Je viens de relire la chanson de Sigale et j'y ai trouvé le même plaisir qu'il y a 20 ans quand je l'ai découverte à sa sortie.
Au premier abord, les deux albums qui constituent cette série peuvent sembler éminemment farfelus.
L'action se situe au début des années 1950, dans un village provençal perché sur les contreforts des Alpilles, auquel on ne peut accéder que par un pont romain rappelant le pont du Gard. Le village surplombe l'abbaye des Fioupelans, célèbre pour son vin et pour les œuvres d'art de frère Pistou, genre de Facteur Cheval porté sur la bouteille et amateur de bonne chère. Aiguesieste est gouvernée par le débonnaire Augustin, édile érudit et bibliophile. On y rencontre divers personnages pittoresques, dont l'épicurisme n'a d'égal que la propension à se disputer afin de mieux se réconcilier autour d'un verre.
Mais on n'est tranquille nulle part et le quotidien de ce petit monde est troublé par des casse pieds agressifs.
Dans le premier album les habitants du village voisin de la Roche-Clairefont, menés par le maire Cruchol, s'emparent militairement d'Aiguesieste et y instaurent une insupportable dictature en forme de "régime végétarien". La résistance s'organise autour d'Augustin et de sa fille Sigale, involontairement responsable de ces événements tragiques.
Dans le second volume, ce sont d'étranges "estivants", débarqués de courges volantes, qui sèment la panique en s’enivrant de tous les liquides qui leur tombent sous la main. Mais les Aiguesiestois peuvent compter sur Sigale, leur arme secrète partie chercher du secours à Paris.
Peu de temps après que la série Les aventures d'Henri-Georges Midi ait été abandonnée, Christian Goux s'est lancé en solo dans la chanson de Sigale.
Il invente un univers provençal truculent, qui lorgne vers Marcel Pagnol et Jean Giono. Il met en scène toute une galerie de personnages attachants et pittoresques, entourés d'une multitude de figurants bien typés, derrière lesquels on entrevoit les ombres de Fernandel, de Raimu, de Michel Simon ou de Louis Jouvet. Au cours de ses pérégrinations, la jeune Sigale croise également Georges Brassens et Boby Lapointe.
Ces histoires loufoques et burlesques pourraient passer pour des pochades destinées à un public enfantin. Mais à y bien regarder, il y a dans cette approche du monde réel une dimension poétique qui dépasse la simple accumulation de péripéties extravagantes. L'invasion d'Aiguesieste par des fous furieux qui brûlent les livres et acclament un chef mégalomane est une allégorie de l'Occupation. La lutte des habitants pour préserver leur bonheur champêtre n'est pas sans rappeler le désir de retour à la terre dont rêvent nombre de contemporains. Et les cases en forme de rébus qui évoquent les chansons de Brassens dans Paris la douce amuseront assurément un public adulte.
Ces thèmes sont abordés sans lourdeur, avec une grande gentillesse. Car dans la chanson de Sigale, les gentils sont très gentils et les méchants, tout hideux qu'ils soient, sont surtout bêtes et ridicules. Bien sûr, ils sont punis à la fin pendant que les bon triomphent.
Le scénario est naïf, sans doute, mais pas simpliste, ni niais, ce qui demande un vrai talent. Et puis de temps à autres, c'est plaisant de lire des histoires gentilles avec des fins heureuses.
Le style du dessin de Christian Goux s'inspire de la ligne claire, avec des décors très soignés. Mais pour les personnages, il n'essaie plus d'imiter Bob de Moor. C'est désormais vers Dubout qu'il se tourne pour trouver son inspiration, et ce choix contribue pour beaucoup à la réussite de ces deux albums.
Les scènes de foule fourmillent de détails souvent comiques. L'accumulation de personnages dans les scènes de violence ou de liesse fait de chaque case un régal. Le regard s'attarde alors à traquer les détails saugrenus. Par moments, des dessins en pleine page d'une apparente simplicité cachent une extrême complexité digne du jeu où est Charlie ?. L'ensemble est très dynamique et l'auteur rend à merveille la confusion d'une bataille ou d'une procession où chacun des innombrables personnages semble vivre sa vie dans la plus grande fantaisie.
En bref, la chanson de Sigale a pour moi comme un parfum d'enfance heureuse, entre la guerre des boutons et Robin des Bois, ce qui est étrange car je n'étais déjà plus un gamin lorsque je l'ai découverte. Il y des œuvres comme ça qui vous rajeunissent l'esprit…
Le public n'a pas dû partager mes goûts et le troisième album annoncé n'est jamais paru.
Je ne sais même pas si Christian Goux a continué la bande dessinée.
Dommage…
Je donne à cette série un 4/5, amplement mérité à mon sens.
Et j'en fait mon coup de cœur du moment.
Que voilà un beau personnage !
Après m'avoir fait découvrir Mary Shelley sous un angle nouveau, les deux Da (Daniel Casanave et David Vandermeulen) se proposent ici de m'emmener sur les pas d'Adalbert Von Chamisso, dont je dois bien l'avouer, j'ignorais jusqu'à l'existence...
... ou plus exactement, que j'ignorais connaître. En effet, quel amateur de bande dessinée n'a pas lu au détour d'une phrase le titre péjoratif de rascal ? Et bien, figurez-vous que Rascal est le nom d'un des personnages de Chamisso !
Cet album m'a donc permis d'être un peu moins con, et rien que pour ça, je ne peux que remercier les auteurs.
A l'image de Shelley, le récit démarre sur des bases historiques solides mais bascule un moment dans la fantaisie littéraire, l'auteur dont on suit les pas fusionnant avec un de ses personnages. C'est déroutant, de prime abord mais aussi très astucieux pour mieux comprendre un auteur et son œuvre.
Le dessin, simple et expressif, de David Casanave et la narration légère et spontanée de David Vandermeulen sont deux véhicules des plus agréables à emprunter pour visiter cet univers. Le livre, copieux de près de 250 pages, se lit comme un rien. Le récit amuse, divertit, instruit et séduit.
Et me voilà sortant de cet album avec l'envie de découvrir "Peter Schlemihl", l'œuvre majeure de ce bien sympathique et atypique Chamisso. Sincèrement, quelqu'un qui écrivait il y a près de 200 ans "je saisit l'occasion pour élever ici une protestation solennelle contre l'appellation de "sauvages" appliquée aux insulaires de la mer du Sud..." mérite plus de reconnaissance. Merci donc aux auteurs de me l'avoir fait découvrir.
