Comme beaucoup ci-dessous, j'ai découvert ce petit bijou grâce à BDT et il est vrai que sans les critiques des plus flatteuses dont il a fait l'objet, je ne m'y serai probablement pas attardé (d'autant plus que le Soleil des Loups ne m'avait pas franchement emballé).
Bon, ben pas de doute, hein, c'est très très sympa.
Comme tout ou presque a déjà été dit, je me contenterai de souligner que moi, ce qui m'a avant tout frappé dans les aventures érotico-cosmico-trash de Lola, c'est l'énergie et le rythme qui s'en dégagent.
Les couleurs flashy, les styles de dessin changeants, les mises en page délirantes sont autant d'éléments qui font de ce bouquin un concentré d'action/aventures/humour ultra-speed et décapant.
L'histoire pour ne rien gâcher est assez originale, louchant parfois du côté de la parodie mais dotée d'une armature SF de très bonne facture (avec quelques trouvailles vraiment intéressantes, dont entre autres, la technique de combat développée par Lola).
Le sexe est certes très présent, c'est bien mais ce n'est clairement pas le but premier de cette BD (me semble-t-il). Je l'ai plutôt vu comme une petite touche supplémentaire de politiquement incorrect.
La suite, car je n'ose imaginer que suite il n'y ait pas, est attendue avec impatience.
Voilà ce que l'on peut appeler une oeuvre originale.
Le dessin très fouillé et particulier, mis en page dans un découpage par petites cases, chacune d'entre elles ciselée comme un petit bijou, est quelque chose de vraiment unique.
La monochromie du début s'enrichit peu à peu d'une lumière et de teintes très particulières qui donnent à l'ensemble une texture et une densité très fortes.
L'histoire ensuite. Que dire?
Le Mur de Pan est un livre univers. J'entends par là que l'auteur semble s'être livré à une démarche structurée de création d'un monde qui en dépit de ses particularismes fantastiques (dont le Mur n'est pas des moindres) reste cohérent et riche. Page après page, tome après tome, le lecteur en découvre de nouvelles facettes sous la forme de races, de lieux ou de croyances qui le plongent de surprise en surprise.
L'ensemble est donc extrêmement riche mais aussi complexe. Lire le Mur de Pan n'est pas facile et nécessite souvent un effort. Mais pour ceux qui se donnent la peine, c'est vraiment une expérience mémorable.
Si les bandes dessinées dont l'action se déroule en Afrique sont nombreuses, celles qui parlent de l'Afrique sub-saharienne avec justesse sont rares. Les Enfants, peut-être encore plus que Deogratias, est au premier rang de celles-là.
Evidemment, qui est allé traîner son sac sur ce continent, sait combien l'Afrique peut être complexe, diverse et riche, et que parler de "l'Afrique" comme d'un tout n'est pas plus simple que d'identifier l'identité européenne ou asiatique. Trop souvent l'Afrique noire est décrite comme un bloc uniforme, tragique portrait post-colonial empreint d'idées reçues, d'un fond de condescendance et d'un zest de carte postale.
Rien de tout ça dans Les Enfants. Stassen s'essaie à présenter un pays d'Afrique indéterminé, à la fois unique et panafricain, quelque part entre le golfe de Guinée et le grand rift. Une forme de réalité africaine, générale, cruelle et pessimiste. C'est dire si l'exercice est difficile. Il est réussi aves maestria.
Les portraits des coopérants blancs, toujours plus ou moins guettés par le néo-colonialisme, comme ceux des populations locales sont sans consession. Vous reconnaîtrez ces figures de bon samaritains incapables d'appréhender la réalité de leurs "amis" africains malgré toute leur bonne volonté (je fût de ceux-là), de jeunes africains fanfarons et afabulateurs, de chefs locaux respectés mais corrompus naturellement...
Si vous ne connaissez pas même un tout petit bout d'Afrique, croyez ce que vous écrit Stassen et laissez aux placards les fables hollywoodiennes et les historiettes pour enfants.
Bien-sûr cet album n'a pas le suspens, la construction implacable, la force allégorique ou le couperet final morbide de Deogratias, mais si le récit est plus filant, plus terne, il l'est à dessein, pour un résultat certainement encore plus abouti. On pourra évidemment critiquer le pessimisme de Stassen. Le débat est ouvert. Mais si vous vous intéressez un tant soit peu à la vie du monde qui nous entoure,
ne ratez pas Les Enfants ! Faites-en le point d'orgue de la plus implacable, juste et édifiante trilogie africaine de la bande dessinée : Deogratias-Pawa-Les Enfants
Soda, une très bonne BD en passe de devenir un grand classique.
