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Par Présence
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Bravo pour l'aventure - Les Aventures de Jesse Bravo
Bravo pour l'aventure - Les Aventures de Jesse Bravo

Leçons de narration - Ce tome regroupe toutes les histoires écrites, dessinées et encrées par Alex Toth (25 juin 1928 – 27 mai 2006), mettant en scène le personnage de Jesse Bravo, réalisées entre 1982 et 1984. Il se présente sous un format de bande dessinée européenne et les histoires sont en couleurs. Who is Jesse Bravo ? (1982, 4 pages) – Sous forme de dessins accolés à des textes, Alex Toth présente la vie de son personnage. Bravo for adventure (1984, 54 pages) – Dans les années 1930, Jesse Bravo (un pilote d'avion, installé à son compte) accepte des commandes de fret, ou de réalisation d'acrobaties pour Hollywood. Alors que les finances sont en chute libre, il refuse de chercher un autre pilote qui doit de l'argent à un propriétaire de casino, et il accepte de réaliser des acrobaties pour un film qui doit se tourner à Lone Pine (même s'il refuse d'y emmener la fille du réalisateur). Coming (1982, 17 pages) – À Burbank en 1937, assommé par une pale d'hélice, Jesse Bravo hallucine. Il s'imagine dans une sorte de course-poursuite sans queue ni tête, de nature psychédélique. Le premier constat qui s'impose est que le travail d'édition est irréprochable, d'une très grande qualité, avec des pages parfaitement reprographiées permettant d'apprécier chaque trait, chaque aplat de noir. L'introduction de Dean Mulaney (dans l'édition VO) permet d'apprendre (ou de se remémorer) qu'Alex Toth a connu plusieurs vies professionnelles, comme dessinateur, mais aussi dans l'animation. IDW a d'ailleurs publié 3 tomes retraçant ses carrières : Genius, animated: The cartoon art of Alex Toth, Genius, illustrated: The life and art of Alex Toth, Genius, isolated: The life and art of Alex Toth. Ladite introduction permet également d'apprécier le sens de l'expression Un artiste pour les artistes, puisque Toth a été un modèle pour des dessinateurs comme Darwin Cooke, Bruce Timm, Howard Chaykin ou Paul Pope. Un feuilletage un peu rapide ne permet pas d'appréhender les qualités d'Alex Toth qui rendent ses comics si remarquables. Malgré le grand format, le lecteur ne voit au départ qu'une apparence datée, évoquant fortement les comic-strip des journaux américain. Mullaney indique d'ailleurs qu'Alex Toth admirait des créateurs de comic-strip comme Milton Caniff (Male Call ou Terry and the Pirates) et Noel Sickles (Scorchy Smith). Le lecteur se lance donc ce tome et il remarque immédiatement des traits épurés et des cases évoquant un peu Hugo Pratt. Il est également saisi par le lettrage fait main, sans cette impression répétitive des lettrages informatiques. Ce lettrage un peu irrégulier dans l'espacement des lettres et leur forme transmet une impression organique vivante, très agréable, un peu artisanale. D'ailleurs page 8, le lecteur découvre une case constituée de mots qui se chevauchent les uns les autres, sans forme humaine ou autre. La dernière case de cette page montre un vaisseau spatial en train de s'éloigner laissant une trace composée de gros carrés arrondis dont le lecteur se demande s'ils représentent les restes d'échappement d'un moteur à énergie inconnue, ou le son du même moteur retranscrit dans un alphabet extraterrestre (ou peut-être les deux à la fois). Cela peut paraître dérisoire d'aborder les qualités graphiques d'Alex Toth par le lettrage, mais pourtant cet aspect est partie intégrante de la page, et montre que cet artiste brise le mur qui sépare le dessin, des lettres d'un mot. À plusieurs reprises, Alex Toth rapatrie les lettres de l'alphabet dans le domaine du dessin en jouant sur leur graphie (une leçon dont se souviendront Howard Chaykin, et Ken Bruzenak, son lettreur attitré). Dès ces premières pages, le lecteur peut aussi constater l'incroyable travail d'épuration que Toth effectue sur les traits et les aplats de noir. En détaillant la manière dont est dessiné l'avion en train de voler (en haut à droite de la page 5), le lecteur constate un faible nombre de traits et une grosse masse noire pour la carlingue de l'avion. En prenant du recul, il constate qu'il peut quasiment identifier le modèle de l'avion, voir la fragilité des ailes de ce biplan, imaginer les contraintes qui tiraillent les câbles qui rigidifient la structure de l'avion, etc. C'est incroyable tout ce qu'expriment ces quelques lignes ! Tout au long de ce tome, le lecteur pourra ainsi observer à loisir la façon dont Alex Toth recherche jusqu'où il peut simplifier un contour, ou l'intérieur d'une surface, sans rien perdre de sens, pour atteindre une élégance raffinée. Il ne faut pas croire que cette épuration va de pair avec une forme de vide, ni d'économie. La gestion des aplats de noir et les variations d'épaisseur des traits de contour ont aussi pour effet de ne jamais donner l'impression d'une case creuse, ou superficielle. Lorsque la narration visuelle le nécessite, Alex Toth réalise des dessins comprenant plus de détails, comme l'intérieur d'un bar, les cadrans d'une radio, ou encore la carrosserie d'une Rolls Royce. Ce qui est également saisissant à la lecture de ces pages, c'est qu'il n'y a pas de cases statiques. Sans donner l'impression de rythme effréné ou de mouvement incessant, Alex Toth compose des images toujours pleines de vie, allant d'un simple haussement de sourcil, à un bolide lancé à toute allure. Il y a là une science de la composition proprement habitée par le flux de la vie. Cette vie émane également des personnages croqués par Alex Toth. Ils disposent tous d'une morphologie et d'une physionomie distinctes, facilement mémorisables, sans qu'ils n'en deviennent des caricatures. Sans aller concevoir des tenues extravagantes, Toth prend soin que chaque costume soit adapté à la personne, à son activité, et aux conditions météorologiques. Alex Toth sait dessiner avec une rare conviction les évolutions des avions en vol, malgré l'absence de repère fixe dans le ciel pour indiquer leur position ou leur trajectoire. La reconstitution historique est des plus convaincantes. le lecteur écoutera même la chanson When the deep purple falls over garden walls de Peter DeRose, sortir d'un jukebox (cette même chanson qui inspira Ritchie Blackmore pour le nom du groupe Deep Purple). Dans l'introduction, Dean Mullaney précise qu'il s'agissait pour Alex Toth de rendre hommage aux comic-strips, avec une histoire d'aviateur proche de la parodie. À la lecture, il s'avère que Toth a bien conçu une intrigue très cohérente, avec une habileté certaine pour utiliser les conventions de ce type de récit, sans pour autant se limiter à une enfilade de clichés, ou se reposer sur des mécaniques invraisemblables. Jesse Bravo est bien le personnage principal du récit (et même le héros), mais de nombreux rebondissements surviennent sans qu'il en soit le moteur. Ce tome se termine donc avec une dernière histoire (17 pages) pendant laquelle le lecteur voit les hallucinations de Jesse Bravo, ayant perdu connaissance. C'est une leçon de narration phénoménale. Alex Toth n'est pas tenu par une intrigue, il peut donc imaginer sa narration uniquement du point de vue visuel, passant d'une case à l'autre par le biais d'associations d'idée ou d'image. le lecteur se retrouve donc devant des cases de plus en plus épurée, où l'image tire vers l'abstraction, voire devient abstraite (une simple courbe, ou ligne brisée, ou encore une petite silhouette noire sur fond blanc (cette approche évoque fortement l'épure de Gilbert Hernandez). Soit le lecteur sera rebuté par ce délire insensé, soit il se rend compte que sur cette trame conceptuelle, Alex Toth réalise un travail narratif exceptionnel. Pourtant sans intrigue, cette suite de 17 pages constitue bien une narration inventive, avec un mouvement fluide, même s'il s'agit d'une case blanche ou noire, vierge de tout trait. Prise une par une, chaque case peut sembler incongrue ou même dépourvue de sens littéral. Remise dans le flux de la narration, à côté d'une autre case, ou dans le contexte de la planche, elle participe à un récit visuellement compréhensible, et pourtant impossible à mettre en mots. A priori, le lecteur attiré par ce tome y vient surtout pour découvrir l'art d'Alex Toth. Il est comblé au-delà de toute espérance par une maestria au service de la narration, par une leçon de narration à chaque page, et il bénéficie même d'une histoire à la construction intelligente, pleine de suspense. Il est alors possible de découvrir des travaux plus anciens comme Creepy presents Alex Toth ou Zorro: The complete Alex Toth.