Franchement bien est peut-être exagéré car le récit comporte tout de même de quelques longueurs (dans sa première partie, principalement) mais c'est bien ! Le coup de cœur, lui est attribué au vu de certaines planches d'une vivifiante simplicité et pour la découverte de ce beau personnage.
Un album magnifique !
Voilà une vrai réussite pour un album qui (je ne sais pas si c'est le cas) ressemble quand même à un travail de commande pour une collection bien particulière : Géo BD.
Tout y es, le contenu riche en informations, le dessin de Marko qui sied parfaitement à cette région de la Chine qu'on nous présente, et une osmose entre tout ça qui nous plonge dans un récit parfaitement aboutit.
La maîtrise démographique de l'état chinois et ses conséquences dramatiques qu'on dénonce ici ne deviennent qu'un des éléments constituant de l'histoire pour laisser place à des personnages attachants, drôles où vient s'immiscer une petite touche de fantastique qui n'est pas pour me déplaire tout en cadrant toujours avec la tradition chinoise. Un peu d'aventure pour enrober le tout, et le lecteur se laisse vite embarquer !
Bref, vous m'aurez compris, je suis sous le charme de cet album jeunesse que je recommande vivement
Avec les noms de Berthet & d'Hautière, je ne pouvais passer à côté de cet album qui inaugure une nouvelle collection "Ligne noire", constituée de one shot de polar (sauf pour cet opus), chez Dargaud.
Pari réussi, en tout cas.
Avec son style très ligne claire, Berthet nous offre de splendides planches. En outre, les couleurs de Dominique David donnent à cette histoire un ton plus réaliste. (Sur la série Nico, les couleurs étaient plus flashies)
Quant à Hautière, il nous a concocté un bon polar, sur fond de révolution cubaine et de rêve américain, avec une fausse garce qui mérite vraiment le détour.
Cette rencontre, qui n'a rien d'explosif mais qui est assez maitrisée des deux côtés, entre Joaquim, modeste serveur, et Elena, arriviste avant tout, est très bien servie dans ce premier opus.
Scénario et dessin sont en parfaire symbiose pour cet album.
Classique mais efficace.
A lire évidemment
Ca alors, le prix du meilleur album à Angoulême ne semble pas déchainer les foules. Pourtant « Come Prima » est un excellent one-shot…
Le concept du « road movie » n’est certes pas franchement original, mais l’intrigue est prenante et rondement menée, et la relation entre frères bien représentée. La présence de passages contemplatifs ajoute une certaine poésie à l’histoire, qui se lit relativement rapidement au vu du nombre de pages. La mise en image d’Alfred est remarquable, les trajets Alpins sont un véritable délice pour les yeux.
Mon avis frise le 5/5, mais j’enlève un point pour le dénouement certes très joli mais un poil convenu. Un excellent moment de lecture, et un one-shot que je recommande chaudement !
Je ne suis pas fan des BD relatives à l’histoire des templiers, souvent elles sont ennuyantes, brouillonnes et assez compliquées.
Templiers, la chute (tome 1) est hors catégorie, une BD très réussie, une véritable pépite.
D’abord un scénario remarquablement fluide, je ne suis pratiquement jamais revenu en arrière dans l’histoire, pour une BD de 230 pages c’est pour moi un exploit.
L’histoire est très prenante, avec un côté historique qui passe très bien, on s’instruit sans s’en rendre compte, un humour très présent, des personnages avec beaucoup de charisme, toutes ces pages se lisent avec intérêt et passion.
Dans un premier temps c’est évidemment le dessin qui m’a décidé à me procurer ce livre, un dessin à l’image du récit, clair et précis, les dessinateurs sont parvenus à plonger le lecteur dans la France de XIVe siècle.
Un excellent premier tome, la suite est prévue pour avril 2014 (Le Graal).
Très chère Marion,
C’est en groupie de la première heure, tout acquis à votre cause (vous permettez que je vous vouvoie ?), que je saisis la plume et mon indignation : mais qu’est-ce que c’est que ce binz !?
Quelle est cette dernière lubie ? En ces temps allègres, dispensant les chaussettes où noyer notre moral au rythme des jours de pluie et des périodes de crise, oser titiller ce sacro-saint tabou français : l’argent ? Et plus précisément, dans un pseudo plaidoyer de l’opulence, s’autoriser une visite guidée des ghettos du gotha, humaniser les grands bourgeois ou s’amuser des enjeux et des rites de la gente épicière, légitimant le self-made-man, à coeur d’apprivoiser les loups de Wall Street. Allons, allons Marion ! Si je vous sais gré de votre talentueuse et bidonnante démystification de l’empire des sciences, si votre patronyme suppose des prédispositions aux réflexions abstraites et compliquées, l’économie, la sociologie, on laisse ça aux gens sérieux ! À moins que…
Bien sûr, vous ne faites jamais rien comme tout le monde. Théoriser, terroriser par la bulle n’est pas votre rayon ! Loin du discours, vous préférez la méthode : illustrer par l’exemple, conjecturer par l’expérimentation en dénichant la bénédiction de sommités authentiques qui octroient le recul, la légitimité pour claquer les planches en autant de tubes à essai, réalistes, impayables, pertinentes et impertinentes. Deux sociologues reconnus donc, caricaturés en hilarants faire-valoir tendance monomaniaques et pendus aux basques empiriques d’un gugusse (Philippe pour les intimes) emprunté à la vie courante (et au rayon bd de la fnouc). Un petit tour de passe-passe pour influencer les voies hasardeuses du jeu ; vous faites plonger le héros dans un océan de fortune. Frais batelier sur les cours tumultueux de l’élite monétaire et découvreur explorant les finitudes de la richesse, apprenti corsaire initié aux joies décadentes du kidnappage de l’art puis aux traumatismes de la violence symbolique, armateur novice cultivant la disposition à spéculer sur le malheur ou sous-marinier hagard brutalement immergé dans les eaux sourdes d’un décorum auto protecteur, le culte de l’entre-soi… Le rêve dénaturé en cauchemar charrie un flot d’interrogations existentielles, essentielles pour notre néo rupin qui va apprendre ce qu’il en coûte. Un farfouillage de tous les champs du possible, préoccupant, néanmoins très drôle, délicieusement illustré et habile jusqu’à ne plus faire douter que les moins nantis ignorent assurément leur bonheur (les pauvres !) ; remise en question rafraîchissante de la méritocratie ponctuée de grincements de dents et d’une conclusion politiques qui laisseront trahir un engagement, une certaine orientation idéologique. Mais chut, Marion, je crois bien que l’on nous observe…
L’exposé est séduisant. Et il n’est pas déraisonnable que l’on se questionne : alors riche, pourquoi pas moi ?
