Il en est de certaines illustrations de couverture comme d'un croissant à la frangipane sur le présentoir d'une boulangerie : on craque, sans réfléchir, ça semble si bon. "Où le regard ne porte pas..." s'ouvre sur une toile de Magritte. Ce dessin extraordinaire, bleu comme l'enfer, aux deux enfants suspendus dans le vide, est le plus beau que j'ai vu depuis, peut-être, le premier tome de Blacksad. (attention, l'image fournie pas BDP n'est pas la bonne : le lettrage du titre a changé, et surtout s'inscrit en blanc sur le bleu, petit nuage accroché aux rêves des deux gamins...)
Un album double, déjà, à peine plus cher qu'un format standard... Olivier Pont aux dessins : tiens, c'est lui qui a réalisé cette couverture ? Le mec qui dessine les guides de La Honte, avec ces filles anguleuses qui ont toutes la même tête ? Vous pouvez ricaner, un peu, jusqu'à ce que les décors vous agrippent le regard pour ne plus vous faire penser à autre chose pendant les 90 pages du récit. C'est l'explosion du cadre, les collines italiennes arides et écrasées de soleil qui cherchent à déborder des frontières du livre : Pont est un grand gosse avec une boîte de peinture, qui s'amuse à reproduire la démesure du paysage ouvert devant lui. Toute l'italie paysanne du début du siècle m'a envahi les narines, je me suis retrouvé en plein Carlo Lévi, comme si "Le Christ s'est arrêté à Eboli" avait soudain croisé les collines de Pagnol. La chaleur, le bleu azur de la méditerrannée qui se confond avec celui du ciel, le mode de vie des paysans rudes et incultes, attachés à la terre de leur clan... impression étrange de voir un album de Philippe Francq qui aurait lâché règles et compas pour mettre de la rondeur partout, jusque dans les escarpes rocheuses des petites criques où se baignent les quatre héros.
Un univers foisonnant de personnages secondaires, depuis le père citadin effectuant son "retour à la terre" et persuadé de faire fortune dans la pêche grâce au progrès, dans lequel on ne peut s'empêcher de retrouver Jean de Florette avec qui il partage le même optimisme fanatique et le goût des calculs prévisionnels, jusqu'au chef de clan incapable de raisonner autrement qu'en termes de tradition et d'autarcie, que l'on pourrait croire sorti de Astérix en Corse.
Au coeur de l'histoire de ces adultes qui s'affrontent, moins pour la possession de la terre que pour une question d'incompréhension séculaire, les auteurs m'ont régalé de la naissance d'un amour encore incertain entre deux gamins, William le citadin, venu de Londres avec son père, et Lisa, adorable Lisa aux cheveux noirs qui connaît tous recoins de la garrigue. On pense à Pagnol, une nouvelle fois, pour l'amitié qui se crée entre Marcel et Lili, le coureur des collines... Quelle pudeur dans les regards, dans les sentiments ! Quelle justesse de ton aussi : là où certains font tomber amoureux des personnages le temps d'une page puis passent à autre chose, les auteurs font durer les rapports de tendresse chez ces enfants qui n'ont encore que dix ans. Tout est dans les attitudes, dans le non-dit : c'est dans les silences que l'histoire prend réellement forme, à la manière d'un récit de Larcenet... cet album, c'est Larcenet qui aurait dessiné un scénario de Claude Sautet. Les expressions des enfants, leurs visages, leurs petits gestes presque invisibles aux yeux des autres... C'est scandaleux d'être aussi doué, d'émouvoir à ce point avec une histoire qui n'a pas d'intrigue proprement dite, en dehors du mystère qui semble réunir les quatre enfants. On retiendra de nombreuses scènes déjà cultes, n'en doutez pas : les enfants qui jouent à "GeooOOOoorges" avec des herbes de provence, la tronche fabuleuse de l'âne à qui ont insère un piment rouge dans la rotondité charnue en guise d'épreuve initiatique, ou encore une poignée de main entre deux hommes, si discrète que personne ne la remarque, et qui scelle une amitié au premier regard.
