A tout ceux qui diront que Druuna a un scénario niais, et que ce n'est que de la bd porno ou érotique, je rappelle que Serpieri l'auteur a une formation en Art.
Regardez comment il dessine un corps féminin. Et il a dessiné des chevaux (demandez aux étudiants en art la difficulté de dessiner un cheval et ses muscles).
Des courbes féminines exagérées diront certains (seins, fesses) mais le peintre Ingres dans son odalisque n'a t'il pas exagéré le dos de son modèle ?
Serpieri est au delà de la BD. Chaque planche est un travail graphique avec une volonté d'art. Mais l'art est obscur pour certains...... (a dit quelqu'un, vieux, sage, et peut être chinois ?,,,).
Le duo Trillo/Risso était bien connu et parfaitement rodé. Cette série est aussi (malheureusement) leur dernière collaboration suite au décès de Trillo peu avant la sortie du quatrième opus.
Avec Point de rupture, le tandem signe une œuvre forte ancrée dans un monde post-apocalyptique. A la différence de bon nombre de séries du genre, celle-ci se focalise uniquement sur les personnages. Chaque opus fait plus ou moins 150 pages avec un chapitrage serré (10 pages environ/séquence). Cela permet par exemple une lecture aisée le soir avant de dormir. Les protagonistes sont multiples et leurs interactions nombreuses. Cela n’a étonnamment pas de conséquences sur la facilité d’aborder l’histoire. Le lecteur prend aisément ses marques. Si Lisa peut être considérée comme le personnage central du récit, il n'y a pas pour autant de héros intouchable. Aucun protagoniste n’est indispensable au bon déroulement du récit (pas même Lisa).
L'histoire n’est pas continue, même si elle suit un fil conducteur et que la trame de fond est solide. Chaque chapitre est l’occasion de se focaliser sur une mission qui vient en dévoiler davantage sur cette terre dévastée et les gens qui la peuplent. J’apprécie particulièrement le soin apporté par Trillo à la psychologie de ses personnages. Il a l'intelligence d'éviter l'écueil d'un monde caricatural et dichotome. C'est l'occasion pour lui aussi d'aborder des sujets qui lui sont chers comme la lutte entre gangs et le vol d'organes.
Côté dessin, Risso sublime le noir et blanc avec une maîtrise sans faille de son sujet. Du travail d'exception, un plaisir sans cesse renouvelé pour les yeux, page après page.
Une série injustement méconnue qui vaut largement le détour.
J'ai abordé ce diptyque sereinement, sans savoir où j'étais tombé, juste parce qu'en feuilletant le tome 1, le dessin m'a plu. Et au final, j'ai été bouleversé par cette très belle fresque historique et intimiste à travers les destins croisés de Jean l'Auvergnat et Ousmane l'Africain, et des femmes de leur entourage, telle Hubertine qui brave bien des écueils familiaux et judiciaires pour parvenir à son but.
La bande brosse plein de thèmes, c'est une intéressante étude en parallèle entre une campagne française au travail rude et les dangers vécus au Sénégal par Ismaïlia, la soeur d'Ousmane ; mais s'ajoutent à cela des vues politiques, la cause des suffragettes, l'opposition d'une fille à son père qui ne comprend pas ses convictions, l'émancipation des femmes (bourgeoises comme fermières), les lois familiales en Afrique qui sont très tribales et injustes, la pénibilité du travail et la condition des paysans au début du 20ème siècle en France, le racisme haineux de cette époque parmi les soldats... et bien sûr en point d'orgue la guerre de 14-18 qui occupe les 3/4 du tome 2, qui rend le récit encore plus tragique, et où se greffent d'autres thématiques comme le combat d'une femme pour faire réhabiliter son mari fusillé à la va-vite après une parodie de procès (ces cas furent hélas véridiques), l'absurdité et le côté inique des procès sans fondement , et les sentences démentes qui en découlent, la jalousie et la rancoeur d'un officier qui se croit supérieur aux autres, la connerie des gendarmes qui appliquent le règlement à l'aveugle, le rôle des tirailleurs sénégalais, le sacrifice d'une génération et les atrocités habituelles des tranchées vues dans d'autres Bd.
Bref, ce diptyque enrichi de tous ces thèmes, est d'une telle densité que la lecture se révèle des plus passionnante, malgré une fin que j'ai trouvée un peu précipitée.
Le dessin contribue à faire aimer ce récit, il est maîtrisé et plaisant ; voici donc une Bd aussi réussie sur le plan graphique que narratif.
Dans mon avis sur « La Marie en plastique », je déclarais –je cite- : « sans doute la série la plus mal dessinée à mes yeux mais méritant quand même un « franchement bien » enthousiaste ». Et bien, permettez-moi de vous faire un aveu : je suis un gros con !
