Put ... Punaise ! Je ne m'attendais vraiment pas à ça, mais alors pas du tout !
Ce pavé graphique m'a littéralement happé tout au long de ma lecture, pour finir par me déposer, hagard, environ deux jours plus tard.
Un pavé comme ça, c'est du plaisir en barre, et je pèse mes mots. Un trait d'une virtuosité extraordinaire sur tellement de planches (certes, c'est du travail sur de nombreuses années, mais tout de même, c'est loin d'être dégueu dès le début). Tout est dans un noir et blanc léché, avec des magnifiques cases et des personnages féminins qui sont loin d'être moches aussi.
En parlant du dessin, j'avais au début un gros problème pour me repérer dans la pléiade de personnages qui parsèment les pages des différents épisodes, mais très vite la lecture s'est faite plus fluide, je repérais les gueules et les personnages, les liens entre eux, et c'est pas simple vu le nombre qu'ils sont.
Mais avouons-le, cette BD m'a séduit beaucoup plus par son scénario, qui est, lui, d'une inventivité remarquable. C'est l'habile mélange d'un futur un peu spécial, d'une Amérique moderne, de questions sexuelles, de problèmes d'argent et de racisme, de quartier, et surtout et enfin de l'amour. L'amour qui va centraliser tout dans cette BD.
C'est vraiment curieux comme développement, partant de deux punkettes qui vivent à la fois une histoire d'amitié, mais aussi une histoire d'amour et une histoire de famille, tant on en viendrait parfois à les prendre pour deux soeurs. Mais Hopey et Maggy seront deux personnages qui resteront liées dans ma mémoire comme deux êtres qu'on ne pourrait séparer.
J'ai trouvé, dans cette BD, beaucoup de choses qui m'ont bien plu, et je ne pourrais les lister toutes, mais déjà la présence prépondérantes des femmes (qui assument bien des choses d'ailleurs, contrairement aux hommes), les transformations physiques qui évoluent progressivement dans les tomes, les sujets qui sont traités à la fois légèrement (à grand coup de rango ou de poings !) et gravement (le deuxième tome est parfois presque tragique), la morale qui est largement foutue à la porte à grand coups de pieds, et bien entendu, le vaste panorama englobé dans l'ensemble de la BD.
Vaste panorama, car c'est à la fois un beau morceau du territoire des Etats-Unis qui est pris en compte, mais également un vaste panel de l'humanité, entre hommes et femmes, familles, amis et amants, voisins et enfants. Tout ce joyeux monde se mêle dans plusieurs villes, dans un temps long. C'est vraiment très bien fait.
Mais ce que j'ai encore plus adoré, c'est la découverte progressive des personnages, la façon dont on est amené à découvrir tout ce que chacun à en soi quand on les a connus, au tout début du premier tome. Les deux protagonistes principales, évidemment, mais aussi toutes leurs amies et leurs connaissances, avec parfois leurs aspirations et leurs amours secrets. A ce titre, plusieurs d'entre elles connaissent au final des histoires tragiques, ou simplement humaines, ce qui n'est pas pour me déplaire, l'auteur ayant évité un happy end classique pour tout le monde.
J'aurais bien d'autres choses à dire sur l'ensemble de la BD, mais je vous la recommande tout simplement, une lecture longue et prenante, on a tout le temps de se fondre dans l'ambiance et la vie de ces personnages, tout le temps de s'y attacher également. C'est la vie qui est là, entre l'adolescence, la jeunesse et l'âge adulte. Un roman graphique dans un style que je n'avais encore jamais vu, cru et violent, drôle et tragique, beau et moche, émouvant aussi. Une bien belle BD, que j'ai lue avec grand plaisir et qui ne m'a pas déçu, tout en me scotchant jusqu'au bout. Il m'en est resté beaucoup, et avec du recul, je me rends compte que cette BD m'a vraiment marqué.
A lire, et je vous la recommande hautement.
Que se cache-t-il derrière cette superbe couverture ?
Un récit intimiste et à la fois universel, celui d'une jeune femme, Olivia, qui part, seule, sur les traces de sa famille, qui est née et a vécu à Alger et dans les Aurès, région montagneuse dans l'est de l'Algérie. Un besoin irrépressible, qu'elle décide de combler malgré les réticences fortes de son entourage, lesquelles se basent sur plein de raisons, bonnes ou mauvaises.
Alors Olivia trace la route avec Djaffar, un Algérien de Paris qui ne lit pas l'arabe, lui parle de sa propre famille, de l'histoire récente de l'Algérie, des "Evènements" à la décennie noire, des différences entre pieds-noirs (une expression qui ne repose sur rien, d'après lui) et "vrais" Algériens...
Le cheminement de la jeune femme est poignant, mais sans stigmatisation, voyeurisme ou amalgame. Elle découvre beaucoup de choses, qui vont bouleverser sa vision du monde et de ses proches, mais n'en restera pas moins émue par son voyage. Olivia Burton arrive à faire passer son message par un scénario très bien modélisé, qui laisse la part belle, également, au talent du dessinateur.
Je ne connaissais pas Mahi Grand, et en feuilletant l'album avant la lecture, je trouvais son trait un peu raide, manquant de maturité. Mais à la lecture cette impression s'est estompée, j'imagine qu'il est allé un peu sur place pour rendre la splendeur du pays. Du joli boulot.
