Joie et bonheur ineffable!! En cette année 2016 à Angoulême quelle ne fut pas mon grand bonheur de me voir offrir par l'un des dessinateurs cette œuvre collective qui fête avec maestria l'esprit de ce cher site.
Aussitôt rentré en mes pénates c'est religieusement que je le pose sur la table centrale afin que chacun passant par là puisse s'esbaudir. Effet garanti!!
Un brin foutraque, un trait qui ne demande qu'à mûrir, des couleurs qui ne piquent pas les yeux.
Au delà de la blagounette je crie Chapeau bas Messieurs!, j'ai cru comprendre que ce fut long mais ce fut bon. C'est vibrant d'une impatience difficilement contenue que j'attends une suite. Il est parfois de ces sagas pour lesquelles l'on en viendrait presque à se damner. Pour mémoire je ne citerais que quelques titres qui nous mettent dans un état proche de l'epectase nous autre pauvres mais grandioses aficionados de la BD : "Le vol de la Walkyrie, tome 2" .
L'oncle Alix, le vrai, sait bien que moult anecdotes restent cachées dans les tiroirs et n'attendent que le bon vouloir d'un éditeur pour enfin paraître. Longue vie au site marron et aux habitués qui se reconnaitront. A (re) lire sans modération!!
Certaines planches méritent d'être encadrées. Putain ! Mais dans quel esprit naissent des images aussi somptueuses. Et cela n'est rien, encore faut-il être capable de traduire sur le papier ces délires visuels.
Il y a chez Andreas du Dürer et du Gustave Doré, c'est un véritable travail d'orfèvre qui nous est offert là. Au delà d'une "simple" performance technique où les mathématiques sont omniprésentes, il se dégage de l'ensemble une sorte de poésie onirique qui transporte le spectateur dans un monde autre, qui lui fait perdre ses repères dans l'espace.
Dessins complexes, compliqués pourront dire certains, voire prise de tête ; sans doute. D'autant plus que les planches sont ici pour illustrer un autre délire, littéraire celui-ci puisqu’étant une adaptation de l'univers de Lovecraft.
Mettre "culte" ? Non, et pourtant, comme je l'ai dit plus haut, le dessin à lui seul mériterait cette note. Je m'arrête juste avant car effectivement la lecture de cette trilogie demande d'être sinon connaisseur de l'univers Lovecraftien, du moins d'y être préparé. Rentrer dans le délire d'autrui n'est pas chose aisée et cet effort est sans doute trop ardu à demander aux lecteurs lambda.
Quoiqu'il en soit cette BD est hautement recommandable ne serait ce que pour prouver, s'il en était encore besoin, à ceux qui en doutent encore que la BD est un art à part entière et qu'avec Andreas il a trouvé un de ses maîtres.
De Micheluzzi je n’ai lu que Mermoz, que j’avais beaucoup apprécié, et je retrouve un peu les mêmes ingrédients dans « Khyber ».
L’histoire est intéressante et ancrée dans un contexte historique riche (dispute de l’Afghanistan entre Russie et Angleterre en fin de 19eme siècle). L’intrigue est assez dense (lisez donc le résumé), les personnages nombreux, et les textes assez présents. Il en résulte une lecture un peu lourde, mais néanmoins passionnante.
Le dessin est magnifique. Certains regretteront peut-être le manque de couleurs pour dépeindre les paysages grandioses de l’Afghanistan, mais il faut avouer que le noir et blanc fait vraiment ressortir les détails du trait, et les contrastes sont magnifiques.
Un album dense et passionnant, une grande aventure historique !
Dans ce recueil, deux histoires courtes où l'esprit de Conrad et London est convié. Comme son nom l'indique nous sommes dans le grand Nord Canadien à l'époque des trappeurs qui partaient pour une longue campagne de chasse ou à la recherche de filons d'or.
Dans ces étendues désertiques l'homme est confronté à lui même avec ses faiblesses mais aussi des moments où il est amené à se dépasser face aux éléments ou ici les tribus indiennes.
