Monstre sacré du manga !
Pionnier du genre, une longévité incroyable, qualifiée de série vieillotte pour les uns, mais icone en définitive, Dragon Ball est au manga ce que Johnny Hallyday est à la chanson française !
S'il ne devait rester qu'une oeuvre pour définir ce qu'est un manga, ce serait sans doute la meilleure des réponses. Dragon Ball est ma madeleine de Proust personnelle : une seule (re-)plongée dans l'une des pages me fait recouvrer ma jeunesse et me donne envie de hurler 'Kaméhaméha' à m'en déboîter la mâchoire.
J'y retourne d'ailleurs...
Tout a déjà été dit sur cette série... à lire d'urgence si jamais ce n'est pas déjà fait ! (et si on l'a déjà lu, il faut le relire !)
Le scénario est tout simplement génial, bourré de références historiques, de petites subtilités, on en redécouvre de nouvelles à chaque lecture.
Les derniers albums sont nettement en dessous mais cela n'enlève rien à l’excellente qualité de la série.
Culte !
MAJ Après lecture du dernier tome 'Astérix chez les Pictes'
Le dernier opus avec de nouveaux auteurs (JY. Ferri / D. Conrad) s'inscrit dans la continuité du travail de Goscinny et Uderzo. Certes, ce n'est pas (et ne sera jamais) la même chose mais le challenge (de taille) est relevé sans (trop de) fausses notes.
Je continue bien sûr de suivre la série.
On peut tenir la grâce pour une des plus grandes vertus sans être pour autant religieux.
On peut considérer la contemplation comme un remède salutaire à notre époque toujours agitée sans être pour autant un moine zen.
Et on peut aussi s'émerveiller d'un travail graphique qui tient souvent du tissage ou de l'orfèvrerie sans pour autant crier au maniérisme décoratif.
Enfin, on peut saluer la subtilité psychologique qui anime les personnages, avec ses non-dits ou ses paroles qui cachent en filigrane des émotions et des sentiments qu'une proverbiale pudeur laisse souvent en pointillés car Bride Stories ne joue pas la carte des grands élans démonstratifs. Il ne faut parfois que la présence d'un faucon blessé et recueilli par la belle Hamir pour exprimer à la fois la jalousie qui ronge le coeur humain et l'acceptation de la fatalité face à ce qui ne peut être réparé. Voilà tout l'art narratif de Kaoru Mori.
La délicatesse. La simplicité. La beauté. La patience. L'évasion. L'optimisme.
Autant d'autres qualités qui émaillent cette somptueuse tapisserie et qui me donne toujours, en lisant un tome, une sensation de plénitude, d'apaisement et de dépaysement que je retrouve rarement dans le manga.
Non pas que la saga ethno-familiale de Bride Stories soit épargnée par la violence, les complots, la sournoiserie, les guerres et la mort (et comme l'humain est une créature décidément pervertie et que le bonheur n'a pas d'histoire(s), on est bien obligé de reconnaître que les scènes de violence et de bataille, les drames et autres complications ajoutent du piquant à l'aventure).
Toutefois, au-delà des petits (et plus grands) drames et des avanies diverses que connaissent les personnages, la série garde ce qui fait sa particularité : une manière unique d’accommoder le quotidien le plus banal avec un sens de la poésie qui fait que même la scène la plus triviale en apparence (le dépeçage d'un animal, la préparation d'un repas, une partie de chasse, une séance de tissage, les préparatifs d'un mariage) n'est jamais ennuyeuse à mes yeux. A la manière du personnage européen de l'ethnologue avec lequel le lecteur peut s'identifier, on suit la vie et les coutumes à la fois étranges et familières de ces peuples d'Asie Centrale qui semblent vivre sur une autre planète. Et comme le propos de l'auteure n'est pas de faire dans le documentaire (mais plutôt la fiction bien documentée), elle parvient toujours à élaborer des scènes drôles, cocasses ou émouvantes qui retiennent l'intérêt au-delà de la minutie apportée au décor et aux us et coutumes. Il faut beaucoup de talent et de finesse à un auteur pour parvenir ainsi à agripper le lecteur - possédant en tout cas un minimum de sensibilité - avec des petits riens plutôt que de grandes batailles et/ou des péripéties à gogo, de même qu'avec une narration sinuant de tomes en tomes plutôt qu'avec un fil conducteur linéaire comme les rails d'un chemin de fer. Pour autant, Kaoru Mori montre dans le tome 6 sa capacité aussi à mettre en scène une bataille des plus mouvementées, à grands renforts de galopades, canonnades, pluies de flèches et confrontations filiales.
On aura compris, je pense, qu'il s'agit ici avant tout d'une oeuvre essentiellement contemplative et non d'un "blockbuster" sur papier qui cherche à imiter le cinéma américain. C'est important de le préciser pour ceux/celles qui trouveraient "chiant" au bout de 30 pages ces nombreuses scènes quotidiennes, faites de presque rien mais que l'auteure parvient toujours, selon moi, à sublimer.
Une oeuvre (un chef-d'oeuvre) remarquable de beauté, d'intelligence, de sensibilité et de sérénité venue du pays des robots géants, des gadgets débiles et du burn-out. Bref, le Japon dans toutes ses contradictions.
