Ah, Donjon Zénith. Le point central de tout cet univers partagé.
On y suit les aventures de Marvin et d'Herbert, le premier est un puissant guerrier draconique, le second est un canard lâche mais malin. Ensemble, ils travaillent dans le Donjon, officiellement une forteresse où les plus puissants héros peuvent venir braver les dangers dans l'espoir de repartir les poches pleines, dans les faits c'est surtout un attrape-niguaud.
Les premières histoires sont simples, c'est au début surtout une grosse parodie d'univers d'Heroic Fantasy avec ses races invraisemblables, ses magies incompréhensibles évoluant au gré du scénario et ses armes légendaires aux pouvoirs mystérieux et absurdes. Ensuite, ça évolue pour devenir un vrai univers cohérent, avec des cultures différentes, des personnages plus complexes et surtout un vrai récit épique filé (sans jamais vraiment oublier le côté décalé).
Les premiers albums sont dessinés par Trondheim, les suivants par Boulet. Le changement de dessinateur était nécessaire. Sans le trouver excellent j'aime bien le dessin de Trondheim mais le changement de ton que prend la série à partir du tome 5 nécessitait d'également changer la forme. Le dessin de Boulet est très bon, il arrive à bien représenter les scènes d'actions tout en gardant le ton comique lorsqu'il est nécessaire.
Dans l'ensemble que forment les séries Donjon, Zénith est l'âge d'or, celui où le monde est encore relativement calme mais où l'on sent petit à petit venir l'ère chaotique de Crépuscule.
Une très bonne série.
Si vous souhaitez commencer les séries Donjon, c'est évidemment par celle-là que je vous conseillerait de débuter.
J'aime énormément les réécritures.
Je trouve l'exercice de réimaginer une base commune au plus grand nombre (qu'il s'agissent d'un conte, d'une légende, d'un mythe) pour approfondir le propos, moderniser la forme ou partir dans une direction totalement différente du récit de base absolument fascinant.
Les contes et légendes du passé que nous connaissons aujourd'hui sont en eux-même des réécritures et la plupart ont souvent des origines que l'on ne soupçonnerait pas (je conseille d'ailleurs la lecture de Et à la fin, ils meurent).
Ici, il s'agit d'une adaptation du personnage de Médée, à l'origine simple personnage secondaire suivant les argonautes et ici mise sur le devant de la scène. Pas de dieux ou de magies (tout du moins pas dans le cœur du récit, la fin touche un peu au fantastique), ici, Médée n'a de sorcière que le nom et les connaissances. Le récit cherche vraiment à être terre à terre. Les drames que vit Médée sont très humains et la voir devenir de plus en plus cruelle pour survivre rend le personnage très attachant et son destin profondément tragique.
C'est le mot, d'ailleurs : une tragédie. Cette série est une tragédie. Encore une fois, pas de dieu ou de Deus ex machina, mais on retrouve bien dans les péripéties que vit Médée toutes ces pertes humaines, ces timings malheureux et ces chemins destructeurs qu'empruntent les personnages qui font le sel des tragédies antiques. C'est sombre, cruel, mais ici, contrairement aux tragédies précédemment citées, tout parait beaucoup plus humain, simple. Cela n'en est que plus tragique.
Le dessin de Nancy Peña est beau, léché, et les teints sombres souvent utilisés jouent beaucoup sur ce ressenti de noirceur qui se dégage à la lecture.
Bonne lecture et réinterprétation très intéressante, donc.
(Note réelle 3,5)
Précontemplation, contemplation, détermination, action, maintien, chute ou rechute
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Ce tome correspond à une présentation de la vie de psychothérapeute par une praticienne, ne nécessitant aucune connaissance préalable, ni d’être allé consulter un psy. Sa première parution date de 2024. Il a été réalisé par Delphine Py, psychologue spécialisée en thérapies cognitives et comportementales, pour le scénario, et par Juliette Mercier pour les dessins et les couleurs. Il compte cent-cinquante-cinq pages de bande dessinée.
Delphine Py a ouvert sa porte, comme si elle s’apprêtait à faire entre le lecteur dans son cabinet. Elle se présente : psychologue passionnée qui en a un peu marre des clichés et qui a décidé de dévoiler l’envers du divan. Alors, si en ouvrant ce livre il s’attend à voir des personnes à tendance sadique avec des entonnoirs sur la tête, des camisoles et blouses blanches, il risque d’être déçu, mais il saura enfin ce que c’est vraiment de consulter. Elle évoque le psy comme on se l’imagine, un cinquantenaire confortablement calé dans son fauteuil, indiquant que tout est la faute de la mère du patient, ça fera trois cent cinquante euros. Quelques qualificatifs : s’en fiche de son patient, n’a aucun problème ni trouble psy, barbant, régule parfaitement ses émotions, analyse tout tout le temps, ne pense qu’à l’argent, soigne forcément des fous, écoute à moitié, est un parent parfait. Une psy dans la réalité : concernée et compatissante, impatiente et observatrice, TDAH, émotive, imparfaite/humaine, très bavarde, parfois débordée avec ses enfants, marrante (un peu ?).
Delphine Py se trouve dans sa salle d’attente et elle propose de commencer par le début, le triangle des Bermudes du patient : la salle d’attente. Les fauteuils sont confortables, même si, bien sûr, elle n’est jamais en retard ! Il y a des magazines, vive les derniers potins des stars ! Elle met à disposition des livres de psycho qui peuvent être empruntés par les patients et, souvent, eux lui laissent les leurs pour les autres. Elle a aussi des jeux pour occuper les enfants. Et, parfois, les plus grands. Et pour attirer encore plus de marins… Heu, de patients, elle met même de la musique. Dans la salle d’attente d’un psy, il y a plusieurs types de patients : celui qui n’assume pas. Celui qui est impatient. Celui qui est toujours à l’heure. Celui qui ne déconnecte pas. Celui qui se planque. Ou celui qui n’est pas venu. L’antre de la psy : on continue la visite avec son bureau, elle adore la jouer Valérie Damidot. Avec un bureau qui ne sert à rien car elle consulte toujours dans son fauteuil. Le fauteuil de la psy : il doit être hyper confortable, car elle y est assise plusieurs heures par jour. Le canapé des patients : avec la fameuse et indispensable boîte à mouchoirs, première cause de son découvert bancaire. La boîte à bidouilles : pleine de fidgets, d’antistress, de trucs à tripoter qui aident à parler, à focaliser son attention, à se détendre. Ils servent d’exutoire aux tensions ou à l’envie de bouger. Ici, les patients se confient, pleurent bien sûr, mais rient également et, surtout, apprennent à se connaître et à trouver des stratégies pour aller mieux. Là encore les patients sont tous différents.
Le texte de la quatrième de couverture s’avère très explicite : Delphine Py, vraie psy dans la vie, fait entrer le lecteur dans son cabinet, pour découvrir son quotidien et celui de ses patients. C’est très exactement ce qui attend le lecteur : il est accueilli par la psy sur le pas de la porte de son cabinet. Puis elle évoque un psy comme on l’imagine, et comment elle se présente dans la réalité. Les dessins s’inscrivent dans un registre simplifié, agréables à l’œil, avec une petite touche caricaturale dans les expressions de visage, des yeux plus grands que la normale. Les cases sont dépourvues de bordure, avec une l’alternance de fond sous forme de camaïeu, et de fond vide et blanc. Dans le même temps, chaque séquence, chaque dessin comporte des accessoires spécifiques. Cela commence avec le modèle de fauteuil du psy comme on l’imagine, puis celui de Delphine, tous deux étant différents reflétant leur personnalité. Puis viennent les fauteuils de la salle d’attente, à nouveau d’un modèle différent et les fauteuils pour les enfants. Au fil des séquences, le lecteur apprécie cette forme d’aménagement fait sur mesure pour chaque endroit, chaque patient, avec des accessoires divers et variés : un cactus en pot, des tables basses, un canapé, des bureaux, un lavabo avec son meuble, une table à repasser, une table de salle à manger, un boulier, un banc dans un jardin public, des ordinateurs portables, une machine à café, des étagères, une baignoire, des déguisements, et même un dinosaure pour le plaisir.
