Lord Oliver est riche, jeune et beau, très beau même. L'argent n'étant pas un problème, il mène une vie mondaine. Aucune femme ne lui résistant, le vice et la luxure rythment son existence. Jusqu'à l'extrême. Lord Oliver sort beaucoup, un vrai oiseau de nuit. Et il rentre souvent au petit matin, dans un état lamentable car il boit beaucoup, et dans grande retenue.
Et lorsqu'il se réveille enfin après avoir cuvé son vin, ou plutôt son Gin, c'est pour tenir des propos emprunt de cynisme, de provocation et de mépris à ceux qui lui rendent visite.
Car ce Lord la, hait les conventions et la bonne morale Victorienne. Mieux il l'exerce et le fait savoir. Choquer et provoquer semblent être son unique raison d'être. Tout comme repousser toujours plus loin les frontières de l'indécence , et du cynisme.
Mais qui est-il vraiment? Que cache ce comportement " borderline"?
Un jour, il sera récupéré titubant par une de ses servantes, sentant allègrement l'alcool et le vomi. Son nom? Lisbeth. Prenant soin de lui, elle le dévêtira et le mettra dans son lit.
En répétant cet exercice, elle gagnera son respect et il en fera sa confidente. Malgré son physique ingrat, il en viendra même à éprouver des sentiments pour elle.
Mais comment donc, une gravure de mode comme lui, qui peut s'offrir les plus belles filles de Londres peut-il se laisser aller à éprouver des sentiments pour un laideron de basse extraction?
C'est tout l'intérêt de cette très belle histoire. Une superbe plongée dans l'Angleterre Victorienne, à une époque ou Londres était la capitale du Monde.
Hubert dont le scénario est d'une très grande qualité nous livre une superbe étude de mœurs , ou les conventions sociales sont grandement remises en cause par cette relation étrange entre un Maître et sa servante. Le dessin de Virginie Augustin, tout en vivacité et en légèreté sert admirablement cette histoire qui semble être passée totalement inaperçue dans la nuée de BD sorties ces derniers mois. Comme souvent d'ailleurs, car les productions nouvelles de qualité semblent ne pas faire le poids face aux séries déjà connues du grand public et c'est bien dommage. En tous cas je ne saurai que vous conseiller la lecture d'une histoire originale, en tout point reussie.
Je partage et corrobore l'avis de Mac Arthur, mais je pense que cet album est mieux que « pas mal ».
Tardi semble avoir bâti cet album autour de toutes les petites anecdotes navrantes qu'il a collecté sur la Grande Boucherie depuis le temps qu'il travaille son sujet. Le récit suit un brancardier français, mais s'écarte de ses mésaventures au gré de nombreuses digressions, toutes passionnantes et souvent inédites en bande dessinée.
Il rappelle, par exemple, le regard raciste porté par les Allemands sur les soldats noirs que les Français leur opposent massivement, parce qu'il vaut mieux sacrifier de semi-sauvages que de bons Gaulois… Ces combattants de l'empire, aussi redoutés que méprisés outre-Rhin, sont qualifiés de « honte noire » de la France. Lors du conflit suivant, les nazis n'en voudront même pas sur leur sol en tant que prisonniers de guerre, laissant aux Français le soin de les parquer sur leur propre sol.
Il met également en lumière le drame de ces unités britanniques constituées de soldats de petite taille, jugés inaptes au combat au début du conflit, puis recrutés quand les combattants viennent à manquer. Ces petits bonhommes dont l'état major décide qu'ils sont à même de compenser leur faiblesse physique par leur agilité et leur combativité supposées, sont dans les faits incapables de suivre physiquement les contraintes de la vie des tranchées. Épuisés, inefficaces et qualifiés de lâches, ils finissent parfois devant un peloton d'exécution pour faiblesse devant l'ennemi…
Il y a aussi ce sergent des Sturmtruppen, soldat d'élite allemand, nationaliste, droit dans ses bottes teutonnes, certain de la supériorité de la race germanique, qui préfigure à lui seul l'évolution politique de l'Allemagne dans les années qui suivent la guerre. Tardi, grand pacifiste dans l'âme, nous laisse entendre qu'il y a des ennemis qu'il aurait été préférable de ne pas épargner… C'est peut-être le message le plus fort de cet album ; l'expérience combattante ne rend pas meilleur.
C'est édifiant et écœurant à souhait. La guerre selon Tardi pue la mort et transpire la peur. Nul ne sait comme lui faire ressentir l'horreur et le désespoir de ce conflit interminable dont les protagonistes ne savent même plus les causes.
Alors, certes, s'il fallait retenir un seul album de Tardi sur le sujet, je pencherais plutôt vers Putain de guerre !, le plus complet, ou C'était la guerre des tranchées, le plus facile à lire, mais ce Dernier assaut reste du grand Tardi, que j'ai pris plaisir à lire et dont je sais que je le feuilletterai à de nombreuses reprises.
Carmen Mac Callum est le pendant féminin de la série Travis par le même auteur (Duval) et se situant à la même époque du futur vers l’an 2050. Il existe même une série parallèle contant les récits de Carmen et Travis qui est malheureusement un ratage complet. L’action dans Carmen y est plus rythmée au détriment d’un scénario plus basique. Cela reste néanmoins intéressant. La qualité de la série ira justement en grandissant.
En effet, le coup de foudre n’a pas été immédiat avec cette série mais elle se bonifie au fil des albums grâce à l’intrigue. Le dessin reste toutefois assez quelconque. La mise en couleur est peu attirante du moins à ses débuts. Je n’arrivais pas non plus à m’attacher au personnage de Carmen que je trouvais un peu froide. C’est difficile d’appréhender une série dont on n’aime pas l’héroïne.
