Je connaissais déjà Appollo mais je découvre enfin Tehem avec cet album. Et bien je dois dire que ma lecture fut des plus agréables.
Ils fournissent tous deux du superbe boulot. Le sujet déjà m’a bien accroché mais le traitement (en plus d’être didactique) m’a semblé franchement réussi.
J’ai aimé l’angle d’attaque de cette chronique, on suit l’abolition de l'esclavage sur l’île de la Réunion via le parcours d’Edmond.
Un beau pavé de plus de 150 pages d’une fluidité et lisibilité à toutes épreuves. Le tout est accessible, passionnant, instructif et bien réalisé.
Je suis raccord avec la remarque de Mac Arthur sur ce petit manque d’émotions mais ça ce ne ternit pas mon très bon ressenti en sortie de lecture.
Du bel ouvrage.
Voila le genre de récit simple et efficace que j'adore ! C'est basique, un scénario bien rodé sur une trame qui flirt avec le fantastique à la Stephen King (logique, vu l'auteur) pour parler de ces petites villes tranquille et de tout ce qui bout sous la surface. Et j'aime vraiment ça !
C'est simple, donc, mais prenant et pas simpliste. On assiste à l'histoire en suivant June, une final girl qui débarque dans la petite ville tranquille de son copain. Et puis s'installe l'ambiance, les différents protagonistes, les éléments de l'histoire. La tempête surgit et là, c'est le début du massacre. Et si je n'ai pas été retourné par le scénario, j'ai apprécié tout son déroulé et ses surprises franchement bien trouvées. Tout s'imbrique bien, jusqu'à une fin et une chute bien trouvée, que je trouve pleine de sens vis-à-vis de ces deux femmes (par rapport à tout les autres hommes) et ce que June incarne dès le début (étudiante en sociologie qui se veut au service des autres face à des flics bas du front).
L'histoire est servie par un dessin bien efficace et qui colle à l'ambiance poisseuse et lourde de cette tempête. Il y a une atmosphère qui se dégage très vite et qui prend. C'est le genre de BD dont il ne faut pas trop en attendre mais qui convient à merveille si on se laisse porter. Un régal !
Nous sommes dans un royaume anthropomorphique où le roi vieillissant (un lion, pas très original) du royaume sans nom en question se prépare à accueillir l'ambassadeur d'une alliance regroupant 2 royaumes et un empire afin d'établir de nouveaux liens commerciaux et diplomatiques.
L'analogie avec les 5 terres est évidente, et certains personnages ressemblent énormément à ceux du long-métrage Disney Zootopia.
Mais la comparaison s'arrête là: Zootopia est une fable sur la tolérance, les 5 terres une œuvre titanesque s'attachant à décrire en profondeur chacun des 5 royaumes en question à travers 6 tomes/royaume qui s'étirent en longueur avec un nombre incalculable de personnages, pas tous liés les uns aux autres.
Ici, en tout cas pour les deux premiers tomes, on se concentre sur le Royaume sans nom, il y a de nombreux personnages, mais tous bien construits, posés bien plus rapidement, et dont les destins sont encroisés de manière étroite.
L'histoire joue la part belle aux intrigues politiques et guerrières, c'est très bien construit, et surtout beaucoup plus direct. Après un tome introductif permettant de poser le cadre, le second opus va dans le vif du sujet à 100 à l'heures, petit à petit on découvre les éléments d'un grand jeu d'échec, sans aucun temps mort.
Et paradoxalement, cela réussit extrêmement bien à l'intrigue, très prenante, jouant sur les faux-semblants de manière efficace. Autant j'ai très vite fatigué avec les 5 terres qui s'étire jusqu'à plus soif, autant ce Royaume sans nom réussit à parfaitement conserver son équilibre et à maintenir mon intérêt éveillé. On pourrait reprocher à la série de nous montrer assez peu de choses des peuples de l'alliance, tout en ayant une ou deux faiblesse: on ne sait pas, par exemple, par quel moyen les carnivores se nourrissent en viande rouge, alors que le royaume se pose en opposition à un rival politique qui mange ses sujets sans vergogne (mais il faut aussi dire que les 5 terres lui fait carrément totalement l'impasse sur ce sujet!!! Au moins c'est évoqué), je considère malgré tout que le plus est l'ennemi du bien.
Pour le moment une très franche réussite pour moi.
Hé, hé, mais c'est qu'il n'est pas complètement mort le Sloane puisque le voilà de retour pour un excellent album prêté par le sieur Paco. Que voilà de la bonne SF. Une histoire originale dans un monde post apo qui lorgne vers d'autres titres que je ne citerais pas, mais que tout le monde reconnaitra.
Franchement le dessin de Ben Stenbeck sur des titres comme Hellboy et B.P.R.D n'était pas celui que je préfère, des traits trop anguleux, taillés à la hache. Ici joie et bonheur, le dessin est beaucoup plus fluide, presque épuré et grandement mis en valeur par la colorisation.
Pour en revenir à l'histoire disons que ça dégomme pas mal, âmes sensibles s'abstenir, mais bon qui a jamais imaginé un monde post apocalyptique rempli de Bisounours, la tension monte crescendo. Le personnage de l'IA est à mon sens très bien vu qui nous distille un petit peu d'humour et puis finalement même si les choses finissent un peu comme on pouvait s'y attendre, une petite note d'espoir pour les dernières cases. Mais il est bien connu que les cannibales ne mangent pas de plantes, penseront-ils à les arroser?
Vivement conseillé
Après avoir découvert Etienne Davodeau dans le très bon Rural ! je poursuis ma découverte de son œuvre avec ce très bel ouvrage.
Malgré les 10 années qui séparent les deux ouvrages, on ressent chez l'auteur un profond attachement à cette région d'Anjou ainsi qu'aux hommes qui la font vivre.
Petit amateur de vin j'ai pris beaucoup de plaisir à suivre l'initiation de Davodeau au travail de la vigne et de la cave.
J'ai trouvé par ailleurs qu'il avait très bien réussi à retranscrire la passion de Richard Leroy pour son terroir ainsi que sa philosophie.
Son approche étant très proche des agriculteurs "héros" de Rural !, on peut aisément penser qu'elle est partagée par l'auteur.
De la même manière j'ai bien aimé l'initiation de Leroy au monde de la BD, j'ai pu y apprendre pas mal de choses.
Mon seul petit bémol étant que j'ai trouvé cette initiation très condensée.
Toutefois ce décalage entre les deux partie correspondant peut être à la réalité du terrain.
Ce très bel ouvrage ravira les amateurs de BD et de vins.