Le lecteur suit donc bien volontiers cette gentille psy qui lui montre son cabinet, qui lui présente quelques patients, sympathiques également, des individus très banals, un monsieur, une dame, un adolescent. La mise en couleurs montre plusieurs origines géographiques pour les personnages, sans qu’il soit possible de les nommer. Vient le moment d’établir la distinction entre psychologue, psychiatre, psychothérapeute, psychanalyste, psychopraticien, à l’aide d’un tableau à deux entrées, évoquant pour chacun leur titre, leurs études, le diplôme reconnu ou non par l’État, le remboursement des séances, la possibilité de prescriptions de médicaments et d’arrêt de travail. Il s’agit d’une page qui fonctionne sur la base de cellules de texte avec juste une minuscule illustration pour qualification. Deux pages plus loin, le lecteur découvre un portrait en pied en une unique illustration en pleine page : il fait la connaissance de Mick et de son starter pack, c’est-à-dire une présentation en deux phrases par lui-même et la liste de ses symptômes. En l’occurrence : masque sur le visage, déteste aller aux WC ; mains abîmées, propreté, est un grand fan de la série Monk, routine, dit regretter la belle époque du confinement, chiffre rassurant (le 5), gel hydroalcoolique, aime les parfums bon marché odeur javel, répétition de gestes et de phrases, danger, besoin de tout contrôler. Par la suite, le lecteur découvre également les starter packs d’Axel (adolescent fumant du cannabis), de Carole (jeune mère surmenée), de Léon (enfant hyperactif), Ella (jeune femme affligée d’une timidité maladive), Jean (quasi dépressif). Les uns et les autres vont revenir au fil des séquences, sans systématisme, pour évoquer les difficultés qu’ils rencontrent, la nature de la thérapie que la psy va mettre en œuvre.
Bien sûr, les personnages papotent beaucoup, essentiellement sous la forme d’échanges avec leur thérapeute, et cette dernière effectue des commentaires, et fournit des explications. Il s’agit d’un ouvrage didactique, qui aborde la consultation chez la psy sous plusieurs facettes, par le biais de mises en situation, les clients avec leur starter pack personnel. Après la présentation de son cabinet et des différents thérapeutes, l’autrice développe le cas de Mick : il a des obsessions de contamination et de responsabilité. Elle évoque les aspects de son comportement qui sortent de l’ordinaire. Elle s’en tient à ces éléments comportementaux, sans s’aventurer sur le terrain de la psychanalyse. Puis vient le cas d’Axel. L’autrice s’abstient de tout jugement de valeur, mettant en lumière en quoi le comportement de l’un ou de l’autre induit un problème. Elle a alors recours à une roue sur laquelle sont listés les cinq stades du changement : 1 précontemplation, 2 contemplation, 3 détermination (ou préparation), 4 action, 5 maintien, sans oublier le risque de chute ou de rechute. À nouveau, en fonction de la phase de l’exposé, le dosage de cases et de cellules de texte varie, et la roue constitue une forme de diagramme ou de schéma.
Delphine Py utilise à plusieurs reprises des schémas, des diagrammes pour expliquer au patient, et donc au lecteur, comme fonctionne un cycle de type cercle vicieux, des tableaux également pour lister des comportements ou des réactions en notant les heures, l’activité, l’humeur, ou encore une matrice avec Urgent/Pas urgent et Important/Pas important. Le lecteur ressent ces moments comme une explication simple et pragmatique, l’utilisation d’un outil vulgarisateur, et en même temps une visualisation dont le patient va pouvoir se servir, entre auto-diagnostic, et fiche de suivi de progrès. Ainsi, sans donner de leçon, elle aborde différentes facettes de la thérapie : la différence entre motivation et décision, les stratégies pour créer l’alliance entre psy et patient, les larmes, les hésitations à prendre la décision de consulter, les cercles vicieux en particulier d’évitement, le cycle de la dépression, la nature de la compassion, l’activation comportementale, les patients qui lui posent des lapins, la pleine conscience, la cohérence cardiaque, le stress, les freins au changement, la petite déprime de l’hiver, la charge mentale, les théories comportementales et cognitives, le changement de point de vue, etc. Le lecteur se rend compte qu’il suit la psychothérapeute dans la démarche avec différents clients, sans jugement, sans caricature, sans baguette magique. Il se dit que ce n’est pas si difficile que ça, et en même temps il perçoit bien qu’il serait incapable de mettre en œuvre ces outils sans pratique, sans recul, sans formation.
Le titre promet de voir l’envers du décor d’un cabinet de consultation de psychothérapeute, de suivre une psy dans sa vie de tous les jours. La narration visuelle est très agréable, volontairement tout public, sans jugement de valeur sur les patients. Elle fonctionne sur la base d’échanges verbaux, laissant parfois plus de place aux cellules de texte, plus forcément de la bande dessinée, mais pas un exposé académique. L’autrice aborde son métier sous différentes facettes, très matérielles, également personnelles (elle n’est pas parfaite). Elle évoque une demi-douzaine de situations de patients, avec la mise en scène des techniques qu’elle utilise. Le lecteur voit comment elle écoute, comment elle catalyse les différentes étapes du changement, à chaque fois avec la participation du patient. Le lecteur éprouve la sensation d’accompagner la thérapeute dans sa journée de travail, tout assimilant des grandes notions sur la pratique psy, en voyant la mise en œuvre d’outils et de techniques thérapeutiques simples. Les promesses contenues dans le titre sont tenues avec simplicité, naturelle et avec une grande bienveillance.
Un documentaire salutaire sur le financement occulte de la vie politique française.
Comme je m'intéresse à la politique, il y a des affaires que je connaissais déjà, surtout les grosses mettant en vedette les hommes politiques très connus, mais j'en ai appris des nouvelles mettant en cause des gens que je ne connaissais pas. Cette suite d'hypocrisies avec ces élus qui s'amnistient et qui font trainer les procédures lorsqu'ils sont inculpés, ajouté au fait que les pratiques douteuses de financement semblent généralisées dans tous les grands partis, de Mélenchon à Le Pen, donne une version vraiment cynique de la vie politique et malheureusement ceux qui sont déjà politisés ne vont pas êtres surpris par ce qu'ils vont lire dans l'album.
Le documentaire est bien fait. On balance beaucoup d'informations sans que cela devienne trop aride à lire ou inutilement compliqué. Je comprends toutefois que certains lecteurs préféreraient qu'on parle plus en profondeur de certaines affaires comme celle de Karachi dont on ne survole que les grandes lignes, mais cela ne m'a pas trop dérangé. Je vois le travail des auteurs comme une synthèse des affaires de financement politique des dernières décennies et montrer tous les petits détails aurait fini par alourdir l’album, qui aurait alors fait des centaines de pages. Le dessin est dynamique et la narration fluide. Un album à lire pour ceux qui s'intéressent à la politique !
Une très belle surprise que cette BD que j'ai achetée d'occasion à très bas prix. Je ne m'étais pourtant pas encore rendu compte que le scénariste n'était autre qu'Antoine Ozanam dont j'avais particulièrement apprécié l'excellent Temudjin.
Ici, rien à voir avec la Mongolie, mais nous sommes dans un bon vieux polar, où le héros, un flic à la vie bien rangée et quelque peu clichée, va être entrainé dans une spirale infernale dont l'issue semble inéluctable. Le scénario, particulièrement bien construit et dont l'intensité monte crescendo au fil des pages, constitue le point fort de cet ouvrage. Je me suis ainsi surpris à lire d'une traite la centaine de pages pour connaitre le fin mot de l'histoire qui reste somme toute assez crédible. Et la chute finale, quoi qu'un tantinet Hollywoodienne, reste bien amenée et surprenante.
Le seul bémol m'empêchant de mettre une note plus élevée concerne le dessin. Comme pol et Michelmichel, j'ai eu du mal au départ avec ce trait chevrotant et avec ce héros au visage simiesque. Mais le scénario est tellement bien ficelé que je m’y suis très vite habitué et ai fini par l'oublier. Et je ne peux pas continuer à critiquer les BD aseptisées aux dessins classiques assistés par ordinateur sans reconnaitre qu'au moins le trait de Mikkel Sommer est très personnel et le démarque des autres!
A recommander pour les aficionados des séries à suspense.