C'est beau, à ce titre le dessin tout en noir et blanc est assez sublime et rend bien compte des grands espaces, le souffle de l'aventure avec un grand A est présent.
Sans nul doute à lire pour les amoureux du grand nord.
Et bien oui un franchement bien pour ce diptyque. La raison principale en est qu'il arrive à instaurer une ambiance et est finalement plus malin qu'une lecture superficielle pourrait laisser paraître.
L'ambiance d'abord, est ce parce que je suis sensible aux paysages parmi lesquels nous évoluons ? Ça sent la tourbe, les embruns, une lande à perte de vue, un paysage qui peut sembler monotone mais pour qui veut se donner la peine, est toujours en mouvement et dont les lumières ne sont jamais les mêmes.
Hormis cet aspect des choses, très légendes celtiques, c'est la qualité des dialogues qui m'a fait apprécier cette histoire. Entre cet homme qui jette ses derniers feux de dandysme élevé au rang d'art et sa muse les réparties souvent cruelles font mouche et c'est un régal de voir ces deux là se balancer quelques désagréables vérités à la figure.
Les personnages sont donc charismatiques en diable, possèdent de la profondeur sous des dehors de superficialité et l'intrigue se laisse lire avec bonheur. Quelques allusions enracinent le récit dans son époque (Oscar Wilde n'est jamais loin). Bref un bonne découverte que ce "Whaligoë" qui fait plus que se laisser lire!
Je pensais innocemment que la collection sur les reines de sang chez Delcourt ne concernait que les souveraines françaises. Il est vrai que nous avons eu droit à Aliénor, Isabelle et plus récemment Frégonde (que je n'ai pas encore lu). Ma surprise vient du fait qu'on va se situer en Chine pour découvrir la dame dragon dans les années 1848.
Je dois dire que c'est une grande réussite à tous les niveaux. Le dessin est sublime dans la reconstition de cette époque avec ses décors colorés. Par ailleurs, ce récit est passionnant. C'est une histoire peu connue qui se situe pendant les guerres de l'Opium dans l'Empire du milieu. On peut parfois accéder au pouvoir par accident ou par chance.
Nous avons en effet une femme prête à tous les sacrifices. On rencontrera également son alter égo masculin qui perdra d'ailleurs ses attributs pour réussir derrière les murs de la cité interdite. Il y aura beaucoup de violence et également de passion. Le cocktail est d'ailleurs explosif d'autant que la base historique est solide.
Comme dit, j'aime cette collection qui met en valeur des reines pas forcément connues mais qui ont pu marquer le cours de l'Histoire. Bref, c'est l'un des meilleurs titres de cette collection à suivre de près.
Lancée pour célébrer le bicentenaire de la dernière bataille de Napoléon, ce bel album de 96 pages dresse un portrait complet de la défaite dans un ordre chronologique et compréhensible, au contraire d'autres Bd comme Napoléon - Austerlitz et Waterloo trop embrouillée, ou même L'Homme de l'Année - 1815 qui en donnait une version plus romancée, et aussi Napoléon Bonaparte qui se limitait à un résumé clair mais trop bref.
Ici, l'album s'ouvre sur l'anecdote bien réelle du fils du maréchal Blücher sauvé par le maitre-chirurgien Larrey qui à son tour sera sauvé in extremis de l'exécution par les Prussiens, par ce même maréchal vainqueur à Waterloo. C'est à travers leur conversation ensuite qu'est évoquée cette ultime bataille de Napoléon. C'est une très bonne idée de placer en avant le personnage de Larrey pour décrire minutieusement cette bataille ; chirurgien en chef de la Grande Armée, il méritait cet honneur auprès du grand public car il est est à l'origine du système des ambulances mobiles sur les champs de bataille, participant lui-même en plein combat au secours des blessés, même des ennemis et sans distinction de grade. Ce système mis en place dans l'île Lobau à Essling lui fit jouer un rôle capital, et j'avais trouvé qu'il n'était pas assez mis en lumière dans La Bataille, c'est donc justice ici de rendre hommage à ce grand homme.
