Alerte sur Ooxia ! Le récit mythique vendu (donné) à quelques milliers (milliards) d'exemplaires dans les stations Total il y a de ça des années, la légendaire œuvre collaborative au scénario si transcendant que les albums ont rapidement inondé les vides greniers et les caisses de dons, l'objet qui fut un temps la perle rare de ma bibliothèque avant que je décide de m'en séparer dans un excès de folie adolescente (ignarde que j'étais).
L'histoire est celle de Lou et Mila, deux jeunes fringuants venus tout droit de Potagia, une sorte de village hippie où l'on se contente de tout faire pousser et de tout ramasser à la main (l'angoisse). Leur mode de vie laxe et leur tempérament couard rend la population extrêmement vulnérable et en fait la cible répétée des attaques du terrible Dr. Zaroff, sorte de génie du mal à la psyché torturée qui souhaite conquérir le monde - son plan doit être sacrément fin et complexe parce que mon pauvre cerveau simplet a du mal à faire le lien entre racketter des tomates et dominer le monde. Décidant un beau jour que s'en étant trop, notre énergique duo part donc à la recherche d'une mystérieuse énergie parfaite afin de pouvoir lutter contre le Dr. Zaroff.
L'histoire sera donc constituée de (très) courtes aventures à travers Ooxia, nos héros passant de territoires en territoires à la recherche de différentes sources d'énergie.
L'album se révèle malin, nous laissant transparaître les ficelles du scénario en poussant nos personnages à suivre littéralement le fil conducteur (qui prendra un court temps des allures de pipeline), nous invitant à réfléchir à la nature même de la création narrative et à remettre en question le fond de ce qui nous est présenté. Fort bien gentil à lui, sans ça je ne sais pas si j'aurais pu lire dans cette œuvre la subtile critique de notre rapport à l'énergie, à ses coût et à ses risques, que Total a généreusement décidé de nous présenter. De mauvaises langues pourrait croire que l'on chercherait ici au contraire à minimiser l'impact et les risques des énergies fossiles, mais face à ces critiques creuses je me gausse, l'œuvre est en réalité plus fine que ça ! On nous rappelle-même que les sources d'énergies qui ne sont pas infinies comme le pétrole et le charbon restent tout de même encore présentes en telle quantité que l'on peut continuer à les utiliser sans soucis.
Les dessins sont travaillés, les styles variés, les personnages complexes et travaillés (pensée émue à Boris qui a réussi à me faire pleurer lors de sa tirade finale).
Bref, une œuvre incroyable aujourd'hui malheureusement tombée dans l'oubli. Qui sait ce qu'une suite aurait pu donner…
Je n'ai pas lu l'intégrale parue en 2021. J'ai seulement parcouru quelques-uns des albums parus séparément chez Albin Michel, en commençant évidemment par celui consacré à mon propre signe.
L'astrologie étant pour moi une vaste blague, j'abordais ces albums davantage comme des recueils humoristiques jouant avec les clichés associés aux différents signes que comme de prétendus portraits de personnalité. Sur le principe, pourquoi pas : si cela permet d'enchaîner les blagues et les caricatures, cela peut être amusant.
Malheureusement, ce n'est pas drôle du tout.
Chaque album est organisé par thèmes comme "amour et désir", "argent et succès", etc..., et chaque case est une affirmations censée décrire les comportements des natifs du signe concerné, accompagnée d'un petit dessin illustratif sensé être comique ou du moins relever avec légèreté le sujet de cette affirmation.
Le dessin est correct, sans être désagréable, mais il est très formaté et sans personnalité. Il remplit sa fonction sans jamais susciter le moindre enthousiasme.
L'humour ne m'a pas fait décrocher un sourire et m'a même très vite ennuyé. Quant aux affirmations zodiacales, elles sont complètement gratuites, une grande partie de celles concernant mon signe n'ayant strictement rien à voir avec moi. Alors qu'en général les prédictions astrologiques font exprès d'être suffisamment floues pour s'adapter à tout le monde, certaines ici sont clairement l'opposée de mon caractère.