Les dialogues sont en accord avec le reste : sans faute. Le récit, tout à tour raconté par William ou Lisa, se laisse porter par des réflexions enfantines parfaitement écrites, où décidément Pagnol aurait sa place. Ce n'est ni puéril ni infantile : c'est simplement "juste", tel que cela doit l'être, et souvent très drôle, aussi. Qui s'en plaindra ?
Une critique honteusement longue pour un album qui se défend très bien de lui-même. Ces derniers temps Dargaud semble décidé à publier de grandes bandes dessinées de qualité, et après Le Combat Ordinaire, "Où le regard ne porte pas..." est la première à m'émouvoir à ce point. La fin, aussi triste qu'elle est excitante, m'a achevé. Je compte déjà les jours d'ici le deuxième et probablement dernier tome.
Pourquoi comparer cette série à la série "Tirésias", qui est, c'est vrai, excellente?
Prise à part, cette serie reste très bonne. Le héros y est un peu plus invraisenblable, mais après tout, c'est un personnage mythologique, personne ne lui demande d'être réaliste. Le centaure m'a beaucoup fait rire et je trouve la fin en "douche froide" magistralement menée.
Mais Le Tendre nous a habitué à l'excellence! Si des lecteurs n'en sont pas convaincus, qu'ils lisent "Atalante", ils verront la différence!
Je suis peut être un peu généreux sur la quatrième étoile, mais les avis précédents me semblent un peu sévères.
Tous les ingrédients du western spaghetti y sont : un trésor des sudistes, les personnages en fuite perpétuelle, des méchants très forts et très méchants, un renégat indien, un jeune "cowboy" teigneux, de jolies femmes, un vieux shérif grincheux, des fusillades... Le tout traité avec entrain et humour.
Alors pourquoi bouder son plaisir, tisane de tisane!
"Candélabres" est une série particulière, d'une part à cause des couvertures des moins attirantes, et d'autre part à cause d'un graphisme assez clair, pauvre parfois (souvent) en décor et des couleurs qui heureusement s'améliorent dès le second tome.
Jusqu'ici, rien d'exceptionnel, et pourtant la série n'a rien de mauvais car sa force réside essentiellement dans le scénario et celui-ci fait réellement oublier les défauts precedemment cités. Le handicap d'un garçon et sa guérison, la rencontre avec un personnage assez mystique dans un univers fantastique sont tellement bien racontés qu'il m'a été impossible de décrocher de la série avant d'avoir lu les 3 tomes. Une grande réussite qui aurait mérité la note suprême si le dessin avait été meilleur.
Voir Venise et mourir, voilà bien l'esprit de cette BD. Les aventures picaresques du héros et de son valet dans la Venise de la renaissance sont tout à fait envoûtantes. Séducteur invétéré, Giacomo poursuit ses chimères, et on est touché par la tristesse qui habite ce personnage.
D'habitude, je suis moyennement fan des scénarii un peu alambiqués et capilotractés de Dufaux, mais là, je dois dire qu'il ne tombe pas dans ses travers.
De plus, les albums de cette série ne sont pas trop chers. Un bon investissement.
Chaussez les pantoufles de l'aventure!
Avec Raymond Calbuth (quel homme), le peignoir matelassé reprend du poil de la bête, les charentaises redressent la semelle, le lyrisme hollywoodien envahit l'arrière-cuisine, fait vibrer la porte du frigo et frissoner la gazinière. La grande muraille de chine est au bout du couloir (à gauche).
Voici la vibrante saga de l'homme face à la conspiration des pots de yaourts qui fuient et de la confiture qui dégouline par les trous de la tartine... (4 de couv' )
Un scénario plein de rebondissements, Raymond a se charme indéfinissable du héros malgré lui, quant à Monique, elle est une gazelle frétillante sachant s'adapter telle la Jane moyenne de la jungle!
En bref, vous rifougnerez (rire bêtement) à parcourir la grande vie de se couple dont le quotidien est semé de pièges terribles mais néanmoins surmontables!
Les couleurs et le scénario assurés par notre ami Tronchet, habitué de Fluide Glacial avec le fameux Jean-claude Tergal, sont fidéles à son coup de crayon avec un petit côté flash qui réhausse les faces réjouits de notre couple de français moyens.
