Je ne suis d'habitude pas « client » de ce genre de roman graphique très personnel. Mais Blankets s'est révélé être extrêmement intéressant.
L'album est passionnant de bout en bout en dépit de presque 600 pages. Craig Thompson prend son temps pour développer son histoire. Les personnages sont travaillés et le contexte de cette Amérique rurale, conservatrice et religieuse est habilement rendu. Il entre en résonance avec l'histoire d'amour que vivent Craig et Raina. Cette passion adolescente est évidemment centrale dans le récit mais l'auteur y ajoute avec finesse d'autres thèmes comme la famille, le handicap ou la religion.
L'amour que vivent les deux ados est admirablement traité, avec beaucoup de douceur, de pudeur et de sensualité. La BD est autobiographique et l'on sent très vite que Thompson a mis beaucoup de lui, de son passé dans cet album.
L'univers graphique est admirable et appuie pleinement le récit. Le style est personnel, le trait toujours soigné ; bref c'est superbe.
Blankets est un récit personnel d'une très grande sincérité et un très grand roman graphique.
Avis sur le Tome 1 « Skywalker passe à l’attaque »
Après le rachat des droits de la saga par Disney, nous avons ici l’histoire (officielle donc) qui se situe entre l'Episode IV et V, juste après la destruction de l'Etoile Noire par les Rebelles.
Les Rebelles continuent de harceler l’empire pour essayer de le mettre définitivement à terre….
C’est un peu par curiosité (mais avec un peu d’appréhension aussi) que je me suis procuré ce livre et finalement, j’ai lu avec plaisir ce début d’histoire qui semble compléter la saga de manière cohérente (en tout cas pour l’instant). Je trouve les dessins vraiment bons et la « mise en scène » fidèle à l’atmosphère des films.
Finalement une bonne surprise que cette lecture grâce à laquelle j’ai pu me replonger dans cet univers tout en conservant le fil de l’histoire, du coup j’attends beaucoup de la suite que je ne manquerai pas de me procurer car c’est pour l’instant du travail plutôt bien fait.
Je ne suis pas fan des séries concepts. J’en viens juste à regretter que ce titre en fasse partie. Il est clair que la démonstration faite par l’auteur est tout simplement époustouflante sur le mythe du crime originel. On a là une œuvre qui est bien au-dessus du lot traditionnel. L’intelligence de la mise en œuvre est magistrale. C’est assez rare pour le souligner.
Nous allons découvrir une Babylone plus sanglante que jamais loin de la cité paradisiaque généralement vendue au public. Un vent de haine, de jalousie et de malédiction souffle sur la Mésopotamie. On va découvrir le premier assassinat de l’humanité de manière bien originale. J’ai beaucoup aimé cette interprétation toute personnelle. Oui, cela mérite bien le 4 étoiles.
Ziyi est un récit est noir, cynique, méchant et attendrissant, dans lequel on rencontre un petit personnage très particulier car on ne sait s’il est animal ou humain. Son physique hybride est-il dû aux conséquences d’une catastrophe nucléaire ? D’armes chimiques ? On ne sait d’ailleurs rien du monde dans lequel il évolue, en dehors du fait que le chaos règne partout où il va et que tous les personnages qu’il rencontre sont dans des situations périlleuses pour ne pas dire souvent mortelles.
La chute se révèle particulièrement perturbante à la limite du débat philosophique, c’est bien vu de la part de Cornette qui nous propose une histoire relativement simple à suivre mais qui implique un réflexion assidue dans sa fin. Ce petit personnage et ses déboires sont un véritable coup de cœur pour ne pas dire un crève-cœur, pauvre Ziyi, si gentil…Ce genre d’histoires me fait un peu penser aux univers torturés de Winshluss.