Entre un humour qui tombe à plat, des portraits astrologiques totalement gratuits et un dessin simplement passable, cette série m'est parue vide d'intérêt. Je n'ai pas pu tenir davantage que quelques pages de chaque album avant d'abandonner.
Que c'est horrible! C’est une niaiserie avec des paillettes limpides et des scintillements. Une concentration d’êtres irritants, allant des centaures et des sirènes aux dauphins.
Tout avec des intentions vaguement mystiques et écologiques. Je parle surtout de l'histoire «la Nuit de l'étoile». Les dessins et les couleurs sont d’une pureté aveuglante, un paradis tropical en hommage au kitsch. Heureusement que cette chose n’a pas été rééditée. À éviter au nom du bon goût.
Je viens de lire "La vérité sur les amoureuses" après l’avoir vu dans la bibliothèque de mon boulot et empruntée par les ados...
En + de ne pas trouvé cela drôle, j’ai trouvé ça bourré de préjugés, sexistes, et carrément banalisant des scènes de viol et de violence.
Je vais la retirer de la bibliothèque !
Ouch !
Mais quelle idée de rééditer cet album en "version luxe" ? A part surfer sur la nouvelle notoriété de l'auteur revenu depuis quelques années sur le devant de la scène surement...
En tout cas, moi qui suis pourtant assez fan de Ito, je me suis fait suer comme un rat mort avec cet album plus ou moins autobiographique. Ito y relate une tranche de vie avec ses deux chats en y mêlant une touche de fantastique/horreur qui fait sa marque de fabrique, sauf que là franchement, ça ne fonctionne pas du tout (avec moi en tout cas).
Si on retrouve son coup de patte caractéristique, ces petites tranches de vie où ses chats jouent le rôle de créatures malignes, on y croit pas une seconde. Le fait de ne pas mettre de pupilles aux yeux de sa femme pour renforcer ce côté angoissant de ses récits ne fonctionne pas non plus. Tout comme le fait d'intégrer des pages questions lecteurs au fil des courtes histoires ; mais qu'est-ce que ça vient faire là dedans ???
Bref, heureusement que tout cela se lit très vite et que ce serra tout aussi vite oublié.
Je me suis toujours interrogé sur le sens de cette adaptation. Animal Farm d'Orwell n'est pas une fable destinée aux enfants. La dystopie animale aborde la dérive totalitaire des régimes révolutionnaires... Et pour les adultes, les dessins sont totalement ineptes. Même pour enfants, ils ne sont pas très beaux. Je me demande aussi ce que Jean Giraud est venu faire ici...
P. S. : J'ai cependant un enfant pré-adolescent, accro aux jeux d'ordinateur, mais qui est en train de lire l'original en anglais. Il dit qu'il aime ça. L'espoir ne meurt jamais.
Le projet est inattaquable : via une dystopie, interroger nos sociétés de moins en moins sociales-démocrates attaquant les droits sociaux pour en réduire drastiquement la voilure, jusqu'à remettre en cause l'équilibre originel, mais aussi son principe.
La dystopie est ici sournoisement ironique, l'on navigue davantage du côté de Brazil que de 1984. L'absurdité du travail est moquée jusqu'à l'excès, mais avec une retenue poétique charmante, permettant à l'intrigue de développer sa mélancolie désabusée. Malheureusement, cette ligne de crête ne tient pas, et l'ajout d'un propos sur la religion est moins acerbe que ridicule. Il en va de même des peu compréhensibles relations amoureuses ou pire, de ce regard idéologiquement contre-productif sur la "fatigue de la jeune femme assistée".
Par ailleurs, la tournure de l'intrigue, développant une comédie SF d'espionnage, lasse peu à peu. L'humour perd en noirceur et finit par s'autoalimenter vainement. La faute également à des illustrations donnant trop modérément le change.
