Les derniers avis (39914 avis)

Par Présence
Note: 4/5
Couverture de la série Invisible Woman - Agent trouble
Invisible Woman - Agent trouble

Espionnage et code moral - Ce tome contient une histoire complète qui ne nécessite pas de connaissance particulière du personnage. Il comprend les cinq épisodes de la minisérie, initialement parus en 2019, écrits par Mark Waid, dessinés, encrés et mis en couleurs par Mattia De Iulis. Les couvertures ont été réalisées par Adam Hughes, en pleine forme. Les couvertures variantes ont été réalisées par Steve McNiven, Stéphanie Hans, Jack Kirby, Amanda Conner. Il y a 10 ans à la frontière de la Hongrie et du Bahzelstan, un groupe d'une dizaine de personnes se présente pour passer la frontière. Ils sont menés par un homme (Aidan Tinteach) et une femme brune qui présentent les papiers en ordre aux gardes frontaliers dont un qui s'est un peu réchauffé en buvant discrètement. Il s'écarte un peu pour reprendre ses esprits et bute contre une personne invisible. Tintreach s'empare de l'arme de l'autre garde et ouvre le feu pour créer une diversion et attirer l'attention. Il confie un pistolet à Sue Storm et lui dit de faire passer le transfuge. Elle se met à courir avec le réfugié et saute dans le champ de neige en contrebas, les rendant tous les deux invisibles. Malheureusement la neige tombante rend visibles les contours de leur silhouette. Elle réagit en rendant invisible le fusil du militaire qui n'arrive plus à viser. Ils se remettent à courir poursuivis par le soldat. Celui-ci est estourbi par derrière par Aidan Tintreach. Ils parviennent à atteindre la voiture qui les attend et Nick Fury démarre en trombe en souhaitant la bienvenue au professeur, et en indiquant à ses 2 agents qu'ils sont en retard sur l'horaire prévu. De retour à New York, Aidan et Sue se disent au revoir à l'aéroport et Sue part rejoindre l'équipe des Fantastic Four. Au temps présent, Sue porte le double nom de Storm-Richards et remplit les rôles de mère pour Franklin & Valeria, d'épouse pour Reed, de grande sœur pour Johnny, et d'amie pour Ben. Sans parler de ses aventures cosmiques avec cette équipe. Mais aujourd'hui elle apprécie l'une des plus belles choses de l'univers : une tasse de café en se promenant à Central Park. Elle reçoit un appel lui demandant de se rendre à Langlay en Virginie, dans le quartier général de la CIA. Elle y est reçue par le directeur Balenthorpe qui l'informe que 6 étudiants américains (Christopher Joyner, Kristen O'Neil, Lori Rushcraft, Robert Nathan, Arjun Minhak, et Michel Irving) sont détenus dans en Moravie, un pays hostile aux États-Unis. Dans le même temps, au cours d'une mission sans rapport avec ces détentions, l'agent Aidan Tontreach a été capturé par l'armée de la Moravie. Il est détenu quelque part mais pas à l'intérieur du pays. Il a réussi à faire parvenir un message réduit à un seul mot : Stormy. Le directeur exige de Sue Richards que surtout elle n'intervienne pas, pour ne pas faire empirer la situation. De retour au Baxter Building, elle prépare un des avions pour aller enquêter. Elle a la surprise d'être attendue dans le hangar par Nick Fury junior. Quand il annonce cette minisérie, l'éditeur Marvel précise qu'il s'agit de la première fois que Invisible Woman (personnage créé en 1961) en a une qui porte son nom. Le lecteur suppose qu'il va découvrir une histoire où elle combat un supercriminel en provenance des ennemis des Fantastic Four. En fait, Mark Waid reprend une idée qu'il avait introduite en 2015 dans l'épisode 4 de la série S.H.I.E.L.D. : du fait de ses pouvoirs, Sue Storm-Richards a été recrutée par les services secrets des États-Unis pour réaliser des missions ponctuelles d'espionnage. Avec le recul, ce choix permet au scénariste de raconter une histoire dans laquelle Sue Storm-Richards est indépendante de ses coéquipiers, de la mettre en scène comme personnage autonome dans une aventure spécifique pour ce personnage, à l'opposé d'une enquête ou de combats génériques au cours desquels l'identité du héros n'a pas beaucoup d'incidence. Avec la séquence introductive, Mark Waid établit en 8 pages la relation préexistante entre Sue Richards et un autre agent secret, et montre en quoi les pouvoirs de cette superhéroïne sont des compétences pertinentes dans le métier d'espion. Il parvient à trouver le bon équilibre entre l'utilisation de l'invisibilité et des champs de force, et les capacités des êtres humains, de manière que Sue Richards ne donne pas l'impression d'avancer sans coup férir. Mattia De Iulis réalise ses planches à l'infographie en conservant un trait de contour pour détourer les formes. La séquence sous la neige est magnifique : il joue sur les nuances de gris et les effets spéciaux pour les flocons de neige, rendant compte de la semi-invisibilité compromise par la neige. Ayant ainsi établi Sue Storm-Richards comme un personnage indépendant et autonome, Mark Waid peut montrer l'enquête pour retrouver Aidan Tintreach. Il met à profit plusieurs personnages de l'univers partagé Marvel