Cependant, je dois avouer que depuis le tome 6, cette série a atteint une forme de maturité aussi bien graphique que narrative. En effet, ce n'est plus de l'action à l'état brut mais une véritable réflexion, voire une densité du récit autour de sujets d'anticipation quelques fois complexes (ex: les dérives génétiques). Par ailleurs, le découpage dynamique révèle une grande maîtrise notamment dans les scènes d'actions.
Le tome 7 me réconcilie totalement avec le personnage de Carmen qui laisse enfin apparaître une certaine humanité notamment par rapport au drame qui l'a frappée dans son passé (p.10 où elle appuie sa main sur une photo du groupe de rock "the dirty Mac") et le drame qui va l'atteindre dans ce tome riche en émotion.
Je trouve également que le scénariste Fred Duval est très à l'aise dans ce monde de science-fiction. On sent une réelle efficacité notamment dans les derniers tomes. Une bonne BD de divertissement à l’image des films d’actions américains mais qui s'épaissit dans le récit au fil des tomes. Le changement de dessinateur ne m’a pas affecté pour le tome 9 car je trouve que la qualité s’est également améliorée de ce côté là. Bref, Carmen est devenue au fil du temps l’une de mes héroïnes préférées. Je suis également un lecteur assidu de son passé dans la série Code Mc Callum. Comme quoi, tout est possible !
Pour l’instant, la série se décline en 4 cycles assez distincts :
- 1er cycle (tome 1 à 3) : L’affaire Sonoda
Carmen aide à faire évader Sonoda pour le compte d’un yakuza. On fait la connaissance d’une tueuse hors norme et c’est bien de l’action à l’état pur avec toutes les maladresses du genre liées au manque de maturité.
- 2ème cycle (tome 4 à 5) : Le dossier Earp
Carmen enlève Samuel Earp pour le livrer à l’ONU qui constitue le dernier rempart contre les multinationales hyperpuissantes dans un monde où le libéralisme est roi. Cependant, Earp n’a pas dit son dernier mot. L’héroïne est toujours super vitaminée mais on voit l’ébauche d’un scénario qui commence à tenir la route.
- 3ème cycle (tome 6 à 8 ) : La question E.G.M
Carmen est appelée par Scott Brennan afin d’élucider la mort d’un vieil ami. Enfin l’âge de la maturité pour cette série qui va révéler toutes ses facettes.
- 4ème cycle (tome 9 à 12) : Le cycle de l’eau
Carmen se trouve impliquée malgré elle dans la lutte pour le contrôle de l’eau. Ce cycle semble compléter en parallèle celui de la série Travis où l’on retrouvera le personnage de Dommy, une intelligence artificielle émancipée.
- 5ème cycle (tome 13 à 16) : L’attentat nucléaire
Ce cycle est digne des précédents avec un événement majeur qui va bouleverser toute la donne. Il s’agit pour Carmen d’éviter deux autres attentats pouvant rayer une ville de la carte. On est évidemment sous le choc car cela pourrait s'avérer prémonitoire. Les I.A font également très peur. Je sais que demain, elles vont entrer en application dans la vie courante et dans nos entreprises. De la bonne science-fiction d'anticipation.
En conclusion, c’est une série qui au contraire d’Aquablue s’est bonifiée avec le temps.
Note Dessin : 4/5 – Note Scénario : 4/5 – Note Globale : 4/5
Ma fille est une grosse lectrice de BD, et elle a depuis longtemps puisé dans mon imposante bédéthèque, en suivant parfois mes conseils de lecture. Mais cette fois-ci c’est elle qui m’a conseillé la lecture de « Seuls », conseil que j’ai bien fait de suivre, car c’est vraiment une belle réussite.
Publiée dans Spirou, et s’adressant donc à de relativement jeunes lecteurs, elle peut en fait captiver un très large lectorat, des très jeunes ados aux adultes. C’est déjà un beau succès !
L’histoire puise à diverses sources, de « Sa majesté des mouches » aux « Enfants de Timpelbach », en passant par « Lost » ou « Jeremiah » (Saul sur la couverture du tome 6 a de furieux airs de Kurdy !), voire même « 2001 l’odyssée de l’espace » pour le monolithe, entre autres. Mais Vehlmann s’affranchit de ces influences – si tant est qu’elles aient joué, pour créer et développer une histoire prenante et qui sait habilement nous tenir en haleine sans que les grosses ficelles du scénariste ne soient trop visibles.
Après un événement non identifié, tous les adultes – et la quasi-totalité des enfants ont disparu. Cinq enfants – bientôt rejoints par d’autres, survivants, s’organisent et découvrent peu à peu certaines étrangetés, distillées au compte-goutte au cours de l’intrigue.
Cette dernière est à la fois bon enfant, mais aussi parfois très violente, il y a des montées de tension, le sang coule…
Si les deux / trois premiers tomes plantaient bien le décor, les deux derniers du premier cycle font monter d’un cran la tension – et l’intérêt – de l’histoire. On est – donc j’ai été – captivé par une intrigue à la fois simple et vicieuse, avare de détails.
Et si l’on a très envie d’en savoir plus, c’est aussi que le dessin de Gazzotti rend la lecture fluide. Il est vraiment bon, classique franco-belge très dans la ligne Dupuis. Les deux auteurs sont à l’unisson pour nous embarquer dans leurs aventures post-catastrophe.
Je suis par contre moins convaincu par la colorisation.
Pour le deuxième cycle, tout s’accélère (plus besoin de « mise en place »), mais j’ai trouvé le tome 8 (Les arènes) moins intéressant (je préférais le cadre de Fortville). Idem pour une partie du tome 9. Mais la fin est par contre bien faite pour relancer le suspens. A voir ce que Vehlmann va nous concocter pour le cycle suivant.