Un récit imparfait, ne trouvant pas son rythme, sur un sujet important et maladroitement traité, y compris idéologiquement. Une grosse déception.
J'espérais une jolie comédie policière sur la thématique de la création et l'influence des critiques littéraires. Je me doutais que le sujet serait davantage survolé que traité, mais j'escomptais malgré tout passer un agréable moment.
Le bilan est plus contrasté encore. Côté intrigue, cela ne va pas du tout, l'ensemble est particulièrement bancal, mal développé, très confus.
Côté illustrations, il ne s'agit pas non plus des agréables aquarelles de Sylvain Bordesoules, davantage de formes épurées évoquant la géniale illustratrice jeunesse Sara, avec symptomatiquement, des personnages sans yeux, nez ni bouche (mais avec des doigts, allez comprendre !). Ce n'est pas inintéressant du tout, mais mal mis en valeur par un découpage initialement assez classique, puis oublié au profit d'un texte devenu omniprésent.
Ni une réussite esthétique, ni un agréable divertissement, ce projet n'en demeure pas moins intrigant, une promesse pour l'avenir d'une autrice encore balbutiante.
Je n'ai jamais lu un livre de Michel Houellebecq de ma vie, ayant peu d'intérêt pour lire des romans depuis bien longtemps. Évidemment, je le connais de nom vu que c'est sans doute l'auteur de langue française le plus controversé de la littérature française, mais j'ai juste jamais eu envie de lire ses romans et c'est pas cette adaptation qui va me faire changer d'avis.
Déjà, il faut savoir que l'album est publié dans un format normal, mais il faut le tourner pour le lire parce que les planches sont en format italiennes. C'est vraiment pas confortable pour lire, surtout pour moi qui aime bien lire dans les transports en communs. C'est un livre égoïste qui vous force à le lire uniquement à la maison, vous dictant comment vivre votre vie ! De plus, je n'aime pas trop la mise en scène. Il y a plusieurs pages où le dessin et le texte sont séparés, comme dans le bon vieux temps des premières bd françaises et je déteste ça. C'est sans doute par paresse vu qu'il y a beaucoup de textes, mais c'est aussi parce que j'ai souvent l'impression que le dessin sert à rien. Tant qu'à faire, lisez juste le roman.
Heureusement, il y a aussi de l'art séquentiel et de plus en plus au fil des pages. Du moins, de ce que j'ai lu parce que j'avoue que j'ai laissé tomber après 60 pages. Je ne suis jamais rentré dans le récit qui m'a ennuyé. C'est sans doute à cause de la mise en scène, mais même si c'était une bd traditionnelle 100% art séquentiel, je pense que je me serais quand même ennuyé et finit par lâcher l'album. C'est la biographie d'un artiste imaginaire et je ne suis pas du tout intéressé à sa vie. Tout ce qui lui arrive et ses états d'âmes artistes me sont passé au dessus de la tête. J'ai l'impression qu'il y a beaucoup de textes pour ne pas dire grand chose de bien intéressant. Honnêtement, je peux imaginer d'autres lecteurs mieux accrochés que moi. Je pense que l'univers de Houellebecq est juste pas pour moi.
Une femme est mystérieusement projetée dans un monde de fantasy sauvage où, au gré de bonds temporels incontrôlés, elle devient la figure quasi divine d'un peuple dont elle observe l'évolution, les progrès et les dérives au fil des siècles.
Le dessin est réussi. Les décors, les créatures et l'univers visuel dans son ensemble sont très bons, avec une vraie personnalité graphique qui donnait envie de découvrir l'histoire.
Malheureusement, je n'ai pas du tout accroché au récit.
Le premier chapitre est un véritable foutoir narratif. Entre les flashbacks, les ellipses, les hallucinations, les sauts temporels incessants et le monologue intérieur omniprésent de l'héroïne, on ne comprend quasiment rien à ce qu'il se passe. J'ai dû attendre le deuxième chapitre sur cinq pour commencer à saisir les enjeux et comprendre de quoi parlait l'histoire.