29/08/2024 (modifier)
Par Gaston
Note: 4/5
Couverture de la série Le Juif arabe
Le Juif arabe

Un autre album de BD qui a retenu mon attention uniquement parce qu'il a été posté sur ce merveilleux site. C'est triste de voir qu'à cause de la surproduction de BD, des bons titres passent sous le radar. L'action se passe à deux périodes différentes. Dans une on voit l'auteur enquêter sur une tragédie familiale, et dans l'autre on voit la vie de son arrière-grand père jusqu'à son meurtre par, semble-t-il, le jeune arabe qu'il avait adopté. Le scénario est simple et efficace. On voit bien comment les tensions ont fini par diviser les Arabes et les juifs et ce n'est malheureusement pas près de se terminer. Le seul problème que j'ai eu avec la BD est que je n'ai pas trop compris si certaines scènes situées dans le passé sont vraiment arrivé, ou si c'est l'auteur qui fait des spéculations sur la vie de son arrière-grand-père. L'album se lit rapidement et cela risque de frustrer des lecteurs qui auraient voulu un scénario plus profond. Il faut voir cet album comme un témoignage et pas comme un documentaire qui expliquerait tous les problèmes d'Israël.

29/08/2024 (modifier)
Couverture de la série Oniria
Oniria

Attention, ovni ! Foutraque, loufoque, bordélique, frappadingue, déjanté et j’en passe, tous les adjectifs qui me viennent à l’esprit après avoir lu ce triptyque le renvoient au large, dans les cieux. Quel délire, narratif et visuel ! Une œuvre inclassable en tout cas, qui m’a parfois fait penser à un autre ovni espagnol, « La mort amoureuse » (bien plus ancien et sans doute plus joli – en tout cas selon mes goûts), même si ça s’en écarte. L’histoire est difficile à résumer, et la série tout aussi difficile à ranger dans un genre. En effet, si le fantastique est très présent dans cette série, elle est aussi et surtout marqué par un fort érotisme, à la fois exacerbé et soft. Soft, car finalement aucune scène explicite. Mais les tenues des dames (hyper sexy, tendance BDSM, avec des talons d’un kilomètre), leur soif de sexe souvent et leur poitrine – très généreuse ! – assez mal dissimulée, transforment plusieurs scènes en orgies virtuelles, même si ça n’est évoqué que par la bande, de façon allégorique (voir la longue scène où deux donzelles font l’amour avec des vagues – des surfeurs en gouttelettes…). Rien de pornographique donc, mais un ton volontairement irrévérencieux, un habillage général et particulier très sexué. Tant que j’en suis à l’habillage, parlons du dessin et de la mise en page. Cette dernière est souvent déstructurée, là aussi ça part dans tous les sens ! Il y a un peu de Druillet dans cette mise en page – parfois la lecture en est rendue difficile – et aussi dans la profusion des couleurs. Une colorisation qui renforce certains aspects psychédéliques et seventies de l’histoire (c’est tout à fait dans l’esprit de ce que pouvaient publier les Humanos, ou l’Echo des savanes à cette époque). Le dessin est semi caricatural, il érotise pas mal donc, et s’écarte parfois du réalisme, rêves obligent (personnages devenant géant, en avalant d’autres devenus minuscules, etc.). Car oui, l’essentiel de l’intrigue navigue dans les rêves. Les deux héroïnes s’y meuvent, ce qui permet à Xalabarder de multiplier les décors (le dernier tome développe d’ailleurs une vision baroque et apocalyptique, quasi expressionniste de la Première guerre mondiale, tout en étant largement le moins érotisé du triptyque). Ébouriffant, baroque, grandiose et souvent pas facile à suivre, voilà une série très originale ! Mais ça fait partie des œuvres qu’il n’est pas nécessaire de comprendre pour les apprécier. A feuilleter avant d’acheter, car on est loin du classique franco-belge, mais c’est une curiosité qui intrigue que je recommande aux lecteurs souhaitant sortir d’une certaine zone de confort. A découvrir ! Note réelle 3,5/5.

29/08/2024 (modifier)
Par gruizzli
Note: 4/5
Couverture de la série Le Sommet des dieux
Le Sommet des dieux

Bon, ben voila, j'ai finalement apprécié un Taniguchi ! Il en a fallu beaucoup mais finalement j'en ai trouvé un que j'ai apprécié suffisamment pour me dire que la lecture a été plaisante. Maintenant, je ne dirais pas que je suis assez fan pour l'acheter, le prêt m'a suffit ! Comme à chaque lecture de Taniguchi, je trouve que tout ses personnages passent leur temps à faire la gueule tout le temps. C'est un tic de dessin, je sais, mais ça m'insupporte ! De fait, heureusement qu'ici l'important n'est clairement pas les personnages mais les environnements et décors de montagnes, bien représentés et dont je n'imagine pas le travail faramineux. Mais c'est beau, ça c'est sur ! Cela étant, en dehors du dessin, on retrouve quelques questionnements que Taniguchi a déjà pu développer sur d'autres personnages. J'y retrouve des solitaires attirés par quelque chose de plus important que leurs propres vies. J'ai déjà remarqué que l'auteur aime isoler ces personnages, mais là pour le coup je trouve que c'est logique et censé dans son déroulé. Je n'ai jamais eu l'impression de voir uniquement des personnages ayant surtout besoin de consulter, même si certains d'entre eux sont clairement très spéciaux. En fait, j'ai surtout été intéressé par l'histoire parce qu'elle me rappelait le film "L'ascension" de Ludovic Bernard, qui m'avait émerveillé sur sa capacité à faire ressentir une ascension de l'Everest sans la magnifier ou la rendre horrible. Bref, j'ai beaucoup aimé ce film et je me suis un peu intéressé à l'Everest, que je ne ferais jamais parce que j'aime ces montagnes donc je les laisse tranquille. La lecture a donc été une redécouverte de la montagne, des différents alpinistes qui s'y sont succédé (et notamment la fameuse tentative de Malory) ainsi que des questionnements sur ceux qui veulent faire de nouveaux exploits. Et le rendu est bon, quoi qu'un peu long. C'est d'abord la découverte d'un personnage, les recherches de ce qu'il a fait dans sa vie précédemment puis la fameuse tentative et tout ce qu'il s'en suit. Si je devais pinailler, je dirais que sur les cinq tomes l'un est peut-être de trop, mais lorsqu'on est dedans il faut dire que la lecture est plaisante. C'est une lecture plaisante, dépaysante et qui doit une bonne partie de son plaisir au paysage. L'histoire est plaisante, un peu longue mais entrainante. J'ai été pris dedans, je dois l'avouer, mais pas sur que la relecture sera du même acabit. Il faut s'enfiler les cinq volumes, tout de même !