On nous propose un plan classique mais toujours très efficace quand il s'agit de suivre les tribulations d'un personnage.
D'un côté la ligne générale: c'est l'histoire d'un flic de Manhattan qui se fait passer pour un pasteur afin d'épargner le coeur fragile d'une mère qui ne sort jamais de son appartement.
A partir de cette situation de base somme toute assez originale se déroulent toutes sortes de péripéties.
Le scénariste a en effet adopté le format "un tome-une histoire". A la manière des tragédies classiques, il met en place le tryptique "unité de lieu, de temps et d'action": c'est à dire que des évènements s'enchaînent autour d'une histoire particulière, toujours au même endroit, New-York, et toujours en une journée.
Comme les tragédiens grecs avant lui, l'auteur canalise toutes les tensions dans un espace de temps et de lieu restreint, de façon à donner plus de force et d'intensité à l'(unique) intigue ainsi traitée.
De même, le souci d'une ligne directrice claire donne la priorité à la cohérence au mépris de l'encombrement, et celà pour ne pas faire perdre de vue au lecteur la menée générale de l'enquête.
Il n'empêche que les histoires sont pour la plupart d'une remarquable qualité: on arrive toujours à surprendre le lecteur.
Une autre force de cette série est que les auteurs arrivent à créer un univers propre: les personnages prennent au fil des épisodes des personnalités de plus en plus affirmées, et notons qu'on évite la caricature, même si les clichés ne sont pas évités pour autant.
En outre, les créateurs de "Soda" nous décrivent avec acuité le monde (souvent souterrain) de la grosse pomme, et parfois nous montrent de façon extraordinaire son évolution, de même que les différentes entités et populations qui la composent.
Cet aspect-là contribue à l'intérêt de cette BD, qui n'est donc pas une simple succession d'enquêtes policières sur fond d'intrigue générale.
Le dessin est très accessible, ni trop sombre, ni trop "cartoon", ni trop réaliste, c'est pour cela que l'on peut venir très tôt à cette série.
Bref, de par sa structure qui rend les histoires si excitantes comme pour des éléments plus générals sur la ville de New-York, renforcée par une réflexion sur la nature humaine, tout cela contribue à rendre cette série -qui n'est pas que policière- très accessible et très captivante.
Très bon Tezuka encore une fois pour cette histoire en 2 volumes, mais souvent "Tezuka" et "très bon" vont de pair. Barbara la souillon alcoolique et squatteuse est la muse de l'écrivain mais celui-ci l'ignore et quand il l'apprend n'y croit pas une seconde. On suit une espèce de jeu du "je t'aime / je t'aime plus". Bizarrement même si ça peut sembler pas très palpitant sur le papier, on est bien pris par le rythme de cette histoire un peu déjantée.
Bonne édition dans la lignée de Ayako avec le même style de couverture, sens de lecture japonais.
Côté dessin rien de nouveau, on aime ou pas.
Très bon album de Baru paru initialement aux éditions Albin Michel et je découvre en postant la série que c'est maintenant chez Casterman. Cela raconte l'histoire semble-t-il vraie mais ça on l'apprend à la fin d'un boxeur venu d'Algérie dans le contexte qu'on connaît dans les années 60. Il est tiraillé entre les 2 camps, récupéré, manipulé et veut garder son indépendance, ne pas répondre aux menaces du FLN.
Aidé au scénario par Jean-Marc Thévenet, Baru raconte ici une histoire qui sonne juste, prenante et sans temps mort. Le sujet en lui-même est intéressant car il couvre un pan d'histoire très récent mais encore obscur. On a parlé récemment avec le téléfilm Nuit Noire de la répression de la manifestation des Algériens dans les rues de Paris. On retrouve cet événement, ici parmi d'autres annotés avec des renvois en bas de page, bien que cet album date de 1990.
Sur un scénario qui pourra sembler similaire à un plus récent ouvrage de Baru, L'Enragé, ce petit album est une vraie réussite à mon sens aidé par l'habituel dessin réaliste.
