Avec The Twelve, j'ai pris véritablement contact avec du très bon Comic. Jusqu'à présent, j'ai lu ça et là quelques séries qui, non dénuées d'intérêt et de qualités (et d'une lecture agréable), ne sont pas pour autant de grandes œuvres, principalement du fait d'une trop faible profondeur, tant dans le scénario que dans le traitement des personnages. Je dois bien reconnaître que je ne connais pas encore Watchmen et V pour Vendetta, que je découvrirai le plus rapidement possible.
Lorsque j'ai acheté le premier volume de The Twelve au moment de sa sortie, je ne savais pas trop à quoi m'attendre. J'ai pris le bouquin sur la rayonnage et deux choses m'ont suffisamment séduit pour valider l'acte d'achat. La première était la qualité du dessin, vraiment complet, bien travaillé, reprenant les codes mais avec une certaine noirceur que j'ai grandement apprécié. Enfin venaient les personnages, qui étaient pour moi de profonds inconnus mais qui, de premier abord, semblaient complexes.
Et après une lecture attentive de ce premier opus, le dessin s'est révélé effectivement tout bonnement superbe. Les personnages sont magnifiques, leurs costumes bien détaillés (notamment celui du Reporter Fantôme). Les décors, arrière plans etc recèlent de détails bref du très bon. Je trouve une colorisation de qualité, ceci étant souvent le défaut de bien des comics à mes yeux. Du très bon travail.
Ensuite, les personnages sont extrêmement fouillés, ils ont tous leur part d'ombre, leur face caché plus ou moins "dramatique" qui se révèle au fil de la lecture et qui passée au filtre de ce coma soixantenaire prend une dimension importante que certains ne sauront pas dépasser. A la lecture de ce premier tome, on a d'ailleurs beaucoup de questions en suspens mais sans que cette attente ne paraisse artificielle. Ce que j'ai aimé aussi, c'est cet amalgame de héros, fait de bric et de broc, entre ceux qui ont de réels pouvoirs et les tocards en tout genre. Et puis le déphasage temporel est bien rendu, que ce soit sur le plan des valeurs, l'éclatement de la structure personnelle, la perte de repères tout simplement. C'est bien ficelé.
La trame, assez lente, avec de nombreux flash back, un peu bavarde, nous amène elle aussi à de nombreuses interrogations, mais encore une fois cela semble naturel. Où allons nous dans cette histoire? L'évolution des personnages, leur utilité, leurs connexions bref on ressort de la lecture avec une grosse satisfaction d'avoir lu du tout bon et une frustration importante de ne pouvoir assouvir cette soif de réponses.
Est venu, après une longue, longue attente, le tome 2 pour nous apporter les lumières à toutes les zones d'ombre qui subsistaient. Et cet opus remplit parfaitement son rôle. L'histoire se déroule toujours assez lentement dans une première partie où nous poursuivons la découverte des faces méconnues de nos héros et qui vont petit à petit, à la manière d'un puzzle, nous dévoiler une trame de fonds. Le final bascule un peu dans l'action, mais cette partie a pour une fois été reléguée bien après le scénario et ses méandres. C'est un vrai régal. Seul (micro) bémol, l'historiette amoureuse ne m'apporte que trop peu et mets un peu de guimauve là où ce n'est peut être pas utile.
Le dessin est toujours aussi classieux, de côté rien à dire. Une mini série à faire lire à tous les amateurs de bonnes histoires pour les convertir aux comics.
La petite nouvelle plaçant les 12 avant la mise en cryogénisation est sympathique et replace les relations des uns et des autres en perspective, avec notamment des morceaux de bravoure différents et contrastés, au soutien d'un Cap' America en difficulté.
Comme cac, je suis étonné de la note globale piteuse attribuée à cette BD au jour d'aujourd'hui.
Moi, j'ai vraiment apprécié cette lecture. D'ailleurs, j'ai quasiment tout lu d'une traite !
On est littéralement plongé dans l'ambiance difficile et souvent belliqueuse des travailleurs de la terre du début du siècle dernier.
Graphiquement, c'est du noir et blanc qui m'a beaucoup rappelé Ibicus de Rabaté. Donner de la lisibilité à une oeuvre graphique en utilisant une aquarelle en niveaux de gris et noir est pour moi un véritable exploit: spontanément, on n'est guère attiré au premier abord par un tel travail. Mais c'est si bien fait que la lecture en est très fluide, et ce parti pris ne m'a absolument pas dérangé.
