Très jolie surprise. Une bd contemplative, ça ne court pas les rues !
Les personnages sont dessinées de manières étranges mais s'intègrent parfaitement dans ces décors somptueux, aux perspectives peut être trop justes qui leur donnent quelque chose d'un peu faux, de trop étiré.
On a le sentiment que l'auteur est dans son univers, qu'il aime dessiner ce qu'il dessine, qu'il se fait plaisir que ça en est communicatif.
Cette bd ne satisfaira pas je pense bien du monde tant le le scénario n'est qu'une longue promenade. Si vous aimez paresser en regardant ce héros immortel en promenade, dans un univers aux décors somptueux, étranges car aux perpectives peu être trop juste, peuplés de personnages aux design à la fois créatifs/classiques, alors cette bd est pour vous.
Moi je vous la conseille vivement, j'ai adoré !
Je connais Anatole Le Braz de réputation, mais étrangement, je n'ai jamais eu l'occasion de lire ses écrits, alors qu'il a abordé les chansons, légendes et contes d'une Bretagne populaire que pourtant j'apprécie beaucoup. Son influence littéraire a d'ailleurs été importante parce que sa relation à la Bretagne n'exclut pas une allégeance sincère à la France. Je dis ça pour ceux qui ne savent pas que la Bretagne, région très particulariste, a mis très longtemps à digérer son intégration au royaume de France en 1532. En tout cas, les descriptions de Le Braz sur une Bretagne rurale et secrète ont intéressé un public qui y voyait un reste d'exotisme bretonnant sur le sol de la métropole.
Il y a un dialogue significatif en page 10 de cet album : "De quelle Bretagne êtes-vous donc, monsieur Le Braz ?". Effectivement, il y avait encore au début du 20ème siècle plusieurs Bretagne (Trégor, Penthièvre, Léon, Goëlo, Cornouaille, Retz...), et dans cette Bretagne compartimentée, les îles sont encore plus différentes des autres pays bretonnants, la mentalité des îliens s'est forgée au gré des rudes hivers venteux et des naufrages tragiques. Les Sénans et les Ouessantins surtout ont cette mentalité très spéciale, différente d'un Quimpérois, d'un Malouin ou d'un Vannetais.
Et ici, les auteurs ont su parfaitement la retranscrire, avec une vraie atmosphère propre à Ouessant, c'est le souffle d'une Bretagne très authentique et attachée à des traditions séculaires, comme on en voit dans cette Bd, avec notamment les proëlla (les croix de cire) et tout ce qui se rattache aux cérémonies des défunts.
Je ne connais pas encore Ouessant, et je rêve d'y aller, mais on dit que c'est une île fascinante ; je crois que les auteurs ont très bien cerné l'environnement, avec un dessin bien adapté, qui laisse voir de beaux paysages sauvages, mais aussi un folklore pittoresque constitué de calvaires, de petites maisons en granit, de clochers bretons hérissés typiques et de lande nue rappée par le vent...
Il ne se passe rien de spectaculaire, la narration s'écoule lentement et saisit subtilement l'essence de ce qu'avait su capter Anatole Le Braz dans son oeuvre régionaliste.
Une jolie Bd au ton mélancolique et nostalgique.
Petit flashback pratiquement 20 ans en arrière….
Le service militaire m’a au moins permis de faire la connaissance de mon frère de sang, Youcef, avec lequel entre autres nous gardons de chouettes moments de solidarité de notre impôt national en Allemagne.
Après avoir repris douloureusement nos études l’un comme l’autre, notre amitié s’est poursuivi bien au-delà des treillis et je me souviens encore comme si c’était hier dans sa chambre d’étudiant quelques bds qui trainaient et que je ne connaissais pas. L’une était Sambre dont il n’existait que 3 volumes dans une édition aujourd’hui disparue et la seconde était cet étrange gros bouquin souple au nom imprononçable : le Grand Pouvoir du Chninkel dont la couverture avec ce petit être boudeur et ce gros monolithe tout droit sorti de 2001, l’odyssée de l’espace ne m’inspiraient guère.
Mal m’en a pris, Youcef m’a prêté ses deux séries, une n’est plus qu’un vague souvenir sur une jolie brune aux yeux rouges dont j’ai arrêté de lire les péripéties après le 4ième tome, l’autre est une claque absolue dont je me plais à relire encore et souvent les tribulations en noir et blanc comme en couleurs.
Il faut dire que le noir et blanc charbonneux mais précis de Rosinski m’a séduit immédiatement avec cette introduction d’une bataille rangée avec trois armées complètement différentes. Le découpage est tel qu’il ne peut laisser indifférent un amateur d’Héroic Fantasy.
Au milieu un petit Chninkel, J’on, va rapidement et malgré lui, devenir l’enjeu d’une quête qui le dépasse. Que va-t-il faire de son « pouvoir » divin, lui qui n’aspire qu’à une vie tranquille et à une paix royale…
Dans un humour des plus salvateurs, Van Hamme va mettre en place une histoire assez noire (Dark Fantasy dites-vous ?) avec une ironie assez mordante et des situations plutôt inattendues.
Le dépaysement est total, la fameuse fin m’a laissé sur le carreau pour de bon et j’avoue sans sourciller n’avoir rien lu de tel depuis et encore à ce jour dans un style équivalent.
