Ingres. Ou les artistes d'alors étaient conspués lorsqu'ils exposaient leurs ouvres qui créaient alors une incompréhension totale, tant l'art figuratif était la norme jusque là dans le monde de la peinture. Manuelle FIOR nous livre des planches superbes, où son talent de dessinateur ne cesse de nous surprendre, lui l'ancien architecte. Je regretterai toutefois que l'on fasse tenir à des personnages d'un autre temps le parler de notre époque, mais cet un travers malheureusement très répandu, notamment au cinéma. Cela n'enlève rien à la qualité de cette bande dessinée qui mérite incontestablement qu'on s'y attarde.
Mettez des mots sur votre colère
Marc Malès est un génie méconnu du grand public. On a souvent critiqué sa manière si caractéristique et si classique de dessiner les personnages. Pour autant, je considère qu'il arrive à leur insuffler une vie, une passion, une âme. Il s'est inspiré de la vie et du travail de Lewis Hine, un photographe américain dont les clichés ont contribué à sensibiliser l'opinion publique sur le phénomène des enfants au travail au début du XXe siècle. Il prévient toutefois que son héros Owen Brady n'est qu'un personnage de fiction et que son histoire est imaginaire. Pourtant, cela sent ce qui aurait pu être vécu. Ce personnage plutôt trouble évolue durant la période de la grande dépression. On arrive à saisir tout le sens de cette colère contre l'injustice à travers sa propre histoire. La photographie est également le seul moyen de mettre les gens en contact avec la réalité. La puissance des images peut jouer un rôle de nos jours encore pour intervenir dans un pays en guerre par exemple. Les enfants en souffrance sont un sujet plutôt sensible entraînant une certaine émotion pour peu qu'on soit pourvu d'une once d'humanité. La violence sera sans complaisance de même que le ton résolument adulte avec des scènes qui pourront choquer. J'ai beaucoup aimé cette oeuvre sincère et authentique. Plus encore, elle nous entraîne dans les tréfonds de l'âme humaine dans une société capitaliste parfois sordide. Il y a une belle profondeur psychologique que l'on retrouve et qui est également la marque de fabrique de Malès. Bref, il dessine avec son coeur ! Le format à l'italienne est une nouveauté dans la bibliographie de cet auteur. Il a voulu surprendre son lectorat. Cela passe plutôt bien en donnant une dimension presque cinématographique. Les planches sépias sont véritablement magnifiques. La forme sublime encore plus le fond. C'est le mariage presque parfait sur un thème qui ne choisira pas la facilité. Mettez des mots sur votre colère est véritablement une oeuvre expiatoire. Note Dessin: 4/5 - Note Scénario: 4/5 -Note Globale: 4/5
Notre Dame
Je le confesse sans peine, je fais partie de ces français qui n’ont pas lu ce classique de Victor Hugo, et je ne peux même pas dire connaître l’histoire dans les grandes lignes. Malgré les comédies musicales et les nombreuses adaptations télé et ciné, je ne connais que quelques bribes de l’intrigue ainsi que certains noms. Pour commencer, je trouve cette adaptation graphiquement sublime. Je suis tombé sous le charme du dessin tout en rondeur de Jean Bastide que je connaissais déjà comme coloriste. Que ce soit dans les campagnes dont il parvient à donner un aspect bucolique enchanteur ou dans ce Paris moyenâgeux glauque mais sublimé par la cathédrale Notre Dame, c’est toujours techniquement très pointu et vachement détaillé. Et puis comme coloriste il assure, cette façon de travailler à la couleur directe Bastide le fait à merveille. En contrepartie cela a dû le retarder dans le délai de publication mais personnellement je préfère toujours qu’un auteur prenne son temps pour livrer le meilleur. J’aime bien aussi son idée, ou bien est-ce celle de Recht, de faire de Quasimodo un être presque fantastique, totalement démesuré dans sa monstruosité. C’est quelque part cohérent avec le projet des auteurs de représenter comme dans l’œuvre d’Hugo tout les spectres des émotions humaines, les personnages ont des têtes caractérisant leur personnalité, Pierre affiche une bonhommie rigolote, Esméralda est belle et ingénue, Phoebus une caricature du preux chevalier, Frollo un satyre psychopathe, et même Djali la chèvre anthropomorphe. Comme chez Hugo les apparences sont trompeuses. Un drame tragi-comique formidablement adapté en BD pour résumer. En tout cas moi ça m’a donné envie de lire le roman. Il est cependant regrettable que la série n’ait pas marché commercialement car elle était prévue à l’origine en trois tomes et on sent bien que le storyboard a dû être rajusté pour faire tenir la suite et conclusion dans le deuxième volume, un peu précipité. Mais quelle histoire !