SCENARIO (Originalité, Histoire, personnages) : 8,5/10
GRAPHISME (Dessin, colorisation) : 6,5/10
NOTE GLOBALE : 15/20
Première publication de Jean Dalin je pense, cet album nous fait découvrir un auteur original et au talent certain. En particulier son travail graphique, qui justifie mon coup de cœur, et qui est très bien mis en valeur par le travail éditorial de Sarbacane (très grand format, papier épais).
J’ai bien aimé la colorisation, très tranchée. Mais c’est surtout la construction des pages qui détonne. Adieu le gaufrier traditionnel, nous entrons ici dans quelque chose de très personnel et original. Certaines pleines pages nous montrent des personnages se mouvant dans un décor faisant penser à des jeux vidéo de plates-formes, foisonnent de détails multicolores, de formes géométriques, d’autres cases sont plus sobres. Le visuel est franchement marquant. Il ne plaira sans doute pas à tout le monde, en particulier les personnages, au physique parfois improbables (voir certains nez ressemblant à une défense de narval), mais je l’ai beaucoup aimé en tout cas.
L’intrigue se laisse plus difficilement apprivoiser je trouve, et j’ai mis un temps à me faire à la narration et à l’histoire. Mais une fois entré dedans, c’est un récit lui aussi plein de qualités qui s’offre au lecteur. Pas mal d’absurde (voir les démarches administratives), de poésie, un peu de loufoque, dans des aventures qui pourtant se déroulent dans un univers pas tout rose, une sorte de dystopie, avec quelques relents de thriller.
Une série franchement inclassable, dont j’attends avec pas mal de curiosité la fin, promise dans le prochain album.
Nous suivons l’histoire de Jbara, jeune femme née dans une pauvre famille d’un trou perdu au fin fond d’un pays maghrébin (que je n’ai pas identifié). Promise à un destin misérable, soumise à une famille peu aimante et aux diktats qu’une vision rigoriste de l’islam lui impose, tout semble faire de Jbara une potiche, jouet des hommes qui l’exploitent et la violent.
Mais, une volonté de se sortir de ce cercle vicieux, et quelques petits hasards plus ou moins heureux (comme cette valise d’une touriste américaine, tombée du bus près de chez elle) vont lui faire découvrir autre chose que son bled paumé. Mais si l’horizon s’élargit, elle ne va pas moins continuer à être soumise aux desiderata des hommes. Mais ils sont plus riches, et en mettant son amour propre de côté (dans tous les sens du terme), sa prostitution assumée (à défaut d’avoir été choisie) la fait un temps sortir d’une certaine misère.
Le parti pris du récit est intéressant, puisque tout est raconté par Jbara elle-même, de façon dépassionnée, comme si elle s’auto-analysait. Et en permanence elle se confie à Allah, son témoin, à qui elle raconte tout, sans concession, ayant avec Dieu une relation finalement plus sincère que la plupart de ceux qui la prennent de haut ou qui lui reprochent sa condition de pute.
Une vision très noire d’une certaine condition féminine au Maghreb, avec une femme qui n’arrive pas à échapper à un triste destin. Une lecture intéressante, avec une narration fluide et agréable en tout cas.
Note réelle 3,5/5.
Seules les femmes sont capables de sauver les hommes de leurs démons.
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Ce tome contient une biographie très partielle de l’artiste Gustav Klimt, correspondant à l’année 1907, qui ne nécessite pas de connaissance préalable de cet artiste. La première édition date de 2017. Il a été réalisé par Jean-Luc Cornette pour le scénario, par Marc-Renier pour les dessins, et par Mathieu Barthelemy pour les couleurs. Il comprend quarante-six pages de bande dessinée. Il se termine par un dossier de huit pages, intitulé Gustav Klimt (1862-1918), l’artisan aux doigts d’or, rédigé par Dimitri Joannidès. Ce dossier est structuré en sept chapitres : Un succès précoce, Vers la libération esthétique, Insaisissable style fin de siècle…, L’objet du scandale, Adèle Bloch-Bauer ou la Joconde autrichienne, Vers la peinture de chevalet, Une postérité à retardement. Il comprend également la reprographie de plusieurs œuvres de l’artiste : Judith et la tête de Holopherne (1901), Pallas Athéna déesse de la guerre, de la sagesse, des artisans et des techniques (1898), Les puissances ennemies (1902), L’attente (1905-1906), Portrait d’Adèke Bloch-Bauer (1907), Maison à Unterach (1916), Femme au chapeau et au boa de plume (1909).
À chaque époque son art, à l’art sa liberté. À Vienne en 1907, Gustav Klimt rend visite au couple Bloch-Baeur. Il sonne à la porte et il est accueilli par leur servante Rosa. Elle le reconnaît immédiatement et lui la salue par son prénom. Il ajoute que les années passent et qu’elle est toujours aussi belle, elle leur manque à l’atelier. Elle va pour l’embrasser, mais son geste est interrompu par Adèle Bloch-Bauer qui trouve que Rosa met légèrement trop de passion dans sa façon d’accueillir les invités. D’un autre côté, elle reconnaît qu’il est difficile de résister à ce cher Gustav. Celui-ci indique qu’elle l’a convié et qu’il est venu aussitôt car c’est elle qui est irrésistible. Il lui offre un gugelhupf, il est passé à la pâtisserie Demel. Il salue également le petit chat Prodigo. Le peintre prend ensuite le café avec Ferdinand Bloch-Bauer et son épouse Adèle. Ils se rappellent qu’ils ont fait connaissance il y a six ans, au moment de l’affaire de La Médecine. Le mari pense que le temps est venu pour lui de demander à Klimt de peindre sa femme. L’artiste prend congé et promet à Adèle de la couvrir d’or.
Six ans plus tôt, les critiques se déchaînent en contemplant le tableau La Médecine : Ignoble, c’est ignoble ! Tous ces corps mélangés les uns aux autres ! Qu’a-t-il voulu représenter, une orgie ? C’est censé représenter la médecine, et on dirait qu’il fait l’éloge de la maladie et de la vieillesse. C’est clairement pornographique ! Dans la salle, Gustav Klimt écoute ces commentaires désagréables. Un ami lui propose d’aller boire un coup, mais il décline car sa mère l’attend. Celle-ci lui a préparé de la soupe aux pommes de terre, comme il aime. Il lui lâche tout ce qu’il a sur le cœur, contre tous ces médecins qui ont critiqué son œuvre : c’est à Hypocrite que tous ces médecins ont prêté serment ! La nuit, il rêve qu’il est le général Holopherne que Nabuchodonosor envoie en campagne, pour assiéger Béthulie.
Une portion assez courte de la vie de Gustav Klimt (1862-1918), qui se focalise sur les affres de la création de l’un de ses tableaux les plus célèbres : Le portrait d’Adele Bloch-Bauer (également appelé La dame en or, ou La femme en or), réalisé entre 1903 et 1907. Le début déroute car un cartouche indique que la première scène se déroule en 1907, c’est-à-dire après la réalisation de ce tableau, mais au cours de la discussion Ferdinand Bloch Bauer indique qu’il est temps pour le peintre de réaliser le portrait de son épouse, mais Rosa est au service du couple, et effectivement sept ans plus tôt elle était une des muses de l’artiste dans son atelier. Et en page quatorze, Klimt se rêve en général de l’empire néo-babylonien, recevant les ordres de Nabuchodonosor II (-642 à -562), évoquant le Livre de Judith de l’Ancien Testament. Le lecteur comprend que certaines séquences sont à envisager comme teintée d’onirisme, s’inspirant de la réalité, sans pour autant relever de la reconstitution historique rigoureuse ou exacte. Dans un premier temps, la narration visuelle peut provoquer un même décalage cognitif. La première page semble fermement ancrée dans un registre descriptif, avec un savant équilibre entre ce qui est montré dans le détail (la façade de l’immeuble des Bloch-Bauer), et ce qui est suggéré (la circulation dans une large avenue). Puis le rêve se charge d’éléments visuels symboliques, les dimensions de l’escalier intérieur dépassent la réalité, certains fonds de case ne sont habillés que par des camaïeux.