Cet album est l’adaptation d’un roman éponyme (que je ne connaissais pas), et ça se sent, tant les textes sont ciselés, très « littéraires », sans que cela ne soit trop péjoratif d’ailleurs.
L’histoire est assez surprenante, puisqu’il s’agit, en pleine Première guerre mondiale, d’une expédition sensée accompagner un bourreau français et sa guillotine au travers des lignes allemandes, pour exécuter un condamné à mort en Belgique ! Si l’expédition en elle-même est déjà improbable, elle contient en sus une bonne dose de cynisme ou de folie, puisqu’on se demande pourquoi tant d’efforts sont faits pour exécuter UN homme, alors que quotidiennement des milliers meurent !
On suit donc la constitution de l’équipe escortant la guillotine, leurs plus ou moins grands états d’âme, jusqu’à ce fameux condamné. Dont on ne saura rien d’ailleurs. Rien non plus sur les motivations ministérielles à l’origine de cette expédition. Cette relative frustration est aussi un des atouts de cette histoire, où même les personnages gardent leur part de mystère. C’est un album d’ambiance et non d’action, malgré l’arrière-plan de boucherie. Mais c’est aussi, par la bande, une dénonciation de l’absurdité de la guerre dans sa totalité, ce condamné n’étant là au final qu’une allégorie de la folie meurtrière des hommes.
Le dessin est plutôt bon, souvent en esquisses rehaussées par des dégradés de vert et de marron.
La colorisation très sombre, le trait gras et le texte abondant accentuent la lourdeur de l’ensemble : on lit l’album comme on traverse un orage.
En tout cas, le visuel renforce l’atmosphère triste, morbide d’une histoire dans laquelle j’ai eu un peu de mal à entrer, mais dont je vous recommande quand même la lecture.
Note réelle : 3,5/5.
L’idée répandue selon laquelle un autiste est « quelqu’un qui bave et se tape la tête contre les murs » est une grave déformation de la réalité. Car l’autisme recouvre quantité de formes, et le syndrome d’Asperger n’en est qu’une parmi d’autres, beaucoup moins visible et peu connue en France, autant du public que des professionnels de santé. Pour battre en brèche ces clichés, Julie Dachez, elle-même atteinte de ce « mal » qu’elle a réussi à dompter, est en quelque sorte devenue une militante de la « neurodiversité », et fait aujourd’hui référence à travers son blog et les conférences qu’elle donne régulièrement.
A ce titre, le récit quasi-autobiographique qu’elle en a fait est très instructif. Et qui de mieux pour l’adapter en BD que Mademoiselle Caroline, qui elle-même a relaté sa dépression (autre affection « neurologique ») dans Chute libre, carnets du gouffre ? Avec son trait simple, élancé et rond et ses couleurs fraîches, la jeune auteure sait insuffler ce qu’il faut de légèreté et d’humour, évitant tout larmoiement. Celle-ci sait avec finesse rendre touchante le personnage de Marguerite, par sa maladresse et cette « tour d’ivoire » dans laquelle la confine « Asperger ».
Les « Aspies » ressemblent à tout le monde en apparence, si ce n’est qu’ils sortent des codes sociaux dans leur façon d’agir et de s’exprimer. Le contact des autres et le bruit sont pour eux une source de fatigue, et sans être forcément ermites, ils se ressourcent plutôt dans la solitude et le silence. Hypersensibles, directs, maladroits, mal à l’aise avec les exigences de la vie quotidienne : autant d’autres caractéristiques qui les placent en marge d’une société obsédée par la norme, mais ce sont également des êtres passionnés, sans préjugés, et capables d’une concentration exceptionnelle (une qualité appréciée par les entreprises en informatique).
Ainsi, « La Différence invisible » interroge chacun d’entre nous, de manière plus générale, sur son propre degré d’acceptation de l’autre et de sa différence. Une lecture recommandée, contre les préjugés et l’intolérance, avec cette phrase affichée par Marguerite sur la porte de son frigo et résumant assez bien le propos du livre : « Tout le monde est un génie. Mais si vous jugez un poisson sur sa capacité à grimper à un arbre, il passera sa vie à croire qu’il est stupide. »
Avant d'aborder la seconde saison de cette oeuvre culte qu'est Universal War, j'ai relu la première pour me mettre dans le bain. J'avais un peu oublié les détails de ce récit fort compliqué mais si bien construit sur le thème des voyages temporels. J'avais oublié que UW1 était la référence en matière d'une science-fiction intelligente. Et je confirme que cela n'a pas pris une ride.
Universal War Two commence par un bon petit enchaînement par rapport à la fin de la saga originelle avec ce fameux wormhole qui part du coeur du soleil et qui menace les planètes du système solaire sans compter les galaxies voisines. On ne retrouve plus les personnages principaux mais leurs descendants qui tentent tant bien que mal à gérer une situation de plus en plus difficile. Bref, le défi qui les attende ne sera pas une mince affaire.
Il y a toujours une petite scène introductive qui se détache du reste de l'histoire mais elle n'est pas centré sur un personnage comme pour le présenter ce que j'avais bien aimé. Bref, c'est différent. Cela casse le train-train et cela nous entraîne vers l'inconnu pour notre plus grand plaisir. Denis Bajram n'a rien perdu de son talent à dessiner et à nous raconter une histoire dépassant de loin toutes les limites comme s'il anticipait sur le futur de l'humanité.
On va suivre UW2 avec la plus grande attention. C'est de toute façon la bd la plus attendue de l'année et c'est surtout une série qui commence de manière grandiose. Nul doute que la suite sera à la hauteur de nos espérances !
