Dans sa catégorie, je trouve que cet album est excellent ! Très instructif, il amène le lecteur –jeune ou moins jeune – à la réflexion, à l’analyse, à la déduction tout en proposant des exemples simples et concrets.
Sans verbiage inutile, l’album parvient à préciser des notions, à identifier des termes tout en restant divertissant voire même ludique.
Comment ? En privilégiant l’idée d’ensemble sans omettre l’anecdote qui amuse (vous saviez, vous, que parmi les premières sculptures découvertes, certaines étaient faites en ivoire de mammouth ?) le détail qui interpelle (Charlemagne ne s’est pas contenté d’inventer l’école mais il a aussi ‘inventé’ la bible !) ou le lien vers notre époque (descendre dans le métro parisien permet de découvrir l’art romain). Avec sagesse, il nuance la notion du beau. Avec philosophie, il explique les liens forts qui ont longtemps uni art et mysticisme.
Alors oui, forcément, lorsqu’on aborde 75.000 ans d’histoire de l’art dans un volume de seulement 80 planches, on ne peut pas parler de tout, et cet album n’a d’autre vocation que d’aborder les grands sujets sans réellement approfondir l’un ou l’autre. Mais il foisonne de tant de petites données marquantes qu’il ouvre l’esprit et donne la folle envie d’approfondir tel ou tel sujet en fonction de nos goûts propres.
Seul petit reproche, le côté franco-français de son contenu qui a tendance à privilégier la France, et Paris plus particulièrement, dans les exemples donnés. Rien de dramatique mais j’ai par exemple été déçu de voir que les auteurs avaient choisi de privilégier quelques sites de Provence pour parler de l’art romain au détriment d’une ville comme Trèves (même pas évoquée) qui est pourtant un site archéologique majeur pour qui veut découvrir l’art de vivre et l’art tout court de la fin du règne de Rome. Les incontournables, eux, ne sont pas oubliés, rassurez-vous, et Rome, Athènes ou Stonehenge par exemple sont bien présents dans cet album.
Enfin, le petit dossier proposé en fin d’album permet de revenir sur différentes œuvres présentées dans la bande dessinée. Très pratique, cette manière de faire permet de mettre une image précise sur une œuvre dessinée d’une manière plus schématique dans l’album (ce qui par ailleurs, permet de faire ressortir tel ou tel détail avec plus de puissance). De ce fait, les notions abordées dans l’album trouvent un ancrage plus concret via ces illustrations.
Un album dont je ne peux que conseiller la lecture, aux jeunes d’abord à qui il est destiné, mais aussi aux moins jeunes (à titre personnel, j’ai vraiment appris beaucoup de choses tout en me remettant en mémoire certaines notions à la lecture de ces quelques pages). Une franche réussite !
Mes prédécesseurs ont bien résumé l’atmosphère qui se dégage de cette bd qui nous sert du western spaghetti à la sauce B-gnet : c’est de l’humour con mais pas forcément absurde. La couverture à elle seule résume parfaitement le contenu du livre.
Tout de go, je dirais que je n’ai pas accroché aux premières planches et je me suis dit alors que c’était mal parti. On sentait bien la connerie sous-jacente mais il n’y avait pas vraiment matière à la supporter. C’était léger et trop bref. Puis le récit décolle et prend de la consistance avec la rencontre de Santiago et de Chico. L'histoire qui me paraissait décousue et un peu vaine prend enfin forme avec toujours la même connerie au rendez-vous. Mention spéciale pour le mexicain qui, à l’insu de son plein gré, est bien souvent à l’origine des déboires de la bande. Le dessin convient bien à l’histoire. Il faut un petit temps d’adaptation mais on s’y fait. Le final ponctue le récit de manière un peu inattendue mais cela reste bien dans l’esprit de la bd.
Bref, c’est très con … et très bon.
Auréolé de son succès rencontré à Angoulême 2016 avec le polar Tungstène, Marcello Quintanilha nous revient avec cette fois un récit très psychologique. « Talc de verre » - titre à l’hermétisme intrigant, démontrant un certain goût de l’auteur pour les minéraux – évoque les états d’âme d’une femme brésilienne, dentiste de profession, jouissant d’une vie aisée et sans anicroche, jusqu’au jour où ce train-train trop parfait va être perturbé par un simple sourire, celui de sa jolie cousine blonde Dani. Un sourire qui va finir par l’obséder et remettre en question sa propre légitimité au bonheur, elle qui a toujours bénéficié de la protection de ses parents fortunés. Sa cousine, quant à elle, a vécu dans les quartiers sordides de Rio. Lorsqu’elle se rend au cabinet de Rosangela pour des soins dentaires, cette dernière va se trouver assaillie par mille questionnements qui vont l’obliger, elle, l’enfant hyper protégée, à se confronter à elle-même et à ses pensées les plus obscures… Comment, quand on vient d’un quartier pauvre et qu’on n’a pas eu la plus rose des enfances, peut-on arborer un sourire aussi radieux ? Un sourire qui semble faire fi des obstacles, à la limite de la provocation selon Rosangelina, qui au fond n’est peut-être pas aussi heureuse qu’elle le pensait…
Dès l’introduction, l’auteur réussit à imposer un suspense psychologique avec cette voix off qui prend à partie le lecteur et joue la connivence pour mieux scruter le cheminement mental de cette femme, à coup de flashbacks, d’images subliminales et de visions destructrices. Parfaitement maîtrisé, le récit n’a rien de conventionnel dans le sens où il ne se passe pas grand-chose, car à vrai dire, tout semble se dérouler dans la tête de Rosangela, en proie à une confusion mentale croissante née d’un simple sourire. Un sourire qui, tout comme le fameux battement d’ailes du papillon, aura des répercussions aussi imprévues que dévastatrices, entraînant la jeune femme dans une spirale autodestructrice. Le trait photographique acéré de Quintanilha fait ressortir parfaitement les émotions et les tourments de la principale protagoniste, traduisant son chaos intérieur par une mise en page sobre et étudiée.
