Les derniers avis (39884 avis)

Couverture de la série Échecs
Échecs

C’est le genre de couverture qui ne m’attire pas du tout. Trop symbolique, elle me laisse craindre un récit hermétique auquel il me serait impossible de m’accrocher. Heureusement pour moi, cette lecture m’ayant été vivement conseillée, je me suis lancé… et dès les premières pages lues, j’ai su que ça allait me plaire. Echecs est une comédie romantique pur jus bâtie sur le principe du récit choral. Nous suivons ainsi plusieurs personnages qui vont se croiser, se rapprocher, s’éloigner voire ne jamais se rencontrer. Le lien entre eux : l’amour. L’auteur, Victor Pinel, use de la symbolique du jeu d’échec pour cataloguer ses personnages. Nous trouvons ainsi des pions, des fous, des tours, des cavaliers, des reines et des rois. Cette profusion de personnages pourrait déboucher sur un récit confus dans lequel on ne sait plus trop qui est qui. Il n’en est pourtant rien. Certes, parfois, on se demande bien « mais c’est qui encore, celle-là ? » mais en règle générale, les personnages étant très bien typés, leurs univers étant bien différenciés, les histoires ont beau s’entrecouper, on ne s’emmêle pas les pinceaux. Plusieurs histoires sont touchantes et le spectre est assez large. On n’évite pas certains clichés (le plus gros étant celui de l’acteur qui voudrait tout lâcher, retrouver l’anonymat et la simplicité de sentiments sincères) ni l’histoire du couple homosexuel (à titre personnel, je m’en fous un peu mais mes dernières lectures m’ont fait me demander s’il existait encore des histoires romantiques sans lien avec la communauté LGBTQ+) mais à côté de cela, certains couples sont plus originaux et, surtout, me parlent plus. La conclusion est un peu trop insistante à mon goût et certaines « révélations » me semblaient tellement évidentes depuis bien longtemps qu’elles ne m’ont en rien surpris, mais je ne vais pas bouder mon plaisir. Il est en effet rare de tomber sur ce genre de comédie romantique sans sombrer dans les très gros clichés et, la majeure partie du temps, cet album y parvient. Franchement bien, donc, un album que je conseillerais sans hésitations à ceux qui ont aimé « Malgré tout » (le dessin de Victor Pinel n’est d’ailleurs pas sans rappeler celui de Jordi Lafebre, école espagnole oblige ?)

25/11/2024 (modifier)
Par Emka
Note: 4/5
Couverture de la série Silence
Silence

Encore un album que je n'aurais pas lu sans fréquenter BDtheque. Merci donc aux précédents aviseurs ! L’atmosphère est lourde dès les premières pages. On est plongé dans un village reculé des Ardennes, entre superstitions et secrets. Silence, un grand gaillard muet et simple d’esprit, y travaille pour Mauvy, un fermier dur et brutal. Il ne parle pas, il écrit sur une ardoise, avec des mots phonétiques maladroits qui trahissent une innocence presque enfantine. Son monde, c’est la forêt et les animaux, loin de la méchanceté des hommes. Mais tout ça tient à un fil. Le dessin, en noir et blanc, porte tout. Chaque trait est pensé pour peser. La neige, les granges, les arbres… tout est dense, presque étouffant. Les ombres s’étirent, les paysages semblent vivants, comme un écho de ce qui couve sous la surface. Comès ne laisse rien au hasard. Même les cadrages, souvent serrés, nous gardent prisonniers de cette tension sourde. L’histoire avance lentement, à la manière d’une tragédie inévitable. La Sorcière, aveugle mais terriblement lucide, apparaît comme une figure clé, pleine de mystère et de rancunes anciennes. Le village tout entier semble ligué contre quelque chose qu’on ne comprend pas tout de suite. La peur est partout. On cloue une chouette sur une porte, on consulte un sorcier pour un mal de ventre, on murmure plus qu’on ne parle. Au cœur de tout ça, Silence reste un personnage attachant. Il traverse les drames sans toujours les comprendre, mais il en devient peu à peu le centre. Quand il découvre ce qu’il n’aurait jamais dû voir, tout bascule. Les révélations arrivent par petites touches, presque comme un poison qui se diffuse. Pas de grands éclats, mais une montée en puissance qui prend aux tripes. C'est vraiment bien amené. Un récit dur, qui marque autant par ce qu’il montre que par ce qu’il laisse deviner. Pas besoin d’en faire trop : tout est là, dans le dessin, dans les silences, dans les non-dits. Une œuvre qui me restera clairement en tête et qui a toute sa place dans les immanquables BDTheque.