Dans un élan hypocrite, je rétorquerais : pour ne pas risquer de devenir ce sombre connard qui méprisera le monde. Si j’aspire à plus d’honnêteté, les voies s’ouvrant à moi se révèlent peu viables : se découvrir un subit et tendre penchant pour l'aristocratie helvète la plus agée restant à fiancer, faire cavalièrement joujou avec son pilou pilou, juste le temps imposé pour se voir olographié sur testament, et, ipso facto valider l’usufruit en préméditant un accident de vieillesse définitif, assurément regrettable, mais pécuniairement lénifiant. Non. Inconcevable (… de vivre en Suisse j’entends). Ou, peut-être, à l’instar de sieur Philippe, tenter de décrocher la timbale au Loto, au Keno ou à l’Eurocouillon, enfin n’importe quel vendeur d’espoir folklorique à la mode présumant le bonheur dans votre sagacité à coller le nombre adéquat de petites croix dans de trop nombreuses cases. J’ai testé : les boules !… Il ne resterait plus alors qu’à m’extraire les appendices palmaires du fondement pour turbiner plus, accessoirement palper plus, et (mais c’est hors de question !), dans cette naïveté collégiale grotesque, m’abaisser ainsi à sucer la couleuvre d’un intérimaire du 55 Faubourg-Saint-Honoré (je dérape…).
Bof… En définitive Marion, je m’en bats le découvert. Riche, je le suis tant. De fous rires, de la bonne humeur, du génie rare de clown pédagogue dont tu uses (finalement on se dit « tu » hein ?) pour me faire cogiter, me peindre en travers du visage cette drôle de grimace exhibant impudiquement mes plombages. Avant, pendant et après. Captivé par tes réflexions, régalé de mon nouveau kit « S.O.S. Socio pour les nuls » décapant, soudain contenté de ma classe sociale et prêt à tout avaler dans cette dure lutte (déjà je n’ai plus honte de prêter si sobrement l’esgourde aux tristesses de Chopin, en slip espadrilles, vautré comme un mollusque sur le canapé tout en me grattouillant mélodieusement les - tuuuuuut -, ou, lors des jours fêtards prodiguant le foie gras, à déployer cette noblesse, labélisée gros babouin, pour me bâfrer l'équivalent de trois plaques de marbre bourrées entre deux pitoyables tartines de pain rassis…). Serait-ce l’effet miraculeux de ton trait lâché, éloquent dans ses griffonnages mâtinés d’un je-m’en-foutisme si désopilant ?... Euh, sinon, tu as déjà pris des cours ?
Je châtie gentiment (mais si ! Je le kiffe ton dessin !), car j’aime. Vraiment ! Du fond du cœur, des sens (du fond de la bourse aussi), je te remercie pour ces instants de plaisirs persistants. À jouer ainsi, virtuose, le pamphlet raisonnable, l’étude vulgarisée épargnée du vulgaire, distillée par la diablerie, l’ubiquité d’un humour ravageur, tu entres définitivement dans le panthéon de mes auteurs chéris. Et, par cette déclaration d’amour mal déguisée, pourrais-je me dédouaner de cette compulsion cafouilleuse à transcrire mon enthousiasme ? Pardonneras-tu les nombreuses bêtises d’un blabla claudiquant qui, je l’espère, ne fera pas sourire que moi ? (au cas où, je te joins une demande en épousailles et les copies de mes derniers bulletins de salaire…)
Bises
P.-S. Quand tu la croiseras, embrasse aussi la prof Moustache pour moi.
J'ai tout de suite marché dans cette aventure, c'est bien construit, l'ambiance est fascinante, les personnages sont intéressants, même si Igür disparaît trop vite, c'est dommage. Les auteurs exploitent les codes d'une fantasy très approchante de l'univers décrit par Tolkien dans le Seigneur des Anneaux, donc n'innovent en rien, si bien que la réussite et le plaisir que procure cet album tiennent presque essentiellement au dessin de Lereculey qui a fait de beaux progrès depuis Arthur.
En effet, le début dans la taverne est très inspiré de La Communauté de l'Anneau, de même que le pont de la croisée de Krimmh ressemble comme un petit frère à celui de Khazad Dum ; quant au dragon, c'est un cousin de Smaug dans Bilbon le Hobbit.
La mise en page est remarquable, les successions d'images impriment un style semblable à des plans cinématographiques, le traitement des couleurs est magistral, ce qui donne un visuel de toute beauté avec des images fortes et belles : l'ouverture en première page (présentée en galerie) avec la cité de Marmaëkard en vision nocturne (avec un château improbable truffé de tours qu'on ne voit qu'en fantasy) ; également l'entrée du nain Hrym dans la taverne des Orcs ; l'assemblée des nains ; la montagne Verskann ; la cascade... Lereculey a acquis un trait assez maîtrisé pour accuser les expressions de visages...bref, j'admire beaucoup son dessin.
La seule chose qui me dérange, c'est la fin ; le recrutement qui prend beaucoup de pages n'est pas superflu, il fallait du temps pour que ces 7 personnages soient cernés et réunis, mais malheureusement ça coince avec la fin vraiment trop banale et trop décevante à la dernière page qui est envoyée à la va-vite. Après une si riche aventure, ça retombe trop platement. Est-ce le format d'album qui limite cette finition ? , ou est-ce que les auteurs emportés par leur élan se sont aperçus trop tard qu'ils étaient arrivés au terme de leur récit ? Malgré ou à cause de ce défaut, ma note reste à 4/5.
Grand fan des dessins de Munuera, je n'ai pas pu m'empêcher de découvrir ce premier tome où il est présent en tant que scénariste et dessinateur.
Le dessin est toujours aussi beau. Côté scénario j'ai aimé cette particularité de découper les parties de l'histoire en mini-histoires. Ça se lit très bien et je ne peux qu'encourager cette série. elle est prévue entre 3 et 5 tomes selon sa réussite auprès du public.
Je lui mets la note de 4/5 pour son dessin et son découpage de scénario que je trouve original pour une histoire de piraterie.