Du vrai, du beauf. Un régal car la platitude du quotidien se transforme pour vous aider à surmonter la vie, adoptez les techniques du couple Calbuth: "Jamais plus de cinquante ans avec la même femme!"
Ce doit être un livre de référence pour son originalité ! J'adhère à mort à la philosophie Tronchet et je l'applique dès ce jour.
Qui ne connait pas Edika ?
La vie selon lui est faite d’une part de cocasse et d’autre part d’inimaginables détournements de situation!
Dans ses albums, on trouve plusieurs thèmes généraux du quotidien délirant de l’auteur et de nous-mêmes par la même occasion!
Il est porté sur les grosses poitrines et les gros nez aussi.
Y’en a donc pour tous les goûts.
Après avoir feuilleté ces pages, vous ne pourrez vous empêcher de regarder vos voisins ou les gens dans la rue d’un autre oeil.
L’attente d’un dérapage loufoque et parodique vous laissera peut-être sur votre faim.
Pour ma part, depuis que je connais cet auteur pilier de Fluide (falouide gloziol), je ne peux m'empêcher de laisser mon esprit terminer fatidiquement à la Edika toute scène un tant soit peut insipide de la vie quotidienne!
Et que dire du bouglou à sens giratoire inversé que je cherche désespérement depuis longtemps dans toutes pages accessoires des magazines vpc! (si vous le trouvez mailez moi, please!)
Un dessin caricatural et grotesque, selon le souhait de l’auteur je précise, car il manit le crayon bien mieux qu’il n’y paraît.
Le noir et blanc suffisent à la mise en page.
Seul hic, les textes à lire sont parfois très longs, mais valent la peine qu’on s’y colle , car l’inénarrable s’y trouve à chaque virgule ou point virgule.
En résumé, Edika est top marrant, mais à lire avec modération car les historiettes sont chargées de détails et de divagation rocambolesques et sont à digérer une par une et par jour.
Ceci dit, rien ne vous empêchera de vous plonger dans les autres albums « fluide glacial » si vous êtes en manque de délire. (oui j'ai des actions chez fluide ;) )
Excellentissime!
J’ai été totalement captivée par l’histoire et l’intrigue qui s’est nouée pendant ma lecture.
Un scénario très bien ficelé, au début je l’avoue, n’étant pas très « guerre » je me suis laissée influencée négativement par le titre (eh oui que voulez-vous on n'échappe pas au cliché)
Mais c’est en lisant les avis précédents que je suis passée outre mon impression négative et que j’ai plongé littéralement dans cette histoire inattendue.
Le graphisme est magnifique, des couleurs rayonnantes et explosives.
Le mélange dessin et modélisation 3D est bien dosé et donne surtout une atmosphére exceptionnellement chaleureuse. Du bel art avant-gardiste.
Quant aux personnages ils sont tout simplement capivants par leur personnalité, leur passé et ce qu’on imagine de leur destin futur.
J’ai fermé le tome, et j’ai presque cru avoir vu un film. Dingue non!
Je découvre seulement cette série et je n’ai qu’un hâte : acheté la suite dès demain, ou peut-être après demain, mais pas plus tard.
Et une éloge de plus! hop... J'ai aimé, beaucoup aimé ce conte.
Je dirais que le grand pouvoir de chninkel est une histoire hautement spirituelle, que tous les personnages, au-delà d'être touchants, sont l'essence même de ce qui vit au fond de nous. Ceci est l'impression que j'ai eu en achevant le récit et en le relisant moultzs fois. La parcelle de l'univers pleine d'une leçon divine est terrifiante d'immensité et de pouvoir absolu.
Il est clair que l'analogie entre l'aventure de ce petit esclave qui devient un symbole mystique et l'histoire d'un élu pas si éloigné de nous est évidente. Quoiqu'il en soit, il existe dans le déroulement et dans la conclusion une fatalité surprenante, et même déroutante.
Les auteurs ont su tracer une originalité dans un thème finalement récurrent dans la bd : des dieux ou entités suprêmes manipulants des êtres inférieurs, des leçons de vies pour des évolutions forcées et libératrices pour nos peurs et nos doutes.