Le problème est que, une fois ce brouillard dissipé, l'intrigue ne m'a pas semblé si originale que cela. L'idée d'un personnage devenu malgré lui une sorte de divinité voyant ses enseignements déformés au fil des générations est un thème que j'ai déjà rencontré plusieurs fois en science-fiction. Cela aurait pu fonctionner si le récit avait été plus fluide, mais la narration ne cesse de se compliquer elle-même.
Le rythme est extrêmement haché et le récit est constamment encombré par de brèves visions fragmentaires de la vie passée de l'héroïne, le décès de son fils et les apparitions répétées de celui-ci sous une forme plus âgée. À cela s'ajoutent de longs textes narratifs censés raconter la légende de cette déesse sous forme de récit mythologique ampoulé, avec la mauvaise idée d'être écrits en lettres gothiques orange foncé sur fond noir, ce qui les rend assez illisibles.
À côté de ça, outre quelques rares dialogues, la lecture repose quasi exclusivement sur les monologues intérieurs de l'héroïne que j'ai trouvés lourds. À aucun moment je ne me suis attaché à elle, et tout ce qu'elle traversait m'a paru tellement abstrait et sans substance que je ne me suis jamais senti impliqué dans son histoire.
J'ai bien perçu les réflexions sur le deuil, l'évolution des civilisations ou la manière dont les religions et les traditions déforment progressivement les idées de leurs fondateurs. Mais ces thèmes sont noyés dans une narration inutilement compliquée qui m'a constamment rebuté.
Malgré ses qualités graphiques indéniables et quelques concepts intéressants, je suis resté totalement extérieur à cette histoire que j'ai trouvée confuse, bavarde et pénible à suivre du début à la fin.
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Alerte sur Ooxia ! Le récit mythique vendu (donné) à quelques milliers (milliards) d'exemplaires dans les stations Total il y a de ça des années, la légendaire œuvre collaborative au scénario si transcendant que les albums ont rapidement inondé les vides greniers et les caisses de dons, l'objet qui fut un temps la perle rare de ma bibliothèque avant que je décide de m'en séparer dans un excès de folie adolescente (ignarde que j'étais). L'histoire est celle de Lou et Mila, deux jeunes fringuants venus tout droit de Potagia, une sorte de village hippie où l'on se contente de tout faire pousser et de tout ramasser à la main (l'angoisse). Leur mode de vie laxe et leur tempérament couard rend la population extrêmement vulnérable et en fait la cible répétée des attaques du terrible Dr. Zaroff, sorte de génie du mal à la psyché torturée qui souhaite conquérir le monde - son plan doit être sacrément fin et complexe parce que mon pauvre cerveau simplet a du mal à faire le lien entre racketter des tomates et dominer le monde. Décidant un beau jour que s'en étant trop, notre énergique duo part donc à la recherche d'une mystérieuse énergie parfaite afin de pouvoir lutter contre le Dr. Zaroff. L'histoire sera donc constituée de (très) courtes aventures à travers Ooxia, nos héros passant de territoires en territoires à la recherche de différentes sources d'énergie. L'album se révèle malin, nous laissant transparaître les ficelles du scénario en poussant nos personnages à suivre littéralement le fil conducteur (qui prendra un court temps des allures de pipeline), nous invitant à réfléchir à la nature même de la création narrative et à remettre en question le fond de ce qui nous est présenté. Fort bien gentil à lui, sans ça je ne sais pas si j'aurais pu lire dans cette œuvre la subtile critique de notre rapport à l'énergie, à ses coût et à ses risques, que Total a généreusement décidé de nous présenter. De mauvaises langues pourrait croire que l'on chercherait ici au contraire à minimiser l'impact et les risques des énergies fossiles, mais face à ces critiques creuses je me gausse, l'œuvre est en réalité plus fine que ça ! On nous rappelle-même que les sources d'énergies qui ne sont pas infinies comme le pétrole et le charbon restent tout de même encore présentes en telle quantité que l'on peut continuer à les utiliser sans soucis. Les dessins sont travaillés, les styles variés, les personnages complexes et travaillés (pensée émue à Boris qui a réussi à me faire pleurer lors de sa tirade finale). Bref, une œuvre incroyable aujourd'hui malheureusement tombée dans l'oubli. Qui sait ce qu'une suite aurait pu donner…