Les auteurs naviguent entre des repères historiques concrets et avérés, et des interprétations personnelles ou des métaphores. Parmi les premiers, le lecteur identifie Ferdinand Bloch-Bauer (1864-1945), fabricant de sucre austro-tchèque et amateur d'art, époux d’Adele Bloch-Bauer, visiblement peu jaloux. Klimt a peint au moins deux portraits d’Adele Bloch-Bauer (1881-1925), entre 1903 et 1907, et en 1915, à la suite d’une demande adressée par courrier écrit par le mari. Lors d’une discussion avec le peintre, cette dame lui conseille de ne pas aller voir le docteur Sigmund Freud (1856-1939) s’il veut éviter d’entendre des choses ignobles sur sa mère. S’il est allé regarder les photographies de cette dame, le lecteur peut constater une bonne ressemblance des dessins, et il apprécie la sophistication de ses toilettes, ses robes comme ses chapeaux. Il relève encore la présence d’Anna Finster-Klimt (1836-1915, la mère de l’artiste), d’Emilie Louise Flöge (1874-1952, styliste et créatrice de mode), et du ministre Johannes Wilhelm Rittér von Hartel. Il est également fait mention de l’exposition du tableau La médecine (1901) au Palais de la Sécession à Vienne, sa qualité du peintre comme membre de la Sécession viennoise. Les cases nourrissent la reconstitution historique : les façades des rues de Vienne, la devanture d’une pâtisserie aux desserts aussi appétissants que viennois, l’intérieur d’un café, le superbe bâtiment du parlement autrichien, le parc du château de Schönbrunn, l’atelier de Klimt, le lac de l’Attersee, et le Palais de la Sécession, avec la devise À chaque âge son art, à chaque art sa liberté, et son magnifique dôme. Dessinateur et coloriste assument également la tâche délicate de reproduire des œuvres d’art, les peintures Klimt : ils le font avec conviction, les fac-similés reprenant une partie des intentions artistiques, entre tracé, composition et fidélité à la représentation, avec une prise de recul empreinte d’humilité.
Le lecteur observe que dessinateur et coloriste reprennent des éléments de l’œuvre picturale de Klimt, par petites touches discrètes dans un détail ou un autre d’une case, introduisant ainsi un glissement entre symbole et onirisme. Ce décalage entre réalité et rêve prend une forme explicite dans la séquence de la page douze à la page quinze. Gustav Klimt dort profondément et il est réveillé par deux de ses modèles, Edith & Margarethe, nues : elles l’enjoignent à les suivre en l’appelant général, car il est attendu. Le peintre se lève, les suit et traverse des pièces aux proportions gigantesques, évoquant aussi bien un palais qu’un tombeau, pour être mené devant Nabuchodonosor. Le lecteur voit flotter des symboles comme l’œil dans la pyramide, ou la présence de félins. Puis dans un dessin en pleine page, il assiste à une scène fantasmagorique dans laquelle Klimt est un guerrier, maniant le sabre et l’arc sur son char, donnant l’assaut à une citadelle, des cadavres d’ennemis à ses pieds. Les auteurs laissent le lecteur libre de son interprétation. Peut-être une mise en perspective de l’artiste se mesurant à grands maîtres qui l’ont précédé et qui ont eux aussi interprété cette scène biblique : Donatello (vers 1455-1460), Sandro Botticelli (trois fois, 1470, 1472, 1495), Lucas Cranach l'Ancien (vers 1530), Paolo Veronese (1581), Le Titien (1565), Rubens (vers 1616), Le Caravage (vers 1598), etc.
Il est également possible de voir en Holopherne assiégeant Béthulie, une métaphore de Klimt assiégeant l’Académisme, comme s’il était envoyé par le courant artistique La sécession de Vienne qui serait Nabuchodonosor pour anéantir ce bastion de l’art officiel. Toutefois, l’issue de ce récit biblique n’est pas à l’avantage du conquérant. Dans la décapitation d’Holopherne, le lecteur peut voir l’artiste au service de la beauté féminine, conquis par elle, et ne pouvant que s’y soumettre, le jeu avec l’ordre chronologique déroutant encore le lecteur puisque ce tableau date de 1901, vraisemblablement avant que Klimt n’ait fait la connaissance d’Adele Bloch-Bauer. Les auteurs montrent également trois modèles féminins, Rosa, Edith et Margareth, vivant dans l’atelier du peintre, très sensuelles, parfois érotiques. En fonction de sa sensibilité, il peut prendre cette représentation au premier degré, entre comportement licencieux et vieil homme libidineux, ou comme une métaphore des muses qui inspirent l’artiste que la force créatrice ne laisse jamais en repos, pour une vie en perpétuel déséquilibre. De ce point de vue, les chatons présents dans son atelier constituent cet élément perturbateur, joueur, espiègle, indifférent, épris de liberté. Le lecteur poursuit sa découverte de cet artiste avec le dossier qui contextualisent la bande dessinée dans le cours de la vie de l’artiste, le mouvement de la Sécession viennoise, la qualification de Joconde autrichienne, la longue lutte de la famille Bloch-Bauer pour récupérer la propriété du tableau après la seconde guerre mondiale, la période d’oubli de l’œuvre de Klimt après sa mort.
Évoquer la vie de Gustav Klimt lors de la création de son tableau Judith et Holopherne (1901), et aussi lors de la réalisation du portrait d’Adele Bloch-Bauer (1907), dans une intrication des deux années : cela peut déconcerter le lecteur dans un premier temps. Le dessinateur et le coloriste mettent en œuvre un équilibre sophistiqué entre description détaillée pour la reconstitution historique, pour les tableaux du maître, évocation plus impressionniste, utilisation de symboles, reprise d’éléments des tableaux de Klimt dans son quotidien. Le lecteur s‘abandonne à cette narration sophistiquée, pas toujours conventionnelle, se laissant emporter dans la métaphore du récit biblique de Judith et Holopherne, succombant à la séduction de la Joconde autrichienne. Déroutant et séduisant.
Voila une histoire très sympathique qui pose des bases qu'on aurait presque envie de voir exploitée par la suite. C'est une lecture qui fait bien écho à la situation actuelle, mais qui présente une originalité sur le monde : c'est un monde post-apocalyptique mais version plus sympa. Loin d'un univers à la Mad Max, on a plutôt un univers bouleversé par les catastrophes (notamment climatiques) qui tente de se relever et revivre. L'ensemble suit un personnage dont la mère va partir pour un programme spatial osé, voir inconscient, qui divise la population.
En le lisant, j'ai pensé à L'Héritage fossile de Philippe Valette lue récemment, et je trouve les deux œuvres complémentaires. Une sorte d'écho entre la version d'un avenir positif tandis que l'autre est cruellement négatif. Ici, c'est plus le drame familial et intimiste d'un jeune homme qui doit apprendre et comprendre le choix de sa mère, choix contestable d'ailleurs, tandis que nous explorons un monde qui a du tout faire pour ne pas disparaitre. L'idée de cet univers est intéressante, propice à des développements d'ailleurs, mais je trouve que le récit reste un peu trop dans le road-trip entre les différentes villes de ce monde, tandis que l'humanité présentée comme exsangue semble encore assez vivace. C'est le seul point qui m'a semblé un peu trop en contradiction avec l'univers présenté, mais pour le reste j'aime bien certaines idées sur le déroulement des opérations et l'humanité qui en est ressortie.
La Bd est servie par le dessin de Benjamin Adam qui fonctionne plutôt bien, je trouve. Je n'ai pas encore lu d'autre ouvrages de sa main mais il a un coup de crayon agréable qui fonctionne bien, servi par une colorisation en bichromie très efficace. Si je l'ai trouvé moins percutante dans le fond que L'Héritage fossile, la BD aborde plus frontalement les questions d'écologie et de gaspillage d'énergie (et de ressources), ce qui est très sympathique aussi. Et pour une fois, la BD porte un message plus positif, ce qui n'est pas pour me déplaire !
Super!!
Vraiment sympa comme BD de zombies! Scénario atypique et dans la continuité de Zombies.
Les 4 livres sont bien, mais alors le dernier est une apothéose! Il est vraiment vraiment bien!!
Je mettrais 4 aux 3 premiers, et 4,5 au 4e.
Ça fait plaisir en tout cas d'avoir une bd de zombies différente des autres.
En France, les livres sont au même prix partout. C'est la loi !