La boucle est bouclée, l'univers est comme comme un cercle infini où tout ce qui a une fin créé un commencement...et ainsi de suite. Voilà donc un bon point, à mon sens, pour le scénario, passons maintenant au dessin.
J'ai lu la version N & B(non, non pas r'n&b!) et j'ai feuilleté la version couleurs... Je préfère de loin la première, je trouve que la simplicité dégagée par ces 2 tons donne l'ambiance du récit. Le lecteur peut se focaliser entiérement sur les personnages et le trait seul, sur leurs visages qui expriment vivement leurs sentiments, surtout les grands yeux noirs des chninkels. Et je n'imagine pas Volga autrement que en noir et blanc. J'ai pu plonger dans le trait directement et laisser mon imagination naviguer. (Pfiou j'sais pas si je vais revenir de là bas moi!)
En bref, j'ai aussi beaucoup apprécié le graphisme parfois très net et parfois plus sombre. Le découpage en courts chapitres facilite la lecture également, car la vie fait que parfois nous avons des tâches à accomplir, donc pas le temps de lire d'une traite (eh oui, les droits zet devoirs...). Par conséquent, on peut interrompre l'aventure sans autre souci que d'y retourner vite.
Cette BD est excellente à tous niveaux, tel est mon avis; je ne suis pas spécialement fan de "Thorgal", mais je trouve que les auteurs ont su différencier leur style pour une oeuvre dans laquelle ils ont mis peu de leur esprit et beaucoup de leur âme.
Alors, merci pour ce moment de lecture bien sympathique que je ne saurais que trop vous conseiller.
Cette épopée fantastique où les personnages sont envoûtants, a été pour moi la découverte du monde H-F. Depuis je suis mordue de chez mordue (j'en ai encore des marques). Trêve de plaisanteries, La quête fut pour moi une révélation, à deux niveau. La première, je dois absolument me procurer un fouet! La seconde, me teindre en rousse! ;)
Bon d'accord, je vous avoue être totalement subjective par rapport à Loisel, comme à mon habitude, je défend tous crocs sortis les auteurs que j'apprécie. Loisel en fait partie, je trouve son graphisme remarquable et coruscant (j'adore ce mot, donc il fallait que je le place). Ce dessinateur a une touche particulière et personnelle, teintée de couleurs chatoyantes, qui ne lasse jamais le regard porté à son oeuvre. Je l'encense me direz-vous!
Eh bien oui car il le mérite totalement, tout ce que j'ai pu lire de lui est superbe et marque vraimant l'esprit.
La quête est une aventure qui est à la base de la bd HF. Elle porte le blason de la réussite car elle séduit aussi bien les adultes que les enfants dès 10 ans.
Par contre le T5, qui ouvre une nouvelle série, m'a beaucoup moins enchanté. Donc je suis définitivement passionnée par les 4 premiers opus.
Et je vous conseille aussi bien la lecture que l'achat ou encore pour l'offrir. Que du bon et du bonheur ici.
En France, les livres sont au même prix partout. C'est la loi !
Avec BDfugue, vous payez donc le même prix qu'avec les géants de la vente en ligne mais pour un meilleur service :
des promotions et des goodies en permanence
des réceptions en super état grâce à des cartons super robustes
une équipe joignable en cas de besoin
2. C'est plus avantageux pour nous
Si BDthèque est gratuit, il a un coût.
Pour financer le service et le faire évoluer, nous dépendons notamment des achats que vous effectuez depuis le site. En effet, à chaque fois que vous commencez vos achats depuis BDthèque, nous touchons une commission. Or, BDfugue est plus généreux que les géants de la vente en ligne !
3. C'est plus avantageux pour votre communauté
En choisissant BDfugue plutôt que de grandes plateformes de vente en ligne, vous faites la promotion du commerce local, spécialisé, éthique et indépendant.
Meilleur pour les emplois, meilleur pour les impôts, la librairie indépendante promeut l'émergence des nouvelles séries et donc nos futurs coups de cœur.
Chaque commande effectuée génère aussi un don à l'association Enfance & Partage qui défend et protège les enfants maltraités. Plus d'informations sur bdfugue.com
Pourquoi Cultura ?
Indépendante depuis sa création en 1998, Cultura se donne pour mission de faire vivre et aimer la culture.