L'Astro illustrée (L'Astrovérité)
Je n'ai pas lu l'intégrale parue en 2021. J'ai seulement parcouru quelques-uns des albums parus séparément chez Albin Michel, en commençant évidemment par celui consacré à mon propre signe. L'astrologie étant pour moi une vaste blague, j'abordais ces albums davantage comme des recueils humoristiques jouant avec les clichés associés aux différents signes que comme de prétendus portraits de personnalité. Sur le principe, pourquoi pas : si cela permet d'enchaîner les blagues et les caricatures, cela peut être amusant. Malheureusement, ce n'est pas drôle du tout. Chaque album est organisé par thèmes comme "amour et désir", "argent et succès", etc..., et chaque case est une affirmations censée décrire les comportements des natifs du signe concerné, accompagnée d'un petit dessin illustratif sensé être comique ou du moins relever avec légèreté le sujet de cette affirmation. Le dessin est correct, sans être désagréable, mais il est très formaté et sans personnalité. Il remplit sa fonction sans jamais susciter le moindre enthousiasme. L'humour ne m'a pas fait décrocher un sourire et m'a même très vite ennuyé. Quant aux affirmations zodiacales, elles sont complètement gratuites, une grande partie de celles concernant mon signe n'ayant strictement rien à voir avec moi. Alors qu'en général les prédictions astrologiques font exprès d'être suffisamment floues pour s'adapter à tout le monde, certaines ici sont clairement l'opposée de mon caractère. Entre un humour qui tombe à plat, des portraits astrologiques totalement gratuits et un dessin simplement passable, cette série m'est parue vide d'intérêt. Je n'ai pas pu tenir davantage que quelques pages de chaque album avant d'abandonner.
La Nuit de l'étoile
Que c'est horrible! C’est une niaiserie avec des paillettes limpides et des scintillements. Une concentration d’êtres irritants, allant des centaures et des sirènes aux dauphins. Tout avec des intentions vaguement mystiques et écologiques. Je parle surtout de l'histoire «la Nuit de l'étoile». Les dessins et les couleurs sont d’une pureté aveuglante, un paradis tropical en hommage au kitsch. Heureusement que cette chose n’a pas été rééditée. À éviter au nom du bon goût.
La Vérité sur...
Je viens de lire "La vérité sur les amoureuses" après l’avoir vu dans la bibliothèque de mon boulot et empruntée par les ados... En + de ne pas trouvé cela drôle, j’ai trouvé ça bourré de préjugés, sexistes, et carrément banalisant des scènes de viol et de violence. Je vais la retirer de la bibliothèque !
Le Journal des chats
Ouch ! Mais quelle idée de rééditer cet album en "version luxe" ? A part surfer sur la nouvelle notoriété de l'auteur revenu depuis quelques années sur le devant de la scène surement... En tout cas, moi qui suis pourtant assez fan de Ito, je me suis fait suer comme un rat mort avec cet album plus ou moins autobiographique. Ito y relate une tranche de vie avec ses deux chats en y mêlant une touche de fantastique/horreur qui fait sa marque de fabrique, sauf que là franchement, ça ne fonctionne pas du tout (avec moi en tout cas). Si on retrouve son coup de patte caractéristique, ces petites tranches de vie où ses chats jouent le rôle de créatures malignes, on y croit pas une seconde. Le fait de ne pas mettre de pupilles aux yeux de sa femme pour renforcer ce côté angoissant de ses récits ne fonctionne pas non plus. Tout comme le fait d'intégrer des pages questions lecteurs au fil des courtes histoires ; mais qu'est-ce que ça vient faire là dedans ??? Bref, heureusement que tout cela se lit très vite et que ce serra tout aussi vite oublié.