A la lecture de ce second opus, on ne pourra pas dire que l'aventure fait du surplace. Il y a une véritable avancée du récit. La réussite de ce tome tient dans une scène d'anthologie qui rappelle d'ailleurs le procédé utilisé dans Harry Potter et le prisonier d'Azkhaban. C'est franchement grandiose à tous les points de vue. A noter que le mystère reste encore entier sur les envahisseurs.
Je commence néanmoins à me poser des questions à partir de la lecture du 3ème tome intitulé l'exode. Tout d'abord, je constate que le nombre d'avis sur UW2 est en forte baisse si l'on compare par rapport à UW1 dont la moitié des notes était culte. Cela semble marquer un certain désintérêt du public pour cette suite pas si attendue que cela. Puis, j'avoue que la première partie de ce tome est un incessant bavardage où il ne se passe pas grand chose malgré le revenant. Fort heureusement, la seconde partie semble rattraper la première en termes de péripéties et même d'images. Bref, une toute légère déception liée à un essoufflement ou une pause marquée par la réflexion mais ce n'est pas encore fini. Il faut voir la suite et elle semble réserver quelques surprises.
Note Dessin : 4/5 – Note Scénario : 3.5/5 – Note Globale : 3.75/5
Difficile de cerner cet album, tant il est complexe. Adapté d'une pièce du comédien et dramaturge Alexis Michalik, il nous propose de suivre un certain Martin Martin, héritier d'une histoire méconnue et prestigieuse à la fois, sur les traces de cette histoire.
Le récit est dense, il saute d'une époque à une autre, entre le 3ème siècle après JC, les années 1820 et le XXIème siècle, entre Algérie, Terre Sainte et Meuse. Malgré cette instabilité on ne s'y perd pas, grâce à un fil conducteur, Martin qui raconte son histoire à une Algérienne et sa fille. C'est virevoltant, parfois brillant, souvent passionnant, avec ses petites anecdotes historiques et culturelles qui parsèment le récit. A se demander, d'ailleurs, si tout cela n'est pas vrai...
C'est Christophe Gaultier qui s'est chargé de l'adaptation narrative et graphique, et on sent qu'il s'est beaucoup investi dans cet album : il s'attache à rendre les transitions compréhensibles, à servir le scénario par un dessin plutôt clair, dans son style assez caractéristique. C'est vraiment fort agréable à lire, je recommande.
Un thriller ésotérique classique mais terriblement efficace. Évidemment, lorsqu’on voit l’illustration de couverture on pense tout de suite au Sleepy Hollow de Tim Burton, et la ressemblance ne s’arrête pas là. A l’image du chef d’œuvre macabre du réalisateur américain, l’intrigue du Concile du arbres tourne autour de l’invocation démoniaque, de la transe incantatoire, dans une ambiance lugubre cependant que le Concile se distingue par un humour un peu plus prononcé et so british. Le schéma narratif s’approche d’un quasi copier-coller de celui du cavalier sans tête, ne nous le cachons pas.
Le duo d’enquêteur formé du vieux garçon Casimir Dupré et de la strong independant woman Artémis d’Harcourt fonctionne bien et leur entente fait des étincelles, avec pour lui la raison cartésienne et la science moderne, pour elle les antiques voies chamaniques et l’ésotérisme païen.
Il ressort de cette histoire un côté très feel good et bien balancé entre justement les aspects effrayant propres au sous-genre thriller horrifique, et les traits de caractères désinvoltes voire flegmatiques de ce duo. Et c’est ce qui m’a plu ici.
L’aspect graphique renforce ce petit côté « on se prend pas au sérieux » je trouve. Je suis tombé sous le charme du trait de Nicolas Bara : minutieux, aucune case de bâclée, les personnages ont des trombines déformées hyper drôles ou ignobles selon. C’est mon ressenti personnel mais j’ai eu l’impression d’être à la croisée des chemins entre Régis Loisel pour l’encrage prononcé, et Sylvain Chomet pour ce qu’il avait réalisé sur Les Triplettes de Belleville avec ce côté anguleux et ces gueules déformées et bancales. Quant à la technique de coloriage, à l’aquarelle, c’est tout ce que j’aime, en plus d’être bien dans l’ambiance avec des couleurs plutôt froides.
Pour les amoureux de Sleepy Hollow la lecture de ce Concile des Arbres est indispensable. Maintenant on ne saura se contenter d’un one shot car on perçoit un background qui ne demande qu’à être exploité et de nouvelles enquêtes piochant dans d’autres univers horrifique et gothique, pourquoi pas Dracula, Némo ou Van Helsing ? On veut une suite, et vite !
Quelle agréable surprise que ce classique mais bien balancé space-opera !
Rien de très original dans le scénario avec un panel de personnages aux profils déjà souvent exploités et des rebondissements tellement bien amenés qu’ils nous paraissent des plus logiques et donc prévisibles… a posteriori (c’est là toute la différence !)
Le dessin et la colorisation rappellent le dessin d’animation mais sont extrêmement efficaces et bien adaptés au média BD. C’est typique de l’école espagnole actuelle qui, décidément, possède en ses frontières une flopée de dessinateurs de bd talentueux.
Si le premier tome m’avait plu par son rythme et sa mise en place d’une intrigue dans laquelle je me sentais à l’aise car en pays de connaissance, c’est le deuxième tome qui achèvera de me convaincre grâce à la mort d’un des personnages. Depuis, je l’avoue, je suis accro !
Après Orbital, Sylvain Runberg signe donc une nouvelle série de space-opera de qualité. Adaptée pour un large public, elle nous offre un cadre et des personnages bien balisés, de l’action et du suspense. C’est classique mais foutrement bien fait !