La création de Cultura repose sur une vision de la culture, accessible et contributive. Nous avons ainsi considéré depuis toujours notre responsabilité sociétale, et par conviction, développé les pratiques durables et sociales. C’est maintenant au sein de notre stratégie de création de valeur et en accord avec les Objectifs de Développement Durable que nous déployons nos actions. Nous traitons avec lucidité l’impact de nos activités, avec une vision de long terme. Mais agir en responsabilité implique d’aller bien plus loin, en contribuant positivement à trois grands enjeux de développement durable.
Nos enjeux environnementaux
Nous sommes résolument engagés dans la réduction de notre empreinte carbone, pour prendre notre part dans la lutte contre le réchauffement climatique et la préservation de la planète.
Nos enjeux culturels et sociétaux
La mission de Cultura est de faire vivre et aimer la culture. Pour cela, nous souhaitons stimuler la diversité des pratiques culturelles, sources d’éveil et d’émancipation.
Nos enjeux sociaux
Nous accordons une attention particulière au bien-être de nos collaborateurs à la diversité, l’inclusion et l’égalité des chances, mais aussi à leur épanouissement, en encourageant l’expression des talents artistiques.
Votre vote
Où le regard ne porte pas...
Il en est de certaines illustrations de couverture comme d'un croissant à la frangipane sur le présentoir d'une boulangerie : on craque, sans réfléchir, ça semble si bon. "Où le regard ne porte pas..." s'ouvre sur une toile de Magritte. Ce dessin extraordinaire, bleu comme l'enfer, aux deux enfants suspendus dans le vide, est le plus beau que j'ai vu depuis, peut-être, le premier tome de Blacksad. (attention, l'image fournie pas BDP n'est pas la bonne : le lettrage du titre a changé, et surtout s'inscrit en blanc sur le bleu, petit nuage accroché aux rêves des deux gamins...) Un album double, déjà, à peine plus cher qu'un format standard... Olivier Pont aux dessins : tiens, c'est lui qui a réalisé cette couverture ? Le mec qui dessine les guides de La Honte, avec ces filles anguleuses qui ont toutes la même tête ? Vous pouvez ricaner, un peu, jusqu'à ce que les décors vous agrippent le regard pour ne plus vous faire penser à autre chose pendant les 90 pages du récit. C'est l'explosion du cadre, les collines italiennes arides et écrasées de soleil qui cherchent à déborder des frontières du livre : Pont est un grand gosse avec une boîte de peinture, qui s'amuse à reproduire la démesure du paysage ouvert devant lui. Toute l'italie paysanne du début du siècle m'a envahi les narines, je me suis retrouvé en plein Carlo Lévi, comme si "Le Christ s'est arrêté à Eboli" avait soudain croisé les collines de Pagnol. La chaleur, le bleu azur de la méditerrannée qui se confond avec celui du ciel, le mode de vie des paysans rudes et incultes, attachés à la terre de leur clan... impression étrange de voir un album de Philippe Francq qui aurait lâché règles et compas pour mettre de la rondeur partout, jusque dans les escarpes rocheuses des petites criques où se baignent les quatre héros. Un univers foisonnant de personnages secondaires, depuis le père citadin effectuant son "retour à la terre" et persuadé de faire fortune dans la pêche grâce au progrès, dans lequel on ne peut s'empêcher de retrouver Jean de Florette avec qui il partage le même optimisme fanatique et le goût des calculs prévisionnels, jusqu'au chef de clan incapable de raisonner autrement qu'en termes de tradition et d'autarcie, que l'on pourrait croire sorti de Astérix en Corse. Au coeur de l'histoire de ces adultes qui s'affrontent, moins pour la possession de la terre que pour une question d'incompréhension séculaire, les auteurs m'ont régalé de la naissance d'un amour encore incertain entre deux gamins, William le citadin, venu de Londres avec son père, et Lisa, adorable Lisa aux cheveux noirs qui connaît tous recoins de la garrigue. On pense à Pagnol, une nouvelle fois, pour l'amitié qui se crée entre Marcel et Lili, le coureur des collines... Quelle pudeur dans les regards, dans les sentiments ! Quelle justesse de ton aussi : là où