Les séries-concept fleurissent dans la BD de ces dernières années et en voici une nouvelle axée sur les assassinats célèbres ayant pour titre générique "J'ai tué" (les deux autres étant consacré à Philippe II de Macédoine et François-Ferdinand, Archiduc d'Autriche)
Mais je dois dire que, moins que le concept lui-même ou l'intérêt historique, c'est surtout la collaboration (inédite) d'un grand scénariste que j'admire (Le Tendre, alias celui-qui-écrivit-La Quête de l'Oiseau du Temps) et le dessinateur Guillaume Sorel (L'Ile des morts, Algernon Woodcock) que je révère presque tout autant qui m'a décidé à acheter l'album.
Je craignais tout de même une déception à la mesure de l'attente. Je me trompais.
Les planches de Sorel jouent sur le contraste frappant entre l'austérité du désert où vivent une poignée de nomades pacifistes (parmi lesquels le "héros" de l'histoire, l'humble berger Hamor) et le déploiement fastueux et décadent de la cité mésopotamienne, décor grandiose et mortifère qui s'accorde si bien avec les frasques de son roi tyran et sanguinaire, Nébunedzar. Il y a dans ce personnage quelque chose du Kurtz d'Apocalypse Now mais je n'en dis pas plus.
Fulgurances de violence, sensualité vénéneuse, cadrages et postures des personnages audacieuses, intensité des expressions : Sorel met son dessin expressif et son trait souvent acéré au service d'une époque antique qu'il n'avait jamais encore, à ma connaissance, traitée. Et son style se prête aussi bien à ce type de contexte âpre et violent qu'à celui, pourtant autrement plus poétique, d'un Algernon Woodcock.
Quand à Serge Le Tendre, il démontre à nouveau qu'il est un grand conteur, capable de se réapproprier un matériau de base très classique (comme il l'avait fait avec La Gloire d'Héra et Tirésias) et de susciter l'intérêt du lecteur avec une version décalée dans le temps qui tient davantage lieu, sur le fond, d'une confrontation psychologique que d'une aventure épique (même s'il laisse aussi toute latitude à Sorel pour certaines scènes impressionnantes, comme la prise de Jérusalem). Et d'y ajouter, en plus de son sens de la narration éprouvée, cette touche d'ironie et cette cruauté dont sont souvent victimes chez lui des humains manipulés autant par leurs pulsions primaires et leur passion que par des dieux retors et dénués de compassion.
Avec lui, le tragique et la fatalité des hommes se développent au sein d'un éclat de rire sardonique et gigantesque de l'univers pour nous rappeler à quel point nous ne sommes, finalement, que de dérisoires pantins.
Le twist final surprenant de l'album ainsi que la dernière planche contribuent à étayer ce point de vue.
Une BD qui, loin de se contenter d'en mettre plein les mirettes comme tant d'autres à notre époque, se révèle aussi profonde et s'ancre durablement dans la mémoire du lecteur.
Je vais sauter les présentations. Si vous ne connaissez pas encore Mother Sarah, référez-vous au synopsis et passons sans tarder à ce qui fait de cette série une lecture indispensable pour tout amateur de survivor en milieu hostile.
Déjà je pense que c’est une erreur de considérer Mother Sarah comme n’importe quel autre récit se déroulant dans un monde post-apocalyptique ravagé par le feu nucléaire, car ce qui fait toute la force de cette histoire c’est la façon dont elle est racontée et qu’au-delà des aspects récurrents du genre auxquels Mother Sarah n’échappe pas, il y a un vrai propos intelligemment traité.
On pourrait penser au début que l’histoire penche vers un Hokuto No Ken au féminin, avec un personnage qui va d'une cité à l'autre répandant la justice à coups de tatanes et de poings dans la tronche, mais en fait c’est tout à fait différent. Sarah n’est pas du tout intéressée pas les conflits opposant les belligérants Mother Earth et Époque et à aucun moment elle ne prend position pour un des deux camps ou pour quelque idéologie que ce soit. Elle, tout ce qui l’intéresse c’est retrouver ses enfants perdues. Les seuls moments où Sarah prend part à l’action c’est lorsque des ennemis se mettent en travers de sa route ou représentent un obstacle dans sa quête pour retrouver ses gosses. On a donc un personnage qui se fait une sorte de témoin des évènements en cours et c’est à travers ce point de vue neutre que le lecteur regarde cette humanité s’entretuer et régresser dans l’avilissement.
Une humanité dont Katsuhiro Otomo dresse un portrait tragique et réaliste rompant avec les théories rousseauistes qui voient en l’homme un être fondamentalement bon. Ainsi, même après l’agression nucléaire qui aurait dû déboucher sur la démilitarisation des deux armées, ces dernières n’ayant plus de raisons idéologiques pour s’opposer, les guerres reprennent pourtant de plus belle. Ce que montre Mother Sarah c’est que la guerre entraîne la guerre comme un cauchemar qui se répète inlassablement, les soldats ne s’interrogeant guère sur les raisons de pourquoi ils la font, seulement que l’ennemi c’est celui qui pense différemment et qu’on est toujours persuadé d’appartenir au camp du bien alors que s’ils voyaient ce qu’il se passe en coulisse, ils comprendraient que le véritable ennemi est celui situé dans les hautes sphères du pouvoir et commande les troupes comme des marionnettes. Cette violence, cette colère et cette haine de l’autre est marquée au fer rouge dans le cœur des soldats, des familles des victimes « martyrs de la paix », qui la transmettront à leur descendants perpétuant ainsi ce cercle vicieux.