Après avoir lu Le Journal de mon père que j'avais beaucoup apprécié je suis tombé sur ce recueil de nouvelles. Une fois de plus, Jirô Taniguchi m'a subjugué par la sensibilité qui transparaît dans ses oeuvres.
L'agonie du chien est tellement émouvante que j'en ai eu les larmes aux yeux, ce qui d'habitude ne m'arrive jamais en lisant. On se met à la place des propriétaires du chien et à celle du chien lui-même. Fabuleux!
Taniguchi prouve une fois de plus qu'il est un grand mangaka.
Comme beaucoup, j'ai acheté cet album les yeux fermés. Il y avait tant de trucs intéressants écrits à propos de cette Lola, que j'ai voulu la rencontrer. C'est à préciser, parce que quand j'ai ouvert cet album à sa sortie, l'envie n'était pas là. Je trouvais l'ensemble, bizarre...
Aprés lecture, je reconnais une nouvelle fois, les limites de mon intuition personnelle. J'ai beaucoup aimé cette Lola, qui ne m'avait pourtant pas spécialement tapé dans l'oeil.
L'histoire est fine, les références discrètes au cinéma sont bien vues (j'ai du mal à croire que Matrix n'a pas influencé Qwak), et l'humour est présent. Mais ce que j'ai vraiment aimé, c'est la vision du monde, du sexe et des gens que propose cette histoire. Par exemple ? : "sur terre je m'en sortais avec mon cul, dans l'espace il n'y avait pas de raison que ça change" (je cite de mémoire cette réplique qui a tout d'une réplique culte...).
Côté graphisme, c'est bourré de trouvailles. sur ce coup là, Qwak, se révèle plein de ressources et d'imagination.
Bref, une petite bd bien foutue qui a tout ce qu'il faut, la où il faut.
mon conseil qui semble évident ? A lire d'urgence !
Ma note s'approche du 3,5/5.
Car Kingdom Come a été pour moi un choc d'abord visuel. Alex Ross a un talent fou, il tient sa plume comme un dieu ! Qu'il soit amené à en illustrer (des dieux, ou des demis), n'est dès lors pas très étonnant...
Presque chaque case est une peinture d'une incroyable efficacité, photoréaliste comme l'a souligné le posteur initial, et c'est un vrai régal pour les yeux.
Au niveau de l'histoire, on a parfois un peu de mal à accrocher. Bon, c'est vrai, le retour de Superman et ses amis au premier plan n'est pas irrésistible, mais on n'en est pas loin. J'ai été un peu dérouté par la profusion des super-héros. Je suppose qu'ils viennent tous de l'univers DC, mais vu que je ne connais pas trop celui-ci... Je me suis senti un peu perdu.
Ceci dit, ce fut un excellent moment de lecture.
BD clairement incontournable pour les amateurs de SF.
Bajram a su créé une histoire et un univers à mi-chemin entre le bon vieux Space Opera des familles (avec bande d'intrépides pilotes de l'espace et batailles intersidérales qui vont bien) et ce que la Hard Science peut produire de meilleur (accrochez vous à votre tube d'aspirine lorsque vous entrez dans la mécanique du voyage temporel). Le mélange est un vrai succès reprenant les points forts de chacun de ces sous-genres de la SF : cocktail d'action à grand spectacle et de développement scientifique comme gage de crédibilité.
Si l'auteur a bien réussi à intégrer les points forts de ces deux tendances, il n'a malheureusement pas toujours réussi à en éviter les écueils respectifs. Ainsi, la bande de héros, mélange de têtes brûlées au passé troublé, relève quand même un peu du poncif. Et pour le côté Hard Science, il est vrai que certains concepts sont un peu lourds/pointus au risque de déplaire au plus grand nombre, venu cherché de l'action avant tout.
Mais ce sont là des péchés véniels, car l'oeuvre dans son ensemble reste d'une très grande puissance. Les dessins et la colorisation sont vraiment très réussis, le design des divers engins spatiaux et décors sont fouillés et réfléchis à souhait. Et chaque tome contient la dose de suspense nécessaire pour nous faire haleter jusqu'au suivant.
Comme beaucoup d'autres, j'ai reçu une grosse baffe avec cette série. Et j'en redemande!
