Batman selon David Finch
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Ce tome contient les épisodes 1 à 5 de la série Batman - Dark Knight, parus en 2011, écrits par David Finch, dessinés par Finch (numéros 1 à 3), Jason Fabok (épisodes 4 & 5), encrés par Scott Williams (épisodes 1 à 3), Richard Friend (épisode 3), Batt & Ryan Winn (episode 4), Greg Adams, Batt, Ray McCarthy, Jaime Mendoza, Sal Regla (épisode 5). La série à redémarré dans le cadre de l'opération New 52 (suite au crossover Flashpoint) avec Terreurs nocturnes (épisodes 1 à 9 d'une nouvelle série débutée en 2011).
Ces derniers temps, Bruce Wayne repense à la relation qu'il entretenait avec Dawn Golden quand ils étaient encore enfants, sous la surveillance de leurs parents. Elle lui avait perdu son cerf-volant. Il faut dire qu'elle vient d'être enlevée et que la police est sur les dents (surtout le commissaire Gordon et Harvey Bullock). Mais Batman a sa petite idée : Killer Croc a repris du service il y a peu de temps et il est peu probable qu'il soit innocent. Après un interrogatoire musclé, il crache le morceau : il travaille pour Oswald Cobblepot. Pendant ce temps là, les SDF de Gotham ont remarqué que plusieurs des leurs avaient disparu sans laisser de trace, comme enlevés par un psychopathe. Et Mira (une jeune fille) a réussi à s'introduire dans la Batmobile.
Fin 2010, les responsables éditoriaux de DC claironnent haut et fort que David Finch a quitté Marvel, qu'il a rejoint DC Comics et qu'il va écrire et dessiner une nouvelle série mensuelle dédiée à Batman. 1 an plus tard, David Finch a écrit 5 épisodes et en a dessiné 3. La majeure partie des lecteurs s'est sentie flouée car ces 5 épisodes peinent à former une histoire complète.
À la relecture à tête reposée, il s'avère que le scénario de ces épisodes n'est pas très dense, mais qu'il ne présente pas d'incohérence flagrante. David Finch écrit pour pouvoir se faire plaisir en temps que dessinateur, réaliser de belles planches mettant en valeur Batman dans toute sa splendeur, toute sa force virile, et son aspect gothique, face à des méchants très méchants. le lecteur sent bien que les responsables éditoriaux lui ont lâché la bride et ne lui ont pas imposé de s'en tenir rigoureusement à la continuité. Par exemple, l'interprétation du Pingouin s'éloigne du de la version alors en vigueur (magouilleur trafiquant d'informations, sous une façade respectable de responsable d'un club huppé Iceberg Lounge dans le port de Gotham). Finch en fait un individu grimaçant avec une dentition de requin, qui se fait briser plusieurs membres par un Batman qui frappe d'abord et pose des questions après.
Effectivement côté histoire, le lecteur a droit à une tranche d'une épaisseur normale pour 5 épisodes (pas d'étirement inhabituel de l'intrigue) qui met en place un enlèvement d'une nouvelle femme ayant connu Bruce Wayne dans le passé (point de départ assez classique pour Batman, avec deux possibilités pour la nouvelle venue : soit elle s'installe durablement dans les personnages secondaires, soit son espérance de vie est très courte). Batman se montre très sombre, très intense, polarisé sur sa recherche, plus violent et expéditif que d'habitude. Parallèlement Finch met en place deux intrigues secondaires qui arrivent plus ou moins à leur terme : l'une concernant une possession surnaturelle de Ragman (Rory Regan, personnage occulte secondaire) avec apparition d'Etrigan (Jason Blood), l'autre concernant Mira la demoiselle piratant la Batmobile. Enfin si, elles arrivent peut-être à leur terme, mais alors de façon très abrupte pour tout boucler avant la relance de New 52. Et le lecteur occasionnel de l'univers partagé DC se posera bien des questions sur le personnage de Blaze.
Ce n'est pas la première fois qu'il prend l'envie à un dessinateur d'enfin pouvoir écrire des histoires qui soient à la hauteur de son talent artistique (c'était le crédo de McFarlane, Larsen, Liefeld et consort lorsqu'ils ont créé Image Comics). Et le lecteur qui a acheté ce tome est avant tout venu pour s'en mettre plein la vue avec les dessins de Finch qui avait déjà redonné un sacré coup de jeunes aux (New) Avengers.
Dès les premières planches, David Finch en met plein la vue, avec un niveau de détails obsessionnel, une belle demeure, un grand parc, une pièce intérieure cohérente avec la forme extérieure du bâtiment, et un petit coté Jim Lee, renforcé par l'encrage de Scott Williams (l'encreur attitré de Jim Lee). La première apparition de Batman s'effectue sur un dessin occupant deux tiers d'une double page, sous la pluie qui ruisselle et dégouline, dans la nuit avec des ombres apportant tout le mystère nécessaire, avec un grand soin apporté aux textures des façades et canalisations. Et quand Batman s'élance pour tomber sur Killer Croc, il ne manque pas un seul motif sur le dessous des semelles de Batman. le combat est brutal et les coups portés font mal. Il est également chorégraphié avec intelligence, c'est-à-dire que le lecteur peut inscrire l'enchaînement de coups portés dans une suite logique. Il n'y a qu'une bizarrerie : la pâle lumière jaune émise par l'insigne de la chauve-souris sur la poitrine de Batman. de ce point de vue, et tout au long des 3 épisodes qu'il illustre, le lecteur en a pour son argent : des dessins vifs, sérieux, premier degré, détaillés, mettant en valeur ce héros sombre et intense. Lorsque Fabok remplace Finch, les dessins perdent peut-être un peu en intensité et en détail (et encore ce n'est pas si visible que ça). Ils perdent peut-être un peu en dramatisation par le cadrage. Mais la transition se fait sans hiatus, dans une continuité de style très impressionnante.
Évidemment il est tentant de comparer La nouvelle aube à Silence de Jeph et Jim Lee. le premier constat est que le scénario n'est pas de même niveau. Jeph Loeb avait imaginé une vraie histoire sur 12 épisodes, mettant en scène les supercriminels les plus connus de Batman pour que Jim Lee puisse avoir l'occasion de les dessiner tous. L'ambition de Finch est moins importante, d'autant (qu'à la réflexion) il a certainement dû les revoir à la baisse et tout boucler en 5 épisodes (d'où un sentiment d'incomplétude pour les intrigues secondaires liées à Mira, à Etrigan et à Ragman). Sur le plan visuel, David Finch n'est pas Jim Lee, mais il soutient la comparaison sans rougir et son Batman en impose, la ville de Gotham est palpable, les autres personnages dégagent une forte présence. Il a apporté une touche personnelle à son costume avec cet ovale luminescent, des gants munis de renforts, une étrange coquille de protection au niveau des bijoux de famille et une ceinture plus high-tech. Ses versions d'Etrigan et de Ragman sont plus traditionnelles.
Exquis
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Ce tome reprend les épisodes parus dans Storyteller 1 à 9 d'octobre 1996 à juillet 1997, ainsi qu'un prologue intitulé The pizza story mettant en scène Adastra, les épisodes 10, 11 et 12 (inachevé pour ce dernier), des annotations de Barry Windsor-Smith, une début de tentative de clore le récit, le synopsis de la fin de l'histoire, et un début d'histoire parue avant, mais se déroulant après.
Pizza story - Adastra (une déesse du panthéon Orgasma) s'est réfugiée sur terre et se lance dans la livraison de pizza à domicile. Malheureusement, le pizzaiolo est arrêté par la police suite à un malentendu, et l'aide qui arrive pour rédiger d'étranges invitations perd tous ses moyens devant la beauté d'Adastra.
Épisodes 1 à 12 - À une autre époque, dans le palais des dieux, Heros est songeur, il doit épouser Celestra le lendemain, la fille de la reine d'un autre panthéon de dieux. Il discute de son malaise avec Strangehands, son meilleur ami. Pendant ce temps là, une flopée de chérubins conçoit la tenue de la mariée sur Celestra qui papote avec Adastra, sa soeur. Alors qu'Heros et Strangehand ont décidé d'aller boire un coup avant d'aller chasser les dragons (pour enterrer la vie de garçon d'Heros), ils croisent Adastra en train de gesticuler comme une folle, pour se débarrasser d'un chérubin caché dans sa chevelure rousse flamboyant. Ils décident d'aller boire ensemble tous les trois. Ailleurs, Otan, le père tout puissant du panthéon d'accueil, rappelle à son Grand Vizir l'importance capitale de l'union de son fils Heros avec Celestra. Sur ces entrefaites, la reine Organa (la mère de Celestra) arrive pour exiger la présence du futur époux auprès de la promise qui se languit.
Il s'agit essentiellement d'une comédie mettant en scène des dieux archétypaux, avec une femme n'ayant pas la langue dans sa poche, dans un environnement onirique, avec un soupçon de romantisme. Dès le premier épisode, la personnalité d'Adastra rayonne de chaleur et domine le pauvre Aran complètement empêtré dans son système de valeur. Adastra a acquis un parler légèrement argotique et très terrestre, alors qu'Aran s'exprime en termes choisis et fleuris dans un parler shakespearien. Il adore la déesse Isis, et il idolâtre Adastra comme une déesse (mineure par rapport à Isis, mais déesse quand même). Or les vœux de chasteté qu'il a prononcés font mauvais ménage avec la sensualité d'Adastra. Il s'en suit un dialogue savoureux entre les 2, irrésistible grâce à la mise en scène et au langage corporel d'une expressivité redoutable. La candeur et la jeunesse irradient du visage d'Aran, alors que la compassion et l'agacement agitent le visage d'Adastra de manière contraire.