Cette histoire en apparence insignifiante est extrêmement révélatrice du contexte social brésilien (sur lequel les Jeux olympiques de Rio ont permis - à leur corps défendant - de braquer les projecteurs), où la disparité des richesses n’a jamais été aussi criante. Dans « Talc de verre », c’est au sein d’une même famille que ces écarts se dévoilent. Mais l’auteur ne dénonce rien, se contentant d’exposer avec subtilité les rouages d’un récit qui, une fois terminé, laisse infuser sa petite musique à la fois doucereuse et subversive. L’empathie que pourrait éprouver le lecteur pour Rosangela est au bout du compte restreinte par son son comportement d’enfant gâtée et ce sentiment d’appartenir « à une classe supérieure ». Le plafond de verre qui la protège en fait également une victime, bien moins armée que sa cousine dont le lot de galères semble avoir renforcé la soif de vivre et qui, telle une Némésis désinvolte, vient réclamer son dû, sans donner à première vue l’impression d'être motivée par un désir de vengeance. Cette bande dessinée en forme de parabole vient à point nommé pour répandre un peu de poil à gratter sur la jolie carte postale brésilienne, à l’heure où les J.O. viennent de prendre fin.
3.5
Une série qui s'annonce comme une histoire du type Love Hina (le type vit entouré de filles et en plus sa tante possède un bain public donc il y a plein de filles à poil), sauf qu'après quelques chapitres le ton devient plus sérieux et au fil des tomes il y a de moins en moins de fanservice.
L'histoire est un mélange de romance, de drame, de comédie et de sport. L'intrigue est plutôt prenante et j'avais vraiment envie de savoir comment il allait finir avec la fille qu'il aime. Suzuku est attachante, belle et mystérieuse. Ce n'est pas très facile de la comprendre et il y a beaucoup de rebondissements.
Il y a certes des passages un peu mous, mais globalement j'ai bien aimé et j'ai envie de lire d'autres oeuvres de ce mangaka.
J'ai toujours aimé le contexte des années folles en Amérique, avec ses voitures, l'élégance de la mode, les enseignes lumineuses, le côté pétillant des rues newyorkaises, la Prohibition et ses gangsters en costar rayé maniant la fameuse mitraillette Thompson à camembert... J'ai vu de nombreux films relatant cette époque de folie, et pas seulement des films de gangsters. Cette Bd m'a rappelé Chantons sous la pluie, où une petite débutante essaie de percer dans le milieu du cinéma qui commence à parler, tout en se heurtant à une vedette jalouse de son talent naissant, et dont le rendu de la voix dans les micros est désastreux...
Un film comme Cotton Club de Coppola, est également une belle illustration de cette époque (sauf que l'action est à Harlem ; ici, on est à Broadway). Aussi, ai-je été séduit par ce premier album d'un diptyque que j'espère prometteur, car c'est une bonne idée de raconter en BD la vie trépidante et effervescente des cabarets newyorkais de ce temps, avec leurs nuits pleines de festivités enfiévrées.
Le scénario est plutôt basique, il reprend des situations vues dans les "musicals" hollywoodiens comme Chantons sous la pluie, Tous en scène ou Broadway Melody... mais la façon dont c'est arrangé par Djief est tout à fait remarquable. C'est en fait une longue mise en place d'une histoire qui va véritablement prendre toute sa dimension dans le tome suivant, si l'on en croit le cliffhanger de fin. On voit aussi que le culte de l'argent anime ce pays, c'est la racine nourricière de l'Amérique.
La restitution d'époque est vraiment très réussie, le ton très Ziegfeld Follies est omniprésent et bien capté par l' auteur. Le dessin magnifie la vie nocturne de ce milieu artistique grâce au soin des décors, des visages, de la mode féminine et des voitures, rehaussés par des couleurs au ton chaud, c'est tout simplement merveilleux ; ce dessin fin et gracieux est encore plus joli que dans Le Crépuscule des Dieux où j'avais découvert Djief.
A la lecture du tome 2, l'enthousiasme n'est pas retombé comme je le craignais ; en effet, j'avais alors dit que si cette seconde partie était du même tonneau que le tome 1, ça ferait un diptyque fabuleux ; bref c'est pas tout à fait le mot adéquat mais c'est quand même excellent, le dessin est toujours aussi beau, et la progression de l'intrigue est conforme à ce qu'on pouvait attendre de ce genre d'histoire. Djief ne peut finalement pas s'empêcher de montrer le légendaire Cotton Club qui a pris une expansion extraordinaire, et qui était fréquenté par les stars (on y voit d'ailleurs Charlie Chaplin).
Je note cependant que ce tome 2 est un peu moins intense que le tome 1, moins riche et moins pétillant, d'autre part, certaines scènes ralentissent le rythme, d'où une fin légèrement expédiée qui prouve qu'un prolongement avec 1 album de plus aurait peut-être été souhaitable, ou alors il fallait élaguer des épisodes un peu inutiles. Au final, l'essentiel est de ne pas baisser ma note.