Voici donc la petite merveille que j'attendais depuis plusieurs jours, enfin elle est en ma possession et sachez que je ne me suis pas jetée dessus, non, j'ai attendu de m'être calmée pour la lire à tête reposée, soit en gros trois bonnes heures, que d'émotion ! C'est une pure beauté, un petit joyau graphique, un dessin enivrant qui combine pinceau et informatique ; d'une finesse incroyable, le souci du détail est omniprésent, et même si la plupart du temps les décors ne sont pas très chargés, chaque case est travaillée avec une méticulosité extrême. Les couleurs sont magnifiques, les jeux d'ombre et de lumière parfaits, les villes comme les forêts, enchanteresses. Sans oublier le vieillissement des personnages qui est absolument parfait. Laura Zuccherie est une talentueuse dessinatrice à suivre de près.
L'histoire m'a tout autant conquise et même si elle ne sort pas des sentiers battus - pour l'instant - l'originalité ici tient à un tout. Un scénario bien mené et entraînant, avec des personnages attachants et bien travaillés psychologiquement, dont une petite fille qui a le comportement d'une gamine de son âge. Deux délicieux petits êtres, issus du petit peuple mais dont l'auteure ne nous dit pas les noms, j'espère qu'on en saura plus sur eux. Des animaux fabuleux, bien imaginés et fascinants à regarder. Une narration simple et belle qui est en accord avec l'histoire. Une petite touche d'humour vient se faufiler de temps en temps dans les méandres du récit. La suite promet d'être grandiose. De Sylvianne Corgiat j'ai entamé son autre série Elias le maudit qui paraît elle aussi très prometteuse, je vais d'ailleurs de ce pas la finir.
De plus, c'est un réel plaisir que de lire une production 100% féminine.
Tome 2
Aussi beau que le premier avec en prime une ville stupéfiante et grandiose. L'histoire par contre ne me semble pas avancer aussi vite que je m'y attendais, ceci dit elle est toujours aussi prenante. On connait enfin les noms des deux petits compagnons du groupe.
Suite et fin
La colorisation du dernier tome m'a tout de suite sauté aux yeux, certes elle n'est pas laide, je dirais même jolie, mais ce n'est pas celle des trois premiers aux couleurs directes soyeuses qu'on peut regarder pendant des heures, ça m'a gâché ma lecture. L'histoire, bien que sympa, je lui trouve quelques facilités de scénario sur la fin et un peu naïve aussi. Je me serais bien passé du : "je suis amoureuse de l'homme qui m'a élevée", je déteste ça.
Hormis ça c'est une histoire à lire, à défaut de posséder.
Ah, quelle belle BD que celle du Tueur ...
Un nom bien commun pour une BD qui s'avère à la base "classique", avec un tueur à gages et son boulot. On peut s'attendre à du déjà vu.
Et bien non ! Ici on a une bd qui innove dans le genre !
Le scénario, pas piqué des hannetons au passage, explore en effet en détail la psychologie et la mentalité du Tueur, personnage central dont finalement nous ignorons toutes les caractéristiques basiques (nom, âge, passé ...) mais qu'on a l'impression de connaitre intimement au bout de quelques tomes. Ouvrir un tome donne presque la sensation de retrouver une connaissance.
Face à ce personnage, les auteurs nous en livrent d'autres à la pelle, et pas des moindres, accompagnés par leurs pays et leurs autres horizons, de leurs autres cultures et mentalités. Bref un joli groupe réuni dans le monde des assassinats.
Pour accompagner ceci, nous avons droit à un dessin que je trouve très intéressant, tant par le dessin en lui même que par la disposition des cases, qui réussit à créer un suspense digne d'un film d'action, particulièrement dans les scènes de fusillades.
Et enfin, comme dit, nous avons dans cette série tout un côté mental et réflexion, très dérangeant (le genre que personne ne vous racontera en cours) et très bien ancré dans le récit. C'est vraiment ce qui m'a fait adorer cette BD.
Attention, même si je ne l'ai pas explicitement dit, le scénario reste très bon, dans la lignée des scénarios de thriller. Aucun reproche de ce côté là.
Alors pourquoi seulement 4/5 ? Parce que la série se conclut un peu brutalement sur un tome qui ouvre grand la voie à un nouveau cycle, et que je pense qu'il faut attendre encore un peu pour pouvoir conclure dessus. En attendant, 4/5 parfaitement mérité !
Mise à jour après lecture du dernier tome :
Il semblerait que ce tome 13 marque la fin définitive de la série, et je dois bien le confesser, je me suis pris une claque dans la gueule.
Le deuxième arc était, à mon humble avis, un cran en dessous du premier, moins nerveux, moins tendu, moins sombre, et sa fin était largement ouverte au troisième arc.
Et celui-ci est arrivé. En trois tomes seulement. Plus besoin de présentation des personnages, des lieux, ou des mentalités. Rien que de l'action, et il y en a cette fois-ci ! Les deux premiers tomes placent toute la suite de l'arc 2, mais tout en développant à nouveau ce pan très sombre de l'univers du tueur (qui est aussi le nôtre d'ailleurs) et en dirigeant la trame dans une direction bien dramatique.
Mais lorsque la fin arrive, lorsque le dernier tome s'ouvre, on se prend tout dans la gueule. C'est une sorte de claque monumentale qui balaye tout à coup l'ensemble de la série. Tout est soufflé dans une réflexion qui m'a surpris et qui est pourtant en adéquation parfaite avec le reste de la série. Sans parler du fait qu'on retombe totalement sur ses pieds, en harmonie avec la première partie.
Si la série était pour moi excellente, elle passe à "Culte" avec ce dernier tome qui rehausse l'ensemble et redonne une saveur que je pensais un peu diluée à la série du "Tueur". La fin est à la hauteur qu'on attendait au début, et j'ai maintenant tendance à voir la série comme une saga excellente qui connait une petite faiblesse au milieu. Le scénariste n'est pas tombé dans le piège d'une série à rallonge qui se casse la gueule et n'hésite pas à la faire retomber exactement là où il le veut. Rien n'est bien changé, si ce n'est le lecteur, et au final une sorte de désespoir transparaît à travers ces pages, comme une fatalité qui serait inhérente à l'être humain.