Après cette entrée en matière piquante et sophistiquée, l'histoire commence pour de bon dans un lieu évoquant un croisement entre des temples grecs et New Genesis des New Gods de Jack Kirby (d'ailleurs chaque épisode commence par la même dédicace à Jack Kirby). Dans ce panthéon fictif composé de dieux imaginaires, Heros est un individu tout entier dévoué à ses devoirs, et très sérieux. le caractère de Strangehand est plus difficile à cerner au départ, si ce n'est qu'il joue le rôle de confident et d'ami sûr. Dès son apparition, Adastra accapare la scène par son caractère bien trempé et expansif. Car il s'agit bien d'une scène, les personnages (sauf Adastra) s'expriment comme dans une pièce de théâtre et leur jeu de scène révèle une grande sensibilité de la part de Barry Windsor-Smith quant au jeu des acteurs. le lecteur pense au théâtre du fait de l'aspect littéraire des textes qui évoquent le langage dérivatif créé par Stan Lee pour faire s'exprimer les dieux d'Asgard, ou les dialogues un peu empesés des New Gods ou des Eternals écrits par Jack Kirby, mais en plus vif, plus alerte et plus enjoué. Et l'avantage de la bande dessinée, c'est que les costumes peuvent être aussi exubérants qu'imaginatifs, et les décors aussi bien classiques qu'Art Nouveau. Les personnages peuvent évoluer à leur guise sans les limites physiques d'une vraie scène. Et de temps à autre, Windsor-Smith se lâche le temps d'une pleine page magnifique qui marie la délicatesse, avec les détails, une capacité surnaturelle à rendre les textures et les jeux de lumière.
De la même manière que le théâtre peut mettre en évidence la nature humaine par des biais artificiels (jeu légèrement exagéré des acteurs pour passer la rampe, costumes inexistants ou au contraire plus riches que nature, décors en carton-pâte, textes très travaillés), Windsor-Smith utilise une partie de ces artifices pour faire exister ses personnages au-delà du papier. Après avoir refermé ce livre, je me suis surpris à repenser à plusieurs reprises à ces personnages extraordinaires habités par des émotions très humaines, doté d'un humour léger et touchant. BWS manie un humour léger et élaboré qui se manifeste aussi bien par la juxtaposition d'émotions antagonistes, que par de minuscules chérubins facétieux. Bien sûr, cette lecture vaut plus par le voyage qu'elle propose que par sa destination. Cela tient lieu d'abord à la nature de la publication originelle en courts épisodes mais aussi à la fin de cette aventure éditoriale.
Barry Windsor-Smith (BWS en abrégé) insère plusieurs pages de textes expliquant le contexte de cette histoire. Il estimait en se lançant dans Storyteller, un magazine mensuel de 32 pages de bandes dessinées, qu'il apportait une vision neuve au monde des comics et l'opportunité de séduire un public plus mature. Après 9 numéros, l'éditeur originel a informé Windsor-Smith que ce projet n'était pas économiquement viable et qu'il cessait la publication de cette série. Malgré plusieurs tentatives, BWS n'a jamais réussi à se réinvestir dans ces personnages pour mener à terme leurs aventures. Cette édition comprend un synopsis d'une page qui explique la fin prévue à l'épisode 17. Il comprend également une histoire appelée "The party" dans laquelle les héros de Young Gods, de Freebooter et de Paradoxman se croisent à une soirée pour commenter sur l'arrêt prématuré de leurs aventures. Il comprend la tentative avortée de 5 pages de terminer l'histoire.
Young gods & friends est un récit à nul autre pareil qui évoque un croisement entre une pièce shakespearienne, un comics cosmique de Jack Kirby et une comédie sophistiquée de Frank Capra ou même la gentille dérision de Jacques Tati (M. Hulot fait apparition remarquée dans l'épisode 5). Les illustrations évoquent aussi bien Jack Kirby, que l'Art Nouveau ou les peintres préraphaélites tels Dante Gabriel Rossetti. Barry Windsor-Smith fait siennes les valeurs des préraphaélites : aimer ce qui est sérieux, direct et sincère dans l'art du passé, rejeter ce qui est conventionnel, auto-complaisant et appris dans la routine, faire du beau, faire des dessins minutieux privilégiant les détails, naviguer entre la littérature et la poésie. Les personnages existent comme rarement. Chaque personnage livre un numéro d'acteur éblouissant. Et si l'on ne peut être que navré que Barry Windsor-Smith n'ait pas pu terminer son œuvre, la magie du voyage proposé transporte le lecteur dans un monde onirique enchanteur. Une deuxième série de Storyteller a eu droit à une réédition : The Freebooters. Et Adastra a été mise en vedette dans Adastra in Africa.
Le risque avec les témoignages sur la déportation, c’est de devenir un lecteur blasé, devenu insensible à l’horreur à force de l’avoir lue de multiples fois. Un sentiment presque naturel, contre lequel il faut évidemment lutter, tant cette horreur est inoubliable, et tant la parole des survivants aura bientôt besoin de la nôtre pour poursuivre ce travail de mémoire nécessaire, surtout quand on voit les révisionnistes de tous bords et les fascistes en tous genres qui se verraient bien recommencer : les « sous-races » sont toujours disponibles pour eux : Juifs, Tziganes ; Noirs ; Arabes (Palestiniens ou pas), etc.
La construction de l’album est intéressante, mêlant deux époques : une Ginette Kolinka contemporaine, accompagne des collégiens sur les restes du camp de Birkenau, alors qu’elle nous narre en parallèle son histoire, de son arrestation durant la guerre jusqu’à sa déportation (à Auschwitz-Birkenau, puis dans d’autres camps en Allemagne, jusqu’à sa libération). L’alternance entre les deux époques est assez fluide, ne hache et ne gâche pas trop la lecture.
Surtout que Ginette Kolinka (je pense que les auteurs n’ont ici rien inventé – je ne la connais pas) se révèle une personne espiègle, pleine d’humour, n’hésitant pas à blaguer, avec de l’humour noir parfois, avec les jeunes qu’elle côtoie. Ça rend les dialogues agréables, et on sourit avec elle autant qu’on souffre lorsqu’elle raconte la vie (ou plutôt la survie) dans Birkenau. Les nombreuses allusions à son fils et à son groupe (Téléphone) n’apportent pas grand-chose, mais bon.
J’ai aussi bien aimé la volonté de Ginette Kolinka de ne parler que de ce qu’elle a vécu et ce dont elle a gardé le souvenir. Cette idée, que j’avais aussi vu lorsque j’avais à plusieurs reprises rencontré Marie-José Chombart de Lauwe, est intellectuellement très honorable. Et n’empêche pas de compléter ses connaissances par ailleurs, mais le témoignage s’en trouve conforté.
Une belle personne, que la saleté nazie n’a pas réussi à abimer.
Note réelle 3,5/5.
Des dessins absoluments sublimes, des personnages assez simples mais attachants, une intrigue efficace et très satisfaisante, et surtout un concept d'univers original et facile d'accès : la Rome antique et ses gladiateurs avec un bestiaire fantastique.
J'ai dévoré toute la série d'une traite et je ne regrette absolument pas mon achat. Je recommande !
Encore une lecture qui n'a pas été de tout repos, le genre qui éveille en moi un sentiment de révolte et une profonde frustration. bref, une grosse claque cette BD. Très content d'avoir découvert ce personnage, sacré destin, un destin dur, très dur. D'autant plus quand on apprend qu'elle a été assassinée en 2001, quelques années seulement après sa libération.
Même étant une personne dès plus pacifique, comme le dit Titanick, on ne peut que comprendre le chemin qu'a emprunté Phoolan Devi.
J'ai vraiment adoré cette lecture, même si les émotions qu'elle provoque ne sont pas des plus agréables. Savoir que c'est une histoire réelle rend la lecture encore plus saisissante, renforçant l'empathie et l'admiration que l'on ressent pour cette Reine des bandits.
Je regrette aussi de ne pas en avoir appris davantage sur son parcours politique, mais aussi sur certains moments forts qui, à mon sens, ne sont pas assez bien retranscrits : par exemple, lorsqu'elle rend les armes devant une foule de plusieurs milliers de personnes, la BD donne l'impression qu'il n'y en a que quelques centaines. J'aurais également aimé en savoir plus sur ce qu'elle a vécu pendant sa détention, ainsi que sur l'influence grandissante qu'elle exerçait sur le peuple indien malgré son incarcération.
Des regrets qui n'enlèvent rien à la force du récit et au choix de se concentrer uniquement sur son parcours de souffrance, puis de rébellion jusqu'à sa détention.
Quant au dessin, il est juste magnifique. J'ai adoré le style et la colorisation qui nous plongent parfaitement dans l'atmosphère aride du pays.
Une histoire que je relirai !
Une pensée qui ne se nourrit pas de curiosité s'éteint d'elle-même.
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Ce tome est le troisième dans une série thématique consacrée à des hommes saints, après Vincent : Un saint au temps des mousquetaires (2016) et Foucauld : Une tentation dans le désert (2019). Sa première publication date de 2022. Il a été réalisé par Jean Dufaux pour le scénario, Martin Jamar pour les dessins et les couleurs, avec un lettrage réalisé par Joëlle François. Il s'ouvre avec une introduction d'une demi-page, écrite par le scénariste dans laquelle il évoque l'écriture d'Élisabeth Rochat de la Vallée qui écrit sur Matteo Ricci, sa relation au Christ et sa relation aux hommes, ce qui permit à une rencontre de s'opérer, à une compréhension mutuelle de devenir possible. Puis il cite les deux auteurs Vincent Cronin et de Michela Fontana dont les ouvrages lui ont permis de découvrir ce saint homme.
Pékin, 1601. Jusqu'à présent, bien peu d'occidentaux ont pu franchir les enceintes de la Cité interdite. Là, derrière ces hauts murs de briques, vit le Fils du Ciel, entouré de sa famille, de sa cour, de ses concubines et de la caste puissante des eunuques qui bénéficient de nombreux privilèges et de pouvoirs certains. Justement, l'un d'eux, un certain Ma T'ang, collecteur des taxes de Lintsing, reçoit ses agents qui lui apprennent une bien étrange nouvelle. Un étranger s'est installé dans la ville ! Il semble que ce ne soit ni un espion, ni un agent ennemi, mais un lettré qui a su gagner l'appui de certains mandarins. Il dispose d'ailleurs d'un passeport. L'indicateur continue, tout en conservant une posture courbée : l'étranger cherche un intermédiaire auprès de l'Empereur. Il a des présents à offrir à sa Majesté Impériale. de l'or des bijoux, il paraît qu'il peut changer le cinabre en argent. L'eunuque Ma T'ang demande son nom.