Je n'ai pas lu l'oeuvre originale, mais en tout cas l'histoire est bien racontée, et on arrive parfaitement à percevoir la psychologie des personnages: Lennie le benêt, Crooks le pauvre esclave noir, méprisé et relégué aux tâches ingrates, la dureté du caractère de George, pour qui Lennie est un fardeau, Curley, le salaud qui abuse de sa position de supériorité hiérarchique, et je pourrais aussi vous parler de la femme de Curley, de Carlson, Candy...
Quand on réalise que l'ensemble de toutes ces sensations que l'auteur arrive à nous faire ressentir tient sur un ouvrage qui se lit très vite, on ne peut qu'admettre que c'est du très bon boulot.
(187)
J'ai découvert le premier tome en 2004 à sa sortie.
Il faut dire qu'à l'époque je commençais à chercher un autre type de BD, me sortir de mes vieux Tintin et mes Lucky Luke, puisque pour ma part je ne m'y intéressais pas plus que çà. J'ai pourtant passé des heures à chercher un nouveau style qui me convienne : en tombant sur ce livre, j'ai vraiment accroché. Le personnage principal me parlait, cette série était pour moi. Je me suis facilement identifié au héros à ce moment là. L'histoire dégage quelque chose d'humain, de vrai.
L'humour y est très présent même si certains passages plus durs dégagent d'autres émotions.
Les dessins relativement simplistes sont suffisants. Pas besoin de rentrer dans les détails, quelques coups de crayons et on ressent tout de suite l'atmosphère parfois léger, parfois pesant.
Après avoir débattu longuement avec d'autres lecteurs sur cette série, je peux comprendre qu'on accroche pas vraiment. En fait, je suis convaincu qu'on adhère à cette BD (ou non) en fonction du moment dans notre vie où on la découvre.
Si les premières pages ne vous parlent pas maintenant, repassez plus tard !
Tâchez de quitter cette terre en l'ayant rendue meilleure que vous l'avez trouvée, et quand votre tour viendra de mourir, vous mourrez heureux en pensant que, en chaque occasion, vous n'avez pas perdu votre temps, mais que vous avez fait de votre mieux. C'est par cette citation de Robert Stephenson Baden-Powell que commencent innocemment les aventures de Paul au parc.
C'est le septième tome de la série des Paul et nous faisons un retour sur son enfance. Nous avons là le meilleur car l'auteur qui livre un récit autobiographique semble être à son apogée quant à la maturité de l'écriture avec cette recherche constante de la simplicité. Il réussit à nous faire vivre tout ces petits rien qui rappelle l'enfance sur fond de crise du fameux Octobre noir québécois avec une grande Histoire qui rejoint la petite. Nous plongerons également dans le monde du scoutisme avec la découverte de valeurs telles que l'amitié, le partage ou encore la solidarité. Sous des couverts très légers, l'auteur aborde des thématiques politiques très sérieuses. On sera fort loin des clichés habituels.
Et puis, et surtout, il y aura cette fin plus que tragique alors qu'on ne s'y attendait pas. La phrase introductive livrera tout son sens. On sort totalement atterré par une telle lecture qui reste authentique en dépit de tout. Une œuvre qui séduit et qui nous prend par les tripes. Une explosion inattendue qui touchera en plein cœur les lecteurs. C'est l'album à lire de toute urgence !
De la belle ouvrage quand même ! C'est simple, simplissime dans sa conception, même. Aucune fioriture dans le dessin, un début qui annonce la fin de chaque strip, et hop !
Mais pourquoi faire compliqué quand on peut faire simple ? C'est désuet, mais terriblement concret. C'est efficace. Hop ! Hop ! Hop !
Et c’est drôle (d'un humour plus ou moins noir), ce qui est le plus important, non ? La morale, qui conclut souvent les strips pourrait être édifiante. Mais elle n’est que réjouissante. Ou pas. Mais on a envie de lire la page suivante.
Francis veut, fait, rêve, échoue, mais on suit ses courtes pérégrinations, en connaissant d’avance la fin, qui justifie les moyens. Et hop ! Francis nous a fait passer de bons moments.
Quelle fraîcheur ! C’est simplement bon, et on en redemande. Et on vous en conseille la lecture!