Parce que, en fait, après lecture de ce « Vive la marée », je vous avouerai, quitte à passer pour un illuminé cette fois, que je suis devenu fan de David Prudhomme ! Ce type est un artiste es-découpage et, n’ayons pas peur des mots, un génie es-cadrages !
Et dire que je ne m’en étais pas rendu compte lors de ma lecture précédente… Honte sur moi ! Non mais sérieusement, regardez cette scène de voitures en enfilade durant laquelle on change de véhicule sans jamais perdre de vue les différents protagonistes ! Admirez les cadrages imaginaires de cette gamine sur la plage ! Deux exemples parmi d’autres. Fan, je suis devenu fan !!!
Mais, après ce mea culpa, quid du récit ?
Rabaté et Prudhomme nous proposent de passer une journée à la plage. Le récit saute constamment d’un personnage à un autre sans réel fil conducteur sinon que tous sont réunis dans la même station balnéaire aux allures normandes et familiales. Le récit est sautillant, plaisant (sans être hilarant comme pouvait l’être « la Marie en plastique »), fin (regardez donc le menu du restaurant 4,3,2,1 dans un coin d’une case – cherchez dans une autre les deux cyclistes croisés plus tôt alors qu’ils sont en mer), nostalgique (surtout pour quelqu’un qui, comme moi, a passé presque la totalité de ses vacances sur ce genre de plage familiale). Les personnages sont, pour la plupart, des beauf, des gens ordinaires, des râleurs par vocations. C'est vous et moi vus sous un angle gentiment ironique par un regard fin et tendre. Les dialogues offrent quelques magnifiques échanges dans lesquels le génie et la bêtise peuvent habiter la même phrase (« c’est dommage que la réalité ne soit pas tactile »). C’est doux, c’est frais, c’est tendre, c’est simple, c’est humain… et du coup, parfois, c’est très con.
Donc voilà : Vive la marée est un très bel album, David Prudhomme est un dessinateur atypique autant que talentueux, Rabaté demeure un conteur d’exception et ce livre va, je pense, occuper une place de choix dans mon cœur et ma bibliothèque.
De retour d'une expédition en Nouvelle Calédonie, un navire français ramène avec lui un « autochtone » en métropole. Dans le microcosme du bateau, c'est toute la société française de l'époque qui est représentée et qui réagit à la présence du Kanak.
Que ce soit le scientifique, le militaire, le négrier, le prêtre ou le simple matelot, chacun reporte sur le pauvre Eloi son mépris, sa peur ou son fantasme sans jamais réussir à sortir des préjugés de son époque pour voir l'homme derrière l'image qu'il représente pour chacun d'eux.
L'album, extrêmement ambitieux, est une grande réussite. Visuelle d'abord. Pendant 220 pages, le haut niveau d’exigence graphique ne baisse jamais. Le dessin est magnifique et on sent que les auteurs se sont beaucoup documentés pour rendre le cadre le plus réaliste possible.
Réussite dans le récit également. Un soin énorme est apporté aux personnages. Les auteurs ont habilement évité l'écueil de la caricature et ils ont su leur donner beaucoup de profondeur et de réalisme. Les dialogues et les situations sont fins et intelligents, la narration est impeccable et il est impossible de décrocher de l'histoire. Histoire dont le lecteur ne peut ressortir indemne devant ce drame de la colonisation.
Eloi est tout simplement l'un des tous meilleurs albums que j'ai lu depuis longtemps.
Allez, j'ose la note maximale !
Et un très, très grand bravo aux auteurs !
En attaquant cette BD au graphisme à la fois minimaliste et sophistiqué, impossible de s’attendre à un scénario aussi élaboré, aussi captivant. En effet, lorsqu’on feuillette les pages avant lecture, la mise en page, certes originale, donne à penser qu’on a davantage affaire à une production expérimentale. Et pourtant, si les cases, la plupart du temps de la taille d’un timbre poste, peuvent laisser dubitatif, le procédé finit par fasciner. De sa ligne claire concise et stylisée, Álvaro Ortiz parvient avec un minimum d’effets à exprimer parfaitement ce qu’il veut dire et montrer. Entre le brun et le rose, les couleurs désaturées contribuent à renforcer l’atmosphère malsaine avec une certaine élégance. Du grand art.
Quant au scénario, il consiste en une sorte de mise en abyme puisque le narrateur est lui-même un jeune écrivain en quête d’une bonne histoire, et c’est la sienne qu’il raconte ici, une histoire qui changera sa vie à jamais. C’est en acceptant de vendre les chats qui ont dévoré son oncle à un collectionneur d’objets morbides, dont la plupart ont appartenu à des tueurs en série, qu’il va provoquer le destin. Alors qu’il se rend dans le village où habite le collectionneur, en plein cœur de l’Amérique redneck (on ne sait pas où exactement, l’auteur ayant pris le parti de rayer les noms de lieux), il va se retrouver très vite impliqué dans une ignoble affaire de meurtre. L’atmosphère inquiétante de cette ville quasi fantôme au passé industriel contribue un peu plus à happer le lecteur, déjà captivé par un récit qui monte progressivement en puissance jusqu’à un climax pour le moins inattendu. L’auteur reprend avec subtilité le thème de l’étranger – cet autre si étrange -, désigné à la vindicte populaire à cause de sa différence, en l’occurrence ici le collectionneur.