29/08/2024 (modifier)
Par Ro
Note: 4/5
Couverture de la série American Parano
American Parano

La série doit encore faire ses preuves, mais le premier tome est très encourageant et promet un très bon diptyque pour peu que la conclusion soit à la hauteur des espérances. San Francisco 1967, pleine époque beatnik, une jeune recrue, vice-major de sa promo, intègre la police de la ville au moment où des victimes d'un serial-killer sont retrouvées nues et mutilées avec un symbole satanique gravé sur le ventre. Avec pour partenaire un vieux de la vieille bienveillant mais confrontée à la misogynie de ses autres collègues, elle va enquêter sur le gourou d'une église sataniste. Et autant cette église n'a rien de sérieux, faisant cela avant tout pour le spectacle et l'argent, autant le gourou est intelligent et fascinant, à même de déstabiliser la jeune policière. Le graphisme de Lucas Varela se rapproche ici de la ligne claire, avec une couverture qui rappelle même celles de Philippe Berthet. Mais il a son propre style mélangeant des décors esthétiques et à la colorisation étudiée avec des personnages aux visages moins réalistes. Le résultat est élégant, agréable à la lecture, et doté d'une bonne mise en scène. Le lecteur est très vite plongé dans ce polar au cadre historique assez marqué. La ville de San Francisco y est un personnage à part entière, ainsi que toute l'ambiance qui y régnait dans les années 60, entre conservatisme américain d'une part et attrait pour la nouveauté et la liberté de penser d'autre part. Si le pitch initial laisse penser à une sombre histoire de serial-killer et d'ésotérisme, la manière réaliste mais aussi volontairement ridicule dont est tournée la secte sataniste du principal suspect apporte une dose de fraicheur et d'originalité à l'histoire. Les personnages sont très bons, qu'il s'agisse du vieux briscard un peu paternaliste, du gourou extravagant mais cultivé, ou de l'héroïne elle-même. Celle-ci se révèle troublante : très mutique, posée et visiblement intelligente, elle endure sans sourciller les moqueries de ses nouveaux collègues tout en donnant l'impression de cacher ses motivations, notamment dans son rapport à son père suicidé et avec son nouveau partenaire à qui elle reproche d'avoir abandonné ce dernier au pire moment alors qu'ils étaient amis. Jusqu'au bout, elle restera insaisissable, alternant des facettes bien particulières et souvent surprenantes. Le gourou semble d'ailleurs en savoir beaucoup à ce sujet, s'attachant à l'héroïne quitte à la mettre à mal alors qu'elle pensait être maitresse de la situation. L'intrigue vaut avant tout par son atmosphère et l'originalité de ses personnages. Le voile de mystère est épais dans le premier tome mais il se révèle un peu plus classique quand il finit par se lever dans le second tome. La quasi banalité de la conclusion de l'enquête, quelques coïncidences trop heureuses (l'héroïne qui se trouve seule au bon endroit au bon moment) ainsi que le comportement pas totalement explicable du complice de l'assassin vers la fin d'histoire et qui amène l'enquêtrice pile là où il faut rabaisse un peu la qualité du scénario pour sa partie policière du moins, mais j'ai quand même pris grand plaisir à être plongé dans cette drôle d'ambiance et dans ce que San Francisco à l'époque pouvait avoir de troublant et de fascinant. Et comme toute l'ambiguïté du personnage de l'héroïne n'est pas levée sur la dernière page, on se prend à imaginer d'autres aventures avec elle.

14/03/2024 (MAJ le 29/08/2024) (modifier)
Par Présence
Note: 4/5
Couverture de la série Il était une fois en Jamaïque
Il était une fois en Jamaïque