La B.D. est muette, un genre relégué ici à un simple détail car les grands yeux de Ziyi n’ont pas besoin de mots pour exprimer ses émotions, Jürg a parfaitement su le doter d’expressions issues de son fabuleux talent de dessinateur. Le graphisme est très beau même s’il est assez épuré, préférant mettre l’accent sur les personnages ; avec un découpage unique de six cases par planche le tout ordonné en plusieurs chapitres. Un noir et blanc comme je les aime, propre et net.
Un dernier mot pour la B.D., un bel objet toilé de taille comics avec une couverture en dure et bien que le jaune fasse partie des couleurs que j’aime le moins, ça claque bien à l’ouverture qui oppose un noir et blanc bien torché.
Aya de Yopougon nous décrit les histoires d’Aya et son entourage, habitant le quartier populaire de Yopougon à Abidjan, en Côte d’Ivoire, à la fin des années 1970. Il y a une jolie galerie de personnages : Aya, qui veut devenir médecin et travaille dur à l’université, Bintou la « gazeuse » (fêtarde), Adjoua la timide, leurs parents respectifs, la bonne Félicité, Hervé qui ne paie pas de mine mais dont le garage marche de mieux en mieux, Mamadou le dragueur, Grégoire le parasite, Moussa Sissoko et ses riches parents, le coiffeur Innocent qui prendra de l’importance en milieu de série, etc. Tout ce petit monde est fort réussi, et on s’attache réellement à chacun d’entre eux, malgré – ou grâce à – tous leurs défauts !
Le dessin, faussement relâché (dans un style proche de celui initié par les auteurs de l’Association), est parfaitement adapté à l’ambiance du récit. Seul bémol : au début, j’avais un peu de mal à distinguer les différents personnages féminins, mais cela s’arrange rapidement.
Avec ses personnages, l’autre grande qualité de cette série réside dans ces dialogues, qui utilisent de nombreuses expressions locales hautes en couleurs, tout en restant d’une grande fluidité et compréhensibles sans qu’il soit vraiment nécessaire de consulter le glossaire en fin d’ouvrage. Les répliques fusent, on s’engueule, on se réconcilie, bref, c’est très marrant. Ce qui n’empêche pas d’évoquer quelques sujets très sérieux, comme vous pourrez le découvrir à la lecture. Mais cela ne tombe jamais dans les poncifs ou dans le moralisateur plan-plan.
Globalement, tout cela « sonne » très vrai ; on est bien loin des représentations simplistes sur « l’Afrique ». Tout en nous faisant ressentir beaucoup de sympathie et de tendresse pour ses personnages, Marguerite Abouet livre parfois une description assez caustique aussi bien du mode de vie d’Abidjan que de celui de Paris (à partir du tome 4). Mais bien que caustique, ça ne sombre pas dans la caricature absolue, et tout reste toujours très humain.
Bref, une excellente lecture, qui rend un peu moins bête et qui donne la pêche ! À conseiller absolument !
Second album du deal Glénat/Disney, Bernard Cosey propose une version toute personnelle et mélancolique des aventures de Mickey.
Aventures qui n'en sont pas vraiment, plutôt une tranche de vie avec un Mickey solitaire et auteur d'aventures de Pluto (qui ne porte pas encore son nom d'ailleurs).
L'action se passe en 1927, on sent légèrement la crise économique arriver, le passage du muet au parlant. Mickey est un poète qui a du mal à évoluer dans un monde qu'il ne comprend plus et accessoirement tomber amoureux d'une inconnue lors d'un voyage de nuit dans un train où certains précieux documents vont être subtilisés ou dérobés (?)
Réponse dans les dernières pages où toutes les interrogations trouveront leur réponse. L'intérêt de cet album n'est pas dans l'histoire somme toute anecdotique mais dans les sensations qu'elle laisse s'évaporer avec un Mickey dans le doute face à un Dingo insouciant.
Il y a quelques clins d'œil également avec des guests issus du monde Disney dont le fameux "Tchoutchou" qui apparaît lors d'une case ou deux ou Petit Tchou.