Il s'appelle Matteo Ricci. Il est né en Italie, à Macerata. Âgé de 19 ans, il entre au noviciat des jésuites et, après des études au Collège romain, il est ordonné prêtre à Cochin en juillet 1580. Depuis 18 ans, il parcourt la Chine pour y servir Dieu. Par terre, le long des fleuves, au fil des saisons, des déconvenues, mais avec un courage exemplaire qui jamais ne l'abandonne… Il a la grande intelligence du cœur et de l'esprit, de respecter des coutumes et une foi autres que la sienne. Ses connaissances en mathématiques et en astronomie, ses dons pour la philosophie, l'horlogerie le font apprécier des intellectuels et des mandarins qu'il croise sur sa route. Il est ainsi devenu le Lettré du lointain Occident. Mais le plus difficile reste à faire. Il veut rencontrer le Fils du Ciel en personne, car c'est par la tête qu'il veut descendre jusqu'au corps. Rien, cependant, n'est acquis. Impossible de pénétrer dans la Cité interdite sans une invitation personnelle de l'Empereur. Et cette invitation ne peut s'obtenir sans l'aval d'un conseiller proche… Ou d'un eunuque bien en cour. Les deux serviteurs comme les appelle le porte-parasol de Ma T'ang, sont en réalité les compagnons de voyage de Ricci. Il y a là frère Fernandez et le jésuite Diego Pantoja, un missionnaire.
Dans son introduction, le scénariste indique qu'il connaissait peu de choses de Matteo Ricci à l'époque où il a commencé ce projet. Il cite donc la préface d'Élisabeth Rochat de la Vallée : le danger de se perdre quand on ne se cramponne plus aux certitudes données par sa langue et par la raison de sa culture n'est pas à négliger; danger de perdre son identité et même sa foi. le lecteur sourit en prenant connaissance de ces risques : il se dit que cela s'applique parfaitement au dessinateur, plus habitué à dessiner Paris aux siècles passés, en particulier au dix-neuvième siècle. Dans le même temps, il est pleinement rassuré dès la première page : une magnifique statue d'un lion sur une stèle richement sculptée, devant le mur d'enceinte de la Cité impériale, avec trois marchands ambulants, et trois gardes, tous représentés avec une minutie remarquable. Martin Jamar n'a pas perdu sa culture et son talent de raconteur en images, même s'il a dû faire l'effort de s'adapter aux us et coutumes d'une région du monde qu'il n'est pas familier de représenter. Les cases de la bande inférieure montrent l'eunuque Ma T'ang et ses deux informateurs : le lecteur prend le temps de savourer le magnifique manteau orné de motifs complexe du premier. Il sait que la reconstitution historique est tout aussi soignée que celle de Paris sous Napoléon 1er (Double Masque) ou pendant la Commune (Voleurs d'empires).
Le lecteur accompagne donc le prêtre jésuite italien et missionnaire en Chine impériale, dans cette ville dont l'auteur a choisi de conserver l'ancienne appellation de Pékin, plutôt que celle plus moderne de Beijing. Il peut ainsi regarder autour de lui dans les rues et dans la Cité interdite : une rue enneigée pour commencer, une autre débouchant sur un temple, celle menant aux bureaux du mandarin T'sai Hsu-t'sai responsable des ambassades étrangères, une vue générale en légère élévation du palais des Barbares avec ses murs d'enceinte et ses voies intérieures, différents bâtiments de ce palais. Puis en planche vingt-cinq, le missionnaire passe par une porte d'entrée latérale pour franchir l'enceinte extérieure de la Cité interdite. C'est à nouveau l'occasion de pouvoir contempler la multitude d'artisans et de commerçants qui s'affairent, ainsi que les façades du palais. Lors d'une enquête, Ricci se rend dans la demeure du veuf Wang Chung Nim : l'artiste en offre une vue générale en élévation inclinée, puis montre la vue sur les vastes jardins, à partir d'un petit pavillon de bois. le récit se termine avec une case consacrée à la tombe du prêtre, avec une stèle sculptée, et deux magnifiques arbres de part et de d‘autre, ainsi que les bâtiments de la Cité interdite en arrière-plan. le lecteur a envie de le remercier pour lui avoir donner à voir autant de lieux, d'individus en train de vaquer à leurs occupations ordinaires, dans des cases toujours facilement lisibles, avec une colorisation naturaliste faisant ressortir les éléments les uns par rapport aux autres, les ambiances lumineuses, les différents plans.
Les prises de vue en intérieur sont tout aussi riches, informatives et vivantes. le lecteur ouvre grand les yeux pour ne pas en perdre une miette qu'il s'agisse des cadeaux à offrir à sa Majesté Impériale, de l'aménagement et de la décoration intérieur d'un temple bouddhiste, du pavillon de Yogour Kahn, de l'atelier d'horlogerie où s'exerce Lin Yu, et bien sûr de la salle du trône. L'artiste s'est fixé pour but de reconstituer chaque lieu, chaque accessoire, chaque tenue vestimentaire, pour que le lecteur puisse en voir le plus possible au cours de son immersion. Il réalise des plans de prise de vue d'une clarté exemplaire, en mettant un point d'honneur à représenter les arrière-plans le plus souvent possible. Sa direction d'acteurs appartient au registre naturaliste, avec des postures qui s'avèrent en parfaite adéquation avec l'occupation du personnage, et permettent de se faire une idée de son état d'esprit. La narration visuelle donne une impression d'évidence et de facilité au lecteur, alors qu'il lui suffit de prendre une case et de réfléchir aux recherches nécessaires pour pouvoir s'imaginer le travail qui a dû être nécessaire.
Comme pour les deux tomes précédents, le scénariste a retenu une approche qui rend hommage au Vénérable, c'est-à-dire qu'il ne gomme pas sa foi, mais il ne fait pas acte non plus de prosélytisme. Matteo Ricci évoque sa foi quand il est questionné dessus, il prie, il a amené avec lui un crucifix, des images pieuses. Pour autant, il n'assène pas le credo de sa foi à toutes les personnes qui passent à sa portée. Il fait preuve d'un humanisme chrétien dans son comportement, dans sa façon d'envisager les rapports avec autrui, et de tolérance. Il est venu pour une mission d'évangélisation, avec l'intention de commencer par l'Empereur lui-même. Son voyage l'amène à fréquenter aussi bien des savants, que des individus aguerris en politique, ou aux intrigues de palais. Outre les valeurs morales et la charité chrétiennes, Ricci fait montre de son ouverture d'esprit à plusieurs reprises. Alors que des voleurs se sont introduits dans sa maison et ont été mis en fuite par Lin Yu armée d'une épée, il explique à celle-ci qu'il les laisse fuir car il a bien conscience que ces voleurs obéissent probablement à des ordres qu'ils ne peuvent refuser. Quelques pages plus loin, il discute avec Lin Yu et elle lui demande pour quelle raison il fait tout cela pour elle : il répond tout naturellement qu'il serait un mauvais chrétien s'il n'aidait pas les gens en difficulté ou en souffrance. Elle poursuit et souhaite savoir s'il pourrait lui apprendre, si c'est son Dieu qui parle ainsi. le scénariste fait preuve à son tour de malice puisque Ricci répond que Partager une règle de vie avec un ami qui vient de loin est une grande joie. Il ajoute qu'il s'agit d'une maxime de Confucius, alors que le lecteur s'attendait à ce qu'il cite les Écritures.
L'enjeu du récit réside donc dans le chemin qui mène à l'audience avec l'Empereur. Jean Dufaux met en scène le protocole, les semaines d'attente, les intrigues de palais, les alliances de circonstance, les embûches créées par les jaloux, les envieux, les profiteurs ou les inquiets de leurs privilèges. Matteo Ricci apparaît comme un homme sage et posé, confiant en la Providence, avec une réelle expérience des êtres humains. de la planche trente-et-un à la planche trente-six, il participe à une enquête sur un cas de malédiction, avec une perspicacité et une efficacité qui évoquent celles du Juge Ti, personnage créé par Robert van Gulik, et enquêteur hors pair d'une série de romans policiers. Au fur et à mesure des rencontres avec les autorités, avec les divers représentants, il se dessine en creux une vision de la capitale chinoise, du mode de fonctionnement de cette partie de cette société, à la fois des us et coutumes, à la fois sa capacité à accueillir les étrangers et à établir un réel échange avec eux.
S'il a lu les deux précédents tomes, l'un consacré à Saint Vincent de Paul, le suivant à Charles de Foucauld, le lecteur a déjà l'eau à la bouche à la simple idée de découvrir celui-ci. Il n'est pas déçu : les dessins sont toujours aussi fournis avec une lisibilité immédiate, pour une reconstitution historique remarquable. le scénario évoque quelques mois de la vie de Matteo Ricci, son séjour à Pékin, et son invitation à entrer la Cité interdite, sans gommer sa foi religieuse, ni en faire l'apologie, montrant comment son ouverture d'esprit et l'étendue de ses connaissances lui permettent d'être accepté dans cette société à la culture si étrangère à la sienne.
L'objet du désir
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Il s'agit d'une histoire complète, indépendante de toute autre. Ce tome comprend les 5 épisodes de la minisérie (initialement parus en 2014), ainsi que 10 dessins pleine page (des dessins préparatoires). Greg Rucka a conçu et écrit ce récit, Toni Fejuzula a réalisé les dessins, l'encrage et la mise en couleurs (avec l'aide d'Aljosa Tomic pour cette dernière).
Quelque part, une bougie brûle et s'éteint. Ailleurs de l'argent change de main. Dans un local souterrain carrelé, une jeune femme nue prend conscience. Elle chasse les rats qui l'entourent, se lève, et commence à marcher. Elle sort de leurs gonds des vantaux d'une grille métallique, monte des escaliers et émerge sur le trottoir d'une grande artère, dans le quartier chaud d'une métropole. Un grand balèze la repère immédiatement et souhaite profiter de ses faveurs, consenties ou non. Dante, un autre homme, intervient pour la protéger, lui prêter son blouson, et la ramener chez lui. La jeune femme déclare s'appeler Veil et ne sait prononcer que quelques mots.
Cette histoire attire l'attention du lecteur du fait du scénariste (Greg Rucka, auteur réputé pour ses personnages féminins et sa capacité à écrire de bon polar en comics), et par le dessin saisissant de couverture. En feuilletant rapidement l'ouvrage, le lecteur apprécie immédiatement la qualité des images, et l'utilisation frappante de la couleur dans certaines scènes.