Je guettais le moment où cet album serait dispo en bibli, et voila c'est chose faite, et je ne le regrette pas.
C'est encore un récit qui se déroule sous l'Occupation en 1942 avec des histoires de rafles de juifs, de recensement, de gouvernement de Vichy, de maréchal Pétain et de zone libre... je commence à en avoir lu pas mal depuis que la bande dessinée m'a fait mieux découvrir cette néfaste période en France, et je pressentais une Bd plutôt banale et qui ne ferait que répéter des choses déjà vues ailleurs. Tout ceci n'est pas très agréable et souvent honteux au sujet du comportement de certains personnages ou autorités françaises, bref je m'attendais à une sorte de resucée historique.
Et finalement, je ressors ravi de cette lecture, c'est une histoire triste, douloureuse et édifiante comme il y a dû en avoir beaucoup en cette époque sombre de la guerre. Le sort que connait Suzanne, cette jeune femme juive courageuse, est celui que beaucoup de juifs et de Français fuyant le STO ont dû connaitre. Mais le récit est bien mené, il y a un peu d'émotion, c'est prenant et encourageant de voir la volonté, le courage et le rôle des habitants Corses (enfin certains, pas tous comme on le voit ici) dans la résistance contre le régime de Vichy ; c'est en plus instructif car j'ignorais la part de la Corse dans cette lutte.
Les 4 types de personnages qu'on voit ici sont bien décrits, soit dans l'extrême condamnable (le flic fonctionnaire zélé qui suit aveuglément les directives du maréchal), soit dans la demi-mesure et l'hésitation (le préfet qui aborde le problème de façon humaniste), soit dans le courage et le sacrifice (le curé et sa soeur qui tentent d'aider les réfugiés), soit dans le rôle de la victime (Suzanne et son fils).
Je crois aussi que ce récit est doublement passionnant grâce à la qualité du dessin, il est soigné et propre, Espé a fait de beaux progrès ou s'est particulièrement appliqué ici, il soigne les visages, offre de belles images de la Corse et de ses petits villages retirés autour de Bastia, les lieux connus comme Marseille ou Bastia sont bien reproduits... donc je crois que ce dessin joue également un rôle indéniable dans l'attrait de cet album, en tout cas pour moi, ça a été déterminant.
Je trouve cette fresque tout simplement magnifique dans son traitement graphique et narratif. Oui, nous avons là une œuvre de qualité d'une rare intelligence. C'est une réussite ambitieuse à bien des niveaux. Pourtant, les auteurs ne sont qu'à leurs débuts dans ce métier. Raison de plus ! Le talent n'attend pas forcément le nombre des années !
L'imaginaire rappelle sans doute un peu celui de la trilogie du Seigneur des Anneaux mais sans les elfes, nains et autres dragons propres au genre héroïc fantasy. Il y a également une cartographie qui se dessine devant nous. On cerne assez rapidement les différents enjeux géographiques et politiques à travers les frontières de ce royaume menacé et sans héritier connu.
On est certes en présence d'un véritable tome introductif mais cela nous laisse un peu sur notre faim. On aurait souhaité que cela soit encore plus long. C'est quand même bon signe en espérant que la suite sera de la même veine. Le personnage même du banni qui représente à la fois la grandeur et la décadence nous incite à découvrir sa légende entre la peur et la rédemption au milieu d'une guerre qui le dépasse.
Il est vrai que les ingrédients de ce récit au genre médiéval-fantastique sont plutôt classiques. C'est sans aucun doute la mise en scène réalisée avec maestria par des auteurs débutants qui relève le niveau. Si on ajoute un graphisme hors pairs, on a quelque chose qui se dégage du lot des productions habituelles et qui donne une véritable dimension épique à l'ensemble.
Le lecteur aura même la possibilité de prendre un peu de recul par rapport à l'histoire pour découvrir au second plan une multitude de petits détails dont l'arrière plan fourmille. La première lecture a laissé place à l'émotion et au dépaysement de cet univers foisonnant. La seconde nous permet d'apprécier la richesse de l'histoire, les cadrages, la maîtrise de la narration ainsi que le graphisme pour encore plus apprécier cette œuvre magnifique.
Qu'ajouter de plus pour entrer dans cette légende ? Qu'est ce qui pourrait donner encore plus envie de se plonger dans cette série qui s'avère magistrale ? Un somptueux dessin ? Certes mais cela ne suffit pas ! Une histoire merveilleuse et passionnante qui ne lasse jamais ? Peut-être bien ! C'est en tout cas cette étincelle qui m'a passionné pour la bande dessinée que j'ai retrouvé dans ce petit bijou.C'est une symphonie des sens totalement époustouflante qui ne demande qu'à être découverte par vos soins.
Après bien des péripéties, voilà que le tome 2 devrait sortir prochainement. On espère que le niveau sera aussi bon et qu'on pourra bénéficier d'un rythme de parution plus rapide. Il faut dire que ce tome a réellement accouché dans la douleur sans qu'on en devine les causes. Le titre fait incontestablement penser à la série Game of thrones où il est question d'un fameux mariage pourpre. On va en apprendre un peu plus sur ce qui a conduit à l'exil de notre banni. Il y a également dans ce tome une introduction de la magie qui n'était pas présente et qui surgit comme si de rien n'était.