25/11/2024 (modifier)
Par gruizzli
Note: 4/5
Couverture de la série Punk rock Jesus
Punk rock Jesus

Ça c'est du punk dans l'âme, dans le corps et dans la musique ! J'ai vraiment aimé cette BD et arrivé à la moitié je savais que j'aimerai quelle que soit la fin. La BD m'a beaucoup fait penser à Transmetropolitan dans l'âme : c'est une BD violente et sans concession qui brocarde l'Amérique catholique et ses valeurs pourries, tout en proposant une vraie réflexion sur la foi et sur ses problématiques. L'histoire aborde de nombreux sujets, que ce soit la téléréalité déviante, l'industrie du divertissement, la foi comme arme politique (surtout en Amérique), la violence sociétale, le punk et son message contestataire, le changement climatique (la BD date de 2013 quand même !) ... A travers la vie de Chris, alias le Jésus ressuscité, c’est tout une vision de l'Amérique qui est brocardée dans les grandes largeurs. Le message est le cœur de la BD, qui se permet d'être parfois très simpliste sur d'autres choses. Les personnages obéissent à des archétypes, ainsi Slate est un grand patron de boite méchant (même si un dialogue le montre surtout comme un ultra-capitaliste qui espère faire profit de tout quitte à flinguer la vie d'autrui), Thomas est un Punisher au grand cœur qui doit remettre en question sa foi ... Mais en même temps, Gwen est une bonne représentation de jeune femme pas très éduquée, prête à faire quelque chose d'assez énorme pour un peu d'argent sans se rendre compte des conséquences. Sarah Epstein est la scientifique prête à vendre son âme au diable pour pouvoir faire ses recherches qui vont aider le monde (ici, c'est la lutte contre le réchauffement climatique qui est en jeu). Sous couvert de simplicité, chaque personnage est un archétype qui permet d'explorer une thématique que l'auteur ne se prive pas d'approfondir de façon parfois surprenante. J'ai été surpris que Slate sort du méchant caractériel pendant quelques pages pour devenir un type qui se pose des vrais questions. L'humain transparait derrière la caricature. Je dis caricature et le terme n'est pas galvaudé. L'ensemble reste léger et simple dans sa narration : Thomas est trop fort pour tout ce qui est de la bagarre (gros muscles, engins puissants et gros pistolets), Sarah est une prix Nobel donc sait tout sur tout ... C'est un artifice que j'accepte puisque c'est un outil narratif pour le reste. De la même façon, et malgré l'amour de l'auteur pour le punk, je sens que ce style est choisi pour son opposition virulente au système capitaliste. Mais cette caricature n'est pas une facilité, et la fin volontairement violente met bien en lumière son propos, athéiste et sociétal : si on ne croit pas en Dieu, au Paradis et à l'Enfer, il ne reste plus que nous pour punir les salauds ... Sous couvert d'une BD provocatrice, athée et nihiliste, "Punk rock Jesus" est un pamphlet contre le capitalisme, les industries du divertissement et toute forme de croyance religieuse. Il y a une histoire truculente qui sert d'exutoire à un auteur qui se lâche dans son commentaire, faisant de son héros Chris le véhicule de ses idées, et j'avoue que je les aime beaucoup. C'est une BD qui se veut violente et iconoclaste, sans demi-mesure, et c'est parfait comme ça.