Toni Fejzula entame chaque numéro avec une page muette (sans dialogue, ni cellule de texte), composée de 9 cases de taille identique montrant des éléments disparates, dans des endroits différents, suscitant immédiatement la curiosité du lecteur. La séquence d'ouverture constitue un modèle de narration portée par les images, compréhensible au premier regard. Fejzula a choisi avec soin les éléments qu'il représente pour que le lecteur identifie immédiatement l'environnement (une station de métro désaffectée) avec un niveau de détails suffisant pour rendre l'endroit spécifique, sans information superflue. Il utilise les couleurs pour installer une continuité narrative dans chaque lieu, pour faire ressortir chaque forme par un léger contraste, pour exprimer l'étrangeté de la situation.
Toni Fejzula joue avec les couleurs, passant d'une palette naturaliste, à une palette expressionniste, de manière insensible (par exemple pour des visages franchement violets). L'intelligence de sa composition fait que le résultat ne s'apparente pas à des visions psychédéliques difficiles à soutenir, mais à une exagération révélatrice de l'étrangeté du moment, ou d'un état d'esprit inattendu. Il utilise de la même manière les cadrages, recourant parfois à un angle de vue surprenant pour attirer l'attention du lecteur (par exemple des gros plans de rat) sur un détail ou un élément ambigu.
Fejzula a pris le parti de ne pas représenter les tétons de cette jeune femme (ils restent nimbés d'une ombre peu réaliste), encore moins sa toison pubienne. Ce choix peut se percevoir soit comme une volonté délibérée de ne pas en rajouter dans l'utilisation du corps de la femme comme appât visuel pour attirer le lecteur, soit comme une volonté de conserver un potentiel de vente maximal en ne tombant pas dans l'érotisme soft, soit encore comme une volonté concertée avec le scénariste.
Greg Rucka a conçu son récit comme un thriller, comprenant une part de surnaturel (le comportement de Veil étant révélateur dès le premier épisode, sans parler de la couverture choisi pour le présent tome). le rythme de la narration est vif sans être épileptique. le lecteur a envie de tourner chaque page rapidement, tout en prenant le temps de profiter de l'aspect visuel du récit, très réussi.
Le scénariste met en scène des individus moralement très ambigus, ne disposant plus d'un casier judiciaire vierge. Il ne grossit pas le trait pour autant, et Dante est présenté sous son bon jour du début jusqu'à la fin. Rucka utilise Veil pour évoquer la puissance de séduction des belles femmes, et les passions qu'elles déchaînent. Sur ce point, il n'atteint pas le degré d'implication émotionnelle d'Ed Brubaker dans la série Fatale.
La narration repose donc sur le secret de Veil, et sur les individus qui souhaitent disposer de cette personne pour leur propre fin. Ces derniers n'hésitent pas à employer la manière forte, ce qui donne lieu à des affrontements saisissants, grâce à la mise en images très personnelle de Fejzula. Rucka joue également un peu avec les rats comme symboles de différentes idées. Il évoque également la notion de libre arbitre à quelques reprises, mais de manière superficielle.
Veil est un thriller divertissant, avec une touche de surnaturel, et une bonne dose de violence. Il sort du lot des thrillers grâce à une narration visuelle impeccable, tant pour le découpage que l'usage des couleurs, et par quelques séquences apportant un second niveau de lecture qui reste sporadique léger. Un bon thriller sans prétention, avec une partie graphique remarquable.
J'ai bien aimé la lecture de cette série issue de la coopération (du Duc) Appollo (dorus) et du Seigneur Trondheim, tous les deux experts en affaires maritimes du XVIII -ème siècle.
Avec ces deux compères, je n'ai pas été surpris de me trouver au milieu d'un récit drôle et cynique avec une thématique centrale sur la liberté illustrée par un récit sur la piraterie qui occulte faussement celui sur l'esclavagisme.
J'ai lu cette histoire comme une sorte de récit à deux faces subtilement construites par les auteurs. La face clinquante, aventurière presque chevaleresque un peu fantasmée de l'histoire de piraterie qui s'articule très bien autour de la capture de La Buse. Appollo et Trondheim puisent dans les archives historiques pour rendre la narration crédible et attrayante. Elle est portée par le personnage de Raphaël, jeune idéaliste naïf, aveugle et sourd au véritable drame de son époque. Raphaël n'écoute pas la terriblement lucide Emilie et n'a pas encore lu Bernardin de Saint-Pierre en 1773 « ... Et ce qui sert à vos plaisirs est mouillé des pleurs et teint du sang des hommes. »
C'est ce que nous rappelle les auteurs qu'en arrière-plan de ce récit presque pittoresque voire hollywoodien d'aventures de trésor conquis au fil du sabre que ces mêmes pirates quand ils étaient blancs s'accommodaient souvent d'un régime esclavagiste qui pouvait les rendre riches planteurs de café.
Car le vrai drame du récit n'est pas la pendaison de LaBuse mais bien celle du jeune Yoruba arraché à son pays et de la lecture du Code Noir comme référence légale de l'époque.
La confrontation entre Emilie et Raphaël en pages 187 et 188 est pour moi la clé du message de l'œuvre. Elle nous renvoie à une représentation fantasmée (Raphaël) ou refoulée (Emilie) encore aujourd'hui de notre passé.
Le graphisme animalier de Trondheim convient parfaitement à l'esprit d'un humour souvent sombre qui se dégage de la série. Comme chez Lapinot la drôlerie de certaines situations ou de certains dialogues conduisent à une réflexion plus profonde et plus sombre. Les personnages sont très expressifs dans des décors assez succincts mais suffisants pour porter l'ambiance.
Une belle piqûre de rappel sur une page sombre de notre histoire sous couvert d'un récit qui semble léger et divertissant.
La dernière victoire de Sergei Kravinoff
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Ce recueil constitue une histoire complète parue à l'origine en 1987 dans Web of Spider-Man 31 & 32, Amazing Spider-Man 293 & 294, et Spectacular Spider-Man 131 & 132. Ce tome comprend les 6 épisodes en question.
Sergei Kravinoff est un criminel qui s'habille d'un pagne en léopard et d'un gilet sans manche et se fait appeler Kraven the Hunter. Ce personnage est apparu pour la première fois dans Amazing Spider-Man 15 en août 1964. Il possède des connaissances en herboristerie qui lui permettent de concocter des potions ayant différents effets : poison, paralysie, augmentation de la force ou de l'acuité des sens… Dans cette histoire, Kraven abat Spider-Man d'une balle de fusil de chasse, il le fait enterrer et il revêt l'habit du superhéros pour prendre sa place.
J.M. DeMatteis est un grand professionnel des comics, autant pour des histoires de superhéros ( Batman : absolution & Justice League International ), que pour des bandes dessinées plus personnelles (Moonshadow & Brooklyn Dreams). Mike Zeck est essentiellement connu pour avoir illustré The Punisher : Cercle de sang. Il est ici encré par Bob McLeod, un autre professionnel vétéran des comics.
La particularité de cette histoire de Spider-Man est qu'elle a pour principal personnage le criminel et que Peter Parker ne débite pas de blagues. Il s'agit d'une histoire très sombre qui a pour principaux thèmes l'introspection de Kravinoff et l'impact psychologique pour Peter Parker d'avoir été enterré vivant. J.M. DeMatteis nous fait pénétrer dans la psyché de Sergei sous forme de flux de pensées. Il nous invite à adopter le point de vue de Kraven sur la réelle signification des combats qui l'opposent à Spider-Man et sur le poids de son héritage familial. Du coté de Peter Parker, DeMatteis nous montre à la fois la peur instillée par Kraven et l'incapacité totale à déchiffrer et comprendre les actions de Kraven.
À l'évidence, il ne s'agit pas d'un comics pour les plus jeunes et il ne rentre pas dans le moule des aventures habituelles du tisseur de toiles. DeMatteis va même jusqu'à jouer avec l'idée de l'araignée comme totem de Peter Parker (thème qui sera repris et développé plus tard par Straczynski) et comme symbole de l'échec de l'être humain. Les illustrations de Mike Zeck sont un peu datées années 80 et souffrent à plusieurs reprises d'un manque criant d'arrière plan. D'un autre coté le rendu des personnages est très soigné avec des relents de Joe Kubert qui leur donnent une intemporalité et une force peu commune.
Pour les fans, cette histoire se classe parmi les meilleurs classiques de Spider-Man. Effectivement les deux créateurs réussissent le pari de rendre Sergei Kravinoff humain, crédible, tourmenté et étrangement lucide. Peter Parker a rarement été aussi vulnérable et héroïque. Mary Jane (les deux étaient jeunes mariés à ce moment) est une femme amoureuse mais pas mièvre. Ce qui m'arrête dans l'attribution d'une cinquième étoile est ce manque de décors très déconcertant et le mode narratif qui ne va pas assez loin dans l'utilisation du flux de pensées désordonnées. L'exécution de l'histoire manque d'un soupçon de savoir faire pour atteindre tous les buts ambitieux qu'ils s'étaient fixés. Cette histoire a eu droit à un épilogue : Soul of the Hunter.
Pas mal ! J'étais un peu réticent au début en voyant la couverture, car les séries sur la guerre ne m'intéressent pas vraiment. Mais en feuilletant rapidement la BD, certaines planches ont éveillé ma curiosité, et voila. Au final, c'est une très bonne surprise.
J'ai beaucoup aimé l'histoire et son déroulement. Même si la dernière partie semble un peu "facile", ça ne m'a pas dérangé. Les deux soldats sont touchants, et l'auteur parvient parfaitement à transmettre l'émotion voulue à travers ce soldat-robot qui ne prononce pas un mot. On s'y attache vraiment.
J'ai passé un bon moment, on ne s'ennuie pas du tout, l'idée est originale, et le dessin est super, très réaliste. Ce n'est pas forcément mon style préféré, mais il faut reconnaître le talent du dessinateur.
La fin semble suggérer une suite, mais après quelques recherches, il semble que ce soit plutôt un préquel du one-shot "The Unnamed: Geiger", avec la fin qui serait plus un clin d’œil.