Mon problème avec ce tome se situe plutôt dans l'incohérence de certaines situations que je n'aurais pas dû relever. Dans le premier tome, on voit un banni qui refuse de se laisser capturer et qui réussit à massacrer une troupe de 55 soldats. Dans ce tome, Hector se laisse arrêter par une poignée d'entre eux dont l'un qui veut devenir roi sans avoir la carrure. Pourtant, la muraille n'a rien perdu de sa force légendaire. On reste un peu dubitatif. On n'arrive pas à comprendre également pourquoi il y avait un leurre concernant l'héritier légitime du trône. Et puis cette reine automutilatrice surgie de nulle part qui prend le trône en massacrant les notables et les soldats qui la suivent dans sa folie sans se rebeller. Tout cela paraît trop facile pour être crédible. Bref, on se pose des questions à tout bout de champ.
Le niveau de ce tome est un cran en-dessous du précédent mais pas en ce qui concerne le dessin toujours aussi magnifique. Il y a des plans bien choisis et les couleurs sont simplement sublimes. L'action semble ralentie par les nombreux flash-back. La fluidité semble presque artificielle. Certes, il y aura de nombreux rebondissements mais également la perte de deux personnages centraux pourtant intéressants.
Bon, on est quand même dans une série de qualité dont on a envie de découvrir la suite pourvu qu'elle ne tarde pas trop. J'apprends cependant qu'elle ne se fera sans doute jamais car les auteurs ont décidé d'abandonner cette série prometteuse pour se consacrer à d'autres projets. Je change par conséquent le conseil d'achat étant fidèle à ma politique de ne pas conseiller aux futurs lecteurs l'acquisition payante de séries incomplètes. C'est tout simplement dommage d'en arriver là.
Note Dessin : 4.5/5 – Note Scénario : 4/5 – Note Globale : 4.25/5
Il est rarissime que la BD pour adultes se hausse à ce niveau de qualité.
Zep, échappant pour un moment à la gaudriole humoristique qui est sa marque de fabrique habituelle, écrit un vrai scénario, avec un personnage “androgyne” (il change de sexe à chacun de ses orgasmes) qui explore toutes les facettes de la sexualité en tant qu'Esmera ou Marcello.
Il a confié l'illustration de ce récit à Vince, qui réalise de belles planches en forme d'estampes en niveaux de gris. Réaliste, mais digne.
Les dessins restent certes assez crus, mais sans complaisance outrancière. Et, si l'on est bien dans la pornographie, l'ensemble garde une réelle tenue.
L'histoire n'est pas pour autant d'une originalité folle, mais elle suit un cheminement efficace. Elle retrace la vie d'Esmera/Marcello depuis les premiers émois dans l'inévitable institution religieuse pour jeunes filles de bonne famille, jusqu'à l'accomplissement sexuel du personnage resté étonnement jeune, en passant par la découverte de sa particularité dans l'Europe des années 1960/70, durant les années de libération sexuelle. Les aventures se succèdent, parfois tragiques, souvent cocasses, toujours torrides.
À réserver strictement aux adultes, Esmera propose donc un vrai scénario érotique, bien dessiné. Ce n'est pas forcément ce que je préfère dans le neuvième art, mais je reconnais qu'il s'agit d'un bel album, dont la lecture n'a rien d'ennuyeux.
Une bonne surprise donc, dans un genre qui oscille généralement entre le crade et le navrant.
Du travail propre, net et sans bavure.
Jean-Charles Kraehn raconte bien les histoires.
Il situe celle-ci dans le cadre original de l'Afrique orientale allemande durant le premier conflit mondial. On est entre L'Odyssée de l'African Queen et La Victoire en chantant, un contexte peu traité en bande dessinée, propice aux grandes aventures.
Les personnages sont bien campés : un pasteur rigoriste et ses ouailles à la limite de l'intégrisme, son fils rêvant de voler de ses propres ailes (au sens propre), un militaire aventurier et tête brûlée, une jeune épouse délaissée, des indigènes exploités comme figurants et chair à canon… Les différents caractères et les relations qui les lient sont crédibles. Kraehn les rend suffisamment charismatiques, sans prétention psychanalytique compliquée. D'aucuns les trouveront trop simplistes, mais c'est la règle du genre.
Le récit tient un rythme soutenu, avec des rebondissements qui arrivent à point ; on le lit d'une traite et en plus on n'est pas obligé d'attendre le prochain album pour en avoir la conclusion.
Des one-shots de cette qualité, j'en redemande.
Le dessin est d'une grande efficacité. Les personnages, les machines, les animaux, les paysages sont magnifiquement rendus, dans un beau style réaliste. La mise en couleur rehausse l'ensemble.
Un album sans réelle surprise, peut-être, mais qui mérite vraiment le détour et vaut ses quatre étoiles.
Tanguy-La-Vie-Dure est un personnage secondaire de la série Tramp qui apparaît, déjà âgé, durant la Guerre d'Indochine. Cette série est partie pour nous raconter ses exploits.
Pour l'instant, on n'a vu que sa prime jeunesse. Nul doute que Kraehn nous réserve d'autres récits. S'ils sont aussi bien réalisés, cette série pourrait bien devenir un classique.
En effet, un sujet méconnu et complexe, en cela plutôt bien traité par ses auteurs. Parfois un peu dense, mais c'est inévitable. Une autre facette de l'Inde émergente, celle-ci carrément obscure et révoltante.