25/11/2024 (modifier)
Par pol
Note: 4/5
Couverture de la série Minuit Passé
Minuit Passé

Tout d'abord, saluons la beauté de l'objet. La couverture est mystérieuse, mais ce qui frappe c'est l'impression qui a été réalisé sur la tranche de l'album et qui donne encore un peu plus un coté mystique à cet album. Celui-ci sera le théâtre d'un conte fantastique, les insomnies de Guerlain, le héros, seront rythmées par des phénomènes étranges, des corneilles, des bruits, des silhouettes... Il règne ici une ambiance ésotérique dans laquelle notre héros va devoir affronter les fantomes de son passé. Il s'installe avec son jeune fils dans un manoir dans lequel il a passé son enfance, mais assez bizarrement il 'en a aucun souvenir. Il ne faut que quelques pages pour tomber sous le charme du coup de crayon de Gaëlle Geniller. Son trait est minutieux, simple et esthétique, les personnages ont des visages qui les rendent attachants dès le premier coup d'oeil. C'est donc un plaisir de rentrer dans cette histoire, de découvrir Guerlain et son fils. Rapidement il se passe des évènements un peu étrange, limite paranormaux. L'ambiance qui s'installe progressivement mêle rêveries, poésie et surnaturel. On ne sait pas trop ce qui se trame ni qui rode dans le manoir la nuit. Est ce qu'on va tomber sur un fantôme bien ou mal veillant ? Ce sera le fil rouge de l'album, ça fonctionne bien, et on a envie de réponses mais ce huis clos tarde à livrer. Derrière cette histoire, il y a forcement une dimension personnelle que l'auteur à voulu exprimer ici, de manière assez originale. Un bel album, très plaisant à lire, ne serait est ce que pour son graphisme plein de bonne humeur, qui donne le sourire à lui tout seul.

24/11/2024 (modifier)
Par Emka
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Les Imbuvables ou comment j'ai arrêté de boire
Les Imbuvables ou comment j'ai arrêté de boire

Un jour, on a trente ans, et on se retrouve à contempler un paysage de jungle après avoir planté une jeep de location. Julia Wertz commence son récit ici. Mais pour comprendre ce moment de chaos, il faut remonter quelques années, quand elle décide de prendre le virage compliqué de la sobriété. On y retrouve tout ce qui fait la patte de Wertz : cet humour acerbe, ses punchlines désarmantes, et ce regard sans concession sur elle-même. Le chemin qu'elle raconte est loin d’être linéaire : des groupes de parole improbables, des rechutes, des relations bancales. Avec cette honnêteté brutale, Julia ne triche jamais, ni avec son lecteur, ni avec elle-même. Le trait de Julia Wertz reste fidèle à son style : simple, direct, parfois un peu brut, mais il y a quelque chose de profondément authentique qui transparaît. Ce n’est pas pour le dessin qu’on est là, mais pour cette capacité à raconter, à captiver avec des moments du quotidien, à rendre les petits détails universels. Certes, les décors sont minimalistes et les dialogues parfois denses, mais cela sert le propos. On a l’impression d’être avec elle, dans son salon en désordre, à écouter une amie nous confier ce qu’elle a sur le cœur. Ce qui rend cette lecture si forte, c’est l’équilibre qu’elle trouve entre humour et gravité. Elle ne cherche jamais à édulcorer son expérience, mais elle ne sombre pas non plus dans le pathos comme d'autres peuvent le faire. Au fil des pages, on rit, on s’émeut, on réfléchit. Sa capacité à transformer des moments difficiles en récits riches de sens est impressionnante. Elle offre une réflexion sincère sur l’addiction, les relations, et la manière dont on peut réapprendre à vivre. On sort de cet album avec l’impression d’avoir partagé un moment unique. Une lecture qui touche par sa vérité, par cette manière si propre à Julia Wertz de raconter la vie sans masque, et par cette résilience qui s’en dégage. Un témoignage fort, qui fait réfléchir et qui, au passage, ne manque pas de nous faire sourire.

