Les derniers avis (31962 avis)

Couverture de la série Le Peuple des endormis
Le Peuple des endormis

Au début de ma lecture, j’étais un peu circonspect, ne sachant pas trop où allait me mener cette histoire, racontée sans trop de passion par Jean, adolescent balloté au cœur des rêves du Grand siècle. Le côté jeune homme étouffé par sa mère et son précepteur commençait un peu à me lasser, malgré les éclaircies – bien sombres pourtant – apportées par son père, orfèvre en taxidermie. Et puis, je me suis laissé embarquer – comme Jean d’ailleurs ! – dans cette aventure presque épique, picaresque et parfois tragi-comique. On se retrouve parfois dans un univers proche de certaines parties de l’excellente série Les Passagers du vent, avec un dessin (et un dessein ?) certes moins réalistes, mais surtout avec un humour bien plus incisif. Il faut dire que ce qui fait le sel de ce diptyque, qui nous mène par le bout du nez jusqu’au dénouement cruel et ironique (où l’on peut reconnaître la patte de Tronchet), c’est le personnage haut en couleur du marquis de Dunan, souvent irrésistible en hâbleur fanfaronnant, cherchant à tout maîtriser alors qu’il ne fait qu’être balloté par son destin tragique. En ce sens les traductions de Moïse – et les rires qu’elles entraînent immanquablement (alors que Dunan n’arrive pas à savoir ce que Moïse dit réellement) ont quelque chose de pathétique, et d’humiliant. Le dessin de Tronchet (caricaturant le sourire de Dunan ou peaufinant la noirceur de l’intrigue) est vraiment très chouette. Dunan, qui se voit et se clame comme un grand séducteur, perd tout crédit – et quasiment la vie, à cause d’une de ses dernières « aventures » adultérines (et perd d'ailleurs aussi de sa superbe en en discutant avec Moïse). De même, ses rêves de reconnaissance auprès du Roi soleil finissent dans le même ridicule. C’est ce matamore et ses échecs, plus que les voyages (intérieurs et/ou au grand large) de Jean, qui sont le vrai cœur de ces deux albums, dont je vous recommande très chaudement la lecture.

01/09/2016 (modifier)
Couverture de la série Route 78
Route 78

Il est rare de voir ce type de reportage épouser ce ton amer qui est celui de la perte des illusions. Il est vrai que cette époque hippie est aujourd’hui source de fantasmes de liberté et d’ouverture au monde. La bd témoignage d’Eric Cartier nous en donne une autre vision. Entre l’abus de drogues et les rencontres désastreuses, la route d’Eric et de sa compagne est marquée par le désenchantement. J’ai beaucoup aimé cette sincérité, qui n’occulte pas la pureté des intentions originelles. Mais la naïveté du départ s’efface progressivement devant les réalités matérielles. Coté dessin, rien à redire non plus. Le trait est agréable et expressif. Son côté caricatural apporte une forme de légèreté au récit sans le faire tomber dans la farce grotesque. Un livre que, dans l’ensemble, j’ai donc beaucoup apprécié même s’il a un côté nombriliste qui pourra irriter le lecteur en quête de sensations fortes et d’aventures hors du commun.

01/09/2016 (modifier)
Par Ro
Note: 4/5
Couverture de la série Le Sentier des Reines
Le Sentier des Reines

Le Sentier des Reines offre un récit franchement original. Il s'entame dans un petit village enneigé de Savoie, peu de temps après la première guerre mondiale, lorsque, en plein hiver, deux veuves et un jeune homme prennent la route malgré les conditions météo. La raison à cela : leurs hommes viennent de mourir et elles ne peuvent plus rester dans ce village qui ne leur convient plus et où un cousin vénal veut remarier l'une d'entre elles. C'est ainsi qu'elles vont partir sur les chemins dans l'espoir de vivre de colportage comme espéraient le faire leurs maris. Mais c'était sans compter sur leur rencontre avec un ancien combattant de la guerre qui leur colle soudain aux basques pour retrouver une montre en or que lui et le mari d'une des deux femmes auraient parait-il volé à leur officier pour la revendre et partager les bénéfices. A cause de cette histoire, leur périple à tous va s'avérer nettement plus grand qu'initialement imaginé. La plongée dans la France d'après-guerre est très réussie et très documentée. L'auteur fait revivre avec brio les Alpes puis d'autres régions de France à cette époque. Mine de rien, ce sont des lieux et une époque peu connus et intéressants. Il donne aussi une vraie personnalité originale à ses protagonistes et surtout aux deux femmes. La plus âgée d'entre elles se révélera notamment particulièrement forte d'esprit et moderniste. L'auteur aborde avec justesse et intelligence le sujet du statut de la femme à l'époque. Le dessin est réaliste et soigné. Il m'a fait plusieurs fois penser à celui de Servais même si je le trouve moins raide. Les couleurs sont cependant un peu ternes et tristes, mais cela correspond à l'ambiance du récit et à la saison hivernale. Je n'ai trouvé que deux défauts à cet album. Le premier est que le récit tire un peu en longueur et qu'on se lasse parfois légèrement de suivre ces deux femmes dans ce qui ressemble à une fuite en avant sans but précis. Le second est ce gars qui les poursuit sans relâche que j'ai trouvé assez agaçant et antipathique, même si visiblement il sait se rendre plus touchant auprès des femmes. Le voir revenir sans arrêt sur leur route m'a un peu exaspéré. Mais c'est tout le récit et son réalisme qui est basé sur ces deux aspects et il est donc difficile de s'en plaindre. Dans l'ensemble, c'est une belle plongée dans la France rurale et historique de 1919 en compagnie de personnages intéressants et pleins de personnalité. J'ai beaucoup apprécié le soin de sa documentation, l'originalité de son intrigue ainsi que la façon dont l'album se conclut.