Hollywood ayant souvent exploité cette Amérique en déshérence dans le registre du thriller horrifique ("Massacre à la tronçonneuse", "Délivrance"…), c’est peu dire qu’on imaginerait parfaitement cette histoire adaptée au cinéma. On ne peut que féliciter les Editions Rackham d’avoir découvert ce jeune et prometteur auteur espagnol, qui signe ici son deuxième album après Cendres.
Il m'a fallu le temps pour me décider à acheter cette série. Elle m'avait intrigué dès la sortie de son premier tome, mais le trait un peu fouillis, l'ambiance graphique proche du tag' et que j'imaginais teintée de musique rap, ainsi que des réactions un peu trop vivaces de jeunes fans de la série sur le net m'avaient assez rebuté. J'imaginais un délire de jeune graphiste amateur soutenu par sa bande de potes sur un scénario immature.
Avec la sortie du tome 2 et la confirmation par des amateurs de BD que j'estimais davantage que c'était bien, je me suis lancé. Puis j'ai continué la série au fil de sa parution et j'ai désormais pu en lire l'intégrale d'une traite.
C'est un vrai petit ovni, non seulement sur le plan graphique mais aussi dans son contenu.
Imaginez un cocktail d'innombrables influences et références, avec un visuel inspiré tant des comics que des mangas et du franco-belge. Un récit rappelant des scénarios de films de SF ou d'horreur qui sont devenus des classiques tels que les Body Snatchers ou Invasion Los Angeles puis qui tourne ensuite au récit apocalyptique façon Akira. Et une constante recherche de la nouveauté dans le traitement.
Ambiance latino-mexicaine, gangs urbains façon L.A, men in black et aliens venus de l'inframonde, bastons avec de gros flingues, références aux films de kung-fu chinois et de katana japonais, il y a énormément de références amusantes incluses dans cette BD, comme autant d'hommages à une certaine culture geek, pop et street. Le scénario en lui-même serait facilement résumé et largement tourné vers l'action, mais ce n'est pas ça l'important, l'important c'est ce qu'il y a autour, le décor, les personnages secondaires, le traitement, l'humour, la vitalité du tout, etc.
Pour donner un exemple, j'avoue ne pas avoir trouvé le héros franchement attachant, voire il m'emmerde un peu. De même, je n'aime pas trop l'aspect action bourrine de ses péripéties. Mais le scénario qui se construit tout autour et les autres personnages m'ont plu, notamment le groupe des Lucha Ultimate, à tel point que je peux suivre avec plaisir les aventures de Vinz et Lino car je sais que je vais pouvoir profiter davantage encore de tout ce qui les entoure et se passe simultanément.
Quant au graphisme, comme dit plus haut, il fait la force et la personnalité du récit. Pris individuellement, il n'est pas toujours formidable et quelques personnages ont des aspects que je qualifierais presque d'amateurs. Mais il se révèle tout de même très vite très prenant, visuellement parlant, changeant de style régulièrement, ne s'appesantissant jamais dans une posture unique, osant pas mal d'innovations graphiques, des colorisations différentes, des styles, des changements d'ambiance visuelle. Un très bon exemple est le passage en style manga-noir-et-blanc lors de la confrontation entre yakuzas japonais et triade chinoise (j'ai bien aimé le texte sur le "sens de lecture original"). Ou encore le passage où le dessinateur, Run, passe la main à un pote pour les couleurs d'un passage du deuxième tome (excellentes couleurs soit dit en passant).
Franchement, un vrai délire visuel mais très maîtrisé malgré tout car cela sert bien la narration.
A noter que le tome 1 n'est pas mauvais mais c'est à partir du tome 2 que le récit devient prenant et plus maîtrisé tant sur le plan du graphisme que du scénario. Mais malgré l'originalité indéniable de cette création qui en a inspiré d'autres depuis, je n'ai jamais totalement accroché. Il n'y a pas d'envolée qui m'ait donné véritablement envie de lire la suite et je ne me suis jamais attaché aux personnages principaux, à part à la bande de catcheurs que je trouve vraiment sympas.
J'ai apprécié cette plongée très dynamique dans l'ambiance d'un Los Angeles fictif, de ses guerres de gangs et d'une invasion alien originale et pleine de références, mais il y a un trop plein de testostérone qui fait que ce n'est pas un récit qui m'a vraiment charmé et qui plaira à tout le monde.