évoluant dans le monde l'espionnage : la brève apparition de Nick Fury et de Nick Fury junior, et de deux autres espionnes. Il ne s'en sert ni comme de faire valoir bon marché en inondant le récit avec, ni comme de professionnels qui viennent remettre Sue Richards à sa place. Il utilise plusieurs conventions du genre espionnage : les interventions en pleine rue au nez et à la barbe des civils, les ordres hypocrites de la hiérarchie pour conserver un degré suffisant de dénégation plausible (allant de On ne savait pas, à Ce n'est pas l'ordre qu'on avait donné), la rencontre avec des individus exotiques en marge de la société (un beau concours de descente de shots d'alcool), des agents doubles et une technologie d'anticipation. Mattia De Iulis réalise des planches évoquant celles d'Adi Granov, avec une puissance moindre. L'artiste a choisi de représenter Sue Storm-Richards comme une femme d'une trentaine d'années, athlétique sans être musculeuse. Il lui a donné une coupe de cheveux qui lui arrivent jusque sur la poitrine et qu'elle n'attache pas. Il n'exagère jamais ses courbes, qu'elle soit en costume civil ou en tenue moulante. Il ne s'agit pas pour lui de la faire défiler pour mettre en valeur sa garde-robe. Il l'habille des tenues adaptées aux circonstances en fonction du climat et de son activité : parka lorsqu'il neige, jean et débardeur pour a promenade dans le parc, tenue moulante et long imperméable pour une mission d'infiltration, magnifique robe de soirée pour une réception. Mattia De Iuli réalise des dessins sophistiqués, de type naturaliste et descriptif avec une mise en couleurs riche venant apporter la majeure partie des informations visuelles pour nourrir les éléments détourés d'un trait très léger. Il ne s'agit pas de photoréalisme du fait de textures parfois trop lisses. Il sait conférer une sorte de chaleur aux personnages, évitant un rendu trop froid et sec. Il adopte une direction d'acteurs naturaliste pour les scènes en civil, sans appuyer la dramatisation ce qui rend les personnages plus adultes. Il privilégie les cases de la largeur de la page pour donner une impression d'espace plus ouvert, tout en revenant à des bandes de plusieurs cases quand la séquence le requiert. Pour les décors, il utilise aussi bien un logiciel de modélisation 3D, qu'un dessin plus traditionnel, ou des fonds de case remplis par des camaïeux. À l'instar de la route sous la neige en ouverture, le lecteur peut se projeter sur l'allée de Central Park où se promène Sue Storm-Richards, dans une rue ensoleillée de Barcelone, dans le bureau sombre du directeur Balenthorpe, dans un tripot de Madripoor, dans le parc d'une luxueuse résidence à Rome, etc. Le lecteur attend également de découvrir comment les pouvoirs de Sue Storm-Richards sont représentés. Le dessinateur met à profit les possibilités de l'infographie pour trouver un rendu plus réaliste que dans les comics qui délimitent les champs de force par des traits pointillés. L'invisibilité est rendue soit par l'absence totale de représentation du personnage ou de l'objet, soit par en rendant le personnage translucide, dans des teintes de gris clair. Il en va de même pour les champs de force : soit le lecteur n'en voit que l'effet, soit il s'agit d'une surface transparente, cette fois-ci dans des teintes plus bleutées. Alors qu'il pouvait craindre de tomber sur un produit vite fait à l'économie, le lecteur éprouve la bonne surprise découvrir une vraie histoire dans un registre moins évident que celui du superhéros : de l'espionnage. Il apprécie que le scénariste sache faire exister Sue Storm-Richards indépendamment de ses coéquipiers, dans un domaine de compétence évident a posteriori. De même, les responsables éditoriaux ont affecté un artiste de qualité réalisant des planches de bonne facture tout du long des 5 épisodes, ce qui est rarement le cas dans ce genre de projet. Le récit ne se contente pas d'enfiler les retournements de situation (et d'allégeance des agents doubles) et les affrontements physiques. Au fil des épisodes, il se dessine un questionnement moral sur les moyens à employer. D'une certaine manière, Sue Storm-Richards est un agent contractuel qui refuse de compromettre ses valeurs pour réussir coûte que coûte. Cette attitude morale ne passe pas inaperçue et constitue par elle-même une forme de critique inconfortable pour certains avec une position morale différente. Venu avec l'a priori de trouver une histoire anecdotique ou prétexte, le lecteur commence par apprécier les magnifiques couvertures d'Adam Hughes en se disant que c'est toujours ça de pris. Puis il découvre que Mark Waid n'a pas cédé à la facilité de montrer Invisible Woman luttant contre un supercriminel interchangeable, mais qu'il a conçu une vraie histoire dans un genre inattendu. Il bénéficie d'un excellent dessinateur qui lui non plus ne se contente pas d'un travail industriel réalisé à la va-vite, qui donne à voir des individus plausibles et qui propose une interprétation visuelle intéressante des pouvoirs de Sue Storm-Richards.