Trop de mères ont versé des larmes pour un fils. Trop de femmes ont pleuré un mari. - Ce tome contient une histoire complète, indépendante de toute autre. Sa première publication date de 2023. Il a été réalisé par Loulou Dedola pour le récit, Luca Ferrera pour les dessins et les couleurs, avec Gloria Martinelli pour les couleurs. Il comprend cent-deux pages de bande dessinée. Il se termine avec un dossier de six pages dans lequel le scénariste présente les personnes dont il a recueilli les témoignages, car pour écrire cette histoire il lui a paru indispensable d'aller à la rencontre de celles et ceux qui en ont été les artisans. C'est sa manière de remercier Trinity alias Keith Gardner, Edward Seaga, Sidoney Massop, Sly Dunbar, Stephen Stewart, Tommy Cowan, Tyrone Downie, Judy Mowatt, Ezric Brown, Donovan Wright. La dernière page liste une douzaine de chansons citées dans la BD, de Bob Marley bien sûr, mais aussi de Peter Tosh, Dennis Brown, Buddy Wailer, Toots and the Maytalls. Les deux créateurs avaient déjà réalisé ensemble Fela back to Lagos (2019) et le combat du siècle (2021). 1952. Grand soleil et beau ciel bleu sans un nuage à l'horizon sur l'île de la Jamaïque. Robert Nesta et son copain Bunny Wailer sont en train de pédaler à toute allure. Ils s'arrêtent le long d'une voie ferrée, le passage étant bloqué par Claudius Massop, tout juste quatre ans de plus qu'eux. Ils expliquent que c'est un blanc qui leur a acheté leurs bicyclettes. Ils sont rejoints par Bucky Marshall (Aston Thomson) qui est en train de se faire courser par deux adultes. Claudius prend le vélo de Bob et va tirer son pote de sa situation, en le faisant monter derrière lui. Bob et Bunny les rejoignent plus tard dans le quartier pauvre de la ville. Quatre ans plus tard, la Jamaïque fête son indépendance en 1962, devenant un État souverain indépendant, membre du Commonwealth, et faisant partie des Antilles. Bunny présente Peter Tosh, chanteur et guitariste, ainsi que Joe Higgs, Beverley, Joe et Bob à des amis, dont Keith Gardner. Une fois assis tout le monde participe pour chanter un gospel. Février 1964 : c'est la formation du groupe The Wailers, avec Nesta Robert Marley, Neville Livingston et Winston Hubert McIntosh. Dix ans plus tard, sort l'album Catch a fire, de The Wailers. Keith Michael Douglas Gardner intègre la police de Kingston. le commissaire lui explique la situation. Pour gagner les élections, les politiciens ont investi les ghettos. Les socialistes du PNP du premier ministre Michael Manley tiennent Rema, Mathews Lane, Jungle et East Kingston. Mais Edward Seaga, le leader de l'opposition, tient toujours West Kingston et son fief de Tivoli Gardens. La politique et les gangs sont liés. À Tivoli Gardens, c'est Claude Massop le don. Il roule pour le JLP. À la tête des gun men du PNP, il y a Tony Welch, et l'étoile montante qui a la gâchette rapide et affectionne le fusil à canon scié : Bucky Marshall. Il y a des affrontements avec arme à feu en pleine rue. le trois décembre 1976, des individus tirent sur Bob Marley, son épouse Rita et son manager Don Taylor dans leur maison, deux jours avant le concert gratuit Smile Jamaïca, organisé par le premier ministre Michael Manley. Le dossier en fin de tome commence par un court texte posant la question suivante : Fallait-il être fan de reggae pour écrire ce scénario ? La réponse explique que le scénariste, dès son adolescence, apprit la musique en reprenant à la basse, les hits de Bob Marley, avant de devenir lui-même auteur-compositeur-interprète au sein de son groupe, et de réaliser des albums et des tournées. le lecteur néophyte en la matière découvre l'environnement de Kingston en 1978, et voit passer des noms connus comme Bob Marley et Peter Tosh, et d'autres plus confidentiels. Il lui suffit de prendre connaissance de la liste des participants au concert One Love Peace pour pouvoir estimer son niveau de connaissance : The Meditations, Althea & Donna, Dillinger, The mighty Diamonds, Junior Tucker, Culture, Dennis Brown, Trinity, Leroy Smart, Jacob Miller & Inner Circle, Big Youth, Beres Hammond, Peter Tosh, Bunny Wailer, Ras Michael & The sons of Negus, U-Toy, Judy Moratt, Bob Marley & The Wailers. La date du 22 avril fut choisie car elle correspond au douzième anniversaire de la visite officielle de Haïlé Sélassié Ier en Jamaïque. À l'époque le concert fut surnommé le Woodstock du tiers monde. de fait, cette lecture s'apprécie mieux en ayant connaissance de quelques événements, ou allant se renseigner dessus, comme la tentative d'assassinat de Bob Marley en 1976, le contexte politique de l'époque en Jamaïque, la culture et la consommation de cannabis, et quelques notions sur le mouvement rastafari, et l'importance du séjour de Haïlé Sélassié (1892-1972) en Jamaïque en 1966. Le scénariste a fait le choix de raconter les événements dans l'ordre chronologique : depuis la rencontre entre Bob Marley (1945-1981), Claudius Massop (1949-1979) et Bunny Wailer (1947-2021), jusqu'aux mains jointes entre Michael Manley (PNP, People National's Party) et Edward Seaga (JLP, Jamaica Labour Party), sur scène lors du festival pendant que Bob Marley et son groupe jouent leur morceau Jamming, extrait de l'album Exodus (1977). le fil conducteur du récit réside dans l'organisation du concert, depuis l'idée de Massop jusqu'à sa tenue, en passant par la discussion pour convaincre le propriétaire du stade, et le choix des artistes. de fait, il s'agit de suivre plusieurs personnes ayant existé : Massop bien sûr, dans une moindre mesure Buckie Marshall (?-1980, de son vrai nom Aston Thomson) et le policier Keith Michael Douglas Gardner. Ils se rencontrent, les deux premiers en prison pour décider de l'instauration d'un cessez-le-feu entre les gangs, puis avec le troisième qui participe au maintien de l'ordre dans les quartiers défavorisés de Kingston. L'un ou l'autre peuvent se déplacer à Londres pour rencontrer Bob Marley, alors en couple avec Cindy Breakspeare (Miss Monde 1976). L'organisation du concert se fait sur fond de guerre des gangs pas tout à fait apaisée, de trafic d'armes à feu, et d'une virée inattendue auprès des producteurs de cannabis. le lecteur finit par relever qu'il s'agit surtout d'une affaire d'hommes. L'artiste effectue cette reconstitution en images, dans un registre naturaliste et descriptif. Il travaille d'après des photographies, des documents d'époque, des vidéos pour recréer les quartiers de Kingston, le séjour londonien de Bob Marley, les tenues vestimentaires et les habitations. Il commence avec cette couverture mettant en avant l'artiste reggae le plus connu, lors de sa prestation au One Love Peace Concert, et bien sûr les couleurs associées au mouvement rastafari vert, jaune et rouge. En quatrième de couverture, le lecteur découvre les deux personnages principaux, Massop & Marshall, conscient qu'ils auraient dû figurer en couverture, mais que les chances de l'album auraient été obérées d'autant. le dessin en pleine page d'ouverture repose plus sur l'impression que produit l'île de la Jamaïque, que sur une description de qualité photographique. le lecteur remarque rapidement que l'artiste développe une narration visuelle dans laquelle les têtes en train de parler occupent moins de cinquante pourcents des cases. Cela amène plus de variété dans la bande dessinée, et le conduit à représenter plus d'éléments, que ce soient les décors, les tenues vestimentaires ou les activités L'artiste se montre aussi à l'aise pour des scènes de la vie quotidienne, que pour des moments sortant de l'ordinaire. Dans la première catégorie, le lecteur ressent le plaisir de Bob et Bunny à pédaler fièrement, les garçons écoutant le père de l'un d'eux expliquant le temps qui s'écoule entre l'éclair et le tonnerre, Bob Marley en train de jammer avec ses musiciens dans son appartement de Londres, le commissaire et son lieutenant en train d'échanger des informations dans son bureau, Marley tapant le ballon avec des potes, trois rastas assis sur la plage les pieds dans l'eau, etc. Sans oublier, la consommation de la ganja pour se détendre. Dans le second registre, le dessinateur à fort à faire : échanges de coups de feu en pleine rue, une bagarre entre deux détenus dans une cellule de prison avec lame de rasoir, la découverte d'une cache d'armes à feu, une visite aux plantations de cannabis en pleine zone sauvage, et bien sûr le concert annoncé. Il ne s'agit pas d'une narration visuelle spectaculaire qui en met plein la vue, mais d'une narration visuelle solide et variée qui se tient à l'écart de toute glorification, que ce soit de la violence, ou d'une forme de culte de la personnalité de l'un ou l'autre. La quatrième de couverture indique que le 22 avril 1978, Bob Marley, entouré des plus grands artistes reggae, chante au One Love Peace Concert à Kingston, pour mettre fin à la guerre civile qui déchire la Jamaïque. La bande dessinée raconte les circonstances dans lesquelles ce concert a vu le jour, et les efforts qu'il a fallu déployer pour créer les conditions nécessaires. La narration visuelle s'avère très solide, l'artiste s'étant investi pour les éléments composant la reconstitution historique, et pour donner du rythme à chaque scène. le scénariste se focalise sur le rôle de deux dons régnant chacun sur un territoire défavorisé de Kingston, et sur les rencontres pour convaincre tout le monde et créer les conditions d'une trêve des gangs. le lecteur en ressort avec une image de la Jamaïque à cette époque, l'incitant à se renseigner plus avant.

29/08/2024 (modifier)
Couverture de la série La Mort rose
La Mort rose

« Une troublante coïncidence ». C’est par ces mots que commence la présentation de l’éditeur. Et, en effet, on ne peut qu’être troublé par les nombreux parallèles aisés à faire entre l’intrigue et ce que nous avons connu récemment avec le covid (que ce soit la maladie elle-même avec ses conséquences médicales, mais aussi les conséquences sociétales, et les questionnements autour du confinement, des limites aux libertés, et de la soumission à des injonctions peu démocratiques). Et pourtant, les éditeurs le confirment, Jaume Pallardo (auteur espagnol que je découvre avec cet album) a réalisé cet album entre 2014 et 2017 – il a été publié en Espagne en 2019. Voilà qui est de l’anticipation, à tous points de vue ! Et l’auteur, dans une postface montre qu’il a lui-même été marqué par la résonance actuelle de son histoire. La majeure partie de l’intrigue se déroule sur un rythme lent, pépère, et sur un ton presque badin, une sorte de roman graphique presque ordinaire, si les protagonistes, suite à l’épidémie très contagieuse, n’étaient pas obligés d’enfiler des combinaisons étanches dès qu’ils vont à l’extérieur. Tout ce qui se passe à l’intérieur est un Noir et Blanc, tandis que l’extérieur est matérialisé par une bichromie où le rose domine. Puis, petit à petit, la dystopie prend forme, et là aussi on ne peut s’empêcher de comparer avec ce que l’on a vécu – même si Pallardo se défend, à juste titre, de ne pas tomber dans le complotisme ni dans la défense de théories ubuesque – ayant d’ailleurs encore court sur certains réseaux sociaux. Mais a-t-on réellement besoin de toutes ces mesures de protection, que cachent les secteurs où vivent les élites ? Le héros commence à côtoyer des marginaux et des réfractaires, à se poser lui-même des questions. Et je dois dire que la fin est très brutale, fugacement violente. Elle laisse en tout cas un goût amer – sans répondre, volontairement, à toutes les questions. Le travail éditorial de La Cafetière est très bon, avec un album épais – comme le papier utilisé, un filet marque-pages. Une lecture fluide, et très plaisante en tout cas.