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L'Histoire de l'Art en BD
Dans sa catégorie, je trouve que cet album est excellent ! Très instructif, il amène le lecteur –jeune ou moins jeune – à la réflexion, à l’analyse, à la déduction tout en proposant des exemples simples et concrets. Sans verbiage inutile, l’album parvient à préciser des notions, à identifier des termes tout en restant divertissant voire même ludique. Comment ? En privilégiant l’idée d’ensemble sans omettre l’anecdote qui amuse (vous saviez, vous, que parmi les premières sculptures découvertes, certaines étaient faites en ivoire de mammouth ?) le détail qui interpelle (Charlemagne ne s’est pas contenté d’inventer l’école mais il a aussi ‘inventé’ la bible !) ou le lien vers notre époque (descendre dans le métro parisien permet de découvrir l’art romain). Avec sagesse, il nuance la notion du beau. Avec philosophie, il explique les liens forts qui ont longtemps uni art et mysticisme. Alors oui, forcément, lorsqu’on aborde 75.000 ans d’histoire de l’art dans un volume de seulement 80 planches, on ne peut pas parler de tout, et cet album n’a d’autre vocation que d’aborder les grands sujets sans réellement approfondir l’un ou l’autre. Mais il foisonne de tant de petites données marquantes qu’il ouvre l’esprit et donne la folle envie d’approfondir tel ou tel sujet en fonction de nos goûts propres. Seul petit reproche, le côté franco-français de son contenu qui a tendance à privilégier la France, et Paris plus particulièrement, dans les exemples donnés. Rien de dramatique mais j’ai par exemple été déçu de voir que les auteurs avaient choisi de privilégier quelques sites de Provence pour parler de l’art romain au détriment d’une ville comme Trèves (même pas évoquée) qui est pourtant un site archéologique majeur pour qui veut découvrir l’art de vivre et l’art tout court de la fin du règne de Rome. Les incontournables, eux, ne sont pas oubliés, rassurez-vous, et Rome, Athènes ou Stonehenge par exemple sont bien présents dans cet album. Enfin, le petit dossier proposé en fin d’album permet de revenir sur différentes œuvres présentées dans la bande dessinée. Très pratique, cette manière de faire permet de mettre une image précise sur une œuvre dessinée d’une manière plus schématique dans l’album (ce qui par ailleurs, permet de faire ressortir tel ou tel détail avec plus de puissance). De ce fait, les notions abordées dans l’album trouvent un ancrage plus concret via ces illustrations. Un album dont je ne peux que conseiller la lecture, aux jeunes d’abord à qui il est destiné, mais aussi aux moins jeunes (à titre personnel, j’ai vraiment appris beaucoup de choses tout en me remettant en mémoire certaines notions à la lecture de ces quelques pages). Une franche réussite !
Santiago
Mes prédécesseurs ont bien résumé l’atmosphère qui se dégage de cette bd qui nous sert du western spaghetti à la sauce B-gnet : c’est de l’humour con mais pas forcément absurde. La couverture à elle seule résume parfaitement le contenu du livre. Tout de go, je dirais que je n’ai pas accroché aux premières planches et je me suis dit alors que c’était mal parti. On sentait bien la connerie sous-jacente mais il n’y avait pas vraiment matière à la supporter. C’était léger et trop bref. Puis le récit décolle et prend de la consistance avec la rencontre de Santiago et de Chico. L'histoire qui me paraissait décousue et un peu vaine prend enfin forme avec toujours la même connerie au rendez-vous. Mention spéciale pour le mexicain qui, à l’insu de son plein gré, est bien souvent à l’origine des déboires de la bande. Le dessin convient bien à l’histoire. Il faut un petit temps d’adaptation mais on s’y fait. Le final ponctue le récit de manière un peu inattendue mais cela reste bien dans l’esprit de la bd. Bref, c’est très con … et très bon.
Talc de verre
Auréolé de son succès rencontré à Angoulême 2016 avec le polar Tungstène, Marcello Quintanilha nous revient avec cette fois un récit très psychologique. « Talc de verre » - titre à l’hermétisme intrigant, démontrant un certain goût de l’auteur pour les minéraux – évoque les états d’âme d’une femme brésilienne, dentiste de profession, jouissant d’une vie aisée et sans anicroche, jusqu’au jour où ce train-train trop parfait va être perturbé par un simple sourire, celui de sa jolie cousine blonde Dani. Un sourire qui va finir par l’obséder et remettre en question sa propre légitimité au bonheur, elle qui a toujours bénéficié de la protection de ses parents fortunés. Sa cousine, quant à elle, a vécu dans les quartiers sordides de Rio. Lorsqu’elle se rend au cabinet de Rosangela pour des soins dentaires, cette dernière va se trouver assaillie par mille questionnements qui vont l’obliger, elle, l’enfant hyper protégée, à se confronter à elle-même et à ses pensées les plus obscures… Comment, quand on vient d’un quartier pauvre et qu’on n’a pas eu la plus rose des enfances, peut-on arborer un sourire aussi radieux ? Un sourire qui semble faire fi des obstacles, à la limite de la provocation selon Rosangelina, qui au fond n’est peut-être pas aussi heureuse qu’elle le pensait… Dès l’introduction, l’auteur réussit à imposer un suspense psychologique avec cette voix off qui prend à partie le lecteur et joue la connivence pour mieux scruter le cheminement mental de cette femme, à coup de flashbacks, d’images subliminales et de visions destructrices. Parfaitement maîtrisé, le récit n’a rien de conventionnel dans le sens où il ne