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Donjon Zenith
Ah, Donjon Zénith. Le point central de tout cet univers partagé. On y suit les aventures de Marvin et d'Herbert, le premier est un puissant guerrier draconique, le second est un canard lâche mais malin. Ensemble, ils travaillent dans le Donjon, officiellement une forteresse où les plus puissants héros peuvent venir braver les dangers dans l'espoir de repartir les poches pleines, dans les faits c'est surtout un attrape-niguaud. Les premières histoires sont simples, c'est au début surtout une grosse parodie d'univers d'Heroic Fantasy avec ses races invraisemblables, ses magies incompréhensibles évoluant au gré du scénario et ses armes légendaires aux pouvoirs mystérieux et absurdes. Ensuite, ça évolue pour devenir un vrai univers cohérent, avec des cultures différentes, des personnages plus complexes et surtout un vrai récit épique filé (sans jamais vraiment oublier le côté décalé). Les premiers albums sont dessinés par Trondheim, les suivants par Boulet. Le changement de dessinateur était nécessaire. Sans le trouver excellent j'aime bien le dessin de Trondheim mais le changement de ton que prend la série à partir du tome 5 nécessitait d'également changer la forme. Le dessin de Boulet est très bon, il arrive à bien représenter les scènes d'actions tout en gardant le ton comique lorsqu'il est nécessaire. Dans l'ensemble que forment les séries Donjon, Zénith est l'âge d'or, celui où le monde est encore relativement calme mais où l'on sent petit à petit venir l'ère chaotique de Crépuscule. Une très bonne série. Si vous souhaitez commencer les séries Donjon, c'est évidemment par celle-là que je vous conseillerait de débuter.
Médée (Le Callet / Peña)
J'aime énormément les réécritures. Je trouve l'exercice de réimaginer une base commune au plus grand nombre (qu'il s'agissent d'un conte, d'une légende, d'un mythe) pour approfondir le propos, moderniser la forme ou partir dans une direction totalement différente du récit de base absolument fascinant. Les contes et légendes du passé que nous connaissons aujourd'hui sont en eux-même des réécritures et la plupart ont souvent des origines que l'on ne soupçonnerait pas (je conseille d'ailleurs la lecture de Et à la fin, ils meurent). Ici, il s'agit d'une adaptation du personnage de Médée, à l'origine simple personnage secondaire suivant les argonautes et ici mise sur le devant de la scène. Pas de dieux ou de magies (tout du moins pas dans le cœur du récit, la fin touche un peu au fantastique), ici, Médée n'a de sorcière que le nom et les connaissances. Le récit cherche vraiment à être terre à terre. Les drames que vit Médée sont très humains et la voir devenir de plus en plus cruelle pour survivre rend le personnage très attachant et son destin profondément tragique. C'est le mot, d'ailleurs : une tragédie. Cette série est une tragédie. Encore une fois, pas de dieu ou de Deus ex machina, mais on retrouve bien dans les péripéties que vit Médée toutes ces pertes humaines, ces timings malheureux et ces chemins destructeurs qu'empruntent les personnages qui font le sel des tragédies antiques. C'est sombre, cruel, mais ici, contrairement aux tragédies précédemment citées, tout parait beaucoup plus humain, simple. Cela n'en est que plus tragique. Le dessin de Nancy Peña est beau, léché, et les teints sombres souvent utilisés jouent beaucoup sur ce ressenti de noirceur qui se dégage à la lecture. Bonne lecture et réinterprétation très intéressante, donc. (Note réelle 3,5)
L'Envers du divan ! - Dans la vie de ma psy
Précontemplation, contemplation, détermination, action, maintien, chute ou rechute - Ce tome correspond à une présentation de la vie de psychothérapeute par une praticienne, ne nécessitant aucune connaissance préalable, ni d’être allé consulter un psy. Sa première parution date de 2024. Il a été réalisé par Delphine Py, psychologue spécialisée en thérapies cognitives et comportementales, pour le scénario, et par Juliette Mercier pour les dessins et les couleurs. Il compte cent-cinquante-cinq pages de bande dessinée. Delphine Py a ouvert sa porte, comme si elle s’apprêtait à faire entre le lecteur dans son cabinet. Elle se présente : psychologue passionnée qui en a un peu marre des clichés et qui a décidé de dévoiler l’envers du divan. Alors, si en ouvrant ce livre il s’attend à voir des personnes à tendance sadique avec des entonnoirs sur la tête, des camisoles et blouses blanches, il risque d’être déçu, mais il saura enfin ce que c’est vraiment de consulter. Elle évoque le psy comme on se l’imagine, un cinquantenaire confortablement calé dans son fauteuil, indiquant que tout est la faute de la mère du patient, ça fera trois cent cinquante euros. Quelques qualificatifs : s’en fiche de son patient, n’a aucun problème ni trouble psy, barbant, régule parfaitement ses émotions, analyse tout tout le temps, ne pense qu’à l’argent, soigne forcément des fous, écoute à moitié, est un parent parfait. Une psy dans la réalité : concernée et compatissante, impatiente et observatrice, TDAH, émotive, imparfaite/humaine, très bavarde, parfois débordée avec ses enfants, marrante (un peu ?). Delphine Py se trouve dans sa salle d’attente et elle propose de commencer par le début, le triangle des Bermudes du patient : la salle d’attente. Les fauteuils sont confortables, même si, bien sûr, elle n’est jamais en retard ! Il y a des magazines, vive les derniers potins des stars ! Elle met à disposition des livres de psycho qui peuvent être empruntés par les patients et, souvent, eux lui laissent les leurs pour les autres. Elle a aussi des jeux pour occuper les enfants. Et, parfois, les plus grands. Et pour attirer encore plus de marins… Heu, de patients, elle met même de la musique. Dans la salle d’attente d’un psy, il y a plusieurs types de patients : celui qui n’assume pas. Celui qui est impatient. Celui qui est toujours à l’heure. Celui qui ne déconnecte pas. Celui qui se planque. Ou celui qui n’est pas venu. L’antre de la psy : on continue la visite avec son bureau, elle adore la jouer Valérie Damidot. Avec un bureau qui ne sert à rien car elle consulte toujours dans son fauteuil. Le fauteuil de la psy : il doit être hyper confortable, car elle y est assise plusieurs heures par jour. Le canapé des patients : avec la fameuse et indispensable boîte à mouchoirs, première cause de son découvert bancaire. La boîte à bidouilles : pleine de fidgets, d’antistress, de trucs à tripoter qui aident à parler, à focaliser son attention, à se détendre. Ils servent d’exutoire aux tensions ou à l’envie de bouger. Ici, les patients se confient, pleurent bien sûr, mais rient également et, surtout, apprennent à se connaître et à trouver des stratégies pour aller mieux. Là encore les patients sont tous différents. Le texte de la quatrième de couverture s’avère très explicite : Delphine Py, vraie psy dans la vie, fait entrer le lecteur dans son cabinet, pour découvrir son quotidien et celui de ses patients. C’est très exactement ce qui attend le lecteur : il est accueilli par la psy sur le pas de la porte de son cabinet. Puis elle évoque un psy comme on l’imagine, et comment elle se présente dans la réalité. Les dessins s’inscrivent dans un registre simplifié, agréables à l’œil, avec une petite touche caricaturale dans les expressions de visage, des yeux plus grands que la normale. Les cases sont dépourvues de bordure, avec une l’alternance de fond sous forme de camaïeu, et de fond vide et blanc. Dans le même temps, chaque séquence, chaque dessin comporte des accessoires spécifiques. Cela commence avec le modèle de fauteuil du psy comme on l’imagine, puis celui de Delphine, tous deux étant différents reflétant leur personnalité. Puis viennent les fauteuils de la salle