28/08/2024 (modifier)
Par Présence
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Stumptown
Stumptown

Une disparue - Ce tome est le premier d'une série d'une série de 4 à ce jour (en 2017) mettant en scène la détective privée Dex (Dexedrine) Parios. Il comprend les 4 épisodes de la minisérie, initialement parus en 2009/2010, écrits par Greg Rucka, dessinés et encrés par Matthew Southworth, avec une mise en couleurs réalisée par Lee Loughridge & Rico Renzi. L'histoire se déroule à Portland dans l'Oregon. Au temps présent, Raymond Dillon (surnommé Dill) fait ouvrir le coffre de sa voiture par Whale (une grande baraque à l'air peu amène, et peu causant). À l'intérieur se trouve Dex (Dexedrine) Parios, ligotée, mais pas bâillonnée. Elle demande à Dill s'il est encore temps de négocier. Faute de réponse, elle comprend qu'il ne sert à rien de discuter. Elle s'éloigne à reculons vers la berge de la rivière Willamette. Dill lui tire dessus à deux reprises en plein ventre. 27 heures plutôt, Dex Parios était en train de parier à une table de jeu au Casino Wispering Winds, où elle a tout perdu aux dés. Elle est écartée de la table de jeu par Hollis, l'un des employés. Il s'enquiert de la santé d'Ansel, le frère de Dex, et la conduit dans le bureau de Sue-Lynne Suppa, la propriétaire du casino. Cette dernière lui indique clairement qu'elle ne doit pas s'attendre à un crédit supplémentaire car elle doit déjà 17.616 dollars. Sue-Lynne Suppa lui explique qu'elle la charge de retrouver sa petite fille Charlotte Suppa, âgée de 18 ans et ayant disparu de son domicile depuis quatre jours sans laisser de trace, peut-être avec un garçon. Dex Parios a vite fait de comprendre qu'elle n'a pas trop le choix et qu'elle tient là la possibilité d'éponger ses dettes. Elle rentre chez elle un peu tard et se rend compte que son frère Ansel, trisomique 21, n'est pas encore couché. Elle l'envoie se coucher et descend une bière en s'allongeant sur le canapé. le lendemain, elle se rend au domicile de Charlotte Suppa et se rend compte qu'elle a emporté son shampoing, mais qu'elle n'a pas pris sa voiture. Elle appelle Tracy Hoffman, un officier de police, pour lui demander de regarder s'il n'y a pas eu des signalements d'activité à l'adresse de Charotee Suppa. Elle quitte l'appartement et s'approche de sa propre voiture. Deux individus patibulaires l'attendent : Raymond Dillon et Whale. Le premier crève la capote de sa voiture avec un couteau, le second la malmène et la plaque contre son capot. Dill lui demande où se trouve Charlotte. Après s'être assurée qu'elle ne sait rien, il fait signe à Whale de la passer à tabac. À peine est elle en train de se relever, que deux autres individus en costard s'emparent d'elle et la font monter de force dans une autre voiture. Greg Rucka jouit d'une bonne réputation en tant que scénariste de polar, acquise à la fois sur la série Batman, et sur des créations indépendantes. Il a également montré qu'il sait écrire des personnages féminins qui sortent des stéréotypes habituels des comics. le lecteur est donc plutôt tenté de lui faire confiance quand il propose une histoire complète d'une détective privée, pour une enquête sur une disparition. Il découvre une jeune femme (peut-être trente ans) qui progresse sans trop s'inquiéter des risques qu'elle prend. Elle fait preuve d'un comportement autodestructeur léger, mais bien réel. Elle ne sait pas gérer son argent, dans la mesure où elle le dépense au jeu, sans trop se soucier des conséquences. Elle se met dans des situations où elle sait qu'elle risque de prendre des coups, sans pouvoir les parer. Elle est bien sûr obstinée, et elle sait additionner deux plus deux, même si elle n'arrive pas à anticiper les coups suivants, à la fois littéralement, à la fois de manière imagée. Le lecteur constate également qu'elle sait s'y prendre pour demander des services à quelques personnes de son entourage, sans pour autant exagérer. Elle s'occupe de son frère de bonne grâce, l'aidant pour retrouver ses affaires, pour manger, pour trouver quelqu'un qui s'occupe de lui quand elle ne peut pas être présente. Dex Parios progresse son enquête de manière très pragmatique, par essais et erreurs, en posant des questions directes et basiques, sans trop se préoccuper de la réaction de ses interlocuteurs, tout en se rendant bien compte qu'elle met parfois sa vie en danger. Elle dispose d'assez de jugeotte pour se rendre compte quand les réponses ne sont pas franches, quand il s'agit d'un mensonge par omission, ou d'une réponse trompeuse. Greg Rucka déroule donc une enquête de type réaliste, avec un enjeu très local (retrouver une fugueuse), sans rien de spectaculaire, et une détective pragmatique qui ne lâche pas le morceau. Le lecteur se rend vite compte que la narration est fluide, qu'elle évite les longs dialogues artificiels, les scènes d'explication avec exposé ou soliloque. Effectivement la narration visuelle n'est pas pesante, ne s'enlise pas des enfilades de têtes en train de parler. Le lecteur y voit là l'art de conteur du scénariste qui a pensé et conçu son récit en fonction des caractéristiques de ce média. Matthew Southworth est un artiste qui avait réalisé quelques épisodes de séries de superhéros pour DC et Marvel, et qui signe là son travail le plus conséquent. En première approche les dessins de Matthew Southworth évoquent un croisement entre ceux de Michael Gaydos et de Sean Phillips. Le lecteur détecte leur influence dans sa manière d'utiliser des aplats de noir aux contours irréguliers, pas bien lissés, ce qui rend compte à la fois du côté rugueux de la réalité, et de la difficulté de la percevoir de façon nette. Cette façon de dessiner n'est pas synonyme d'à peu près. de séquence en séquence, le lecteur peut apprécier la capacité de l'artiste à représenter les différents endroits. Ça commence donc avec une berge de la rivière Willamette, avec les herbes folles, un canard hébété en train d'observer la scène, les branches d'arbre en ombre chinoise, la silhouette du tablier du pont en haut dans le lointain, et l'eau noire. le lecteur peut ensuite observer l'affluence autour des tables du casino, l'ameublement du bureau de Sue-Lynne Suppa, celui de la grande pièce de l'appartement de Dex Parios, la façade de celui de Charlotte Suppa, l'aménagement luxueux de la villa d'Hector Marenco, avec vue sur le fleuve, etc. Chaque scène se déroule dans un endroit bien décrit, avec suffisamment de particularités pour être unique, et pour être plausible. En outre les cases comprennent des arrière-plans à plus de 80% ce qui assure un bon niveau d'immersion du lecteur. Matthew Southworth utilise la même approche réaliste pour les personnages. Ils disposent de morphologies normales, sans exagération anatomique, sans mise en avant de leurs attributs sexuels. Les différents mouvements s'inscrivent également dans un registre ordinaire, sans exagération, des postures normales d'adulte. Même si dans un premier temps, le lecteur peut trouver que les visages sont un peu rêches, pas peaufinés, il se rend compte que comme Dex Parios, il guette les réactions sur les visages. Il se demande ce que peut penser tel ou tel personnage pendant un dialogue, s'il cache quelque chose, s'il calcule chacune de ses réponses. Il éprouve facilement de l'empathie quand il voit apparaître une émotion non feinte sur un visage. Chaque prise de vue est adaptée à la nature de la séquence, variant les plans sur les environnements, sur les visages, ou sur les actions de personnages, apportant de la variété de la lecture, avec des cadrages larges ou resserrés, comme si le lecteur ajustait sa vision pour regarder ce qui importe le plus. Après une première impression un peu rêche, l'opinion du lecteur sur les dessins évolue pour en apprécier le naturel et le pragmatisme, au point que la narration visuelle devient une évidence et s'efface pour laisser le premier plan à l'intrigue. Greg Rucka a concocté une enquête, sur une disparition d'une jeune femme, peut-être une fugue, peut-être un enlèvement. Dès que Dex Parios commence à s'intéresser à son affaire (simplement en se rendant à l'appartement de Charlotte Suppa), elle déclenche une série de réactions imprévues. Il y a des individus qui la tabassent, visiblement des gros bras employés par quelqu'un, habitués à intimider les civils par la force mais pas des professionnels. Au contraire, les suivants à s'en prendre à Dex Parios ont des méthodes plus professionnelles. Elle se retrouve vite devant un individu au compte en banque bien garni et l'influence importante, avec une fille au comportement étrange. le naturalisme des dessins de Matthew Southworth évite que les réactions des uns et des autres ne basculent dans la comédie de situation avec des mauvais acteurs. Le naturalisme de l'écriture de Greg Rucka évite que l'histoire ne bascule dans le thriller aux grosses ficelles, ou dans le polar d'action avec des personnages aux capacités physiques extraordinaires. de même, il évite de faire jouer le rôle d'otage à Ansel, ou de faire jouer le rôle de deus ex machina à l'officier Tracy Hoffman qui ne dispose pas d'informations toutes prêtes pour son amie. Le scénariste sait rendre la progression de l'enquête crédible et plausible. le lecteur découvre les indices en même temps que Dex Parios et sert les dents quand elle encaisse des coups. Les motifs se dévoilent progressivement et ils sont directement issus du milieu dans lequel se déroule le récit. Greg Rucka applique à la lettre les règles du polar pour faire apparaître les caractéristiques d'un milieu. Il le fait en creux, laissant le soin au lecteur de prendre du recul pour constater ce que décrit le récit, essentiellement les conditions de vie de Dex Parios, avec leurs particularités qui en font une personne à part entière, s'incarnant de page en page. Cette première enquête de Dex Parios est une vraie réussite, un polar réaliste. le lecteur ressent rapidement la fluidité et le naturel de la narration visuelle et des situations, utilisant les conventions du polar, sans jamais tomber dans les clichés ou les stéréotypes. En refermant ce tome, il lui semble avoir vécu aux côtés de Dex Parios, l'ayant admirée pour sa ténacité, son opiniâtreté, sa capacité à commettre des erreurs et à toujours se relever. Il lui tarde de la retrouver pour une nouvelle enquête.