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Apocalypse selon Lola (Lola Cordova)
Comme beaucoup ci-dessous, j'ai découvert ce petit bijou grâce à BDT et il est vrai que sans les critiques des plus flatteuses dont il a fait l'objet, je ne m'y serai probablement pas attardé (d'autant plus que le Soleil des Loups ne m'avait pas franchement emballé). Bon, ben pas de doute, hein, c'est très très sympa. Comme tout ou presque a déjà été dit, je me contenterai de souligner que moi, ce qui m'a avant tout frappé dans les aventures érotico-cosmico-trash de Lola, c'est l'énergie et le rythme qui s'en dégagent. Les couleurs flashy, les styles de dessin changeants, les mises en page délirantes sont autant d'éléments qui font de ce bouquin un concentré d'action/aventures/humour ultra-speed et décapant. L'histoire pour ne rien gâcher est assez originale, louchant parfois du côté de la parodie mais dotée d'une armature SF de très bonne facture (avec quelques trouvailles vraiment intéressantes, dont entre autres, la technique de combat développée par Lola). Le sexe est certes très présent, c'est bien mais ce n'est clairement pas le but premier de cette BD (me semble-t-il). Je l'ai plutôt vu comme une petite touche supplémentaire de politiquement incorrect. La suite, car je n'ose imaginer que suite il n'y ait pas, est attendue avec impatience.
Le Mur de Pan
Voilà ce que l'on peut appeler une oeuvre originale. Le dessin très fouillé et particulier, mis en page dans un découpage par petites cases, chacune d'entre elles ciselée comme un petit bijou, est quelque chose de vraiment unique. La monochromie du début s'enrichit peu à peu d'une lumière et de teintes très particulières qui donnent à l'ensemble une texture et une densité très fortes. L'histoire ensuite. Que dire? Le Mur de Pan est un livre univers. J'entends par là que l'auteur semble s'être livré à une démarche structurée de création d'un monde qui en dépit de ses particularismes fantastiques (dont le Mur n'est pas des moindres) reste cohérent et riche. Page après page, tome après tome, le lecteur en découvre de nouvelles facettes sous la forme de races, de lieux ou de croyances qui le plongent de surprise en surprise. L'ensemble est donc extrêmement riche mais aussi complexe. Lire le Mur de Pan n'est pas facile et nécessite souvent un effort. Mais pour ceux qui se donnent la peine, c'est vraiment une expérience mémorable.
Les enfants
Si les bandes dessinées dont l'action se déroule en Afrique sont nombreuses, celles qui parlent de l'Afrique sub-saharienne avec justesse sont rares. Les Enfants, peut-être encore plus que Deogratias, est au premier rang de celles-là. Evidemment, qui est allé traîner son sac sur ce continent, sait combien l'Afrique peut être complexe, diverse et riche, et que parler de "l'Afrique" comme d'un tout n'est pas plus simple que d'identifier l'identité européenne ou asiatique. Trop souvent l'Afrique noire est décrite comme un bloc uniforme, tragique portrait post-colonial empreint d'idées reçues, d'un fond de condescendance et d'un zest de carte postale. Rien de tout ça dans Les Enfants. Stassen s'essaie à présenter un pays d'Afrique indéterminé, à la fois unique et panafricain, quelque part entre le golfe de Guinée et le grand rift. Une forme de réalité africaine, générale, cruelle et pessimiste. C'est dire si l'exercice est difficile. Il est réussi aves maestria. Les portraits des coopérants blancs, toujours plus ou moins guettés par le néo-colonialisme, comme ceux des populations locales sont sans consession. Vous reconnaîtrez ces figures de bon samaritains incapables d'appréhender la réalité de leurs "amis" africains malgré toute leur bonne volonté (je fût de ceux-là), de jeunes africains fanfarons et afabulateurs, de chefs locaux respectés mais corrompus naturellement... Si vous ne connaissez pas même un tout petit bout d'Afrique, croyez ce que vous écrit Stassen et laissez aux placards les fables hollywoodiennes et les historiettes pour enfants. Bien-sûr cet album n'a pas le suspens, la construction implacable, la force allégorique ou le couperet final morbide de Deogratias, mais si le récit est plus filant, plus terne, il l'est à dessein, pour un résultat certainement encore plus abouti. On pourra évidemment critiquer le pessimisme de Stassen. Le débat est ouvert. Mais si vous vous intéressez un tant soit peu à la vie du monde qui nous entoure, ne ratez pas Les Enfants ! Faites-en le point d'orgue de la plus implacable, juste et édifiante trilogie africaine de la bande dessinée : Deogratias-Pawa-Les Enfants