Je ne connais et n'ai rien lu de Cosey mais vois bien qu'il est aux antipodes de son style habituel. Malgré quelques attitudes mal placées (Dingo qui s'évanouit au téléphone est un "plan" raté par exemple), le résultat est admirable et délicieusement rétro également.
De ces rencontres ou apparitions (Donald est plus que secondaire et apparaît presque à deux reprises comme un gimmick imposé), on retient beaucoup de choses, des déceptions, des doutes, un personnage inadapté mais attachant avec Dingo et beaucoup de tendresse...
Moins marquant que le Mickey de Trondheim, celui de Cosey gagnera surement à être relu car il cache plusieurs strates sous une apparente simplicité. C'est un peu l'équivalent pacifique et disneyien des "Souris et des Hommes" de Steinbeck pour l'ambiance douce-amère qu'il impose. Respect donc à cette jolie oeuvre dont les petites facilités de scénario seront vite pardonnées lors d'une relecture.
L'auteur Thomas Humeau a librement adapté le dernier roman de l'écrivain autrichien Stefan Zweig avant son décès. Le résultat est plutôt remarquable. Il est en effet question d'un champion d'échecs qui se retrouve sur une croisière d'un paquebot transatlantique en 1947. Il va devoir affronter un illustre inconnu qui réussit à le mettre en échec au milieu de la haute bourgeoisie et des journalistes.
Comment cet inconnu a pu réussir à battre le champion du monde ? Quel est le secret qu'il cache ? On aura les réponses et elles seront d'une grande brutalité dans l'explication. Certes, les nazis ne sont pas loin et la folie non plus. On sera néanmoins captivé de bout en bout. Pourtant, la fin ne m'a pas trop convaincu. Je m'attendais sans doute à autre chose.
On sera assez loin de la BD typiquement commerciale. J'invite les lecteurs à découvrir ce joueur d'échecs pas comme les autres. A vous de jouer !
A la base, « Juger Pétain » est un documentaire TV réalisé par Philippe Saada. Aidé à l’écriture par ce dernier, Sébastien Vassant en a fait une adaptation en bande dessinée réussie.
En France, rarement un homme d’Etat aura été autant source de discordes que Pétain. Aujourd’hui encore, le personnage subit le mépris d’une grande partie des Français. Car même s’il n’a cessé de clamer que, pour le bien de son peuple, il préférait la collaboration à la guerre, il a tout de même envoyé des milliers de Juifs à la mort. Mais s’en tenir à ce seul constat serait oublier que l’homme n’est pas arrivé à la tête du pays par hasard et qu’à l’époque, il bénéficiait d’une immense aura pour son rôle héroïque dans la Guerre de 14-18. Ce que rappellent fort judicieusement les auteurs à travers les étapes de ce procès.
Retracer le déroulé d’un procès, si mémorable soit-il, aurait pu vite s’avérer rébarbatif, même en bande dessinée. Bien au contraire, la narration est ici très plaisante. Sébastien Vassant, tout en respectant la chronologie des plaidoiries, se met à la place du lecteur lambda en présentant les protagonistes et en énonçant des rappels historiques bienvenus. Mais surtout, il sait glisser des phases de respiration en utilisant les procédés métaphoriques et ludiques dans la mise en page que seule la BD permet, le tout relevé par un humour grinçant. Agrémenté d’une monochromie sépia, le dessin de Vassant s’attarde davantage sur les personnages et les visages que sur les décors, avec un talent certain pour saisir les expressions et les âmes, tels le « regard reptilien » de Pierre Laval, ou la mine à la foi fatiguée et gonflée d’orgueil de Philippe Pétain.
