Excellent ! Un conte cynique, obscène mais profondément humain (quoique plutôt amoral). Les dessins de Pirus sont géniaux : ronds, faussement naïfs avec un air de Calvo (mais du Calvo interdit au - de 16 ans)
Un petit bijou d'humour noir.
Une "bd" très très très originale. Plus proche de l'univers gothique que de la bd. J’ai eu un choc visuel en admirant les dessins. Je n'avais jamais vu ça. C'est gothique, psychédélique et très futuriste en même temps. Avec ces tons de couleur pastel violet sur fond noir, sublime !
Pour ce qui est du récit, il faut s'accrocher. C'est plus de la poésie morbide très auto- centrée avec des petites histoires dedans mais le tout est assez habile et plutôt vertigineux. J’ai dû lire ce pavé en plusieurs fois pour ne pas me lasser mais une fois entré dedans c'est réellement prenant.
Bon après, cet auteur Gabriel Delmas m'a un peu exaspéré par moment. Je connais l'univers gothique et ce mélange de 1er degré très sérieux imbu de sa personne, qui se regarde le nombril constamment avec une froide colère, nihiliste et misanthropes qui implore le grand Satan... sur ... pages (tiens il n'y a même pas marqué le numéro des pages, encore un effet de style) ça peut devenir lourd. Mais en même temps dieu lui pardonnes (pardon Satan) car le résultat est vraiment monstrueux.
Achat fortement conseillé.
Découvert récemment. J'adore ! superbes dessins (surtout les paysages de foret et de marais). Très belle atmosphère plutôt triste (très triste), avec ce changement des saisons. Famille déchirée, tout le monde est seul. J'adore ces histoires plutôt pessimistes et misanthropes où l'être humain est mauvais, cynique ou lâche. Seuls les simples d'esprit ou marginaux sont humains et souvent proches de la nature. (ça peut paraitre lourd et appuyé pour certains je le reconnais). Rassurez-vous il y a de l'amour dans cette histoire; et puis un épilogue très beau ( mais très triste également).
Et bien moi, je viens de racheter les 2 premiers tomes ( que je possédais enfant mais que je n'avais jamais lus car, il le faut le reconnaitre, ce n'est pas tres engageant au premier abord (obscur, démodé). Mais, étant fan de Makyo (sa série Balade au bout du monde, Elsa ...) et puis de toute cette vague fantastique historico-rurale romantique des années 80 (balade au bout du monde, Les Compagnons du Crépuscule, Jaunes, Gaspard de la nuit, Sambre, L'Etat morbide, les oeuvres de Servais, Silence ... ) . A l'époque je préférais les Loisel, Thorgal et autres Jodorowsky mais avec du recul , toutes ces séries très (trop) typées années 80) sont restées gravées dans ma mémoire, peut-être encore plus que les autres.
Pour en revenir à Grimion, j'ai dégusté chaque case : le magnifique travail d'encrage (sublimes paysages de campagne noire et austère. Couleurs marrons, atmosphère de sorcellerie, mélancolie ... visages imparfaits, beaucoup de maladresses dans les personnages mais Makyo dessine avec ses tripes et ça se sent. Le récit est certes confus et dur à suivre mais moins qu'une bd d'Andreas (que j'adore). Bref je comprends qu'on puisse être rebuté mais c'est ce que je recherche dans ces anciennes bds poussiéreuses : ce climat sombre et unique, plus artisannal et poétique, bien loin des bds d'aujourd'hui.
Après A bord de l'Etoile Matutine, Riff Reb’s nous livre ici une nouvelle perle...
Il n’est clairement plus possible pour moi de passer à côté des ouvrages de cet auteur, tant il est arrivé à m’envouter avec ces deux adaptations.
Calmement, au rythme des vagues et des planches, je me suis laissé bercé par cette aventure. L’histoire, relativement linéaire, trouve toute sa quintessence dans les dialogues qui relient nos « deux héros » mais également dans les rapports humains qui lient les marins. C’est doux et puissant à la fois, triste et heureux, calme et mouvementé. Certaines questions sont posées et, au fil des planches, le lecteur est interpellé. Les pages défilent, sans que l’on s’en rende compte.