Je profite de l’occasion d’une nouvelle édition « anniversaire » pour aviser cette série vraiment spéciale pour moi et dont je possède à ce jour 4 éditions différentes. Souvent copiée, pas mal raillée également pour son coté mystique mais grandement reconnue et appréciée, les deux auteurs ne retrouveront plus cette liberté de ton étonnamment novatrice et toujours d’actualité.
Aujourd’hui Youcef et moi avons bien vieilli, habitons à plus de 1000 km l’un de l’autre et tout le monde ici s’en fout. Et pourtant malgré cela, l’amitié existe toujours ainsi que notre intérêt pour les bières, les contes celtiques, les Pogues et le Chninkel.
Un des rares récits que j’ai aimé lire, prends plaisir à lire encore et prendrai plaisir à relire dans 20 ans.
« Un Chninkel pour les amener tous et dans les ténèbres les lier » (pardon Spooky) ;)
BLAM !
Ba merde, en voilà une baffe que j’avais pas venu venir ! Ce premier tome de "La Fille Maudite du Capitaine Pirate" est tout simplement sublime !
Car la donzelle qui part en quête de son margoulin de paternel en a sous la botte montante, et celui qui nous conte ses aventures fantastiques en a autant sous le tricorne que sous la plume !
Graphiquement, c’est juste époustouflant. Ça a de la gueule, ça a du style, ça tire à boulet rouge sur toutes les conventions de la BD actuelle, mais qu’est-ce que ça fait du bien !!!
Jeremy Bastian nous entraîne dans un univers complet qui lui est propre, dans un noir et blanc épuré et précis. On navigue entre un visuel qui m’a beaucoup évoqué les gravures de Gustave Doré, de part l’aspect graphique qu’il développe et l’imaginaire issu du conte qu’il utilise. Ses planches évoluent rapidement au fil de l’album et de l’histoire pour composer au final de véritables petits bijoux de composition, où détails et lignes courbes se la jouent à la pointe de la plume pour avoir le dernier mot. Si cette façon de composer ses planches proche de l’illustration pure pourra en gêner certains dans la narration, je suis tombé sous le charme de cet équilibre fragile mais magique qu’il a su trouver.
D’autant plus que Jeremy Bastian n’est pas du genre cintré côté imagination ! Il l’a même plutôt débridée ! Il n’est qu’à voir le bestiaire qu’il nous propose et les personnages qu’il lâche au fil des pages pour essayer de prendre la (dé)mesure de cet album. C’est L’île au trésor de Stevenson et Alice aux Pays des Merveilles de Lewis Carroll passés à l’alambic pour en tirer une décoction qui détonne ! On est porté par cette lame de fond narrative où l’épique prends le dessus sur la raison. C’est juste fou. Juste beau. Et on se laisse porter jusqu’aux dernières pages de ce premier tome en piaillant d’impatience pour qu’une suite nous soit livrée…
A lire sans conditions !
L’œuvre de Stéphane Blanquet est de celles qui fascinent, sans que l’on sache toujours en trouver les mots pour l’expliquer.
« La Nouvelle aux pis » est un roman graphique muet, qui accroche les yeux jusqu’à les rayer. D’abord parce que Cornélius – une nouvelle fois ! a fait un remarquable travail éditorial, qui met très bien en valeur les qualités graphiques du travail de Blanquet. Ensuite justement ce travail graphique, ces découpages d’ombres chinoises sont franchement superbes.
Un théâtre d’ombres conçu comme une forêt qui attire et dans laquelle on se perd, d’autant plus que Blanquet n’a construit son histoire que par fragments, comme un rêve que l’on essayerait de reconstituer au réveil. J’ai dit un rêve, mais je voulais plutôt dire un cauchemar. Car comme toujours chez Blanquet, c’est noir, très noir !
On retrouve donc l’univers habituel de l’auteur, fait d’échappées nocturnes, de corps mutilés : qu’on l’apprécie (ce qui est mon cas) ou pas, on ne sort pas indemne de cette plongée dans les fantasmes d’adultes et les peurs enfantines.
Merci encore à l’éditeur, Cornélius, de nous « donner à voir » de telles œuvres, et de le faire avec un tel souci de la « mise en œuvre ».
C'est déjà un très bel ouvrage. Un beau livre avec une jolie couverture. Le pari était peut être risqué de partir sur du muet pour une trame et un sujet complexes. Les écolos muets c'est rare...Il faut un bon découpage pour que l'histoire ne s’effiloche pas et c'est bien le cas! Le héros est déjà physiquement attachant, un petit papi qui semble tout gentil sans tomber dans la mièvrerie. Son amour de la grande bleue, des grands horizons est profondément touchant. C'est aussi l'amour de son métier, avec tout ce que cela implique.
L'éloignement vis à vis de sa femme, se retrouver au large, baigné par le silence, c'est un truc que beaucoup d'hommes pourraient envier :D
Graphiquement, c'est vraiment un beau dessin qui vient soutenir l'histoire. Le trait et très expressif, les couleurs amènent un je ne sais quoi qui nous "plonge" dans cet océan pas toujours propre et pas souvent docile.
Malgré l'absence de dialogue, on comprend tout à fait le sens, l'expression des personnages parle d'elle même. Déjà lu trois fois et je ne suis toujours pas lassé.
A lire comme si on était dans un bateau pneumatique au milieu de nulle part, avec pour seul compagnon le silence. Dans ce cas là, il est d'or...
Lupano encore une fois fait mouche. Et pour la première fois Panaccione me touche.