Lors de ma lecture du premier tome, j'avais été fortement impressionné par cette nouvelle série. Il est difficile de trier le bon grain de l'ivraie en termes de fantasy dessinée, a fortiori chez Soleil. "Servitude" va à contre-courant de la production actuelle, avec une couverture en tons sépia, à la fois figée et puissante, alors que la tendance était au dynamisme qui fait mal aux yeux.
La lecture de l'album ne dément pas cette impression. Le dessin de Bourgier est léché, puissant, je le répète, et ne possède presque pas de fautes de perspective ou d'anatomie, éléments auxquels je suis sensible pour une BD de ce type. Tout juste chipoterai-je en disant que la repro me semble un peu faiblarde par moments, avec des cases floues. Mais c'est anecdotique.
Concernant l'histoire, là encore c'est de l'inédit, puisque les auteurs semblent avoir pris beaucoup de temps pour élaborer leur univers. Celui-ci est très complexe (mais un univers simpliste serait-il crédible ?). Et le résultat est à la hauteur : une intrigue touffue et un peu difficile à suivre au début, mais c'est normal, c'est un premier tome.
Et puis lors de la (re)lecture des 4 premiers tomes, et au fil de l'avancée, j'ai pu explorer plus en profondeur. Et me rendre compte que la bande dessinée n'est finalement pas le bon support pour cette série. En cause, un univers fouillé, trop peut-être, qui est à l'étroit sur ce support. En témoignent d'ailleurs les nombreux bonus écrits qui l'émaillent, dont la densité fera peur à nombre de lecteurs potentiels. Certes, l'univers posé par David et Bourgier a besoin de temps, de patience pour être digéré, mais je pense qu'il aurait mieux valu un cycle de romans illustrés, comme peut le faire par ailleurs Olivier Péru avec certains de ses univers.
Ne reste donc que le dessin d'Eric Bourgier, mais cela ne suffit pas à maintenir mon intérêt, qui a fléchi au cours du tome 4. La suite et fin se fera sans moi.
Pas grand chose à ajouter par rapport aux avis précédents. Je me range derrière eux tels les personnages des 2 très belles couvertures.
Cette "uchronie" (terme et genre nouvellement à la mode, dérivé du steampunk, qui est lui même uchronique en quelque sorte) est absolument géniale. Une civilisation aztèque à l'assaut du continent Européen (l’Angleterre plus précisément) plongé dans un âge sombre d'une "zombification" généralisée !!! Il fallait y penser !
Le récit est très dense, il y a beaucoup de dialogues, beaucoup de personnages, beaucoup de scènes fortes et beaucoup de violence. Et même du sexe ! (et même des scènes homosexuelles). Un mélange hautement improbable qui pourtant tient tout à fait la route et se révèle passionnant.
Bon j'ai éprouvé quelques difficultés à reconnaître certains personnages, vu leur ressemblance graphique mais en s'accrochant c'est du domaine du possible. Et puis j'ai été un poil déçu (juste un poil) par rapport au statut de zombies des Européens. Car ce n'en sont pas vraiment. Certains le sont mais d'autres non. Ou plutôt ils résistent au virus. Certains ont même recréé un semblant de civilisation et se font la guerre. Donc, bon ce n'est pas vraiment ce que j'appelle des morts-vivants au sens strict du terme. J'aurais préféré des zombies pur jus.
Mais bon, on s'y fait. Les dessins sont formidables (un petit côté Corben je trouve) et je le répète ces 2 tomes regorgent de scènes violentes, gores et viscérales. Comme celle où un Aztèque prend sauvagement par derrière une femme, juste au-dessus de la fosse aux zombies, où son ex-mari a été poussé, puis zombifié à son tour. En la forçant à regarder la créature qu'il est devenu. Assez trash !
Bref, Nous les morts, un must ! Il me tarde de découvrir la suite !
Je fais remonter mon avis après la lecture du tome 3, qui m'a déçu par rapport à la puissance des 2 premiers.
A la fin du 2ème tome, les Incas venaient d'arriver sur le continent européen. Il était temps ! Je m'attendais donc à de furieuses batailles et à une expédition haletante et violente à travers le continent. Il n'en est rien ! Enfin si mais déjà on a l'impression d'avoir loupé un tome ou 2. Les Incas ont avancé trop vite. Dès le début ils sont déjà arrivés dans les Balkans ! Et l'Europe de l'Ouest ? Que s'est-il passé ? Au milieu de l'album ils arrivent en Chine ! Alors déjà que le mélange Incas-Aztèques-zombies était assez tordu (mais inédit et très réussi) là ils nous ajoutent des Chinois (avec des avions !). C'en est trop. Là c'est too much ! Surtout que le 4ème album se passera en Afrique ! Bon moi je lâche cette série qui avait pourtant si bien commencé. Dommage...