Enrobez cela avec un trait tout simplement exceptionnel et de magnifiques couleurs et vous obtenez un chef d’œuvre, tout simplement.
Encore meilleur que A bord de l'Etoile Matutine, cet album est génial et je vous invite franchement à embarquer pour ce voyage. Il s’agit pour moi de ma meilleure lecture de 2012 !
Pour ceux qui n’auraient pas le courage d’aller au bout de cette chronique ou qui veulent garder un regard frais avant de lire le Nao de Brown, je le dis dès maintenant : en 40 ans de lecture BD, je n’ai pas dû lire plus de 50 albums de cette qualité là. Alors, allez-y. N’hésitez plus. C’est une merveille !
Le Nao de Brown tente un pari audacieux, que de nombreux auteurs de romans graphiques osent, mais réussissent très rarement : nous faire pénétrer l’intimité d’un personnage. Pas comme un viol de sa conscience, mais comme dans ses journées fondatrices, autour d’un verre, dans un bar cosy, où une jeune femme que vous aimez bien vous fait ses confidences, vous laisse doucement entrapercevoir ce qu’elle est réellement derrière l’apparence du quotidien. Un moment qui bouleverse pour toujours la vision que vous avez d’elle. Et qui vous fait lentement glisser vers l’amitié ou l’amour. Voila ce que réussit ici Glynn Dillon.
Son regard sur Nao et sur l’ensemble des personnages qui gravitent autour d’elle, est toujours d’une ahurissante justesse, tant dans ce qu’ils font – qui n’est jamais banal, malgré la quotidienneté des petits moments choisis – que dans la justesse absolue des dialogues qui tous sonnent parfaitement vrais (je me permets de féliciter ici le traducteur et la qualité de ce qu’il a accompli pour nous restituer les dialogues de Dillon).
Le dessin est lui aussi d’une parfaite humanité, nous donnant à voir un monde très concret et des personnages très réalistes, presque photographiques, mais constamment animés par l’émotion qui les traverse. Nous sommes ici face à des êtres humains de chair et de sang, aussi complexes que leurs vies sont minuscules. Nao, elle, est parfaitement normale, en apparence. Elle est jolie, elle a du talent... mais elle sait (ou plutôt elle croit) qu’elle est un monstre à l’intérieur. Alors, elle sur-joue la normalité et la gentillesse, pour que les gens l’apprécient et que personne ne se rende compte de ce qu’elle croit être « vraiment » : un tueur prêt à déraper.
Avec un tel point de départ, on peut écrire un excellent thriller, comme Dexter (la série TV)… ou ce magnifique livre sur une jeune femme qui passe à côté de sa vie parce qu’elle ne se montre jamais aux autres telle qu’elle est réellement, de peur de commettre l’irréparable. Le plus curieux dans cette histoire (ou plutôt, « le plus humain »), c’est que si Nao sait que les apparences peuvent être trompeuses, elle ne s’en laisse pas moins constamment avoir par l’image que les autres donnent d’eux-mêmes : elle se fourvoie ainsi sur la capacité de l’homme, dont elle tombe amoureux, à la protéger et à se montrer fort quand elle se sent faible. Elle butte contre l’apparente ringardise de son ami et patron, qui a tout pour faire un petit ami compréhensif, qui partage les mêmes goûts qu’elle, mais dont elle ne voit que la faiblesse physique et morale, insupportable pour elle, tant elle se sent elle-même fragile.
C’est l’histoire d’une jeune femme comme nous, qui se bat contre ses peurs quotidiennes, ses fragilités psychiques, pour trouver une place dans notre monde, trouver enfin l’amour, sans se rendre compte que l’histoire des gens qu’elle croise est au moins aussi complexe que la sienne...
Au final, elle s’imagine être la seule en lutte pour aller mieux et, ne pouvant parler de son combat, elle s’abîme dans la solitude.