Pour les autres, cette initiation croisée montrera la partie cachée du travail de ces deux créateurs de plaisirs
Une BD plutot réussie qui m'a été offerte et à coté de laquelle je serais peut-être passé tant le feuilletage des premières pages ne m'invitait pas plus que ça à poursuivre la lecture. Il faut dire que j'ai trouvé de prime abord le dessin assez suranné. Elégant certes mais un poil démodé. Cela colle bien avec cette histoire se passant en 1938 cela dit. Idem pour le lettrage, assez old school et peu lisible en fait, c'est peut etre en définitive ce qui m'a le plus rebuté. Il m'est même arrivé à plusieurs reprises de devoir relire une bulle, tant le lettrage utilisé n'est pas fluide et fouilli.
Dommage parce que dès qu'on s'intéresse un tant soit peu au récit on découvre un aspect inconnu de la fameuse émission de radio La Guerre des Mondes de Orson Wells qui aurait provoqué une panique générale. Voici pour le point de départ de cette histoire assez connue. Mais rapidement le récit dévie et on suit un romancier/journaliste, Douglas Burroughs, dont cette BD est l'adaptation - c'est d'ailleurs écrit en gras sur la couverture. Burroughs est en charge d'enquêter avec la police pour le compte de la radio CBS pour voir si l'émission de radio de Wells pourrait être tenue responsable de la fameuse panique générale, et plus particulièrement d'un double homicide. Rapidement les choses s'avèrent plus compliquées qu'elles n'y paraissent et sans trop en dévoiler, les personnages, les fausses pistes et les rebondissements se multiplient jusqu'au dénouement plutôt pas mal ficelé et digne d'un vrai bon roman policier.
Une belle découverte donc, avec en prime un "easter egg" plutot balèze que vous trouverez si comme moi vous voulez en savoir plus sur le roman de Douglas Burroughs dont cette oeuvre est adaptée. C'est une belle pirouette finale qui donne tout son sel à ce one-shot, et une élégante forme de mise en abîme pour nous faire nous interroger sur la valeur de l'information qui nous est présentée, sur les manipulations des médias et plus généralement sur ce qu'est la vérité. En cette période d'IA galopante, de deep fakes et de tentative manipulation des masses, poser ces questions est déjà en soit un acte citoyen et profondément républicain.
Note: 3.5/5
J’ai bien quelques craintes pour la suite de cette trilogie annoncée. Je croise vraiment les doigts pour un final (et révélations) à la hauteur de l’entame de série, car ce premier tome s’avère franchement efficace. Ça vaut bien un petit 4* en l’état.
L’histoire pioche dans des éléments déjà rencontrés ici ou là. Il y a un peu de UW1 comme le souligne le grand A, mais j’y ai vu aussi un peu des 12 salopards, de the Mist … bref des références qui ont déjà fait leurs preuves. Le cocktail proposé pourrait être rapidement indigeste, mais j’ai trouvé ce tome bien équilibré. On rentre facilement dans l’histoire, présentation/mystère/personnages tout est bien amené.
La partie graphique sublime le récit et participe grandement au plaisir de lecture. Les scènes d’action sont réussies, les ambiances sont bien posées, les personnages bien campés … le tout dans une approche cinématographique bienvenue. On en prend gentiment plein les yeux.
Rien de nouveau donc, ça flirte gentiment avec le cinéma de genre, voir la série B (on n’échappe pas à quelques caricatures), cependant il y’a clairement un truc pour que le lecteur ne s’ennuie pas et passe un très bon moment.
Pour revenir à mon intro, il y a juste un point qui me fait peur, car à mes yeux ça peut vraiment ternir le bousin, c’est le coté biblique et prophètes (encore discret). Il faudra pas se louper là dessus.
MàJ tome 2 :
Un 2eme tome qui poursuit la bonne entame de série. Le graphisme y est toujours aussi soigné et le scénario déroule gentiment avant la conclusion annoncée dans le prochain.
Petite surprise au menu, puisque ici le fameux mur et son mystère sont à peine abordés. Le récit va s’attarder sûr le régime en place (du style du pains et des jeux) et sa chute annoncée via les rescapés du 1er tome.
Une aventure peut être moins marquante mais toujours plaisante à suivre. Je ne sais pas si ça sera finalement le cœur/fond du récit mais on ressent cette fois vraiment l’envie de montrer la fin d’une civilisation.
Zanzim, qui a souvent collaboré avec le regretté et talentueux Hubert, revient tout seul aux manettes avec un ouvrage très réussi ! Difficile de classer cet album tant les genres abordés sont variés : conte moral, récit d'aventure, d'apprentissage, chronique sociale, tantôt comique, tantôt mélancolique, " Grand petit Homme ", c'est tout cela à la fois !
Employé modèle et consciencieux, Stanislas Rétif est un vendeur de chaussures qui a un coup d'oeil à nul autre pareil pour aider les jeunes femmes à trouver la paire de chaussures idéale. Hélas, sa petite taille et sa discrétion le desservent et ses collègues, jolies créatures à la silhouette élancée, l'ignorent superbement ou à l'occasion le manipulent. Sa patronne ne lui accorde que peu d'intérêt et le pauvre petit homme n'a d'autre choix que de mener une vie terne en compagnie de son chat. Jusqu'au jour où un événement va venir bouleverser la routine du petit vendeur...
Zanzim nous offre pour cette fin d'année une histoire malicieuse, un récit vif et et réconfortant. En refermant l'ouvrage, j'ai pensé à des films de Noël à la Franck Capra, le côté comédie sociale attendrissante sans doute. L'auteur évoque lui l'influence de Truffaut notamment et s'inspire des traits de Charles Denner, l'acteur de " L'homme qui aimait les femmes " pour donner vie à son personnage. L'écriture soignée, les dialogues brefs mais percutants, les jeux de mots employés avec parcimonie au début du récit participent au style alerte qui plonge rapidement le lecteur dans l'univers de Stanislas.
Le dessin dynamique et coloré est un régal, Les silhouettes féminines des années 60 sont ravissantes et certaines planches pleine page viennent ponctuer l'histoire et souligner l'habileté d'une narration enlevée et enjouée. Les aventures que va vivre Stanislas évoquent des scènes cultes du septième art et s'imbriquent parfaitement. Elles jalonnent le parcours de ce grand petit homme qui, sous les yeux du lecteur amusé, va mûrir, évoluer et comprendre ce qui fait la véritable grandeur de l'homme.
La fin pourra peut-être paraître un peu abrupte, mais pour ma part, la conclusion logique de ce tome est également une réussite.
Un coup de coeur pour l'esthétique, le plaisir de lecture à chaque page, les genres multiples. Bref, chaudement recommandé !