Un de mes gros coups de cœur de l'année 2014.
Après le très réussi Voyage aux îles de la Désolation, Emmanuel Lepage nous embarque, une fois de plus, dans une magnifique aventure polaire, en compagnie de son frère, François, qui nous offre dans cet album des photographies, parfois en pleine page, de toute beauté.
C'est un voyage au bout du monde qui vous attend, avec des paysages dignes d'un paysage lunaire.
Avec son précédent périple, nous avions pris l'habitude des scènes maritimes mais ici, dans la seconde partie du livre, Emmanuel Lepage nous fait découvrir un monde complètement nouveau pour moi, l’Antarctique.
Fort bien agrémenté de l'histoire des découvreurs du 6ème continent (avec notamment les expéditions rivales et extraordinaires de Scott et d'Amundsen de 1912, celle de Charcot ou encore la formidable histoire de l'Irlandais Ernest Shackeleton, en 1914,) cet album n'est pas seulement un récit de voyage mais aussi un très beau livre d'histoire, un véritable hommage à ces aventuriers du Pôle, le plus souvent méconnus.
J'ai dévoré cet album, suivi avec passion les espoirs et déboires de François et d'Emmanuel Lepage, leurs joies et leurs peines.
Un livre que, comme les précédents livres d'Emmanuel Lepage consacrés aux Terres Australes et Antarctiques Françaises ou à Tchernobyl, je relirai avec plaisir à chaque fois tant l'histoire est prenante et les dessins d'une incroyable beauté.
A la lecture des planches, on ressent aussi le froid polaire, le vent mais aussi la chaleur humaine. Les photographies de François Lepage, loin de se substituer au dessin de son frère, apportent une respiration, un souffle, parfois une surprise à cette aventure.
L'album est complété par un dossier extrêmement enrichissant, et cette fois-ci composé intégralement de photographies.
Plongez dans cette aventure humaine.
Vous ne le regretterez pas.
Excellent album.
Comme tant d'autres bouquins, cela faisait longtemps qu'un exemplaire de David Boring trônait dans ma collection avec cette même volonté pour ma part de le l'engloutir très rapidement et de le repousser en même temps par peur d'en être déçu ou exclu.
Il faut dire qu'avec un titre pareil évoquant à la fois le leader des Naive New Beaters, celui de David Bowie (dont les consonances orales résonnent comme un miroir) ou tout simplement de l'ennui dont Boring est l'exacte traduction et une couverture peu engageante, je me doutais d'une certaine prise de risques.
Daniel Clowes est un de ces auteurs discrets et ô combien talentueux sachant utiliser l'ordinaire de toute situation pour en faire ressortir quelques souvenirs enfouis en chacun de nous. Reste à percevoir quelle sensibilité remonte le plus à la surface après analyse et ce n'est pas forcément ce qui nous honore le plus.
David Boring c'est exactement cela, une couverture donc représentant le visage du "héros", à la coiffure classique impeccable, moue triste, deux visages de femmes contrariées, deux flingues pointant vers le lecteur et une ombre ou un fantôme nous représentant une inconnue de dos.
Tout est un peu résumé dans cette couverture. Il n'est peut être pas dès lors indispensable d'aller plus loin si elle nous place dans une situation anxiogène car ce sera le cas le long des 3 actes suivants.
Et pourtant j'ai trouvé plutôt plaisant le premier acte nous narrant les déboires amoureux d'un jeune homme maigrelet, pas totalement attirant ni sur de lui et partageant ses expériences sexuelles avec sa colocataire lesbienne Dot, la seule personne qui lui sera fidèle d'un bout à l'autre du récit.
Sa quête de la femme ultime, David Boring, puisque c'est bien de lui dont on suit les traces, va la trouver dans les premières pages de ce premier acte en la présence de Wanda, une jeune fille à la coiffure d'un autre temps et au postérieur jugé trop imposant selon ses dires.
Son départ précipité et sans explications sera donc le point de départ d'une recherche de David Boring, perdu entre une mère trop possessive qu'il fuit et le souvenir d'un père, auteur de sombres comics sans succès, qu'il n'aura pas connu.
Cette recherche d'identité sexuelle et de valeurs familiales trouvera une pause vers le refuge d'une petite île vers le second acte où les protagonistes vont se déchirer tel un récit d'Agatha Christie avant de revenir vers le troisième et dernier acte où nombre de questions trouveront leur réponse, pas nécessairement celles que le lecteur attend mais celles que l'on peut trouver soi même dans notre propre vécu avec une part de réflexion ou d'introspection.
Aucun des personnages n'est réellement attachant ou fascinant. David Boring subit plus qu'il ne contrôle sa propre existence, portant un regard triste et passif sur son vécu. La voix off qu'il anime lui même permet d'introduire une bonne dose d'humour noir et quelques renvois sur des pages précédentes, des personnages apparaissant ici ou là comme des fantômes pour ne revenir que bien des pages plus tardivement comme les hasards de notre propre existence.
La menace d'une invasion terroriste renvoie curieusement à un souffle d'apocalypse. Écrit à la fin des années 1990 et curieusement en avance sur les tristes événements du 11 septembre 2001, Daniel Clowes a simplement posé sur papier les préoccupations toujours légitimes d'ailleurs d'une époque pas si lointaine et d'ailleurs le passage à l'an 2000 se passe bien dans les dernières pages de son David Boring presque comme par défaut sans aucun autre bouleversement.