Pour finir, je m’autorise deux conseils. Le premier : abordez ce livre sans en n’attendre rien. Je viens de vous parler de ses qualités... Laissez-les venir à vous, ne vous attendez pas à ce qu’elles vous explosent au visage. Elles sont subtiles et s’insinueront en vous si vous leur laissez la place. Le second : depuis plusieurs chroniques, je vous recommande de ne pas vous laisser avoir par la couverture du livre, souvent bien plus prometteuse que le contenu réel. Ici, c’est tout l’inverse. La couverture est bien en deçà de l’énorme talent qui se trouve à l’intérieur. Alors, passez outre cette couverture ratée et rentrez dans le monde de Nao Brown.
J'ai beaucoup aimé la lecture de cette bande-dessinée. On y découvre à travers le prisme des aventures des deux personnages principaux différents corps de métiers (bâtiment, chantier naval, "banquier"). On découvre également la vie de famille à cette époque que ce soit au niveau du couple ou de la transmission de l'autorité paternelle.
Le scenario est dense et on suit avec intérêt les mésaventures du héros, qui donne son nom à ce premier tome, causées par son vice pour le jeu. Ce qui m'a plu c'est que l'on reste aux niveaux des petites gens ce qui offre une large galerie de personnages et loin de l'exubérance que l'on a souvent dans les séries sur l'Antiquité. Prenez garde à ne pas lire la deuxième préface (celle de Gilles Chaillet) car elle spoile une partie de l'histoire.
Il y a dans mon édition un cahier graphique de 6 pages dans lequel sont présentées les recherches sur les personnages. Le dessin justement est un noir et blanc assez lumineux sans gris. Les visages des personnages sont détaillés et expressifs avec un trait fin , on a aucun mal à les distinguer. On a aussi de belles cases d'architecture avec des vues en contre plongée sur les toitures de la ville. Cependant certains ciels sont un peu vides.
Un premier tome que je recommande.
Merde ! Mais qu'est-ce que je vais bien pouvoir écrire après avoir lu une BD comme ça...
Genre, j'ai été happé par cette BD à la couverture si énigmatique. Bouffé par la tranche rouge de ce pavé de plus de 200 pages à la présentation si travaillée.
C'est mon libraire qui il y a bien 2/3 semaines m'avait parlé de cette BD sélectionnée pour Angoulême et vanté ses qualités, mais que personne ne semblait avoir remarqué...
Un peu comme Nao. Un peu comme l'auteur Glyn Dillon que j'ai trouvé par hasard en parcourant les stands d'Angoulême, esseulé sur le stand d'Akileos, sans personne pour lui parler lessive et machine à laver.
C'est 5 mètres plus loin que j'ai eu le déclic.
Retour en arrière. Je m'approche du stand. Oui, c'est bien cette BD là.
- "Vous dédicacez ?"
- "Yes !"
Et voilà, comment je me retrouve avec un album que je n'ai pas encore lu, dédicacé en prime, et qui finira Prix spécial du Jury.
Mais sorti de ces petits plaisirs matérialistes, je suis vraiment tombé sous le charme de cet album. Graphiquement tout d'abord.
Le trait de Glyn Dillon qui donne dans le registre réaliste est d'une rare expressivité et d'une grande finesse. Son personnage principal, Nao, n'en ressort que plus troublant et dégage une empathie que j'ai rarement ressenti à la lecture d'une BD. On se glisse petit à petit dans son banal quotidien pour découvrir ce qui la ronge. Ces pulsions morbides et maladives lui pourrissent la vie et l'obligent à composer un quotidien de façade. Toujours à la recherche d'une sérénité impossible, ses rencontres et sa vie de tous les jours virent parfois au cauchemar pour un rien...
Et ce rouge... Couleur dominante de cet album, qui définit si bien Nao et qui la met si bien en valeur dans la colorisation que réalise l'auteur : c'est tout simplement sublime.
Ajoutez à cela, un conte asiatique qui ponctue ce récit de façon assez surréaliste et vous obtenez ce magnifique objet qui m'a laissé sur le cul et qui n'appelle qu'une relecture prochaine !
Je ne peux qu'applaudir à ce Prix Spécial du Jury d'Angoulême de cette année.
On a failli passer sans s'en rendre compte à côté d'un petit chef-d’œuvre !
A lire de toute urgence !
4.5/5
Ca c'est vraiment une excellente surprise (car je ne m'attendais pas à grand chose en ouvrant cet album). Le genre de surprise qui vous divertit, vous amuse et vous fait vraiment aimer la BD.