Note réelle : 3.5
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Batman - La Nouvelle Aube
Batman selon David Finch - Ce tome contient les épisodes 1 à 5 de la série Batman - Dark Knight, parus en 2011, écrits par David Finch, dessinés par Finch (numéros 1 à 3), Jason Fabok (épisodes 4 & 5), encrés par Scott Williams (épisodes 1 à 3), Richard Friend (épisode 3), Batt & Ryan Winn (episode 4), Greg Adams, Batt, Ray McCarthy, Jaime Mendoza, Sal Regla (épisode 5). La série à redémarré dans le cadre de l'opération New 52 (suite au crossover Flashpoint) avec Terreurs nocturnes (épisodes 1 à 9 d'une nouvelle série débutée en 2011). Ces derniers temps, Bruce Wayne repense à la relation qu'il entretenait avec Dawn Golden quand ils étaient encore enfants, sous la surveillance de leurs parents. Elle lui avait perdu son cerf-volant. Il faut dire qu'elle vient d'être enlevée et que la police est sur les dents (surtout le commissaire Gordon et Harvey Bullock). Mais Batman a sa petite idée : Killer Croc a repris du service il y a peu de temps et il est peu probable qu'il soit innocent. Après un interrogatoire musclé, il crache le morceau : il travaille pour Oswald Cobblepot. Pendant ce temps là, les SDF de Gotham ont remarqué que plusieurs des leurs avaient disparu sans laisser de trace, comme enlevés par un psychopathe. Et Mira (une jeune fille) a réussi à s'introduire dans la Batmobile. Fin 2010, les responsables éditoriaux de DC claironnent haut et fort que David Finch a quitté Marvel, qu'il a rejoint DC Comics et qu'il va écrire et dessiner une nouvelle série mensuelle dédiée à Batman. 1 an plus tard, David Finch a écrit 5 épisodes et en a dessiné 3. La majeure partie des lecteurs s'est sentie flouée car ces 5 épisodes peinent à former une histoire complète. À la relecture à tête reposée, il s'avère que le scénario de ces épisodes n'est pas très dense, mais qu'il ne présente pas d'incohérence flagrante. David Finch écrit pour pouvoir se faire plaisir en temps que dessinateur, réaliser de belles planches mettant en valeur Batman dans toute sa splendeur, toute sa force virile, et son aspect gothique, face à des méchants très méchants. le lecteur sent bien que les responsables éditoriaux lui ont lâché la bride et ne lui ont pas imposé de s'en tenir rigoureusement à la continuité. Par exemple, l'interprétation du Pingouin s'éloigne du de la version alors en vigueur (magouilleur trafiquant d'informations, sous une façade respectable de responsable d'un club huppé Iceberg Lounge dans le port de Gotham). Finch en fait un individu grimaçant avec une dentition de requin, qui se fait briser plusieurs membres par un Batman qui frappe d'abord et pose des questions après. Effectivement côté histoire, le lecteur a droit à une tranche d'une épaisseur normale pour 5 épisodes (pas d'étirement inhabituel de l'intrigue) qui met en place un enlèvement d'une nouvelle femme ayant connu Bruce Wayne dans le passé (point de départ assez classique pour Batman, avec deux possibilités pour la nouvelle venue : soit elle s'installe durablement dans les personnages secondaires, soit son espérance de vie est très courte). Batman se montre très sombre, très intense, polarisé sur sa recherche, plus violent et expéditif que d'habitude. Parallèlement Finch met en place deux intrigues secondaires qui arrivent plus ou moins à leur terme : l'une concernant une possession surnaturelle de Ragman (Rory Regan, personnage occulte secondaire) avec apparition d'Etrigan (Jason Blood), l'autre concernant Mira la demoiselle piratant la Batmobile. Enfin si, elles arrivent peut-être à leur terme, mais alors de façon très abrupte pour tout boucler avant la relance de New 52. Et le lecteur occasionnel de l'univers partagé DC se posera bien des questions sur le personnage de Blaze. Ce n'est pas la première fois qu'il prend l'envie à un dessinateur d'enfin pouvoir écrire des histoires qui soient à la hauteur de son talent artistique (c'était le crédo de McFarlane, Larsen, Liefeld et consort lorsqu'ils ont créé Image Comics). Et le lecteur qui a acheté ce tome est avant tout venu pour s'en mettre plein la vue avec les dessins de Finch qui avait déjà redonné un sacré coup de jeunes aux (New) Avengers. Dès les premières planches, David Finch en met plein la vue, avec un niveau de détails obsessionnel, une belle demeure, un grand parc, une pièce intérieure cohérente avec la forme extérieure du bâtiment, et un petit coté Jim Lee, renforcé par l'encrage de Scott Williams (l'encreur attitré de Jim Lee). La première apparition de Batman s'effectue sur un dessin occupant deux tiers d'une double page, sous la pluie qui ruisselle et dégouline, dans la nuit avec des ombres apportant tout le mystère nécessaire, avec un grand soin apporté aux textures des façades et canalisations. Et quand Batman s'élance pour tomber sur Killer Croc, il ne manque pas un seul motif sur le dessous des semelles de Batman. le combat est brutal et les coups portés font mal. Il est également chorégraphié avec intelligence, c'est-à-dire que le lecteur peut inscrire l'enchaînement de coups portés dans une suite logique. Il n'y a qu'une bizarrerie : la pâle lumière jaune émise par l'insigne de la chauve-souris sur la poitrine de Batman. de ce point de vue, et tout au long des 3 épisodes qu'il illustre, le lecteur en a pour son argent : des dessins vifs, sérieux, premier degré, détaillés, mettant en valeur ce héros sombre et intense. Lorsque Fabok remplace Finch, les dessins perdent peut-être un peu en intensité et en détail (et encore ce n'est pas si visible que ça). Ils perdent peut-être un peu en dramatisation par le cadrage. Mais la transition se fait sans hiatus, dans une continuité de style très impressionnante. Évidemment il est tentant de comparer La nouvelle aube à Silence de Jeph et Jim Lee. le premier constat est que le scénario n'est pas de même niveau. Jeph Loeb avait imaginé une vraie histoire sur 12 épisodes, mettant en scène les supercriminels les plus connus de Batman pour que Jim Lee puisse avoir l'occasion de les dessiner tous. L'ambition de Finch est moins importante, d'autant (qu'à la réflexion) il a certainement dû les revoir à la baisse et tout boucler en 5 épisodes (d'où un sentiment d'incomplétude pour les intrigues secondaires liées à Mira, à Etrigan et à Ragman). Sur le plan visuel, David Finch n'est pas Jim Lee, mais il soutient la comparaison sans rougir et son Batman en impose, la ville de Gotham est palpable, les autres personnages dégagent une forte présence. Il a apporté une touche personnelle à son costume avec cet ovale luminescent, des gants munis de renforts, une étrange coquille de protection au niveau des bijoux de famille et une ceinture plus high-tech. Ses versions d'Etrigan et de Ragman sont plus traditionnelles.
Young gods
Exquis - Ce tome reprend les épisodes parus dans Storyteller 1 à 9 d'octobre 1996 à juillet 1997, ainsi qu'un prologue intitulé The pizza story mettant en scène Adastra, les épisodes 10, 11 et 12 (inachevé pour ce dernier), des annotations de Barry Windsor-Smith, une début de tentative de clore le récit, le synopsis de la fin de l'histoire, et un début d'histoire parue avant, mais se déroulant après. Pizza story - Adastra (une déesse du panthéon Orgasma) s'est réfugiée sur terre et se lance dans la livraison de pizza à domicile. Malheureusement, le pizzaiolo est arrêté par la police suite à un malentendu, et l'aide qui arrive pour rédiger d'étranges invitations perd tous ses moyens devant la beauté d'Adastra. Épisodes 1 à 12 - À une autre époque, dans le palais des dieux, Heros est songeur, il doit épouser Celestra le lendemain, la fille de la reine d'un autre panthéon de dieux. Il discute de son malaise avec Strangehands, son meilleur ami. Pendant ce temps là, une flopée de chérubins conçoit la tenue de la mariée sur Celestra qui papote avec Adastra, sa soeur. Alors qu'Heros et Strangehand ont décidé d'aller boire un coup avant d'aller chasser les dragons (pour enterrer la vie de garçon d'Heros), ils croisent Adastra en train de gesticuler comme une folle, pour se débarrasser d'un chérubin caché dans sa chevelure rousse flamboyant. Ils décident d'aller boire ensemble tous les trois. Ailleurs, Otan, le père tout puissant du panthéon d'accueil, rappelle à son Grand Vizir l'importance capitale de l'union de son fils Heros avec Celestra. Sur ces entrefaites, la reine Organa (la mère de Celestra) arrive pour exiger la présence du futur époux auprès de la promise qui se languit. Il s'agit essentiellement d'une comédie mettant en scène des dieux archétypaux, avec une femme n'ayant pas la langue dans sa poche, dans un environnement onirique, avec un soupçon de romantisme. Dès le premier épisode, la personnalité d'Adastra rayonne de chaleur et domine le pauvre Aran complètement empêtré dans son système de valeur. Adastra a acquis un parler légèrement argotique et très terrestre, alors qu'Aran s'exprime en termes choisis et fleuris dans un parler shakespearien. Il adore la déesse Isis, et il idolâtre Adastra comme une déesse (mineure par