01/09/2016 (modifier)
Par ArzaK
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Le Crépuscule des Idiots
Le Crépuscule des Idiots

Jusque là, chez les macaques, le chef, c'était le plus fort, un point c'est tout. Mais voilà qu'un jour débarque du ciel un singe bizarrement accoutré et tenant des propos étranges. Il serait porteur de la parole de « Diou ». Et c'est là que les ennuis commencent. Fable satirique, « Le crépuscule des idiots » est une charge violente à l'encontre de la religion et son rapport avec la politique, le pouvoir et l'oppression. En grande forme graphique, Krassinsky sublime le propos de ses aquarelles naturalistes qui, belle ironie, nous invitent à la contemplation.

01/09/2016 (modifier)
Couverture de la série Le Crépuscule des Idiots
Le Crépuscule des Idiots

Allégorie sur la religion, ce récit est rondement mené, agréablement illustré, pertinent et profondément laïc (si on ne tient pas compte de l’épilogue un peu inutile à mon goût). J’ai beaucoup apprécié la progression du scénario. J’avais en effet peur que sur une très bonne idée de départ (un singe envoyé dans l’espace échoue sur terre et se fait passer pour un nouveau messie) le récit ne finisse par rapidement tourner en rond. Et bien rien de tout cela : la mécanique est constamment relancée puisqu’au prophète se succèdent des apôtres plus ou moins violents, des prêcheurs plus ou moins convaincant, des iconoclastes et des sceptiques. Finalement, cet album aborde pas mal d’aspects de la manipulation des masses par un dogme religieux tout en amusant son lecteur. L’exercice est donc pleinement réussi. Enfin, le dessin alterne de très belles aquarelles de paysages et des passages plus dynamiques, expressifs et immédiats où les singes humanisés ont la part belle. Je recommande !

01/09/2016 (modifier)
Par McClure
Note: 4/5
Couverture de la série Groenland Manhattan
Groenland Manhattan

Très belle surprise que cette lecture. Alors je viens de découvrir en lisant les autres avis que 2 bouquins sur le même thème avaient été produits la même année, je n'ai pas lu Minik donc pas d'a priori. Je ne connaissais pas cette histoire, elle ne dépare pas dans la vision colonialisto-mpérialisto-paternaliste de l'occident de la fin XIX début XXe entre la Vénus Hottentote, les natifs de tout bord exposés qui au zoo, qui en Expo universelle, souvent dans un but mercantile et histoire d'être le premier à poser ses arpions sur un bout de terre que des autochtones arpentent déjà. Le glissement de Minik vers des valeurs plus occidentales au fil de l'eau, puis son rejet de cette nouvelle identité et celui de ses propres congénaires reflète bien la délicate situation des expatriés involontaires. La mise en dessin est bien faite, ce n'est pas extraordinaire mais la lecture est vive, le rythme de la narration et le language "jeune" employé par les Inuits permet d'aller rapidement à l'essentiel et de ne pas nous éloigner inutilement et du propos et du héros. Une lecture intelligente, intéressante, utile.

31/08/2016 (modifier)
Par McClure
Note: 4/5
Couverture de la série Saga
Saga

Voici donc un comic que j'ai grandement apprécié. Certes on n'a pas une originalité folle (Un Roméo et Juliette version intersidéral) mais j'ai malgré tout pris un grand plaisir à lire ces premiers volumes parce que : 1/ les personnages sont intéressants, fouillés, on arrive à s'attacher au fil de l'eau à tous ou presque, parcequ'ils ont tous des bonnes raisons de dévier. Et si le couple est beau et "humaniste", c'est finalement vers les personnages secondaires qu'il faut aller chercher les grands gagnants de cette histoire. Je pense à Izabelle, à la belle mère, à l'écrivain entre autres. 2/ l'humour, omniprésent, une narration et des dialogues parfois crus mais qui passent bien malgré tout. 3/ un dessin dynamique et de très bonne facture. La mise en couleur est certes parfois plus sujette à caution mais cela participe d'une lecture "facilitée" avec quelques codes couleur. 4/ une histoire qui va de rebondissements en rebondissements, des surprises en veux tu en voila. Le bémol que je mettrais pour le moment c'est peut être que vu l'ampleur du monde et du potentiel narratif développé rien qu'avec les personnages actuels, on risque de partir pour une série au long cours, avec les risques inhérents, qu'ils soient financiers ou autres, dans l'accumulation d'épisode qui ne font pas avancer la trame et aussi le risque de n'avoir jamais de fin "voulue". Bref pour le moment 4* à suivre.