03/06/2024 (MAJ le 24/11/2024) (modifier)
Par Présence
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série La Boîte de petits pois
La Boîte de petits pois

À l’écouter parler, tout était horrible et affreux. - Ce contient un récit de nature autobiographique. La première édition de cet ouvrage date de 2019. Il a été réalisé par GiedRé pour le scénario, et par Holly R pour les dessins et la mise en couleurs. Il comporte quatre-vingt-dix-neuf pages de bande dessinée, et un post-scriptum de cinq pages, écrit et dessiné par Giedré. Il y a environ longtemps, la mère de Giedré était petite et jouait au ping-pong. Elle était vachement forte. Elle gagnait des médailles et tout. À l’époque, les enfants étaient hyper encouragés à faire du sport ou de la musique ou de la danse ou n’importe quoi… Tout était gratuit, il fallait juste s’inscrire et ensuite devenir fort… pour que le reste du monde voie que cette nation était la meilleure. 1952 : record de médailles pour l’URSS ! Il y avait souvent des parades et des grandes manifestations à la gloire de ce merveilleux système qui était le meilleur qui existe. Et si on vous demandait, il fallait répondre que tout était super et qu’on était très contents. Parce que l’endroit où on envoyait les gens qui disaient que c’était pas super était encore moins super. Déjà, c’était hyper loin. Il y faisait toujours -10000°C et parfois on devait rester 10 ans. Alors en général les gens se retenaient de critiquer. Même en petit comité, on faisait comme si de rien n’était parce qu’il y avait des espions un peu partout. D’une manière générale on se méfait d’à peu près tout le monde. On ne faisait confiance à personne. Deux amies qui discutent, l’une demande à l’autre où elle a acheté sa robe, la seconde souhaite savoir pourquoi elle lui demande ça. La première espère que l’autre ne pense pas qu’elle veut la lui racheter plus cher qu’elle ne l’a payée. Et l’autre se dit que son interlocutrice la soupçonne d’avoir eu du tissu en rab. ULL : union de la Lituanie Libre. La mère de Giedré avait deux frères, dont un qui avait quinze ans (ce qui arrive à tout le monde sauf à ceux qui meurent avant). Et comme beaucoup de gens qui ont quinze ans, il trouvait que la vie, c’était naze. Alors avec quatre copains qui trouvaient aussi que la vie c’était naze, ils ont décidé de faire des trucs. Ils ont commencé à faire des petites affiches qu’ils collaient dans la rue. En gros, ça disait ça : Et, franchement, la vie c’est naze ; la liberté c’est trop important quoi, sérieux, y en a marre, ULL. Bon, ils n’en collaient pas beaucoup parce que c’était un peu dangereux comme passe-temps en Lituanie. Mais malgré tout certaines personnes les voyaient. Et au bout de quelques temps des gens ont commencé à s’y intéresser. On en parlait, on se passait le mot. Et son oncle et ses copains étaient contents de faire des trucs. Mais au bout de deux ans, quelqu’un les a dénoncés, et ils se sont tous fait arrêter. Le KGB a tout de suite perquisitionné dans la maison de sa grand-mère. En rentrant du travail, elle n’a rien compris parce que comme tout le monde elle n’était pas au courant. Son oncle s’est fait enfermer dans une cellule du KGB. Il est resté là le temps d’être majeur pour pouvoir être jugé. Puis s’est fait condamner pour trahison, révolte et trouble à l’ordre public. Il s’est fait emmener loin. De prime abord, le lecteur découvre une bande dessinée aux autours d’œuvre pour enfants : des dessins à l’allure simplifiée, avec de jolies couleurs au crayon de couleurs, une vision du monde par les yeux d’un enfant. Il commence à lire le texte qui court le long des cases, ainsi que les dialogues : des phrases courtes, des structures simples, des tournures grammaticales pas toujours correctes, un vocabulaire limité, comme si c’est une petite fille d’à peine dix ans qui s’exprime. Effectivement, GiedRé évoque son enfance, comme elle l’a vue et ressentie à cet âge. Les actions des adultes ne lui sont pas toujours compréhensibles, en particulier les événements de politique internationale, par exemple la destruction du mur de Berlin. Elle dépasse du cadre strict de son entendement de petite fille, en évoquant l’histoire de sa famille, des déménagements grâce au statut social de son grand-père paternel : dans la postface, elle explique qu’elle a fait appel aux souvenirs de sa mère pour disposer de ces faits et de cette compréhension. Le lecteur vit donc cette reconstitution historique à hauteur d’enfant, que ce soit la queue pour les magasins, ou le partage de chewing-gum. Dans le même temps, il n’éprouve pas la sensation que le récit s’adresse à un enfant, ou qu’il manque de profondeur. Les autrices savent très bien rendre le point de vue d’une enfant. Cela commence dès la première page avec la mère encore adolescente en train de jouer au ping-pong : une silhouette longiligne, de jolis cheveux blonds, des gestes en accéléré, une fierté d’avoir gagné qui se lit sur son visage, le lecteur se sent baigné dans le bonheur dont elle rayonne. En page vingt-quatre, un garçon savoure avec délectation des petits pois : son visage arbore une expression proche de l’extase, dans l’assiette le lecteur