L'autre intérêt pour cet album, c'est qu'en choisissant Larrey comme personnage important, la narration n'est pas focalisée comme c'est souvent le cas ailleurs, sur la multitude de maréchaux d'Empire ou l'Empereur lui-même. Le déroulé des informations sur la bataille est donc précis, classique, avec une description de toutes les étapes de cette bataille. Le petit inconvénient de cette méthode de narration peut venir de cette exhaustivité un peu lourde par endroits, mais qui plaira forcément aux amateurs de batailles napoléoniennes. En effet, le lecteur peu passionné d'histoire militaire du Premier Empire risque de décrocher à un moment devant ce flot d'informations assez dense. Les lieux, les hommes, les offensives, manoeuvres, noms des bataillons et des corps d'armée sont assénés sans trop de répit, la compréhension doit donc être immersive.
Moi-même qui ne suis pas entièrement pro-Napoléonien, j'étais non pas largué mais parfois fébrile dans cette lecture, revenant en arrière pour bien capter qui parlait à qui, ce qu'il se passait, et quels soldats se trouvaient à tel endroit... Sans doute aurait-il fallu se concentrer sur un aspect précis de la bataille plutôt que de vouloir à tout prix relater tant de détails, mais après tout c'est peut-être aussi bien car on apprend plein de choses, il est clair que la documentation est irréprochable, c'est d'ailleurs salué par Jean Tulard dans sa postface, grand spécialiste de la période napoléonienne. Et d'autre part, on peut s'interroger sur le fait qu'au milieu d'une telle mine d'informations sérieuses, les auteurs succombent aux fameux "mots" de Cambronne (le Merde légendaire, et "la Garde meurt et ne se rend pas"), mais ceci fait toujours plaisir à voir dans une Bd, c'est aussi un peu ce qu'on attend, même si cette vérité est douteuse ou apocryphe.
Le rendu graphique est excellent, j'aime ce dessin un peu chargé , épais, puissant et en même temps clair pour évoquer un tel moment historique, avec une mise en page bien adaptée.
Ce qu'il faut retenir de cette bataille, et cette Bd l'illustre bien, c'est surtout le manquement de certains généraux qui portent la responsabilité dans cette défaite, plus que le retard de Grouchy. Une très belle évocation malgré les menus défauts que j'ai soulevé, qui illustre parfaitement un événement capital de l'Histoire de l'Europe.
Une jeune femme et son ancien professeur de japonais se croisent par hasard dans un bar. Sans rien préméditer, ils se retrouvent régulièrement dans cet endroit pour tromper leur solitude respective. Tsukiko, approchant de la quarantaine, vivant seule, voit sa vie progressivement bouleversée par cette relation avec un homme ayant l'âge de son père. Des rencontres entre ses deux êtres un peu tristes vont naître de la tendresse puis peu à peu de l'amour.
Taniguchi adapte ici le roman éponyme de Hiromi Kawakami. Je ne m'attarde pas sur les dessins du « maître » encore une fois magnifiques. Les personnages comme les décors sont extrêmement bien rendus. On est littéralement transporté dans le Japon contemporain.
Le récit est très contemplatif. Cela m'avait ennuyé dans d'autres productions de Taniguchi mais absolument pas ici car l’intrigue est bien présente. Le rapprochement des deux héros se fait lentement avec pudeur et délicatesse. Les situations, bien qu’ordinaires, sont agréables à suivre et les dialogues sont soignés. L’histoire d’amour naissante est joliment traitée, avec beaucoup de finesse et de sensibilité.
Au final, Les Années douces est une belle histoire.
Du bon Taniguchi.
Si ce conte magnifique s’adresse d’abord aux enfants, il pourra aisément toucher les plus grands grâce à la poésie qui le traverse. Dans le cas présent, on peut même parler de souffle poétique, ne serait-ce que parce qu’il parle de ce vent capable de « soulever les montagnes »… Au cours de sa quête, l’enfant croisera un arbre, des cailloux et un bouquetin, transformés ici en créatures fantastiques, avant de rencontrer le vent en personne. Et c’est en cela que réside en grande partie l’originalité de l’ouvrage. Les choses ne sont pas représentées telles qu’on s’y attend : par exemple, l’arbre apparaît comme une grosse guirlande légère et cotonneuse, et le vent comme un oiseau géant et translucide dont le souffle est symbolisé par des nuées d’ailes, le tout sous le pinceau talentueux d’Amélie Fléchais qui a réalisé des planches superbes et enchanteuses.