Je viens de relire mon avis après un puis deux tomes… Je vous le laisse ici dessous car ce que j’y écris me semble révélateur à plus d’un niveau. Cette série a grandi… Au fil des tomes, elle s’est affirmée et a fini par me conquérir complètement.
Si le dessin fait immédiatement penser à Bastien Vivès par sa spontanéité et son aspect jeté, presque brouillon, si le sujet quelque peu bateau de trois jeunes femmes devant sortir de l’adolescence pour entrer dans l’âge adulte fera fuir les allergiques aux romans graphiques, la justesse des mots, la qualité des silences, les nuances, les non-dits, l’émotion qui se dégage au fil des planches m’ont définitivement charmé.
Et si le thème a déjà souvent été exploré, la qualité première est ici de nous en offrir une vision actuelle, moderne et sensible. J’ai aimé voir ces trois jeunes femmes grandir, s’interroger dans leurs envies, mûrir, s’affirmer.
Et ce qui me semblait être autant de défauts au départ (couvertures hideuses, personnages multiples) se sont révélés n’être en aucune manière des obstacles à mon appréciation. J’en viens même à trouver la maquette des couvertures originale, c’est dire !
Non, franchement, je suis charmé, séduit, touché, ému. Le propos est simple et juste, bateau, sans doute… mais tellement bien tourné. Et puis cette idée de la randonnée dans le dernier tome, ce moment durant lequel ces filles peuvent se recentrer sur elles-mêmes… Je suis un grand partisan de la randonnée comme parenthèse vouée à la pensée et j’ai trouvé cet emploi tellement juste que ce passage est certainement pour beaucoup dans mon appréciation finale.
Je suis conquis et m'érige aujourd'hui en fervent défenseur de ce triptyque. Et si le premier tome ne vous convainc pas vraiment, je ne peux que vous inviter à continuer votre lecture car la série progresse constamment.
Un très beau roman graphique, simple et moderne.
Point très négatif : les couvertures ! Moins engageant que ça, je vois pas… Enfin, il y en a surement à qui ça plait, sinon ce projet aurait été refusé mais franchement, ces couleurs tranchées, ce découpage agressif et sans nuances, cette composition d’une froideur quasi clinique, ce n’est pas très heureux.
D’autant plus que le sujet, lui, relève du roman graphique doux amer pour adolescentes. Le contraste entre les couvertures et le sujet est donc énorme. Mais, bon, en général, le traitement graphique de l’œuvre m’a laissé quelque peu dubitatif. Non que ce soit mal dessiné… mais c’est un style… et ce style n’est pas le mien. L’auteur s’attarde principalement sur les regards ou les attitudes et se moque un peu du reste. Le trait est brut, les décors sont négligés…
Ceci dit, je me connais : si l’histoire m’intéresse, je suis capable de passer outre le dessin pourvu que celui-ci serve celle-là (je ne suis pas sûr que vous me suiviez, mais je me comprends).
L’histoire ? Le destin croisé de trois jeunes femmes. Rien ne les unit de prime abord et ce n’est qu’à la fin du premier tome que l’on comprend enfin quel type de relation elles sont amenées à entretenir.
La grosse difficulté que j’ai rencontrée dans ce premier tome est que, avec trois personnages principaux évoluant dans trois histoires initialement différentes, on a droit à trois fois des personnages secondaires… et quand on connait mon problème pour retenir les prénoms et le rôle de chaque personnage même dans une histoire assez simple, et bien ici, ce ne fut pas du gâteau. Mais j’ai rapidement senti le coup venir, donc je me suis focalisé sur ces fameux prénoms, n’ai pas hésité à faire des retours en arrière pour être sûr de ne pas me gourer… et m’en suis finalement sorti plus facilement que je ne le craignais.
Le deuxième tome a la bonne idée de limiter le nombre de personnages secondaire. L’histoire y gagne en clarté et permet au lecteur que je suis de mieux se centrer sur les relations entre les trois personnages centraux.
Chaque héroïne possède un profil propre mais le premier tome se résume finalement à une présentation de celles-ci. Et, à la fin dudit tome, on a un peu l’impression que l’histoire peut enfin commencer. Ceci dit, je ne me suis pas spécialement ennuyé durant ma lecture. La narration est fluide et ces tranches vie (avec trois cas d’espèce assez symboliques) sont quelque part assez intéressantes (mais elles toucheront sans doute plus un lectorat féminin que moi-même).
Le deuxième tome affine ces profils psychologiques et n’épargne pas ces jeunes filles. Les défauts sont autant mis en avant que les qualités, ce qui nous donne des profils crédibles. J’avoue être de plus en plus attaché aux personnages, même si l’envie de les baffer me démange parfois.
Après deux tomes, je suis donc suffisamment pris par le récit pour en conseiller l’achat. Je dirai même que si vous êtes fan du style « Vivès » et que les romans graphiques vous attirent, cette série pourrait bien se révéler être un maître-achat. Pour ma part, j’en reste à un 3/5 mais si je ne conseillais pas l’achat après le seul premier tome, ce deuxième tome m’a fait changer d’opinion.
En France, les livres sont au même prix partout. C'est la loi !
Avec BDfugue, vous payez donc le même prix qu'avec les géants de la vente en ligne mais pour un meilleur service :
des promotions et des goodies en permanence
des réceptions en super état grâce à des cartons super robustes
une équipe joignable en cas de besoin
2. C'est plus avantageux pour nous
Si BDthèque est gratuit, il a un coût.
Pour financer le service et le faire évoluer, nous dépendons notamment des achats que vous effectuez depuis le site. En effet, à chaque fois que vous commencez vos achats depuis BDthèque, nous touchons une commission. Or, BDfugue est plus généreux que les géants de la vente en ligne !
3. C'est plus avantageux pour votre communauté
En choisissant BDfugue plutôt que de grandes plateformes de vente en ligne, vous faites la promotion du commerce local, spécialisé, éthique et indépendant.
Meilleur pour les emplois, meilleur pour les impôts, la librairie indépendante promeut l'émergence des nouvelles séries et donc nos futurs coups de cœur.
Chaque commande effectuée génère aussi un don à l'association Enfance & Partage qui défend et protège les enfants maltraités. Plus d'informations sur bdfugue.com
Pourquoi Cultura ?
Indépendante depuis sa création en 1998, Cultura se donne pour mission de faire vivre et aimer la culture.