Il reste tout de même quelques bons passages comme celui du monastère dans les Balkans. Mais c'est peu...
Je laisse tout de même mon 4 étoiles pour les 2 premiers albums.
Trois vieux papis lancés dans un road movie !
C'est vrai qu'ils sont attachants ces ancêtres, qui refusent de vieillir malgré leurs rhumatismes. Réunis pour un enterrement, les voilà partis pour une course-poursuite en quête de l'éternelle jeunesse.
La pire génération de l'histoire ? Peut-être… N'empêche qu'ils n'ont jamais cessé de se battre, eux ! Pour des causes sociales, puis pour passer le temps et enfin pour le plaisir d'emmerder les cons. “Ceux qui vivent sont ceux qui luttent”, et ce n'est pas la jeune Sophie, enceinte jusqu'aux yeux, qui va les contredire.
Les personnages son drôles et attachants. Les réparties fusent. L'histoire est simple mais passionnante. Lupano réussit encore un joli scénario, tout en tendresse caustique.
Le dessin de Cauuet est très réussi. Il a déjà travaillé avec Lupano sur L'Honneur des Tzarom et adopte cette fois un style plus caricatural, qui colle merveilleusement au sujet.
J'ai jubilé en accompagnant Les vieux fourneaux dans leur périple et j'espère qu'ils reviendront bientôt pour de nouvelles aventures. La fin ouverte promet un bel avenir à ces nouveaux héros.
•••••• 3 albums et j'apprécie toujours autant les trois papys ••••••
Je lis que certains posteurs font la fine bouche : « pas original », « convenu », « sans surprise »… Je vous trouve bien sévères mes amis, alors je reprends la plume (enfin le clavier) pour les défendre.
Peut-être que le thème des ancêtres turbulents n'est pas neuf ; c'est vrai que ceux-ci rappellent nombre d'œuvres antérieures comme Les Vieux de la Vieille (les anars de René Fallet plutôt que les cabotins d'Audiard et Grangier), ou encore La Vieille de Patrick Font.
Les pépés indignes sont des figures littéraires récurrentes, et alors ?
Ces Vieux fourneaux ne font pas exception au genre, mais quel plaisir de les voir évoluer ! Par leurs facéties, si absurdes soient-elles, ils ressuscitent un univers à la Brassens et ça me fait chaud au cœur. Parce qu'en ces temps de repli individualiste et de politiquement correct, ça fait foutrement plaisir de contempler ces dinosaures gauchistes semer le désordre dans la bonne humeur. Qui ose encore s'en prendre aux travers d'une société qui s'auto-satisfait de sa perversité tout en la déplorant ? Qui à part des Pierrot, Antoine, Mimile et Mamie Fanfan ? Il y a bien Revanche dans un genre un peu différent, mais on ne peut pas dire que l'esprit gauchiste fasse florès de nos jours. Il faut de vieux farceurs au bord de la tombe pour nous offrir la vision jubilatoire et optimiste d'un avenir possiblement radieux.
Et il est faux de dire qu'ils sont enferrés dans leurs certitudes et leurs dogmes passéistes. Au fil des albums Lupano a l'intelligence de les bousculer, de les mettre face à leurs contradictions, de les prendre en faute, de raviver leurs regrets, de les amener à doute d'eux-mêmes. Des caricatures, sans doute, mais plus humaines que bien des vivants !
Longue vie aux Vieux Fourneaux et à leurs aventures salutaires !
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A tout ceux qui diront que Druuna a un scénario niais, et que ce n'est que de la bd porno ou érotique, je rappelle que Serpieri l'auteur a une formation en Art. Regardez comment il dessine un corps féminin. Et il a dessiné des chevaux (demandez aux étudiants en art la difficulté de dessiner un cheval et ses muscles). Des courbes féminines exagérées diront certains (seins, fesses) mais le peintre Ingres dans son odalisque n'a t'il pas exagéré le dos de son modèle ? Serpieri est au delà de la BD. Chaque planche est un travail graphique avec une volonté d'art. Mais l'art est obscur pour certains...... (a dit quelqu'un, vieux, sage, et peut être chinois ?,,,).