"Le passeur d'âmes" est un récit qui prend pour cadre la mythologie grecque, mais où on trouverait de la technologie d'aujourd'hui.
Chouette, car moi, j'adore la mythologie grecque, et ça a donné par le passé d'excellentes BD (Socrate le demi-chien pour n'en citer qu'une).
Et ce qu'on remarque dès le début, c'est l'humour qui se dégage de cette BD : elle est très drôle. Entre les jeux de mots, les scénettes rigolotes glissées subtilement dans les dessins, le détournement de la mythologie, les gags de cet album sont toujours très fins mais très réussis (et pourtant, je suis quelqu'un d'assez difficile question humour). Alors non, on ne rit jamais à gorge déployée, mais à chaque page, un détail nous fait esquisser un sourire où on émet un petit gloussement (en tout cas, cette BD est beaucoup plus efficace question humour qu'une tripotée de BD à gags, beaucoup moins subtiles).
Alors par contre, pour bien saisir toutes les subtilités de cette BD, il vous faudra être un minimum calé en mythologie grecque.
De plus, l'histoire, quoique pas forcément très originale, est franchement réussie, accrocheuse, très prenante, bien rythmée, avec quelques effets de narration (vision du futur, retour dans le temps, etc...). Elle possède une fin très réussie et peut se lire aussi facilement par les petits comme par les grands.
Et je finis sur le point sur lequel j'avais le plus de doutes avant d'entamer ma lecture : le dessin de Ced... Qui est finalement une très grande réussite et colle parfaitement à l'histoire : frais, coloré, avec un petit côté cartoon mais résolument moderne, expressif, dynamique, avec des cadrages osés et des personnages aux apparences réussies.
Bref, tout dans cette BD est une réussite (et c'est dommage qu'elle soit passée un peu inaperçue lors de sa sortie) ; j'ai passé un excellent moment à la lire et je vous la recommande. Un coup de cœur comme je n'en ai pas eu depuis longtemps.
Cette série marque la collaboration entre 2 auteurs que j’apprécie particulièrement : d’un côté Léo dont les histoires et les univers ont tendance à me passionner, de l’autre Fred Simon dont le dessin caractéristique me plait énormément. Et je n’ai pas été déçu par le projet Mermaid.
Ce monde imaginaire est super bien pensé, et sa découverte fonctionne très bien. Dans un futur proche les rapports entre les pays riches et pauvres se sont inversé. Du coup les rues de Paris sont un peu à l’abandon, c’est sale et ce n’est pas improbable. Cet aspect est bien rendu, les auteurs n’en font pas trop, mais juste ce qu’il faut pour rendre cet univers crédible et intéressant.
Là-dessus on a droit à une histoire qui au départ ressemble à une banale enquête de police, mais très rapidement cela va prendre des proportions énormes. Et là aussi ça fonctionne terriblement bien. Peut-être que c’est trop gros pour certains, je le conçois parfaitement. Mais moi quand j’ouvre ce genre de BD ce n’est pas pour lire une histoire banale ou une intrigue policière qui ressemble aux faits divers qu’on lit dans les journaux. Du coup plus le complot qui s’annonce est d’ampleur plus j’ai des chances d’être satisfait, pour peu que le scénario tienne la route. Et c’est tout à fait le cas ici car l’histoire est prenante. On rentre dedans progressivement et plus on avance plus le mystère épaissit et nous tient en haleine.
L’intrigue principale me plait donc beaucoup, mais, en plus de cette trame, il y a aussi plein de détails qui fonctionnent bien. L’univers dont j’ai parlé plus haut, mais aussi : le binôme entre la petite flic française et l’agent spécial américain, la manière dont l’intrigue prend tranquillement de l’ampleur, la façon de révéler petit à petit les vraies raisons qui font qu’on s’intéresse à cette affaire, l’apparition en douceur du ‘fantastique’. Bref du tout bon. Et puis, bien sûr, on a aussi le petit évènement final un peu déroutant et inattendu qui conclut le tome et donne irrémédiablement envie de lire le suivant…
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Rose Profond
Excellent ! Un conte cynique, obscène mais profondément humain (quoique plutôt amoral). Les dessins de Pirus sont géniaux : ronds, faussement naïfs avec un air de Calvo (mais du Calvo interdit au - de 16 ans) Un petit bijou d'humour noir.