Daniel Clowes, l'air de rien, maitrise toutes les situations de son récit. Son dessin en noir et blanc, juste magnifique, est une succession de regards fuyants comme sa couverture l'évoquait déjà.
Ses personnages semblent raides et dénués de vie mais ce n'est pas la faute à son coup de crayon. Sa ligne claire est aussi puissante que celle d'un Burns dont il partage également l'hommage au maitre Hergé (l'arrivée sur l'ile est un clin d’œil à la couverture de l'ile mystérieuse sans aucun doute).
On ressort de ce David Boring complètement abasourdi, pas le cœur léger tellement certaines situations renvoient au vécu d'un chacun je suppose. La construction en trois actes complètement différents perturbe un récit se faisant l'hommage de l'ennui, sentiment que je n'ai jamais retrouvé à la lecture tant je m'y suis finalement appliqué à le lire en une seule traite avec plaisir et effectivement il s'agit typiquement d'une lecture pouvant diviser comme rassembler.
Assurément David Boring est une grande œuvre de notre époque malheureusement par ailleurs car ses réponses sont ailleurs.
A ne pas louper pour le meilleur comme pour le pire.
Que voilà un magnifique album! Tout concours ici à nous embarquer. Dés les premières pages une ambiance et un climat s'installe qui ne nous quitte plus jusqu'à la dernière planche. Nous voyageons dans les îles Indonésiennes, en Malaisie dans la deuxième moitié du XIXème siécle ou les grandes puissances par l'intermédiaire de négociants qui y établissaient des comptoirs mettaient en coupe les richesses de ces pays et leurs populations. D'emblée les auteurs nous plongent dans cette ambiance des comptoirs ou les seules distractions sont le jeu et la boisson
Henninot au dessin fait des merveilles, il retranscrit la chaleur des îles, l'âpreté d'une partie de cartes, la violence de l'ouragan, des navires sur lesquels ont a envie de tenir la barre; bref son trait est vif, dynamique et parfaitement adapté au récit. Très féru d'histoires maritimes j'avoue que j'ai découvert cet album avec un esprit un peu dubitatif. En effet après ce qu'en a donné Riff Reb's dans Hommes à la mer, Le Loup des Mers et "A bord de l'Etoile Mathutine", je trouvais que la marche était haute. Et bien non, divine surprise!
Outre le dessin il faut donc ici saluer le talent de Nury qui brasse, mixe des nouvelles de Jack London et en ressort un récit d'aventure, de vengeance, d'hommes mais avec également un beau personnage de femme. Au passage il nous questionne sur l'avidité, la quête de puissance, de pouvoir, la place de la femme dans cette société dure. Il n'y a qu'à voir cet homme réfugié sur son île tel un potentat qui rêve d'une société dont il est le maitre absolu. Echec.
Ce que nous montre les auteurs au travers de cette histoire ou nul n'est épargné, c'est le miroir de nos travers. Ils nous offrent des portraits d'hommes qui ont beaucoup à perdre, et qui perdent beaucoup, ici personne ne ressort indemne.
Voilà donc une histoire forte, magnifiquement mise en images qui nous parle d'un monde révolu, brut, violent et qui ne s'embarrassait pas de ronds de jambes. Sans nul doute cette BD fera partie de mon top 10 de l'année.
Pour mon 3000ème avis, il me fallait une oeuvre exceptionnelle. J'ai choisi 'Candy Candy' qui est une histoire beaucoup moins niaise qu'on le dit. Avant de lire le manga, j'avais vu l'anime sur internet (à cause des problèmes entre les deux auteurs, c'est malheureusement le seul moyen pour regarder le dessin animé) et j'avais adoré. C'est un de mes animes préférés même si je ne fais pas partie du public cible.
Personnellement, je ne pense pas que le manga est meilleur et moins niais que l'anime. J'aime les deux œuvres quoique peut-être que je changerais d'avis si je le revoyais. J’avoue toutefois que j'ai aimé comment le manga ne contient pas de filler. Le scénario avance donc plus rapidement et les péripéties m'ont autant passionné que dans le dessin animé. Ce qui est génial avec le manga c'est que, ayant vu l'anime avant, j'avais déjà une bonne idée de ce qui allait se passer et cela ne m'a pas du tout dérangé de ne pas être surpris car c'est le genre d'histoire que je peux relire des dizaines de fois sans que mon intérêt diminue.
Les personnages sont attachants (enfin, sauf ceux qui sont faits pour agacer comme les Legrand qui méritent de se faire écraser par la voiture d'Alistair). J'adore Candy, Annie, Patricia, Anthony, Archibald, Terrance et surtout Alistair qui est mon personnage préféré. J'adore lire leurs aventures ! Pour ce qui est du dessin, je le trouve sublime.
Je trouve dommage que le procès entre les deux auteurs a fait en sorte que les droits soient bloqués et que cela fait en sorte que l'anime et le manga ne peuvent plus n'être diffusés que sur internet ou alors il faut avoir les VHS et fouiller les bouquineries pour trouver le manga. Personnellement, j'ai lu le tout sur internet et j'aimerais bien un jour que les volumes du manga fassent partie de ma collection car c'est une grande série qui ne mérite pas d'être considérée comme un truc gnan-gnan destiné uniquement aux jeunes filles.