15/07/2024 (modifier)
Par Emka
Note: 4/5
Couverture de la série T'inquiète
T'inquiète

Difficile de ne pas penser à L'Atelier Mastodonte en voyant le principe du livre. C'est un peu différent dans ce cas car les auteurs ont profité des joies de la première épidémie de Covid pour réaliser ce cadavre exquis absurde. Quand d'autres se sont mis à faire du pain ou des apéros visio, les joyeux drilles de six pieds sous terre se sont collés à ce qu'ils qualifient de "plus grande escroquerie éditoriale du siècle". J'ai quelques noms d'escrocs à leur donner, parce que j'ai lu bien pire. Bien entendu, il faut accrocher avec ce genre d'humour. Le point de départ de l’histoire est simple : d’anciens membres d’un orchestre reçoivent une mystérieuse lettre les invitant à Boucheporn, une petite bourgade. Le récit suit leurs péripéties pour s’y rendre, ponctuées de divers obstacles absurdes comme des bus manquants, des avions qui s’écrasent, et des mésaventures ferroviaires. L’intérêt de l’histoire réside moins dans son intrigue que dans les situations comiques et absurdes qui jalonnent le voyage des personnages. Les galères de transport et les délires de Bouzard sur les tronçonneuses sont des prétextes pour des scènes vraiment cocasses. Sous son apparence improvisée, "T’inquiète" est en réalité plus structuré qu’il n’y paraît, avec des indices disséminés tout au long du récit qui enrichissent une deuxième lecture. Chaque auteur apporte son style d’humour, et si l’absurde domine, l’ensemble reste cohérent. Les interactions entre les personnages et la manière dont leurs destinées se croisent montrent une belle alchimie entre les auteurs. Gilles Rochier, bien que légèrement en décalage, trouve sa place de manière cohérente dans l’histoire. Chaque auteur garde son trait distinctif, ce qui ajoute au plaisir de voir comment chacun dessine les autres. Les blagues sur leur incapacité à dessiner correctement des voitures sont particulièrement drôles. “T’inquiète” est une lecture plaisante et amusante. Bien que l’histoire ne cherche pas à être ambitieuse, elle sert de cadre parfait pour une série de situations absurdes et comiques. Les amateurs d’humour décalé et de bandes dessinées qui ne se prennent pas au sérieux trouveront ici de quoi passer un bon moment.

15/07/2024 (modifier)
Par Emka
Note: 4/5
Couverture de la série Histoires du quartier
Histoires du quartier

Voici une série de deux bandes dessinées autobiographiques où Gabi Beltrán nous plonge de manière touchante et authentique dans son enfance dans un quartier populaire de Palma de Majorque dans les années 80. Le premier tome nous présente Gabi, un jeune garçon curieux et rêveur, qui navigue à travers les défis de la vie quotidienne dans un quartier populaire. Les dessins de Bartolomé Seguí sont particulièrement expressifs, capturant l’essence des personnages et l’atmosphère du quartier. Les histoires courtes qui composent ce premier tome sont à la fois drôles et poignantes, offrant un aperçu des joies et des peines de la vie dans le quartier. On y découvre les amitiés, les premiers émois amoureux, et les petites aventures qui façonnent l’enfance de Gabi. Les dialogues sont naturels et authentiques, renforçant l’impression de réalisme. Le deuxième tome poursuit cette exploration, avec un Gabi plus âgé qui commence à percevoir les complexités du monde adulte. Les dessins conservent leur qualité, avec une attention particulière aux expressions des personnages et aux détails du décor urbain. Les thèmes abordés deviennent plus sérieux, touchant à la violence, aux difficultés familiales et aux premiers pas vers l’indépendance. Ce qui m’a particulièrement plu dans ces deux tomes, c’est la sincérité du récit qui est pour moi un élément clé dans ce type d'oeuvres. Les histoires sont racontées avec une honnêteté désarmante, sans chercher à enjoliver la réalité. L’absence d’une intrigue centrale forte peut donner une impression de dispersion, mais c’est aussi ce qui fait le charme de ces récits : ils reflètent la vie telle qu’elle est, avec ses moments de bonheur et de difficulté. En résumé, voici une série de 2 bandes dessinées touchantes et bien réalisées qui capturent l’essence de la vie dans ce quartier. Très bon moment de lecture.

15/07/2024 (modifier)
Par Emka
Note: 4/5
Couverture de la série Un printemps à Tchernobyl
Un printemps à Tchernobyl

Voici une bande dessinée qui m’a beaucoup plu par son approche visuelle et narrative. Le travail graphique de Lepage est remarquable, avec des illustrations qui rendent les paysages de Tchernobyl à la fois fascinants et inquiétants. Les couleurs et les détails des dessins plongent immédiatement dans l’ambiance de cette zone sinistrée. Toutefois, j’ai trouvé le début un peu long. Les réflexions de l’auteur sur ses motivations et ses appréhensions avant de partir pour Tchernobyl prennent beaucoup de place. Cette introspection, bien que compréhensible, ralentit un peu le rythme du récit qui met du temps à s'installer. Une fois sur place, l’histoire prend une tournure plus captivante. Les rencontres avec les habitants de la zone d’exclusion sont particulièrement touchantes. Ces moments apportent une dimension humaine à la catastrophe, en montrant l’impact durable sur la vie des gens. Les témoignages des personnes rencontrées permettent de voir au-delà des ruines et des chiffres. Lepage réussit à juxtaposer les paysages dévastés avec la résilience et l’espoir des habitants. Les scènes où la nature reprend ses droits sur les bâtiments abandonnés sont à la fois poétiques et troublantes, symbolisant la persistance de la vie malgré tout. Et c'est là que j'apprécie la démarche narrative car il est parti avec des idées mais s'est laissé surprendre. Et au lieu d'un endroit de mort, c'est bien un endroit de vie qu'il y trouve, en témoignent les couleurs qui apparaissent au fil des pages avec le printemps. La conclusion de l’ouvrage est à la hauteur du récit, apportant une réflexion sur la mémoire et la résilience. “Un printemps à Tchernobyl” est une lecture intéressante qui, malgré un début un peu hésitant, se révèle riche en émotions et en enseignements. Malgré quelques longueurs initiales, l’œuvre de Lepage mérite d’être découverte pour sa profondeur et la beauté de ses illustrations.