Cette prédisposition à la violence se reflète particulièrement à l’encontre des femmes, notamment Sarah qui on peut le dire a eu une chienne de vie (croyez-moi quand je vous dis qu’elle en bave du premier au dernier tome). Ici les hommes maltraitent les femmes comme ils maltraitent la Terre. Sarah c’est un peu l’incarnation en chère et en os de Gaïa, la Terre mère. Pas pour rien si le titre s’appelle "Mother Sarah". Face à ces agressions répétées Sarah va rendre coup pour coup et rendre aux hommes (ou les humains au sens large) la monnaie de leur pièce. Mother Sarah c’est en faite une parabole invitant à la déférence et à montrer de la considération pour cette chose sur laquelle nous vivons et qui s'appelle la Terre. En retrouvant ses enfants, Sarah aspire à revenir à un état antérieur, la nostalgie d’un temps passé originaire. En incarnant allégoriquement cette Terre mère, Sarah fait la leçon aux hommes comme à des enfants qui se seraient égarés et qu’une mère corrigerait pour remettre sur le droit chemin.
La conclusion du récit m’a plu car elle est complètement raccord avec ce qui s’est passé tout du long. Le comportement des hommes ne changent pas, les choses vont continuer comme avant, Sarah a beau se montrer empathique et une fervente humaniste, elle ne peut influer sur l'Histoire. Elle montre que tout ce que l’on peut faire pour rendre le monde meilleur est d’agir à sa petite échelle, de façon locale, se sont nos petites actions qui favoriseront l'émergence d'un monde plus paisible.
Et que dire du dessin de Takumi Nagayasu ! Qu’il est techniquement irréprochable, soigné à la perfection. Que son style réaliste est terriblement attrayant même pour des européens réfractaires à la base aux mangas. D’ailleurs, la mise en scène et le découpage sont très déconcertants, dans le bon sens du terme. Chaque tome fait à peu près dans les 130 pages en moyenne et la qualité du dessin est telle qu’on a envie de s’attarder sur chaque case pour mater tous les petits détails (miam ! l’engin ultra rapide du mécano Maggy). Et pourtant cela se lit très vite, c’est dynamique, les cadrages ont un côté très cinématographique qui donne l’impression qu’on est en train de mater un film, un peu comme si chaque case correspondait à un plan. Nagayasu fait preuve de beaucoup d’imagination pour créer ces nouvelles sociétés fragiles en reconstructions, tout comme sur les superstructures et les stations orbitales. C’est un travail titanesque réalisé par un seul homme.
Franchement Mother Sarah est juste culte. En plus c’est court pour un manga, 11 tomes seulement. Donc plus d’excuses pour ne pas sauter le pas.
Alice, mal dans sa peau, déprimée par le départ brutal de son petit ami... Isadora, SDF quadragénaire, une vie cabossée par l’alcool …Billie, camarade de classe d’Alice, victime d’une mère poule et d’un frère dominateur. Trois femmes, trois vies en souffrance qui vont se rejoindre le temps d’un voyage aux allures d’errance, comme une quête.
La première chose que voient les bébés araignées, c’est leur mère, comme le raconte Alice à sa copine Billie qui cherche le sommeil dans le froid nocturne. Et comme les bébés ont faim, alors ils la grimpent et se mettent à la bouffer, vivante… « Comment naissent les araignées », un titre réussi, pour une histoire en forme de toile. Trois portraits touchants, trois fils reliés par un autre fil, celui d’une aventure commune sur la route, hors des murs, comme une tentative d’ébranler l’inertie d’un cauchemar. « Comment naissent les araignées » aurait pu s’appeler « comment naissent les névroses ». Car qui dit « naissance » dit « mère ». Et qui dit mère dit transmission, transmission du bon comme du moins bon. Et quand le moins bon ressemble à la méchanceté ou la possessivité, les dégâts sont immenses pour la victime et la folie n’est jamais bien loin. Faut-il alors bouffer sa mère pour s’en sortir ? C'est très exactement de cela dont il est question ici.
La Française Marion Laurent nous propose donc là un beau roman graphique estampillé « USA in the nineties », une histoire de femmes américaines à la dérive. Si ce sont principalement les rapports mère-fille qui sont abordés, à l’exception de l’épilogue dédié au petit ami d’Alice, lui-même rejeton d'un géniteur absent, la thématique a trait à la filiation en général et aux bonnes vieilles casseroles familiales que chacun, homme ou femme, traîne avec soi des années durant, avec quelques pistes pour les larguer avant d’être cuit dedans. C’est aussi une « love story » impossible et désespérée entre Dwight et Alice, jeune et jolie Barbarella sous le pinceau de son « boyfriend », impossible parce que la tête et le cœur du jeune homme refusent de s’accorder.
En plus d’un scénario très bien construit, le dessin de Marion Laurent invoque l’urgence avec son trait gras et son absence de fioritures, exprimant à la fois la sensibilité de l’auteure et l’âpreté de ces vies déchirées, que les couleurs obstinément rosâtres tentent peut-être d’apaiser. Les dialogues sonnent juste, les paroles font mal mais libèrent aussi, et quand il n’y en a pas, ce sont les regards, les attitudes, les gestes qui parlent. C’est ainsi qu’en alternant les séquences avec et sans textes, Marion Laurent sait faire respirer son récit avec talent, nous captivant jusqu’à la dernière image, sublime, alors que Dwight vient d’avoir un accident, de cette biche hagarde en pleine forêt au milieu des croquis flottant dans les airs. « Comment naissent les araignées », un des coups de cœur de l’année ? On dirait bien que oui…
Foerster est vraiment un des plus grands en matière de contes macabres.