d’attente, à nouveau d’un modèle différent et les fauteuils pour les enfants. Au fil des séquences, le lecteur apprécie cette forme d’aménagement fait sur mesure pour chaque endroit, chaque patient, avec des accessoires divers et variés : un cactus en pot, des tables basses, un canapé, des bureaux, un lavabo avec son meuble, une table à repasser, une table de salle à manger, un boulier, un banc dans un jardin public, des ordinateurs portables, une machine à café, des étagères, une baignoire, des déguisements, et même un dinosaure pour le plaisir. Le lecteur suit donc bien volontiers cette gentille psy qui lui montre son cabinet, qui lui présente quelques patients, sympathiques également, des individus très banals, un monsieur, une dame, un adolescent. La mise en couleurs montre plusieurs origines géographiques pour les personnages, sans qu’il soit possible de les nommer. Vient le moment d’établir la distinction entre psychologue, psychiatre, psychothérapeute, psychanalyste, psychopraticien, à l’aide d’un tableau à deux entrées, évoquant pour chacun leur titre, leurs études, le diplôme reconnu ou non par l’État, le remboursement des séances, la possibilité de prescriptions de médicaments et d’arrêt de travail. Il s’agit d’une page qui fonctionne sur la base de cellules de texte avec juste une minuscule illustration pour qualification. Deux pages plus loin, le lecteur découvre un portrait en pied en une unique illustration en pleine page : il fait la connaissance de Mick et de son starter pack, c’est-à-dire une présentation en deux phrases par lui-même et la liste de ses symptômes. En l’occurrence : masque sur le visage, déteste aller aux WC ; mains abîmées, propreté, est un grand fan de la série Monk, routine, dit regretter la belle époque du confinement, chiffre rassurant (le 5), gel hydroalcoolique, aime les parfums bon marché odeur javel, répétition de gestes et de phrases, danger, besoin de tout contrôler. Par la suite, le lecteur découvre également les starter packs d’Axel (adolescent fumant du cannabis), de Carole (jeune mère surmenée), de Léon (enfant hyperactif), Ella (jeune femme affligée d’une timidité maladive), Jean (quasi dépressif). Les uns et les autres vont revenir au fil des séquences, sans systématisme, pour évoquer les difficultés qu’ils rencontrent, la nature de la thérapie que la psy va mettre en œuvre. Bien sûr, les personnages papotent beaucoup, essentiellement sous la forme d’échanges avec leur thérapeute, et cette dernière effectue des commentaires, et fournit des explications. Il s’agit d’un ouvrage didactique, qui aborde la consultation chez la psy sous plusieurs facettes, par le biais de mises en situation, les clients avec leur starter pack personnel. Après la présentation de son cabinet et des différents thérapeutes, l’autrice développe le cas de Mick : il a des obsessions de contamination et de responsabilité. Elle évoque les aspects de son comportement qui sortent de l’ordinaire. Elle s’en tient à ces éléments comportementaux, sans s’aventurer sur le terrain de la psychanalyse. Puis vient le cas d’Axel. L’autrice s’abstient de tout jugement de valeur, mettant en lumière en quoi le comportement de l’un ou de l’autre induit un problème. Elle a alors recours à une roue sur laquelle sont listés les cinq stades du changement : 1 précontemplation, 2 contemplation, 3 détermination (ou préparation), 4 action, 5 maintien, sans oublier le risque de chute ou de rechute. À nouveau, en fonction de la phase de l’exposé, le dosage de cases et de cellules de texte varie, et la roue constitue une forme de diagramme ou de schéma. Delphine Py utilise à plusieurs reprises des schémas, des diagrammes pour expliquer au patient, et donc au lecteur, comme fonctionne un cycle de type cercle vicieux, des tableaux également pour lister des comportements ou des réactions en notant les heures, l’activité, l’humeur, ou encore une matrice avec Urgent/Pas urgent et Important/Pas important. Le lecteur ressent ces moments comme une explication simple et pragmatique, l’utilisation d’un outil vulgarisateur, et en même temps une visualisation dont le patient va pouvoir se servir, entre auto-diagnostic, et fiche de suivi de progrès. Ainsi, sans donner de leçon, elle aborde différentes facettes de la thérapie : la différence entre motivation et décision, les stratégies pour créer l’alliance entre psy et patient, les larmes, les hésitations à prendre la décision de consulter, les cercles vicieux en particulier d’évitement, le cycle de la dépression, la nature de la compassion, l’activation comportementale, les patients qui lui posent des lapins, la pleine conscience, la cohérence cardiaque, le stress, les freins au changement, la petite déprime de l’hiver, la charge mentale, les théories comportementales et cognitives, le changement de point de vue, etc. Le lecteur se rend compte qu’il suit la psychothérapeute dans la démarche avec différents clients, sans jugement, sans caricature, sans baguette magique. Il se dit que ce n’est pas si difficile que ça, et en même temps il perçoit bien qu’il serait incapable de mettre en œuvre ces outils sans pratique, sans recul, sans formation. Le titre promet de voir l’envers du décor d’un cabinet de consultation de psychothérapeute, de suivre une psy dans sa vie de tous les jours. La narration visuelle est très agréable, volontairement tout public, sans jugement de valeur sur les patients. Elle fonctionne sur la base d’échanges verbaux, laissant parfois plus de place aux cellules de texte, plus forcément de la bande dessinée, mais pas un exposé académique. L’autrice aborde son métier sous différentes facettes, très matérielles, également personnelles (elle n’est pas parfaite). Elle évoque une demi-douzaine de situations de patients, avec la mise en scène des techniques qu’elle utilise. Le lecteur voit comment elle écoute, comment elle catalyse les différentes étapes du changement, à chaque fois avec la participation du patient. Le lecteur éprouve la sensation d’accompagner la thérapeute dans sa journée de travail, tout assimilant des grandes notions sur la pratique psy, en voyant la mise en œuvre d’outils et de techniques thérapeutiques simples. Les promesses contenues dans le titre sont tenues avec simplicité, naturelle et avec une grande bienveillance.
Très chers élus - 40 ans de financement politique
Un documentaire salutaire sur le financement occulte de la vie politique française. Comme je m'intéresse à la politique, il y a des affaires que je connaissais déjà, surtout les grosses mettant en vedette les hommes politiques très connus, mais j'en ai appris des nouvelles mettant en cause des gens que je ne connaissais pas. Cette suite d'hypocrisies avec ces élus qui s'amnistient et qui font trainer les procédures lorsqu'ils sont inculpés, ajouté au fait que les pratiques douteuses de financement semblent généralisées dans tous les grands partis, de Mélenchon à Le Pen, donne une version vraiment cynique de la vie politique et malheureusement ceux qui sont déjà politisés ne vont pas êtres surpris par ce qu'ils vont lire dans l'album. Le documentaire est bien fait. On balance beaucoup d'informations sans que cela devienne trop aride à lire ou inutilement compliqué. Je comprends toutefois que certains lecteurs préféreraient qu'on parle plus en profondeur de certaines affaires comme celle de Karachi dont on ne survole que les grandes lignes, mais cela ne m'a pas trop dérangé. Je vois le travail des auteurs comme une synthèse des affaires de financement politique des dernières décennies et montrer tous les petits détails aurait fini par alourdir l’album, qui aurait alors fait des centaines de pages. Le dessin est dynamique et la narration fluide. Un album à lire pour ceux qui s'intéressent à la politique !