15/07/2024 (modifier)
Couverture de la série Le Jour d'avant
Le Jour d'avant

Ce n’est pas la première adaptation d’un roman de Sorj Chalandon que je lis (sans jamais avoir lu un roman de l’auteur en question, d’ailleurs) mais c’est celle qui m’a le plus plu jusqu’à présent. Pourtant, le dessin n’est vraiment pas ma tasse de thé… mais l’histoire compense largement cela. Le Jour d’avant nous plonge dans le bassin sidérurgique du nord de la France dans les années 1970, un cadre qui me parle puisque très proche des bassins sidérurgiques belges, eux aussi marqués par leurs drames. Et Sorj Chalandon en donne une image poignante, marquée par la noirceur des corons, la fierté des mineurs, la rudesse du travail et l’exploitation du peuple par les puissants. J’ai aimé ce cadre, cette noirceur, ce mélange de résignation et de fierté. L’histoire se focalise sur le frère d’un de ces mineurs, rongé par la mort de ce dernier. Une mort qui va entrainer celle de son père puis de sa mère. Une mort qui va le pousser à quitter le Nord pour monter sur Paris et tenter de s’extraire de cette poussière de charbon dont il ne se débarrassera jamais. Il nous raconte ainsi sa vie, depuis sa jeunesse jusqu’à son retour au pays. Un retour motivé par un seul objectif : faire payer aux responsables la mort de son frère. Quitte à s’aveugler lui-même… Le récit est poignant même si certaines astuces narratives m’ont semblé un peu faciles, a posteriori. J’ai en tous les cas dévoré l’album. Mon seul bémol vient d’un style graphique que j’ai trouvé très ‘limite’. S’il retranscrit assez bien cette ambiance noire, je trouve qu’il manque de précision sur les physionomies des personnages et sur les décors. C’est un dessin d’ambiance qui permet de se concentrer sur le récit (ce qui est une qualité) mais je pense que ce récit m’aurait encore plus plu si le dessin avait été plus fignolé, plus abouti. Enfin, ce récit permet de revenir sur le drame survenu à Liévin en 1974, et le dossier joint en fin d'album permet d'en savoir plus sur les circonstances de ce drame et sur l'exploitation minière tout en rendant hommage aux mineurs.

15/07/2024 (modifier)
Couverture de la série Un Dernier tour de terrain
Un Dernier tour de terrain

Assez étonnamment, peu de bandes dessinées se rapportant au football sont parues en cette année d’Euro. Et ce n’est pas plus mal ! Je préfère en effet une faible production de qualité à une grosse production dans laquelle il faut faire un tri sévère. Un dernier tour de terrain est signé par une équipe d’auteurs espagnols dont je ne connaissais que le dessinateur (pour qui j’ai une réelle affection). Il a la particularité de se centrer sur l’histoire d’un agent de joueurs, et c’est un beau portrait que nous livrent là Inaki San Roman, Alvaro Velasco et Pedro Rodriguez, celui d’un homme passionné et obstiné mais rongé par ses erreurs. Un portrait à hauteur d’homme d’un personnage loin d’être parfait mais touchant par sa sincérité. Le récit se scinde en deux parties et c’est l’occasion pour les auteurs de comparer deux époques. Le football des années 1990 n’a plus grand-chose à voir avec celui des années 2020 tant il est devenu un buziness, et les auteurs ne se privent pas de pointer du doigt la désagréable évolution actuelle. A travers ces deux époques, ils démontrent leur connaissance du milieu sans pour autant signer un album uniquement accessibles aux amateurs de football. Le propos ici est universel, on y parle d’amitié et de pardon, de rédemption et d’ambition sans oublier les relations familiales. J’ai vraiment bien aimé. Je trouve les personnages touchants et l’image que les auteurs donnent du milieu du football m’a semblé assez juste, sans exagération extrême (même si on reste dans un récit grand public dans lequel les personnages principaux parviennent parfois à inverser une tendance qui semblait pourtant bel et bien irréversible). J’ai autant apprécié le lien d’amitié qui unit l’agent à son ancien poulain que le rapport difficile qu’il entretient avec sa fille. D’un point de vue visuel, je trouve que Pedro Rodriguez a réalisé un travail impressionnant au niveau de sa mise en page, faisant plus souvent qu’à son tour preuve d’imagination. Cette recherche d’originalité permet de casser avant même qu’elle puisse apparaitre l’éventuelle monotonie qui aurait pu s’emparer du récit. Par ailleurs, même si les joueurs et autres personnages réels qui interviennent dans le récit ne sont pas toujours reconnaissables, le lecteur amateur de football n’aura aucun mal à reconnaitre les principaux d’entre eux. Et à titre personnel, je préfère cette approche graphique qui harmonise les différents personnages plutôt que des caricatures forcées qui créent un décalage entre la représentation des personnages réels et l’image des personnages de fiction. Pour résumer, je peux dire que j’ai bien aimé. Le récit est touchant et le dessinateur a su me convaincre dans un genre dans lequel je ne l’attendais vraiment pas. Une très bonne surprise. Franchement bien est peut-être un peu excessif mais pour moi, c'est mieux qu'un bête 'pas mal'.