certains font tomber amoureux des personnages le temps d'une page puis passent à autre chose, les auteurs font durer les rapports de tendresse chez ces enfants qui n'ont encore que dix ans. Tout est dans les attitudes, dans le non-dit : c'est dans les silences que l'histoire prend réellement forme, à la manière d'un récit de Larcenet... cet album, c'est Larcenet qui aurait dessiné un scénario de Claude Sautet. Les expressions des enfants, leurs visages, leurs petits gestes presque invisibles aux yeux des autres... C'est scandaleux d'être aussi doué, d'émouvoir à ce point avec une histoire qui n'a pas d'intrigue proprement dite, en dehors du mystère qui semble réunir les quatre enfants. On retiendra de nombreuses scènes déjà cultes, n'en doutez pas : les enfants qui jouent à "GeooOOOoorges" avec des herbes de provence, la tronche fabuleuse de l'âne à qui ont insère un piment rouge dans la rotondité charnue en guise d'épreuve initiatique, ou encore une poignée de main entre deux hommes, si discrète que personne ne la remarque, et qui scelle une amitié au premier regard. Les dialogues sont en accord avec le reste : sans faute. Le récit, tout à tour raconté par William ou Lisa, se laisse porter par des réflexions enfantines parfaitement écrites, où décidément Pagnol aurait sa place. Ce n'est ni puéril ni infantile : c'est simplement "juste", tel que cela doit l'être, et souvent très drôle, aussi. Qui s'en plaindra ? Une critique honteusement longue pour un album qui se défend très bien de lui-même. Ces derniers temps Dargaud semble décidé à publier de grandes bandes dessinées de qualité, et après Le Combat Ordinaire, "Où le regard ne porte pas..." est la première à m'émouvoir à ce point. La fin, aussi triste qu'elle est excitante, m'a achevé. Je compte déjà les jours d'ici le deuxième et probablement dernier tome.
La Gloire d'Héra
Pourquoi comparer cette série à la série "Tirésias", qui est, c'est vrai, excellente? Prise à part, cette serie reste très bonne. Le héros y est un peu plus invraisenblable, mais après tout, c'est un personnage mythologique, personne ne lui demande d'être réaliste. Le centaure m'a beaucoup fait rire et je trouve la fin en "douche froide" magistralement menée. Mais Le Tendre nous a habitué à l'excellence! Si des lecteurs n'en sont pas convaincus, qu'ils lisent "Atalante", ils verront la différence!
Gibier de potence
Je suis peut être un peu généreux sur la quatrième étoile, mais les avis précédents me semblent un peu sévères. Tous les ingrédients du western spaghetti y sont : un trésor des sudistes, les personnages en fuite perpétuelle, des méchants très forts et très méchants, un renégat indien, un jeune "cowboy" teigneux, de jolies femmes, un vieux shérif grincheux, des fusillades... Le tout traité avec entrain et humour. Alors pourquoi bouder son plaisir, tisane de tisane!
Candélabres
"Candélabres" est une série particulière, d'une part à cause des couvertures des moins attirantes, et d'autre part à cause d'un graphisme assez clair, pauvre parfois (souvent) en décor et des couleurs qui heureusement s'améliorent dès le second tome. Jusqu'ici, rien d'exceptionnel, et pourtant la série n'a rien de mauvais car sa force réside essentiellement dans le scénario et celui-ci fait réellement oublier les défauts precedemment cités. Le handicap d'un garçon et sa guérison, la rencontre avec un personnage assez mystique dans un univers fantastique sont tellement bien racontés qu'il m'a été impossible de décrocher de la série avant d'avoir lu les 3 tomes. Une grande réussite qui aurait mérité la note suprême si le dessin avait été meilleur.
Giacomo C.
Voir Venise et mourir, voilà bien l'esprit de cette BD. Les aventures picaresques du héros et de son valet dans la Venise de la renaissance sont tout à fait envoûtantes. Séducteur invétéré, Giacomo poursuit ses chimères, et on est touché par la tristesse qui habite ce personnage. D'habitude, je suis moyennement fan des scénarii un peu alambiqués et capilotractés de Dufaux, mais là, je dois dire qu'il ne tombe pas dans ses travers. De plus, les albums de cette série ne sont pas trop chers. Un bon investissement.