Tous ces éléments font de « Juger Pétain » un excellent ouvrage pédagogique. A l’aide d’une documentation fouillée, les auteurs ont tenté de comprendre comment la France a pu sombrer dans un tel bourbier durant ces quatre années qui restent comme une tâche honteuse dans l’histoire du pays. Les auteurs ont su rester objectifs, si tant est que l’on puisse l’être face à l’antipathique Laval, retors et arriviste, grand manipulateur devant l’éternel, mais de façon honnête, ils rappellent que le jugement a été voté par un jury partial. En plus d’être ambitieux, Pierre Laval possédait de surcroît un talent oratoire (« sa grande spécialité : il ne dit pas tout ! ») et sut faire de Pétain sa marionnette, du moins c’est ce qui ressort à la lecture. Quant au vieux maréchal, affublé des pleins pouvoirs grâce aux manigances de son « dauphin », il devint littéralement grisé par le pouvoir, se voyant plus puissant que Louis XIV (alors que dans les faits, il n’était qu’à la tête d’un Etat croupion de l’Allemagne nazie).
Je ne connaissais pas cet auteur espagnol, ses albums ne sont pas vraiment traduits en français (à part un tome de la série « Thriller » dans les années 80). « Robny Clochard » est un recueil d’histoires courtes qui débarque chez Mosquito en 2016, et la qualité est au rendez-vous.
Les déboires de Robny sont prenants, les différentes histoires révèlent au compte-gouttes les évènements qui l’ont conduit à sa situation actuelle. Mais ses aventures sont surtout prétexte à une fable sociale moderne, à une réflexion philosophique certes simpliste, mais qui interpelle et fait réfléchir. Les histoires ne datent pas d’hier et font un peu vieillottes dans leur construction. On retrouve une narration un peu lourde et assez chargée en texte, ce qui était la norme dans les années 80. Mais cela ne m’a pas vraiment dérangé.
Le dessin en noir et blanc est magistral, très détaillé et parfaitement maitrisé. Les planches sont vraiment magnifiques.
Une chouette découverte.
Difficile de raconter l'histoire en bandes dessinées. On tombe vite dans le piège d'une histoire racontée de manière très linéaire, ou le dessin de sert que d'illustration, sans que la moindre émotion ne passe.
Je dois reconnaitre que ce piège a été bien évité dans ce récit qui nous fait replonger dans l'histoire contemporaine du Chili, celle de l'accession de Salvador Alliende au pouvoir, avant que n'intervienne sa chute, au moment du coup d'état militaire fomenté par le Général Pinochet.
A la fois documentaire et récit intimiste, cette histoire nous raconte comment des anti communistes primaires ont fui le pays au moment de l'ascension d'Alliende.
Leur enfant Léo, parti vivre a Londres va se replonger progressivement dans cette période sombre de son histoire dont il ne connait que la version que ses parents ont bien voulu lui raconter.
C'est notamment le cas lorsque Pinochet sera retenu de longues semaines à Londres pour y subir une intervention chirurgicales. Les témoignages vus et entendus à ce moment là lui montrent que l'histoire racontée par ses parents a été quelque peu tronquée, et amputée des éléments les plus sombres de la dictature militaire
En toile de fond, on assiste a l'accession au pouvoir d'Alliende porté par une population enthousiaste dans une histoire, ou se mêle la grande histoire et la petite histoire, celle de ce fils d'exilé qui apprend peu à peu les horreurs commises par le Général Pinochet au nom de la stabilité et de la sécurité du pays.
Le dessin de Gonzalez, m'a fait pensé à celui de l'Américain Sienkiewicz, tantôt dessins réalisés sur ordinateur, tantôt collage, tantôt photographie. Aux couleurs succèdent le noir et blanc. Aux cases traditionnelles s'ajoutent des dessins qui prennent toute une planche et qui parfois s'étendent sur deux pages. le tout donne un ensemble visuel très varié qui rompt avec une forme de monotonie visuelle souvent vue dans ce type de récit historique.
Saluons une fois de plus le travail des éditions Futuropolis qui osent publier des Bds exigeantes et de qualité.