La création de Cultura repose sur une vision de la culture, accessible et contributive. Nous avons ainsi considéré depuis toujours notre responsabilité sociétale, et par conviction, développé les pratiques durables et sociales. C’est maintenant au sein de notre stratégie de création de valeur et en accord avec les Objectifs de Développement Durable que nous déployons nos actions. Nous traitons avec lucidité l’impact de nos activités, avec une vision de long terme. Mais agir en responsabilité implique d’aller bien plus loin, en contribuant positivement à trois grands enjeux de développement durable.
Nos enjeux environnementaux
Nous sommes résolument engagés dans la réduction de notre empreinte carbone, pour prendre notre part dans la lutte contre le réchauffement climatique et la préservation de la planète.
Nos enjeux culturels et sociétaux
La mission de Cultura est de faire vivre et aimer la culture. Pour cela, nous souhaitons stimuler la diversité des pratiques culturelles, sources d’éveil et d’émancipation.
Nos enjeux sociaux
Nous accordons une attention particulière au bien-être de nos collaborateurs à la diversité, l’inclusion et l’égalité des chances, mais aussi à leur épanouissement, en encourageant l’expression des talents artistiques.
Votre vote
La Chanson de Sigale
Je viens de relire la chanson de Sigale et j'y ai trouvé le même plaisir qu'il y a 20 ans quand je l'ai découverte à sa sortie. Au premier abord, les deux albums qui constituent cette série peuvent sembler éminemment farfelus. L'action se situe au début des années 1950, dans un village provençal perché sur les contreforts des Alpilles, auquel on ne peut accéder que par un pont romain rappelant le pont du Gard. Le village surplombe l'abbaye des Fioupelans, célèbre pour son vin et pour les œuvres d'art de frère Pistou, genre de Facteur Cheval porté sur la bouteille et amateur de bonne chère. Aiguesieste est gouvernée par le débonnaire Augustin, édile érudit et bibliophile. On y rencontre divers personnages pittoresques, dont l'épicurisme n'a d'égal que la propension à se disputer afin de mieux se réconcilier autour d'un verre. Mais on n'est tranquille nulle part et le quotidien de ce petit monde est troublé par des casse pieds agressifs. Dans le premier album les habitants du village voisin de la Roche-Clairefont, menés par le maire Cruchol, s'emparent militairement d'Aiguesieste et y instaurent une insupportable dictature en forme de "régime végétarien". La résistance s'organise autour d'Augustin et de sa fille Sigale, involontairement responsable de ces événements tragiques. Dans le second volume, ce sont d'étranges "estivants", débarqués de courges volantes, qui sèment la panique en s’enivrant de tous les liquides qui leur tombent sous la main. Mais les Aiguesiestois peuvent compter sur Sigale, leur arme secrète partie chercher du secours à Paris. Peu de temps après que la série Les aventures d'Henri-Georges Midi ait été abandonnée, Christian Goux s'est lancé en solo dans la chanson de Sigale. Il invente un univers provençal truculent, qui lorgne vers Marcel Pagnol et Jean Giono. Il met en scène toute une galerie de personnages attachants et pittoresques, entourés d'une multitude de figurants bien typés, derrière lesquels on entrevoit les ombres de Fernandel, de Raimu, de Michel Simon ou de Louis Jouvet. Au cours de ses pérégrinations, la jeune Sigale croise également Georges Brassens et Boby Lapointe. Ces histoires loufoques et burlesques pourraient passer pour des pochades destinées à un public enfantin. Mais à y bien regarder, il y a dans cette approche du monde réel une dimension poétique qui dépasse la simple accumulation de péripéties extravagantes. L'invasion d'Aiguesieste par des fous furieux qui brûlent les livres et acclament un chef mégalomane est une allégorie de l'Occupation. La lutte des habitants pour préserver leur bonheur champêtre n'est pas sans rappeler le désir de retour à la terre dont rêvent nombre de contemporains. Et les cases en forme de rébus qui évoquent les chansons de Brassens dans Paris la douce amuseront assurément un public adulte. Ces thèmes sont abordés sans lourdeur, avec une grande gentillesse. Car dans la chanson de Sigale, les gentils sont très gentils et les méchants, tout hideux qu'ils soient, sont surtout bêtes et ridicules. Bien sûr, ils sont punis à la fin pendant que les bon triomphent. Le scénario est naïf, sans doute, mais pas simpliste, ni niais, ce qui demande un vrai talent. Et puis de temps à autres, c'est plaisant de lire des histoires gentilles avec des fins heureuses. Le style du dessin de Christian Goux s'inspire de la ligne claire, avec des décors très soignés. Mais pour les personnages, il n'essaie plus d'imiter Bob de Moor. C'est désormais vers Dubout qu'il se tourne pour trouver son inspiration, et ce choix contribue pour beaucoup à la réussite de ces deux albums. Les scènes de foule fourmillent de détails souvent comiques. L'accumulation de personnages dans les scènes de violence ou de liesse fait de chaque case un régal. Le regard s'attarde alors à traquer les détails saugrenus. Par moments, des dessins en pleine page d'une apparente simplicité cachent une extrême complexité digne du jeu où est Charlie ?. L'ensemble est très dynamique et l'auteur rend à merveille la confusion d'une bataille ou d'une procession où chacun des innombrables personnages semble vivre sa vie dans la plus grande fantaisie. En bref, la chanson de Sigale a pour moi comme un parfum d'enfance heureuse, entre la guerre des boutons et Robin des Bois, ce qui est étrange car je n'étais déjà plus un gamin lorsque je l'ai découverte. Il y des œuvres comme ça qui vous rajeunissent l'esprit… Le public n'a pas dû partager mes goûts et le troisième album annoncé n'est jamais paru. Je ne sais même pas si Christian Goux a continué la bande dessinée. Dommage… Je donne à cette série un 4/5, amplement mérité à mon sens. Et j'en fait mon coup de cœur du moment.