Ce bouquin fait partie des œuvres nécessaires au devoir de mémoire. Dans notre village, le 11 novembre est célébré avec les enfants de l'école pour perpétuer et passer le témoin de la (re)connaissance de l'horreur. C'est une bonne chose (à mes yeux). Mais il ne faut pas pour autant se dédouaner des passages obscures de notre passé et c'est en cela que je remercie l'auteur de ce livre que je ne connaissais pas au demeurant. Et merci aussi à EP de sortir ce genre d'ouvrage, cette politique éditoriale est tout à leur honneur et j'apprécie de plus en plus cette maison d'édition.
Le chapitre illustré par cette BD est bien sombre, l'internement des Tsiganes dans ce camp de concentration. Mais l'auteur s'en empare en documentant merveilleusement bien son bouquin. Je ne suis pas fan du dessin, trop fouillis pour moi malgré une qualité de trait indéniable. Pour autant, ce n'est pas dérangeant du tout bien au contraire. C'est une œuvre majeure à lire, faire lire, faire découvrir, pour qu'à l'heure de certains discours nauséabonds, nous restions vigilants aux valeurs que nous laissons.
Comme Ems et Erik l'ont souligné dans leur post, au delà de l'environnement historique se pose bien évidemment la question du choix individuel devant l'indicible mais aussi celle d'une lutte muette mais ferme contre tous les abus, et ce à tout moment (ici dans l'immédiat après guerre, moment de flottement et de tension forte qui a vu des exactions abominables.
La BD sort grandie par ce type de livre. Merci
J'avais beaucoup aimé les Chroniques Birmanes, qui malgré quelques défauts (à mes yeux) révélaient une critique fine et intelligente de la junte du Myanmar. C'est avec grand appétit que je me suis plongé dans cette chronique nord coréenne.
On retrouve le trait simpliste de l'auteur mais pour autant très efficace car il ne prend pas le dessus sur le propos, il le souligne avec malice et à propos.
La grande différence avec l'opus que j'ai découvert avant, réside dans l'humour mieux manié encore (était-ce possible). Comme je l'avais souligné, cette patte québécoise dans le traitement humoristique de faits dramatiques est exceptionnelle. Le rapprochement 1984/Corée du Nord, tout est dit dans cette approche.
On retrouve avec joie également cette relation à l'autre, tantôt absurde, tantôt égoïste qui faisait le sel des Chroniques. Et cette fois, je pense que le background est plus causant pour les occidentaux et nettement plus présent. Du coup, c'est en tout cas mon ressenti, on est peut-être plus conscient du despotisme ambiant.
Décidément, Delisle est un auteur que je prends plaisir à découvrir et dont l'œuvre prendra une grande place dans ma biblio personnelle.
Après "Petite souris... grosse bêtise", le duo gagnant Dauvillier/Kokor nous propose une nouvelle BD sur les peurs/jeux de l'enfance.
Cette fois-ci c'est le thème du copain imaginaire, ce substitut onirique lorsque la solitude est trop grande pour l'enfant... Manon subit son antagonisme quotidien avec son frère jumeau, et s'invente donc un ami, un éléphant blanc, qui loge dans son placard. elle le retrouve lorsqu'elle se sent mal, seule, un peu mise à l'écart. Ensemble ils discutent, ils jouent, ils se font des mamours. Ce n'est pas gnangnan, accessible à tous, et comme d'habitude, superbement écrit.
Après nous avoir enchantés lors de leur première collaboration, Kokor en remet une couche dans l'illustration de cette petite histoire, dans un style qui rappelle celui de divers livres illustrés pour enfants, avec une mise en scène aérée en trois bandes.
Fortement recommandé pour les parents et leurs enfants à l'imagination fertile...
Le premier commentaire que j'ai eu à la lecture de cette BD, c'est "Ahh ! C'est moche !"
Et effectivement, cette BD n'a pas beaucoup pour elle visuellement parlant : le dessin est franchement passable, à la limite du moche souvent, les couleurs sont atroces, les yeux souffrent dans la lecture. Pour autant, il faut souligner que les cases sont bien faites, autant dans la composition que dans les cadrages ou les expressions. Mais c'est moche !
Ajouté à cela une narration qui privilégie énormément les textes, faisant des bulles énormes, souvent mélangées, ce qui ralentit considérablement la lecture, alors que l'on recherche l'ordre des textes, et surtout, qu'est-ce qu'il faut lire !
Et pourtant, j'ai adoré cette BD ! Aussi incroyable que cela puisse paraitre, je l'ai trouvée extraordinaire.