Vampyr
Une "bd" très très très originale. Plus proche de l'univers gothique que de la bd. J’ai eu un choc visuel en admirant les dessins. Je n'avais jamais vu ça. C'est gothique, psychédélique et très futuriste en même temps. Avec ces tons de couleur pastel violet sur fond noir, sublime ! Pour ce qui est du récit, il faut s'accrocher. C'est plus de la poésie morbide très auto- centrée avec des petites histoires dedans mais le tout est assez habile et plutôt vertigineux. J’ai dû lire ce pavé en plusieurs fois pour ne pas me lasser mais une fois entré dedans c'est réellement prenant. Bon après, cet auteur Gabriel Delmas m'a un peu exaspéré par moment. Je connais l'univers gothique et ce mélange de 1er degré très sérieux imbu de sa personne, qui se regarde le nombril constamment avec une froide colère, nihiliste et misanthropes qui implore le grand Satan... sur ... pages (tiens il n'y a même pas marqué le numéro des pages, encore un effet de style) ça peut devenir lourd. Mais en même temps dieu lui pardonnes (pardon Satan) car le résultat est vraiment monstrueux. Achat fortement conseillé.
La Saison des anguilles
Découvert récemment. J'adore ! superbes dessins (surtout les paysages de foret et de marais). Très belle atmosphère plutôt triste (très triste), avec ce changement des saisons. Famille déchirée, tout le monde est seul. J'adore ces histoires plutôt pessimistes et misanthropes où l'être humain est mauvais, cynique ou lâche. Seuls les simples d'esprit ou marginaux sont humains et souvent proches de la nature. (ça peut paraitre lourd et appuyé pour certains je le reconnais). Rassurez-vous il y a de l'amour dans cette histoire; et puis un épilogue très beau ( mais très triste également).
Grimion gant de cuir
Et bien moi, je viens de racheter les 2 premiers tomes ( que je possédais enfant mais que je n'avais jamais lus car, il le faut le reconnaitre, ce n'est pas tres engageant au premier abord (obscur, démodé). Mais, étant fan de Makyo (sa série Balade au bout du monde, Elsa ...) et puis de toute cette vague fantastique historico-rurale romantique des années 80 (balade au bout du monde, Les Compagnons du Crépuscule, Jaunes, Gaspard de la nuit, Sambre, L'Etat morbide, les oeuvres de Servais, Silence ... ) . A l'époque je préférais les Loisel, Thorgal et autres Jodorowsky mais avec du recul , toutes ces séries très (trop) typées années 80) sont restées gravées dans ma mémoire, peut-être encore plus que les autres. Pour en revenir à Grimion, j'ai dégusté chaque case : le magnifique travail d'encrage (sublimes paysages de campagne noire et austère. Couleurs marrons, atmosphère de sorcellerie, mélancolie ... visages imparfaits, beaucoup de maladresses dans les personnages mais Makyo dessine avec ses tripes et ça se sent. Le récit est certes confus et dur à suivre mais moins qu'une bd d'Andreas (que j'adore). Bref je comprends qu'on puisse être rebuté mais c'est ce que je recherche dans ces anciennes bds poussiéreuses : ce climat sombre et unique, plus artisannal et poétique, bien loin des bds d'aujourd'hui.
Le Loup des Mers
Après A bord de l'Etoile Matutine, Riff Reb’s nous livre ici une nouvelle perle... Il n’est clairement plus possible pour moi de passer à côté des ouvrages de cet auteur, tant il est arrivé à m’envouter avec ces deux adaptations. Calmement, au rythme des vagues et des planches, je me suis laissé bercé par cette aventure. L’histoire, relativement linéaire, trouve toute sa quintessence dans les dialogues qui relient nos « deux héros » mais également dans les rapports humains qui lient les marins. C’est doux et puissant à la fois, triste et heureux, calme et mouvementé. Certaines questions sont posées et, au fil des planches, le lecteur est interpellé. Les pages défilent, sans que l’on s’en rende compte. Enrobez cela avec un trait tout simplement exceptionnel et de magnifiques couleurs et vous obtenez un chef d’œuvre, tout simplement. Encore meilleur que A bord de l'Etoile Matutine, cet album est génial et je vous invite franchement à embarquer pour ce voyage. Il s’agit pour moi de ma meilleure lecture de 2012 !