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Lord Oliver est riche, jeune et beau, très beau même. L'argent n'étant pas un problème, il mène une vie mondaine. Aucune femme ne lui résistant, le vice et la luxure rythment son existence. Jusqu'à l'extrême. Lord Oliver sort beaucoup, un vrai oiseau de nuit. Et il rentre souvent au petit matin, dans un état lamentable car il boit beaucoup, et dans grande retenue. Et lorsqu'il se réveille enfin après avoir cuvé son vin, ou plutôt son Gin, c'est pour tenir des propos emprunt de cynisme, de provocation et de mépris à ceux qui lui rendent visite. Car ce Lord la, hait les conventions et la bonne morale Victorienne. Mieux il l'exerce et le fait savoir. Choquer et provoquer semblent être son unique raison d'être. Tout comme repousser toujours plus loin les frontières de l'indécence , et du cynisme. Mais qui est-il vraiment? Que cache ce comportement " borderline"? Un jour, il sera récupéré titubant par une de ses servantes, sentant allègrement l'alcool et le vomi. Son nom? Lisbeth. Prenant soin de lui, elle le dévêtira et le mettra dans son lit. En répétant cet exercice, elle gagnera son respect et il en fera sa confidente. Malgré son physique ingrat, il en viendra même à éprouver des sentiments pour elle. Mais comment donc, une gravure de mode comme lui, qui peut s'offrir les plus belles filles de Londres peut-il se laisser aller à éprouver des sentiments pour un laideron de basse extraction? C'est tout l'intérêt de cette très belle histoire. Une superbe plongée dans l'Angleterre Victorienne, à une époque ou Londres était la capitale du Monde. Hubert dont le scénario est d'une très grande qualité nous livre une superbe étude de mœurs , ou les conventions sociales sont grandement remises en cause par cette relation étrange entre un Maître et sa servante. Le dessin de Virginie Augustin, tout en vivacité et en légèreté sert admirablement cette histoire qui semble être passée totalement inaperçue dans la nuée de BD sorties ces derniers mois. Comme souvent d'ailleurs, car les productions nouvelles de qualité semblent ne pas faire le poids face aux séries déjà connues du grand public et c'est bien dommage. En tous cas je ne saurai que vous conseiller la lecture d'une histoire originale, en tout point reussie.
Le Dernier assaut
Je partage et corrobore l'avis de Mac Arthur, mais je pense que cet album est mieux que « pas mal ». Tardi semble avoir bâti cet album autour de toutes les petites anecdotes navrantes qu'il a collecté sur la Grande Boucherie depuis le temps qu'il travaille son sujet. Le récit suit un brancardier français, mais s'écarte de ses mésaventures au gré de nombreuses digressions, toutes passionnantes et souvent inédites en bande dessinée. Il rappelle, par exemple, le regard raciste porté par les Allemands sur les soldats noirs que les Français leur opposent massivement, parce qu'il vaut mieux sacrifier de semi-sauvages que de bons Gaulois… Ces combattants de l'empire, aussi redoutés que méprisés outre-Rhin, sont qualifiés de « honte noire » de la France. Lors du conflit suivant, les nazis n'en voudront même pas sur leur sol en tant que prisonniers de guerre, laissant aux Français le soin de les parquer sur leur propre sol. Il met également en lumière le drame de ces unités britanniques constituées de soldats de petite taille, jugés inaptes au combat au début du conflit, puis recrutés quand les combattants viennent à manquer. Ces petits bonhommes dont l'état major décide qu'ils sont à même de compenser leur faiblesse physique par leur agilité et leur combativité supposées, sont dans les faits incapables de suivre physiquement les contraintes de la vie des tranchées. Épuisés, inefficaces et qualifiés de lâches, ils finissent parfois devant un peloton d'exécution pour faiblesse devant l'ennemi… Il y a aussi ce sergent des Sturmtruppen, soldat d'élite allemand, nationaliste, droit dans ses bottes teutonnes, certain de la supériorité de la race germanique, qui préfigure à lui seul l'évolution politique de l'Allemagne dans les années qui suivent la guerre. Tardi, grand pacifiste dans l'âme, nous laisse entendre qu'il y a des ennemis qu'il aurait été préférable de ne pas épargner… C'est peut-être le message le plus fort de cet album ; l'expérience combattante ne rend pas meilleur. C'est édifiant et écœurant à souhait. La guerre selon Tardi pue la mort et transpire la peur. Nul ne sait comme lui faire ressentir l'horreur et le désespoir de ce conflit interminable dont les protagonistes ne savent même plus les causes. Alors, certes, s'il fallait retenir un seul album de Tardi sur le sujet, je pencherais plutôt vers Putain de guerre !, le plus complet, ou C'était la guerre des tranchées, le plus facile à lire, mais ce Dernier assaut reste du grand Tardi, que j'ai pris plaisir à lire et dont je sais que je le feuilletterai à de nombreuses reprises.