La Ferme des animaux
Je me suis toujours interrogé sur le sens de cette adaptation. Animal Farm d'Orwell n'est pas une fable destinée aux enfants. La dystopie animale aborde la dérive totalitaire des régimes révolutionnaires... Et pour les adultes, les dessins sont totalement ineptes. Même pour enfants, ils ne sont pas très beaux. Je me demande aussi ce que Jean Giraud est venu faire ici... P. S. : J'ai cependant un enfant pré-adolescent, accro aux jeux d'ordinateur, mais qui est en train de lire l'original en anglais. Il dit qu'il aime ça. L'espoir ne meurt jamais.
Les Marchés
Le projet est inattaquable : via une dystopie, interroger nos sociétés de moins en moins sociales-démocrates attaquant les droits sociaux pour en réduire drastiquement la voilure, jusqu'à remettre en cause l'équilibre originel, mais aussi son principe. La dystopie est ici sournoisement ironique, l'on navigue davantage du côté de Brazil que de 1984. L'absurdité du travail est moquée jusqu'à l'excès, mais avec une retenue poétique charmante, permettant à l'intrigue de développer sa mélancolie désabusée. Malheureusement, cette ligne de crête ne tient pas, et l'ajout d'un propos sur la religion est moins acerbe que ridicule. Il en va de même des peu compréhensibles relations amoureuses ou pire, de ce regard idéologiquement contre-productif sur la "fatigue de la jeune femme assistée". Par ailleurs, la tournure de l'intrigue, développant une comédie SF d'espionnage, lasse peu à peu. L'humour perd en noirceur et finit par s'autoalimenter vainement. La faute également à des illustrations donnant trop modérément le change. Un récit imparfait, ne trouvant pas son rythme, sur un sujet important et maladroitement traité, y compris idéologiquement. Une grosse déception.
Criticopolis
J'espérais une jolie comédie policière sur la thématique de la création et l'influence des critiques littéraires. Je me doutais que le sujet serait davantage survolé que traité, mais j'escomptais malgré tout passer un agréable moment. Le bilan est plus contrasté encore. Côté intrigue, cela ne va pas du tout, l'ensemble est particulièrement bancal, mal développé, très confus. Côté illustrations, il ne s'agit pas non plus des agréables aquarelles de Sylvain Bordesoules, davantage de formes épurées évoquant la géniale illustratrice jeunesse Sara, avec symptomatiquement, des personnages sans yeux, nez ni bouche (mais avec des doigts, allez comprendre !). Ce n'est pas inintéressant du tout, mais mal mis en valeur par un découpage initialement assez classique, puis oublié au profit d'un texte devenu omniprésent. Ni une réussite esthétique, ni un agréable divertissement, ce projet n'en demeure pas moins intrigant, une promesse pour l'avenir d'une autrice encore balbutiante.