Le Nao de Brown
Pour ceux qui n’auraient pas le courage d’aller au bout de cette chronique ou qui veulent garder un regard frais avant de lire le Nao de Brown, je le dis dès maintenant : en 40 ans de lecture BD, je n’ai pas dû lire plus de 50 albums de cette qualité là. Alors, allez-y. N’hésitez plus. C’est une merveille ! Le Nao de Brown tente un pari audacieux, que de nombreux auteurs de romans graphiques osent, mais réussissent très rarement : nous faire pénétrer l’intimité d’un personnage. Pas comme un viol de sa conscience, mais comme dans ses journées fondatrices, autour d’un verre, dans un bar cosy, où une jeune femme que vous aimez bien vous fait ses confidences, vous laisse doucement entrapercevoir ce qu’elle est réellement derrière l’apparence du quotidien. Un moment qui bouleverse pour toujours la vision que vous avez d’elle. Et qui vous fait lentement glisser vers l’amitié ou l’amour. Voila ce que réussit ici Glynn Dillon. Son regard sur Nao et sur l’ensemble des personnages qui gravitent autour d’elle, est toujours d’une ahurissante justesse, tant dans ce qu’ils font – qui n’est jamais banal, malgré la quotidienneté des petits moments choisis – que dans la justesse absolue des dialogues qui tous sonnent parfaitement vrais (je me permets de féliciter ici le traducteur et la qualité de ce qu’il a accompli pour nous restituer les dialogues de Dillon). Le dessin est lui aussi d’une parfaite humanité, nous donnant à voir un monde très concret et des personnages très réalistes, presque photographiques, mais constamment animés par l’émotion qui les traverse. Nous sommes ici face à des êtres humains de chair et de sang, aussi complexes que leurs vies sont minuscules. Nao, elle, est parfaitement normale, en apparence. Elle est jolie, elle a du talent... mais elle sait (ou plutôt elle croit) qu’elle est un monstre à l’intérieur. Alors, elle sur-joue la normalité et la gentillesse, pour que les gens l’apprécient et que personne ne se rende compte de ce qu’elle croit être « vraiment » : un tueur prêt à déraper. Avec un tel point de départ, on peut écrire un excellent thriller, comme Dexter (la série TV)… ou ce magnifique livre sur une jeune femme qui passe à côté de sa vie parce qu’elle ne se montre jamais aux autres telle qu’elle est réellement, de peur de commettre l’irréparable. Le plus curieux dans cette histoire (ou plutôt, « le plus humain »), c’est que si Nao sait que les apparences peuvent être trompeuses, elle ne s’en laisse pas moins constamment avoir par l’image que les autres donnent d’eux-mêmes : elle se fourvoie ainsi sur la capacité de l’homme, dont elle tombe amoureux, à la protéger et à se montrer fort quand elle se sent faible. Elle butte contre l’apparente ringardise de son ami et patron, qui a tout pour faire un petit ami compréhensif, qui partage les mêmes goûts qu’elle, mais dont elle ne voit que la faiblesse physique et morale, insupportable pour elle, tant elle se sent elle-même fragile. C’est l’histoire d’une jeune femme comme nous, qui se bat contre ses peurs quotidiennes, ses fragilités psychiques, pour trouver une place dans notre monde, trouver enfin l’amour, sans se rendre compte que l’histoire des gens qu’elle croise est au moins aussi complexe que la sienne... Au final, elle s’imagine être la seule en lutte pour aller mieux et, ne pouvant parler de son combat, elle s’abîme dans la solitude. Pour finir, je m’autorise deux conseils. Le premier : abordez ce livre sans en n’attendre rien. Je viens de vous parler de ses qualités... Laissez-les venir à vous, ne vous attendez pas à ce qu’elles vous explosent au visage. Elles sont subtiles et s’insinueront en vous si vous leur laissez la place. Le second : depuis plusieurs chroniques, je vous recommande de ne pas vous laisser avoir par la couverture du livre, souvent bien plus prometteuse que le contenu réel. Ici, c’est tout l’inverse. La couverture est bien en deçà de l’énorme talent qui se trouve à l’intérieur. Alors, passez outre cette couverture ratée et rentrez dans le monde de Nao Brown.