Déjà, il faut souligner que Lauzier est un auteur qui est passé par Philosophie, ce qui se ressent pas mal d'ailleurs. Car cette BD, c'est philosophie et réflexion à la clé !
La grande force de Lauzier, c'est d'avoir su distiller tout au long du récit un humour très fin et souvent inattendu, ce qui permet d'éviter la satire sociale lourde et pesante. Ici la finesse du propos est admirable.
Car l'allègement du propos est nécessaire ! En faisant une sorte de chronique de société sur cet homme qui fait sa crise de la trentaine, Lauzier passe la société au vitriol, et c'est pas joli.
Le résumé le plus simple serait : "Tous pourris". Car ici, tout le monde en prend pour son grade, chacun a ses côtés sombres, ses lâchetés et ses faiblesses, et surtout avec ses envies, ses aspirations. Le monde est rempli d'ambitieux, et pour y arriver, chacun est prêt à bouffer l'autre. Une jungle, où l'homme redevient animal.
Ce qui est frappant, c'est le côté non-héroïque du protagoniste : entre le discours moralisateurs à deux sous qu'il nous sert dans les premières pages, ses considérations dans les suivantes et son ego démesuré qui transparait dans toutes les pages, il n'est pas fait pour paraitre gentil. Et que dire des relations avec sa femme (en fait, avec LES femmes !).
Et pourtant, plus le récit avance, et plus on se prend de pitié pour ce garçon qui finalement est juste "banal", pas bon ni mauvais, juste "banal", comme le dit si bien Natacha. On le plaint, on se rend compte qu'il est rentré dans un monde qu'il ne connaissait pas et qu'il allait se faire bouffer.
Je trouve que cette BD est acide à tout les étages. D'aucuns y voient une critique du monde Show-biz, personnellement j'y vois une critique des cadres moyens également, ainsi que des artistes. Après tout, le protagoniste n'est qu'une victime au début. Un choc au moment où il se remet en question, le dérapage est amorcé.
Cette BD est vraiment intéressante à plus d'un niveau. Car si l'humour prédomine, on sent aussi la volonté de faire une histoire plus humaine, et les moments de tendresse sont assez beaux (notamment cette superbe scène où le héros demande à sa fille si il est méchant. Sublime). De même, certains passages semblent cruels, très poussés dans la méchanceté, mais toujours avec un humour grince-dent par dessus. Un cocktail que j'ai trouvé détonnant.
Et surtout, quelle morale ! Sublime ! Ces pages finales, réunissant tous les protagonistes (ou presque) dans une débauche de sourires faux-cul, de paillettes et de mondanités, dans une foule anonyme et pourtant tellement présente, envahissante. Un final en beauté pour une oeuvre qui le méritait.
En somme, j'ai été conquis par cette BD. Une réflexion et une dénonciation très efficace, qui n'a pas tellement vieilli quand on considère son âge canonique de 34 ans ! Toujours autant d'actualité, ce passage à vide alors qu'un monde merveilleux semble être au bout de nos doigts. Mais le paradis n'existe pas ici-bas ! Le monde est crapuleux et mauvais, partout où nous sommes. Seulement on le masque des fois plus qu'on ne le croit.
Une œuvre qui mérite un 4/5 largement, mais je ne mettrais pas un 5/5 pour les raisons évoquées au début, qui gâchent franchement le tout.
Lisez-le, je pense qu'elle en vaut largement la peine ! En tout cas, elle a su me combler.
Quel plaisir!
Jusque là je n'étais adepte que de la franco-belge et j'ai choisi Ikigami, Monster et Quartier lointain (grâce aux avis de notre site préféré !) pour me lancer dans le manga. Autant avec les 2 autres je savais ne prendre aucun risque, autant avec Ikigami (seulement 2 avis postés à l'époque) je ne savais pas où j'allais.
Bien m'en a pris, et c'est pourquoi je poste aujourd'hui car cette série vaut le détour.
Je ne suis pas spécialiste de manga mais l'histoire est cohérente et bien menée, le dessin colle parfaitement à l'ambiance et au scénario et j'ai beaucoup aimé le format de 2 épisodes par histoire.
Pour moi le fait que la série s'arrête en 10 tomes est plutôt une bonne chose, les auteurs manga ont parfois tendance à un peu trop s'enflammer et j'ai peur que l'on ait fini par tourner en rond.
A découvrir sans hésiter.