Point de Rupture
Le duo Trillo/Risso était bien connu et parfaitement rodé. Cette série est aussi (malheureusement) leur dernière collaboration suite au décès de Trillo peu avant la sortie du quatrième opus. Avec Point de rupture, le tandem signe une œuvre forte ancrée dans un monde post-apocalyptique. A la différence de bon nombre de séries du genre, celle-ci se focalise uniquement sur les personnages. Chaque opus fait plus ou moins 150 pages avec un chapitrage serré (10 pages environ/séquence). Cela permet par exemple une lecture aisée le soir avant de dormir. Les protagonistes sont multiples et leurs interactions nombreuses. Cela n’a étonnamment pas de conséquences sur la facilité d’aborder l’histoire. Le lecteur prend aisément ses marques. Si Lisa peut être considérée comme le personnage central du récit, il n'y a pas pour autant de héros intouchable. Aucun protagoniste n’est indispensable au bon déroulement du récit (pas même Lisa). L'histoire n’est pas continue, même si elle suit un fil conducteur et que la trame de fond est solide. Chaque chapitre est l’occasion de se focaliser sur une mission qui vient en dévoiler davantage sur cette terre dévastée et les gens qui la peuplent. J’apprécie particulièrement le soin apporté par Trillo à la psychologie de ses personnages. Il a l'intelligence d'éviter l'écueil d'un monde caricatural et dichotome. C'est l'occasion pour lui aussi d'aborder des sujets qui lui sont chers comme la lutte entre gangs et le vol d'organes. Côté dessin, Risso sublime le noir et blanc avec une maîtrise sans faille de son sujet. Du travail d'exception, un plaisir sans cesse renouvelé pour les yeux, page après page. Une série injustement méconnue qui vaut largement le détour.
Amère patrie
J'ai abordé ce diptyque sereinement, sans savoir où j'étais tombé, juste parce qu'en feuilletant le tome 1, le dessin m'a plu. Et au final, j'ai été bouleversé par cette très belle fresque historique et intimiste à travers les destins croisés de Jean l'Auvergnat et Ousmane l'Africain, et des femmes de leur entourage, telle Hubertine qui brave bien des écueils familiaux et judiciaires pour parvenir à son but. La bande brosse plein de thèmes, c'est une intéressante étude en parallèle entre une campagne française au travail rude et les dangers vécus au Sénégal par Ismaïlia, la soeur d'Ousmane ; mais s'ajoutent à cela des vues politiques, la cause des suffragettes, l'opposition d'une fille à son père qui ne comprend pas ses convictions, l'émancipation des femmes (bourgeoises comme fermières), les lois familiales en Afrique qui sont très tribales et injustes, la pénibilité du travail et la condition des paysans au début du 20ème siècle en France, le racisme haineux de cette époque parmi les soldats... et bien sûr en point d'orgue la guerre de 14-18 qui occupe les 3/4 du tome 2, qui rend le récit encore plus tragique, et où se greffent d'autres thématiques comme le combat d'une femme pour faire réhabiliter son mari fusillé à la va-vite après une parodie de procès (ces cas furent hélas véridiques), l'absurdité et le côté inique des procès sans fondement , et les sentences démentes qui en découlent, la jalousie et la rancoeur d'un officier qui se croit supérieur aux autres, la connerie des gendarmes qui appliquent le règlement à l'aveugle, le rôle des tirailleurs sénégalais, le sacrifice d'une génération et les atrocités habituelles des tranchées vues dans d'autres Bd. Bref, ce diptyque enrichi de tous ces thèmes, est d'une telle densité que la lecture se révèle des plus passionnante, malgré une fin que j'ai trouvée un peu précipitée. Le dessin contribue à faire aimer ce récit, il est maîtrisé et plaisant ; voici donc une Bd aussi réussie sur le plan graphique que narratif.
Vive la marée !
Dans mon avis sur « La Marie en plastique », je déclarais –je cite- : « sans doute la série la plus mal dessinée à mes yeux mais méritant quand même un « franchement bien » enthousiaste ». Et bien, permettez-moi de vous faire un aveu : je suis un gros con ! Parce que, en fait, après lecture de ce « Vive la marée », je vous avouerai, quitte à passer pour un illuminé cette fois, que je suis devenu fan de David Prudhomme ! Ce type est un artiste es-découpage et, n’ayons pas peur des mots, un génie es-cadrages ! Et dire que je ne m’en étais pas rendu compte lors de ma lecture précédente… Honte sur moi ! Non mais sérieusement, regardez cette scène de voitures en enfilade durant laquelle on change de véhicule sans jamais perdre de vue les différents protagonistes ! Admirez les cadrages imaginaires de cette gamine sur la plage ! Deux exemples parmi d’autres. Fan, je suis devenu fan !!! Mais, après ce mea culpa, quid du récit ? Rabaté et Prudhomme nous proposent de passer une journée à la plage. Le récit saute constamment d’un personnage à un autre sans réel fil conducteur sinon que tous sont réunis dans la même station balnéaire aux allures normandes et familiales. Le récit est sautillant, plaisant (sans être hilarant comme pouvait l’être « la Marie en plastique »), fin (regardez donc le menu du restaurant 4,3,2,1 dans un coin d’une case – cherchez dans une autre les deux cyclistes croisés plus tôt alors qu’ils sont en mer), nostalgique (surtout pour quelqu’un qui, comme moi, a passé presque la totalité de ses vacances sur ce genre de plage familiale). Les personnages sont, pour la plupart, des beauf, des gens ordinaires, des râleurs par vocations. C'est vous et moi vus sous un angle gentiment ironique par un regard fin et tendre. Les dialogues offrent quelques magnifiques échanges dans lesquels le génie et la bêtise peuvent habiter la même phrase (« c’est dommage que la réalité ne soit pas tactile »). C’est doux, c’est frais, c’est tendre, c’est simple, c’est humain… et du coup, parfois, c’est très con. Donc voilà : Vive la marée est un très bel album, David Prudhomme est un dessinateur atypique autant que talentueux, Rabaté demeure un conteur d’exception et ce livre va, je pense, occuper une place de choix dans mon cœur et ma bibliothèque.