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Adrastée
Très jolie surprise. Une bd contemplative, ça ne court pas les rues ! Les personnages sont dessinées de manières étranges mais s'intègrent parfaitement dans ces décors somptueux, aux perspectives peut être trop justes qui leur donnent quelque chose d'un peu faux, de trop étiré. On a le sentiment que l'auteur est dans son univers, qu'il aime dessiner ce qu'il dessine, qu'il se fait plaisir que ça en est communicatif. Cette bd ne satisfaira pas je pense bien du monde tant le le scénario n'est qu'une longue promenade. Si vous aimez paresser en regardant ce héros immortel en promenade, dans un univers aux décors somptueux, étranges car aux perpectives peu être trop juste, peuplés de personnages aux design à la fois créatifs/classiques, alors cette bd est pour vous. Moi je vous la conseille vivement, j'ai adoré !
Le Sang de la Sirène
Je connais Anatole Le Braz de réputation, mais étrangement, je n'ai jamais eu l'occasion de lire ses écrits, alors qu'il a abordé les chansons, légendes et contes d'une Bretagne populaire que pourtant j'apprécie beaucoup. Son influence littéraire a d'ailleurs été importante parce que sa relation à la Bretagne n'exclut pas une allégeance sincère à la France. Je dis ça pour ceux qui ne savent pas que la Bretagne, région très particulariste, a mis très longtemps à digérer son intégration au royaume de France en 1532. En tout cas, les descriptions de Le Braz sur une Bretagne rurale et secrète ont intéressé un public qui y voyait un reste d'exotisme bretonnant sur le sol de la métropole. Il y a un dialogue significatif en page 10 de cet album : "De quelle Bretagne êtes-vous donc, monsieur Le Braz ?". Effectivement, il y avait encore au début du 20ème siècle plusieurs Bretagne (Trégor, Penthièvre, Léon, Goëlo, Cornouaille, Retz...), et dans cette Bretagne compartimentée, les îles sont encore plus différentes des autres pays bretonnants, la mentalité des îliens s'est forgée au gré des rudes hivers venteux et des naufrages tragiques. Les Sénans et les Ouessantins surtout ont cette mentalité très spéciale, différente d'un Quimpérois, d'un Malouin ou d'un Vannetais. Et ici, les auteurs ont su parfaitement la retranscrire, avec une vraie atmosphère propre à Ouessant, c'est le souffle d'une Bretagne très authentique et attachée à des traditions séculaires, comme on en voit dans cette Bd, avec notamment les proëlla (les croix de cire) et tout ce qui se rattache aux cérémonies des défunts. Je ne connais pas encore Ouessant, et je rêve d'y aller, mais on dit que c'est une île fascinante ; je crois que les auteurs ont très bien cerné l'environnement, avec un dessin bien adapté, qui laisse voir de beaux paysages sauvages, mais aussi un folklore pittoresque constitué de calvaires, de petites maisons en granit, de clochers bretons hérissés typiques et de lande nue rappée par le vent... Il ne se passe rien de spectaculaire, la narration s'écoule lentement et saisit subtilement l'essence de ce qu'avait su capter Anatole Le Braz dans son oeuvre régionaliste. Une jolie Bd au ton mélancolique et nostalgique.
Le Grand Pouvoir du Chninkel
Petit flashback pratiquement 20 ans en arrière…. Le service militaire m’a au moins permis de faire la connaissance de mon frère de sang, Youcef, avec lequel entre autres nous gardons de chouettes moments de solidarité de notre impôt national en Allemagne. Après avoir repris douloureusement nos études l’un comme l’autre, notre amitié s’est poursuivi bien au-delà des treillis et je me souviens encore comme si c’était hier dans sa chambre d’étudiant quelques bds qui trainaient et que je ne connaissais pas. L’une était Sambre dont il n’existait que 3 volumes dans une édition aujourd’hui disparue et la seconde était cet étrange gros bouquin souple au nom imprononçable : le Grand Pouvoir du Chninkel dont la couverture avec ce petit être boudeur et ce gros monolithe tout droit sorti de 2001, l’odyssée de l’espace ne m’inspiraient guère. Mal m’en a pris, Youcef m’a prêté ses deux séries, une n’est plus qu’un vague souvenir sur une jolie brune aux yeux rouges dont j’ai arrêté de lire les péripéties après le 4ième tome, l’autre est une claque absolue dont je me plais à relire encore et souvent les tribulations en noir et blanc comme en couleurs. Il faut dire que le noir et blanc charbonneux mais précis de Rosinski m’a séduit immédiatement avec cette introduction d’une bataille rangée avec trois armées complètement différentes. Le découpage est tel qu’il ne peut laisser indifférent un amateur d’Héroic Fantasy. Au milieu un petit Chninkel, J’on, va rapidement et malgré lui, devenir l’enjeu d’une quête qui le dépasse. Que va-t-il faire de son « pouvoir » divin, lui qui n’aspire qu’à une vie tranquille et à une paix royale… Dans un humour des plus salvateurs, Van Hamme va mettre en place une histoire assez noire (Dark Fantasy dites-vous ?) avec une ironie assez mordante et des situations plutôt inattendues. Le dépaysement est total, la fameuse fin m’a laissé sur le carreau pour de bon et j’avoue sans sourciller n’avoir rien lu de tel depuis et encore à ce jour dans un style équivalent. Je profite de l’occasion d’une nouvelle édition « anniversaire » pour aviser cette série vraiment spéciale pour moi et dont je possède à ce jour 4 éditions différentes. Souvent copiée, pas mal raillée également pour son coté mystique mais grandement reconnue et appréciée, les deux auteurs ne retrouveront plus cette liberté de ton étonnamment novatrice et toujours d’actualité. Aujourd’hui Youcef et moi avons bien vieilli, habitons à plus de 1000 km l’un de l’autre et tout le monde ici s’en fout. Et pourtant malgré cela, l’amitié existe toujours ainsi que notre intérêt pour les bières, les contes celtiques, les Pogues et le Chninkel. Un des rares récits que j’ai aimé lire, prends plaisir à lire encore et prendrai plaisir à relire dans 20 ans. « Un Chninkel pour les amener tous et dans les ténèbres les lier » (pardon Spooky) ;)