Burn out
Une très belle surprise que cette BD que j'ai achetée d'occasion à très bas prix. Je ne m'étais pourtant pas encore rendu compte que le scénariste n'était autre qu'Antoine Ozanam dont j'avais particulièrement apprécié l'excellent Temudjin. Ici, rien à voir avec la Mongolie, mais nous sommes dans un bon vieux polar, où le héros, un flic à la vie bien rangée et quelque peu clichée, va être entrainé dans une spirale infernale dont l'issue semble inéluctable. Le scénario, particulièrement bien construit et dont l'intensité monte crescendo au fil des pages, constitue le point fort de cet ouvrage. Je me suis ainsi surpris à lire d'une traite la centaine de pages pour connaitre le fin mot de l'histoire qui reste somme toute assez crédible. Et la chute finale, quoi qu'un tantinet Hollywoodienne, reste bien amenée et surprenante. Le seul bémol m'empêchant de mettre une note plus élevée concerne le dessin. Comme pol et Michelmichel, j'ai eu du mal au départ avec ce trait chevrotant et avec ce héros au visage simiesque. Mais le scénario est tellement bien ficelé que je m’y suis très vite habitué et ai fini par l'oublier. Et je ne peux pas continuer à critiquer les BD aseptisées aux dessins classiques assistés par ordinateur sans reconnaitre qu'au moins le trait de Mikkel Sommer est très personnel et le démarque des autres! A recommander pour les aficionados des séries à suspense. SCENARIO (Originalité, Histoire, personnages) : 8,5/10 GRAPHISME (Dessin, colorisation) : 6,5/10 NOTE GLOBALE : 15/20
La Trahison d'Olympe
Première publication de Jean Dalin je pense, cet album nous fait découvrir un auteur original et au talent certain. En particulier son travail graphique, qui justifie mon coup de cœur, et qui est très bien mis en valeur par le travail éditorial de Sarbacane (très grand format, papier épais). J’ai bien aimé la colorisation, très tranchée. Mais c’est surtout la construction des pages qui détonne. Adieu le gaufrier traditionnel, nous entrons ici dans quelque chose de très personnel et original. Certaines pleines pages nous montrent des personnages se mouvant dans un décor faisant penser à des jeux vidéo de plates-formes, foisonnent de détails multicolores, de formes géométriques, d’autres cases sont plus sobres. Le visuel est franchement marquant. Il ne plaira sans doute pas à tout le monde, en particulier les personnages, au physique parfois improbables (voir certains nez ressemblant à une défense de narval), mais je l’ai beaucoup aimé en tout cas. L’intrigue se laisse plus difficilement apprivoiser je trouve, et j’ai mis un temps à me faire à la narration et à l’histoire. Mais une fois entré dedans, c’est un récit lui aussi plein de qualités qui s’offre au lecteur. Pas mal d’absurde (voir les démarches administratives), de poésie, un peu de loufoque, dans des aventures qui pourtant se déroulent dans un univers pas tout rose, une sorte de dystopie, avec quelques relents de thriller. Une série franchement inclassable, dont j’attends avec pas mal de curiosité la fin, promise dans le prochain album.
Confidences à Allah
Nous suivons l’histoire de Jbara, jeune femme née dans une pauvre famille d’un trou perdu au fin fond d’un pays maghrébin (que je n’ai pas identifié). Promise à un destin misérable, soumise à une famille peu aimante et aux diktats qu’une vision rigoriste de l’islam lui impose, tout semble faire de Jbara une potiche, jouet des hommes qui l’exploitent et la violent. Mais, une volonté de se sortir de ce cercle vicieux, et quelques petits hasards plus ou moins heureux (comme cette valise d’une touriste américaine, tombée du bus près de chez elle) vont lui faire découvrir autre chose que son bled paumé. Mais si l’horizon s’élargit, elle ne va pas moins continuer à être soumise aux desiderata des hommes. Mais ils sont plus riches, et en mettant son amour propre de côté (dans tous les sens du terme), sa prostitution assumée (à défaut d’avoir été choisie) la fait un temps sortir d’une certaine misère. Le parti pris du récit est intéressant, puisque tout est raconté par Jbara elle-même, de façon dépassionnée, comme si elle s’auto-analysait. Et en permanence elle se confie à Allah, son témoin, à qui elle raconte tout, sans concession, ayant avec Dieu une relation finalement plus sincère que la plupart de ceux qui la prennent de haut ou qui lui reprochent sa condition de pute. Une vision très noire d’une certaine condition féminine au Maghreb, avec une femme qui n’arrive pas à échapper à un triste destin. Une lecture intéressante, avec une narration fluide et agréable en tout cas. Note réelle 3,5/5.
Klimt
Seules les femmes sont capables de sauver les hommes de leurs démons. - Ce tome contient une biographie très partielle de l’artiste Gustav Klimt, correspondant à l’année 1907, qui ne nécessite pas de connaissance préalable de cet artiste. La première édition date de 2017. Il a été réalisé par Jean-Luc Cornette pour le scénario, par Marc-Renier pour les dessins, et par Mathieu Barthelemy pour les couleurs. Il comprend quarante-six pages de bande dessinée. Il se termine par un dossier de huit pages, intitulé Gustav Klimt (1862-1918), l’artisan aux doigts d’or, rédigé par Dimitri Joannidès. Ce dossier est structuré en sept chapitres : Un succès précoce, Vers la libération esthétique, Insaisissable style fin de siècle…, L’objet du scandale, Adèle Bloch-Bauer ou la Joconde autrichienne, Vers la peinture de chevalet, Une postérité à retardement. Il comprend également la reprographie de plusieurs œuvres de l’artiste : Judith et la tête de Holopherne (1901), Pallas Athéna déesse de la guerre, de la sagesse, des artisans et des techniques (1898), Les puissances ennemies (1902), L’attente (1905-1906), Portrait d’Adèke Bloch-Bauer (1907), Maison à Unterach (1916), Femme au chapeau et au boa de plume (1909). À chaque époque son art, à l’art sa liberté. À Vienne en 1907, Gustav Klimt rend visite au couple Bloch-Baeur. Il sonne à la porte et il est accueilli par leur servante Rosa. Elle le reconnaît immédiatement et lui la salue par son prénom. Il ajoute que les années passent et qu’elle est toujours aussi belle, elle leur manque à l’atelier. Elle va pour l’embrasser, mais son geste est interrompu par Adèle Bloch-Bauer qui trouve que Rosa met légèrement trop de passion dans sa façon d’accueillir les invités. D’un autre côté, elle reconnaît qu’il est difficile de résister à ce cher Gustav. Celui-ci indique qu’elle l’a convié et qu’il est venu aussitôt car c’est elle qui est irrésistible. Il lui offre un gugelhupf, il est passé à la pâtisserie Demel. Il salue également le petit chat Prodigo. Le peintre prend ensuite le café avec Ferdinand Bloch-Bauer et son épouse Adèle. Ils se rappellent qu’ils ont fait connaissance il y a six ans, au moment de l’affaire de La Médecine. Le mari pense que le temps est venu pour lui de demander à Klimt de peindre sa femme. L’artiste prend congé et promet à Adèle de la couvrir d’or. Six ans plus tôt, les critiques se déchaînent en contemplant le tableau La Médecine : Ignoble, c’est ignoble ! Tous ces corps mélangés les uns aux autres ! Qu’a-t-il voulu représenter, une orgie ? C’est censé représenter la médecine, et on dirait qu’il fait l’éloge de la maladie et de la vieillesse. C’est clairement pornographique ! Dans la salle, Gustav Klimt écoute ces commentaires désagréables. Un ami lui propose d’aller boire un coup, mais il décline car sa mère l’attend. Celle-ci lui a préparé de la soupe aux pommes de terre, comme il aime. Il lui lâche tout ce qu’il a sur le cœur, contre tous ces médecins qui ont critiqué son œuvre : c’est à Hypocrite que tous ces médecins ont prêté serment ! La nuit, il rêve qu’il est le général Holopherne que Nabuchodonosor envoie en campagne, pour assiéger Béthulie. Une portion assez courte de la vie de Gustav Klimt (1862-1918), qui se focalise sur les affres de la création de l’un de ses tableaux les plus célèbres : Le portrait d’Adele Bloch-Bauer (également appelé La dame en or, ou La femme en or), réalisé entre 1903 et 1907. Le début déroute car un cartouche indique que la première scène se déroule en 1907, c’est-à-dire après la réalisation de ce tableau, mais au cours de la discussion Ferdinand Bloch Bauer indique qu’il est temps pour le peintre de réaliser le portrait de son épouse, mais Rosa est au service du couple, et effectivement sept ans plus tôt elle était une des muses de l’artiste dans son atelier. Et en page quatorze, Klimt se rêve en général de l’empire néo-babylonien, recevant les ordres de Nabuchodonosor II (-642 à -562), évoquant le Livre de Judith de l’Ancien Testament. Le lecteur comprend que certaines séquences sont à envisager comme teintée d’onirisme, s’inspirant de la réalité, sans pour autant relever