Je suis plus enthousiaste que Mac Arthur, j'ai trouvé cet album particulièrement utile et éloquent. Craig Thompson tire le fil de son enfance et arrive à détricoter le monde capitaliste tout entier. Cette image du fil est d'ailleurs bien présente au long du récit. A partir de l'expérience de ses vacances d'américain rural et pauvre, où, à dix ans, il travaillait pour 1 dollar de l'heure, avec son frère, sa sœur, sa mère. Cueillir les fruits du ginseng, déterrer les racines, désherber, assembler des ombrières, épierrer les parcelles : toutes les étapes de cette culture étaient bonnes pour gagner un peu d'argent et s'acheter des comics à la pharmacie de Marathon dans le Wisconsin.
Effectivement c'est un gros livre hybride, qu'on ne saura pas classer du coté du pur roman graphique autobiographique ou du documentaire sur la culture du Ginseng. Mais cela ne me dérange pas. Au contraire le souvenir des émotions d'enfance permet au lecteur de retenir des informations factuelles qui nous passeraient totalement au dessus si elles étaient délivrées dans un autre cadre. La mémoire est entièrement accrochée aux émotions. On ne peut retenir que ce qui est intimement lié à une émotion. En ce sens, ce documentaire situé a beaucoup plus de chance de nous marquer.
J'avais lu Habibi du même auteur (et non "Blankets" qui était apparemment le récit de son enfance mais en faisant abstraction de ses années de" vacances au travail", mais comment en faire abstraction ?) et c'était aussi un livre monde très long, mais purement fictionnel, qui amalgamait aussi différents imaginaires dans un maelström plutôt dépressif. Ici l'enfance réelle de l'auteur n'est pas montrée comme une souffrance individuelle et insensé, elle est replacée dans les différents systèmes qui ont conduit à son déroulement.
Il interviewe tous les témoins qui sont reliés à cette culture du ginseng. Et décrire tous ces parcours adjacents (celui de ses camarades de travail, de son employeur et de sa famille, de ses propres parents, des concurrents de son employeur, des clients de son employeur, etc..) donne un sens (familial, politique, économique, médical, agricole ) à tous les actes vécus alors et aussi aident l'auteur à trouver un sens à sa propre vie, aujourd'hui. Il n'a pas été un pauvre gars seul aux prises avec une situation familiale triste, il a été, avec de nombreux autres, un rouage d'une économie mondialisée dans laquelle les différentes cultures sont en concurrences, et les implications de sa petite part de travail sont si nombreuses que la longueur du livre est toute justifiée.
Le dessin en rouge et noir, est très précis, les visages en particulier sont très expressifs et on n'a pas de mal à reconnaître les différents personnages, que ce soit des ouvriers agricoles immigrés, des fermiers américains, des producteurs coréens ou chinois, leur personnalité transpire et irrigue le récit. Les paysages sont aussi bien campés et observés. L'exigence de composition et de beauté, déjà présente dans Habibi est ici mise au service d'une observation fidèle de la réalité.
Merci Mister Thompson pour ce long travail de 4 années de gestation, elles ont été fertiles, pour vous comme pour moi !
Écraser les autres pour se retrouver sur la plus haute marche du podium ?
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Ce tome contient une histoire complète, indépendante de toute autre, racontée sous la forme d’un roman-photo. Sa parution date de 2023. Il a été réalisé par Nicole Augereau pour le scénario, la direction d’acteurs, le montage. Elle joue le rôle principal, celui d’Amélie. La page de crédit fait état de vingt-six acteurs, et de sept personnes ayant accepté de prendre l’appareil photo que l’autrice leur tendait. Elle remercie également tous les participants et organisateurs-rices de La croisière de l’art, qui ont accepté de poser sous son objectif. Enfin, une page est dédiée à lister les œuvres présentes dans ce livre, c’est-à-dire des œuvres d’art contemporain.
Amélie se tient au beau milieu d’une zone totalement dégagée d’une forêt, tous les arbres étant couchés à même le sol. Elle se lance dans un long monologue, commençant par enjoindre à regarder ce désastre ! Depuis qu’une météorite est venue s’écraser dans la forêt, les habitants sont tous témoins d’étranges phénomènes. Elle ne parle pas de l’internet coupé et de tous les accès bloqués, elle parle des gens ! Une voisine employée de hot line qui plaque tout pour apprendre l’opéra. Un ami conseiller bancaire qui démissionne brutalement pour faire des sculptures en fil de fer. Le rapport avec la météorite ? Elle ramasse un morceau d’écorce à même le sol et elle le brandit à bout de bras. Et ça c’est quoi peut-être ? Ce bout d’écorce déchiqueté est complètement infesté. Elle s’écrit : Oh non, ils me montent sur le bras ! Saleté d’aliens ! Ils vont transformer tout le monde ! Yeeeerk ! Elle va prouver au monde entier qu’en plus du réchauffement climatique, de l’arrivée des fascistes au pouvoir, des virus mortels et des guerres nucléaires, un nouveau péril menace ! Elle est une lanceuse d’alerte ! Ils ne l’auront pas !
Amélie se tient sur un pont en pierre, avec un village derrière elle. Elle explique : Ici, on est dans son petit village si typique, avec sa forêt, son lac et son château. Typique ? Plus pour longtemps. Elle emmène le lecteur dans un rassemblement d’individus qui se sont fait retourner la cervelle par les amis venus de l’espace. À juger par soi-même… Un homme est assis à une table en extérieur, sous un parasol avec une demi-douzaine de personnes assises sur des chaises, en train de l’écouter. Il se présente : avant, il était ingénieur électronicien dans l’armée. Tout était secret défense, il ne devait rien dévoiler de ses activités, même à sa femme. Il travaillait sur des appareils qui permettaient de repérer un type armé d’un couteau à huit kilomètres de distance. À cinquante-neuf ans, il a tout arrêté et il s’est mis au dessin. Il continue : On peut se mettre à dessiner à n’importe quel âge et n’importe où, sur des bouts de carnets, des boîtes, des pots de yaourt. Il faut être décomplexé, spontané. Ne pas se juger, accepter les imperfections. Le dessin, c’est une interprétation du réel, il faut dessiner ce qui vous inspire, n’importe quoi. Le dessin qu’on faîtes ne plaît pas, le voisin l’aimera peut-être.