15/07/2024 (modifier)
Par Simili
Note: 4/5
Couverture de la série Maus
Maus

Maus… Comme il est compliqué de noter une telle œuvre. Art Spiegelman nous livre non seulement la biographie de son papa, mais également son ressenti de fils de. Survivant d'Auschwitz et de Dachau Vladek Spiegelman fut logiquement marqué à vie par l'épisode le plus noir que l'humanité ait connu. Alors si on regarde les dessins, c'est assez simple. Je pense qu'Art a pris parti de dessiner des souris et des chats pour se détacher d'une histoire beaucoup trop lourde pour ses épaules (et je pense trop lourde pour tous les rescapés et enfants de rescapés de crimes de guerre). Le dessin est peu engageant de prime abord. Ensuite la BD n'est pas aisée à lire. Cela justifierait une note de 2-3 Mais il y a l'histoire et l'Histoire et là j'avoue avoir du mal à comprendre comment on ne peut rien ressentir en la découvrant. Cette horreur décrite m'a profondément ému, au point qu'en refermant le tome 2 je suis resté de longues minutes prostré. Besoin de reprendre mes esprits et de digérer tout ceci. Du coup la note monte directement à 5 car rarement un ouvrage m'aura pris aux tripes de la sorte. Maus est une œuvre incontournable, destinée à un public averti. Certains passages du tome 2 sont émotionnellement durs. Notre part d'humanité sort de cette lecture marquée

15/07/2024 (modifier)
Par Présence
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série La Réparation
La Réparation