Arelate
J'ai beaucoup aimé la lecture de cette bande-dessinée. On y découvre à travers le prisme des aventures des deux personnages principaux différents corps de métiers (bâtiment, chantier naval, "banquier"). On découvre également la vie de famille à cette époque que ce soit au niveau du couple ou de la transmission de l'autorité paternelle. Le scenario est dense et on suit avec intérêt les mésaventures du héros, qui donne son nom à ce premier tome, causées par son vice pour le jeu. Ce qui m'a plu c'est que l'on reste aux niveaux des petites gens ce qui offre une large galerie de personnages et loin de l'exubérance que l'on a souvent dans les séries sur l'Antiquité. Prenez garde à ne pas lire la deuxième préface (celle de Gilles Chaillet) car elle spoile une partie de l'histoire. Il y a dans mon édition un cahier graphique de 6 pages dans lequel sont présentées les recherches sur les personnages. Le dessin justement est un noir et blanc assez lumineux sans gris. Les visages des personnages sont détaillés et expressifs avec un trait fin , on a aucun mal à les distinguer. On a aussi de belles cases d'architecture avec des vues en contre plongée sur les toitures de la ville. Cependant certains ciels sont un peu vides. Un premier tome que je recommande.
Le Nao de Brown
Merde ! Mais qu'est-ce que je vais bien pouvoir écrire après avoir lu une BD comme ça... Genre, j'ai été happé par cette BD à la couverture si énigmatique. Bouffé par la tranche rouge de ce pavé de plus de 200 pages à la présentation si travaillée. C'est mon libraire qui il y a bien 2/3 semaines m'avait parlé de cette BD sélectionnée pour Angoulême et vanté ses qualités, mais que personne ne semblait avoir remarqué... Un peu comme Nao. Un peu comme l'auteur Glyn Dillon que j'ai trouvé par hasard en parcourant les stands d'Angoulême, esseulé sur le stand d'Akileos, sans personne pour lui parler lessive et machine à laver. C'est 5 mètres plus loin que j'ai eu le déclic. Retour en arrière. Je m'approche du stand. Oui, c'est bien cette BD là. - "Vous dédicacez ?" - "Yes !" Et voilà, comment je me retrouve avec un album que je n'ai pas encore lu, dédicacé en prime, et qui finira Prix spécial du Jury. Mais sorti de ces petits plaisirs matérialistes, je suis vraiment tombé sous le charme de cet album. Graphiquement tout d'abord. Le trait de Glyn Dillon qui donne dans le registre réaliste est d'une rare expressivité et d'une grande finesse. Son personnage principal, Nao, n'en ressort que plus troublant et dégage une empathie que j'ai rarement ressenti à la lecture d'une BD. On se glisse petit à petit dans son banal quotidien pour découvrir ce qui la ronge. Ces pulsions morbides et maladives lui pourrissent la vie et l'obligent à composer un quotidien de façade. Toujours à la recherche d'une sérénité impossible, ses rencontres et sa vie de tous les jours virent parfois au cauchemar pour un rien... Et ce rouge... Couleur dominante de cet album, qui définit si bien Nao et qui la met si bien en valeur dans la colorisation que réalise l'auteur : c'est tout simplement sublime. Ajoutez à cela, un conte asiatique qui ponctue ce récit de façon assez surréaliste et vous obtenez ce magnifique objet qui m'a laissé sur le cul et qui n'appelle qu'une relecture prochaine ! Je ne peux qu'applaudir à ce Prix Spécial du Jury d'Angoulême de cette année. On a failli passer sans s'en rendre compte à côté d'un petit chef-d’œuvre ! A lire de toute urgence !