de la reconstitution historique rigoureuse ou exacte. Dans un premier temps, la narration visuelle peut provoquer un même décalage cognitif. La première page semble fermement ancrée dans un registre descriptif, avec un savant équilibre entre ce qui est montré dans le détail (la façade de l’immeuble des Bloch-Bauer), et ce qui est suggéré (la circulation dans une large avenue). Puis le rêve se charge d’éléments visuels symboliques, les dimensions de l’escalier intérieur dépassent la réalité, certains fonds de case ne sont habillés que par des camaïeux. Les auteurs naviguent entre des repères historiques concrets et avérés, et des interprétations personnelles ou des métaphores. Parmi les premiers, le lecteur identifie Ferdinand Bloch-Bauer (1864-1945), fabricant de sucre austro-tchèque et amateur d'art, époux d’Adele Bloch-Bauer, visiblement peu jaloux. Klimt a peint au moins deux portraits d’Adele Bloch-Bauer (1881-1925), entre 1903 et 1907, et en 1915, à la suite d’une demande adressée par courrier écrit par le mari. Lors d’une discussion avec le peintre, cette dame lui conseille de ne pas aller voir le docteur Sigmund Freud (1856-1939) s’il veut éviter d’entendre des choses ignobles sur sa mère. S’il est allé regarder les photographies de cette dame, le lecteur peut constater une bonne ressemblance des dessins, et il apprécie la sophistication de ses toilettes, ses robes comme ses chapeaux. Il relève encore la présence d’Anna Finster-Klimt (1836-1915, la mère de l’artiste), d’Emilie Louise Flöge (1874-1952, styliste et créatrice de mode), et du ministre Johannes Wilhelm Rittér von Hartel. Il est également fait mention de l’exposition du tableau La médecine (1901) au Palais de la Sécession à Vienne, sa qualité du peintre comme membre de la Sécession viennoise. Les cases nourrissent la reconstitution historique : les façades des rues de Vienne, la devanture d’une pâtisserie aux desserts aussi appétissants que viennois, l’intérieur d’un café, le superbe bâtiment du parlement autrichien, le parc du château de Schönbrunn, l’atelier de Klimt, le lac de l’Attersee, et le Palais de la Sécession, avec la devise À chaque âge son art, à chaque art sa liberté, et son magnifique dôme. Dessinateur et coloriste assument également la tâche délicate de reproduire des œuvres d’art, les peintures Klimt : ils le font avec conviction, les fac-similés reprenant une partie des intentions artistiques, entre tracé, composition et fidélité à la représentation, avec une prise de recul empreinte d’humilité. Le lecteur observe que dessinateur et coloriste reprennent des éléments de l’œuvre picturale de Klimt, par petites touches discrètes dans un détail ou un autre d’une case, introduisant ainsi un glissement entre symbole et onirisme. Ce décalage entre réalité et rêve prend une forme explicite dans la séquence de la page douze à la page quinze. Gustav Klimt dort profondément et il est réveillé par deux de ses modèles, Edith & Margarethe, nues : elles l’enjoignent à les suivre en l’appelant général, car il est attendu. Le peintre se lève, les suit et traverse des pièces aux proportions gigantesques, évoquant aussi bien un palais qu’un tombeau, pour être mené devant Nabuchodonosor. Le lecteur voit flotter des symboles comme l’œil dans la pyramide, ou la présence de félins. Puis dans un dessin en pleine page, il assiste à une scène fantasmagorique dans laquelle Klimt est un guerrier, maniant le sabre et l’arc sur son char, donnant l’assaut à une citadelle, des cadavres d’ennemis à ses pieds. Les auteurs laissent le lecteur libre de son interprétation. Peut-être une mise en perspective de l’artiste se mesurant à grands maîtres qui l’ont précédé et qui ont eux aussi interprété cette scène biblique : Donatello (vers 1455-1460), Sandro Botticelli (trois fois, 1470, 1472, 1495), Lucas Cranach l'Ancien (vers 1530), Paolo Veronese (1581), Le Titien (1565), Rubens (vers 1616), Le Caravage (vers 1598), etc. Il est également possible de voir en Holopherne assiégeant Béthulie, une métaphore de Klimt assiégeant l’Académisme, comme s’il était envoyé par le courant artistique La sécession de Vienne qui serait Nabuchodonosor pour anéantir ce bastion de l’art officiel. Toutefois, l’issue de ce récit biblique n’est pas à l’avantage du conquérant. Dans la décapitation d’Holopherne, le lecteur peut voir l’artiste au service de la beauté féminine, conquis par elle, et ne pouvant que s’y soumettre, le jeu avec l’ordre chronologique déroutant encore le lecteur puisque ce tableau date de 1901, vraisemblablement avant que Klimt n’ait fait la connaissance d’Adele Bloch-Bauer. Les auteurs montrent également trois modèles féminins, Rosa, Edith et Margareth, vivant dans l’atelier du peintre, très sensuelles, parfois érotiques. En fonction de sa sensibilité, il peut prendre cette représentation au premier degré, entre comportement licencieux et vieil homme libidineux, ou comme une métaphore des muses qui inspirent l’artiste que la force créatrice ne laisse jamais en repos, pour une vie en perpétuel déséquilibre. De ce point de vue, les chatons présents dans son atelier constituent cet élément perturbateur, joueur, espiègle, indifférent, épris de liberté. Le lecteur poursuit sa découverte de cet artiste avec le dossier qui contextualisent la bande dessinée dans le cours de la vie de l’artiste, le mouvement de la Sécession viennoise, la qualification de Joconde autrichienne, la longue lutte de la famille Bloch-Bauer pour récupérer la propriété du tableau après la seconde guerre mondiale, la période d’oubli de l’œuvre de Klimt après sa mort. Évoquer la vie de Gustav Klimt lors de la création de son tableau Judith et Holopherne (1901), et aussi lors de la réalisation du portrait d’Adele Bloch-Bauer (1907), dans une intrication des deux années : cela peut déconcerter le lecteur dans un premier temps. Le dessinateur et le coloriste mettent en œuvre un équilibre sophistiqué entre description détaillée pour la reconstitution historique, pour les tableaux du maître, évocation plus impressionniste, utilisation de symboles, reprise d’éléments des tableaux de Klimt dans son quotidien. Le lecteur s‘abandonne à cette narration sophistiquée, pas toujours conventionnelle, se laissant emporter dans la métaphore du récit biblique de Judith et Holopherne, succombant à la séduction de la Joconde autrichienne. Déroutant et séduisant.
Soon
Voila une histoire très sympathique qui pose des bases qu'on aurait presque envie de voir exploitée par la suite. C'est une lecture qui fait bien écho à la situation actuelle, mais qui présente une originalité sur le monde : c'est un monde post-apocalyptique mais version plus sympa. Loin d'un univers à la Mad Max, on a plutôt un univers bouleversé par les catastrophes (notamment climatiques) qui tente de se relever et revivre. L'ensemble suit un personnage dont la mère va partir pour un programme spatial osé, voir inconscient, qui divise la population. En le lisant, j'ai pensé à L'Héritage fossile de Philippe Valette lue récemment, et je trouve les deux œuvres complémentaires. Une sorte d'écho entre la version d'un avenir positif tandis que l'autre est cruellement négatif. Ici, c'est plus le drame familial et intimiste d'un jeune homme qui doit apprendre et comprendre le choix de sa mère, choix contestable d'ailleurs, tandis que nous explorons un monde qui a du tout faire pour ne pas disparaitre. L'idée de cet univers est intéressante, propice à des développements d'ailleurs, mais je trouve que le récit reste un peu trop dans le road-trip entre les différentes villes de ce monde, tandis que l'humanité présentée comme exsangue semble encore assez vivace. C'est le seul point qui m'a semblé un peu trop en contradiction avec l'univers présenté, mais pour le reste j'aime bien certaines idées sur le déroulement des opérations et l'humanité qui en est ressortie. La Bd est servie par le dessin de Benjamin Adam qui fonctionne plutôt bien, je trouve. Je n'ai pas encore lu d'autre ouvrages de sa main mais il a un coup de crayon agréable qui fonctionne bien, servi par une colorisation en bichromie très efficace. Si je l'ai trouvé moins percutante dans le fond que L'Héritage fossile, la BD aborde plus frontalement les questions d'écologie et de gaspillage d'énergie (et de ressources), ce qui est très sympathique aussi. Et pour une fois, la BD porte un message plus positif, ce qui n'est pas pour me déplaire !
No Zombies
Super!! Vraiment sympa comme BD de zombies! Scénario atypique et dans la continuité de Zombies. Les 4 livres sont bien, mais alors le dernier est une apothéose! Il est vraiment vraiment bien!! Je mettrais 4 aux 3 premiers, et 4,5 au 4e. Ça fait plaisir en tout cas d'avoir une bd de zombies différente des autres.