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Nos enjeux culturels et sociétaux
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The Twelve
Avec The Twelve, j'ai pris véritablement contact avec du très bon Comic. Jusqu'à présent, j'ai lu ça et là quelques séries qui, non dénuées d'intérêt et de qualités (et d'une lecture agréable), ne sont pas pour autant de grandes œuvres, principalement du fait d'une trop faible profondeur, tant dans le scénario que dans le traitement des personnages. Je dois bien reconnaître que je ne connais pas encore Watchmen et V pour Vendetta, que je découvrirai le plus rapidement possible. Lorsque j'ai acheté le premier volume de The Twelve au moment de sa sortie, je ne savais pas trop à quoi m'attendre. J'ai pris le bouquin sur la rayonnage et deux choses m'ont suffisamment séduit pour valider l'acte d'achat. La première était la qualité du dessin, vraiment complet, bien travaillé, reprenant les codes mais avec une certaine noirceur que j'ai grandement apprécié. Enfin venaient les personnages, qui étaient pour moi de profonds inconnus mais qui, de premier abord, semblaient complexes. Et après une lecture attentive de ce premier opus, le dessin s'est révélé effectivement tout bonnement superbe. Les personnages sont magnifiques, leurs costumes bien détaillés (notamment celui du Reporter Fantôme). Les décors, arrière plans etc recèlent de détails bref du très bon. Je trouve une colorisation de qualité, ceci étant souvent le défaut de bien des comics à mes yeux. Du très bon travail. Ensuite, les personnages sont extrêmement fouillés, ils ont tous leur part d'ombre, leur face caché plus ou moins "dramatique" qui se révèle au fil de la lecture et qui passée au filtre de ce coma soixantenaire prend une dimension importante que certains ne sauront pas dépasser. A la lecture de ce premier tome, on a d'ailleurs beaucoup de questions en suspens mais sans que cette attente ne paraisse artificielle. Ce que j'ai aimé aussi, c'est cet amalgame de héros, fait de bric et de broc, entre ceux qui ont de réels pouvoirs et les tocards en tout genre. Et puis le déphasage temporel est bien rendu, que ce soit sur le plan des valeurs, l'éclatement de la structure personnelle, la perte de repères tout simplement. C'est bien ficelé. La trame, assez lente, avec de nombreux flash back, un peu bavarde, nous amène elle aussi à de nombreuses interrogations, mais encore une fois cela semble naturel. Où allons nous dans cette histoire? L'évolution des personnages, leur utilité, leurs connexions bref on ressort de la lecture avec une grosse satisfaction d'avoir lu du tout bon et une frustration importante de ne pouvoir assouvir cette soif de réponses. Est venu, après une longue, longue attente, le tome 2 pour nous apporter les lumières à toutes les zones d'ombre qui subsistaient. Et cet opus remplit parfaitement son rôle. L'histoire se déroule toujours assez lentement dans une première partie où nous poursuivons la découverte des faces méconnues de nos héros et qui vont petit à petit, à la manière d'un puzzle, nous dévoiler une trame de fonds. Le final bascule un peu dans l'action, mais cette partie a pour une fois été reléguée bien après le scénario et ses méandres. C'est un vrai régal. Seul (micro) bémol, l'historiette amoureuse ne m'apporte que trop peu et mets un peu de guimauve là où ce n'est peut être pas utile. Le dessin est toujours aussi classieux, de côté rien à dire. Une mini série à faire lire à tous les amateurs de bonnes histoires pour les convertir aux comics. La petite nouvelle plaçant les 12 avant la mise en cryogénisation est sympathique et replace les relations des uns et des autres en perspective, avec notamment des morceaux de bravoure différents et contrastés, au soutien d'un Cap' America en difficulté.