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Blankets - Manteau de neige
Je ne suis d'habitude pas « client » de ce genre de roman graphique très personnel. Mais Blankets s'est révélé être extrêmement intéressant. L'album est passionnant de bout en bout en dépit de presque 600 pages. Craig Thompson prend son temps pour développer son histoire. Les personnages sont travaillés et le contexte de cette Amérique rurale, conservatrice et religieuse est habilement rendu. Il entre en résonance avec l'histoire d'amour que vivent Craig et Raina. Cette passion adolescente est évidemment centrale dans le récit mais l'auteur y ajoute avec finesse d'autres thèmes comme la famille, le handicap ou la religion. L'amour que vivent les deux ados est admirablement traité, avec beaucoup de douceur, de pudeur et de sensualité. La BD est autobiographique et l'on sent très vite que Thompson a mis beaucoup de lui, de son passé dans cet album. L'univers graphique est admirable et appuie pleinement le récit. Le style est personnel, le trait toujours soigné ; bref c'est superbe. Blankets est un récit personnel d'une très grande sincérité et un très grand roman graphique.
Star Wars (2015)
Avis sur le Tome 1 « Skywalker passe à l’attaque » Après le rachat des droits de la saga par Disney, nous avons ici l’histoire (officielle donc) qui se situe entre l'Episode IV et V, juste après la destruction de l'Etoile Noire par les Rebelles. Les Rebelles continuent de harceler l’empire pour essayer de le mettre définitivement à terre…. C’est un peu par curiosité (mais avec un peu d’appréhension aussi) que je me suis procuré ce livre et finalement, j’ai lu avec plaisir ce début d’histoire qui semble compléter la saga de manière cohérente (en tout cas pour l’instant). Je trouve les dessins vraiment bons et la « mise en scène » fidèle à l’atmosphère des films. Finalement une bonne surprise que cette lecture grâce à laquelle j’ai pu me replonger dans cet univers tout en conservant le fil de l’histoire, du coup j’attends beaucoup de la suite que je ne manquerai pas de me procurer car c’est pour l’instant du travail plutôt bien fait.
J'ai tué Abel
Je ne suis pas fan des séries concepts. J’en viens juste à regretter que ce titre en fasse partie. Il est clair que la démonstration faite par l’auteur est tout simplement époustouflante sur le mythe du crime originel. On a là une œuvre qui est bien au-dessus du lot traditionnel. L’intelligence de la mise en œuvre est magistrale. C’est assez rare pour le souligner. Nous allons découvrir une Babylone plus sanglante que jamais loin de la cité paradisiaque généralement vendue au public. Un vent de haine, de jalousie et de malédiction souffle sur la Mésopotamie. On va découvrir le premier assassinat de l’humanité de manière bien originale. J’ai beaucoup aimé cette interprétation toute personnelle. Oui, cela mérite bien le 4 étoiles.
Ziyi
Ziyi est un récit est noir, cynique, méchant et attendrissant, dans lequel on rencontre un petit personnage très particulier car on ne sait s’il est animal ou humain. Son physique hybride est-il dû aux conséquences d’une catastrophe nucléaire ? D’armes chimiques ? On ne sait d’ailleurs rien du monde dans lequel il évolue, en dehors du fait que le chaos règne partout où il va et que tous les personnages qu’il rencontre sont dans des situations périlleuses pour ne pas dire souvent mortelles. La chute se révèle particulièrement perturbante à la limite du débat philosophique, c’est bien vu de la part de Cornette qui nous propose une histoire relativement simple à suivre mais qui implique un réflexion assidue dans sa fin. Ce petit personnage et ses déboires sont un véritable coup de cœur pour ne pas dire un crève-cœur, pauvre Ziyi, si gentil…Ce genre d’histoires me fait un peu penser aux univers torturés de Winshluss. La B.D. est muette, un genre relégué ici à un simple détail car les grands yeux de Ziyi n’ont pas besoin de mots pour exprimer ses émotions, Jürg a parfaitement su le doter d’expressions issues de son fabuleux talent de dessinateur. Le graphisme est très beau même s’il est assez épuré, préférant mettre l’accent sur les personnages ; avec un découpage unique de six cases par planche le tout ordonné en plusieurs chapitres. Un noir et blanc comme je les aime, propre et net. Un dernier mot pour la B.D., un bel objet toilé de taille comics avec une couverture en dure et bien que le jaune fasse partie des couleurs que j’aime le moins, ça claque bien à l’ouverture qui oppose un noir et blanc bien torché.