L’éditeur FLBLB continue de publier régulièrement des romans-photos, dans des genres différents : ici, le lecteur découvre une histoire d’anticipation. Une femme, Amélie, est persuadée d’avoir détectée une invasion extraterrestre sournoise : des sortes de micro-organismes dont elle est la seule à avoir conscience de la présence. Les personnes dont le cerveau est infecté abandonnent leur travail pour se consacrer à la création artistique. C’est une catastrophe : une vague de démissions impacte tous les domaines de l’activité économique et administrative. Le personnage effectue ses remarques à haute voix sur ce qu’elle observe, comme si elle s’adressait en direct au lecteur. Ce dernier l’accompagne alors qu’elle rencontre des individus s’étant reconverti : un ingénieur électronicien en dessinateur, une femme et un homme ayant dessiné une faille dans un mur qui part d’en haut et qui descend jusqu’en bas, si on la fixe, on finit par ne voir plus qu’elle, la responsable du planning à l’agence d’intérim en personne écoutant les plantes et consignant leur histoire sur un carton, la dame qui fait visiter les maisons à l’agence immobilière en créatrice de toile faite avec le suc des plantes, l’employée au garage Renault en artiste dans une démarche artistico-médico-globale, etc. L’intrigue prend la forme d’une enquête au cours de laquelle Amélie rencontre des habitants qu’elle a l’habitude de côtoyer, avec des séquences oniriques, la visite d’une exposition d’art contemporain, et une sortie en kayak.
Ce roman-photo met en œuvre les formes narratives d’une bande dessinée : chaque photographie correspond à une case, celles-ci sont disposées en bande. Majoritairement, les pages comprennent deux bandes, avec régulièrement une disposition de deux bandes de deux cases chacune. L’autrice utilise une fois une photographie en double page ; elle a recours à une photographie en pleine page à onze occasions. Elle a conservé la forme carrée ou rectangulaire de chaque photographie, avec des bordures ondulées lors des séquences de rêve. Elle ne semble pas avoir usage d’effet spéciaux pour modifier les photographies, sauf pour l’éclairage bleuté d’une séquence. Le lecteur suit Amélie dans différents lieux du village : tout d’abord dans la forêt en extérieur, puis sur cette terrasse publique ombragée, dans un grand parc, dans une chambre à l’étage, devant une maison sur pieux, à l’intérieur d’un bâtiment public abritant une exposition d’art contemporain, dans une zone ombragée au bord d’un lac, et enfin sur le lac lui-même en kayak. Le lecteur apprécie la belle lumière de l’été, la douce chaleur qu’il ressent en regardant les tenues estivales des personnages. Il se rend compte qu’il rencontre beaucoup de monde, vingt-six personnes recensées dans les crédits, tout cela donnant une sensation de grande liberté, à l’opposé d’une impression de production étriquée faute d’un budget riquiqui.
Dans cette narration naturaliste, le lecteur voit Amélie brandir un morceau d’écorce en page cinq et s’alarmer du fait qu’ils lui montent sur le bras. En prenant le temps d’examiner la photographie, il constate qu’il ne distingue rien qui pourrait le renseigner sur ces Ils. En page huit, l’ingénieur reconverti en dessinateur expose ses convictions : On peut se mettre à dessiner à n’importe quel âge et n’importe où, sur des bouts de carnets, des boîtes, des pots de yaourt. Il continue : Il faut être décomplexé, spontané, ne pas se juger, accepter les imperfections, le dessin, c’est une interprétation du réel, il faut dessiner ce qui vous inspire, n’importe quoi. Le lecteur ne détecte pas de manipulation mentale d’un organisme extraterrestre qui ferait dire n’importe quoi à cet être humain. Il se rend compte qu’il a mordu à l’hameçon : par pur automatisme, il a adopté le point de vue d’Amélie, la réalité d’une menace venue du cosmos, et il essaye d’identifier des schémas, de détecter ce qui cloche, ce qui confirme cette hypothèse. Il se retrouve hésitant car les images ne montrent rien que de très normal. Tout au plus, il peut exprimer des doutes sur les qualités artistiques des productions qui sont montrées à Amélie : le dessin d’une faille dans un mur, une dame qui écrit ce que lui raconte des plantes, des feuilles imbibées par le suc de plantes pressées et tapotées avec un marteau, un brownie décoré avec des fleurs de géranium, ou encore une sculpture inspirée de coraux marins.
Dans le même temps, il fait la visite de l’exposition intitulée Nous sommes des extraterrestres, hésitant également entre le canular inventé de toute pièce, et la possibilité de son authenticité. La liste d’œuvres d’art moderne en fin d’ouvrage explicite le titre et l’artiste de chacune, ainsi que la page où elle se trouve dans le roman-photo. Il apprend qu’il s’agit de la collection du musée d’art contemporain de la Haute-Vienne, dans le château de Rochechouart. Finalement, l’intrigue n’est peut-être pas aussi fantaisiste que ça, ou bien sa fantaisie s’exprime dans d’autres facettes. Alors que l’enquête progresse, le lecteur se sent balloté entre loufoque (la dame qui repère des plantes avec un cornet de papier, qui s’en approche, la saisit délicatement, entend sa petite voix si douce qui lui raconte une histoire, qu’elle consigne sur un carton qu’elle plante juste à côté), et entre remarques anodines en passant. Il y a le discours de l’ex-ingénieur sur le dessin : une forme de profession de foi sur la puissance de cette expression. Il y a cette femme qui écoute les plantes, en ayant quitté un emploi sans âme. Il écoute la sculptrice évoquer son précédent métier : Avant, elle était semi-marathonienne professionnelle, elle visait le titre de championne de France. Elle a fini par se poser des questions : Mais courir, courir, tout ça pour quoi ? Être la meilleure ? Écraser les autres pour se retrouver sur la plus haute marche du podium ? Il relève également le terme de Démissionnaire, terme apparu après les confinements conséquences de la pandémie de COVID-19, appliqué aux personnes quittant des emplois professionnels alimentaires. En pages cinquante-quatre à cinquante-neuf, Amélie discute avec l’œuvre d’art Hades (2014) de Martin Kersels, évoquant la fonction des hémisphères gauche et droit du cerveau, orientant l’interprétation de la menace venue du cosmos vers une dichotomie analytique et motrice. La fin suggère que la fonction analytique du cerveau mène vers la folie, alors que les individus étant dans l’expression de leurs émotions, de leur ressenti sont plus équilibrés.
De publication en publication, les éditions FLBLB prouvent que le roman-photo peut rivaliser avec d’autres moyens d’expression dans différents genres littéraires, et peut aborder des thèmes très complexes avec nuance et subtilité. Nicole Augereau raconte une histoire d’anticipation, avec un personnage principal qui enquête sur cette menace venue du cosmos. Le mode narratif se calque sur celui de la bande dessinée, tout en mettant à profit les possibilités d’un reportage photographique dans un village et ses environs pour aboutir à une grande variété de lieux et de situations, ayant ainsi dépassé les limites inhérentes à la question de budget. Le lecteur plonge dans une intrigue à la dynamique classique, étant sûr de son interprétation, et faisant progressivement l’expérience de la réflexion sous-jacente, adulte et sophistiquée, sur l’importance relative à donner au train-train professionnel, en partie grâce à un jeu avec des créations d’art contemporain. Élégant et ambitieux.