Si vous ne connaissez pas la saga, foncez les yeux fermés. Si vous l'avez lue et que vous avez aussi senti les faiblesses, dégustez le troisième acte qui est une perle extraordinaire. Un morceau de choix que je ne pensais pas et qui m'a laissé sur le cul. La réalité est bien plus cruelle et mordante qu'une BD, mais cette BD sait si bien décrire la réalité, qu'on croirait le vivre aussi.
Oui, une série qui a pour moi gagné son galon de "Culte". A lire, à dévorer, à offrir aussi.
Et à relire, surtout.
Alors là, c’est un gros gros coup de cœur !!!
Voilà un album que j’avais très envie de lire depuis bien longtemps, eu égard aux très nombreux et très bons échos qu’il avait suscités. Mais sa rencontre (petit tirage oblige) était plus qu’aléatoire, et alors le prix (petit tirage mais aussi spéculation ?) était franchement prohibitif et dissuasif.
La réédition par les éditions Atrabile – très belle d’ailleurs avec couverture épaisse et dos en toile, m’a permis d’acquérir et donc de lire ce qui est une sorte d’ovni ! Dans une préface, Ibn Al Rabin rappelle l’histoire hasardeuse et quelque peu mouvementée de l’écriture et de la première publication.
Dans la même préface, il conclut en disant qu’il avait cherché à l’époque à faire du Audiard genevois. Et c’est vrai qu’à la lecture on retrouve une parenté dans ces dialogues désopilants – et cette comparaison est clairement un compliment, avec aussi peut-être une influence du capitaine Haddock pour la préciosité des jurons (quelque mots peu courants se glissant alors dans les conversations).
En tout cas cette sorte de western alpin (l’accoutrement de certains personnages, l’attaque du train donnent cette touche « Far West ») est jubilatoire, avec une intrigue loufoque, improbable, et des personnages qui le sont tout autant !
C’est vraiment une imagination débordante qui innerve l’intrigue, énerve les protagonistes. L’ambition délirante à la base du détournement du train (faire du Liechtenstein une grande puissance !) s’accompagne de personnages hauts en couleur (les faux siamois, le comte avec son alchimiste entre autres). Les répliques fusent et ajoutent au délire de l’ensemble. De nombreux gags absurdes, parfois récurrents (comme ce voyageur demandant imperturbablement quand le train arrivera à Zurich, ou comme ces pillards de San Marin ????, dézingués à tour de bras et qui (re)surgissent de partout, toujours plus nombreux) élargissent la palette de l’humour employé.
La chute finale est elle aussi bien vue.
Bref, c’est vraiment un album qui ne peut laisser indifférent ! Pas forcément grand public – si vous êtes réfractaire au loufoque et à l’absurde, vous raterez une bonne partie de ce qui fait de cet album une grosse pépite.
A lire, à acheter, et merci encore à Atrabile ! Et encore bravo aux auteurs (dont c’était une sorte de sortie d’anonymat fracassante) pour avoir laissé quartier libre à leur imagination !
Allez, hop ! Voilà cinq étoiles bien méritées pour cet album qui nous y envoie très souvent.
L'histoire des Tirailleurs qui meurent au combat pour défendre la Mère Patrie... qui ne leur a pas été vraiment reconnaissante!
Histoire forte et très beau dessin.
A mettre d'urgence dans toutes les mains: de jeunes (programme de 3ème!), des moins jeunes, citoyens en tous genre qui voient le racisme quotidien s'étendre...
Urban est une oeuvre qui est dans tous les esprits de ceux qui reviennent de leur libraire. Il faut dire qu’il ne m’a pas fallu davantage que 30 secondes après l’avoir feuilleté pour avoir envie de l’embarquer avec moi. Une bd dont le bouche à oreille s'agrandit au fil des jours, aidé par des critiques quasi unanimes vantant les louanges d’une œuvre revenue de loin (Urban Games avait fait dès lors l’effet d’un pétard mouillé avec abandon du dessinateur dès le premier tome et mésentente avec les Humanos).
Vendu comme un blockbuster de science-fiction tendance Blade Runner, Urban s'avère être une œuvre qui souhaiterait s’affranchir de tout son passé mais repasse tel un hommage les nombreuses références d’une génération élevée aux petits Mickey, Dark Vador, Dragonball et j’en passe si l’on observe attentivement les costumes portés par une population désirant s’abandonner pendant un cours délai dans la cité-parc de loisirs au doux nom évocateur de Monplaisir.
Néanmoins tout n’est pas si rose dans ce monde futuriste à l’instar d’un Soleil Vert où les corps féminins sont réduits à l’état d’objet publicitaire et sexuel et où la violence devient un spectacle télévisé comme dans le Prix du danger d’Yves Boisset.
Une bd pétrie donc d’un propos et d’un fond. Pour autant, ça n'en est pas moins un bouquin saisissant et surtout envoûtant par la beauté des dessins. Je ne sais pas d’où vient ce Roberto Ricci mais j’ai hate de savoir où il va aller tant son talent nous déglingue la rétine par les couleurs, son trait, bref son style !
Après lecture des trois tomes, je dois réviser grandement mon jugement.
En effet, si le premier tome m’avait laissé sur une bonne impression pour l’univers présenté et la maitrise graphique incroyable de Roberto Ricci, je n’étais encore pleinement convaincu par l’histoire mais le scénariste Luc Brunschwig possède mille idées qui explosent enfin dès le second tome par une maitrise narrative surprenante, multipliant les personnages et points de vue et en développant moult flashbacks par une méthode reprenant cadrage et mise en scène digne d’un blockbuster hollywoodien.