se passe pas grand-chose, car à vrai dire, tout semble se dérouler dans la tête de Rosangela, en proie à une confusion mentale croissante née d’un simple sourire. Un sourire qui, tout comme le fameux battement d’ailes du papillon, aura des répercussions aussi imprévues que dévastatrices, entraînant la jeune femme dans une spirale autodestructrice. Le trait photographique acéré de Quintanilha fait ressortir parfaitement les émotions et les tourments de la principale protagoniste, traduisant son chaos intérieur par une mise en page sobre et étudiée. Cette histoire en apparence insignifiante est extrêmement révélatrice du contexte social brésilien (sur lequel les Jeux olympiques de Rio ont permis - à leur corps défendant - de braquer les projecteurs), où la disparité des richesses n’a jamais été aussi criante. Dans « Talc de verre », c’est au sein d’une même famille que ces écarts se dévoilent. Mais l’auteur ne dénonce rien, se contentant d’exposer avec subtilité les rouages d’un récit qui, une fois terminé, laisse infuser sa petite musique à la fois doucereuse et subversive. L’empathie que pourrait éprouver le lecteur pour Rosangela est au bout du compte restreinte par son son comportement d’enfant gâtée et ce sentiment d’appartenir « à une classe supérieure ». Le plafond de verre qui la protège en fait également une victime, bien moins armée que sa cousine dont le lot de galères semble avoir renforcé la soif de vivre et qui, telle une Némésis désinvolte, vient réclamer son dû, sans donner à première vue l’impression d'être motivée par un désir de vengeance. Cette bande dessinée en forme de parabole vient à point nommé pour répandre un peu de poil à gratter sur la jolie carte postale brésilienne, à l’heure où les J.O. viennent de prendre fin.
Suzuka
3.5 Une série qui s'annonce comme une histoire du type Love Hina (le type vit entouré de filles et en plus sa tante possède un bain public donc il y a plein de filles à poil), sauf qu'après quelques chapitres le ton devient plus sérieux et au fil des tomes il y a de moins en moins de fanservice. L'histoire est un mélange de romance, de drame, de comédie et de sport. L'intrigue est plutôt prenante et j'avais vraiment envie de savoir comment il allait finir avec la fille qu'il aime. Suzuku est attachante, belle et mystérieuse. Ce n'est pas très facile de la comprendre et il y a beaucoup de rebondissements. Il y a certes des passages un peu mous, mais globalement j'ai bien aimé et j'ai envie de lire d'autres oeuvres de ce mangaka.
Broadway
J'ai toujours aimé le contexte des années folles en Amérique, avec ses voitures, l'élégance de la mode, les enseignes lumineuses, le côté pétillant des rues newyorkaises, la Prohibition et ses gangsters en costar rayé maniant la fameuse mitraillette Thompson à camembert... J'ai vu de nombreux films relatant cette époque de folie, et pas seulement des films de gangsters. Cette Bd m'a rappelé Chantons sous la pluie, où une petite débutante essaie de percer dans le milieu du cinéma qui commence à parler, tout en se heurtant à une vedette jalouse de son talent naissant, et dont le rendu de la voix dans les micros est désastreux... Un film comme Cotton Club de Coppola, est également une belle illustration de cette époque (sauf que l'action est à Harlem ; ici, on est à Broadway). Aussi, ai-je été séduit par ce premier album d'un diptyque que j'espère prometteur, car c'est une bonne idée de raconter en BD la vie trépidante et effervescente des cabarets newyorkais de ce temps, avec leurs nuits pleines de festivités enfiévrées. Le scénario est plutôt basique, il reprend des situations vues dans les "musicals" hollywoodiens comme Chantons sous la pluie, Tous en scène ou Broadway Melody... mais la façon dont c'est arrangé par Djief est tout à fait remarquable. C'est en fait une longue mise en place d'une histoire qui va véritablement prendre toute sa dimension dans le tome suivant, si l'on en croit le cliffhanger de fin. On voit aussi que le culte de l'argent anime ce pays, c'est la racine nourricière de l'Amérique. La restitution d'époque est vraiment très réussie, le ton très Ziegfeld Follies est omniprésent et bien capté par l' auteur. Le dessin magnifie la vie nocturne de ce milieu artistique grâce au soin des décors, des visages, de la mode féminine et des voitures, rehaussés par des couleurs au ton chaud, c'est tout simplement merveilleux ; ce dessin fin et gracieux est encore plus joli que dans Le Crépuscule des Dieux où j'avais découvert Djief. A la lecture du tome 2, l'enthousiasme n'est pas retombé comme je le craignais ; en effet, j'avais alors dit que si cette seconde partie était du même tonneau que le tome 1, ça ferait un diptyque fabuleux ; bref c'est pas tout à fait le mot adéquat mais c'est quand même excellent, le dessin est toujours aussi beau, et la progression de l'intrigue est conforme à ce qu'on pouvait attendre de ce genre d'histoire. Djief ne peut finalement pas s'empêcher de montrer le légendaire Cotton Club qui a pris une expansion extraordinaire, et qui était fréquenté par les stars (on y voit d'ailleurs Charlie Chaplin). Je note cependant que ce tome 2 est un peu moins intense que le tome 1, moins riche et moins pétillant, d'autre part, certaines scènes ralentissent le rythme, d'où une fin légèrement expédiée qui prouve qu'un prolongement avec 1 album de plus aurait peut-être été souhaitable, ou alors il fallait élaguer des épisodes un peu inutiles. Au final, l'essentiel est de ne pas baisser ma note.