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Vingt-décembre - Chronique de l'abolition
Je connaissais déjà Appollo mais je découvre enfin Tehem avec cet album. Et bien je dois dire que ma lecture fut des plus agréables. Ils fournissent tous deux du superbe boulot. Le sujet déjà m’a bien accroché mais le traitement (en plus d’être didactique) m’a semblé franchement réussi. J’ai aimé l’angle d’attaque de cette chronique, on suit l’abolition de l'esclavage sur l’île de la Réunion via le parcours d’Edmond. Un beau pavé de plus de 150 pages d’une fluidité et lisibilité à toutes épreuves. Le tout est accessible, passionnant, instructif et bien réalisé. Je suis raccord avec la remarque de Mac Arthur sur ce petit manque d’émotions mais ça ce ne ternit pas mon très bon ressenti en sortie de lecture. Du bel ouvrage.
Basketful of heads
Voila le genre de récit simple et efficace que j'adore ! C'est basique, un scénario bien rodé sur une trame qui flirt avec le fantastique à la Stephen King (logique, vu l'auteur) pour parler de ces petites villes tranquille et de tout ce qui bout sous la surface. Et j'aime vraiment ça ! C'est simple, donc, mais prenant et pas simpliste. On assiste à l'histoire en suivant June, une final girl qui débarque dans la petite ville tranquille de son copain. Et puis s'installe l'ambiance, les différents protagonistes, les éléments de l'histoire. La tempête surgit et là, c'est le début du massacre. Et si je n'ai pas été retourné par le scénario, j'ai apprécié tout son déroulé et ses surprises franchement bien trouvées. Tout s'imbrique bien, jusqu'à une fin et une chute bien trouvée, que je trouve pleine de sens vis-à-vis de ces deux femmes (par rapport à tout les autres hommes) et ce que June incarne dès le début (étudiante en sociologie qui se veut au service des autres face à des flics bas du front). L'histoire est servie par un dessin bien efficace et qui colle à l'ambiance poisseuse et lourde de cette tempête. Il y a une atmosphère qui se dégage très vite et qui prend. C'est le genre de BD dont il ne faut pas trop en attendre mais qui convient à merveille si on se laisse porter. Un régal !
Le Royaume sans nom
Nous sommes dans un royaume anthropomorphique où le roi vieillissant (un lion, pas très original) du royaume sans nom en question se prépare à accueillir l'ambassadeur d'une alliance regroupant 2 royaumes et un empire afin d'établir de nouveaux liens commerciaux et diplomatiques. L'analogie avec les 5 terres est évidente, et certains personnages ressemblent énormément à ceux du long-métrage Disney Zootopia. Mais la comparaison s'arrête là: Zootopia est une fable sur la tolérance, les 5 terres une œuvre titanesque s'attachant à décrire en profondeur chacun des 5 royaumes en question à travers 6 tomes/royaume qui s'étirent en longueur avec un nombre incalculable de personnages, pas tous liés les uns aux autres. Ici, en tout cas pour les deux premiers tomes, on se concentre sur le Royaume sans nom, il y a de nombreux personnages, mais tous bien construits, posés bien plus rapidement, et dont les destins sont encroisés de manière étroite. L'histoire joue la part belle aux intrigues politiques et guerrières, c'est très bien construit, et surtout beaucoup plus direct. Après un tome introductif permettant de poser le cadre, le second opus va dans le vif du sujet à 100 à l'heures, petit à petit on découvre les éléments d'un grand jeu d'échec, sans aucun temps mort. Et paradoxalement, cela réussit extrêmement bien à l'intrigue, très prenante, jouant sur les faux-semblants de manière efficace. Autant j'ai très vite fatigué avec les 5 terres qui s'étire jusqu'à plus soif, autant ce Royaume sans nom réussit à parfaitement conserver son équilibre et à maintenir mon intérêt éveillé. On pourrait reprocher à la série de nous montrer assez peu de choses des peuples de l'alliance, tout en ayant une ou deux faiblesse: on ne sait pas, par exemple, par quel moyen les carnivores se nourrissent en viande rouge, alors que le royaume se pose en opposition à un rival politique qui mange ses sujets sans vergogne (mais il faut aussi dire que les 5 terres lui fait carrément totalement l'impasse sur ce sujet!!! Au moins c'est évoqué), je considère malgré tout que le plus est l'ennemi du bien. Pour le moment une très franche réussite pour moi.
Poussière d'os
Hé, hé, mais c'est qu'il n'est pas complètement mort le Sloane puisque le voilà de retour pour un excellent album prêté par le sieur Paco. Que voilà de la bonne SF. Une histoire originale dans un monde post apo qui lorgne vers d'autres titres que je ne citerais pas, mais que tout le monde reconnaitra. Franchement le dessin de Ben Stenbeck sur des titres comme Hellboy et B.P.R.D n'était pas celui que je préfère, des traits trop anguleux, taillés à la hache. Ici joie et bonheur, le dessin est beaucoup plus fluide, presque épuré et grandement mis en valeur par la colorisation. Pour en revenir à l'histoire disons que ça dégomme pas mal, âmes sensibles s'abstenir, mais bon qui a jamais imaginé un monde post apocalyptique rempli de Bisounours, la tension monte crescendo. Le personnage de l'IA est à mon sens très bien vu qui nous distille un petit peu d'humour et puis finalement même si les choses finissent un peu comme on pouvait s'y attendre, une petite note d'espoir pour les dernières cases. Mais il est bien connu que les cannibales ne mangent pas de plantes, penseront-ils à les arroser? Vivement conseillé
Les Ignorants
Après avoir découvert Etienne Davodeau dans le très bon Rural ! je poursuis ma découverte de son œuvre avec ce très bel ouvrage. Malgré les 10 années qui séparent les deux ouvrages, on ressent chez l'auteur un profond attachement à cette région d'Anjou ainsi qu'aux hommes qui la font vivre. Petit amateur de vin j'ai pris beaucoup de plaisir à suivre l'initiation de Davodeau au travail de la vigne et de la cave. J'ai trouvé par ailleurs qu'il avait très bien réussi à retranscrire la passion de Richard Leroy pour son terroir ainsi que sa philosophie. Son approche étant très proche des agriculteurs "héros" de Rural !, on peut aisément penser qu'elle est partagée par l'auteur. De la même manière j'ai bien aimé l'initiation de Leroy au monde de la BD, j'ai pu y apprendre pas mal de choses. Mon seul petit bémol étant que j'ai trouvé cette initiation très condensée. Toutefois ce décalage entre les deux partie correspondant peut être à la réalité du terrain. Ce très bel ouvrage ravira les amateurs de BD et de vins. Pour les autres, cette initiation croisée montrera la partie cachée du travail de ces deux créateurs de plaisirs