Soda
Soda, une très bonne BD en passe de devenir un grand classique. On nous propose un plan classique mais toujours très efficace quand il s'agit de suivre les tribulations d'un personnage. D'un côté la ligne générale: c'est l'histoire d'un flic de Manhattan qui se fait passer pour un pasteur afin d'épargner le coeur fragile d'une mère qui ne sort jamais de son appartement. A partir de cette situation de base somme toute assez originale se déroulent toutes sortes de péripéties. Le scénariste a en effet adopté le format "un tome-une histoire". A la manière des tragédies classiques, il met en place le tryptique "unité de lieu, de temps et d'action": c'est à dire que des évènements s'enchaînent autour d'une histoire particulière, toujours au même endroit, New-York, et toujours en une journée. Comme les tragédiens grecs avant lui, l'auteur canalise toutes les tensions dans un espace de temps et de lieu restreint, de façon à donner plus de force et d'intensité à l'(unique) intigue ainsi traitée. De même, le souci d'une ligne directrice claire donne la priorité à la cohérence au mépris de l'encombrement, et celà pour ne pas faire perdre de vue au lecteur la menée générale de l'enquête. Il n'empêche que les histoires sont pour la plupart d'une remarquable qualité: on arrive toujours à surprendre le lecteur. Une autre force de cette série est que les auteurs arrivent à créer un univers propre: les personnages prennent au fil des épisodes des personnalités de plus en plus affirmées, et notons qu'on évite la caricature, même si les clichés ne sont pas évités pour autant. En outre, les créateurs de "Soda" nous décrivent avec acuité le monde (souvent souterrain) de la grosse pomme, et parfois nous montrent de façon extraordinaire son évolution, de même que les différentes entités et populations qui la composent. Cet aspect-là contribue à l'intérêt de cette BD, qui n'est donc pas une simple succession d'enquêtes policières sur fond d'intrigue générale. Le dessin est très accessible, ni trop sombre, ni trop "cartoon", ni trop réaliste, c'est pour cela que l'on peut venir très tôt à cette série. Bref, de par sa structure qui rend les histoires si excitantes comme pour des éléments plus générals sur la ville de New-York, renforcée par une réflexion sur la nature humaine, tout cela contribue à rendre cette série -qui n'est pas que policière- très accessible et très captivante.
Barbara
Très bon Tezuka encore une fois pour cette histoire en 2 volumes, mais souvent "Tezuka" et "très bon" vont de pair. Barbara la souillon alcoolique et squatteuse est la muse de l'écrivain mais celui-ci l'ignore et quand il l'apprend n'y croit pas une seconde. On suit une espèce de jeu du "je t'aime / je t'aime plus". Bizarrement même si ça peut sembler pas très palpitant sur le papier, on est bien pris par le rythme de cette histoire un peu déjantée. Bonne édition dans la lignée de Ayako avec le même style de couverture, sens de lecture japonais. Côté dessin rien de nouveau, on aime ou pas.
Le Chemin de l'Amérique
Très bon album de Baru paru initialement aux éditions Albin Michel et je découvre en postant la série que c'est maintenant chez Casterman. Cela raconte l'histoire semble-t-il vraie mais ça on l'apprend à la fin d'un boxeur venu d'Algérie dans le contexte qu'on connaît dans les années 60. Il est tiraillé entre les 2 camps, récupéré, manipulé et veut garder son indépendance, ne pas répondre aux menaces du FLN. Aidé au scénario par Jean-Marc Thévenet, Baru raconte ici une histoire qui sonne juste, prenante et sans temps mort. Le sujet en lui-même est intéressant car il couvre un pan d'histoire très récent mais encore obscur. On a parlé récemment avec le téléfilm Nuit Noire de la répression de la manifestation des Algériens dans les rues de Paris. On retrouve cet événement, ici parmi d'autres annotés avec des renvois en bas de page, bien que cet album date de 1990. Sur un scénario qui pourra sembler similaire à un plus récent ouvrage de Baru, L'Enragé, ce petit album est une vraie réussite à mon sens aidé par l'habituel dessin réaliste.