rapport à Isis, mais déesse quand même). Or les vœux de chasteté qu'il a prononcés font mauvais ménage avec la sensualité d'Adastra. Il s'en suit un dialogue savoureux entre les 2, irrésistible grâce à la mise en scène et au langage corporel d'une expressivité redoutable. La candeur et la jeunesse irradient du visage d'Aran, alors que la compassion et l'agacement agitent le visage d'Adastra de manière contraire. Après cette entrée en matière piquante et sophistiquée, l'histoire commence pour de bon dans un lieu évoquant un croisement entre des temples grecs et New Genesis des New Gods de Jack Kirby (d'ailleurs chaque épisode commence par la même dédicace à Jack Kirby). Dans ce panthéon fictif composé de dieux imaginaires, Heros est un individu tout entier dévoué à ses devoirs, et très sérieux. le caractère de Strangehand est plus difficile à cerner au départ, si ce n'est qu'il joue le rôle de confident et d'ami sûr. Dès son apparition, Adastra accapare la scène par son caractère bien trempé et expansif. Car il s'agit bien d'une scène, les personnages (sauf Adastra) s'expriment comme dans une pièce de théâtre et leur jeu de scène révèle une grande sensibilité de la part de Barry Windsor-Smith quant au jeu des acteurs. le lecteur pense au théâtre du fait de l'aspect littéraire des textes qui évoquent le langage dérivatif créé par Stan Lee pour faire s'exprimer les dieux d'Asgard, ou les dialogues un peu empesés des New Gods ou des Eternals écrits par Jack Kirby, mais en plus vif, plus alerte et plus enjoué. Et l'avantage de la bande dessinée, c'est que les costumes peuvent être aussi exubérants qu'imaginatifs, et les décors aussi bien classiques qu'Art Nouveau. Les personnages peuvent évoluer à leur guise sans les limites physiques d'une vraie scène. Et de temps à autre, Windsor-Smith se lâche le temps d'une pleine page magnifique qui marie la délicatesse, avec les détails, une capacité surnaturelle à rendre les textures et les jeux de lumière. De la même manière que le théâtre peut mettre en évidence la nature humaine par des biais artificiels (jeu légèrement exagéré des acteurs pour passer la rampe, costumes inexistants ou au contraire plus riches que nature, décors en carton-pâte, textes très travaillés), Windsor-Smith utilise une partie de ces artifices pour faire exister ses personnages au-delà du papier. Après avoir refermé ce livre, je me suis surpris à repenser à plusieurs reprises à ces personnages extraordinaires habités par des émotions très humaines, doté d'un humour léger et touchant. BWS manie un humour léger et élaboré qui se manifeste aussi bien par la juxtaposition d'émotions antagonistes, que par de minuscules chérubins facétieux. Bien sûr, cette lecture vaut plus par le voyage qu'elle propose que par sa destination. Cela tient lieu d'abord à la nature de la publication originelle en courts épisodes mais aussi à la fin de cette aventure éditoriale. Barry Windsor-Smith (BWS en abrégé) insère plusieurs pages de textes expliquant le contexte de cette histoire. Il estimait en se lançant dans Storyteller, un magazine mensuel de 32 pages de bandes dessinées, qu'il apportait une vision neuve au monde des comics et l'opportunité de séduire un public plus mature. Après 9 numéros, l'éditeur originel a informé Windsor-Smith que ce projet n'était pas économiquement viable et qu'il cessait la publication de cette série. Malgré plusieurs tentatives, BWS n'a jamais réussi à se réinvestir dans ces personnages pour mener à terme leurs aventures. Cette édition comprend un synopsis d'une page qui explique la fin prévue à l'épisode 17. Il comprend également une histoire appelée "The party" dans laquelle les héros de Young Gods, de Freebooter et de Paradoxman se croisent à une soirée pour commenter sur l'arrêt prématuré de leurs aventures. Il comprend la tentative avortée de 5 pages de terminer l'histoire. Young gods & friends est un récit à nul autre pareil qui évoque un croisement entre une pièce shakespearienne, un comics cosmique de Jack Kirby et une comédie sophistiquée de Frank Capra ou même la gentille dérision de Jacques Tati (M. Hulot fait apparition remarquée dans l'épisode 5). Les illustrations évoquent aussi bien Jack Kirby, que l'Art Nouveau ou les peintres préraphaélites tels Dante Gabriel Rossetti. Barry Windsor-Smith fait siennes les valeurs des préraphaélites : aimer ce qui est sérieux, direct et sincère dans l'art du passé, rejeter ce qui est conventionnel, auto-complaisant et appris dans la routine, faire du beau, faire des dessins minutieux privilégiant les détails, naviguer entre la littérature et la poésie. Les personnages existent comme rarement. Chaque personnage livre un numéro d'acteur éblouissant. Et si l'on ne peut être que navré que Barry Windsor-Smith n'ait pas pu terminer son œuvre, la magie du voyage proposé transporte le lecteur dans un monde onirique enchanteur. Une deuxième série de Storyteller a eu droit à une réédition : The Freebooters. Et Adastra a été mise en vedette dans Adastra in Africa.
Adieu Birkenau
Le risque avec les témoignages sur la déportation, c’est de devenir un lecteur blasé, devenu insensible à l’horreur à force de l’avoir lue de multiples fois. Un sentiment presque naturel, contre lequel il faut évidemment lutter, tant cette horreur est inoubliable, et tant la parole des survivants aura bientôt besoin de la nôtre pour poursuivre ce travail de mémoire nécessaire, surtout quand on voit les révisionnistes de tous bords et les fascistes en tous genres qui se verraient bien recommencer : les « sous-races » sont toujours disponibles pour eux : Juifs, Tziganes ; Noirs ; Arabes (Palestiniens ou pas), etc. La construction de l’album est intéressante, mêlant deux époques : une Ginette Kolinka contemporaine, accompagne des collégiens sur les restes du camp de Birkenau, alors qu’elle nous narre en parallèle son histoire, de son arrestation durant la guerre jusqu’à sa déportation (à Auschwitz-Birkenau, puis dans d’autres camps en Allemagne, jusqu’à sa libération). L’alternance entre les deux époques est assez fluide, ne hache et ne gâche pas trop la lecture. Surtout que Ginette Kolinka (je pense que les auteurs n’ont ici rien inventé – je ne la connais pas) se révèle une personne espiègle, pleine d’humour, n’hésitant pas à blaguer, avec de l’humour noir parfois, avec les jeunes qu’elle côtoie. Ça rend les dialogues agréables, et on sourit avec elle autant qu’on souffre lorsqu’elle raconte la vie (ou plutôt la survie) dans Birkenau. Les nombreuses allusions à son fils et à son groupe (Téléphone) n’apportent pas grand-chose, mais bon. J’ai aussi bien aimé la volonté de Ginette Kolinka de ne parler que de ce qu’elle a vécu et ce dont elle a gardé le souvenir. Cette idée, que j’avais aussi vu lorsque j’avais à plusieurs reprises rencontré Marie-José Chombart de Lauwe, est intellectuellement très honorable. Et n’empêche pas de compléter ses connaissances par ailleurs, mais le témoignage s’en trouve conforté. Une belle personne, que la saleté nazie n’a pas réussi à abimer. Note réelle 3,5/5.
Bestiarius
Des dessins absoluments sublimes, des personnages assez simples mais attachants, une intrigue efficace et très satisfaisante, et surtout un concept d'univers original et facile d'accès : la Rome antique et ses gladiateurs avec un bestiaire fantastique. J'ai dévoré toute la série d'une traite et je ne regrette absolument pas mon achat. Je recommande !
Phoolan Devi, reine des bandits
Encore une lecture qui n'a pas été de tout repos, le genre qui éveille en moi un sentiment de révolte et une profonde frustration. bref, une grosse claque cette BD. Très content d'avoir découvert ce personnage, sacré destin, un destin dur, très dur. D'autant plus quand on apprend qu'elle a été assassinée en 2001, quelques années seulement après sa libération. Même étant une personne dès plus pacifique, comme le dit Titanick, on ne peut que comprendre le chemin qu'a emprunté Phoolan Devi. J'ai vraiment adoré cette lecture, même si les émotions qu'elle provoque ne sont pas des plus agréables. Savoir que c'est une histoire réelle rend la lecture encore plus saisissante, renforçant l'empathie et l'admiration que l'on ressent pour cette Reine des bandits. Je regrette aussi de ne pas en avoir appris davantage sur son parcours politique, mais aussi sur certains moments forts qui, à mon sens, ne sont pas assez bien retranscrits : par exemple, lorsqu'elle rend les armes devant une foule de plusieurs milliers de personnes, la BD donne l'impression qu'il n'y en a que quelques centaines. J'aurais également aimé en savoir plus sur ce qu'elle a vécu pendant sa détention, ainsi que sur l'influence grandissante qu'elle exerçait sur le peuple indien malgré son incarcération. Des regrets qui n'enlèvent rien à la force du récit et au choix de se concentrer uniquement sur son parcours de souffrance, puis de rébellion jusqu'à sa détention. Quant au dessin, il est juste magnifique. J'ai adoré le style et la colorisation qui nous plongent parfaitement dans l'atmosphère aride du pays. Une histoire que je relirai !