Autre argument en faveur du récit de Séverine Gauthier, « l’Homme montagne » ne prend pas les enfants pour des crétins, abordant des thèmes adultes tels que les racines et la transmission. Envisagée ici en tant que multi-métaphore, la montagne, dont le sommet constitue à la fois la demeure olympienne d’un dieu-vent et l’objectif ultime du voyage initiatique de l’enfant, est aussi le stigmate de l’expérience humaine, avec ses monts et ses vallées telles les rides d’un paysage buriné et érodé par les éléments, et au final la mémoire des aïeuls fondant l’identité de tout Homme. On l’aura compris, une bande dessinée jeunesse « hautement » recommandée.
Mon avis ressemblera aux précédents : ce Grand Méchant Renard est des plus amusants.
Le ton est très « Tex Avery » avec un renard attachant en gentil méchant qui s’en prend plein la tronche. Les rebondissements sont multiples et souvent originaux. J’ai le sentiment que l’auteur prenait plaisir à se mettre en danger dans le sens où, souvent, il trouve une solution au problème rencontré par le renard mais se plait à rebondir sur cette solution pour créer de nouveaux problèmes.
Le ton est moderne et direct.
Le dessin, lui aussi, va à l’essentiel mais dispose de toute l’expressivité et de tout le dynamisme nécessaires pour parfaitement coller au propos.
Enfin, j’ai aussi apprécié les dernières planches de l’album qui, à raison d’une case muette par planche, permettent de quitter en douceur et avec tendresse cet attachant renard et sa progéniture de substitution.
Un très bel album, drôle avant tout, mais tendre également.
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Les Belles Histoires de l'Oncle Alix
Joie et bonheur ineffable!! En cette année 2016 à Angoulême quelle ne fut pas mon grand bonheur de me voir offrir par l'un des dessinateurs cette œuvre collective qui fête avec maestria l'esprit de ce cher site. Aussitôt rentré en mes pénates c'est religieusement que je le pose sur la table centrale afin que chacun passant par là puisse s'esbaudir. Effet garanti!! Un brin foutraque, un trait qui ne demande qu'à mûrir, des couleurs qui ne piquent pas les yeux. Au delà de la blagounette je crie Chapeau bas Messieurs!, j'ai cru comprendre que ce fut long mais ce fut bon. C'est vibrant d'une impatience difficilement contenue que j'attends une suite. Il est parfois de ces sagas pour lesquelles l'on en viendrait presque à se damner. Pour mémoire je ne citerais que quelques titres qui nous mettent dans un état proche de l'epectase nous autre pauvres mais grandioses aficionados de la BD : "Le vol de la Walkyrie, tome 2" . L'oncle Alix, le vrai, sait bien que moult anecdotes restent cachées dans les tiroirs et n'attendent que le bon vouloir d'un éditeur pour enfin paraître. Longue vie au site marron et aux habitués qui se reconnaitront. A (re) lire sans modération!!
Cromwell Stone
Certaines planches méritent d'être encadrées. Putain ! Mais dans quel esprit naissent des images aussi somptueuses. Et cela n'est rien, encore faut-il être capable de traduire sur le papier ces délires visuels. Il y a chez Andreas du Dürer et du Gustave Doré, c'est un véritable travail d'orfèvre qui nous est offert là. Au delà d'une "simple" performance technique où les mathématiques sont omniprésentes, il se dégage de l'ensemble une sorte de poésie onirique qui transporte le spectateur dans un monde autre, qui lui fait perdre ses repères dans l'espace. Dessins complexes, compliqués pourront dire certains, voire prise de tête ; sans doute. D'autant plus que les planches sont ici pour illustrer un autre délire, littéraire celui-ci puisqu’étant une adaptation de l'univers de Lovecraft. Mettre "culte" ? Non, et pourtant, comme je l'ai dit plus haut, le dessin à lui seul mériterait cette note. Je m'arrête juste avant car effectivement la lecture de cette trilogie demande d'être sinon connaisseur de l'univers Lovecraftien, du moins d'y être préparé. Rentrer dans le délire d'autrui n'est pas chose aisée et cet effort est sans doute trop ardu à demander aux lecteurs lambda. Quoiqu'il en soit cette BD est hautement recommandable ne serait ce que pour prouver, s'il en était encore besoin, à ceux qui en doutent encore que la BD est un art à part entière et qu'avec Andreas il a trouvé un de ses maîtres.