Chamisso (L'Homme qui a perdu son ombre)
Que voilà un beau personnage ! Après m'avoir fait découvrir Mary Shelley sous un angle nouveau, les deux Da (Daniel Casanave et David Vandermeulen) se proposent ici de m'emmener sur les pas d'Adalbert Von Chamisso, dont je dois bien l'avouer, j'ignorais jusqu'à l'existence... ... ou plus exactement, que j'ignorais connaître. En effet, quel amateur de bande dessinée n'a pas lu au détour d'une phrase le titre péjoratif de rascal ? Et bien, figurez-vous que Rascal est le nom d'un des personnages de Chamisso ! Cet album m'a donc permis d'être un peu moins con, et rien que pour ça, je ne peux que remercier les auteurs. A l'image de Shelley, le récit démarre sur des bases historiques solides mais bascule un moment dans la fantaisie littéraire, l'auteur dont on suit les pas fusionnant avec un de ses personnages. C'est déroutant, de prime abord mais aussi très astucieux pour mieux comprendre un auteur et son œuvre. Le dessin, simple et expressif, de David Casanave et la narration légère et spontanée de David Vandermeulen sont deux véhicules des plus agréables à emprunter pour visiter cet univers. Le livre, copieux de près de 250 pages, se lit comme un rien. Le récit amuse, divertit, instruit et séduit. Et me voilà sortant de cet album avec l'envie de découvrir "Peter Schlemihl", l'œuvre majeure de ce bien sympathique et atypique Chamisso. Sincèrement, quelqu'un qui écrivait il y a près de 200 ans "je saisit l'occasion pour élever ici une protestation solennelle contre l'appellation de "sauvages" appliquée aux insulaires de la mer du Sud..." mérite plus de reconnaissance. Merci donc aux auteurs de me l'avoir fait découvrir. Franchement bien est peut-être exagéré car le récit comporte tout de même de quelques longueurs (dans sa première partie, principalement) mais c'est bien ! Le coup de cœur, lui est attribué au vu de certaines planches d'une vivifiante simplicité et pour la découverte de ce beau personnage.
Les Enfants de l'ombre
Un album magnifique ! Voilà une vrai réussite pour un album qui (je ne sais pas si c'est le cas) ressemble quand même à un travail de commande pour une collection bien particulière : Géo BD. Tout y es, le contenu riche en informations, le dessin de Marko qui sied parfaitement à cette région de la Chine qu'on nous présente, et une osmose entre tout ça qui nous plonge dans un récit parfaitement aboutit. La maîtrise démographique de l'état chinois et ses conséquences dramatiques qu'on dénonce ici ne deviennent qu'un des éléments constituant de l'histoire pour laisser place à des personnages attachants, drôles où vient s'immiscer une petite touche de fantastique qui n'est pas pour me déplaire tout en cadrant toujours avec la tradition chinoise. Un peu d'aventure pour enrober le tout, et le lecteur se laisse vite embarquer ! Bref, vous m'aurez compris, je suis sous le charme de cet album jeunesse que je recommande vivement
Perico
Avec les noms de Berthet & d'Hautière, je ne pouvais passer à côté de cet album qui inaugure une nouvelle collection "Ligne noire", constituée de one shot de polar (sauf pour cet opus), chez Dargaud. Pari réussi, en tout cas. Avec son style très ligne claire, Berthet nous offre de splendides planches. En outre, les couleurs de Dominique David donnent à cette histoire un ton plus réaliste. (Sur la série Nico, les couleurs étaient plus flashies) Quant à Hautière, il nous a concocté un bon polar, sur fond de révolution cubaine et de rêve américain, avec une fausse garce qui mérite vraiment le détour. Cette rencontre, qui n'a rien d'explosif mais qui est assez maitrisée des deux côtés, entre Joaquim, modeste serveur, et Elena, arriviste avant tout, est très bien servie dans ce premier opus. Scénario et dessin sont en parfaire symbiose pour cet album. Classique mais efficace. A lire évidemment
Come Prima
Ca alors, le prix du meilleur album à Angoulême ne semble pas déchainer les foules. Pourtant « Come Prima » est un excellent one-shot… Le concept du « road movie » n’est certes pas franchement original, mais l’intrigue est prenante et rondement menée, et la relation entre frères bien représentée. La présence de passages contemplatifs ajoute une certaine poésie à l’histoire, qui se lit relativement rapidement au vu du nombre de pages. La mise en image d’Alfred est remarquable, les trajets Alpins sont un véritable délice pour les yeux. Mon avis frise le 5/5, mais j’enlève un point pour le dénouement certes très joli mais un poil convenu. Un excellent moment de lecture, et un one-shot que je recommande chaudement !
Templiers
Je ne suis pas fan des BD relatives à l’histoire des templiers, souvent elles sont ennuyantes, brouillonnes et assez compliquées. Templiers, la chute (tome 1) est hors catégorie, une BD très réussie, une véritable pépite. D’abord un scénario remarquablement fluide, je ne suis pratiquement jamais revenu en arrière dans l’histoire, pour une BD de 230 pages c’est pour moi un exploit. L’histoire est très prenante, avec un côté historique qui passe très bien, on s’instruit sans s’en rendre compte, un humour très présent, des personnages avec beaucoup de charisme, toutes ces pages se lisent avec intérêt et passion. Dans un premier temps c’est évidemment le dessin qui m’a décidé à me procurer ce livre, un dessin à l’image du récit, clair et précis, les dessinateurs sont parvenus à plonger le lecteur dans la France de XIVe siècle. Un excellent premier tome, la suite est prévue pour avril 2014 (Le Graal).
Riche, pourquoi pas toi ?