Matteo Ricci - Dans la Cité Interdite
Une pensée qui ne se nourrit pas de curiosité s'éteint d'elle-même. - Ce tome est le troisième dans une série thématique consacrée à des hommes saints, après Vincent : Un saint au temps des mousquetaires (2016) et Foucauld : Une tentation dans le désert (2019). Sa première publication date de 2022. Il a été réalisé par Jean Dufaux pour le scénario, Martin Jamar pour les dessins et les couleurs, avec un lettrage réalisé par Joëlle François. Il s'ouvre avec une introduction d'une demi-page, écrite par le scénariste dans laquelle il évoque l'écriture d'Élisabeth Rochat de la Vallée qui écrit sur Matteo Ricci, sa relation au Christ et sa relation aux hommes, ce qui permit à une rencontre de s'opérer, à une compréhension mutuelle de devenir possible. Puis il cite les deux auteurs Vincent Cronin et de Michela Fontana dont les ouvrages lui ont permis de découvrir ce saint homme. Pékin, 1601. Jusqu'à présent, bien peu d'occidentaux ont pu franchir les enceintes de la Cité interdite. Là, derrière ces hauts murs de briques, vit le Fils du Ciel, entouré de sa famille, de sa cour, de ses concubines et de la caste puissante des eunuques qui bénéficient de nombreux privilèges et de pouvoirs certains. Justement, l'un d'eux, un certain Ma T'ang, collecteur des taxes de Lintsing, reçoit ses agents qui lui apprennent une bien étrange nouvelle. Un étranger s'est installé dans la ville ! Il semble que ce ne soit ni un espion, ni un agent ennemi, mais un lettré qui a su gagner l'appui de certains mandarins. Il dispose d'ailleurs d'un passeport. L'indicateur continue, tout en conservant une posture courbée : l'étranger cherche un intermédiaire auprès de l'Empereur. Il a des présents à offrir à sa Majesté Impériale. de l'or des bijoux, il paraît qu'il peut changer le cinabre en argent. L'eunuque Ma T'ang demande son nom. Il s'appelle Matteo Ricci. Il est né en Italie, à Macerata. Âgé de 19 ans, il entre au noviciat des jésuites et, après des études au Collège romain, il est ordonné prêtre à Cochin en juillet 1580. Depuis 18 ans, il parcourt la Chine pour y servir Dieu. Par terre, le long des fleuves, au fil des saisons, des déconvenues, mais avec un courage exemplaire qui jamais ne l'abandonne… Il a la grande intelligence du cœur et de l'esprit, de respecter des coutumes et une foi autres que la sienne. Ses connaissances en mathématiques et en astronomie, ses dons pour la philosophie, l'horlogerie le font apprécier des intellectuels et des mandarins qu'il croise sur sa route. Il est ainsi devenu le Lettré du lointain Occident. Mais le plus difficile reste à faire. Il veut rencontrer le Fils du Ciel en personne, car c'est par la tête qu'il veut descendre jusqu'au corps. Rien, cependant, n'est acquis. Impossible de pénétrer dans la Cité interdite sans une invitation personnelle de l'Empereur. Et cette invitation ne peut s'obtenir sans l'aval d'un conseiller proche… Ou d'un eunuque bien en cour. Les deux serviteurs comme les appelle le porte-parasol de Ma T'ang, sont en réalité les compagnons de voyage de Ricci. Il y a là frère Fernandez et le jésuite Diego Pantoja, un missionnaire. Dans son introduction, le scénariste indique qu'il connaissait peu de choses de Matteo Ricci à l'époque où il a commencé ce projet. Il cite donc la préface d'Élisabeth Rochat de la Vallée : le danger de se perdre quand on ne se cramponne plus aux certitudes données par sa langue et par la raison de sa culture n'est pas à négliger; danger de perdre son identité et même sa foi. le lecteur sourit en prenant connaissance de ces risques : il se dit que cela s'applique parfaitement au dessinateur, plus habitué à dessiner Paris aux siècles passés, en particulier au dix-neuvième siècle. Dans le même temps, il est pleinement rassuré dès la première page : une magnifique statue d'un lion sur une stèle richement sculptée, devant le mur d'enceinte de la Cité impériale, avec trois marchands ambulants, et trois gardes, tous représentés avec une minutie remarquable. Martin Jamar n'a pas perdu sa culture et son talent de raconteur en images, même s'il a dû faire l'effort de s'adapter aux us et coutumes d'une région du monde qu'il n'est pas familier de représenter. Les cases de la bande inférieure montrent l'eunuque Ma T'ang et ses deux informateurs : le lecteur prend le temps de savourer le magnifique manteau orné de motifs complexe du premier. Il sait que la reconstitution historique est tout aussi soignée que celle de Paris sous Napoléon 1er (Double Masque) ou pendant la Commune (Voleurs d'empires). Le lecteur accompagne donc le prêtre jésuite italien et missionnaire en Chine impériale, dans cette ville dont l'auteur a choisi de conserver l'ancienne appellation de Pékin, plutôt que celle plus moderne de Beijing. Il peut ainsi regarder autour de lui dans les rues et dans la Cité interdite : une rue enneigée pour commencer, une autre débouchant sur un temple, celle menant aux bureaux du mandarin T'sai Hsu-t'sai responsable des ambassades étrangères, une vue générale en légère élévation du palais des Barbares avec ses murs d'enceinte et ses voies intérieures, différents bâtiments de ce palais. Puis en planche vingt-cinq, le missionnaire passe par une porte d'entrée latérale pour franchir l'enceinte extérieure de la Cité interdite. C'est à nouveau l'occasion de pouvoir contempler la multitude d'artisans et de commerçants qui s'affairent, ainsi que les façades du palais. Lors d'une enquête, Ricci se rend dans la demeure du veuf Wang Chung Nim : l'artiste en offre une vue générale en élévation inclinée, puis montre la vue sur les vastes jardins, à partir d'un petit pavillon de bois. le récit se termine avec une case consacrée à la tombe du prêtre, avec une stèle sculptée, et deux magnifiques arbres de part et de d‘autre, ainsi que les bâtiments de la Cité interdite en arrière-plan. le lecteur a envie de le remercier pour lui avoir donner à voir autant de lieux, d'individus en train de vaquer à leurs occupations ordinaires, dans des cases toujours facilement lisibles, avec une colorisation naturaliste faisant ressortir les éléments les uns par rapport aux autres, les ambiances lumineuses, les différents plans. Les prises de vue en intérieur sont tout aussi riches, informatives et vivantes. le lecteur ouvre grand les yeux pour ne pas en perdre une miette qu'il s'agisse des cadeaux à offrir à sa Majesté Impériale, de l'aménagement et de la décoration intérieur d'un temple bouddhiste, du pavillon de Yogour Kahn, de l'atelier d'horlogerie où s'exerce Lin Yu, et bien sûr de la salle du trône. L'artiste s'est fixé pour but de reconstituer chaque lieu, chaque accessoire, chaque tenue vestimentaire, pour que le lecteur puisse en voir le plus possible au cours de son immersion. Il réalise des plans de prise de vue d'une clarté exemplaire, en mettant un point d'honneur à représenter les arrière-plans le plus souvent possible. Sa direction d'acteurs appartient au registre naturaliste, avec des postures qui s'avèrent en parfaite adéquation avec l'occupation du personnage, et permettent de se faire une idée de son état d'esprit. La narration visuelle donne une impression d'évidence et de facilité au lecteur, alors qu'il lui suffit de prendre une case et de réfléchir aux recherches nécessaires pour pouvoir s'imaginer le travail qui a dû être nécessaire. Comme pour les deux tomes précédents, le scénariste a retenu une approche qui rend hommage au Vénérable, c'est-à-dire qu'il ne gomme pas sa foi, mais il ne fait pas acte non plus de prosélytisme. Matteo Ricci évoque sa foi quand il est questionné dessus, il prie, il a amené avec lui un crucifix, des images pieuses. Pour autant, il n'assène pas le credo de sa foi à toutes les personnes qui passent à sa portée. Il fait preuve d'un humanisme chrétien dans son comportement, dans sa façon d'envisager les rapports avec autrui, et de tolérance. Il est venu pour une mission d'évangélisation, avec l'intention de commencer par l'Empereur lui-même. Son voyage l'amène à fréquenter aussi bien des savants, que des individus aguerris en politique, ou aux intrigues de palais. Outre les valeurs morales et la charité chrétiennes, Ricci fait montre de son ouverture d'esprit à plusieurs reprises. Alors que des voleurs se sont introduits dans sa maison et ont été mis en fuite par Lin Yu armée d'une épée, il explique à celle-ci qu'il les laisse fuir car il a bien conscience que ces voleurs obéissent probablement à des ordres qu'ils ne peuvent refuser. Quelques pages plus loin, il discute avec Lin Yu et elle lui demande pour quelle raison il fait tout cela pour elle : il répond tout naturellement qu'il serait un mauvais chrétien s'il n'aidait pas les gens en difficulté ou en souffrance. Elle poursuit et souhaite savoir s'il pourrait lui apprendre, si c'est son Dieu qui parle ainsi. le scénariste fait preuve à son tour de malice puisque Ricci répond que Partager une règle de vie avec un ami qui vient de loin est une grande joie. Il ajoute qu'il s'agit d'une maxime de Confucius, alors que le lecteur s'attendait à ce qu'il cite les Écritures. L'enjeu du récit réside donc dans le chemin qui mène à l'audience avec l'Empereur. Jean Dufaux met en scène le protocole, les semaines d'attente, les intrigues de palais, les alliances de circonstance, les embûches créées par les jaloux, les envieux, les profiteurs ou les inquiets de leurs privilèges. Matteo Ricci apparaît comme un homme sage et posé, confiant en la Providence, avec une réelle expérience des êtres humains. de la planche trente-et-un à la planche trente-six, il participe à une enquête sur un cas de malédiction, avec une perspicacité et une efficacité qui évoquent celles du Juge Ti, personnage créé par Robert van Gulik, et enquêteur hors pair d'une série de romans policiers. Au fur et à mesure des rencontres avec les autorités, avec les divers représentants, il se dessine en creux une vision de la capitale chinoise, du mode de fonctionnement de cette partie de cette société, à la fois des us et coutumes, à la fois sa capacité à accueillir les étrangers et à établir un réel échange avec eux. S'il a lu les deux précédents tomes, l'un consacré à Saint Vincent de Paul, le suivant à Charles de Foucauld, le lecteur a déjà l'eau à la bouche à la simple idée de découvrir celui-ci. Il n'est pas déçu : les dessins sont toujours aussi fournis avec une lisibilité immédiate, pour une reconstitution historique remarquable. le scénario évoque quelques mois de la vie de Matteo Ricci, son séjour à Pékin, et son invitation à entrer la Cité interdite, sans gommer sa foi religieuse, ni en faire l'apologie, montrant comment son ouverture d'esprit et l'étendue de ses connaissances lui permettent d'être accepté dans cette société à la culture si étrangère à la sienne.