A Fake Story (d'après le roman de Douglas Burroughs)
Une BD plutot réussie qui m'a été offerte et à coté de laquelle je serais peut-être passé tant le feuilletage des premières pages ne m'invitait pas plus que ça à poursuivre la lecture. Il faut dire que j'ai trouvé de prime abord le dessin assez suranné. Elégant certes mais un poil démodé. Cela colle bien avec cette histoire se passant en 1938 cela dit. Idem pour le lettrage, assez old school et peu lisible en fait, c'est peut etre en définitive ce qui m'a le plus rebuté. Il m'est même arrivé à plusieurs reprises de devoir relire une bulle, tant le lettrage utilisé n'est pas fluide et fouilli. Dommage parce que dès qu'on s'intéresse un tant soit peu au récit on découvre un aspect inconnu de la fameuse émission de radio La Guerre des Mondes de Orson Wells qui aurait provoqué une panique générale. Voici pour le point de départ de cette histoire assez connue. Mais rapidement le récit dévie et on suit un romancier/journaliste, Douglas Burroughs, dont cette BD est l'adaptation - c'est d'ailleurs écrit en gras sur la couverture. Burroughs est en charge d'enquêter avec la police pour le compte de la radio CBS pour voir si l'émission de radio de Wells pourrait être tenue responsable de la fameuse panique générale, et plus particulièrement d'un double homicide. Rapidement les choses s'avèrent plus compliquées qu'elles n'y paraissent et sans trop en dévoiler, les personnages, les fausses pistes et les rebondissements se multiplient jusqu'au dénouement plutôt pas mal ficelé et digne d'un vrai bon roman policier. Une belle découverte donc, avec en prime un "easter egg" plutot balèze que vous trouverez si comme moi vous voulez en savoir plus sur le roman de Douglas Burroughs dont cette oeuvre est adaptée. C'est une belle pirouette finale qui donne tout son sel à ce one-shot, et une élégante forme de mise en abîme pour nous faire nous interroger sur la valeur de l'information qui nous est présentée, sur les manipulations des médias et plus généralement sur ce qu'est la vérité. En cette période d'IA galopante, de deep fakes et de tentative manipulation des masses, poser ces questions est déjà en soit un acte citoyen et profondément républicain. Note: 3.5/5
Noir Horizon
J’ai bien quelques craintes pour la suite de cette trilogie annoncée. Je croise vraiment les doigts pour un final (et révélations) à la hauteur de l’entame de série, car ce premier tome s’avère franchement efficace. Ça vaut bien un petit 4* en l’état. L’histoire pioche dans des éléments déjà rencontrés ici ou là. Il y a un peu de UW1 comme le souligne le grand A, mais j’y ai vu aussi un peu des 12 salopards, de the Mist … bref des références qui ont déjà fait leurs preuves. Le cocktail proposé pourrait être rapidement indigeste, mais j’ai trouvé ce tome bien équilibré. On rentre facilement dans l’histoire, présentation/mystère/personnages tout est bien amené. La partie graphique sublime le récit et participe grandement au plaisir de lecture. Les scènes d’action sont réussies, les ambiances sont bien posées, les personnages bien campés … le tout dans une approche cinématographique bienvenue. On en prend gentiment plein les yeux. Rien de nouveau donc, ça flirte gentiment avec le cinéma de genre, voir la série B (on n’échappe pas à quelques caricatures), cependant il y’a clairement un truc pour que le lecteur ne s’ennuie pas et passe un très bon moment. Pour revenir à mon intro, il y a juste un point qui me fait peur, car à mes yeux ça peut vraiment ternir le bousin, c’est le coté biblique et prophètes (encore discret). Il faudra pas se louper là dessus. MàJ tome 2 : Un 2eme tome qui poursuit la bonne entame de série. Le graphisme y est toujours aussi soigné et le scénario déroule gentiment avant la conclusion annoncée dans le prochain. Petite surprise au menu, puisque ici le fameux mur et son mystère sont à peine abordés. Le récit va s’attarder sûr le régime en place (du style du pains et des jeux) et sa chute annoncée via les rescapés du 1er tome. Une aventure peut être moins marquante mais toujours plaisante à suivre. Je ne sais pas si ça sera finalement le cœur/fond du récit mais on ressent cette fois vraiment l’envie de montrer la fin d’une civilisation.
Grand petit homme
Zanzim, qui a souvent collaboré avec le regretté et talentueux Hubert, revient tout seul aux manettes avec un ouvrage très réussi ! Difficile de classer cet album tant les genres abordés sont variés : conte moral, récit d'aventure, d'apprentissage, chronique sociale, tantôt comique, tantôt mélancolique, " Grand petit Homme ", c'est tout cela à la fois ! Employé modèle et consciencieux, Stanislas Rétif est un vendeur de chaussures qui a un coup d'oeil à nul autre pareil pour aider les jeunes femmes à trouver la paire de chaussures idéale. Hélas, sa petite taille et sa discrétion le desservent et ses collègues, jolies créatures à la silhouette élancée, l'ignorent superbement ou à l'occasion le manipulent. Sa patronne ne lui accorde que peu d'intérêt et le pauvre petit homme n'a d'autre choix que de mener une vie terne en compagnie de son chat. Jusqu'au jour où un événement va venir bouleverser la routine du petit vendeur... Zanzim nous offre pour cette fin d'année une histoire malicieuse, un récit vif et et réconfortant. En refermant l'ouvrage, j'ai pensé à des films de Noël à la Franck Capra, le côté comédie sociale attendrissante sans doute. L'auteur évoque lui l'influence de Truffaut notamment et s'inspire des traits de Charles Denner, l'acteur de " L'homme qui aimait les femmes " pour donner vie à son personnage. L'écriture soignée, les dialogues brefs mais percutants, les jeux de mots employés avec parcimonie au début du récit participent au style alerte qui plonge rapidement le lecteur dans l'univers de Stanislas. Le dessin dynamique et coloré est un régal, Les silhouettes féminines des années 60 sont ravissantes et certaines planches pleine page viennent ponctuer l'histoire et souligner l'habileté d'une narration enlevée et enjouée. Les aventures que va vivre Stanislas évoquent des scènes cultes du septième art et s'imbriquent parfaitement. Elles jalonnent le parcours de ce grand petit homme qui, sous les yeux du lecteur amusé, va mûrir, évoluer et comprendre ce qui fait la véritable grandeur de l'homme. La fin pourra peut-être paraître un peu abrupte, mais pour ma part, la conclusion logique de ce tome est également une réussite. Un coup de coeur pour l'esthétique, le plaisir de lecture à chaque page, les genres multiples. Bref, chaudement recommandé !