Raymond Calbuth
Chaussez les pantoufles de l'aventure! Avec Raymond Calbuth (quel homme), le peignoir matelassé reprend du poil de la bête, les charentaises redressent la semelle, le lyrisme hollywoodien envahit l'arrière-cuisine, fait vibrer la porte du frigo et frissoner la gazinière. La grande muraille de chine est au bout du couloir (à gauche). Voici la vibrante saga de l'homme face à la conspiration des pots de yaourts qui fuient et de la confiture qui dégouline par les trous de la tartine... (4 de couv' ) Un scénario plein de rebondissements, Raymond a se charme indéfinissable du héros malgré lui, quant à Monique, elle est une gazelle frétillante sachant s'adapter telle la Jane moyenne de la jungle! En bref, vous rifougnerez (rire bêtement) à parcourir la grande vie de se couple dont le quotidien est semé de pièges terribles mais néanmoins surmontables! Les couleurs et le scénario assurés par notre ami Tronchet, habitué de Fluide Glacial avec le fameux Jean-claude Tergal, sont fidéles à son coup de crayon avec un petit côté flash qui réhausse les faces réjouits de notre couple de français moyens. Du vrai, du beauf. Un régal car la platitude du quotidien se transforme pour vous aider à surmonter la vie, adoptez les techniques du couple Calbuth: "Jamais plus de cinquante ans avec la même femme!" Ce doit être un livre de référence pour son originalité ! J'adhère à mort à la philosophie Tronchet et je l'applique dès ce jour.
Edika
Qui ne connait pas Edika ? La vie selon lui est faite d’une part de cocasse et d’autre part d’inimaginables détournements de situation! Dans ses albums, on trouve plusieurs thèmes généraux du quotidien délirant de l’auteur et de nous-mêmes par la même occasion! Il est porté sur les grosses poitrines et les gros nez aussi. Y’en a donc pour tous les goûts. Après avoir feuilleté ces pages, vous ne pourrez vous empêcher de regarder vos voisins ou les gens dans la rue d’un autre oeil. L’attente d’un dérapage loufoque et parodique vous laissera peut-être sur votre faim. Pour ma part, depuis que je connais cet auteur pilier de Fluide (falouide gloziol), je ne peux m'empêcher de laisser mon esprit terminer fatidiquement à la Edika toute scène un tant soit peut insipide de la vie quotidienne! Et que dire du bouglou à sens giratoire inversé que je cherche désespérement depuis longtemps dans toutes pages accessoires des magazines vpc! (si vous le trouvez mailez moi, please!) Un dessin caricatural et grotesque, selon le souhait de l’auteur je précise, car il manit le crayon bien mieux qu’il n’y paraît. Le noir et blanc suffisent à la mise en page. Seul hic, les textes à lire sont parfois très longs, mais valent la peine qu’on s’y colle , car l’inénarrable s’y trouve à chaque virgule ou point virgule. En résumé, Edika est top marrant, mais à lire avec modération car les historiettes sont chargées de détails et de divagation rocambolesques et sont à digérer une par une et par jour. Ceci dit, rien ne vous empêchera de vous plonger dans les autres albums « fluide glacial » si vous êtes en manque de délire. (oui j'ai des actions chez fluide ;) )
Universal War One
Excellentissime! J’ai été totalement captivée par l’histoire et l’intrigue qui s’est nouée pendant ma lecture. Un scénario très bien ficelé, au début je l’avoue, n’étant pas très « guerre » je me suis laissée influencée négativement par le titre (eh oui que voulez-vous on n'échappe pas au cliché) Mais c’est en lisant les avis précédents que je suis passée outre mon impression négative et que j’ai plongé littéralement dans cette histoire inattendue. Le graphisme est magnifique, des couleurs rayonnantes et explosives. Le mélange dessin et modélisation 3D est bien dosé et donne surtout une atmosphére exceptionnellement chaleureuse. Du bel art avant-gardiste. Quant aux personnages ils sont tout simplement capivants par leur personnalité, leur passé et ce qu’on imagine de leur destin futur. J’ai fermé le tome, et j’ai presque cru avoir vu un film. Dingue non! Je découvre seulement cette série et je n’ai qu’un hâte : acheté la suite dès demain, ou peut-être après demain, mais pas plus tard.