Des souris et des hommes
Comme cac, je suis étonné de la note globale piteuse attribuée à cette BD au jour d'aujourd'hui. Moi, j'ai vraiment apprécié cette lecture. D'ailleurs, j'ai quasiment tout lu d'une traite ! On est littéralement plongé dans l'ambiance difficile et souvent belliqueuse des travailleurs de la terre du début du siècle dernier. Graphiquement, c'est du noir et blanc qui m'a beaucoup rappelé Ibicus de Rabaté. Donner de la lisibilité à une oeuvre graphique en utilisant une aquarelle en niveaux de gris et noir est pour moi un véritable exploit: spontanément, on n'est guère attiré au premier abord par un tel travail. Mais c'est si bien fait que la lecture en est très fluide, et ce parti pris ne m'a absolument pas dérangé. Je n'ai pas lu l'oeuvre originale, mais en tout cas l'histoire est bien racontée, et on arrive parfaitement à percevoir la psychologie des personnages: Lennie le benêt, Crooks le pauvre esclave noir, méprisé et relégué aux tâches ingrates, la dureté du caractère de George, pour qui Lennie est un fardeau, Curley, le salaud qui abuse de sa position de supériorité hiérarchique, et je pourrais aussi vous parler de la femme de Curley, de Carlson, Candy... Quand on réalise que l'ensemble de toutes ces sensations que l'auteur arrive à nous faire ressentir tient sur un ouvrage qui se lit très vite, on ne peut qu'admettre que c'est du très bon boulot. (187)
Le Combat ordinaire
J'ai découvert le premier tome en 2004 à sa sortie. Il faut dire qu'à l'époque je commençais à chercher un autre type de BD, me sortir de mes vieux Tintin et mes Lucky Luke, puisque pour ma part je ne m'y intéressais pas plus que çà. J'ai pourtant passé des heures à chercher un nouveau style qui me convienne : en tombant sur ce livre, j'ai vraiment accroché. Le personnage principal me parlait, cette série était pour moi. Je me suis facilement identifié au héros à ce moment là. L'histoire dégage quelque chose d'humain, de vrai. L'humour y est très présent même si certains passages plus durs dégagent d'autres émotions. Les dessins relativement simplistes sont suffisants. Pas besoin de rentrer dans les détails, quelques coups de crayons et on ressent tout de suite l'atmosphère parfois léger, parfois pesant. Après avoir débattu longuement avec d'autres lecteurs sur cette série, je peux comprendre qu'on accroche pas vraiment. En fait, je suis convaincu qu'on adhère à cette BD (ou non) en fonction du moment dans notre vie où on la découvre. Si les premières pages ne vous parlent pas maintenant, repassez plus tard !
Paul au parc
Tâchez de quitter cette terre en l'ayant rendue meilleure que vous l'avez trouvée, et quand votre tour viendra de mourir, vous mourrez heureux en pensant que, en chaque occasion, vous n'avez pas perdu votre temps, mais que vous avez fait de votre mieux. C'est par cette citation de Robert Stephenson Baden-Powell que commencent innocemment les aventures de Paul au parc. C'est le septième tome de la série des Paul et nous faisons un retour sur son enfance. Nous avons là le meilleur car l'auteur qui livre un récit autobiographique semble être à son apogée quant à la maturité de l'écriture avec cette recherche constante de la simplicité. Il réussit à nous faire vivre tout ces petits rien qui rappelle l'enfance sur fond de crise du fameux Octobre noir québécois avec une grande Histoire qui rejoint la petite. Nous plongerons également dans le monde du scoutisme avec la découverte de valeurs telles que l'amitié, le partage ou encore la solidarité. Sous des couverts très légers, l'auteur aborde des thématiques politiques très sérieuses. On sera fort loin des clichés habituels. Et puis, et surtout, il y aura cette fin plus que tragique alors qu'on ne s'y attendait pas. La phrase introductive livrera tout son sens. On sort totalement atterré par une telle lecture qui reste authentique en dépit de tout. Une œuvre qui séduit et qui nous prend par les tripes. Une explosion inattendue qui touchera en plein cœur les lecteurs. C'est l'album à lire de toute urgence !
Francis
De la belle ouvrage quand même ! C'est simple, simplissime dans sa conception, même. Aucune fioriture dans le dessin, un début qui annonce la fin de chaque strip, et hop ! Mais pourquoi faire compliqué quand on peut faire simple ? C'est désuet, mais terriblement concret. C'est efficace. Hop ! Hop ! Hop ! Et c’est drôle (d'un humour plus ou moins noir), ce qui est le plus important, non ? La morale, qui conclut souvent les strips pourrait être édifiante. Mais elle n’est que réjouissante. Ou pas. Mais on a envie de lire la page suivante. Francis veut, fait, rêve, échoue, mais on suit ses courtes pérégrinations, en connaissant d’avance la fin, qui justifie les moyens. Et hop ! Francis nous a fait passer de bons moments. Quelle fraîcheur ! C’est simplement bon, et on en redemande. Et on vous en conseille la lecture!