Carmen Mc Callum
Carmen Mac Callum est le pendant féminin de la série Travis par le même auteur (Duval) et se situant à la même époque du futur vers l’an 2050. Il existe même une série parallèle contant les récits de Carmen et Travis qui est malheureusement un ratage complet. L’action dans Carmen y est plus rythmée au détriment d’un scénario plus basique. Cela reste néanmoins intéressant. La qualité de la série ira justement en grandissant. En effet, le coup de foudre n’a pas été immédiat avec cette série mais elle se bonifie au fil des albums grâce à l’intrigue. Le dessin reste toutefois assez quelconque. La mise en couleur est peu attirante du moins à ses débuts. Je n’arrivais pas non plus à m’attacher au personnage de Carmen que je trouvais un peu froide. C’est difficile d’appréhender une série dont on n’aime pas l’héroïne. Cependant, je dois avouer que depuis le tome 6, cette série a atteint une forme de maturité aussi bien graphique que narrative. En effet, ce n'est plus de l'action à l'état brut mais une véritable réflexion, voire une densité du récit autour de sujets d'anticipation quelques fois complexes (ex: les dérives génétiques). Par ailleurs, le découpage dynamique révèle une grande maîtrise notamment dans les scènes d'actions. Le tome 7 me réconcilie totalement avec le personnage de Carmen qui laisse enfin apparaître une certaine humanité notamment par rapport au drame qui l'a frappée dans son passé (p.10 où elle appuie sa main sur une photo du groupe de rock "the dirty Mac") et le drame qui va l'atteindre dans ce tome riche en émotion. Je trouve également que le scénariste Fred Duval est très à l'aise dans ce monde de science-fiction. On sent une réelle efficacité notamment dans les derniers tomes. Une bonne BD de divertissement à l’image des films d’actions américains mais qui s'épaissit dans le récit au fil des tomes. Le changement de dessinateur ne m’a pas affecté pour le tome 9 car je trouve que la qualité s’est également améliorée de ce côté là. Bref, Carmen est devenue au fil du temps l’une de mes héroïnes préférées. Je suis également un lecteur assidu de son passé dans la série Code Mc Callum. Comme quoi, tout est possible ! Pour l’instant, la série se décline en 4 cycles assez distincts : - 1er cycle (tome 1 à 3) : L’affaire Sonoda
Carmen aide à faire évader Sonoda pour le compte d’un yakuza. On fait la connaissance d’une tueuse hors norme et c’est bien de l’action à l’état pur avec toutes les maladresses du genre liées au manque de maturité.
- 2ème cycle (tome 4 à 5) : Le dossier Earp
Carmen enlève Samuel Earp pour le livrer à l’ONU qui constitue le dernier rempart contre les multinationales hyperpuissantes dans un monde où le libéralisme est roi. Cependant, Earp n’a pas dit son dernier mot. L’héroïne est toujours super vitaminée mais on voit l’ébauche d’un scénario qui commence à tenir la route.
- 3ème cycle (tome 6 à 8 ) : La question E.G.M
Carmen est appelée par Scott Brennan afin d’élucider la mort d’un vieil ami. Enfin l’âge de la maturité pour cette série qui va révéler toutes ses facettes.
- 4ème cycle (tome 9 à 12) : Le cycle de l’eau
Carmen se trouve impliquée malgré elle dans la lutte pour le contrôle de l’eau. Ce cycle semble compléter en parallèle celui de la série Travis où l’on retrouvera le personnage de Dommy, une intelligence artificielle émancipée.
- 5ème cycle (tome 13 à 16) : L’attentat nucléaire
Ce cycle est digne des précédents avec un événement majeur qui va bouleverser toute la donne. Il s’agit pour Carmen d’éviter deux autres attentats pouvant rayer une ville de la carte. On est évidemment sous le choc car cela pourrait s'avérer prémonitoire. Les I.A font également très peur. Je sais que demain, elles vont entrer en application dans la vie courante et dans nos entreprises. De la bonne science-fiction d'anticipation.
En conclusion, c’est une série qui au contraire d’Aquablue s’est bonifiée avec le temps.
Note Dessin : 4/5 – Note Scénario : 4/5 – Note Globale : 4/5
Seuls
Ma fille est une grosse lectrice de BD, et elle a depuis longtemps puisé dans mon imposante bédéthèque, en suivant parfois mes conseils de lecture. Mais cette fois-ci c’est elle qui m’a conseillé la lecture de « Seuls », conseil que j’ai bien fait de suivre, car c’est vraiment une belle réussite. Publiée dans Spirou, et s’adressant donc à de relativement jeunes lecteurs, elle peut en fait captiver un très large lectorat, des très jeunes ados aux adultes. C’est déjà un beau succès ! L’histoire puise à diverses sources, de « Sa majesté des mouches » aux « Enfants de Timpelbach », en passant par « Lost » ou « Jeremiah » (Saul sur la couverture du tome 6 a de furieux airs de Kurdy !), voire même « 2001 l’odyssée de l’espace » pour le monolithe, entre autres. Mais Vehlmann s’affranchit de ces influences – si tant est qu’elles aient joué, pour créer et développer une histoire prenante et qui sait habilement nous tenir en haleine sans que les grosses ficelles du scénariste ne soient trop visibles. Après un événement non identifié, tous les adultes – et la quasi-totalité des enfants ont disparu. Cinq enfants – bientôt rejoints par d’autres, survivants, s’organisent et découvrent peu à peu certaines étrangetés, distillées au compte-goutte au cours de l’intrigue. Cette dernière est à la fois bon enfant, mais aussi parfois très violente, il y a des montées de tension, le sang coule… Si les deux / trois premiers tomes plantaient bien le décor, les deux derniers du premier cycle font monter d’un cran la tension – et l’intérêt – de l’histoire. On est – donc j’ai été – captivé par une intrigue à la fois simple et vicieuse, avare de détails. Et si l’on a très envie d’en savoir plus, c’est aussi que le dessin de Gazzotti rend la lecture fluide. Il est vraiment bon, classique franco-belge très dans la ligne Dupuis. Les deux auteurs sont à l’unisson pour nous embarquer dans leurs aventures post-catastrophe. Je suis par contre moins convaincu par la colorisation. Pour le deuxième cycle, tout s’accélère (plus besoin de « mise en place »), mais j’ai trouvé le tome 8 (Les arènes) moins intéressant (je préférais le cadre de Fortville). Idem pour une partie du tome 9. Mais la fin est par contre bien faite pour relancer le suspens. A voir ce que Vehlmann va nous concocter pour le cycle suivant.