Ici, il invente une ville où s'est produite une catastrophe et maintenant il y a des mutants. À travers le personnage d'un mutant qui a le pouvoir de faire confesser les gens, l'auteur nous raconte 5 histoires différentes. On retrouve le Foerster de Fluide Glacial qui racontait des trucs macabres avec un peu d'humour noir et parfois de la satire sociale (que je trouve très présente dans cet album). Il a plus de pages pour développer ses histoires que dans Fluide Glacial et je ne vais pas me plaindre car les différents récits sont excellents. Il y a pas de longueurs et j'avais toujours envie de lire ce qu'il allait se produire sur la page suivante.
J'aime beaucoup comment ses histoires sont cohérentes entre elles quoique le point fort de l'ouvrage est le dessin en noir et blanc que Foerster que je trouve parfait pour ce genre d'histoire. C'est un style un peu malsain qui ne me dérange pas du tout. C'est à lire pour les fans de l'auteur !
Très très sympa cette suite de gags.
Sur un point de départ simple (et qui se rapproche un peu de la série TV Code Quantum, pour ceux qui s'en souviennent), Peb et Fox nous proposent donc une série de saynètes en gaufrier (2x3 cases) à l'italienne où le Pr. Schmitt doit se sortir de situations parfois très délicates dans lesquelles l'emmène son téléporteur...
J'avoue, je me suis bien marré, les situations sont très diverses, aussi bien dans le temps que dans l'espace, et parfois la pauvre tête d'ampoule tombe de Charybde en Scylla... Le mécanisme du gag est bien maîtrisé par les deux auteurs, qui ont opté (enfin surtout Fox, qui assure le dessin) pour un dessin caricatural très efficace, et mis en couleurs de façon fort agréable.
Sympathique.
Je précise d'emblée que je n'ai pas lu tous les tomes de Canardo. Je n'ai lu que les tomes 1,2,3 (les meilleurs parait-il) et puis le 6, le 7 et le 8. C'est déjà pas mal. Mon 4 étoile ainsi que le coup de coeur sont surtout destinés aux 3 premiers, finalement assez loins de l'image "Columbo en canard" que l'on se fait machinalement de Canardo. Je veux dire assez loin de l'univers urbain de Columbo (et des autres albums).
Dans ces 3 albums il y a une ambiance ouvertement noire et fantastique, sanglante et sombre plutôt éloignée de l'atmosphère que prendra la série par la suite (des albums plutôt bons mais beaucoup moins torturés). Pour le coup là c'est vrai, on aura vraiment droit à du Columbo en canard.
Dans ces 3 premiers albums mettant en scène entre autres le fameux matou Raspoutine, tout est noir et étouffant. Tout sent la fumée, l'alcool. Des animaux défraichis (Canardo y compris) passent leur temps à boire et à fumer clopes sur clopes ou cigares sur cigares dans des bars louches perdus au fond de campagnes désolées balayées par le vent ( ou en sibérie dans le tome 2 ). De mystérieux et gigantesques animaux aux yeux rouges font régner la terreur. Mafieux, putes, bourreaux et victimes à la fois on ne sait plus vraiment (je mélange l'intrigue des 3 premiers, volontairement et involontairement ). Ca tousse, ça saigne, ça souffre beaucoup ( à chaques fois de bouleversants épilogues plutôt tragiques ) . Canardo est tout aussi à l'ouest que les autres mais lui essaye au moins de résoudre les "enquêtes". Derrière son côté je m'en foutiste et alcoolique ce personnage est réellement attachant. Humaniste, intelligent, pas spécialement violent, c'est un inspecteur sincèrement bon. On s'identifie vraiment à ce canard avec encore toute sa tête (pas pour longtemps vu tellement il se met mal lui aussi) plongé dans cette misère sociale et humaine (pardon, animale), peuplée de sadiques, de brutes, de drogués et autres damnés de la terre.
Derrière le trait cartoonesque et le côté "animaux qui parlent" c'est réellement noir et carrément fantastique dans l'atmosphère (ambiance presque gothique à certains moments). Prenez Columbo, Walt Disney, Tchao pantin et le cinéma fantastique gothique et vous obtenez Canardo, du moins pour les 3 premiers albums. Je préfère nettement cela à Blacksad.
Pour les autres albums que j'ai lus j'ai beaucoup aimé l'île noyée par exemple, mais ce n'est pas aussi bon, et dark. Dommage. Il me tarde de trouver les autres albums. Uniquement d'occasion je précise.
Donc ***** pour les 3 premiers et *** pour les autres.
Apres lecture tu tome 4 ( noces de brume ) et du tome 5 ( L'amerzone ) je maintiens cette note de 4 étoiles car ces 2 tomes, tous les 2 très bons, poursuivent l'ambiance glauque et humide des 3 premiers.
tome 4: ***,5
tome 5: ****
Cette parodie des 7 nains m'a particulièrement plu, j'ai aimé cette approche de l'histoire vue par les nains.
Le reproche que je pourrais faire au concept "sept", c'est qu'il est difficile de développer l'histoire en plus de pages ou de tomes, d'où une fin un peu précipitée à mon sens.
Cette touche humoristique qu'apporte Lupano est tout simplement géniale.
Une fois de plus, je ne suis pas déçu par son scénario. J'approuve ce type de scénariste qui veut toucher à tout et qui ne reste pas focalisé sur un univers de BD.
J'ai passé un agréable moment de lecture et j'ai même bien rigolé sur certains passages.
Bref ce fut un coup de coeur pour moi.