voit des petits points verts qui semble comme flotter dans le vide, et quelques taches orange, une représentation naïve. Page trente-neuf, la représentation de la zone résidentielle abritant les résidences secondaires des apparatchiks évoque incontinent un dessin d’enfant : les belles pelouses vertes, les arbres très simplifiés, les routes échappant aux règles de la perspective, etc. Plus tard, la famille de la narratrice va s’installer à la campagne. Elle raconte : À la campagne, il n’y avait pas d’eau courante alors chaque habitation avait ses toilettes loin de la maison, et les leurs étaient à l’orée de la forêt. Avec une lampe torche dans la main, la jeune fille doit se rendre aux toilettes de nuit, une forêt fantasmée, avec une chouette qui regarde droit dans les yeux, une espèce de cabane aux proportions trop allongées pour les toilettes, des arbres aux formes bizarres, vaguement menaçants : le lecteur se retrouve dans un conte pour enfants, sans se sentir pris pour un neuneu, une vraie sensation d’enfance. Dans le même temps, le lecteur voit bien que les dessins comportent un niveau d’informations qui relève du regard d’adulte. Sous l’apparence enfantine donnée par dessins aux crayons de couleurs, se trouvent un niveau d’informations visuelles bien supérieur au regard d’un enfant. Dans cette première page, un individu joue de l’accordéon, certes aux couleurs pastel, mais comportant bien toutes les parties attendues comme le soufflet, les touches de part et d’autre. Dans la deuxième page, le train ressemble à un jouet, mais dans le même temps l’uniforme des soldats est conforme à la véracité historique, la perspective du stade présente un aspect discrètement gauchi, tout en préservant la perspective et les dimensions. Tout du long, les dessins construisent une reconstitution historique solide et fiable : les vêtements d’époque, les accessoires du quotidien, les appareils ménagers de ces années-là comme les postes de télévision ou les téléphones à cadran en bakélite, etc. Les postures et les mines des individus apparaissent faussement naïfs, avec une grande justesse dans l’expression corporelle, et dans les gestes de tous les jours, aussi bien les jeux d’enfants que les gestes plus mesurés des adultes, voire les comportements emprunts de défiance pour parer au risque de la délation par des citoyens intéressés. La réception de cette bande dessinée au ton si particulier va dépendre du parcours de vie du lecteur et de son âge. Il peut venir pétri d’a priori et de certitudes sur le régime communiste. Ce qu’il sait déjà lui saute aux yeux : le faible niveau de niveau des citoyens, les queues interminables devant des magasins où le rationnement et la pénurie règnent en maître. Des personnes exerçant un métier sans aucune motivation, un marché noir généralisé et pour tout, une élite qui ne manque de rien attestant d’une corruption systémique, un état totalitaire qui a la déportation facile pour les opposants et les rebelles. Voire s’il a été témoin de ces années au travers des médias, il retrouve tout ce qui était pointé du doigt : des queues interminables, à la délation. S’il est plus jeune, il est possible qu’il éprouve quelques difficultés à croire certaines situations, ou même le mode de fonctionnement d’un pays sous domination soviétique. Déporté en Sibérie pour avoir collé des affiches de protestation en Lituanie, vraiment ? Le lecteur peut également être pris au dépourvu par l’évocation de ce monde passé, au travers des yeux et des ressentis d’une fillette, qui n’a pas l’air de vivre ça mal. Il lui faut un petit temps de recul pour accepter certaines des choses auxquelles il assiste : le partage de chewing-gum qui passe de la bouche d’un enfant à un autre, jusqu’à une dizaine. Le festin de dégustation de pâté, de ce qu’il identifie immédiatement comme étant une boîte de nourriture pour chat, ne pas savoir qu’il faut enlever la peau d’une banane avant de la manger. Ce n’est plus la Lituanie communiste, c’est tout juste le moyen-âge ! Comment la propagande pouvait-elle avoir une telle force de conviction ? Il arrive alors aux cinq pages dessinées de postface, où GiedRé explicite la manière dont elle a procédé : Pour écrire cette BD, elle a beaucoup fait appel à sa mère pour qu’elle lui raconte, et à l’écouter parler, tout était horrible et affreux. D’un autre côté, l’autrice a vécu ces moments comme une petite fille, et elle a passé une enfance qu’elle juge heureuse. La narration qu’elle en fait ne nie pas les exactions et la répression, mais, elle, ça ne l’a jamais rendue triste de partager son chewing-gum. Impossible de ne pas partir avec des a priori divers et variés pour la lecture : entre ce que le lecteur connaît des chansons de l’autrice, ce qu’il sait de la domination de l’URSS sur les pays satellites, ou ce que l’image édulcorée de la couverture lui évoque. Il se retrouve surpris par l’évocation positive tout en étant honnête d’une enfance en Lituanie juste avant qu’elle ne recouvre son indépendance, totalement sous le charme de la narration à l’apparence enfantine, à la consistance et au sérieux adulte. Une enfance heureuse dans un pays sous un joug totalitaire.