Aya de Yopougon
Aya de Yopougon nous décrit les histoires d’Aya et son entourage, habitant le quartier populaire de Yopougon à Abidjan, en Côte d’Ivoire, à la fin des années 1970. Il y a une jolie galerie de personnages : Aya, qui veut devenir médecin et travaille dur à l’université, Bintou la « gazeuse » (fêtarde), Adjoua la timide, leurs parents respectifs, la bonne Félicité, Hervé qui ne paie pas de mine mais dont le garage marche de mieux en mieux, Mamadou le dragueur, Grégoire le parasite, Moussa Sissoko et ses riches parents, le coiffeur Innocent qui prendra de l’importance en milieu de série, etc. Tout ce petit monde est fort réussi, et on s’attache réellement à chacun d’entre eux, malgré – ou grâce à – tous leurs défauts ! Le dessin, faussement relâché (dans un style proche de celui initié par les auteurs de l’Association), est parfaitement adapté à l’ambiance du récit. Seul bémol : au début, j’avais un peu de mal à distinguer les différents personnages féminins, mais cela s’arrange rapidement. Avec ses personnages, l’autre grande qualité de cette série réside dans ces dialogues, qui utilisent de nombreuses expressions locales hautes en couleurs, tout en restant d’une grande fluidité et compréhensibles sans qu’il soit vraiment nécessaire de consulter le glossaire en fin d’ouvrage. Les répliques fusent, on s’engueule, on se réconcilie, bref, c’est très marrant. Ce qui n’empêche pas d’évoquer quelques sujets très sérieux, comme vous pourrez le découvrir à la lecture. Mais cela ne tombe jamais dans les poncifs ou dans le moralisateur plan-plan. Globalement, tout cela « sonne » très vrai ; on est bien loin des représentations simplistes sur « l’Afrique ». Tout en nous faisant ressentir beaucoup de sympathie et de tendresse pour ses personnages, Marguerite Abouet livre parfois une description assez caustique aussi bien du mode de vie d’Abidjan que de celui de Paris (à partir du tome 4). Mais bien que caustique, ça ne sombre pas dans la caricature absolue, et tout reste toujours très humain. Bref, une excellente lecture, qui rend un peu moins bête et qui donne la pêche ! À conseiller absolument !
Une mystérieuse mélodie ou comment Mickey rencontra Minnie
Second album du deal Glénat/Disney, Bernard Cosey propose une version toute personnelle et mélancolique des aventures de Mickey. Aventures qui n'en sont pas vraiment, plutôt une tranche de vie avec un Mickey solitaire et auteur d'aventures de Pluto (qui ne porte pas encore son nom d'ailleurs). L'action se passe en 1927, on sent légèrement la crise économique arriver, le passage du muet au parlant. Mickey est un poète qui a du mal à évoluer dans un monde qu'il ne comprend plus et accessoirement tomber amoureux d'une inconnue lors d'un voyage de nuit dans un train où certains précieux documents vont être subtilisés ou dérobés (?) Réponse dans les dernières pages où toutes les interrogations trouveront leur réponse. L'intérêt de cet album n'est pas dans l'histoire somme toute anecdotique mais dans les sensations qu'elle laisse s'évaporer avec un Mickey dans le doute face à un Dingo insouciant. Il y a quelques clins d'œil également avec des guests issus du monde Disney dont le fameux "Tchoutchou" qui apparaît lors d'une case ou deux ou Petit Tchou. Je ne connais et n'ai rien lu de Cosey mais vois bien qu'il est aux antipodes de son style habituel. Malgré quelques attitudes mal placées (Dingo qui s'évanouit au téléphone est un "plan" raté par exemple), le résultat est admirable et délicieusement rétro également. De ces rencontres ou apparitions (Donald est plus que secondaire et apparaît presque à deux reprises comme un gimmick imposé), on retient beaucoup de choses, des déceptions, des doutes, un personnage inadapté mais attachant avec Dingo et beaucoup de tendresse... Moins marquant que le Mickey de Trondheim, celui de Cosey gagnera surement à être relu car il cache plusieurs strates sous une apparente simplicité. C'est un peu l'équivalent pacifique et disneyien des "Souris et des Hommes" de Steinbeck pour l'ambiance douce-amère qu'il impose. Respect donc à cette jolie oeuvre dont les petites facilités de scénario seront vite pardonnées lors d'une relecture.