La Carte et le Territoire
Je n'ai jamais lu un livre de Michel Houellebecq de ma vie, ayant peu d'intérêt pour lire des romans depuis bien longtemps. Évidemment, je le connais de nom vu que c'est sans doute l'auteur de langue française le plus controversé de la littérature française, mais j'ai juste jamais eu envie de lire ses romans et c'est pas cette adaptation qui va me faire changer d'avis. Déjà, il faut savoir que l'album est publié dans un format normal, mais il faut le tourner pour le lire parce que les planches sont en format italiennes. C'est vraiment pas confortable pour lire, surtout pour moi qui aime bien lire dans les transports en communs. C'est un livre égoïste qui vous force à le lire uniquement à la maison, vous dictant comment vivre votre vie ! De plus, je n'aime pas trop la mise en scène. Il y a plusieurs pages où le dessin et le texte sont séparés, comme dans le bon vieux temps des premières bd françaises et je déteste ça. C'est sans doute par paresse vu qu'il y a beaucoup de textes, mais c'est aussi parce que j'ai souvent l'impression que le dessin sert à rien. Tant qu'à faire, lisez juste le roman. Heureusement, il y a aussi de l'art séquentiel et de plus en plus au fil des pages. Du moins, de ce que j'ai lu parce que j'avoue que j'ai laissé tomber après 60 pages. Je ne suis jamais rentré dans le récit qui m'a ennuyé. C'est sans doute à cause de la mise en scène, mais même si c'était une bd traditionnelle 100% art séquentiel, je pense que je me serais quand même ennuyé et finit par lâcher l'album. C'est la biographie d'un artiste imaginaire et je ne suis pas du tout intéressé à sa vie. Tout ce qui lui arrive et ses états d'âmes artistes me sont passé au dessus de la tête. J'ai l'impression qu'il y a beaucoup de textes pour ne pas dire grand chose de bien intéressant. Honnêtement, je peux imaginer d'autres lecteurs mieux accrochés que moi. Je pense que l'univers de Houellebecq est juste pas pour moi.
Zojaqan
Une femme est mystérieusement projetée dans un monde de fantasy sauvage où, au gré de bonds temporels incontrôlés, elle devient la figure quasi divine d'un peuple dont elle observe l'évolution, les progrès et les dérives au fil des siècles. Le dessin est réussi. Les décors, les créatures et l'univers visuel dans son ensemble sont très bons, avec une vraie personnalité graphique qui donnait envie de découvrir l'histoire. Malheureusement, je n'ai pas du tout accroché au récit. Le premier chapitre est un véritable foutoir narratif. Entre les flashbacks, les ellipses, les hallucinations, les sauts temporels incessants et le monologue intérieur omniprésent de l'héroïne, on ne comprend quasiment rien à ce qu'il se passe. J'ai dû attendre le deuxième chapitre sur cinq pour commencer à saisir les enjeux et comprendre de quoi parlait l'histoire. Le problème est que, une fois ce brouillard dissipé, l'intrigue ne m'a pas semblé si originale que cela. L'idée d'un personnage devenu malgré lui une sorte de divinité voyant ses enseignements déformés au fil des générations est un thème que j'ai déjà rencontré plusieurs fois en science-fiction. Cela aurait pu fonctionner si le récit avait été plus fluide, mais la narration ne cesse de se compliquer elle-même. Le rythme est extrêmement haché et le récit est constamment encombré par de brèves visions fragmentaires de la vie passée de l'héroïne, le décès de son fils et les apparitions répétées de celui-ci sous une forme plus âgée. À cela s'ajoutent de longs textes narratifs censés raconter la légende de cette déesse sous forme de récit mythologique ampoulé, avec la mauvaise idée d'être écrits en lettres gothiques orange foncé sur fond noir, ce qui les rend assez illisibles. À côté de ça, outre quelques rares dialogues, la lecture repose quasi exclusivement sur les monologues intérieurs de l'héroïne que j'ai trouvés lourds. À aucun moment je ne me suis attaché à elle, et tout ce qu'elle traversait m'a paru tellement abstrait et sans substance que je ne me suis jamais senti impliqué dans son histoire. J'ai bien perçu les réflexions sur le deuil, l'évolution des civilisations ou la manière dont les religions et les traditions déforment progressivement les idées de leurs fondateurs. Mais ces thèmes sont noyés dans une narration inutilement compliquée qui m'a constamment rebuté. Malgré ses qualités graphiques indéniables et quelques concepts intéressants, je suis resté totalement extérieur à cette histoire que j'ai trouvée confuse, bavarde et pénible à suivre du début à la fin.