Les couleurs et les décors étouffant de détails contribuent grandement à l’ambiance anxiogène d’un univers bien plus complexe qu’il n’y parait. Pourtant le lecteur ne s’y sent jamais lésé ou perdu.
Chaque tome se termine sur un cliffhanger relançant l’histoire et l’intérêt. Au début du tome 3 et des conséquences d’une attaque plongeant le monde dans une obscurité artificielle, je me suis même rappelé pourquoi j’aimais tant la bd franco-belge SF et rien que pour cela…. MERCI aux auteurs !
Du coup je passe ma note de 3 à 4/5 avec un coup de cœur mérité dans l’attente d’une suite à la hauteur de mes espérances mais l’entreprise a l’air suffisamment robuste pour même les dépasser.
En tous cas pour ceux qui y sont restés insensibles c’est vraiment l’œuvre à lire de toute urgence à l’heure actuelle, ne regrettez pas votre ticket pour Monplaisir, vous n’en serez pas déçus.
J'avais très peur en empruntant cet ouvrage de ne pas l'aimer. J'ai été baigné dans la culture Disney et j'avais peur d'une dénaturation complète du mythe. Je suis bien servi ! Et pourtant, j'ai littéralement adoré. Le traitement graphique est d'une réussite sans nom et qui laisse sans voix.
On reprend donc l'histoire de Pinocchio qui devient dans cette version un robot crée par un inventeur Geppetto dont la femme est un peu nymphomane. J'ai adoré les petites histoires de Jiminy Cafard. Que dire encore de Blanche Neige et des 7 salopards? C'est bizarre mais c'est le genre d'humour que j'aime bien car il y a un sens à travers chaque situation apparemment anodine. Oui, il y a une critique en règle du monde capitaliste, de l'armée, de la religion et même des parcs d'attraction à la Disney !
Je déteste pourtant le trash. Il y a quand même des exceptions dont celle-ci fera partie. C'est drôle et intelligent à la fois. Ce Pinocchio est-il politiquement correct? Certainement pas mais c'est pour notre plus grande réjouissance.
Sur la forme, c'est visuellement une réussite. On s'aperçoit que l'auteur maîtrise différentes formes de graphisme qu'il alterne. Quant au scénario, il est d'une logique implacable tant les éléments se rejoignent. C'est fichtrement bien pensé ! Je comprends qu'on puisse considérer une telle oeuvre comme culte. En tout cas, c'est le meilleur conte moderne que j'ai pu lire jusqu'à ce jour.
Grâce à bdthèque, j'ai pu acquérir cette oeuvre qui maltraite tous les codes avec une irrévérence savoureuse.
Note Dessin: 4.5/5 - Note Scénario: 5/5 - Note Globale: 4.75/5
Il m’aura donc fallu attendre le numéro 9 de ces « Notes » pour qu’enfin j’ai le bonheur de découvrir cet auteur. Ce mec a un talent fou, on a l’impression qu’il dessine comme il respire, que chez lui le dessin est plus qu’un art, tout simplement un langage à part entière comme l’écriture peut l’être pour les écrivains. Le bougre confie d’ailleurs ne pas recourir aux croquis. A croire qu’il pourrait tout dessiner, aussi à l’aise dans le dessin humoristique que dans l’aquarelle, se payant même le luxe de réaliser des estampes japonaises. Il suffit pour s’en rendre compte de consulter son blog bouletcorp.com. La plupart du temps en noir et blanc avec ponctuellement quelques touches de couleurs, ces « beaux dessins plein de petits traits », qui pourraient évoquer Crumb ou Moebius, impressionnent aussi par leur fluidité, leur sens du mouvement et du cadrage, mais surtout par leur folle expressivité dans la caricature, engendrant chez le lecteur une irrépressible envie de rire. Boulet étant le personnage principal de ses histoires courtes tirées de son blog, il fait preuve de beaucoup d’autodérision, peut-être un moyen de ne pas se choper le cigare, ce qui serait tentant lorsque comme lui on possède un tel talent.
Sa façon est telle de ne pas se prendre au sérieux qu’il parvient à nouer une complicité immédiate avec le lecteur. Déjà suffisamment torturé, Boulet s’accroche à son âme de gosse, on ne saurait le blâmer, mais ne lui dites pas que « les dessinateurs sont de grands enfants ». Ça a le don de le mettre hors de lui, du coup il a les arguments pour assassiner une fois pour toutes ce cliché idiot, comme il le fait dans le tome 9. Boulet est un auteur aussi talentueux qu’attachant, et ce seul tome m’aura suffit pour être définitivement conquis. Je vais de ce pas me mettre en quête des huit précédents…
Voilà encore un bien bel album du duo d’Enfin Libre. Et encore une fois c’est une histoire originale qu’il nous propose.
Résumer cette histoire est assez difficile. C’est une « rêverie », comme l’indique le titre, et qui comporte une bonne part de poésie. De l’humour aussi (nombreux jeux de mots).
Si les auteurs expriment en fin d’album la dette contractée envers Dante, Lewis Caroll, Stevenson ou autre Lewis Trondheim (qui « prête » ici son Lapinot), l’album peut se lire et s’apprécier sans connaître ces références (trame ou personnages). Même si les maîtriser donne plus de sel à la balade de Siwel au milieu d’un univers poétique, et réellement inspiré.
Le dessin est sympa, et le travail de colorisation (dans une sorte d’aquarelle) est très beau. C’est vraiment une réussite, qui mérite d’être (re)découverte. Et qui confirme le très grand talent des auteurs !