Le Grand Pouvoir du Chninkel
Et une éloge de plus! hop... J'ai aimé, beaucoup aimé ce conte. Je dirais que le grand pouvoir de chninkel est une histoire hautement spirituelle, que tous les personnages, au-delà d'être touchants, sont l'essence même de ce qui vit au fond de nous. Ceci est l'impression que j'ai eu en achevant le récit et en le relisant moultzs fois. La parcelle de l'univers pleine d'une leçon divine est terrifiante d'immensité et de pouvoir absolu. Il est clair que l'analogie entre l'aventure de ce petit esclave qui devient un symbole mystique et l'histoire d'un élu pas si éloigné de nous est évidente. Quoiqu'il en soit, il existe dans le déroulement et dans la conclusion une fatalité surprenante, et même déroutante. Les auteurs ont su tracer une originalité dans un thème finalement récurrent dans la bd : des dieux ou entités suprêmes manipulants des êtres inférieurs, des leçons de vies pour des évolutions forcées et libératrices pour nos peurs et nos doutes. La boucle est bouclée, l'univers est comme comme un cercle infini où tout ce qui a une fin créé un commencement...et ainsi de suite. Voilà donc un bon point, à mon sens, pour le scénario, passons maintenant au dessin. J'ai lu la version N & B(non, non pas r'n&b!) et j'ai feuilleté la version couleurs... Je préfère de loin la première, je trouve que la simplicité dégagée par ces 2 tons donne l'ambiance du récit. Le lecteur peut se focaliser entiérement sur les personnages et le trait seul, sur leurs visages qui expriment vivement leurs sentiments, surtout les grands yeux noirs des chninkels. Et je n'imagine pas Volga autrement que en noir et blanc. J'ai pu plonger dans le trait directement et laisser mon imagination naviguer. (Pfiou j'sais pas si je vais revenir de là bas moi!) En bref, j'ai aussi beaucoup apprécié le graphisme parfois très net et parfois plus sombre. Le découpage en courts chapitres facilite la lecture également, car la vie fait que parfois nous avons des tâches à accomplir, donc pas le temps de lire d'une traite (eh oui, les droits zet devoirs...). Par conséquent, on peut interrompre l'aventure sans autre souci que d'y retourner vite. Cette BD est excellente à tous niveaux, tel est mon avis; je ne suis pas spécialement fan de "Thorgal", mais je trouve que les auteurs ont su différencier leur style pour une oeuvre dans laquelle ils ont mis peu de leur esprit et beaucoup de leur âme. Alors, merci pour ce moment de lecture bien sympathique que je ne saurais que trop vous conseiller.
La Quête de l'Oiseau du Temps
Cette épopée fantastique où les personnages sont envoûtants, a été pour moi la découverte du monde H-F. Depuis je suis mordue de chez mordue (j'en ai encore des marques). Trêve de plaisanteries, La quête fut pour moi une révélation, à deux niveau. La première, je dois absolument me procurer un fouet! La seconde, me teindre en rousse! ;) Bon d'accord, je vous avoue être totalement subjective par rapport à Loisel, comme à mon habitude, je défend tous crocs sortis les auteurs que j'apprécie. Loisel en fait partie, je trouve son graphisme remarquable et coruscant (j'adore ce mot, donc il fallait que je le place). Ce dessinateur a une touche particulière et personnelle, teintée de couleurs chatoyantes, qui ne lasse jamais le regard porté à son oeuvre. Je l'encense me direz-vous! Eh bien oui car il le mérite totalement, tout ce que j'ai pu lire de lui est superbe et marque vraimant l'esprit. La quête est une aventure qui est à la base de la bd HF. Elle porte le blason de la réussite car elle séduit aussi bien les adultes que les enfants dès 10 ans. Par contre le T5, qui ouvre une nouvelle série, m'a beaucoup moins enchanté. Donc je suis définitivement passionnée par les 4 premiers opus. Et je vous conseille aussi bien la lecture que l'achat ou encore pour l'offrir. Que du bon et du bonheur ici.