Le Joueur d'échecs
L'auteur Thomas Humeau a librement adapté le dernier roman de l'écrivain autrichien Stefan Zweig avant son décès. Le résultat est plutôt remarquable. Il est en effet question d'un champion d'échecs qui se retrouve sur une croisière d'un paquebot transatlantique en 1947. Il va devoir affronter un illustre inconnu qui réussit à le mettre en échec au milieu de la haute bourgeoisie et des journalistes. Comment cet inconnu a pu réussir à battre le champion du monde ? Quel est le secret qu'il cache ? On aura les réponses et elles seront d'une grande brutalité dans l'explication. Certes, les nazis ne sont pas loin et la folie non plus. On sera néanmoins captivé de bout en bout. Pourtant, la fin ne m'a pas trop convaincu. Je m'attendais sans doute à autre chose. On sera assez loin de la BD typiquement commerciale. J'invite les lecteurs à découvrir ce joueur d'échecs pas comme les autres. A vous de jouer !
Juger Pétain
A la base, « Juger Pétain » est un documentaire TV réalisé par Philippe Saada. Aidé à l’écriture par ce dernier, Sébastien Vassant en a fait une adaptation en bande dessinée réussie. En France, rarement un homme d’Etat aura été autant source de discordes que Pétain. Aujourd’hui encore, le personnage subit le mépris d’une grande partie des Français. Car même s’il n’a cessé de clamer que, pour le bien de son peuple, il préférait la collaboration à la guerre, il a tout de même envoyé des milliers de Juifs à la mort. Mais s’en tenir à ce seul constat serait oublier que l’homme n’est pas arrivé à la tête du pays par hasard et qu’à l’époque, il bénéficiait d’une immense aura pour son rôle héroïque dans la Guerre de 14-18. Ce que rappellent fort judicieusement les auteurs à travers les étapes de ce procès. Retracer le déroulé d’un procès, si mémorable soit-il, aurait pu vite s’avérer rébarbatif, même en bande dessinée. Bien au contraire, la narration est ici très plaisante. Sébastien Vassant, tout en respectant la chronologie des plaidoiries, se met à la place du lecteur lambda en présentant les protagonistes et en énonçant des rappels historiques bienvenus. Mais surtout, il sait glisser des phases de respiration en utilisant les procédés métaphoriques et ludiques dans la mise en page que seule la BD permet, le tout relevé par un humour grinçant. Agrémenté d’une monochromie sépia, le dessin de Vassant s’attarde davantage sur les personnages et les visages que sur les décors, avec un talent certain pour saisir les expressions et les âmes, tels le « regard reptilien » de Pierre Laval, ou la mine à la foi fatiguée et gonflée d’orgueil de Philippe Pétain. Tous ces éléments font de « Juger Pétain » un excellent ouvrage pédagogique. A l’aide d’une documentation fouillée, les auteurs ont tenté de comprendre comment la France a pu sombrer dans un tel bourbier durant ces quatre années qui restent comme une tâche honteuse dans l’histoire du pays. Les auteurs ont su rester objectifs, si tant est que l’on puisse l’être face à l’antipathique Laval, retors et arriviste, grand manipulateur devant l’éternel, mais de façon honnête, ils rappellent que le jugement a été voté par un jury partial. En plus d’être ambitieux, Pierre Laval possédait de surcroît un talent oratoire (« sa grande spécialité : il ne dit pas tout ! ») et sut faire de Pétain sa marionnette, du moins c’est ce qui ressort à la lecture. Quant au vieux maréchal, affublé des pleins pouvoirs grâce aux manigances de son « dauphin », il devint littéralement grisé par le pouvoir, se voyant plus puissant que Louis XIV (alors que dans les faits, il n’était qu’à la tête d’un Etat croupion de l’Allemagne nazie).