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Put ... Punaise ! Je ne m'attendais vraiment pas à ça, mais alors pas du tout ! Ce pavé graphique m'a littéralement happé tout au long de ma lecture, pour finir par me déposer, hagard, environ deux jours plus tard. Un pavé comme ça, c'est du plaisir en barre, et je pèse mes mots. Un trait d'une virtuosité extraordinaire sur tellement de planches (certes, c'est du travail sur de nombreuses années, mais tout de même, c'est loin d'être dégueu dès le début). Tout est dans un noir et blanc léché, avec des magnifiques cases et des personnages féminins qui sont loin d'être moches aussi. En parlant du dessin, j'avais au début un gros problème pour me repérer dans la pléiade de personnages qui parsèment les pages des différents épisodes, mais très vite la lecture s'est faite plus fluide, je repérais les gueules et les personnages, les liens entre eux, et c'est pas simple vu le nombre qu'ils sont. Mais avouons-le, cette BD m'a séduit beaucoup plus par son scénario, qui est, lui, d'une inventivité remarquable. C'est l'habile mélange d'un futur un peu spécial, d'une Amérique moderne, de questions sexuelles, de problèmes d'argent et de racisme, de quartier, et surtout et enfin de l'amour. L'amour qui va centraliser tout dans cette BD. C'est vraiment curieux comme développement, partant de deux punkettes qui vivent à la fois une histoire d'amitié, mais aussi une histoire d'amour et une histoire de famille, tant on en viendrait parfois à les prendre pour deux soeurs. Mais Hopey et Maggy seront deux personnages qui resteront liées dans ma mémoire comme deux êtres qu'on ne pourrait séparer. J'ai trouvé, dans cette BD, beaucoup de choses qui m'ont bien plu, et je ne pourrais les lister toutes, mais déjà la présence prépondérantes des femmes (qui assument bien des choses d'ailleurs, contrairement aux hommes), les transformations physiques qui évoluent progressivement dans les tomes, les sujets qui sont traités à la fois légèrement (à grand coup de rango ou de poings !) et gravement (le deuxième tome est parfois presque tragique), la morale qui est largement foutue à la porte à grand coups de pieds, et bien entendu, le vaste panorama englobé dans l'ensemble de la BD. Vaste panorama, car c'est à la fois un beau morceau du territoire des Etats-Unis qui est pris en compte, mais également un vaste panel de l'humanité, entre hommes et femmes, familles, amis et amants, voisins et enfants. Tout ce joyeux monde se mêle dans plusieurs villes, dans un temps long. C'est vraiment très bien fait. Mais ce que j'ai encore plus adoré, c'est la découverte progressive des personnages, la façon dont on est amené à découvrir tout ce que chacun à en soi quand on les a connus, au tout début du premier tome. Les deux protagonistes principales, évidemment, mais aussi toutes leurs amies et leurs connaissances, avec parfois leurs aspirations et leurs amours secrets. A ce titre, plusieurs d'entre elles connaissent au final des histoires tragiques, ou simplement humaines, ce qui n'est pas pour me déplaire, l'auteur ayant évité un happy end classique pour tout le monde. J'aurais bien d'autres choses à dire sur l'ensemble de la BD, mais je vous la recommande tout simplement, une lecture longue et prenante, on a tout le temps de se fondre dans l'ambiance et la vie de ces personnages, tout le temps de s'y attacher également. C'est la vie qui est là, entre l'adolescence, la jeunesse et l'âge adulte. Un roman graphique dans un style que je n'avais encore jamais vu, cru et violent, drôle et tragique, beau et moche, émouvant aussi. Une bien belle BD, que j'ai lue avec grand plaisir et qui ne m'a pas déçu, tout en me scotchant jusqu'au bout. Il m'en est resté beaucoup, et avec du recul, je me rends compte que cette BD m'a vraiment marqué. A lire, et je vous la recommande hautement.
L'Algérie, c'est beau comme l'Amérique
Que se cache-t-il derrière cette superbe couverture ? Un récit intimiste et à la fois universel, celui d'une jeune femme, Olivia, qui part, seule, sur les traces de sa famille, qui est née et a vécu à Alger et dans les Aurès, région montagneuse dans l'est de l'Algérie. Un besoin irrépressible, qu'elle décide de combler malgré les réticences fortes de son entourage, lesquelles se basent sur plein de raisons, bonnes ou mauvaises. Alors Olivia trace la route avec Djaffar, un Algérien de Paris qui ne lit pas l'arabe, lui parle de sa propre famille, de l'histoire récente de l'Algérie, des "Evènements" à la décennie noire, des différences entre pieds-noirs (une expression qui ne repose sur rien, d'après lui) et "vrais" Algériens... Le cheminement de la jeune femme est poignant, mais sans stigmatisation, voyeurisme ou amalgame. Elle découvre beaucoup de choses, qui vont bouleverser sa vision du monde et de ses proches, mais n'en restera pas moins émue par son voyage. Olivia Burton arrive à faire passer son message par un scénario très bien modélisé, qui laisse la part belle, également, au talent du dessinateur. Je ne connaissais pas Mahi Grand, et en feuilletant l'album avant la lecture, je trouvais son trait un peu raide, manquant de maturité. Mais à la lecture cette impression s'est estompée, j'imagine qu'il est allé un peu sur place pour rendre la splendeur du pays. Du joli boulot.