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Dragon Ball
Monstre sacré du manga ! Pionnier du genre, une longévité incroyable, qualifiée de série vieillotte pour les uns, mais icone en définitive, Dragon Ball est au manga ce que Johnny Hallyday est à la chanson française ! S'il ne devait rester qu'une oeuvre pour définir ce qu'est un manga, ce serait sans doute la meilleure des réponses. Dragon Ball est ma madeleine de Proust personnelle : une seule (re-)plongée dans l'une des pages me fait recouvrer ma jeunesse et me donne envie de hurler 'Kaméhaméha' à m'en déboîter la mâchoire. J'y retourne d'ailleurs...
Astérix
Tout a déjà été dit sur cette série... à lire d'urgence si jamais ce n'est pas déjà fait ! (et si on l'a déjà lu, il faut le relire !) Le scénario est tout simplement génial, bourré de références historiques, de petites subtilités, on en redécouvre de nouvelles à chaque lecture. Les derniers albums sont nettement en dessous mais cela n'enlève rien à l’excellente qualité de la série. Culte ! MAJ Après lecture du dernier tome 'Astérix chez les Pictes' Le dernier opus avec de nouveaux auteurs (JY. Ferri / D. Conrad) s'inscrit dans la continuité du travail de Goscinny et Uderzo. Certes, ce n'est pas (et ne sera jamais) la même chose mais le challenge (de taille) est relevé sans (trop de) fausses notes. Je continue bien sûr de suivre la série.
Bride Stories
On peut tenir la grâce pour une des plus grandes vertus sans être pour autant religieux. On peut considérer la contemplation comme un remède salutaire à notre époque toujours agitée sans être pour autant un moine zen. Et on peut aussi s'émerveiller d'un travail graphique qui tient souvent du tissage ou de l'orfèvrerie sans pour autant crier au maniérisme décoratif. Enfin, on peut saluer la subtilité psychologique qui anime les personnages, avec ses non-dits ou ses paroles qui cachent en filigrane des émotions et des sentiments qu'une proverbiale pudeur laisse souvent en pointillés car Bride Stories ne joue pas la carte des grands élans démonstratifs. Il ne faut parfois que la présence d'un faucon blessé et recueilli par la belle Hamir pour exprimer à la fois la jalousie qui ronge le coeur humain et l'acceptation de la fatalité face à ce qui ne peut être réparé. Voilà tout l'art narratif de Kaoru Mori. La délicatesse. La simplicité. La beauté. La patience. L'évasion. L'optimisme. Autant d'autres qualités qui émaillent cette somptueuse tapisserie et qui me donne toujours, en lisant un tome, une sensation de plénitude, d'apaisement et de dépaysement que je retrouve rarement dans le manga. Non pas que la saga ethno-familiale de Bride Stories soit épargnée par la violence, les complots, la sournoiserie, les guerres et la mort (et comme l'humain est une créature décidément pervertie et que le bonheur n'a pas d'histoire(s), on est bien obligé de reconnaître que les scènes de violence et de bataille, les drames et autres complications ajoutent du piquant à l'aventure). Toutefois, au-delà des petits (et plus grands) drames et des avanies diverses que connaissent les personnages, la série garde ce qui fait sa particularité : une manière unique d’accommoder le quotidien le plus banal avec un sens de la poésie qui fait que même la scène la plus triviale en apparence (le dépeçage d'un animal, la préparation d'un repas, une partie de chasse, une séance de tissage, les préparatifs d'un mariage) n'est jamais ennuyeuse à mes yeux. A la manière du personnage européen de l'ethnologue avec lequel le lecteur peut s'identifier, on suit la vie et les coutumes à la fois étranges et familières de ces peuples d'Asie Centrale qui semblent vivre sur une autre planète. Et comme le propos de l'auteure n'est pas de faire dans le documentaire (mais plutôt la fiction bien documentée), elle parvient toujours à élaborer des scènes drôles, cocasses ou émouvantes qui retiennent l'intérêt au-delà de la minutie apportée au décor et aux us et coutumes. Il faut beaucoup de talent et de finesse à un auteur pour parvenir ainsi à agripper le lecteur - possédant en tout cas un minimum de sensibilité - avec des petits riens plutôt que de grandes batailles et/ou des péripéties à gogo, de même qu'avec une narration sinuant de tomes en tomes plutôt qu'avec un fil conducteur linéaire comme les rails d'un chemin de fer. Pour autant, Kaoru Mori montre dans le tome 6 sa capacité aussi à mettre en scène une bataille des plus mouvementées, à grands renforts de galopades, canonnades, pluies de flèches et confrontations filiales. On aura compris, je pense, qu'il s'agit ici avant tout d'une oeuvre essentiellement contemplative et non d'un "blockbuster" sur papier qui cherche à imiter le cinéma américain. C'est important de le préciser pour ceux/celles qui trouveraient "chiant" au bout de 30 pages ces nombreuses scènes quotidiennes, faites de presque rien mais que l'auteure parvient toujours, selon moi, à sublimer. Une oeuvre (un chef-d'oeuvre) remarquable de beauté, d'intelligence, de sensibilité et de sérénité venue du pays des robots géants, des gadgets débiles et du burn-out. Bref, le Japon dans toutes ses contradictions.