31/08/2016 (modifier)
Par Erik
Note: 4/5
Couverture de la série Mako - L'Ange de la Mort
Mako - L'Ange de la Mort

C'est un titre qui mêle avec habilité violence et humour noir. C'est plutôt macabre et sombre mais c'est réellement bien réalisé. Le dessin est accrocheur tout comme le récit où l'on entre tout de suite dans la psychologie des deux personnages principaux. Cela part d'une tentative de suicide qui sera ratée et qui amènera à une quête de vengeance. Oui, plutôt que d'en finir avec ses jours, il vaut mieux faire payer les autres. L'ange de la mort est un tueur en série démoniaque de la pire espèce. Oui, les chantres de la moralité risquent véritablement de faire un arrêt cardiaque à la lecture de cette série. Mais bon, c'est de la fiction et cela fait du bien de se divertir dans cette espèce de défouloir. Une lecture qui peut faire du bien par les temps qui courent... ou pas.

30/08/2016 (modifier)
Couverture de la série Andersen, les ombres d'un conteur
Andersen, les ombres d'un conteur

J’ai beaucoup aimé cette lecture. Tout d’abord, il y a cette excellente idée de raconter cette biographie à la manière d’un conte. Le sujet s’y prête on ne peut mieux et la narration est excellente, nous plongeant dans une ambiance faussement désinvolte et naïve. Et puis, il y a le trait de Nathalie Ferlut. Séduisant, amusant, frais, dynamique, libre et spontané, ce trait est habillement mis en valeur par une colorisation soignée et audacieuse. Rien que les apparitions de la petite fée ronde et lumineuse valent l’achat du livre ! Enfin, et mine de rien, ce récit est une véritable biographie, qui ne cache rien de la vie du célèbre écrivain tout en traçant un portrait réaliste de l’époque. Clairement, c’est une réussite à tous points de vue. Une des meilleures biographies qui m’ait été donné de lire, vive, amusante, intelligente.

30/08/2016 (modifier)
Couverture de la série Les Trois Fantômes de Tesla
Les Trois Fantômes de Tesla

Les Trois Fantômes de Tesla est une nouvelle uchronie, prévue en trois tomes, qui prend place durant la Seconde Guerre mondiale. En cet été 1942, New York vit dans l'angoisse. En Europe, les nazis préparent de nouvelles armes qui pourraient leur donner un avantage décisif. De leur côté les Japonais se doteraient d'une armée de robots capable de renverser le cours de la guerre dans le Pacifique… Et voici que d'étranges événements défraient la chronique du côté de l'East River ! En plus, les deux plus grands savants américains, ceux qui pourraient aider les Alliés, ont disparu. Ils étaient opposés par une rivalité farouche du temps de leur splendeur, mais aujourd'hui Thomas Edison est mort et nul ne sait ce qu'est devenu Nikolas Tesla. C'est à ce moment que le jeune Travis emménage avec sa mère veuve de guerre dans un modeste meublé. L'étrange vieillard qui vit sur le même pallier suscite sa curiosité… Du mystère, de l'angoisse, des complots, de l'action, des machines fantastiques, des personnages charismatiques… Tous les ingrédients sont réunis pour une bonne histoire d'aventure. Marazano trouve le bon rythme pour ce récit. L'histoire est contée à hauteur d'œil du gamin qui tient le rôle principal, mais ce n'est pas un récit enfantin. Deux autres personnages apportent un regard plus adulte sur l'affaire Tesla : un flic séducteur et cynique qui sert les intérêts américains contre vents et marées, et surtout un journaliste marxiste qui dénonce la collusion entre les capitalistes américains et les fascistes européens à travers des articles pleins de verve. Le scénario est solide et fait avancer l'intrigue à bons pas. Nombre de mystères restent en suspens au terme de ce premier tome qui met le lecteur sur le grill. Marazano fait dans le classique, mais c'est excellent ! Pour l'heure, il mérite 4 étoiles sans problème. J'attends d'avoir l'ensemble de la série en mains pour savoir si je monte cette note. L'autre attrait de cet album tient dans sa mise en images, qui attire l'œil sur le présentoir du libraire. Le Lombard a produit un bel album, avec une couverture mate et sombre, à la texture un peu granuleuse, qui rappelle un cuir fin. Guilhem, dont le style a bien changé depuis Space Mounties, développe un trait élégant et précis. Entre la précision chirurgicale d'un Steve Cuzor (O'Boys) et d'un Antonio Parras (Le Méridien des brumes), il fait le choix d'une approche des cadrages parfois surannée, à la Alex Raymond (Rip Kirby), afin de coller au style de l'époque qu'il dépeint (voir la couverture, très réussie à mon avis), ses personnages se meuvent avec la souplesse de ceux de René Follet (Alain Brisant - S.O.S. Bagarreur)… Bref, sur le plan graphique, je donne 5 étoiles ! Cette nouvelle série représente tout ce que j'aime dans la bande dessinée ; elle est mon coup de cœur de la rentrée.

30/08/2016 (modifier)