La Fille maudite du capitaine pirate
BLAM ! Ba merde, en voilà une baffe que j’avais pas venu venir ! Ce premier tome de "La Fille Maudite du Capitaine Pirate" est tout simplement sublime ! Car la donzelle qui part en quête de son margoulin de paternel en a sous la botte montante, et celui qui nous conte ses aventures fantastiques en a autant sous le tricorne que sous la plume ! Graphiquement, c’est juste époustouflant. Ça a de la gueule, ça a du style, ça tire à boulet rouge sur toutes les conventions de la BD actuelle, mais qu’est-ce que ça fait du bien !!! Jeremy Bastian nous entraîne dans un univers complet qui lui est propre, dans un noir et blanc épuré et précis. On navigue entre un visuel qui m’a beaucoup évoqué les gravures de Gustave Doré, de part l’aspect graphique qu’il développe et l’imaginaire issu du conte qu’il utilise. Ses planches évoluent rapidement au fil de l’album et de l’histoire pour composer au final de véritables petits bijoux de composition, où détails et lignes courbes se la jouent à la pointe de la plume pour avoir le dernier mot. Si cette façon de composer ses planches proche de l’illustration pure pourra en gêner certains dans la narration, je suis tombé sous le charme de cet équilibre fragile mais magique qu’il a su trouver. D’autant plus que Jeremy Bastian n’est pas du genre cintré côté imagination ! Il l’a même plutôt débridée ! Il n’est qu’à voir le bestiaire qu’il nous propose et les personnages qu’il lâche au fil des pages pour essayer de prendre la (dé)mesure de cet album. C’est L’île au trésor de Stevenson et Alice aux Pays des Merveilles de Lewis Carroll passés à l’alambic pour en tirer une décoction qui détonne ! On est porté par cette lame de fond narrative où l’épique prends le dessus sur la raison. C’est juste fou. Juste beau. Et on se laisse porter jusqu’aux dernières pages de ce premier tome en piaillant d’impatience pour qu’une suite nous soit livrée… A lire sans conditions !
La Nouvelle aux pis
L’œuvre de Stéphane Blanquet est de celles qui fascinent, sans que l’on sache toujours en trouver les mots pour l’expliquer. « La Nouvelle aux pis » est un roman graphique muet, qui accroche les yeux jusqu’à les rayer. D’abord parce que Cornélius – une nouvelle fois ! a fait un remarquable travail éditorial, qui met très bien en valeur les qualités graphiques du travail de Blanquet. Ensuite justement ce travail graphique, ces découpages d’ombres chinoises sont franchement superbes. Un théâtre d’ombres conçu comme une forêt qui attire et dans laquelle on se perd, d’autant plus que Blanquet n’a construit son histoire que par fragments, comme un rêve que l’on essayerait de reconstituer au réveil. J’ai dit un rêve, mais je voulais plutôt dire un cauchemar. Car comme toujours chez Blanquet, c’est noir, très noir ! On retrouve donc l’univers habituel de l’auteur, fait d’échappées nocturnes, de corps mutilés : qu’on l’apprécie (ce qui est mon cas) ou pas, on ne sort pas indemne de cette plongée dans les fantasmes d’adultes et les peurs enfantines. Merci encore à l’éditeur, Cornélius, de nous « donner à voir » de telles œuvres, et de le faire avec un tel souci de la « mise en œuvre ».
Un océan d'amour
C'est déjà un très bel ouvrage. Un beau livre avec une jolie couverture. Le pari était peut être risqué de partir sur du muet pour une trame et un sujet complexes. Les écolos muets c'est rare...Il faut un bon découpage pour que l'histoire ne s’effiloche pas et c'est bien le cas! Le héros est déjà physiquement attachant, un petit papi qui semble tout gentil sans tomber dans la mièvrerie. Son amour de la grande bleue, des grands horizons est profondément touchant. C'est aussi l'amour de son métier, avec tout ce que cela implique. L'éloignement vis à vis de sa femme, se retrouver au large, baigné par le silence, c'est un truc que beaucoup d'hommes pourraient envier :D Graphiquement, c'est vraiment un beau dessin qui vient soutenir l'histoire. Le trait et très expressif, les couleurs amènent un je ne sais quoi qui nous "plonge" dans cet océan pas toujours propre et pas souvent docile. Malgré l'absence de dialogue, on comprend tout à fait le sens, l'expression des personnages parle d'elle même. Déjà lu trois fois et je ne suis toujours pas lassé. A lire comme si on était dans un bateau pneumatique au milieu de nulle part, avec pour seul compagnon le silence. Dans ce cas là, il est d'or... Lupano encore une fois fait mouche. Et pour la première fois Panaccione me touche. Un de mes gros coups de cœur de l'année 2014.