Khyber (L'Homme du Khyber)
De Micheluzzi je n’ai lu que Mermoz, que j’avais beaucoup apprécié, et je retrouve un peu les mêmes ingrédients dans « Khyber ». L’histoire est intéressante et ancrée dans un contexte historique riche (dispute de l’Afghanistan entre Russie et Angleterre en fin de 19eme siècle). L’intrigue est assez dense (lisez donc le résumé), les personnages nombreux, et les textes assez présents. Il en résulte une lecture un peu lourde, mais néanmoins passionnante. Le dessin est magnifique. Certains regretteront peut-être le manque de couleurs pour dépeindre les paysages grandioses de l’Afghanistan, mais il faut avouer que le noir et blanc fait vraiment ressortir les détails du trait, et les contrastes sont magnifiques. Un album dense et passionnant, une grande aventure historique !
Grand Nord
Dans ce recueil, deux histoires courtes où l'esprit de Conrad et London est convié. Comme son nom l'indique nous sommes dans le grand Nord Canadien à l'époque des trappeurs qui partaient pour une longue campagne de chasse ou à la recherche de filons d'or. Dans ces étendues désertiques l'homme est confronté à lui même avec ses faiblesses mais aussi des moments où il est amené à se dépasser face aux éléments ou ici les tribus indiennes. C'est beau, à ce titre le dessin tout en noir et blanc est assez sublime et rend bien compte des grands espaces, le souffle de l'aventure avec un grand A est présent. Sans nul doute à lire pour les amoureux du grand nord.
Whaligoë
Et bien oui un franchement bien pour ce diptyque. La raison principale en est qu'il arrive à instaurer une ambiance et est finalement plus malin qu'une lecture superficielle pourrait laisser paraître. L'ambiance d'abord, est ce parce que je suis sensible aux paysages parmi lesquels nous évoluons ? Ça sent la tourbe, les embruns, une lande à perte de vue, un paysage qui peut sembler monotone mais pour qui veut se donner la peine, est toujours en mouvement et dont les lumières ne sont jamais les mêmes. Hormis cet aspect des choses, très légendes celtiques, c'est la qualité des dialogues qui m'a fait apprécier cette histoire. Entre cet homme qui jette ses derniers feux de dandysme élevé au rang d'art et sa muse les réparties souvent cruelles font mouche et c'est un régal de voir ces deux là se balancer quelques désagréables vérités à la figure. Les personnages sont donc charismatiques en diable, possèdent de la profondeur sous des dehors de superficialité et l'intrigue se laisse lire avec bonheur. Quelques allusions enracinent le récit dans son époque (Oscar Wilde n'est jamais loin). Bref un bonne découverte que ce "Whaligoë" qui fait plus que se laisser lire!
Tseu Hi - La Dame dragon
Je pensais innocemment que la collection sur les reines de sang chez Delcourt ne concernait que les souveraines françaises. Il est vrai que nous avons eu droit à Aliénor, Isabelle et plus récemment Frégonde (que je n'ai pas encore lu). Ma surprise vient du fait qu'on va se situer en Chine pour découvrir la dame dragon dans les années 1848. Je dois dire que c'est une grande réussite à tous les niveaux. Le dessin est sublime dans la reconstition de cette époque avec ses décors colorés. Par ailleurs, ce récit est passionnant. C'est une histoire peu connue qui se situe pendant les guerres de l'Opium dans l'Empire du milieu. On peut parfois accéder au pouvoir par accident ou par chance. Nous avons en effet une femme prête à tous les sacrifices. On rencontrera également son alter égo masculin qui perdra d'ailleurs ses attributs pour réussir derrière les murs de la cité interdite. Il y aura beaucoup de violence et également de passion. Le cocktail est d'ailleurs explosif d'autant que la base historique est solide. Comme dit, j'aime cette collection qui met en valeur des reines pas forcément connues mais qui ont pu marquer le cours de l'Histoire. Bref, c'est l'un des meilleurs titres de cette collection à suivre de près.