Tsiganes
Ce bouquin fait partie des œuvres nécessaires au devoir de mémoire. Dans notre village, le 11 novembre est célébré avec les enfants de l'école pour perpétuer et passer le témoin de la (re)connaissance de l'horreur. C'est une bonne chose (à mes yeux). Mais il ne faut pas pour autant se dédouaner des passages obscures de notre passé et c'est en cela que je remercie l'auteur de ce livre que je ne connaissais pas au demeurant. Et merci aussi à EP de sortir ce genre d'ouvrage, cette politique éditoriale est tout à leur honneur et j'apprécie de plus en plus cette maison d'édition. Le chapitre illustré par cette BD est bien sombre, l'internement des Tsiganes dans ce camp de concentration. Mais l'auteur s'en empare en documentant merveilleusement bien son bouquin. Je ne suis pas fan du dessin, trop fouillis pour moi malgré une qualité de trait indéniable. Pour autant, ce n'est pas dérangeant du tout bien au contraire. C'est une œuvre majeure à lire, faire lire, faire découvrir, pour qu'à l'heure de certains discours nauséabonds, nous restions vigilants aux valeurs que nous laissons. Comme Ems et Erik l'ont souligné dans leur post, au delà de l'environnement historique se pose bien évidemment la question du choix individuel devant l'indicible mais aussi celle d'une lutte muette mais ferme contre tous les abus, et ce à tout moment (ici dans l'immédiat après guerre, moment de flottement et de tension forte qui a vu des exactions abominables. La BD sort grandie par ce type de livre. Merci
Pyongyang
J'avais beaucoup aimé les Chroniques Birmanes, qui malgré quelques défauts (à mes yeux) révélaient une critique fine et intelligente de la junte du Myanmar. C'est avec grand appétit que je me suis plongé dans cette chronique nord coréenne. On retrouve le trait simpliste de l'auteur mais pour autant très efficace car il ne prend pas le dessus sur le propos, il le souligne avec malice et à propos. La grande différence avec l'opus que j'ai découvert avant, réside dans l'humour mieux manié encore (était-ce possible). Comme je l'avais souligné, cette patte québécoise dans le traitement humoristique de faits dramatiques est exceptionnelle. Le rapprochement 1984/Corée du Nord, tout est dit dans cette approche. On retrouve avec joie également cette relation à l'autre, tantôt absurde, tantôt égoïste qui faisait le sel des Chroniques. Et cette fois, je pense que le background est plus causant pour les occidentaux et nettement plus présent. Du coup, c'est en tout cas mon ressenti, on est peut-être plus conscient du despotisme ambiant. Décidément, Delisle est un auteur que je prends plaisir à découvrir et dont l'œuvre prendra une grande place dans ma biblio personnelle.
Mon copain secret
Après "Petite souris... grosse bêtise", le duo gagnant Dauvillier/Kokor nous propose une nouvelle BD sur les peurs/jeux de l'enfance. Cette fois-ci c'est le thème du copain imaginaire, ce substitut onirique lorsque la solitude est trop grande pour l'enfant... Manon subit son antagonisme quotidien avec son frère jumeau, et s'invente donc un ami, un éléphant blanc, qui loge dans son placard. elle le retrouve lorsqu'elle se sent mal, seule, un peu mise à l'écart. Ensemble ils discutent, ils jouent, ils se font des mamours. Ce n'est pas gnangnan, accessible à tous, et comme d'habitude, superbement écrit. Après nous avoir enchantés lors de leur première collaboration, Kokor en remet une couche dans l'illustration de cette petite histoire, dans un style qui rappelle celui de divers livres illustrés pour enfants, avec une mise en scène aérée en trois bandes. Fortement recommandé pour les parents et leurs enfants à l'imagination fertile...