Le Passeur d'Âmes
4.5/5 Ca c'est vraiment une excellente surprise (car je ne m'attendais pas à grand chose en ouvrant cet album). Le genre de surprise qui vous divertit, vous amuse et vous fait vraiment aimer la BD. "Le passeur d'âmes" est un récit qui prend pour cadre la mythologie grecque, mais où on trouverait de la technologie d'aujourd'hui. Chouette, car moi, j'adore la mythologie grecque, et ça a donné par le passé d'excellentes BD (Socrate le demi-chien pour n'en citer qu'une). Et ce qu'on remarque dès le début, c'est l'humour qui se dégage de cette BD : elle est très drôle. Entre les jeux de mots, les scénettes rigolotes glissées subtilement dans les dessins, le détournement de la mythologie, les gags de cet album sont toujours très fins mais très réussis (et pourtant, je suis quelqu'un d'assez difficile question humour). Alors non, on ne rit jamais à gorge déployée, mais à chaque page, un détail nous fait esquisser un sourire où on émet un petit gloussement (en tout cas, cette BD est beaucoup plus efficace question humour qu'une tripotée de BD à gags, beaucoup moins subtiles). Alors par contre, pour bien saisir toutes les subtilités de cette BD, il vous faudra être un minimum calé en mythologie grecque. De plus, l'histoire, quoique pas forcément très originale, est franchement réussie, accrocheuse, très prenante, bien rythmée, avec quelques effets de narration (vision du futur, retour dans le temps, etc...). Elle possède une fin très réussie et peut se lire aussi facilement par les petits comme par les grands. Et je finis sur le point sur lequel j'avais le plus de doutes avant d'entamer ma lecture : le dessin de Ced... Qui est finalement une très grande réussite et colle parfaitement à l'histoire : frais, coloré, avec un petit côté cartoon mais résolument moderne, expressif, dynamique, avec des cadrages osés et des personnages aux apparences réussies. Bref, tout dans cette BD est une réussite (et c'est dommage qu'elle soit passée un peu inaperçue lors de sa sortie) ; j'ai passé un excellent moment à la lire et je vous la recommande. Un coup de cœur comme je n'en ai pas eu depuis longtemps.
Mermaid Project
Cette série marque la collaboration entre 2 auteurs que j’apprécie particulièrement : d’un côté Léo dont les histoires et les univers ont tendance à me passionner, de l’autre Fred Simon dont le dessin caractéristique me plait énormément. Et je n’ai pas été déçu par le projet Mermaid. Ce monde imaginaire est super bien pensé, et sa découverte fonctionne très bien. Dans un futur proche les rapports entre les pays riches et pauvres se sont inversé. Du coup les rues de Paris sont un peu à l’abandon, c’est sale et ce n’est pas improbable. Cet aspect est bien rendu, les auteurs n’en font pas trop, mais juste ce qu’il faut pour rendre cet univers crédible et intéressant. Là-dessus on a droit à une histoire qui au départ ressemble à une banale enquête de police, mais très rapidement cela va prendre des proportions énormes. Et là aussi ça fonctionne terriblement bien. Peut-être que c’est trop gros pour certains, je le conçois parfaitement. Mais moi quand j’ouvre ce genre de BD ce n’est pas pour lire une histoire banale ou une intrigue policière qui ressemble aux faits divers qu’on lit dans les journaux. Du coup plus le complot qui s’annonce est d’ampleur plus j’ai des chances d’être satisfait, pour peu que le scénario tienne la route. Et c’est tout à fait le cas ici car l’histoire est prenante. On rentre dedans progressivement et plus on avance plus le mystère épaissit et nous tient en haleine. L’intrigue principale me plait donc beaucoup, mais, en plus de cette trame, il y a aussi plein de détails qui fonctionnent bien. L’univers dont j’ai parlé plus haut, mais aussi : le binôme entre la petite flic française et l’agent spécial américain, la manière dont l’intrigue prend tranquillement de l’ampleur, la façon de révéler petit à petit les vraies raisons qui font qu’on s’intéresse à cette affaire, l’apparition en douceur du ‘fantastique’. Bref du tout bon. Et puis, bien sûr, on a aussi le petit évènement final un peu déroutant et inattendu qui conclut le tome et donne irrémédiablement envie de lire le suivant…