Eloi
De retour d'une expédition en Nouvelle Calédonie, un navire français ramène avec lui un « autochtone » en métropole. Dans le microcosme du bateau, c'est toute la société française de l'époque qui est représentée et qui réagit à la présence du Kanak. Que ce soit le scientifique, le militaire, le négrier, le prêtre ou le simple matelot, chacun reporte sur le pauvre Eloi son mépris, sa peur ou son fantasme sans jamais réussir à sortir des préjugés de son époque pour voir l'homme derrière l'image qu'il représente pour chacun d'eux. L'album, extrêmement ambitieux, est une grande réussite. Visuelle d'abord. Pendant 220 pages, le haut niveau d’exigence graphique ne baisse jamais. Le dessin est magnifique et on sent que les auteurs se sont beaucoup documentés pour rendre le cadre le plus réaliste possible. Réussite dans le récit également. Un soin énorme est apporté aux personnages. Les auteurs ont habilement évité l'écueil de la caricature et ils ont su leur donner beaucoup de profondeur et de réalisme. Les dialogues et les situations sont fins et intelligents, la narration est impeccable et il est impossible de décrocher de l'histoire. Histoire dont le lecteur ne peut ressortir indemne devant ce drame de la colonisation. Eloi est tout simplement l'un des tous meilleurs albums que j'ai lu depuis longtemps. Allez, j'ose la note maximale ! Et un très, très grand bravo aux auteurs !
Murderabilia
En attaquant cette BD au graphisme à la fois minimaliste et sophistiqué, impossible de s’attendre à un scénario aussi élaboré, aussi captivant. En effet, lorsqu’on feuillette les pages avant lecture, la mise en page, certes originale, donne à penser qu’on a davantage affaire à une production expérimentale. Et pourtant, si les cases, la plupart du temps de la taille d’un timbre poste, peuvent laisser dubitatif, le procédé finit par fasciner. De sa ligne claire concise et stylisée, Álvaro Ortiz parvient avec un minimum d’effets à exprimer parfaitement ce qu’il veut dire et montrer. Entre le brun et le rose, les couleurs désaturées contribuent à renforcer l’atmosphère malsaine avec une certaine élégance. Du grand art. Quant au scénario, il consiste en une sorte de mise en abyme puisque le narrateur est lui-même un jeune écrivain en quête d’une bonne histoire, et c’est la sienne qu’il raconte ici, une histoire qui changera sa vie à jamais. C’est en acceptant de vendre les chats qui ont dévoré son oncle à un collectionneur d’objets morbides, dont la plupart ont appartenu à des tueurs en série, qu’il va provoquer le destin. Alors qu’il se rend dans le village où habite le collectionneur, en plein cœur de l’Amérique redneck (on ne sait pas où exactement, l’auteur ayant pris le parti de rayer les noms de lieux), il va se retrouver très vite impliqué dans une ignoble affaire de meurtre. L’atmosphère inquiétante de cette ville quasi fantôme au passé industriel contribue un peu plus à happer le lecteur, déjà captivé par un récit qui monte progressivement en puissance jusqu’à un climax pour le moins inattendu. L’auteur reprend avec subtilité le thème de l’étranger – cet autre si étrange -, désigné à la vindicte populaire à cause de sa différence, en l’occurrence ici le collectionneur. Hollywood ayant souvent exploité cette Amérique en déshérence dans le registre du thriller horrifique ("Massacre à la tronçonneuse", "Délivrance"…), c’est peu dire qu’on imaginerait parfaitement cette histoire adaptée au cinéma. On ne peut que féliciter les Editions Rackham d’avoir découvert ce jeune et prometteur auteur espagnol, qui signe ici son deuxième album après Cendres.