Acceptation, soins, amour - Ce tome contient une histoire complète, indépendante de toute autre. Sa première édition date de 2022. Il a été réalisé par Nina Bunjevac. Il s'agit d'une bande dessinée en noir & blanc, comportant vingt-cinq pages, entièrement dépourvue de dialogue. Il s'agit d'un format imposé dans cette collection des éditions Martin de Halleux. Ce dernier s'est inspiré de l'ouvrage 25 images de la passion d'un homme (1918), réalisé par Frans Masereel (1889-1972). Il s'agit d'une histoire racontée en 25 gravures sur bois, chacune imprimée comme un dessin en pleine page, sans aucun dialogue non plus. L'autrice canadienne respecte cette contrainte, avec une entorse dans la mesure où sept pages comportent plusieurs cases, trois ou quatre. Une femme d'environ une trentaine d'années est assise à sa table de travail devant une page blanche. Sur son bureau, se trouvent également deux pots à crayon avec des porte-plumes, et à coté un flacon d'encre de Chine. Derrière elle, une bibliothèque remplie d'ouvrages. Elle se tient le menton de la main droite avec le coude posé sur la table. Dans la main gauche, elle tient un cadre dont elle est en train de contempler le contenu, songeuse. Elle pose le cadre sur la table, prend le porte-plume qui était posé sur la table, de la main droite, après avoir ouvert le flacon d'encre de Chine, et posé le bouchon à l'envers sur la table. Sous ses yeux se trouve la feuille vierge. Elle approche le porte-plume du flacon et l'y trempe. Elle relève le porte-plume : une goutte se trouve à son extrémité, prête à tomber. Elle rapproche le porte-plume de la feuille blanche et la goutte tombe dessus, formant une tache ronde aux contours irréguliers. La dessinatrice a suspendu son geste au-dessus de la feuille, le porte-plume à quelques centimètres au-dessus de la tache noire. Sous ses yeux, elle éprouve l'impression que la tache développe des excroissances vers l'extérieur, en forme de rayons irréguliers, d'elle-même. Les rayons poussent comme des branches nues, alors qu'il se forme au milieu un espace blanc et vierge, comme si l'encre se déplaçait par elle-même vers l'extérieur. La dessinatrice pose la main sur la feuille, tout en ayant changé la position du porte-plume pour qu'il ne touche pas le papier. Ses yeux lui jouent peut-être un tour : au milieu du cercle blanc au centre de la tache, il y a comme un œil avec les paupières qui la regarde directement. Au centre de cet œil grandi des dizaines de fois, elle distingue un chien courant vers elle, au milieu d'arbres, tenant un petit bout de bois entre ses mâchoires. le chien s'arrête devant un arbre et laisse choir le bâton au sol, puis se dresse sur ses pattes postérieures pour faire le beau au droit de sa maîtresse, une fillette suspendue à trente centimètres au-dessus de sol, s'accrochant à deux mains à une branche d'arbre. Une dame bien habillée pousse la porte de la clôture du pavillon avec le grand jardin, les arbres, le chien et la fillette, ainsi qu'une vieille femme habillée simplement. Voilà un défi très contraint : raconter une histoire complète en vingt-cinq pages, sans avoir recours à aucun mot, uniquement par les images. Par comparaison au récit séminal de Frans Masereel en vingt-cinq images, à raison d'une par page, l'autrice s'accorde un peu de rab puisque sept pages comportent plusieurs cases, ce qui amène le total à quarante-trois dessins, mais effectivement répartis sur vingt-cinq pages. Il s'agit donc d'une histoire qui se lit rapidement, très simple en termes d'intrigue, avec une forme de retour en arrière dont le lecteur comprend qu'il s'agit d'un souvenir de l'autrice, de nature traumatique. Sur le plan graphique, les dessins sont d'une méticulosité extraordinaire, dans un registre très descriptifs avec un niveau de détails élevés. Nul doute que l'artiste se met en scène et qu'elle réalise ses dessins à la plume et à l'encre de Chine comme elle se représente dans les premières pages. Pour augmenter l'impression de volume et la sensation de texture, elle réalise de fins réseaux de points ou de hachures d'une grande délicatesse, évoquant le travail de Gerhard, le décoriste de Dave Sim sur la série Cerebus, en encore plus fin et délicat. Dans le même temps, elle réalise des formes un tout petit peu simplifiées pour que les dessins conservent une lisibilité immédiate, même avec ce fourmillement de traits et de points. Ce travail aboutit à des images présentant une consistance incroyable, avec une sensation de délicatesse plutôt que de préciosité. Cette qualité graphique incite le lecteur à prendre son temps pour savourer chaque planche, chaque dessin. La narration graphique apparaît donc comme évidente et accessible, chaque dessin immédiatement lisible, laissant le lecteur libre d'y passer un peu de temps ou au contraire de dévorer. Pour autant, l'artiste joue avec les possibilités de la bande dessinée pour mettre en scène des phénomènes psychiques complexes et délicats. Cela commence avec cette simple tache d'encre qui semble changer de forme de sa propre volonté, et contenir comme une fenêtre vers un ailleurs. le lecteur n'éprouve pas le besoin de mots supplémentaires qui viendrait expliquer le phénomène : il s'agit d'une évidence. Or dès la page suivante en vis-à-vis, l'image du chien bondissant avec le bâton dans la gueule se trouve dans la pupille de l’œil que le lecteur associe à celui dessiné au milieu de la tache d'encre, tout en se disant qu'il s'agit d'un souvenir venant s'afficher dans l'esprit de l'autrice. C'est ce même œil qui permet de contempler la fillette se balançant au bout d'une branche, puis à partir d'un point de vue tout à fait différent la dame qui pousse le portillon, vue de dos. Parfois le point de vue correspond à une vue subjective de la fillette ; d'autres fois le point de vue permet de voir ladite fillette. En outre, Bunjevac joue avec le cadre même du dessin : huit bordures sont de forme circulaire correspondant au périmètre de la pupille, une est en forme de trou de serrure, les autres sont des bordures rectangulaires traditionnelles. L'artiste joue également avec la temporalité, et parfois la simultanéité. Habitué des bandes dessines, le lecteur comprend bien que chaque case suivante se déroule quelques instants ou quelques heures, ou jours, après la précédente. À l'exception du passage par la pupille au centre de la tache, succession qui correspond plus à un déplacement spatial ou mental, une succession très différente de celle où la tache tombe sur le papier. En planche onze, l'artiste met à profit un autre outil de la bande dessinée : alors que la dame au chapeau dort sur un canapé, la fillette pense à la vieille femme lui déposant un bisou sur le front, et dans un autre phylactère à son chien. L'autrice utilise alors deux bulles de pensée, mais en y plaçant un dessin plutôt que des mots pour rendre compte des souvenirs de la fillette. En planche dix-sept, elle réalise une construction d'image où elle superpose une brutalité à une pensée de la fillette qui se projette dans son état après l'événement, tout en pensant à la réaction de son chien, une image sophistiquée représentant une action ainsi que la réaction d'un personnage sous la forme de ce qu'elle imagine. La planche suivante raconte et établit des liens de cause à effet tout aussi inattendus et mêlant réalité et imaginaire pour un processus mental complexe, avec une grande simplicité et une grande clarté. En vingt-cinq pages, l'histoire est courte, et elle se lit très vite en l'absence de phylactères. Conscient de ce fait, le lecteur prend son temps pour savourer les images, et pour s'assurer qu'il assimile bien les liens de cause à effet qui apparaissent dans les images, ou plutôt qu'il établit par lui-même, à partir des images. Ce n'est qu'une fois l'ouvrage refermé qu'il prend conscience que l'autrice a su induire en lui ces liens à partir de simples images, surmontant les différences culturelles qui existent entre lui et elle, les expériences de vie différentes. Dans la bande dessinée, l'autrice est face à sa page blanche, non pas en tant que symbole de son manque d'inspiration, mais comme matérialité d'un moment calme où elle ne peut pas empêcher ses préoccupations inconscientes de prendre le dessus sur sa pensée. Il s'agit vraisemblablement d'un traumatisme qui a laissé une marque profonde, et les pages suivantes en exposent la nature. le titre indique l'enjeu du récit : la réparation, mais sans préciser qui accomplit cette réparation. le lecteur découvre ce processus sous des atours fantastiques, tout en comprenant bien qu'il s'agit d'un cheminement psychologique. En refermant l'ouvrage, il découvre en quatrième de couverture, un mot de l'autrice : j'ai plongé mon cœur et mon âme dans ce livre qui est l'histoire la plus personnelle que je n'ai jamais racontée. le lecteur repense alors à ce à quoi il vient d'assister et une douce chaleur l'envahit à la suite cette réparation, cette promesse de pouvoir aller de l'avant en ayant accepté ce que l'on est, en ayant fait preuve de compréhension et de compassion pour l'enfant qu'on a été. Une très courte bande dessinée de vingt-cinq pages, sans aucun mot. Un récit qui se dévore en quelques minutes, qui peut se savourer visuellement en prenant le temps de laisser son regard se poser sur chaque planche, dans chaque case. Une maîtrise épatante des propriétés de la bande dessinée pour un évoquer une expérience personnelle, un processus de réparation délicat et empathique appliqué à soi-même, une communion merveilleuse pour soigner une blessure profonde. Extraordinaire.