J'ai tué Abel
Les séries-concept fleurissent dans la BD de ces dernières années et en voici une nouvelle axée sur les assassinats célèbres ayant pour titre générique "J'ai tué" (les deux autres étant consacré à Philippe II de Macédoine et François-Ferdinand, Archiduc d'Autriche) Mais je dois dire que, moins que le concept lui-même ou l'intérêt historique, c'est surtout la collaboration (inédite) d'un grand scénariste que j'admire (Le Tendre, alias celui-qui-écrivit-La Quête de l'Oiseau du Temps) et le dessinateur Guillaume Sorel (L'Ile des morts, Algernon Woodcock) que je révère presque tout autant qui m'a décidé à acheter l'album. Je craignais tout de même une déception à la mesure de l'attente. Je me trompais. Les planches de Sorel jouent sur le contraste frappant entre l'austérité du désert où vivent une poignée de nomades pacifistes (parmi lesquels le "héros" de l'histoire, l'humble berger Hamor) et le déploiement fastueux et décadent de la cité mésopotamienne, décor grandiose et mortifère qui s'accorde si bien avec les frasques de son roi tyran et sanguinaire, Nébunedzar. Il y a dans ce personnage quelque chose du Kurtz d'Apocalypse Now mais je n'en dis pas plus. Fulgurances de violence, sensualité vénéneuse, cadrages et postures des personnages audacieuses, intensité des expressions : Sorel met son dessin expressif et son trait souvent acéré au service d'une époque antique qu'il n'avait jamais encore, à ma connaissance, traitée. Et son style se prête aussi bien à ce type de contexte âpre et violent qu'à celui, pourtant autrement plus poétique, d'un Algernon Woodcock. Quand à Serge Le Tendre, il démontre à nouveau qu'il est un grand conteur, capable de se réapproprier un matériau de base très classique (comme il l'avait fait avec La Gloire d'Héra et Tirésias) et de susciter l'intérêt du lecteur avec une version décalée dans le temps qui tient davantage lieu, sur le fond, d'une confrontation psychologique que d'une aventure épique (même s'il laisse aussi toute latitude à Sorel pour certaines scènes impressionnantes, comme la prise de Jérusalem). Et d'y ajouter, en plus de son sens de la narration éprouvée, cette touche d'ironie et cette cruauté dont sont souvent victimes chez lui des humains manipulés autant par leurs pulsions primaires et leur passion que par des dieux retors et dénués de compassion. Avec lui, le tragique et la fatalité des hommes se développent au sein d'un éclat de rire sardonique et gigantesque de l'univers pour nous rappeler à quel point nous ne sommes, finalement, que de dérisoires pantins. Le twist final surprenant de l'album ainsi que la dernière planche contribuent à étayer ce point de vue. Une BD qui, loin de se contenter d'en mettre plein les mirettes comme tant d'autres à notre époque, se révèle aussi profonde et s'ancre durablement dans la mémoire du lecteur.
Mother Sarah
Je vais sauter les présentations. Si vous ne connaissez pas encore Mother Sarah, référez-vous au synopsis et passons sans tarder à ce qui fait de cette série une lecture indispensable pour tout amateur de survivor en milieu hostile. Déjà je pense que c’est une erreur de considérer Mother Sarah comme n’importe quel autre récit se déroulant dans un monde post-apocalyptique ravagé par le feu nucléaire, car ce qui fait toute la force de cette histoire c’est la façon dont elle est racontée et qu’au-delà des aspects récurrents du genre auxquels Mother Sarah n’échappe pas, il y a un vrai propos intelligemment traité. On pourrait penser au début que l’histoire penche vers un Hokuto No Ken au féminin, avec un personnage qui va d'une cité à l'autre répandant la justice à coups de tatanes et de poings dans la tronche, mais en fait c’est tout à fait différent. Sarah n’est pas du tout intéressée pas les conflits opposant les belligérants Mother Earth et Époque et à aucun moment elle ne prend position pour un des deux camps ou pour quelque idéologie que ce soit. Elle, tout ce qui l’intéresse c’est retrouver ses enfants perdues. Les seuls moments où Sarah prend part à l’action c’est lorsque des ennemis se mettent en travers de sa route ou représentent un obstacle dans sa quête pour retrouver ses gosses. On a donc un personnage qui se fait une sorte de témoin des évènements en cours et c’est à travers ce point de vue neutre que le lecteur regarde cette humanité s’entretuer et régresser dans l’avilissement. Une humanité dont Katsuhiro Otomo dresse un portrait tragique et réaliste rompant avec les théories rousseauistes qui voient en l’homme un être fondamentalement bon. Ainsi, même après l’agression nucléaire qui aurait dû déboucher sur la démilitarisation des deux armées, ces dernières n’ayant plus de raisons idéologiques pour s’opposer, les guerres reprennent pourtant de plus belle. Ce que montre Mother Sarah c’est que la guerre entraîne la guerre comme un cauchemar qui se répète inlassablement, les soldats ne s’interrogeant guère sur les raisons de pourquoi ils la font, seulement que l’ennemi c’est celui qui pense différemment et qu’on est toujours persuadé d’appartenir au camp du bien alors que s’ils voyaient ce qu’il se passe en coulisse, ils comprendraient que le véritable ennemi est celui situé dans les hautes sphères du pouvoir et commande les troupes comme des marionnettes. Cette violence, cette colère et cette haine de l’autre est marquée au fer rouge dans le cœur des soldats, des familles des victimes « martyrs de la paix », qui la transmettront à leur descendants perpétuant ainsi ce cercle vicieux. Cette prédisposition à la violence se reflète particulièrement à l’encontre des femmes, notamment Sarah qui on peut le dire a eu une chienne de vie (croyez-moi quand je vous dis qu’elle en bave du premier au dernier tome). Ici les hommes maltraitent les femmes comme ils maltraitent la Terre. Sarah c’est un peu l’incarnation en chère et en os de Gaïa, la Terre mère. Pas pour rien si le titre s’appelle "Mother Sarah". Face à ces agressions répétées Sarah va rendre coup pour coup et rendre aux hommes (ou les humains au sens large) la monnaie de leur