28/08/2024 (modifier)
Par Présence
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Secret Empire
Secret Empire

La quadrature du cercle - Ce tome comprend les épisodes qui forment l'événement de l'été 2017 dans l'univers partagé Marvel. Il fait également suite aux 2 séries consacrées à Captain America écrites par Nick Spencer qu'il est conseillé d'avoir lues avant (même si ce n'est indispensable), à savoir Captain America: Sam Wilson & Captain America: Steve Rogers. Enfin il est recommandé de lire en parallèle le tome Captain America: Secret Empire (épisodes 22 à 24 de la série Sam Wilson, et 17 à 19 de la série Steve Rogers ) qui se déroule concomitamment à celui-ci et qui apporte des informations complémentaires sur les actions menées par Steve Rogers et par Sam Wilson. L'intégralité du récit a été écrite par Nick Spencer. Ce tome comprend les épisodes 0 à 10 de la série Secret Empire, ainsi que l'épisode Omega, le numéro 25 de la série Captain America et le Free Comic Book Day 2017 (en abrégé FCBD). Les dessinateurs sont les suivants : Daniel Acuña (épisodes 0 et 8), Andrea Sorretino (FCBD, 2, 3, 5, 7 et Omega), Steve McNiven (épisodes 1 & 10, avec un encrage de Jay Leisten), Leinil Francis Yu (épisodes 4, 6 et 9, avec un encrage de Gerry Alanguilan, et l'aide de Joe Bennett pour le 9), Jesús Saiz (Captain America 25). Enfin, Rod Reis a dessiné les pages (entre 3 et 5 par épisode) d'un fil narratif spécifique dans chaque épisode, et d'autres artistes sont venus prêter main-forte pour terminer les épisodes 9 et 10. Chaque épisode comporte plus d'une trentaine de page, ce qui aboutit à un récit de près de 400 pages. Ce tome comprend également l'ensemble des couvertures variantes réalisées, soit près d'une cinquantaine. En 1945 au Japon, Captain America (Steve Rogers) rejoint Kraken à l'entrée d'une caverne sur la pente enneigée d'une montagne. À l'intérieur l'attend un oracle qui lui prédit qu'il va oublier qu'il est un agent d'Hydra, que ce savoir lui reviendra des années plus tard et qu'alors il saura qu'il est temps de rétablir la grandeur d'Hydra. Au temps présent, tout part en sucette. Les supercriminels évadés de Pleasant Hill (voir Standoff) envahissent New York, détruisant tout sur leur passage. Les forces armées d'Hydra envahissent la capitale de l'état souverain Sokovia. Dans l'espace juste à proximité de la Terre, les Ultimates de Captain Marvel et les Gardiens de la Galaxie repoussent vague après vague d'extraterrestres Chitauri. À New York, Nitro se fait exploser, détruisant un bloc d'immeubles, rappelant la tragédie de Stanford (Civil War). Comme le prévoit la Loi, le président des États-Unis décide de confier les pleins pouvoirs au directeur du SHIELD, c'est-à-dire à Captain America (Steve Rogers). Captain America prend des décisions rapides et efficaces, à commencer par activer le bouclier protecteur autour de la Terre. Cela a pour effet d'empêcher les Chitauri de pénétrer dans l'atmosphère, mais aussi d'enfermer les superhéros cosmiques à l'extérieur de la Terre. Suite à l'emploi du pouvoir de Blackout (Marcus Daniels), New York se retrouve enserrée dans les ténèbres d'une énergie inconnue. Une fois que Steve Rogers dispose des pleins pouvoirs, une flotte de vaisseau aux couleurs de l'Hydra se stationne au-dessus de la Maison Blanche. Certains superhéros s'organisent en un mouvement de résistance contre Hydra, sans perdre espoir de réussir à libérer Steve Rogers de l'emprise mentale sous l'influence de laquelle il est certainement pour agir comme ça. D'autres acceptent ce nouvel ordre social comme porteur de sécurité. Les 2 camps se retrouvent fortement impressionnés par le fait que Steve Rogers soit capable de soulever Mjolnir, le marteau de Thor, abandonné sur un champ de bataille : Steve Rogers est digne. Pour peu qu'il ait déjà lu un ou deux événements de ce genre, le lecteur sait exactement à quoi s'attendre. le scénariste a mis conçu et mis en chantier une menace à l'échelle de la planète, de l'univers ou de de la réalité (cochez la bonne réponse) et les superhéros vont devoir subir quelques défaites significatives, avant de se liguer et de reprendre le dessus. Il y a forcément des affrontements physiques homériques prenant de plus en plus d'ampleur, avec des utilisations de superpouvoirs en masse, pour des effets pyrotechniques qui en mettent plein les mirettes. Les bons gagnent à la fin et le statu quo est rétabli, en attendant le prochain crossover. Pour peu que le scénariste ait bien fait son travail, le lecteur retrouve de nombreux superhéros de premier plan, et quelques superhéros méconnus ou oubliés. Au vu des enjeux, peu de personnages bénéficient d'une réelle exploration de leur personnalité, cela se limite au grand maximum à une demi-douzaine, et encore. Il y a fort à parier que l'auteur doive intégrer de nombreuses exigences éditoriales, que ce soit pour apporter une résolution à des intrigues secondaires ou à des situations conflictuelles en suspens, et qu'il doive intégrer des modifications pour plusieurs personnages, dictés par les responsables éditoriaux, et arrivant comme un cheveu sur la soupe. C'est dire si l'exercice de style est contraint, et effectivement il y a tout ça dans Secret Empire (2017). Depuis quelques années, les responsables éditoriaux imposent en plus un calendrier de production très contraint, à la fois pour le scénariste qui se retrouve à intégrer une myriade de modifications de dernière minute, pour une coordination fine avec les séries mensuelles en cours qui ont dû toutes interrompre leur intrigue, à la fois pour les dessinateurs devant produire un nombre de pages plus élevé que d'habitude en un temps plus court. En découvrant qui a dessiné quel épisode, lecteur a la preuve immédiate de ce dernier point. Il est étonné par l'ampleur de cet événement : 13 épisodes, auquel il faut rajouter le dernier de la série Captain America, et on peut encore rajouter les 3 derniers des séries Steve Rogers et Sam Wilson, soit 20 épisodes au total, une entreprise titanesque. Il n'y a donc pas moins de 5 dessinateurs principaux : Daniel Acuña, Andrea Sorrentino, Steve McNiven, Leinil Francis Yu et Rod Reis. Il convient d'y ajouter encore un dessinateur secondaire Joe Bennett qui réalise les planches que le dessinateur principal n'a pas eu le temps de réaliser. Il s'agit donc d'un énorme dispositif industriel pour tenir les délais de production, assez éloigné de toute considération artistique. de fait tous les dessinateurs ne se valent pas. Si le lecteur a suivi la carrière de Leinil Francis Yu, il sait qu'il s'agit d'un dessinateur plus préoccupé de faire poser les personnages, que de s'occuper des arrière-plans, ou même de concevoir des mises en scène et des placements de superhéros intelligents par rapport aux mouvements et aux déplacements. Effectivement il en est ainsi dans les 3 épisodes qu'il dessine avec des combattants prêts à bondir, avec des silhouettes agressives. le lecteur se souvient que Leinil Yu avait également dessiné un précédent événement : Secret Invasion (2008) écrit par Michael Brian Bendis. Les 2 épisodes dessinés par Steve McNiven sont plus intéressants et plus riches visuellement, surtout le premier avec une myriade de personnages immédiatement reconnaissables, et une narration visuelle plus solide et plus fluide. Par contre, il est visible qu'il a souffert des délais pour l'épisode 10 car les dessins sont moins aboutis. Le lecteur se souvient que McNiven avait également dessiné un précédent événement : Civil War (2006/2007) écrit par Mark Millar. Daniel Acuña a pu bénéficier du temps nécessaire pour soigner ses pages, et le lecteur retrouve avec plaisir ses dessins réalisés à l'infographie, avec une apparence de couleur directe. Il sait installer l'ambiance d'un endroit à l'aide d'une couleur principale. Il s'en sort pour représenter l'importante quantité de personnages différents. Il sait faire resplendir les utilisations de superpouvoirs sans qu'elles n'en deviennent clinquantes. Il réalise des dessins en pleine page qui en imposent, que ce soit le cœur de New York enténébré, ou l'arrivée de la flottille de vaisseaux d'Hydra se positionnant au-dessus de la maison Blanche, ou encore Sam Wilson abattu en plein