Les Epées de verre
Voici donc la petite merveille que j'attendais depuis plusieurs jours, enfin elle est en ma possession et sachez que je ne me suis pas jetée dessus, non, j'ai attendu de m'être calmée pour la lire à tête reposée, soit en gros trois bonnes heures, que d'émotion ! C'est une pure beauté, un petit joyau graphique, un dessin enivrant qui combine pinceau et informatique ; d'une finesse incroyable, le souci du détail est omniprésent, et même si la plupart du temps les décors ne sont pas très chargés, chaque case est travaillée avec une méticulosité extrême. Les couleurs sont magnifiques, les jeux d'ombre et de lumière parfaits, les villes comme les forêts, enchanteresses. Sans oublier le vieillissement des personnages qui est absolument parfait. Laura Zuccherie est une talentueuse dessinatrice à suivre de près. L'histoire m'a tout autant conquise et même si elle ne sort pas des sentiers battus - pour l'instant - l'originalité ici tient à un tout. Un scénario bien mené et entraînant, avec des personnages attachants et bien travaillés psychologiquement, dont une petite fille qui a le comportement d'une gamine de son âge. Deux délicieux petits êtres, issus du petit peuple mais dont l'auteure ne nous dit pas les noms, j'espère qu'on en saura plus sur eux. Des animaux fabuleux, bien imaginés et fascinants à regarder. Une narration simple et belle qui est en accord avec l'histoire. Une petite touche d'humour vient se faufiler de temps en temps dans les méandres du récit. La suite promet d'être grandiose. De Sylvianne Corgiat j'ai entamé son autre série Elias le maudit qui paraît elle aussi très prometteuse, je vais d'ailleurs de ce pas la finir. De plus, c'est un réel plaisir que de lire une production 100% féminine. Tome 2 Aussi beau que le premier avec en prime une ville stupéfiante et grandiose. L'histoire par contre ne me semble pas avancer aussi vite que je m'y attendais, ceci dit elle est toujours aussi prenante. On connait enfin les noms des deux petits compagnons du groupe. Suite et fin La colorisation du dernier tome m'a tout de suite sauté aux yeux, certes elle n'est pas laide, je dirais même jolie, mais ce n'est pas celle des trois premiers aux couleurs directes soyeuses qu'on peut regarder pendant des heures, ça m'a gâché ma lecture. L'histoire, bien que sympa, je lui trouve quelques facilités de scénario sur la fin et un peu naïve aussi. Je me serais bien passé du : "je suis amoureuse de l'homme qui m'a élevée", je déteste ça. Hormis ça c'est une histoire à lire, à défaut de posséder.
Le Tueur
Ah, quelle belle BD que celle du Tueur ... Un nom bien commun pour une BD qui s'avère à la base "classique", avec un tueur à gages et son boulot. On peut s'attendre à du déjà vu. Et bien non ! Ici on a une bd qui innove dans le genre ! Le scénario, pas piqué des hannetons au passage, explore en effet en détail la psychologie et la mentalité du Tueur, personnage central dont finalement nous ignorons toutes les caractéristiques basiques (nom, âge, passé ...) mais qu'on a l'impression de connaitre intimement au bout de quelques tomes. Ouvrir un tome donne presque la sensation de retrouver une connaissance. Face à ce personnage, les auteurs nous en livrent d'autres à la pelle, et pas des moindres, accompagnés par leurs pays et leurs autres horizons, de leurs autres cultures et mentalités. Bref un joli groupe réuni dans le monde des assassinats. Pour accompagner ceci, nous avons droit à un dessin que je trouve très intéressant, tant par le dessin en lui même que par la disposition des cases, qui réussit à créer un suspense digne d'un film d'action, particulièrement dans les scènes de fusillades. Et enfin, comme dit, nous avons dans cette série tout un côté mental et réflexion, très dérangeant (le genre que personne ne vous racontera en cours) et très bien ancré dans le récit. C'est vraiment ce qui m'a fait adorer cette BD. Attention, même si je ne l'ai pas explicitement dit, le scénario reste très bon, dans la lignée des scénarios de thriller. Aucun reproche de ce côté là. Alors pourquoi seulement 4/5 ? Parce que la série se conclut un peu brutalement sur un tome qui ouvre grand la voie à un nouveau cycle, et que je pense qu'il faut attendre encore un peu pour pouvoir conclure dessus. En attendant, 4/5 parfaitement mérité ! Mise à jour après lecture du dernier tome : Il semblerait que ce tome 13 marque la fin définitive de la série, et je dois bien le confesser, je me suis pris une claque dans la gueule. Le deuxième arc était, à mon humble avis, un cran en dessous du premier, moins nerveux, moins tendu, moins sombre, et sa fin était largement ouverte au troisième arc. Et celui-ci est arrivé. En trois tomes seulement. Plus besoin de présentation des personnages, des lieux, ou des mentalités. Rien que de l'action, et il y en a cette fois-ci ! Les deux premiers tomes placent toute la suite de l'arc 2, mais tout en développant à nouveau ce pan très sombre de l'univers du tueur (qui est aussi le nôtre d'ailleurs) et en dirigeant la trame dans une direction bien dramatique. Mais lorsque la fin arrive, lorsque le dernier tome s'ouvre, on se prend tout dans la gueule. C'est une sorte de claque monumentale qui balaye tout à coup l'ensemble de la série. Tout est soufflé dans une réflexion qui m'a surpris et qui est pourtant en adéquation parfaite avec le reste de la série. Sans parler du fait qu'on retombe totalement sur ses pieds, en harmonie avec la première partie. Si la série était pour moi excellente, elle passe à "Culte" avec ce dernier tome qui rehausse l'ensemble et redonne une saveur que je pensais un peu diluée à la série du "Tueur". La fin est à la hauteur qu'on attendait au début, et j'ai maintenant tendance à voir la série comme une saga excellente qui connait une petite faiblesse au milieu. Le scénariste n'est pas tombé dans le piège d'une série à rallonge qui se casse la gueule et n'hésite pas à la faire retomber exactement là où il le veut. Rien n'est bien changé, si ce n'est le lecteur, et au final une sorte de désespoir transparaît à travers ces pages, comme une fatalité qui serait inhérente à l'être humain. Si vous ne connaissez pas la saga, foncez les yeux fermés. Si vous l'avez lue et que vous avez aussi senti les faiblesses, dégustez le troisième acte qui est une perle extraordinaire. Un morceau de choix que je ne pensais pas et qui m'a laissé sur le cul. La réalité est bien plus cruelle et mordante qu'une BD, mais cette BD sait si bien décrire la réalité, qu'on croirait le vivre aussi. Oui, une série qui a pour moi gagné son galon de "Culte". A lire, à dévorer, à offrir aussi. Et à relire, surtout.