Robny Clochard
Je ne connaissais pas cet auteur espagnol, ses albums ne sont pas vraiment traduits en français (à part un tome de la série « Thriller » dans les années 80). « Robny Clochard » est un recueil d’histoires courtes qui débarque chez Mosquito en 2016, et la qualité est au rendez-vous. Les déboires de Robny sont prenants, les différentes histoires révèlent au compte-gouttes les évènements qui l’ont conduit à sa situation actuelle. Mais ses aventures sont surtout prétexte à une fable sociale moderne, à une réflexion philosophique certes simpliste, mais qui interpelle et fait réfléchir. Les histoires ne datent pas d’hier et font un peu vieillottes dans leur construction. On retrouve une narration un peu lourde et assez chargée en texte, ce qui était la norme dans les années 80. Mais cela ne m’a pas vraiment dérangé. Le dessin en noir et blanc est magistral, très détaillé et parfaitement maitrisé. Les planches sont vraiment magnifiques. Une chouette découverte.
Maudit Allende !
Difficile de raconter l'histoire en bandes dessinées. On tombe vite dans le piège d'une histoire racontée de manière très linéaire, ou le dessin de sert que d'illustration, sans que la moindre émotion ne passe. Je dois reconnaitre que ce piège a été bien évité dans ce récit qui nous fait replonger dans l'histoire contemporaine du Chili, celle de l'accession de Salvador Alliende au pouvoir, avant que n'intervienne sa chute, au moment du coup d'état militaire fomenté par le Général Pinochet. A la fois documentaire et récit intimiste, cette histoire nous raconte comment des anti communistes primaires ont fui le pays au moment de l'ascension d'Alliende. Leur enfant Léo, parti vivre a Londres va se replonger progressivement dans cette période sombre de son histoire dont il ne connait que la version que ses parents ont bien voulu lui raconter. C'est notamment le cas lorsque Pinochet sera retenu de longues semaines à Londres pour y subir une intervention chirurgicales. Les témoignages vus et entendus à ce moment là lui montrent que l'histoire racontée par ses parents a été quelque peu tronquée, et amputée des éléments les plus sombres de la dictature militaire En toile de fond, on assiste a l'accession au pouvoir d'Alliende porté par une population enthousiaste dans une histoire, ou se mêle la grande histoire et la petite histoire, celle de ce fils d'exilé qui apprend peu à peu les horreurs commises par le Général Pinochet au nom de la stabilité et de la sécurité du pays. Le dessin de Gonzalez, m'a fait pensé à celui de l'Américain Sienkiewicz, tantôt dessins réalisés sur ordinateur, tantôt collage, tantôt photographie. Aux couleurs succèdent le noir et blanc. Aux cases traditionnelles s'ajoutent des dessins qui prennent toute une planche et qui parfois s'étendent sur deux pages. le tout donne un ensemble visuel très varié qui rompt avec une forme de monotonie visuelle souvent vue dans ce type de récit historique. Saluons une fois de plus le travail des éditions Futuropolis qui osent publier des Bds exigeantes et de qualité.