Waterloo - Le chant du départ
Lancée pour célébrer le bicentenaire de la dernière bataille de Napoléon, ce bel album de 96 pages dresse un portrait complet de la défaite dans un ordre chronologique et compréhensible, au contraire d'autres Bd comme Napoléon - Austerlitz et Waterloo trop embrouillée, ou même L'Homme de l'Année - 1815 qui en donnait une version plus romancée, et aussi Napoléon Bonaparte qui se limitait à un résumé clair mais trop bref. Ici, l'album s'ouvre sur l'anecdote bien réelle du fils du maréchal Blücher sauvé par le maitre-chirurgien Larrey qui à son tour sera sauvé in extremis de l'exécution par les Prussiens, par ce même maréchal vainqueur à Waterloo. C'est à travers leur conversation ensuite qu'est évoquée cette ultime bataille de Napoléon. C'est une très bonne idée de placer en avant le personnage de Larrey pour décrire minutieusement cette bataille ; chirurgien en chef de la Grande Armée, il méritait cet honneur auprès du grand public car il est est à l'origine du système des ambulances mobiles sur les champs de bataille, participant lui-même en plein combat au secours des blessés, même des ennemis et sans distinction de grade. Ce système mis en place dans l'île Lobau à Essling lui fit jouer un rôle capital, et j'avais trouvé qu'il n'était pas assez mis en lumière dans La Bataille, c'est donc justice ici de rendre hommage à ce grand homme. L'autre intérêt pour cet album, c'est qu'en choisissant Larrey comme personnage important, la narration n'est pas focalisée comme c'est souvent le cas ailleurs, sur la multitude de maréchaux d'Empire ou l'Empereur lui-même. Le déroulé des informations sur la bataille est donc précis, classique, avec une description de toutes les étapes de cette bataille. Le petit inconvénient de cette méthode de narration peut venir de cette exhaustivité un peu lourde par endroits, mais qui plaira forcément aux amateurs de batailles napoléoniennes. En effet, le lecteur peu passionné d'histoire militaire du Premier Empire risque de décrocher à un moment devant ce flot d'informations assez dense. Les lieux, les hommes, les offensives, manoeuvres, noms des bataillons et des corps d'armée sont assénés sans trop de répit, la compréhension doit donc être immersive. Moi-même qui ne suis pas entièrement pro-Napoléonien, j'étais non pas largué mais parfois fébrile dans cette lecture, revenant en arrière pour bien capter qui parlait à qui, ce qu'il se passait, et quels soldats se trouvaient à tel endroit... Sans doute aurait-il fallu se concentrer sur un aspect précis de la bataille plutôt que de vouloir à tout prix relater tant de détails, mais après tout c'est peut-être aussi bien car on apprend plein de choses, il est clair que la documentation est irréprochable, c'est d'ailleurs salué par Jean Tulard dans sa postface, grand spécialiste de la période napoléonienne. Et d'autre part, on peut s'interroger sur le fait qu'au milieu d'une telle mine d'informations sérieuses, les auteurs succombent aux fameux "mots" de Cambronne (le Merde légendaire, et "la Garde meurt et ne se rend pas"), mais ceci fait toujours plaisir à voir dans une Bd, c'est aussi un peu ce qu'on attend, même si cette vérité est douteuse ou apocryphe. Le rendu graphique est excellent, j'aime ce dessin un peu chargé , épais, puissant et en même temps clair pour évoquer un tel moment historique, avec une mise en page bien adaptée. Ce qu'il faut retenir de cette bataille, et cette Bd l'illustre bien, c'est surtout le manquement de certains généraux qui portent la responsabilité dans cette défaite, plus que le retard de Grouchy. Une très belle évocation malgré les menus défauts que j'ai soulevé, qui illustre parfaitement un événement capital de l'Histoire de l'Europe.