Très chère Marion, C’est en groupie de la première heure, tout acquis à votre cause (vous permettez que je vous vouvoie ?), que je saisis la plume et mon indignation : mais qu’est-ce que c’est que ce binz !? Quelle est cette dernière lubie ? En ces temps allègres, dispensant les chaussettes où noyer notre moral au rythme des jours de pluie et des périodes de crise, oser titiller ce sacro-saint tabou français : l’argent ? Et plus précisément, dans un pseudo plaidoyer de l’opulence, s’autoriser une visite guidée des ghettos du gotha, humaniser les grands bourgeois ou s’amuser des enjeux et des rites de la gente épicière, légitimant le self-made-man, à coeur d’apprivoiser les loups de Wall Street. Allons, allons Marion ! Si je vous sais gré de votre talentueuse et bidonnante démystification de l’empire des sciences, si votre patronyme suppose des prédispositions aux réflexions abstraites et compliquées, l’économie, la sociologie, on laisse ça aux gens sérieux ! À moins que… Bien sûr, vous ne faites jamais rien comme tout le monde. Théoriser, terroriser par la bulle n’est pas votre rayon ! Loin du discours, vous préférez la méthode : illustrer par l’exemple, conjecturer par l’expérimentation en dénichant la bénédiction de sommités authentiques qui octroient le recul, la légitimité pour claquer les planches en autant de tubes à essai, réalistes, impayables, pertinentes et impertinentes. Deux sociologues reconnus donc, caricaturés en hilarants faire-valoir tendance monomaniaques et pendus aux basques empiriques d’un gugusse (Philippe pour les intimes) emprunté à la vie courante (et au rayon bd de la fnouc). Un petit tour de passe-passe pour influencer les voies hasardeuses du jeu ; vous faites plonger le héros dans un océan de fortune. Frais batelier sur les cours tumultueux de l’élite monétaire et découvreur explorant les finitudes de la richesse, apprenti corsaire initié aux joies décadentes du kidnappage de l’art puis aux traumatismes de la violence symbolique, armateur novice cultivant la disposition à spéculer sur le malheur ou sous-marinier hagard brutalement immergé dans les eaux sourdes d’un décorum auto protecteur, le culte de l’entre-soi… Le rêve dénaturé en cauchemar charrie un flot d’interrogations existentielles, essentielles pour notre néo rupin qui va apprendre ce qu’il en coûte. Un farfouillage de tous les champs du possible, préoccupant, néanmoins très drôle, délicieusement illustré et habile jusqu’à ne plus faire douter que les moins nantis ignorent assurément leur bonheur (les pauvres !) ; remise en question rafraîchissante de la méritocratie ponctuée de grincements de dents et d’une conclusion politiques qui laisseront trahir un engagement, une certaine orientation idéologique. Mais chut, Marion, je crois bien que l’on nous observe… L’exposé est séduisant. Et il n’est pas déraisonnable que l’on se questionne : alors riche, pourquoi pas moi ? Dans un élan hypocrite, je rétorquerais : pour ne pas risquer de devenir ce sombre connard qui méprisera le monde. Si j’aspire à plus d’honnêteté, les voies s’ouvrant à moi se révèlent peu viables : se découvrir un subit et tendre penchant pour l'aristocratie helvète la plus agée restant à fiancer, faire cavalièrement joujou avec son pilou pilou, juste le temps imposé pour se voir olographié sur testament, et, ipso facto valider l’usufruit en préméditant un accident de vieillesse définitif, assurément regrettable, mais pécuniairement lénifiant. Non. Inconcevable (… de vivre en Suisse j’entends). Ou, peut-être, à l’instar de sieur Philippe, tenter de décrocher la timbale au Loto, au Keno ou à l’Eurocouillon, enfin n’importe quel vendeur d’espoir folklorique à la mode présumant le bonheur dans votre sagacité à coller le nombre adéquat de petites croix dans de trop nombreuses cases. J’ai testé : les boules !… Il ne resterait plus alors qu’à m’extraire les appendices palmaires du fondement pour turbiner plus, accessoirement palper plus, et (mais c’est hors de question !), dans cette naïveté collégiale grotesque, m’abaisser ainsi à sucer la couleuvre d’un intérimaire du 55 Faubourg-Saint-Honoré (je dérape…). Bof… En définitive Marion, je m’en bats le découvert. Riche, je le suis tant. De fous rires, de la bonne humeur, du génie rare de clown pédagogue dont tu uses (finalement on se dit « tu » hein ?) pour me faire cogiter, me peindre en travers du visage cette drôle de grimace exhibant impudiquement mes plombages. Avant, pendant et après. Captivé par tes réflexions, régalé de mon nouveau kit « S.O.S. Socio pour les nuls » décapant, soudain contenté de ma classe sociale et prêt à tout avaler dans cette dure lutte (déjà je n’ai plus honte de prêter si sobrement l’esgourde aux tristesses de Chopin, en slip espadrilles, vautré comme un mollusque sur le canapé tout en me grattouillant mélodieusement les - tuuuuuut -, ou, lors des jours fêtards prodiguant le foie gras, à déployer cette noblesse, labélisée gros babouin, pour me bâfrer l'équivalent de trois plaques de marbre bourrées entre deux pitoyables tartines de pain rassis…). Serait-ce l’effet miraculeux de ton trait lâché, éloquent dans ses griffonnages mâtinés d’un je-m’en-foutisme si désopilant ?... Euh, sinon, tu as déjà pris des cours ? Je châtie gentiment (mais si ! Je le kiffe ton dessin !), car j’aime. Vraiment ! Du fond du cœur, des sens (du fond de la bourse aussi), je te remercie pour ces instants de plaisirs persistants. À jouer ainsi, virtuose, le pamphlet raisonnable, l’étude vulgarisée épargnée du vulgaire, distillée par la diablerie, l’ubiquité d’un humour ravageur, tu entres définitivement dans le panthéon de mes auteurs chéris. Et, par cette déclaration d’amour mal déguisée, pourrais-je me dédouaner de cette compulsion cafouilleuse à transcrire mon enthousiasme ? Pardonneras-tu les nombreuses bêtises d’un blabla claudiquant qui, je l’espère, ne fera pas sourire que moi ? (au cas où, je te joins une demande en épousailles et les copies de mes derniers bulletins de salaire…) Bises P.-S. Quand tu la croiseras, embrasse aussi la prof Moustache pour moi.
Sept voleurs
J'ai tout de suite marché dans cette aventure, c'est bien construit, l'ambiance est fascinante, les personnages sont intéressants, même si Igür disparaît trop vite, c'est dommage. Les auteurs exploitent les codes d'une fantasy très approchante de l'univers décrit par Tolkien dans le Seigneur des Anneaux, donc n'innovent en rien, si bien que la réussite et le plaisir que procure cet album tiennent presque essentiellement au dessin de Lereculey qui a fait de beaux progrès depuis Arthur. En effet, le début dans la taverne est très inspiré de La Communauté de l'Anneau, de même que le pont de la croisée de Krimmh ressemble comme un petit frère à celui de Khazad Dum ; quant au dragon, c'est un cousin de Smaug dans Bilbon le Hobbit. La mise en page est remarquable, les successions d'images impriment un style semblable à des plans cinématographiques, le traitement des couleurs est magistral, ce qui donne un visuel de toute beauté avec des images fortes et belles : l'ouverture en première page (présentée en galerie) avec la cité de Marmaëkard en vision nocturne (avec un château improbable truffé de tours qu'on ne voit qu'en fantasy) ; également l'entrée du nain Hrym dans la taverne des Orcs ; l'assemblée des nains ; la montagne Verskann ; la cascade... Lereculey a acquis un trait assez maîtrisé pour accuser les expressions de visages...bref, j'admire beaucoup son dessin. La seule chose qui me dérange, c'est la fin ; le recrutement qui prend beaucoup de pages n'est pas superflu, il fallait du temps pour que ces 7 personnages soient cernés et réunis, mais malheureusement ça coince avec la fin vraiment trop banale et trop décevante à la dernière page qui est envoyée à la va-vite. Après une si riche aventure, ça retombe trop platement. Est-ce le format d'album qui limite cette finition ? , ou est-ce que les auteurs emportés par leur élan se sont aperçus trop tard qu'ils étaient arrivés au terme de leur récit ? Malgré ou à cause de ce défaut, ma note reste à 4/5.