24/11/2024 (modifier)
Par Spooky
Note: 4/5
Couverture de la série Etincelle
Etincelle

La couverture annonce la couleur : une aventure forestière, avec des animaux humanisés et une drôle de créature, dans une explosion de couleurs. En parcourant l'album des yeux, ça se confirme : on a affaire à un style un brin naïf, le talent graphique de Pauline Berdal saute aux yeux, c'est un régal pour les yeux, qu'ils soient jeunes ou matures. Les couleurs sont chatoyantes, elles déclinent de manière très agréable toutes les nuances du végétal, et la lumière tient une grande place, trop parfois. De même il y a parfois tellement de détails que l'action est un peu difficile à décrypter. Côté scénario, Maxe l'Hermenier, qui œuvre souvent dans l'adaptation de classique, propose une histoire de son cru, probablement inspirée de plusieurs contes animaliers à tendance écolo. C'est un conte tout mignon, avec des animaux qui ont l'air animés de mauvaises intentions, mais finalement pas tant que ça, et Goup est un héros assez sympathique, qu'on aimerait voir dans d'autres aventures. Tiens d'ailleurs, pourquoi a-t-il les yeux vairons ? Très sympa pour un jeune public.

24/11/2024 (modifier)
Couverture de la série Des lumières dans la nuit
Des lumières dans la nuit

Oh, je suis surprise que personne n'ait avisé cette petite bande-dessinée avant ! Ma bibliothèque possède les deux tomes sortis pour le moment (peut être d'autres sortiront un jour, je ne sais pas), j'ai donc décidé de les lire et quelle bonne découverte je fis ! Les histoires sont courtes mais très intéressantes. Elles sont centrées sur Sandy, une petite fille ayant du mal à rester concentrée en classe, se faisant très souvent réprimander par les bonnes sœurs chargées de son éducation et ne semblant pas très proche de ses camarades. Souvent seule, elle rêve, dessine ses pensées dans son carnet, essaye coûte que coûte de rêver et d'imaginer ce qu'elle souhaite malgré le monde extérieur souhaitant l'en empêcher. A partir de là, chaque tome servira à illustrer une petite aventure qu'imagine Sandy, illustrant en réalité son ressenti vis à vis des évènements arrivant dans sa vie. Ses dessins sont sa manière extérioriser ses émotions et ses pensées. Les récits reposent en fait énormément sur l'exercice de la métaphore et il est très amusant avec un regard adulte (ou non) de rechercher le sens derrière ce que Sandy voit/imagine/dessine. Les dessins sont sans nul doute l'un des gros points positifs de ces albums. C'est beau, coloré et imaginatif. Certains sont même bourrés de petits détails (je pense à la maison de la tortue dans le tome 2). Vraiment, je suis surprise que personne ici n'ai visiblement lu ou décidé d'aviser cette série avant. Elle est sincèrement très bonne. C'est beau, poétique, plus profond qu'il n'y parait, ... A montrer à des enfants vivant dans leur monde et à leurs parents souhaitant un peu plus les comprendre. (Note réelle 3,5)