L'Obéissance
Cet album est l’adaptation d’un roman éponyme (que je ne connaissais pas), et ça se sent, tant les textes sont ciselés, très « littéraires », sans que cela ne soit trop péjoratif d’ailleurs. L’histoire est assez surprenante, puisqu’il s’agit, en pleine Première guerre mondiale, d’une expédition sensée accompagner un bourreau français et sa guillotine au travers des lignes allemandes, pour exécuter un condamné à mort en Belgique ! Si l’expédition en elle-même est déjà improbable, elle contient en sus une bonne dose de cynisme ou de folie, puisqu’on se demande pourquoi tant d’efforts sont faits pour exécuter UN homme, alors que quotidiennement des milliers meurent ! On suit donc la constitution de l’équipe escortant la guillotine, leurs plus ou moins grands états d’âme, jusqu’à ce fameux condamné. Dont on ne saura rien d’ailleurs. Rien non plus sur les motivations ministérielles à l’origine de cette expédition. Cette relative frustration est aussi un des atouts de cette histoire, où même les personnages gardent leur part de mystère. C’est un album d’ambiance et non d’action, malgré l’arrière-plan de boucherie. Mais c’est aussi, par la bande, une dénonciation de l’absurdité de la guerre dans sa totalité, ce condamné n’étant là au final qu’une allégorie de la folie meurtrière des hommes. Le dessin est plutôt bon, souvent en esquisses rehaussées par des dégradés de vert et de marron. La colorisation très sombre, le trait gras et le texte abondant accentuent la lourdeur de l’ensemble : on lit l’album comme on traverse un orage. En tout cas, le visuel renforce l’atmosphère triste, morbide d’une histoire dans laquelle j’ai eu un peu de mal à entrer, mais dont je vous recommande quand même la lecture. Note réelle : 3,5/5.
La Différence invisible
L’idée répandue selon laquelle un autiste est « quelqu’un qui bave et se tape la tête contre les murs » est une grave déformation de la réalité. Car l’autisme recouvre quantité de formes, et le syndrome d’Asperger n’en est qu’une parmi d’autres, beaucoup moins visible et peu connue en France, autant du public que des professionnels de santé. Pour battre en brèche ces clichés, Julie Dachez, elle-même atteinte de ce « mal » qu’elle a réussi à dompter, est en quelque sorte devenue une militante de la « neurodiversité », et fait aujourd’hui référence à travers son blog et les conférences qu’elle donne régulièrement. A ce titre, le récit quasi-autobiographique qu’elle en a fait est très instructif. Et qui de mieux pour l’adapter en BD que Mademoiselle Caroline, qui elle-même a relaté sa dépression (autre affection « neurologique ») dans Chute libre, carnets du gouffre ? Avec son trait simple, élancé et rond et ses couleurs fraîches, la jeune auteure sait insuffler ce qu’il faut de légèreté et d’humour, évitant tout larmoiement. Celle-ci sait avec finesse rendre touchante le personnage de Marguerite, par sa maladresse et cette « tour d’ivoire » dans laquelle la confine « Asperger ». Les « Aspies » ressemblent à tout le monde en apparence, si ce n’est qu’ils sortent des codes sociaux dans leur façon d’agir et de s’exprimer. Le contact des autres et le bruit sont pour eux une source de fatigue, et sans être forcément ermites, ils se ressourcent plutôt dans la solitude et le silence. Hypersensibles, directs, maladroits, mal à l’aise avec les exigences de la vie quotidienne : autant d’autres caractéristiques qui les placent en marge d’une société obsédée par la norme, mais ce sont également des êtres passionnés, sans préjugés, et capables d’une concentration exceptionnelle (une qualité appréciée par les entreprises en informatique). Ainsi, « La Différence invisible » interroge chacun d’entre nous, de manière plus générale, sur son propre degré d’acceptation de l’autre et de sa différence. Une lecture recommandée, contre les préjugés et l’intolérance, avec cette phrase affichée par Marguerite sur la porte de son frigo et résumant assez bien le propos du livre : « Tout le monde est un génie. Mais si vous jugez un poisson sur sa capacité à grimper à un arbre, il passera sa vie à croire qu’il est stupide. »
Universal War Two
Avant d'aborder la seconde saison de cette oeuvre culte qu'est Universal War, j'ai relu la première pour me mettre dans le bain. J'avais un peu oublié les détails de ce récit fort compliqué mais si bien construit sur le thème des voyages temporels. J'avais oublié que UW1 était la référence en matière d'une science-fiction intelligente. Et je confirme que cela n'a pas pris une ride. Universal War Two commence par un bon petit enchaînement par rapport à la fin de la saga originelle avec ce fameux wormhole qui part du coeur du soleil et qui menace les planètes du système solaire sans compter les galaxies voisines. On ne retrouve plus les personnages principaux mais leurs descendants qui tentent tant bien que mal à gérer une situation de plus en plus difficile. Bref, le défi qui les attende ne sera pas une mince affaire. Il y a toujours une petite scène introductive qui se détache du reste de l'histoire mais elle n'est pas centré sur un personnage comme pour le présenter ce que j'avais bien aimé. Bref, c'est différent. Cela casse le train-train et cela nous entraîne vers l'inconnu pour notre plus grand plaisir. Denis Bajram n'a rien perdu de son talent à dessiner et à nous raconter une histoire dépassant de loin toutes les limites comme s'il anticipait sur le futur de l'humanité. On va suivre UW2 avec la plus grande attention. C'est de toute façon la bd la plus attendue de l'année et c'est surtout une série qui commence de manière grandiose. Nul doute que la suite sera à la hauteur de nos