vol. Jesús Saiz est de retour pour le dernier épisode de la série Captain America, avec des dessins descriptifs léchés, très agréables à l'œil dans leur précision. Lui aussi a pu réaliser son épisode dans des délais raisonnables, et livrer des planches finies qui ne donnent pas l'impression d'avoir été terminées à toute allure. Lors de l'annonce des artistes affectés à cette histoire, le lecteur se faisait un plaisir de voir Andrea Sorrentino appliquer son mode de représentation caractéristique à une entreprise d'une telle envergure. le FCBD commence de belle manière, avec des cases dont la forme épouse celle d'une étoile centrale. L'apparition de Captain America à la tête du Cercle Intérieur d'Hydra jette un froid glacial, à la fois par leur pose de vainqueur, mais aussi par le choix d'une couleur rouge sombre. Dans l'avant dernière page, il découvre une composition de page typique de cet artiste : 25 cases (en 5*5), avec des réactions à une image principale, une structure épatante, mais une finition de chaque case un peu trop rapide. Au cours des 6 épisodes mis en images par Andrea Sorrentino, le lecteur va ainsi passer de cases un peu expédiées, à des structures de disposition de cases à couper le souffle, parsemées d'images saisissantes, souvent glaçantes dans leur contraste très tranché entre les surfaces noires déchiquetées et les couleurs cafardeuses. D'un côté, cet artiste a du mérite à réussir ainsi à imprimer une ambiance si marquée dans un récit si codifié ; de l'autre le lecteur aurait bien aimé qu'il dispose de plus de temps pour peaufiner certaines cases et certaines pages. Au final, l'artiste le plus constant s'avère être Rod Reis à qui il échoit d'illustrer un fil narratif très déconcertant, avec des tonalités de conte, ce qu'il fait avec une sensibilité remarquable, renforcée un choix de couleurs adaptées. Dès le départ, Nick Spencer respecte dans le moindre détail les spécifications de sa lettre de mission. Au lieu de la Terre ou de l'univers, c'est la démocratie qui est en péril, avec la prise de pouvoir de Captain America, sous influence totale de l'Hydra. Il y a des tas de superhéros dans tous les sens, et, parfois, même le lecteur chevronné peut éprouver un doute sur l'identité d'une silhouette apparaissant le temps d'une case. Avec un peu de chance, il l'apercevra une deuxième fois 3 épisodes plus loin et pourra enfin comprendre quelle est cette superhéroïne avec un X rouge sur l'épaule (Bon sang, mais c'est bien sûr : Illiyana Raspoutine). En bon élève, le scénariste cite d'autres crossovers, récents comme Civil War II (2016) par Brian Michael Bendis & David Marquez, ou plus ancien comme The Infinity Gauntlet (1991) par Jim Starlin, George Perez et Ron Lim. le lecteur prend petit à petit conscience du degré élevé de préparation de cet événement pour l'intégrer dans l'univers partagé Marvel. La vision d'Ulysses Cain relative à Spider-Man (Miles Morales) causant la mort de Captain America (Steve Rogers) trouve enfin sa résolution, ainsi que l'invasion des Chitauri référencée dans plusieurs séries. Bien sûr, Spencer effectue les placements produits exigés par les responsables éditoriaux, avec une page consacrée à Jean Grey (version jeune), et une case gratuite dédiée à Shang-Chi (l'indication d'une nouvelle série à venir). Nick Spencer ne se contente pas de placer les personnages imposés ; il n'hésite pas non plus à placer ceux qu'il a écrits dans des séries précédentes comme Ant-Man (Scott Lang) et Giant Man (Ras Malhotra), pour le plus grand plaisir des lecteurs qui ont suivi la carrière du scénariste chez Marvel. Pour le reste, cette histoire se déroule comme prévu. le lecteur reste le bec dans l'eau pour une ou deux intrigues très secondaires qui restent sans explication, comme la manière dont Steve Rogers a bien pu faire revenir Bruce Banner. Plus surprenant encore, l'intrigue principale suit très exactement ce que peut prévoir le lecteur. Captain America et Hydra d'un côté, les rebelles de l'autre sont à la recherche des fragments du cube cosmique (Kobik) et tout reviendra dans l'ordre à la fin grâce à l'utilisation du cube, même pas besoin de lire ce tome pour le savoir. Sans surprise non plus, le parcours de Steve Rogers en tant que commandeur suprême des États-Unis vérifie la maxime de John Emerich Edward Dalberg-Acton, le Baron Acton : le pouvoir corrompt, le pouvoir absolu corrompt absolument. Pourtant il se passe quelque chose d'inattendu dès l'épisode 1. le lecteur découvre une page dans laquelle Carol Danvers s'adresse à un interlocuteur et confie ses craintes. Soudainement un personnage exprime ses convictions et acquiert de l'épaisseur. le lecteur se dit que Spencer se fait plaisir, et il n'a qu'une hâte, c'est de retourner à son blockbuster. Mais ça se reproduit un peu plus loin. Alors qu'il se conformait rigoureusement aux diktats du sous-sous-genre événement, Nick Spencer se permet de faire entendre sa voix d'auteur. À plusieurs reprises, des personnages de premier plan expriment leur point de vue qui dépasse la prochaine étape de la bataille, qui donne un éclairage sur leur état d'esprit, et même sur leurs valeurs. C'est vrai que le lecteur s'attendait à une scène de ce genre entre Steve Rogers et Tony Stark, et que ce dernier se fait un plaisir d'ironiser sur le fait que pour une fois il est du côté des bons. Mais bien vite, Natasha Romanova a droit à ce même traitement de faveur, et même Clint Barton. Ce n'est donc pas un accident de parcours, et en plus Nick Spencer sait les montrer sous une facette personnelle. Mais ce n'est pas tout, il ose se montrer encore plus réflexif. Dans la série Captain America: Steve Rogers, Nick Spencer avait eu la lourde tâche de remodeler l'histoire de Steve Rogers depuis sa naissance pour montrer quelles modifications l'utilisation du cube cosmique avait apportées à sa vie. Mais en filigrane, il y avait aussi une réflexion sur le besoin de sécurité, au prix de la liberté, et le besoin de gouvernance par un meneur assuré. Au fur et à mesure, Captain America incarnait un chef autoritaire, avec une vision claire sur les décisions à prendre, et une volonté de les faire appliquer, avec les moyens de les faire appliquer. Sous couvert d'un récit de superhéros, Nick Spencer mettait en scène la soif des citoyens pour un responsable fort et charismatique. Secret Empire continue de développer ce thème jusqu'à le pousser dans ses derniers retranchements. La position de l'auteur est claire dès le départ, puisque Steve Rogers endosse un uniforme vert de gris, pour un parti dont le nom commence par un H (comme Hitler) et qui trouve ses racines dans le nazisme de la seconde guerre mondiale. Il y a effectivement apparition de camps de concentration, et une traque des Inhumains parce qu'ils sont impurs par rapport à la race humaine. Mais dans le même temps, il y a bel et bien une augmentation de la sécurité dans les rues, une baisse du chômage, et une conviction renforcée d'appartenir à une nation qui va de l'avant. Ce thème culmine dans le numéro Omega qui s'avère être une longue discussion entre Steve Rogers et une autre personne, et un credo pénétrant sur la responsabilité qui accompagne la délégation de pouvoir à un individu élu. Non seulement, Nick Spencer s'est permis d'insuffler une personnalité à plusieurs superhéros au cours du récit, mais en plus il mène à son terme une réflexion sur la démocratie et sur la délégation de pouvoir de manière décillée et honnête. Cet événement dans l'univers Marvel est conforme en tout point à ce que l'on peut attendre de ce genre de produit fabriqué sur mesure : des tonnes de superhéros, des combats homériques, et un retour au statu quo à la fin du récit. Les artistes se succèdent pour soutenir un rythme de parution effréné, avec comme pour conséquence une qualité de dessins très fluctuantes, malgré leur alternance. Nick Spencer écrit exactement l'histoire qu'imagine le lecteur, jusqu'au final où tout rentre dans l'ordre grâce au cube cosmique. Pourtant il écrit une histoire personnelle sur une question politique fondamentale, en exposant son point de vue avec franchise et honnêteté, en réussissant à donner sa vision tout aussi personnelle de plusieurs superhéros Marvel, la quadrature du cercle.