Veil
L'objet du désir - Il s'agit d'une histoire complète, indépendante de toute autre. Ce tome comprend les 5 épisodes de la minisérie (initialement parus en 2014), ainsi que 10 dessins pleine page (des dessins préparatoires). Greg Rucka a conçu et écrit ce récit, Toni Fejuzula a réalisé les dessins, l'encrage et la mise en couleurs (avec l'aide d'Aljosa Tomic pour cette dernière). Quelque part, une bougie brûle et s'éteint. Ailleurs de l'argent change de main. Dans un local souterrain carrelé, une jeune femme nue prend conscience. Elle chasse les rats qui l'entourent, se lève, et commence à marcher. Elle sort de leurs gonds des vantaux d'une grille métallique, monte des escaliers et émerge sur le trottoir d'une grande artère, dans le quartier chaud d'une métropole. Un grand balèze la repère immédiatement et souhaite profiter de ses faveurs, consenties ou non. Dante, un autre homme, intervient pour la protéger, lui prêter son blouson, et la ramener chez lui. La jeune femme déclare s'appeler Veil et ne sait prononcer que quelques mots. Cette histoire attire l'attention du lecteur du fait du scénariste (Greg Rucka, auteur réputé pour ses personnages féminins et sa capacité à écrire de bon polar en comics), et par le dessin saisissant de couverture. En feuilletant rapidement l'ouvrage, le lecteur apprécie immédiatement la qualité des images, et l'utilisation frappante de la couleur dans certaines scènes. Toni Fejzula entame chaque numéro avec une page muette (sans dialogue, ni cellule de texte), composée de 9 cases de taille identique montrant des éléments disparates, dans des endroits différents, suscitant immédiatement la curiosité du lecteur. La séquence d'ouverture constitue un modèle de narration portée par les images, compréhensible au premier regard. Fejzula a choisi avec soin les éléments qu'il représente pour que le lecteur identifie immédiatement l'environnement (une station de métro désaffectée) avec un niveau de détails suffisant pour rendre l'endroit spécifique, sans information superflue. Il utilise les couleurs pour installer une continuité narrative dans chaque lieu, pour faire ressortir chaque forme par un léger contraste, pour exprimer l'étrangeté de la situation. Toni Fejzula joue avec les couleurs, passant d'une palette naturaliste, à une palette expressionniste, de manière insensible (par exemple pour des visages franchement violets). L'intelligence de sa composition fait que le résultat ne s'apparente pas à des visions psychédéliques difficiles à soutenir, mais à une exagération révélatrice de l'étrangeté du moment, ou d'un état d'esprit inattendu. Il utilise de la même manière les cadrages, recourant parfois à un angle de vue surprenant pour attirer l'attention du lecteur (par exemple des gros plans de rat) sur un détail ou un élément ambigu. Fejzula a pris le parti de ne pas représenter les tétons de cette jeune femme (ils restent nimbés d'une ombre peu réaliste), encore moins sa toison pubienne. Ce choix peut se percevoir soit comme une volonté délibérée de ne pas en rajouter dans l'utilisation du corps de la femme comme appât visuel pour attirer le lecteur, soit comme une volonté de conserver un potentiel de vente maximal en ne tombant pas dans l'érotisme soft, soit encore comme une volonté concertée avec le scénariste. Greg Rucka a conçu son récit comme un thriller, comprenant une part de surnaturel (le comportement de Veil étant révélateur dès le premier épisode, sans parler de la couverture choisi pour le présent tome). le rythme de la narration est vif sans être épileptique. le lecteur a envie de tourner chaque page rapidement, tout en prenant le temps de profiter de l'aspect visuel du récit, très réussi. Le scénariste met en scène des individus moralement très ambigus, ne disposant plus d'un casier judiciaire vierge. Il ne grossit pas le trait pour autant, et Dante est présenté sous son bon jour du début jusqu'à la fin. Rucka utilise Veil pour évoquer la puissance de séduction des belles femmes, et les passions qu'elles déchaînent. Sur ce point, il n'atteint pas le degré d'implication émotionnelle d'Ed Brubaker dans la série Fatale. La narration repose donc sur le secret de Veil, et sur les individus qui souhaitent disposer de cette personne pour leur propre fin. Ces derniers n'hésitent pas à employer la manière forte, ce qui donne lieu à des affrontements saisissants, grâce à la mise en images très personnelle de Fejzula. Rucka joue également un peu avec les rats comme symboles de différentes idées. Il évoque également la notion de libre arbitre à quelques reprises, mais de manière superficielle. Veil est un thriller divertissant, avec une touche de surnaturel, et une bonne dose de violence. Il sort du lot des thrillers grâce à une narration visuelle impeccable, tant pour le découpage que l'usage des couleurs, et par quelques séquences apportant un second niveau de lecture qui reste sporadique léger. Un bon thriller sans prétention, avec une partie graphique remarquable.
Ile Bourbon 1730
J'ai bien aimé la lecture de cette série issue de la coopération (du Duc) Appollo (dorus) et du Seigneur Trondheim, tous les deux experts en affaires maritimes du XVIII -ème siècle. Avec ces deux compères, je n'ai pas été surpris de me trouver au milieu d'un récit drôle et cynique avec une thématique centrale sur la liberté illustrée par un récit sur la piraterie qui occulte faussement celui sur l'esclavagisme. J'ai lu cette histoire comme une sorte de récit à deux faces subtilement construites par les auteurs. La face clinquante, aventurière presque chevaleresque un peu fantasmée de l'histoire de piraterie qui s'articule très bien autour de la capture de La Buse. Appollo et Trondheim puisent dans les archives historiques pour rendre la narration crédible et attrayante. Elle est portée par le personnage de Raphaël, jeune idéaliste naïf, aveugle et sourd au véritable drame de son époque. Raphaël n'écoute pas la terriblement lucide Emilie et n'a pas encore lu Bernardin de Saint-Pierre en 1773 « ... Et ce qui sert à vos plaisirs est mouillé des pleurs et teint du sang des hommes. » C'est ce que nous rappelle les auteurs qu'en arrière-plan de ce récit presque pittoresque voire hollywoodien d'aventures de trésor conquis au fil du sabre que ces mêmes pirates quand ils étaient blancs s'accommodaient souvent d'un régime esclavagiste qui pouvait les rendre riches planteurs de café. Car le vrai drame du récit n'est pas la pendaison de LaBuse mais bien celle du jeune Yoruba arraché à son pays et de la lecture du Code Noir comme référence légale de l'époque. La confrontation entre Emilie et Raphaël en pages 187 et 188 est pour moi la clé du message de l'œuvre. Elle nous renvoie à une représentation fantasmée (Raphaël) ou refoulée (Emilie) encore aujourd'hui de notre passé. Le graphisme animalier de Trondheim convient parfaitement à l'esprit d'un humour souvent sombre qui se dégage de la série. Comme chez Lapinot la drôlerie de certaines situations ou de certains dialogues conduisent à une réflexion plus profonde et plus sombre. Les personnages sont très expressifs dans des décors assez succincts mais suffisants pour porter l'ambiance. Une belle piqûre de rappel sur une page sombre de notre histoire sous couvert d'un récit qui semble léger et divertissant.
Spider-Man - La dernière chasse de Kraven (La mort du chasseur)
La dernière victoire de Sergei Kravinoff - Ce recueil constitue une histoire complète parue à l'origine en 1987 dans Web of Spider-Man 31 & 32, Amazing Spider-Man 293 & 294, et Spectacular Spider-Man 131 & 132. Ce tome comprend les 6 épisodes en question. Sergei Kravinoff est un criminel qui s'habille d'un pagne en léopard et d'un gilet sans manche et se fait appeler Kraven the Hunter. Ce personnage est apparu pour la première fois dans Amazing Spider-Man 15 en août 1964. Il possède des connaissances en herboristerie qui lui permettent de concocter des potions ayant différents effets : poison, paralysie, augmentation de la force ou de l'acuité des sens… Dans cette histoire, Kraven abat Spider-Man d'une balle de fusil de chasse, il le fait enterrer et il revêt l'habit du superhéros pour prendre sa place. J.M. DeMatteis est un grand professionnel des comics, autant pour des histoires de superhéros ( Batman : absolution & Justice League International ), que pour des bandes dessinées plus personnelles (Moonshadow & Brooklyn Dreams). Mike Zeck est essentiellement connu pour avoir illustré The Punisher : Cercle de sang. Il est ici encré par Bob McLeod, un autre professionnel vétéran des comics. La particularité de cette histoire de Spider-Man est qu'elle a pour principal personnage le criminel et que Peter Parker ne débite pas de blagues. Il s'agit d'une histoire très sombre qui a pour principaux thèmes l'introspection de Kravinoff et l'impact psychologique pour Peter Parker d'avoir été enterré vivant. J.M. DeMatteis nous fait pénétrer dans la psyché de Sergei sous forme de flux de pensées. Il nous invite à adopter le point de vue de Kraven sur la réelle signification des combats qui l'opposent à Spider-Man et sur le poids de son héritage familial. Du coté de Peter Parker, DeMatteis nous montre à la fois la peur instillée par Kraven et l'incapacité totale à déchiffrer et comprendre les actions de Kraven. À l'évidence, il ne s'agit pas d'un comics pour les plus jeunes et il ne rentre pas dans le moule des aventures habituelles du tisseur de toiles. DeMatteis va même jusqu'à jouer avec l'idée de l'araignée comme totem de Peter Parker (thème qui sera repris et développé plus tard par Straczynski) et comme symbole de l'échec de l'être humain. Les illustrations de Mike Zeck sont un peu datées années 80 et souffrent à plusieurs reprises d'un manque criant d'arrière plan. D'un autre coté le rendu des personnages est très soigné avec des relents de Joe Kubert qui leur donnent une intemporalité et une force peu commune. Pour les fans, cette histoire se classe parmi les meilleurs classiques de Spider-Man. Effectivement les deux créateurs réussissent le pari de rendre Sergei Kravinoff humain, crédible, tourmenté et étrangement lucide. Peter Parker a rarement été aussi vulnérable et héroïque. Mary Jane (les deux étaient jeunes mariés à ce moment) est une femme amoureuse mais pas mièvre. Ce qui m'arrête dans l'attribution d'une cinquième étoile est ce manque de décors très déconcertant et le mode narratif qui ne va pas assez loin dans l'utilisation du flux de pensées désordonnées. L'exécution de l'histoire manque d'un soupçon de savoir faire pour atteindre tous les buts ambitieux qu'ils s'étaient fixés. Cette histoire a eu droit à un épilogue : Soul of the Hunter.
The Unnamed - Junkyard Joe
Pas mal ! J'étais un peu réticent au début en voyant la couverture, car les séries sur la guerre ne m'intéressent pas vraiment. Mais en feuilletant rapidement la BD, certaines planches ont éveillé ma curiosité, et voila. Au final, c'est une très bonne surprise. J'ai beaucoup aimé l'histoire et son déroulement. Même si la dernière partie semble un peu "facile", ça ne m'a pas dérangé. Les deux soldats sont touchants, et l'auteur parvient parfaitement à transmettre l'émotion voulue à travers ce soldat-robot qui ne prononce pas un mot. On s'y attache vraiment. J'ai passé un bon moment, on ne s'ennuie pas du tout, l'idée est originale, et le dessin est super, très réaliste. Ce n'est pas forcément mon style préféré, mais il faut reconnaître le talent du dessinateur. La fin semble suggérer une suite, mais après quelques recherches, il semble que ce soit plutôt un préquel du one-shot "The Unnamed: Geiger", avec la fin qui serait plus un clin d’œil. Note réelle : 3.5