espérances ! A la lecture de ce second opus, on ne pourra pas dire que l'aventure fait du surplace. Il y a une véritable avancée du récit. La réussite de ce tome tient dans une scène d'anthologie qui rappelle d'ailleurs le procédé utilisé dans Harry Potter et le prisonier d'Azkhaban. C'est franchement grandiose à tous les points de vue. A noter que le mystère reste encore entier sur les envahisseurs. Je commence néanmoins à me poser des questions à partir de la lecture du 3ème tome intitulé l'exode. Tout d'abord, je constate que le nombre d'avis sur UW2 est en forte baisse si l'on compare par rapport à UW1 dont la moitié des notes était culte. Cela semble marquer un certain désintérêt du public pour cette suite pas si attendue que cela. Puis, j'avoue que la première partie de ce tome est un incessant bavardage où il ne se passe pas grand chose malgré le revenant. Fort heureusement, la seconde partie semble rattraper la première en termes de péripéties et même d'images. Bref, une toute légère déception liée à un essoufflement ou une pause marquée par la réflexion mais ce n'est pas encore fini. Il faut voir la suite et elle semble réserver quelques surprises. Note Dessin : 4/5 – Note Scénario : 3.5/5 – Note Globale : 3.75/5
Le Porteur d'histoire
Difficile de cerner cet album, tant il est complexe. Adapté d'une pièce du comédien et dramaturge Alexis Michalik, il nous propose de suivre un certain Martin Martin, héritier d'une histoire méconnue et prestigieuse à la fois, sur les traces de cette histoire. Le récit est dense, il saute d'une époque à une autre, entre le 3ème siècle après JC, les années 1820 et le XXIème siècle, entre Algérie, Terre Sainte et Meuse. Malgré cette instabilité on ne s'y perd pas, grâce à un fil conducteur, Martin qui raconte son histoire à une Algérienne et sa fille. C'est virevoltant, parfois brillant, souvent passionnant, avec ses petites anecdotes historiques et culturelles qui parsèment le récit. A se demander, d'ailleurs, si tout cela n'est pas vrai... C'est Christophe Gaultier qui s'est chargé de l'adaptation narrative et graphique, et on sent qu'il s'est beaucoup investi dans cet album : il s'attache à rendre les transitions compréhensibles, à servir le scénario par un dessin plutôt clair, dans son style assez caractéristique. C'est vraiment fort agréable à lire, je recommande.
Le Concile des arbres
Un thriller ésotérique classique mais terriblement efficace. Évidemment, lorsqu’on voit l’illustration de couverture on pense tout de suite au Sleepy Hollow de Tim Burton, et la ressemblance ne s’arrête pas là. A l’image du chef d’œuvre macabre du réalisateur américain, l’intrigue du Concile du arbres tourne autour de l’invocation démoniaque, de la transe incantatoire, dans une ambiance lugubre cependant que le Concile se distingue par un humour un peu plus prononcé et so british. Le schéma narratif s’approche d’un quasi copier-coller de celui du cavalier sans tête, ne nous le cachons pas. Le duo d’enquêteur formé du vieux garçon Casimir Dupré et de la strong independant woman Artémis d’Harcourt fonctionne bien et leur entente fait des étincelles, avec pour lui la raison cartésienne et la science moderne, pour elle les antiques voies chamaniques et l’ésotérisme païen. Il ressort de cette histoire un côté très feel good et bien balancé entre justement les aspects effrayant propres au sous-genre thriller horrifique, et les traits de caractères désinvoltes voire flegmatiques de ce duo. Et c’est ce qui m’a plu ici. L’aspect graphique renforce ce petit côté « on se prend pas au sérieux » je trouve. Je suis tombé sous le charme du trait de Nicolas Bara : minutieux, aucune case de bâclée, les personnages ont des trombines déformées hyper drôles ou ignobles selon. C’est mon ressenti personnel mais j’ai eu l’impression d’être à la croisée des chemins entre Régis Loisel pour l’encrage prononcé, et Sylvain Chomet pour ce qu’il avait réalisé sur Les Triplettes de Belleville avec ce côté anguleux et ces gueules déformées et bancales. Quant à la technique de coloriage, à l’aquarelle, c’est tout ce que j’aime, en plus d’être bien dans l’ambiance avec des couleurs plutôt froides. Pour les amoureux de Sleepy Hollow la lecture de ce Concile des Arbres est indispensable. Maintenant on ne saura se contenter d’un one shot car on perçoit un background qui ne demande qu’à être exploité et de nouvelles enquêtes piochant dans d’autres univers horrifique et gothique, pourquoi pas Dracula, Némo ou Van Helsing ? On veut une suite, et vite !
Warship Jolly Roger
Quelle agréable surprise que ce classique mais bien balancé space-opera ! Rien de très original dans le scénario avec un panel de personnages aux profils déjà souvent exploités et des rebondissements tellement bien amenés qu’ils nous paraissent des plus logiques et donc prévisibles… a posteriori (c’est là toute la différence !) Le dessin et la colorisation rappellent le dessin d’animation mais sont extrêmement efficaces et bien adaptés au média BD. C’est typique de l’école espagnole actuelle qui, décidément, possède en ses frontières une flopée de dessinateurs de bd talentueux. Si le premier tome m’avait plu par son rythme et sa mise en place d’une intrigue dans laquelle je me sentais à l’aise car en pays de connaissance, c’est le deuxième tome qui achèvera de me convaincre grâce à la mort d’un des personnages. Depuis, je l’avoue, je suis accro ! Après Orbital, Sylvain Runberg signe donc une nouvelle série de space-opera de qualité. Adaptée pour un large public, elle nous offre un cadre et des personnages bien balisés, de l’action et du suspense. C’est classique mais foutrement bien fait !