23/11/2024 (modifier)
Couverture de la série Lawmen of the West
Lawmen of the West

Mon avis sera court, autant aller à l’essentiel et dire que ce 4ème album de la collection « Go West » est d’une bonne cuvée. Après deux derniers albums en demi teinte je dirais, celui-ci relève la barre et se hisse au moins au niveau du tout premier. Le carnet de note du journaliste en guise de fil conducteur fonctionne mieux que celui de l’aigle dans Indians ! et je ne sais plus quoi des GunMen of the West. Donc bravo à m’sieur Tiburce, le récit est captivant, riche et très bien documenté, on le sent. Toujours de supers auteurs au rendez-vous qui font plus que le taf, on retrouve les mêmes têtes mais c’est déjà pas mal de réussir à réunir tout ce beau monde à chaque fois. Perso ça me fait du bien de décompresser avec une bonne BD de western après en avoir terminé avec Red Dead Redemption 2 et mes quelques 180 heures de jeu. Ça, une p’tite bière kraft à côté et une playslist country en fond sonore, c’est au poil. See you soon.

23/11/2024 (modifier)
Couverture de la série Donjon Potron-minet
Donjon Potron-minet

Donjon Potron-minet est une série plus qu'intéressante en théorie mais dont l'exécution me semble imparfaite. Ma note de cette série varie selon les albums. Les deux premiers sont intéressants sur le papier, contiennent déjà les éléments clés de cette série (les duels, l'idéalisme contre la cruauté humaine, les machinations politiques, ...) mais l'exécution me paraît molle. Je ne saurais pas vraiment le dire autrement : c'est mou, je m'ennuie. C'est dommage. Fort heureusement, les deux albums suivants m'ont parus excellents. J'y ai beaucoup plus ressenti ce contraste entre les idéaux de Hyacinthe et les horreurs qui sévissent dans la ville, j'ai bien plus ressenti l'aspect préquel et les enjeux pour le protagoniste. « Après la pluie » est même mon album préféré de Donjon, toute série confondue. C'est noir, pessimiste, romantique et un moment clé pour l'évolution de Hyacinthe. La série aurait pu mériter le coup de cœur rien que pour cet album à mes yeux. Le cinquième album est bon, je l'aime bien dans son concept, mais l'exécution ne m'a réellement convaincue qu'à la dernière moitié, à partir de l'emprisonnement. La scène finale était quant-à-elle très belle (oui, j'aime la tragédie). Le sixième, malheureusement, ne m'a pas plu. Pas vraiment marqué. Je l'ai lu à sa sortie, je n'en ai gardé aucun souvenir. Je lui redonnerai sans doute sa chance, mais je ne me souviens pas l'avoir trouvé transcendant. Le dessin de Blain est magnifique. J'aime beaucoup ses traits "chaotiques", sa façon de jouer sur les couleurs sombres et les ombrages. Le dessin de Gaultier est dans la même veine que celui de Blain, on sent que les deux styles sont différents mais restent suffisamment proches pour que la série garde une cohérence visuelle. Je suis moins fan du style d'Oiry. On sent qu'il reste lui aussi proche de celui des deux autres (dans le traitement des sombres notamment), mais, bien que je ne saurais pas vraiment mettre la main sur le "pourquoi" précis, je le trouve paradoxalement trop différents, un peu en deçà. La série reste bonne mais les albums sont assez inégaux je trouve. (Note réelle 3,5)

23/11/2024 (modifier)