Ginseng roots
Je suis plus enthousiaste que Mac Arthur, j'ai trouvé cet album particulièrement utile et éloquent. Craig Thompson tire le fil de son enfance et arrive à détricoter le monde capitaliste tout entier. Cette image du fil est d'ailleurs bien présente au long du récit. A partir de l'expérience de ses vacances d'américain rural et pauvre, où, à dix ans, il travaillait pour 1 dollar de l'heure, avec son frère, sa sœur, sa mère. Cueillir les fruits du ginseng, déterrer les racines, désherber, assembler des ombrières, épierrer les parcelles : toutes les étapes de cette culture étaient bonnes pour gagner un peu d'argent et s'acheter des comics à la pharmacie de Marathon dans le Wisconsin. Effectivement c'est un gros livre hybride, qu'on ne saura pas classer du coté du pur roman graphique autobiographique ou du documentaire sur la culture du Ginseng. Mais cela ne me dérange pas. Au contraire le souvenir des émotions d'enfance permet au lecteur de retenir des informations factuelles qui nous passeraient totalement au dessus si elles étaient délivrées dans un autre cadre. La mémoire est entièrement accrochée aux émotions. On ne peut retenir que ce qui est intimement lié à une émotion. En ce sens, ce documentaire situé a beaucoup plus de chance de nous marquer. J'avais lu Habibi du même auteur (et non "Blankets" qui était apparemment le récit de son enfance mais en faisant abstraction de ses années de" vacances au travail", mais comment en faire abstraction ?) et c'était aussi un livre monde très long, mais purement fictionnel, qui amalgamait aussi différents imaginaires dans un maelström plutôt dépressif. Ici l'enfance réelle de l'auteur n'est pas montrée comme une souffrance individuelle et insensé, elle est replacée dans les différents systèmes qui ont conduit à son déroulement. Il interviewe tous les témoins qui sont reliés à cette culture du ginseng. Et décrire tous ces parcours adjacents (celui de ses camarades de travail, de son employeur et de sa famille, de ses propres parents, des concurrents de son employeur, des clients de son employeur, etc..) donne un sens (familial, politique, économique, médical, agricole ) à tous les actes vécus alors et aussi aident l'auteur à trouver un sens à sa propre vie, aujourd'hui. Il n'a pas été un pauvre gars seul aux prises avec une situation familiale triste, il a été, avec de nombreux autres, un rouage d'une économie mondialisée dans laquelle les différentes cultures sont en concurrences, et les implications de sa petite part de travail sont si nombreuses que la longueur du livre est toute justifiée. Le dessin en rouge et noir, est très précis, les visages en particulier sont très expressifs et on n'a pas de mal à reconnaître les différents personnages, que ce soit des ouvriers agricoles immigrés, des fermiers américains, des producteurs coréens ou chinois, leur personnalité transpire et irrigue le récit. Les paysages sont aussi bien campés et observés. L'exigence de composition et de beauté, déjà présente dans Habibi est ici mise au service d'une observation fidèle de la réalité. Merci Mister Thompson pour ce long travail de 4 années de gestation, elles ont été fertiles, pour vous comme pour moi !
La Menace venue du cosmos - La Croisière de l'art
Écraser les autres pour se retrouver sur la plus haute marche du podium ? - Ce tome contient une histoire complète, indépendante de toute autre, racontée sous la forme d’un roman-photo. Sa parution date de 2023. Il a été réalisé par Nicole Augereau pour le scénario, la direction d’acteurs, le montage. Elle joue le rôle principal, celui d’Amélie. La page de crédit fait état de vingt-six acteurs, et de sept personnes ayant accepté de prendre l’appareil photo que l’autrice leur tendait. Elle remercie également tous les participants et organisateurs-rices de La croisière de l’art, qui ont accepté de poser sous son objectif. Enfin, une page est dédiée à lister les œuvres présentes dans ce livre, c’est-à-dire des œuvres d’art contemporain. Amélie se tient au beau milieu d’une zone totalement dégagée d’une forêt, tous les arbres étant couchés à même le sol. Elle se lance dans un long monologue, commençant par enjoindre à regarder ce désastre ! Depuis qu’une météorite est venue s’écraser dans la forêt, les habitants sont tous témoins d’étranges phénomènes. Elle ne parle pas de l’internet coupé et de tous les accès bloqués, elle parle des gens ! Une voisine employée de hot line qui plaque tout pour apprendre l’opéra. Un ami conseiller bancaire qui démissionne brutalement pour faire des sculptures en fil de fer. Le rapport avec la météorite ? Elle ramasse un morceau d’écorce à même le sol et elle le brandit à bout de bras. Et ça c’est quoi peut-être ? Ce bout d’écorce déchiqueté est complètement infesté. Elle s’écrit : Oh non, ils me montent sur le bras ! Saleté d’aliens ! Ils vont transformer tout le monde ! Yeeeerk ! Elle va prouver au monde entier qu’en plus du réchauffement climatique, de l’arrivée des fascistes au pouvoir, des virus mortels et des guerres nucléaires, un nouveau péril menace ! Elle est une lanceuse d’alerte ! Ils ne l’auront pas ! Amélie se tient sur un pont en pierre, avec un village derrière elle. Elle explique : Ici, on est dans son petit village si typique, avec sa forêt, son lac et son château. Typique ? Plus pour longtemps. Elle emmène le lecteur dans un rassemblement d’individus qui se sont fait retourner la cervelle par les amis venus de l’espace. À juger par soi-même… Un homme est assis à une table en extérieur, sous un parasol avec une demi-douzaine de personnes assises sur des chaises, en train de l’écouter. Il se présente : avant, il était ingénieur électronicien dans l’armée. Tout était secret défense, il ne devait rien dévoiler de ses activités, même à sa femme. Il travaillait sur des appareils qui permettaient de repérer un type armé d’un couteau à huit kilomètres de distance. À cinquante-neuf ans, il a tout arrêté et il s’est mis au dessin. Il continue : On peut se mettre à dessiner à n’importe quel âge et n’importe où, sur des bouts de carnets, des boîtes, des pots de yaourt. Il faut être décomplexé, spontané. Ne pas se juger, accepter les imperfections. Le dessin, c’est une interprétation du réel, il faut dessiner ce qui vous inspire, n’importe quoi. Le dessin qu’on faîtes ne plaît pas, le voisin l’aimera peut-être. L’éditeur FLBLB continue de publier régulièrement des romans-photos, dans des genres différents : ici, le lecteur découvre une histoire d’anticipation. Une femme, Amélie, est persuadée d’avoir détectée une invasion extraterrestre sournoise : des sortes de micro-organismes dont elle est la seule à avoir conscience de la présence. Les personnes dont le cerveau est infecté abandonnent leur travail pour se consacrer à la création artistique. C’est une catastrophe : une vague de démissions impacte tous les domaines de l’activité économique et administrative. Le personnage effectue