Terre de rêves
Après avoir lu Le Journal de mon père que j'avais beaucoup apprécié je suis tombé sur ce recueil de nouvelles. Une fois de plus, Jirô Taniguchi m'a subjugué par la sensibilité qui transparaît dans ses oeuvres. L'agonie du chien est tellement émouvante que j'en ai eu les larmes aux yeux, ce qui d'habitude ne m'arrive jamais en lisant. On se met à la place des propriétaires du chien et à celle du chien lui-même. Fabuleux! Taniguchi prouve une fois de plus qu'il est un grand mangaka.
Apocalypse selon Lola (Lola Cordova)
Comme beaucoup, j'ai acheté cet album les yeux fermés. Il y avait tant de trucs intéressants écrits à propos de cette Lola, que j'ai voulu la rencontrer. C'est à préciser, parce que quand j'ai ouvert cet album à sa sortie, l'envie n'était pas là. Je trouvais l'ensemble, bizarre... Aprés lecture, je reconnais une nouvelle fois, les limites de mon intuition personnelle. J'ai beaucoup aimé cette Lola, qui ne m'avait pourtant pas spécialement tapé dans l'oeil. L'histoire est fine, les références discrètes au cinéma sont bien vues (j'ai du mal à croire que Matrix n'a pas influencé Qwak), et l'humour est présent. Mais ce que j'ai vraiment aimé, c'est la vision du monde, du sexe et des gens que propose cette histoire. Par exemple ? : "sur terre je m'en sortais avec mon cul, dans l'espace il n'y avait pas de raison que ça change" (je cite de mémoire cette réplique qui a tout d'une réplique culte...). Côté graphisme, c'est bourré de trouvailles. sur ce coup là, Qwak, se révèle plein de ressources et d'imagination. Bref, une petite bd bien foutue qui a tout ce qu'il faut, la où il faut. mon conseil qui semble évident ? A lire d'urgence !
Kingdom Come
Ma note s'approche du 3,5/5. Car Kingdom Come a été pour moi un choc d'abord visuel. Alex Ross a un talent fou, il tient sa plume comme un dieu ! Qu'il soit amené à en illustrer (des dieux, ou des demis), n'est dès lors pas très étonnant... Presque chaque case est une peinture d'une incroyable efficacité, photoréaliste comme l'a souligné le posteur initial, et c'est un vrai régal pour les yeux. Au niveau de l'histoire, on a parfois un peu de mal à accrocher. Bon, c'est vrai, le retour de Superman et ses amis au premier plan n'est pas irrésistible, mais on n'en est pas loin. J'ai été un peu dérouté par la profusion des super-héros. Je suppose qu'ils viennent tous de l'univers DC, mais vu que je ne connais pas trop celui-ci... Je me suis senti un peu perdu. Ceci dit, ce fut un excellent moment de lecture.
Universal War One
BD clairement incontournable pour les amateurs de SF. Bajram a su créé une histoire et un univers à mi-chemin entre le bon vieux Space Opera des familles (avec bande d'intrépides pilotes de l'espace et batailles intersidérales qui vont bien) et ce que la Hard Science peut produire de meilleur (accrochez vous à votre tube d'aspirine lorsque vous entrez dans la mécanique du voyage temporel). Le mélange est un vrai succès reprenant les points forts de chacun de ces sous-genres de la SF : cocktail d'action à grand spectacle et de développement scientifique comme gage de crédibilité. Si l'auteur a bien réussi à intégrer les points forts de ces deux tendances, il n'a malheureusement pas toujours réussi à en éviter les écueils respectifs. Ainsi, la bande de héros, mélange de têtes brûlées au passé troublé, relève quand même un peu du poncif. Et pour le côté Hard Science, il est vrai que certains concepts sont un peu lourds/pointus au risque de déplaire au plus grand nombre, venu cherché de l'action avant tout. Mais ce sont là des péchés véniels, car l'oeuvre dans son ensemble reste d'une très grande puissance. Les dessins et la colorisation sont vraiment très réussis, le design des divers engins spatiaux et décors sont fouillés et réfléchis à souhait. Et chaque tome contient la dose de suspense nécessaire pour nous faire haleter jusqu'au suivant. Comme beaucoup d'autres, j'ai reçu une grosse baffe avec cette série. Et j'en redemande!