15/07/2024 (modifier)
Couverture de la série Dans la combi de Thomas Pesquet
Dans la combi de Thomas Pesquet

J'ai gardé longtemps cette série(empruntée) avant de la lire tellement le sujet de la conquête de l'espace me laisse indifférent. Le métier d'astronaute n'a jamais fait partie de ma wishlist et après lecture je n'échangerais pas ma vie contre celle de Pesquet. J'étais donc très dubitatif à l'ouverture de ce pavé de 200 pages. Contre toute attente j'ai été immédiatement séduit par la construction et le rythme proposés par Marion Montaigne. A ma propre surprise j'ai suivi avec intérêt les différentes étapes qui ont conduit l'astronaute français dans la station orbitale. En 2016/17 je n'avais vu aucune émission, direct, FB ou photo de Pesquet. Ce côté découverte d'un sujet vierge a sûrement aidé pour mon intérêt dans cette lecture. Surtout j'ai aimé la construction de l'autrice qui équilibre le côté compétition, intime et passages scientifiques afin de rendre très vivant son récit. Elle y ajoute une touche d'humour et de dérision bien venue pour amoindrir la folie hagiographique qui a accompagné le voyage de Pesquet. En fait c'est le passage dans la station qui m'a le moins passionné compte tenu de l'importance donné à la partie scatologique. Le graphisme de l'autrice possède une visée humoristique assez minimaliste qui convient bien à l'esprit du récit. Le dessin donne un bon dynamisme alors qu'il n'y a pas vraiment d'action. Malgré quelques passages un peu moins rythmés j'ai lu cette série d'une traite sans m'ennuyer. Une surprise même si cette série ne m'a pas fait changer d'avis sur cette activité.

14/07/2024 (modifier)
Par Présence
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Punisher - Soviet
Punisher - Soviet