Les Campbell
Grand fan des dessins de Munuera, je n'ai pas pu m'empêcher de découvrir ce premier tome où il est présent en tant que scénariste et dessinateur. Le dessin est toujours aussi beau. Côté scénario j'ai aimé cette particularité de découper les parties de l'histoire en mini-histoires. Ça se lit très bien et je ne peux qu'encourager cette série. elle est prévue entre 3 et 5 tomes selon sa réussite auprès du public. Je lui mets la note de 4/5 pour son dessin et son découpage de scénario que je trouve original pour une histoire de piraterie.
Le Bel Âge
Je viens de relire mon avis après un puis deux tomes… Je vous le laisse ici dessous car ce que j’y écris me semble révélateur à plus d’un niveau. Cette série a grandi… Au fil des tomes, elle s’est affirmée et a fini par me conquérir complètement. Si le dessin fait immédiatement penser à Bastien Vivès par sa spontanéité et son aspect jeté, presque brouillon, si le sujet quelque peu bateau de trois jeunes femmes devant sortir de l’adolescence pour entrer dans l’âge adulte fera fuir les allergiques aux romans graphiques, la justesse des mots, la qualité des silences, les nuances, les non-dits, l’émotion qui se dégage au fil des planches m’ont définitivement charmé. Et si le thème a déjà souvent été exploré, la qualité première est ici de nous en offrir une vision actuelle, moderne et sensible. J’ai aimé voir ces trois jeunes femmes grandir, s’interroger dans leurs envies, mûrir, s’affirmer. Et ce qui me semblait être autant de défauts au départ (couvertures hideuses, personnages multiples) se sont révélés n’être en aucune manière des obstacles à mon appréciation. J’en viens même à trouver la maquette des couvertures originale, c’est dire ! Non, franchement, je suis charmé, séduit, touché, ému. Le propos est simple et juste, bateau, sans doute… mais tellement bien tourné. Et puis cette idée de la randonnée dans le dernier tome, ce moment durant lequel ces filles peuvent se recentrer sur elles-mêmes… Je suis un grand partisan de la randonnée comme parenthèse vouée à la pensée et j’ai trouvé cet emploi tellement juste que ce passage est certainement pour beaucoup dans mon appréciation finale. Je suis conquis et m'érige aujourd'hui en fervent défenseur de ce triptyque. Et si le premier tome ne vous convainc pas vraiment, je ne peux que vous inviter à continuer votre lecture car la série progresse constamment. Un très beau roman graphique, simple et moderne.
Point très négatif : les couvertures ! Moins engageant que ça, je vois pas… Enfin, il y en a surement à qui ça plait, sinon ce projet aurait été refusé mais franchement, ces couleurs tranchées, ce découpage agressif et sans nuances, cette composition d’une froideur quasi clinique, ce n’est pas très heureux. D’autant plus que le sujet, lui, relève du roman graphique doux amer pour adolescentes. Le contraste entre les couvertures et le sujet est donc énorme. Mais, bon, en général, le traitement graphique de l’œuvre m’a laissé quelque peu dubitatif. Non que ce soit mal dessiné… mais c’est un style… et ce style n’est pas le mien. L’auteur s’attarde principalement sur les regards ou les attitudes et se moque un peu du reste. Le trait est brut, les décors sont négligés… Ceci dit, je me connais : si l’histoire m’intéresse, je suis capable de passer outre le dessin pourvu que celui-ci serve celle-là (je ne suis pas sûr que vous me suiviez, mais je me comprends). L’histoire ? Le destin croisé de trois jeunes femmes. Rien ne les unit de prime abord et ce n’est qu’à la fin du premier tome que l’on comprend enfin quel type de relation elles sont amenées à entretenir. La grosse difficulté que j’ai rencontrée dans ce premier tome est que, avec trois personnages principaux évoluant dans trois histoires initialement différentes, on a droit à trois fois des personnages secondaires… et quand on connait mon problème pour retenir les prénoms et le rôle de chaque personnage même dans une histoire assez simple, et bien ici, ce ne fut pas du gâteau. Mais j’ai rapidement senti le coup venir, donc je me suis focalisé sur ces fameux prénoms, n’ai pas hésité à faire des retours en arrière pour être sûr de ne pas me gourer… et m’en suis finalement sorti plus facilement que je ne le craignais. Le deuxième tome a la bonne idée de limiter le nombre de personnages secondaire. L’histoire y gagne en clarté et permet au lecteur que je suis de mieux se centrer sur les relations entre les trois personnages centraux. Chaque héroïne possède un profil propre mais le premier tome se résume finalement à une présentation de celles-ci. Et, à la fin dudit tome, on a un peu l’impression que l’histoire peut enfin commencer. Ceci dit, je ne me suis pas spécialement ennuyé durant ma lecture. La narration est fluide et ces tranches vie (avec trois cas d’espèce assez symboliques) sont quelque part assez intéressantes (mais elles toucheront sans doute plus un lectorat féminin que moi-même). Le deuxième tome affine ces profils psychologiques et n’épargne pas ces jeunes filles. Les défauts sont autant mis en avant que les qualités, ce qui nous donne des profils crédibles. J’avoue être de plus en plus attaché aux personnages, même si l’envie de les baffer me démange parfois. Après deux tomes, je suis donc suffisamment pris par le récit pour en conseiller l’achat. Je dirai même que si vous êtes fan du style « Vivès » et que les romans graphiques vous attirent, cette série pourrait bien se révéler être un maître-achat. Pour ma part, j’en reste à un 3/5 mais si je ne conseillais pas l’achat après le seul premier tome, ce deuxième tome m’a fait changer d’opinion.