La Lune est blanche
Après le très réussi Voyage aux îles de la Désolation, Emmanuel Lepage nous embarque, une fois de plus, dans une magnifique aventure polaire, en compagnie de son frère, François, qui nous offre dans cet album des photographies, parfois en pleine page, de toute beauté. C'est un voyage au bout du monde qui vous attend, avec des paysages dignes d'un paysage lunaire. Avec son précédent périple, nous avions pris l'habitude des scènes maritimes mais ici, dans la seconde partie du livre, Emmanuel Lepage nous fait découvrir un monde complètement nouveau pour moi, l’Antarctique. Fort bien agrémenté de l'histoire des découvreurs du 6ème continent (avec notamment les expéditions rivales et extraordinaires de Scott et d'Amundsen de 1912, celle de Charcot ou encore la formidable histoire de l'Irlandais Ernest Shackeleton, en 1914,) cet album n'est pas seulement un récit de voyage mais aussi un très beau livre d'histoire, un véritable hommage à ces aventuriers du Pôle, le plus souvent méconnus. J'ai dévoré cet album, suivi avec passion les espoirs et déboires de François et d'Emmanuel Lepage, leurs joies et leurs peines. Un livre que, comme les précédents livres d'Emmanuel Lepage consacrés aux Terres Australes et Antarctiques Françaises ou à Tchernobyl, je relirai avec plaisir à chaque fois tant l'histoire est prenante et les dessins d'une incroyable beauté. A la lecture des planches, on ressent aussi le froid polaire, le vent mais aussi la chaleur humaine. Les photographies de François Lepage, loin de se substituer au dessin de son frère, apportent une respiration, un souffle, parfois une surprise à cette aventure. L'album est complété par un dossier extrêmement enrichissant, et cette fois-ci composé intégralement de photographies. Plongez dans cette aventure humaine. Vous ne le regretterez pas. Excellent album.
David Boring
Comme tant d'autres bouquins, cela faisait longtemps qu'un exemplaire de David Boring trônait dans ma collection avec cette même volonté pour ma part de le l'engloutir très rapidement et de le repousser en même temps par peur d'en être déçu ou exclu. Il faut dire qu'avec un titre pareil évoquant à la fois le leader des Naive New Beaters, celui de David Bowie (dont les consonances orales résonnent comme un miroir) ou tout simplement de l'ennui dont Boring est l'exacte traduction et une couverture peu engageante, je me doutais d'une certaine prise de risques. Daniel Clowes est un de ces auteurs discrets et ô combien talentueux sachant utiliser l'ordinaire de toute situation pour en faire ressortir quelques souvenirs enfouis en chacun de nous. Reste à percevoir quelle sensibilité remonte le plus à la surface après analyse et ce n'est pas forcément ce qui nous honore le plus. David Boring c'est exactement cela, une couverture donc représentant le visage du "héros", à la coiffure classique impeccable, moue triste, deux visages de femmes contrariées, deux flingues pointant vers le lecteur et une ombre ou un fantôme nous représentant une inconnue de dos. Tout est un peu résumé dans cette couverture. Il n'est peut être pas dès lors indispensable d'aller plus loin si elle nous place dans une situation anxiogène car ce sera le cas le long des 3 actes suivants. Et pourtant j'ai trouvé plutôt plaisant le premier acte nous narrant les déboires amoureux d'un jeune homme maigrelet, pas totalement attirant ni sur de lui et partageant ses expériences sexuelles avec sa colocataire lesbienne Dot, la seule personne qui lui sera fidèle d'un bout à l'autre du récit. Sa quête de la femme ultime, David Boring, puisque c'est bien de lui dont on suit les traces, va la trouver dans les premières pages de ce premier acte en la présence de Wanda, une jeune fille à la coiffure d'un autre temps et au postérieur jugé trop imposant selon ses dires. Son départ précipité et sans explications sera donc le point de départ d'une recherche de David Boring, perdu entre une mère trop possessive qu'il fuit et le souvenir d'un père, auteur de sombres comics sans succès, qu'il n'aura pas connu. Cette recherche d'identité sexuelle et de valeurs familiales trouvera une pause vers le refuge d'une petite île vers le second acte où les protagonistes vont se déchirer tel un récit d'Agatha Christie avant de revenir vers le troisième et dernier acte où nombre de questions trouveront leur réponse, pas nécessairement celles que le lecteur attend mais celles que l'on peut trouver soi même dans notre propre vécu avec une part de réflexion ou d'introspection. Aucun des personnages n'est réellement attachant ou fascinant. David Boring subit plus qu'il ne contrôle sa propre existence, portant un regard triste et passif sur son vécu. La voix off qu'il anime lui même permet d'introduire une bonne dose d'humour noir et quelques renvois sur des pages précédentes, des personnages apparaissant ici ou là comme des fantômes pour ne revenir que bien des pages plus tardivement comme les hasards de notre propre existence. La menace d'une invasion terroriste renvoie curieusement à un souffle d'apocalypse. Écrit à la fin des années 1990 et curieusement en avance sur les tristes événements du 11 septembre 2001, Daniel Clowes a simplement posé sur papier les préoccupations toujours légitimes d'ailleurs d'une époque pas si lointaine et d'ailleurs le passage à l'an 2000 se passe bien dans les dernières pages de son David Boring presque comme par défaut sans aucun autre bouleversement. Daniel Clowes, l'air de rien, maitrise toutes les situations de son récit. Son dessin en noir et blanc, juste magnifique, est une succession de regards fuyants comme sa couverture l'évoquait déjà. Ses personnages semblent raides et dénués de vie mais ce n'est pas la faute à son coup de crayon. Sa ligne claire est aussi puissante que celle d'un Burns dont il partage également l'hommage au maitre Hergé (l'arrivée sur l'ile est un clin d’œil à la couverture de l'ile mystérieuse sans aucun doute). On ressort de ce David Boring complètement abasourdi, pas le cœur léger tellement certaines situations renvoient au vécu d'un chacun je suppose. La construction en trois actes complètement différents perturbe un récit se faisant l'hommage de l'ennui, sentiment que je n'ai jamais retrouvé à la lecture tant je m'y suis finalement appliqué à le lire en une seule traite avec plaisir et effectivement il s'agit typiquement d'une lecture pouvant diviser comme rassembler. Assurément David Boring est une grande œuvre de notre époque malheureusement par ailleurs car ses réponses sont ailleurs. A ne pas louper pour le meilleur comme pour le pire.