pièce. Mother Sarah c’est en faite une parabole invitant à la déférence et à montrer de la considération pour cette chose sur laquelle nous vivons et qui s'appelle la Terre. En retrouvant ses enfants, Sarah aspire à revenir à un état antérieur, la nostalgie d’un temps passé originaire. En incarnant allégoriquement cette Terre mère, Sarah fait la leçon aux hommes comme à des enfants qui se seraient égarés et qu’une mère corrigerait pour remettre sur le droit chemin. La conclusion du récit m’a plu car elle est complètement raccord avec ce qui s’est passé tout du long. Le comportement des hommes ne changent pas, les choses vont continuer comme avant, Sarah a beau se montrer empathique et une fervente humaniste, elle ne peut influer sur l'Histoire. Elle montre que tout ce que l’on peut faire pour rendre le monde meilleur est d’agir à sa petite échelle, de façon locale, se sont nos petites actions qui favoriseront l'émergence d'un monde plus paisible. Et que dire du dessin de Takumi Nagayasu ! Qu’il est techniquement irréprochable, soigné à la perfection. Que son style réaliste est terriblement attrayant même pour des européens réfractaires à la base aux mangas. D’ailleurs, la mise en scène et le découpage sont très déconcertants, dans le bon sens du terme. Chaque tome fait à peu près dans les 130 pages en moyenne et la qualité du dessin est telle qu’on a envie de s’attarder sur chaque case pour mater tous les petits détails (miam ! l’engin ultra rapide du mécano Maggy). Et pourtant cela se lit très vite, c’est dynamique, les cadrages ont un côté très cinématographique qui donne l’impression qu’on est en train de mater un film, un peu comme si chaque case correspondait à un plan. Nagayasu fait preuve de beaucoup d’imagination pour créer ces nouvelles sociétés fragiles en reconstructions, tout comme sur les superstructures et les stations orbitales. C’est un travail titanesque réalisé par un seul homme. Franchement Mother Sarah est juste culte. En plus c’est court pour un manga, 11 tomes seulement. Donc plus d’excuses pour ne pas sauter le pas.
Comment naissent les araignées
Alice, mal dans sa peau, déprimée par le départ brutal de son petit ami... Isadora, SDF quadragénaire, une vie cabossée par l’alcool …Billie, camarade de classe d’Alice, victime d’une mère poule et d’un frère dominateur. Trois femmes, trois vies en souffrance qui vont se rejoindre le temps d’un voyage aux allures d’errance, comme une quête. La première chose que voient les bébés araignées, c’est leur mère, comme le raconte Alice à sa copine Billie qui cherche le sommeil dans le froid nocturne. Et comme les bébés ont faim, alors ils la grimpent et se mettent à la bouffer, vivante… « Comment naissent les araignées », un titre réussi, pour une histoire en forme de toile. Trois portraits touchants, trois fils reliés par un autre fil, celui d’une aventure commune sur la route, hors des murs, comme une tentative d’ébranler l’inertie d’un cauchemar. « Comment naissent les araignées » aurait pu s’appeler « comment naissent les névroses ». Car qui dit « naissance » dit « mère ». Et qui dit mère dit transmission, transmission du bon comme du moins bon. Et quand le moins bon ressemble à la méchanceté ou la possessivité, les dégâts sont immenses pour la victime et la folie n’est jamais bien loin. Faut-il alors bouffer sa mère pour s’en sortir ? C'est très exactement de cela dont il est question ici. La Française Marion Laurent nous propose donc là un beau roman graphique estampillé « USA in the nineties », une histoire de femmes américaines à la dérive. Si ce sont principalement les rapports mère-fille qui sont abordés, à l’exception de l’épilogue dédié au petit ami d’Alice, lui-même rejeton d'un géniteur absent, la thématique a trait à la filiation en général et aux bonnes vieilles casseroles familiales que chacun, homme ou femme, traîne avec soi des années durant, avec quelques pistes pour les larguer avant d’être cuit dedans. C’est aussi une « love story » impossible et désespérée entre Dwight et Alice, jeune et jolie Barbarella sous le pinceau de son « boyfriend », impossible parce que la tête et le cœur du jeune homme refusent de s’accorder. En plus d’un scénario très bien construit, le dessin de Marion Laurent invoque l’urgence avec son trait gras et son absence de fioritures, exprimant à la fois la sensibilité de l’auteure et l’âpreté de ces vies déchirées, que les couleurs obstinément rosâtres tentent peut-être d’apaiser. Les dialogues sonnent juste, les paroles font mal mais libèrent aussi, et quand il n’y en a pas, ce sont les regards, les attitudes, les gestes qui parlent. C’est ainsi qu’en alternant les séquences avec et sans textes, Marion Laurent sait faire respirer son récit avec talent, nous captivant jusqu’à la dernière image, sublime, alors que Dwight vient d’avoir un accident, de cette biche hagarde en pleine forêt au milieu des croquis flottant dans les airs. « Comment naissent les araignées », un des coups de cœur de l’année ? On dirait bien que oui…
Le Confesseur sauvage
Foerster est vraiment un des plus grands en matière de contes macabres. Ici, il invente une ville où s'est produite une catastrophe et maintenant il y a des mutants. À travers le personnage d'un mutant qui a le pouvoir de faire confesser les gens, l'auteur nous raconte 5 histoires différentes. On retrouve le Foerster de Fluide Glacial qui racontait des trucs macabres avec un peu d'humour noir et parfois de la satire sociale (que je trouve très présente dans cet album). Il a plus de pages pour développer ses histoires que dans Fluide Glacial et je ne vais pas me plaindre car les différents récits sont excellents. Il y a pas de longueurs et j'avais toujours envie de lire ce qu'il allait se produire sur la page suivante. J'aime beaucoup comment ses histoires sont cohérentes entre elles quoique le point fort de l'ouvrage est le dessin en noir et blanc que Foerster que je trouve parfait pour ce genre d'histoire. C'est un style un peu malsain qui ne me dérange pas du tout. C'est à lire pour les fans de l'auteur !