ses remarques à haute voix sur ce qu’elle observe, comme si elle s’adressait en direct au lecteur. Ce dernier l’accompagne alors qu’elle rencontre des individus s’étant reconverti : un ingénieur électronicien en dessinateur, une femme et un homme ayant dessiné une faille dans un mur qui part d’en haut et qui descend jusqu’en bas, si on la fixe, on finit par ne voir plus qu’elle, la responsable du planning à l’agence d’intérim en personne écoutant les plantes et consignant leur histoire sur un carton, la dame qui fait visiter les maisons à l’agence immobilière en créatrice de toile faite avec le suc des plantes, l’employée au garage Renault en artiste dans une démarche artistico-médico-globale, etc. L’intrigue prend la forme d’une enquête au cours de laquelle Amélie rencontre des habitants qu’elle a l’habitude de côtoyer, avec des séquences oniriques, la visite d’une exposition d’art contemporain, et une sortie en kayak. Ce roman-photo met en œuvre les formes narratives d’une bande dessinée : chaque photographie correspond à une case, celles-ci sont disposées en bande. Majoritairement, les pages comprennent deux bandes, avec régulièrement une disposition de deux bandes de deux cases chacune. L’autrice utilise une fois une photographie en double page ; elle a recours à une photographie en pleine page à onze occasions. Elle a conservé la forme carrée ou rectangulaire de chaque photographie, avec des bordures ondulées lors des séquences de rêve. Elle ne semble pas avoir usage d’effet spéciaux pour modifier les photographies, sauf pour l’éclairage bleuté d’une séquence. Le lecteur suit Amélie dans différents lieux du village : tout d’abord dans la forêt en extérieur, puis sur cette terrasse publique ombragée, dans un grand parc, dans une chambre à l’étage, devant une maison sur pieux, à l’intérieur d’un bâtiment public abritant une exposition d’art contemporain, dans une zone ombragée au bord d’un lac, et enfin sur le lac lui-même en kayak. Le lecteur apprécie la belle lumière de l’été, la douce chaleur qu’il ressent en regardant les tenues estivales des personnages. Il se rend compte qu’il rencontre beaucoup de monde, vingt-six personnes recensées dans les crédits, tout cela donnant une sensation de grande liberté, à l’opposé d’une impression de production étriquée faute d’un budget riquiqui. Dans cette narration naturaliste, le lecteur voit Amélie brandir un morceau d’écorce en page cinq et s’alarmer du fait qu’ils lui montent sur le bras. En prenant le temps d’examiner la photographie, il constate qu’il ne distingue rien qui pourrait le renseigner sur ces Ils. En page huit, l’ingénieur reconverti en dessinateur expose ses convictions : On peut se mettre à dessiner à n’importe quel âge et n’importe où, sur des bouts de carnets, des boîtes, des pots de yaourt. Il continue : Il faut être décomplexé, spontané, ne pas se juger, accepter les imperfections, le dessin, c’est une interprétation du réel, il faut dessiner ce qui vous inspire, n’importe quoi. Le lecteur ne détecte pas de manipulation mentale d’un organisme extraterrestre qui ferait dire n’importe quoi à cet être humain. Il se rend compte qu’il a mordu à l’hameçon : par pur automatisme, il a adopté le point de vue d’Amélie, la réalité d’une menace venue du cosmos, et il essaye d’identifier des schémas, de détecter ce qui cloche, ce qui confirme cette hypothèse. Il se retrouve hésitant car les images ne montrent rien que de très normal. Tout au plus, il peut exprimer des doutes sur les qualités artistiques des productions qui sont montrées à Amélie : le dessin d’une faille dans un mur, une dame qui écrit ce que lui raconte des plantes, des feuilles imbibées par le suc de plantes pressées et tapotées avec un marteau, un brownie décoré avec des fleurs de géranium, ou encore une sculpture inspirée de coraux marins. Dans le même temps, il fait la visite de l’exposition intitulée Nous sommes des extraterrestres, hésitant également entre le canular inventé de toute pièce, et la possibilité de son authenticité. La liste d’œuvres d’art moderne en fin d’ouvrage explicite le titre et l’artiste de chacune, ainsi que la page où elle se trouve dans le roman-photo. Il apprend qu’il s’agit de la collection du musée d’art contemporain de la Haute-Vienne, dans le château de Rochechouart. Finalement, l’intrigue n’est peut-être pas aussi fantaisiste que ça, ou bien sa fantaisie s’exprime dans d’autres facettes. Alors que l’enquête progresse, le lecteur se sent balloté entre loufoque (la dame qui repère des plantes avec un cornet de papier, qui s’en approche, la saisit délicatement, entend sa petite voix si douce qui lui raconte une histoire, qu’elle consigne sur un carton qu’elle plante juste à côté), et entre remarques anodines en passant. Il y a le discours de l’ex-ingénieur sur le dessin : une forme de profession de foi sur la puissance de cette expression. Il y a cette femme qui écoute les plantes, en ayant quitté un emploi sans âme. Il écoute la sculptrice évoquer son précédent métier : Avant, elle était semi-marathonienne professionnelle, elle visait le titre de championne de France. Elle a fini par se poser des questions : Mais courir, courir, tout ça pour quoi ? Être la meilleure ? Écraser les autres pour se retrouver sur la plus haute marche du podium ? Il relève également le terme de Démissionnaire, terme apparu après les confinements conséquences de la pandémie de COVID-19, appliqué aux personnes quittant des emplois professionnels alimentaires. En pages cinquante-quatre à cinquante-neuf, Amélie discute avec l’œuvre d’art Hades (2014) de Martin Kersels, évoquant la fonction des hémisphères gauche et droit du cerveau, orientant l’interprétation de la menace venue du cosmos vers une dichotomie analytique et motrice. La fin suggère que la fonction analytique du cerveau mène vers la folie, alors que les individus étant dans l’expression de leurs émotions, de leur ressenti sont plus équilibrés. De publication en publication, les éditions FLBLB prouvent que le roman-photo peut rivaliser avec d’autres moyens d’expression dans différents genres littéraires, et peut aborder des thèmes très complexes avec nuance et subtilité. Nicole Augereau raconte une histoire d’anticipation, avec un personnage principal qui enquête sur cette menace venue du cosmos. Le mode narratif se calque sur celui de la bande dessinée, tout en mettant à profit les possibilités d’un reportage photographique dans un village et ses environs pour aboutir à une grande variété de lieux et de situations, ayant ainsi dépassé les limites inhérentes à la question de budget. Le lecteur plonge dans une intrigue à la dynamique classique, étant sûr de son interprétation, et faisant progressivement l’expérience de la réflexion sous-jacente, adulte et sophistiquée, sur l’importance relative à donner au train-train professionnel, en partie grâce à un jeu avec des créations d’art contemporain. Élégant et ambitieux.