L'Île des Justes
Je guettais le moment où cet album serait dispo en bibli, et voila c'est chose faite, et je ne le regrette pas. C'est encore un récit qui se déroule sous l'Occupation en 1942 avec des histoires de rafles de juifs, de recensement, de gouvernement de Vichy, de maréchal Pétain et de zone libre... je commence à en avoir lu pas mal depuis que la bande dessinée m'a fait mieux découvrir cette néfaste période en France, et je pressentais une Bd plutôt banale et qui ne ferait que répéter des choses déjà vues ailleurs. Tout ceci n'est pas très agréable et souvent honteux au sujet du comportement de certains personnages ou autorités françaises, bref je m'attendais à une sorte de resucée historique. Et finalement, je ressors ravi de cette lecture, c'est une histoire triste, douloureuse et édifiante comme il y a dû en avoir beaucoup en cette époque sombre de la guerre. Le sort que connait Suzanne, cette jeune femme juive courageuse, est celui que beaucoup de juifs et de Français fuyant le STO ont dû connaitre. Mais le récit est bien mené, il y a un peu d'émotion, c'est prenant et encourageant de voir la volonté, le courage et le rôle des habitants Corses (enfin certains, pas tous comme on le voit ici) dans la résistance contre le régime de Vichy ; c'est en plus instructif car j'ignorais la part de la Corse dans cette lutte. Les 4 types de personnages qu'on voit ici sont bien décrits, soit dans l'extrême condamnable (le flic fonctionnaire zélé qui suit aveuglément les directives du maréchal), soit dans la demi-mesure et l'hésitation (le préfet qui aborde le problème de façon humaniste), soit dans le courage et le sacrifice (le curé et sa soeur qui tentent d'aider les réfugiés), soit dans le rôle de la victime (Suzanne et son fils). Je crois aussi que ce récit est doublement passionnant grâce à la qualité du dessin, il est soigné et propre, Espé a fait de beaux progrès ou s'est particulièrement appliqué ici, il soigne les visages, offre de belles images de la Corse et de ses petits villages retirés autour de Bastia, les lieux connus comme Marseille ou Bastia sont bien reproduits... donc je crois que ce dessin joue également un rôle indéniable dans l'attrait de cet album, en tout cas pour moi, ça a été déterminant.
Le Banni
Je trouve cette fresque tout simplement magnifique dans son traitement graphique et narratif. Oui, nous avons là une œuvre de qualité d'une rare intelligence. C'est une réussite ambitieuse à bien des niveaux. Pourtant, les auteurs ne sont qu'à leurs débuts dans ce métier. Raison de plus ! Le talent n'attend pas forcément le nombre des années ! L'imaginaire rappelle sans doute un peu celui de la trilogie du Seigneur des Anneaux mais sans les elfes, nains et autres dragons propres au genre héroïc fantasy. Il y a également une cartographie qui se dessine devant nous. On cerne assez rapidement les différents enjeux géographiques et politiques à travers les frontières de ce royaume menacé et sans héritier connu. On est certes en présence d'un véritable tome introductif mais cela nous laisse un peu sur notre faim. On aurait souhaité que cela soit encore plus long. C'est quand même bon signe en espérant que la suite sera de la même veine. Le personnage même du banni qui représente à la fois la grandeur et la décadence nous incite à découvrir sa légende entre la peur et la rédemption au milieu d'une guerre qui le dépasse. Il est vrai que les ingrédients de ce récit au genre médiéval-fantastique sont plutôt classiques. C'est sans aucun doute la mise en scène réalisée avec maestria par des auteurs débutants qui relève le niveau. Si on ajoute un graphisme hors pairs, on a quelque chose qui se dégage du lot des productions habituelles et qui donne une véritable dimension épique à l'ensemble. Le lecteur aura même la possibilité de prendre un peu de recul par rapport à l'histoire pour découvrir au second plan une multitude de petits détails dont l'arrière plan fourmille. La première lecture a laissé place à l'émotion et au dépaysement de cet univers foisonnant. La seconde nous permet d'apprécier la richesse de l'histoire, les cadrages, la maîtrise de la narration ainsi que le graphisme pour encore plus apprécier cette œuvre magnifique. Qu'ajouter de plus pour entrer dans cette légende ? Qu'est ce qui pourrait donner encore plus envie de se plonger dans cette série qui s'avère magistrale ? Un somptueux dessin ? Certes mais cela ne suffit pas ! Une histoire merveilleuse et passionnante qui ne lasse jamais ? Peut-être bien ! C'est en tout cas cette étincelle qui m'a passionné pour la bande dessinée que j'ai retrouvé dans ce petit bijou.C'est une symphonie des sens totalement époustouflante qui ne demande qu'à être découverte par vos soins. Après bien des péripéties, voilà que le tome 2 devrait sortir prochainement. On espère que le niveau sera aussi bon et qu'on pourra bénéficier d'un rythme de parution plus rapide. Il faut dire que ce tome a réellement accouché dans la douleur sans qu'on en devine les causes. Le titre fait incontestablement penser à la série Game of thrones où il est question d'un fameux mariage pourpre. On va en apprendre un peu plus sur ce qui a conduit à l'exil de notre banni. Il y a également dans ce tome une introduction de la magie qui n'était pas présente et qui surgit comme si de rien