Ys, la légende
De mieux en mieux pour Jean-Luc Istin: je n'ai pu mesurer que ses progrès au fil des années et des séries qui se succèdent depuis les années 2000 à un rythme frénétique. On a atteint avec celle-ci un véritable point de mâturité dans la construction de cet univers celtique. Ce n'est pas naïf, ni enfantin. C'est même assez inventif et dynamique. Les légendes nordiques ont été employé pour construire quelque chose qui tient la route. Même le graphisme semble être à la hauteur avec certes une qualité inégale selon les planches. Cela rappelle singulièrement Conan le Barbare et même un peu Thorgal. J'ai bien aimé la narration à la première personne. C'est une sorte d'auto-biographie du grand chef guerrier breton Gradlon qui évoque sa jeunesse, puis ses combats pour bâtir l'île cité d'Ys. C'est assez passionnant. Je ne me suis guère ennuyé avec tout ces rebondissements. J'ai même été agréablement surpris par cette maîtrise et cette originalité.
Les Equinoxes
Plutôt adepte du travail de Cyril Pedrosa que je suis depuis ma découverte de « Trois ombres », j’étais curieux et assez impatient de voir ce qu’il nous avait concocté après le très réussi « Portugal » qui m’avait donné l’occasion de réaliser cette interview. Car avec « Portugal », Cyril Pedrosa avait à mon sens franchi un cap. Narration et surtout graphisme ont atteint une maturité qui font la marque de fabrique d’un auteur de talent : en ouvrant un de leurs albums on sait d’emblée à qui on a affaire. Avec « Les Equinoxes », pas de nouvelle rupture, mais encore un palier de franchi. On sent que l’auteur a su asseoir sa patte graphique en la poussant encore dans ses retranchements. Son travail sur la couleur est notamment assez exceptionnel. Il alterne au fil de sa narration des retranscriptions d’ambiances, de ressentis et de sentiments, uniquement par le biais de son graphisme. C’est juste impressionnant. Alternant une palette bigarrée et très contrastée et des planches de noir et blanc, tout en passant par des camaïeux de violets par exemple à certains moments, Pedrosa se joue de la couleur mais jamais gratuitement. Car tout cela est bougrement bien pensé et agencé pour servir une narration maîtrisée. Ce récit qui peut sembler très éclaté quand on attaque cette lecture, à cause des multiples personnages qui apparaissent successivement, trouve rapidement son rythme et impose ses jalons pour nous immerger dans ce bain de sensations et d’émotions subtiles. C’est même déconcertant comment tout ces quotidiens qui s’effleurent et se croisent parviennent à tisser une trame qui nous semble si familière. On se reconnait tous plus ou moins dans tel ou tel trait de caractère d’un des personnages. Même les intermèdes de noir et blanc enchaînés de texte brut n’arrivent pas à entamer le fil de notre lecture. Ces instantanés qui s’étirent sur quelques pages nous plongent encore plus profondément dans l’âme de ces personnages qui semblent apparaître par hasard, capturé par le regard de cette jeune photographe un peu paumée. Ils nous permettent d’apprécier encore davantage la plume de l’auteur qui nous régale déjà par les dialogues savoureux et souvent drôles qui éclaire ces tranches de vies conduites par un doute omniprésent. Bref, ce dernier album savamment dosé qui s’interroge sur nos fragilités et l’équilibre précaire de nos existences m’a enchanté par sa justesse et la qualité de la capacité de l’auteur à retranscrire en images sensations et sentiments, choses souvent impalpables et difficilement descriptibles. Voilà un album riche, d’une grande sensibilité et d’une qualité graphique qui confirme le talent de son auteur.
Walking Dead
Cette série est la quintessence de l'ouvrage « de zombies ». Après ça, il devient difficile et peu utile d'écrire qui que ce soit dans le genre. Elle est interminable, et voulu comme telle, malgré tout je n'ai jamais eu l'impression que les auteurs faisaient durer artificiellement. La série, évidemment, va au-delà du simple dégommage de zombie à répétition, en s'intéressant à la façon dont de petits groupes d'être humains dans une situation de fin du monde réagissent, interagissent, évoluent. C'est donc beaucoup plus fin que ce qu'on peu imaginer à priori.