Les Miettes
Alors là, c’est un gros gros coup de cœur !!! Voilà un album que j’avais très envie de lire depuis bien longtemps, eu égard aux très nombreux et très bons échos qu’il avait suscités. Mais sa rencontre (petit tirage oblige) était plus qu’aléatoire, et alors le prix (petit tirage mais aussi spéculation ?) était franchement prohibitif et dissuasif. La réédition par les éditions Atrabile – très belle d’ailleurs avec couverture épaisse et dos en toile, m’a permis d’acquérir et donc de lire ce qui est une sorte d’ovni ! Dans une préface, Ibn Al Rabin rappelle l’histoire hasardeuse et quelque peu mouvementée de l’écriture et de la première publication. Dans la même préface, il conclut en disant qu’il avait cherché à l’époque à faire du Audiard genevois. Et c’est vrai qu’à la lecture on retrouve une parenté dans ces dialogues désopilants – et cette comparaison est clairement un compliment, avec aussi peut-être une influence du capitaine Haddock pour la préciosité des jurons (quelque mots peu courants se glissant alors dans les conversations). En tout cas cette sorte de western alpin (l’accoutrement de certains personnages, l’attaque du train donnent cette touche « Far West ») est jubilatoire, avec une intrigue loufoque, improbable, et des personnages qui le sont tout autant ! C’est vraiment une imagination débordante qui innerve l’intrigue, énerve les protagonistes. L’ambition délirante à la base du détournement du train (faire du Liechtenstein une grande puissance !) s’accompagne de personnages hauts en couleur (les faux siamois, le comte avec son alchimiste entre autres). Les répliques fusent et ajoutent au délire de l’ensemble. De nombreux gags absurdes, parfois récurrents (comme ce voyageur demandant imperturbablement quand le train arrivera à Zurich, ou comme ces pillards de San Marin ????, dézingués à tour de bras et qui (re)surgissent de partout, toujours plus nombreux) élargissent la palette de l’humour employé. La chute finale est elle aussi bien vue. Bref, c’est vraiment un album qui ne peut laisser indifférent ! Pas forcément grand public – si vous êtes réfractaire au loufoque et à l’absurde, vous raterez une bonne partie de ce qui fait de cet album une grosse pépite. A lire, à acheter, et merci encore à Atrabile ! Et encore bravo aux auteurs (dont c’était une sorte de sortie d’anonymat fracassante) pour avoir laissé quartier libre à leur imagination ! Allez, hop ! Voilà cinq étoiles bien méritées pour cet album qui nous y envoie très souvent.
Histoire des tirailleurs sénégalais (Sang noir)
L'histoire des Tirailleurs qui meurent au combat pour défendre la Mère Patrie... qui ne leur a pas été vraiment reconnaissante! Histoire forte et très beau dessin. A mettre d'urgence dans toutes les mains: de jeunes (programme de 3ème!), des moins jeunes, citoyens en tous genre qui voient le racisme quotidien s'étendre...
Urban
Urban est une oeuvre qui est dans tous les esprits de ceux qui reviennent de leur libraire. Il faut dire qu’il ne m’a pas fallu davantage que 30 secondes après l’avoir feuilleté pour avoir envie de l’embarquer avec moi. Une bd dont le bouche à oreille s'agrandit au fil des jours, aidé par des critiques quasi unanimes vantant les louanges d’une œuvre revenue de loin (Urban Games avait fait dès lors l’effet d’un pétard mouillé avec abandon du dessinateur dès le premier tome et mésentente avec les Humanos). Vendu comme un blockbuster de science-fiction tendance Blade Runner, Urban s'avère être une œuvre qui souhaiterait s’affranchir de tout son passé mais repasse tel un hommage les nombreuses références d’une génération élevée aux petits Mickey, Dark Vador, Dragonball et j’en passe si l’on observe attentivement les costumes portés par une population désirant s’abandonner pendant un cours délai dans la cité-parc de loisirs au doux nom évocateur de Monplaisir. Néanmoins tout n’est pas si rose dans ce monde futuriste à l’instar d’un Soleil Vert où les corps féminins sont réduits à l’état d’objet publicitaire et sexuel et où la violence devient un spectacle télévisé comme dans le Prix du danger d’Yves Boisset. Une bd pétrie donc d’un propos et d’un fond. Pour autant, ça n'en est pas moins un bouquin saisissant et surtout envoûtant par la beauté des dessins. Je ne sais pas d’où vient ce Roberto Ricci mais j’ai hate de savoir où il va aller tant son talent nous déglingue la rétine par les couleurs, son trait, bref son style ! Après lecture des trois tomes, je dois réviser grandement mon jugement. En effet, si le premier tome m’avait laissé sur une bonne impression pour l’univers présenté et la maitrise graphique incroyable de Roberto Ricci, je n’étais encore pleinement convaincu par l’histoire mais le scénariste Luc Brunschwig possède mille idées qui explosent enfin dès le second tome par une maitrise narrative surprenante, multipliant les personnages et points de vue et en développant moult flashbacks par une méthode reprenant cadrage et mise en scène digne d’un blockbuster hollywoodien. Les couleurs et les décors étouffant de détails contribuent grandement à l’ambiance anxiogène d’un univers bien plus complexe qu’il n’y parait. Pourtant le lecteur ne s’y sent jamais lésé ou perdu. Chaque tome se termine sur un cliffhanger relançant l’histoire et l’intérêt. Au début du tome 3 et des conséquences d’une attaque plongeant le monde dans une obscurité artificielle, je me suis même rappelé pourquoi j’aimais tant la bd franco-belge SF et rien que pour cela…. MERCI aux auteurs ! Du coup je passe ma note de 3 à 4/5 avec un coup de cœur mérité dans l’attente d’une suite à la hauteur de mes espérances mais l’entreprise a l’air suffisamment robuste pour même les dépasser. En tous cas pour ceux qui y sont restés insensibles c’est vraiment l’œuvre à lire de toute urgence à l’heure actuelle, ne regrettez pas votre ticket pour Monplaisir, vous n’en serez pas déçus.