n'était. Mon problème avec ce tome se situe plutôt dans l'incohérence de certaines situations que je n'aurais pas dû relever. Dans le premier tome, on voit un banni qui refuse de se laisser capturer et qui réussit à massacrer une troupe de 55 soldats. Dans ce tome, Hector se laisse arrêter par une poignée d'entre eux dont l'un qui veut devenir roi sans avoir la carrure. Pourtant, la muraille n'a rien perdu de sa force légendaire. On reste un peu dubitatif. On n'arrive pas à comprendre également pourquoi il y avait un leurre concernant l'héritier légitime du trône. Et puis cette reine automutilatrice surgie de nulle part qui prend le trône en massacrant les notables et les soldats qui la suivent dans sa folie sans se rebeller. Tout cela paraît trop facile pour être crédible. Bref, on se pose des questions à tout bout de champ. Le niveau de ce tome est un cran en-dessous du précédent mais pas en ce qui concerne le dessin toujours aussi magnifique. Il y a des plans bien choisis et les couleurs sont simplement sublimes. L'action semble ralentie par les nombreux flash-back. La fluidité semble presque artificielle. Certes, il y aura de nombreux rebondissements mais également la perte de deux personnages centraux pourtant intéressants. Bon, on est quand même dans une série de qualité dont on a envie de découvrir la suite pourvu qu'elle ne tarde pas trop. J'apprends cependant qu'elle ne se fera sans doute jamais car les auteurs ont décidé d'abandonner cette série prometteuse pour se consacrer à d'autres projets. Je change par conséquent le conseil d'achat étant fidèle à ma politique de ne pas conseiller aux futurs lecteurs l'acquisition payante de séries incomplètes. C'est tout simplement dommage d'en arriver là. Note Dessin : 4.5/5 – Note Scénario : 4/5 – Note Globale : 4.25/5
Esmera
Il est rarissime que la BD pour adultes se hausse à ce niveau de qualité. Zep, échappant pour un moment à la gaudriole humoristique qui est sa marque de fabrique habituelle, écrit un vrai scénario, avec un personnage “androgyne” (il change de sexe à chacun de ses orgasmes) qui explore toutes les facettes de la sexualité en tant qu'Esmera ou Marcello. Il a confié l'illustration de ce récit à Vince, qui réalise de belles planches en forme d'estampes en niveaux de gris. Réaliste, mais digne. Les dessins restent certes assez crus, mais sans complaisance outrancière. Et, si l'on est bien dans la pornographie, l'ensemble garde une réelle tenue. L'histoire n'est pas pour autant d'une originalité folle, mais elle suit un cheminement efficace. Elle retrace la vie d'Esmera/Marcello depuis les premiers émois dans l'inévitable institution religieuse pour jeunes filles de bonne famille, jusqu'à l'accomplissement sexuel du personnage resté étonnement jeune, en passant par la découverte de sa particularité dans l'Europe des années 1960/70, durant les années de libération sexuelle. Les aventures se succèdent, parfois tragiques, souvent cocasses, toujours torrides. À réserver strictement aux adultes, Esmera propose donc un vrai scénario érotique, bien dessiné. Ce n'est pas forcément ce que je préfère dans le neuvième art, mais je reconnais qu'il s'agit d'un bel album, dont la lecture n'a rien d'ennuyeux. Une bonne surprise donc, dans un genre qui oscille généralement entre le crade et le navrant.
L'Aviateur
Du travail propre, net et sans bavure. Jean-Charles Kraehn raconte bien les histoires. Il situe celle-ci dans le cadre original de l'Afrique orientale allemande durant le premier conflit mondial. On est entre L'Odyssée de l'African Queen et La Victoire en chantant, un contexte peu traité en bande dessinée, propice aux grandes aventures. Les personnages sont bien campés : un pasteur rigoriste et ses ouailles à la limite de l'intégrisme, son fils rêvant de voler de ses propres ailes (au sens propre), un militaire aventurier et tête brûlée, une jeune épouse délaissée, des indigènes exploités comme figurants et chair à canon… Les différents caractères et les relations qui les lient sont crédibles. Kraehn les rend suffisamment charismatiques, sans prétention psychanalytique compliquée. D'aucuns les trouveront trop simplistes, mais c'est la règle du genre. Le récit tient un rythme soutenu, avec des rebondissements qui arrivent à point ; on le lit d'une traite et en plus on n'est pas obligé d'attendre le prochain album pour en avoir la conclusion. Des one-shots de cette qualité, j'en redemande. Le dessin est d'une grande efficacité. Les personnages, les machines, les animaux, les paysages sont magnifiquement rendus, dans un beau style réaliste. La mise en couleur rehausse l'ensemble. Un album sans réelle surprise, peut-être, mais qui mérite vraiment le détour et vaut ses quatre étoiles. Tanguy-La-Vie-Dure est un personnage secondaire de la série Tramp qui apparaît, déjà âgé, durant la Guerre d'Indochine. Cette série est partie pour nous raconter ses exploits. Pour l'instant, on n'a vu que sa prime jeunesse. Nul doute que Kraehn nous réserve d'autres récits. S'ils sont aussi bien réalisés, cette série pourrait bien devenir un classique.
Adivasis Meurtris
En effet, un sujet méconnu et complexe, en cela plutôt bien traité par ses auteurs. Parfois un peu dense, mais c'est inévitable. Une autre facette de l'Inde émergente, celle-ci carrément obscure et révoltante.