Les Années douces
Une jeune femme et son ancien professeur de japonais se croisent par hasard dans un bar. Sans rien préméditer, ils se retrouvent régulièrement dans cet endroit pour tromper leur solitude respective. Tsukiko, approchant de la quarantaine, vivant seule, voit sa vie progressivement bouleversée par cette relation avec un homme ayant l'âge de son père. Des rencontres entre ses deux êtres un peu tristes vont naître de la tendresse puis peu à peu de l'amour. Taniguchi adapte ici le roman éponyme de Hiromi Kawakami. Je ne m'attarde pas sur les dessins du « maître » encore une fois magnifiques. Les personnages comme les décors sont extrêmement bien rendus. On est littéralement transporté dans le Japon contemporain. Le récit est très contemplatif. Cela m'avait ennuyé dans d'autres productions de Taniguchi mais absolument pas ici car l’intrigue est bien présente. Le rapprochement des deux héros se fait lentement avec pudeur et délicatesse. Les situations, bien qu’ordinaires, sont agréables à suivre et les dialogues sont soignés. L’histoire d’amour naissante est joliment traitée, avec beaucoup de finesse et de sensibilité. Au final, Les Années douces est une belle histoire. Du bon Taniguchi.
L'Homme Montagne
Si ce conte magnifique s’adresse d’abord aux enfants, il pourra aisément toucher les plus grands grâce à la poésie qui le traverse. Dans le cas présent, on peut même parler de souffle poétique, ne serait-ce que parce qu’il parle de ce vent capable de « soulever les montagnes »… Au cours de sa quête, l’enfant croisera un arbre, des cailloux et un bouquetin, transformés ici en créatures fantastiques, avant de rencontrer le vent en personne. Et c’est en cela que réside en grande partie l’originalité de l’ouvrage. Les choses ne sont pas représentées telles qu’on s’y attend : par exemple, l’arbre apparaît comme une grosse guirlande légère et cotonneuse, et le vent comme un oiseau géant et translucide dont le souffle est symbolisé par des nuées d’ailes, le tout sous le pinceau talentueux d’Amélie Fléchais qui a réalisé des planches superbes et enchanteuses. Autre argument en faveur du récit de Séverine Gauthier, « l’Homme montagne » ne prend pas les enfants pour des crétins, abordant des thèmes adultes tels que les racines et la transmission. Envisagée ici en tant que multi-métaphore, la montagne, dont le sommet constitue à la fois la demeure olympienne d’un dieu-vent et l’objectif ultime du voyage initiatique de l’enfant, est aussi le stigmate de l’expérience humaine, avec ses monts et ses vallées telles les rides d’un paysage buriné et érodé par les éléments, et au final la mémoire des aïeuls fondant l’identité de tout Homme. On l’aura compris, une bande dessinée jeunesse « hautement » recommandée.
Le Grand Méchant Renard
Mon avis ressemblera aux précédents : ce Grand Méchant Renard est des plus amusants. Le ton est très « Tex Avery » avec un renard attachant en gentil méchant qui s’en prend plein la tronche. Les rebondissements sont multiples et souvent originaux. J’ai le sentiment que l’auteur prenait plaisir à se mettre en danger dans le sens où, souvent, il trouve une solution au problème rencontré par le renard mais se plait à rebondir sur cette solution pour créer de nouveaux problèmes. Le ton est moderne et direct. Le dessin, lui aussi, va à l’essentiel mais dispose de toute l’expressivité et de tout le dynamisme nécessaires pour parfaitement coller au propos. Enfin, j’ai aussi apprécié les dernières planches de l’album qui, à raison d’une case muette par planche, permettent de quitter en douceur et avec tendresse cet attachant renard et sa progéniture de substitution. Un très bel album, drôle avant tout, mais tendre également.