Dites-leur que c'est le Punisher qui vous y a forcé. - En termes de parution, ce tome fait suite à Punisher the platoon (2018), dessiné par Goran Parlov. Il comprend les 6 épisodes de la minisérie, initialement parus en 2020, écrits par Garth Ennis, dessinés Jacen Burrows, encrés par Guillermo Ortego, et mis en couleurs par Nolan Woodard. Les couvertures ont été réalisées par Paolo Rivera. Ce tome contient également les couvertures alternatives réalisées par Jacen Burrows, Marcos Martin, Michael Dowling, Esad Ribi?, Valerio Giangiordano, Cananovas, Takashi Okazaki. Dans une grande ville des États-Unis, Frank Castle (Punisher) pénètre dans le sous-sol d'un bâtiment pour éliminer les criminels qui s'y trouvent. Il découvre qu'ils sont déjà tous morts, abattus par une arme à feu maniée par un professionnel : toutes les balles ou presque ont trouvé leur cible, quasiment aucune ne s'est perdue dans un mur. Cela fait quelques mois qu'il avait pris cette bande en chasse, après avoir obtenu des informations d'un policier désemparé sur leur chef Konstantin Pronchenko, un russe. Non seulement cette bande avait amélioré leur système de livraison de drogues en l'acheminant par convoi de plusieurs véhicules utilitaires sport (SUV), mais en plus en passant par des banlieues dortoirs pour bénéficier d'un environnement tranquille et peuplé de civils, mais en plus Pronchenko avait commencé à investir dans des affaires légales. le policier ouvre sa boîte à gant et remet une enveloppe avec des informations sur ces opérations, à Castle. Ce dernier étudie le dossier et est en train d'y penser en planque de nuit dans une banlieue en attendant le passage d'un convoi de SUV. Quand il a débarqué sur la côté ouest, Pronchenko a commencé par se faire une place au soleil en accomplissant ce que les autres refusaient de faire. Il a écœuré pas mal de parrains qui ont fini par aller voir ailleurs, pour ne pas avoir affaire à lui. Il en est à sa cinquième épouse trophée, et a eu trois fils, maintenant adultes. Castle se pose deux questions. Comment Pronchenko en est venu à mettre en oeuvre des méthodes plus élaborées et sophistiquées ? Qui a abattu ses hommes dans le sous-sol avec un fusil d'assaut de type AK ? Le convoi de SUV noirs passe devant le SUV blanc du Punisher : il est temps de passer à l'action. Castle sait pertinemment que ce convoi constitue à la fois un bon moyen pour réussir à acheminer la marchandise, et également un piège pour toute personne qui souhaiterait l'attaquer, à commencer par lui. Il fait feu sur l'un des véhicules avec une arme automatique, et il est immédiatement pris en chasse par quatre véhicules avec des hommes armés à bord. L'un d'eux réussit à le percuter latéralement, mais pas assez fort pour l'arrêter. La course-poursuite prend fin quand Castle arrête son véhicule dans un entrepôt. Les autres s'arrêtent sur le parking devant. Les hommes armés descendent, se couvrant les uns les autres et s'avancent prudemment vers le SUV blanc. Bien sûr Punisher a préparé son coup et est sorti du véhicule sans se faire remarquer. le responsable du groupe armé donne l'ordre de tirer. Pour peu qu'il ait goûté à la version MAX du Punisher, le lecteur achète ce tome les yeux fermés : c'est la version MAX de Garth Ennis, c'est forcément de la bonne. En plus c'est un type de récit qu'il n'espérait plus voir : une histoire se passant au temps présent, plutôt que dans le passé. Dès la scène d'ouverture, le lecteur retrouve les sensations qu'il attend : Punisher massif et immarcescible, inexpressif et calme. Il examine le carnage comme s'il était chez lui, avec un oeil de professionnel, une analyse technique dépourvue d'émotion. Frank Castle est de retour au meilleur de sa forme, l'incarnation du nettoyeur sans âme, du justicier froid et efficace. Il est certain qu'il sortira triomphant des épreuves qui l'attendent et qu'il éliminera tous les criminels de manière définitive : une solution simple et cathartique pour un lecteur vivant dans un monde complexe, sans jamais de dénouement tranché et satisfaisant. le personnage russe attendu (figurant sur la couverture) fait son apparition à la fin du premier épisode. Surprise ! Lui et Castle vont faire équipe dans une relation de confiance de qualité. La confrérie de Solntsevo (Solntsevskaya Bratva) n'avait aucune chance face à Punisher… elle en a encore moins avec ce duo à ses basques. En revanche, le lecteur ne peut pas réprimer une petite déception en voyant que ce n'est pas Goran Parlov qui dessine cette histoire, artiste extraordinaire alliant une impression de dessin simple et immédiatement lisible, avec une précision étonnante dans les éléments historiques. D'un autre côté, Jacen Burrows n'est pas le premier venu : il a déjà collaboré avec Ennis pour Crossed, et avec Alan Moore pour Providence (2015-2017). Effectivement les traits apparaissent plus appliqués, tout en étant fidèlement encrés par Guillermo Ortega. le dessinateur trace ses traits des décors à la règle, bien rigides, utilise un trait fin et précis pour détourer les formes. le lecteur constate rapidement qu'il s'est investi pour respecter la véracité historique des uniformes militaires, et pour représenter les différentes armes à feu. Ennis est très exigeant sur ces éléments visuels, et est connu pour faire reprendre leur planche aux artistes qui se tromperaient sur un détail militaire ou paramilitaire. Sans surprise, le récit développe une guerre du vingtième siècle, une des marques de fabrique du scénariste : la guerre d'Afghanistan (1979-1989). Sans surprise, Burrows se montre à la hauteur, ayant été à bonne école avec le niveau d'exigence légendaire des scénarios d'Alan Moore. Effectivement, le lecteur peut trouver les dessins un peu figés, un peu trop sages ou académiques par comparaison avec ceux de Parlov. Il peut aussi les comparer aux interprétations réalisées par Rivera et les autres artistes des couvertures variantes. Ces derniers ne peuvent pas s'empêcher de dramatiser leur image, avec Punisher plus vers le personnage d'action romantique ou hyper viril. L'interprétation de Burrows reste dans un registre plus réaliste, avec une apparence factuelle, sans exagérer ni ses mouvements, ni ses capacités, ni son expressivité. de ce point de vue, il est en phase avec la tonalité d'Ennis, racontant l'histoire de manière visuelle, sans trahir les intentions du scénariste. le lecteur voit un homme avec une solide carrure, effectivement aux gestes mesurés de professionnel, au visage inexpressif, même sans colère ou agressivité apparente. L'artiste dessine les décors dans les cases avec une haute régularité, avec un bon niveau de détails, toujours dans une veine réaliste. Les scènes d'action et d'affrontement restent dans le même registre réaliste, avec des plans de prise de vue d'une grande clarté, pour un déroulement plausible. La narration visuelle fait exister les personnages de manière crédible, au service du scénario, en le respectant. Le lecteur sait que Garth Ennis a une affinité certaine pour Punisher, et qu'il met en valeur le personnage, soit en faisant ressortir le contraste entre lui et ses opposants ou ses plus rares alliés, soit en le montrant avancer sans relâche habité par une valeur morale chevillée au corps, ou motivé par une obsession de vengeance. Il retrouve bien ces deux composantes dans le récit : le jeu des différences entre Punisher et le russe, sa motivation différente de celle du russe. Même si la fin du récit ne fait aucun doute (Punisher massacre le criminel), le scénariste maintient le suspense avec des situations de combat haletantes, et des événements inattendus. le lecteur apprécie un thriller musclé et viril au premier degré, une histoire de vengeance, avec des moments Ennis (cruauté avec une dimension gore) qui ne virent pas à la farce macabre. Cela fait belle lurette que Garth Ennis est un auteur confirmé et le lecteur savoure les autres thèmes entremêlés à l'intrigue. Castle a constaté que Konstantin Pronchenko a gagné en finesse dans ses méthodes, et même en intelligence : il a recours à des professionnels compétents. Impossible de ne pas y voir un commentaire sur la spécialisation des métiers et sur le recours à des consultants, et même à une organisation du travail fondée sur l'externalisation. Progressivement, le portrait de Zinaida Sebrovna, cinquième épouse de Pronchenko, s'étoffe pour une étude savoureuse sur l'ambition et d'une femme entièrement à la merci d'un caprice arbitraire de son époux aux méthodes expéditives et au tempérament colérique. Il y a également l'histoire personnelle du russe, et un regard inhabituel sur le ressenti d'un soldat d'une force d'occupation, face à des ennemis aux méthodes barbares, et à une population qui voit les russes comme des occupants illégitimes plutôt que comme une force armée les protégeant d'une guerre civile atroce. Comme dans de précédents récits du Punisher, le lecteur peut être déstabilisé par le fait qu'Ennis ne présente qu'un côté du conflit (celle du soldat russe, et pas celle de la population ou des moudjahidines), mais c'est bien l'intention de l'auteur. Un nouveau récit de Punisher par Garth Ennis, ça ne se refuse pas. Il est possible de regretter l'absence de Goran Parlov, mais Jacen Burrows et Guillermo Ortega réalisent des pages qui développent l'esprit du récit, sans contresens, avec une application et un solide savoir-faire pour ses différentes composantes : attitude et apparence de Punisher, consistance des décors, authenticité des accessoires et uniformes militaires, mise en scène des séquences d'action et des affrontements. Garth Ennis écrit plus en retenue que d'habitude, ce qui donne encore plus de force aux horreurs, avec un regard personnel sur le monde qui nourrit ce récit de genre.

14/07/2024 (modifier)