28/08/2024 (modifier)
Par PAco
Note: 4/5
Couverture de la série La Belle Espérance
La Belle Espérance

"La Belle espérance" nous retrace les grandes heures des conquêtes sociétales en France dans les années 30' grâce au Front Populaire. C'est par le prisme d'un jeune couple breton monté à la capitale que nous suivons les avancées douloureuse de la gauche qui grâce à Léon Blum va permettre les conquêtes sociales dont nous bénéficions encore aujourd'hui. Hausse des salaires, temps de travail, congés payés : ce qui nous semble aujourd'hui aller de soit s'est conquis de haute lutte ! Le récit commence en 1934 en Bretagne où Roger, fils d'un marin disparu en mer, rêve d'échapper à sa condition. Plutôt doué pour les études il rêve de faire une école d'ingénieur. Sa mère meurt tragiquement et ses rêves s'envolent... Il monte alors à Paris où il travaille à la chaîne chez Renault en espérant mettre de côté pour reprendre ses études. Louison, son amoureuse finit par le rejoindre à Paris où elle rêve de faire carrière dans le cinéma. Elle a la chance de croiser la route d'une riche bourgeoise qui la prend sous la coupe et lui trouve un emploi de couturière dans une maison de haute couture. Tous deux vont voir leur rêve s'éloigner d'un côté mais l'espoir renaître de l'autre avec les mouvements sociaux qui gagnent la capitale et vont porter le Front Populaire au pouvoir... Ce premier tome de 176 pages prend son temps pour planter le décor ; j'ai par ailleurs trouvé un peu longue la première partie en Bretagne, même si elle permet de bien recontextualiser ce que vont traverser nos protagonistes. Les personnages principaux de Roger et Louison ne sont pas des plus charismatiques et il faudra un peu de temps avant de d'éprouver un peu d'empathie à leur encontre. Heureusement le rythme gagne en intensité à Paris et les événements qu'ils traversent recaptent toute notre attention. Le dessin d'Anne Teuf n'est pas ce que je préfère et j'ai parfois eu un peu de mal avec sa représentation des visages. Pour autant, on s'y habitue, et la mise en couleur délicate de Lou rend la lecture de l'album agréable. Les paysages et décors réalistes assoient le récit et il ne nous reste plus qu'à se laisser bercer par les péripéties de nos jeunes tourtereaux. *** Tome 2 *** Ce deuxième tome conclusif est d'une redoutable efficacité ! Le rythme soutenu lié aux événements qui s'enchainent, qu'ils soient politiques ou liés aux quotidien de nos protagonistes, et la boucle parfaite que réussi le récit pour refermer cette histoire sur de nombreux points restés en suspens, nous donnent à lire une série finalement très réussie. Si le trait d'Anne Teuf ne varie pas et n'est pas ce que je préfère en dessin, il reste toutefois toujours aussi efficace ; on se laisse prendre par la narration et les rebondissements nombreux qui jalonnent cette tranche de vie de notre couple de jeunes bretons. Ce petit coup dans le rétro sur cette période charnière de notre histoire que sont la fin des années 30 me semble d'autant plus pertinente en ces temps politiques troublés et les parallèles sont faciles à tirer. Une belle série parfaitement menée par ses auteurs ; je monte ma note à 4/5

10/10/2022 (MAJ le 28/08/2024) (modifier)