Fils du Soleil
Que voilà un magnifique album! Tout concours ici à nous embarquer. Dés les premières pages une ambiance et un climat s'installe qui ne nous quitte plus jusqu'à la dernière planche. Nous voyageons dans les îles Indonésiennes, en Malaisie dans la deuxième moitié du XIXème siécle ou les grandes puissances par l'intermédiaire de négociants qui y établissaient des comptoirs mettaient en coupe les richesses de ces pays et leurs populations. D'emblée les auteurs nous plongent dans cette ambiance des comptoirs ou les seules distractions sont le jeu et la boisson Henninot au dessin fait des merveilles, il retranscrit la chaleur des îles, l'âpreté d'une partie de cartes, la violence de l'ouragan, des navires sur lesquels ont a envie de tenir la barre; bref son trait est vif, dynamique et parfaitement adapté au récit. Très féru d'histoires maritimes j'avoue que j'ai découvert cet album avec un esprit un peu dubitatif. En effet après ce qu'en a donné Riff Reb's dans Hommes à la mer, Le Loup des Mers et "A bord de l'Etoile Mathutine", je trouvais que la marche était haute. Et bien non, divine surprise! Outre le dessin il faut donc ici saluer le talent de Nury qui brasse, mixe des nouvelles de Jack London et en ressort un récit d'aventure, de vengeance, d'hommes mais avec également un beau personnage de femme. Au passage il nous questionne sur l'avidité, la quête de puissance, de pouvoir, la place de la femme dans cette société dure. Il n'y a qu'à voir cet homme réfugié sur son île tel un potentat qui rêve d'une société dont il est le maitre absolu. Echec. Ce que nous montre les auteurs au travers de cette histoire ou nul n'est épargné, c'est le miroir de nos travers. Ils nous offrent des portraits d'hommes qui ont beaucoup à perdre, et qui perdent beaucoup, ici personne ne ressort indemne. Voilà donc une histoire forte, magnifiquement mise en images qui nous parle d'un monde révolu, brut, violent et qui ne s'embarrassait pas de ronds de jambes. Sans nul doute cette BD fera partie de mon top 10 de l'année.
Candy Candy
Pour mon 3000ème avis, il me fallait une oeuvre exceptionnelle. J'ai choisi 'Candy Candy' qui est une histoire beaucoup moins niaise qu'on le dit. Avant de lire le manga, j'avais vu l'anime sur internet (à cause des problèmes entre les deux auteurs, c'est malheureusement le seul moyen pour regarder le dessin animé) et j'avais adoré. C'est un de mes animes préférés même si je ne fais pas partie du public cible. Personnellement, je ne pense pas que le manga est meilleur et moins niais que l'anime. J'aime les deux œuvres quoique peut-être que je changerais d'avis si je le revoyais. J’avoue toutefois que j'ai aimé comment le manga ne contient pas de filler. Le scénario avance donc plus rapidement et les péripéties m'ont autant passionné que dans le dessin animé. Ce qui est génial avec le manga c'est que, ayant vu l'anime avant, j'avais déjà une bonne idée de ce qui allait se passer et cela ne m'a pas du tout dérangé de ne pas être surpris car c'est le genre d'histoire que je peux relire des dizaines de fois sans que mon intérêt diminue. Les personnages sont attachants (enfin, sauf ceux qui sont faits pour agacer comme les Legrand qui méritent de se faire écraser par la voiture d'Alistair). J'adore Candy, Annie, Patricia, Anthony, Archibald, Terrance et surtout Alistair qui est mon personnage préféré. J'adore lire leurs aventures ! Pour ce qui est du dessin, je le trouve sublime. Je trouve dommage que le procès entre les deux auteurs a fait en sorte que les droits soient bloqués et que cela fait en sorte que l'anime et le manga ne peuvent plus n'être diffusés que sur internet ou alors il faut avoir les VHS et fouiller les bouquineries pour trouver le manga. Personnellement, j'ai lu le tout sur internet et j'aimerais bien un jour que les volumes du manga fassent partie de ma collection car c'est une grande série qui ne mérite pas d'être considérée comme un truc gnan-gnan destiné uniquement aux jeunes filles.