Pinocchio (Winshluss)
J'avais très peur en empruntant cet ouvrage de ne pas l'aimer. J'ai été baigné dans la culture Disney et j'avais peur d'une dénaturation complète du mythe. Je suis bien servi ! Et pourtant, j'ai littéralement adoré. Le traitement graphique est d'une réussite sans nom et qui laisse sans voix. On reprend donc l'histoire de Pinocchio qui devient dans cette version un robot crée par un inventeur Geppetto dont la femme est un peu nymphomane. J'ai adoré les petites histoires de Jiminy Cafard. Que dire encore de Blanche Neige et des 7 salopards? C'est bizarre mais c'est le genre d'humour que j'aime bien car il y a un sens à travers chaque situation apparemment anodine. Oui, il y a une critique en règle du monde capitaliste, de l'armée, de la religion et même des parcs d'attraction à la Disney ! Je déteste pourtant le trash. Il y a quand même des exceptions dont celle-ci fera partie. C'est drôle et intelligent à la fois. Ce Pinocchio est-il politiquement correct? Certainement pas mais c'est pour notre plus grande réjouissance. Sur la forme, c'est visuellement une réussite. On s'aperçoit que l'auteur maîtrise différentes formes de graphisme qu'il alterne. Quant au scénario, il est d'une logique implacable tant les éléments se rejoignent. C'est fichtrement bien pensé ! Je comprends qu'on puisse considérer une telle oeuvre comme culte. En tout cas, c'est le meilleur conte moderne que j'ai pu lire jusqu'à ce jour. Grâce à bdthèque, j'ai pu acquérir cette oeuvre qui maltraite tous les codes avec une irrévérence savoureuse. Note Dessin: 4.5/5 - Note Scénario: 5/5 - Note Globale: 4.75/5
Notes
Il m’aura donc fallu attendre le numéro 9 de ces « Notes » pour qu’enfin j’ai le bonheur de découvrir cet auteur. Ce mec a un talent fou, on a l’impression qu’il dessine comme il respire, que chez lui le dessin est plus qu’un art, tout simplement un langage à part entière comme l’écriture peut l’être pour les écrivains. Le bougre confie d’ailleurs ne pas recourir aux croquis. A croire qu’il pourrait tout dessiner, aussi à l’aise dans le dessin humoristique que dans l’aquarelle, se payant même le luxe de réaliser des estampes japonaises. Il suffit pour s’en rendre compte de consulter son blog bouletcorp.com. La plupart du temps en noir et blanc avec ponctuellement quelques touches de couleurs, ces « beaux dessins plein de petits traits », qui pourraient évoquer Crumb ou Moebius, impressionnent aussi par leur fluidité, leur sens du mouvement et du cadrage, mais surtout par leur folle expressivité dans la caricature, engendrant chez le lecteur une irrépressible envie de rire. Boulet étant le personnage principal de ses histoires courtes tirées de son blog, il fait preuve de beaucoup d’autodérision, peut-être un moyen de ne pas se choper le cigare, ce qui serait tentant lorsque comme lui on possède un tel talent. Sa façon est telle de ne pas se prendre au sérieux qu’il parvient à nouer une complicité immédiate avec le lecteur. Déjà suffisamment torturé, Boulet s’accroche à son âme de gosse, on ne saurait le blâmer, mais ne lui dites pas que « les dessinateurs sont de grands enfants ». Ça a le don de le mettre hors de lui, du coup il a les arguments pour assassiner une fois pour toutes ce cliché idiot, comme il le fait dans le tome 9. Boulet est un auteur aussi talentueux qu’attachant, et ce seul tome m’aura suffit pour être définitivement conquis. Je vais de ce pas me mettre en quête des huit précédents…
Le Songe de Siwel
Voilà encore un bien bel album du duo d’Enfin Libre. Et encore une fois c’est une histoire originale qu’il nous propose. Résumer cette histoire est assez difficile. C’est une « rêverie », comme l’indique le titre, et qui comporte une bonne part de poésie. De l’humour aussi (nombreux jeux de mots). Si les auteurs expriment en fin d’album la dette contractée envers Dante, Lewis Caroll, Stevenson ou autre Lewis Trondheim (qui « prête » ici son Lapinot), l’album peut se lire et s’apprécier sans connaître ces références (trame ou personnages). Même si les maîtriser donne plus de sel à la balade de Siwel au milieu d’un univers poétique, et réellement inspiré. Le dessin est sympa, et le travail de colorisation (dans une sorte d’aquarelle) est très beau. C’est vraiment une réussite, qui mérite d’être (re)découverte. Et qui confirme le très grand talent des auteurs !