La Course du rat
Le premier commentaire que j'ai eu à la lecture de cette BD, c'est "Ahh ! C'est moche !" Et effectivement, cette BD n'a pas beaucoup pour elle visuellement parlant : le dessin est franchement passable, à la limite du moche souvent, les couleurs sont atroces, les yeux souffrent dans la lecture. Pour autant, il faut souligner que les cases sont bien faites, autant dans la composition que dans les cadrages ou les expressions. Mais c'est moche ! Ajouté à cela une narration qui privilégie énormément les textes, faisant des bulles énormes, souvent mélangées, ce qui ralentit considérablement la lecture, alors que l'on recherche l'ordre des textes, et surtout, qu'est-ce qu'il faut lire ! Et pourtant, j'ai adoré cette BD ! Aussi incroyable que cela puisse paraitre, je l'ai trouvée extraordinaire. Déjà, il faut souligner que Lauzier est un auteur qui est passé par Philosophie, ce qui se ressent pas mal d'ailleurs. Car cette BD, c'est philosophie et réflexion à la clé ! La grande force de Lauzier, c'est d'avoir su distiller tout au long du récit un humour très fin et souvent inattendu, ce qui permet d'éviter la satire sociale lourde et pesante. Ici la finesse du propos est admirable. Car l'allègement du propos est nécessaire ! En faisant une sorte de chronique de société sur cet homme qui fait sa crise de la trentaine, Lauzier passe la société au vitriol, et c'est pas joli. Le résumé le plus simple serait : "Tous pourris". Car ici, tout le monde en prend pour son grade, chacun a ses côtés sombres, ses lâchetés et ses faiblesses, et surtout avec ses envies, ses aspirations. Le monde est rempli d'ambitieux, et pour y arriver, chacun est prêt à bouffer l'autre. Une jungle, où l'homme redevient animal. Ce qui est frappant, c'est le côté non-héroïque du protagoniste : entre le discours moralisateurs à deux sous qu'il nous sert dans les premières pages, ses considérations dans les suivantes et son ego démesuré qui transparait dans toutes les pages, il n'est pas fait pour paraitre gentil. Et que dire des relations avec sa femme (en fait, avec LES femmes !). Et pourtant, plus le récit avance, et plus on se prend de pitié pour ce garçon qui finalement est juste "banal", pas bon ni mauvais, juste "banal", comme le dit si bien Natacha. On le plaint, on se rend compte qu'il est rentré dans un monde qu'il ne connaissait pas et qu'il allait se faire bouffer. Je trouve que cette BD est acide à tout les étages. D'aucuns y voient une critique du monde Show-biz, personnellement j'y vois une critique des cadres moyens également, ainsi que des artistes. Après tout, le protagoniste n'est qu'une victime au début. Un choc au moment où il se remet en question, le dérapage est amorcé. Cette BD est vraiment intéressante à plus d'un niveau. Car si l'humour prédomine, on sent aussi la volonté de faire une histoire plus humaine, et les moments de tendresse sont assez beaux (notamment cette superbe scène où le héros demande à sa fille si il est méchant. Sublime). De même, certains passages semblent cruels, très poussés dans la méchanceté, mais toujours avec un humour grince-dent par dessus. Un cocktail que j'ai trouvé détonnant. Et surtout, quelle morale ! Sublime ! Ces pages finales, réunissant tous les protagonistes (ou presque) dans une débauche de sourires faux-cul, de paillettes et de mondanités, dans une foule anonyme et pourtant tellement présente, envahissante. Un final en beauté pour une oeuvre qui le méritait. En somme, j'ai été conquis par cette BD. Une réflexion et une dénonciation très efficace, qui n'a pas tellement vieilli quand on considère son âge canonique de 34 ans ! Toujours autant d'actualité, ce passage à vide alors qu'un monde merveilleux semble être au bout de nos doigts. Mais le paradis n'existe pas ici-bas ! Le monde est crapuleux et mauvais, partout où nous sommes. Seulement on le masque des fois plus qu'on ne le croit. Une œuvre qui mérite un 4/5 largement, mais je ne mettrais pas un 5/5 pour les raisons évoquées au début, qui gâchent franchement le tout. Lisez-le, je pense qu'elle en vaut largement la peine ! En tout cas, elle a su me combler.
Ikigami - Préavis de mort
Quel plaisir! Jusque là je n'étais adepte que de la franco-belge et j'ai choisi Ikigami, Monster et Quartier lointain (grâce aux avis de notre site préféré !) pour me lancer dans le manga. Autant avec les 2 autres je savais ne prendre aucun risque, autant avec Ikigami (seulement 2 avis postés à l'époque) je ne savais pas où j'allais. Bien m'en a pris, et c'est pourquoi je poste aujourd'hui car cette série vaut le détour. Je ne suis pas spécialiste de manga mais l'histoire est cohérente et bien menée, le dessin colle parfaitement à l'ambiance et au scénario et j'ai beaucoup aimé le format de 2 épisodes par histoire. Pour moi le fait que la série s'arrête en 10 tomes est plutôt une bonne chose, les auteurs manga ont parfois tendance à un peu trop s'enflammer et j'ai peur que l'on ait fini par tourner en rond. A découvrir sans hésiter.