Le Téléporteur du Pr. Schmitt...
Très très sympa cette suite de gags. Sur un point de départ simple (et qui se rapproche un peu de la série TV Code Quantum, pour ceux qui s'en souviennent), Peb et Fox nous proposent donc une série de saynètes en gaufrier (2x3 cases) à l'italienne où le Pr. Schmitt doit se sortir de situations parfois très délicates dans lesquelles l'emmène son téléporteur... J'avoue, je me suis bien marré, les situations sont très diverses, aussi bien dans le temps que dans l'espace, et parfois la pauvre tête d'ampoule tombe de Charybde en Scylla... Le mécanisme du gag est bien maîtrisé par les deux auteurs, qui ont opté (enfin surtout Fox, qui assure le dessin) pour un dessin caricatural très efficace, et mis en couleurs de façon fort agréable. Sympathique.
Canardo
Je précise d'emblée que je n'ai pas lu tous les tomes de Canardo. Je n'ai lu que les tomes 1,2,3 (les meilleurs parait-il) et puis le 6, le 7 et le 8. C'est déjà pas mal. Mon 4 étoile ainsi que le coup de coeur sont surtout destinés aux 3 premiers, finalement assez loins de l'image "Columbo en canard" que l'on se fait machinalement de Canardo. Je veux dire assez loin de l'univers urbain de Columbo (et des autres albums). Dans ces 3 albums il y a une ambiance ouvertement noire et fantastique, sanglante et sombre plutôt éloignée de l'atmosphère que prendra la série par la suite (des albums plutôt bons mais beaucoup moins torturés). Pour le coup là c'est vrai, on aura vraiment droit à du Columbo en canard. Dans ces 3 premiers albums mettant en scène entre autres le fameux matou Raspoutine, tout est noir et étouffant. Tout sent la fumée, l'alcool. Des animaux défraichis (Canardo y compris) passent leur temps à boire et à fumer clopes sur clopes ou cigares sur cigares dans des bars louches perdus au fond de campagnes désolées balayées par le vent ( ou en sibérie dans le tome 2 ). De mystérieux et gigantesques animaux aux yeux rouges font régner la terreur. Mafieux, putes, bourreaux et victimes à la fois on ne sait plus vraiment (je mélange l'intrigue des 3 premiers, volontairement et involontairement ). Ca tousse, ça saigne, ça souffre beaucoup ( à chaques fois de bouleversants épilogues plutôt tragiques ) . Canardo est tout aussi à l'ouest que les autres mais lui essaye au moins de résoudre les "enquêtes". Derrière son côté je m'en foutiste et alcoolique ce personnage est réellement attachant. Humaniste, intelligent, pas spécialement violent, c'est un inspecteur sincèrement bon. On s'identifie vraiment à ce canard avec encore toute sa tête (pas pour longtemps vu tellement il se met mal lui aussi) plongé dans cette misère sociale et humaine (pardon, animale), peuplée de sadiques, de brutes, de drogués et autres damnés de la terre. Derrière le trait cartoonesque et le côté "animaux qui parlent" c'est réellement noir et carrément fantastique dans l'atmosphère (ambiance presque gothique à certains moments). Prenez Columbo, Walt Disney, Tchao pantin et le cinéma fantastique gothique et vous obtenez Canardo, du moins pour les 3 premiers albums. Je préfère nettement cela à Blacksad. Pour les autres albums que j'ai lus j'ai beaucoup aimé l'île noyée par exemple, mais ce n'est pas aussi bon, et dark. Dommage. Il me tarde de trouver les autres albums. Uniquement d'occasion je précise. Donc ***** pour les 3 premiers et *** pour les autres. Apres lecture tu tome 4 ( noces de brume ) et du tome 5 ( L'amerzone ) je maintiens cette note de 4 étoiles car ces 2 tomes, tous les 2 très bons, poursuivent l'ambiance glauque et humide des 3 premiers. tome 4: ***,5 tome 5: ****
Sept Nains
Cette parodie des 7 nains m'a particulièrement plu, j'ai aimé cette approche de l'histoire vue par les nains. Le reproche que je pourrais faire au concept "sept", c'est qu'il est difficile de développer l'histoire en plus de pages ou de tomes, d'où une fin un peu précipitée à mon sens. Cette touche humoristique qu'apporte Lupano est tout simplement géniale. Une fois de plus, je ne suis pas déçu par son scénario. J'approuve ce type de scénariste qui veut toucher à tout et qui ne reste pas focalisé sur un univers de BD. J'ai passé un agréable moment de lecture et j'ai même bien rigolé sur certains passages. Bref ce fut un coup de coeur pour moi.