Mutafukaz
Il m'a fallu le temps pour me décider à acheter cette série. Elle m'avait intrigué dès la sortie de son premier tome, mais le trait un peu fouillis, l'ambiance graphique proche du tag' et que j'imaginais teintée de musique rap, ainsi que des réactions un peu trop vivaces de jeunes fans de la série sur le net m'avaient assez rebuté. J'imaginais un délire de jeune graphiste amateur soutenu par sa bande de potes sur un scénario immature. Avec la sortie du tome 2 et la confirmation par des amateurs de BD que j'estimais davantage que c'était bien, je me suis lancé. Puis j'ai continué la série au fil de sa parution et j'ai désormais pu en lire l'intégrale d'une traite. C'est un vrai petit ovni, non seulement sur le plan graphique mais aussi dans son contenu. Imaginez un cocktail d'innombrables influences et références, avec un visuel inspiré tant des comics que des mangas et du franco-belge. Un récit rappelant des scénarios de films de SF ou d'horreur qui sont devenus des classiques tels que les Body Snatchers ou Invasion Los Angeles puis qui tourne ensuite au récit apocalyptique façon Akira. Et une constante recherche de la nouveauté dans le traitement. Ambiance latino-mexicaine, gangs urbains façon L.A, men in black et aliens venus de l'inframonde, bastons avec de gros flingues, références aux films de kung-fu chinois et de katana japonais, il y a énormément de références amusantes incluses dans cette BD, comme autant d'hommages à une certaine culture geek, pop et street. Le scénario en lui-même serait facilement résumé et largement tourné vers l'action, mais ce n'est pas ça l'important, l'important c'est ce qu'il y a autour, le décor, les personnages secondaires, le traitement, l'humour, la vitalité du tout, etc. Pour donner un exemple, j'avoue ne pas avoir trouvé le héros franchement attachant, voire il m'emmerde un peu. De même, je n'aime pas trop l'aspect action bourrine de ses péripéties. Mais le scénario qui se construit tout autour et les autres personnages m'ont plu, notamment le groupe des Lucha Ultimate, à tel point que je peux suivre avec plaisir les aventures de Vinz et Lino car je sais que je vais pouvoir profiter davantage encore de tout ce qui les entoure et se passe simultanément. Quant au graphisme, comme dit plus haut, il fait la force et la personnalité du récit. Pris individuellement, il n'est pas toujours formidable et quelques personnages ont des aspects que je qualifierais presque d'amateurs. Mais il se révèle tout de même très vite très prenant, visuellement parlant, changeant de style régulièrement, ne s'appesantissant jamais dans une posture unique, osant pas mal d'innovations graphiques, des colorisations différentes, des styles, des changements d'ambiance visuelle. Un très bon exemple est le passage en style manga-noir-et-blanc lors de la confrontation entre yakuzas japonais et triade chinoise (j'ai bien aimé le texte sur le "sens de lecture original"). Ou encore le passage où le dessinateur, Run, passe la main à un pote pour les couleurs d'un passage du deuxième tome (excellentes couleurs soit dit en passant). Franchement, un vrai délire visuel mais très maîtrisé malgré tout car cela sert bien la narration. A noter que le tome 1 n'est pas mauvais mais c'est à partir du tome 2 que le récit devient prenant et plus maîtrisé tant sur le plan du graphisme que du scénario. Mais malgré l'originalité indéniable de cette création qui en a inspiré d'autres depuis, je n'ai jamais totalement accroché. Il n'y a pas d'envolée qui m'ait donné véritablement envie de lire la suite et je ne me suis jamais attaché aux personnages principaux, à part à la bande de catcheurs que je trouve vraiment sympas. J'ai apprécié cette plongée très dynamique dans l'ambiance d'un Los Angeles fictif, de ses guerres de gangs et d'une invasion alien originale et pleine de références, mais il y a un trop plein de testostérone qui fait que ce n'est pas un récit qui m'a vraiment charmé et qui plaira à tout le monde.
Servitude
Lors de ma lecture du premier tome, j'avais été fortement impressionné par cette nouvelle série. Il est difficile de trier le bon grain de l'ivraie en termes de fantasy dessinée, a fortiori chez Soleil. "Servitude" va à contre-courant de la production actuelle, avec une couverture en tons sépia, à la fois figée et puissante, alors que la tendance était au dynamisme qui fait mal aux yeux. La lecture de l'album ne dément pas cette impression. Le dessin de Bourgier est léché, puissant, je le répète, et ne possède presque pas de fautes de perspective ou d'anatomie, éléments auxquels je suis sensible pour une BD de ce type. Tout juste chipoterai-je en disant que la repro me semble un peu faiblarde par moments, avec des cases floues. Mais c'est anecdotique. Concernant l'histoire, là encore c'est de l'inédit, puisque les auteurs semblent avoir pris beaucoup de temps pour élaborer leur univers. Celui-ci est très complexe (mais un univers simpliste serait-il crédible ?). Et le résultat est à la hauteur : une intrigue touffue et un peu difficile à suivre au début, mais c'est normal, c'est un premier tome. Et puis lors de la (re)lecture des 4 premiers tomes, et au fil de l'avancée, j'ai pu explorer plus en profondeur. Et me rendre compte que la bande dessinée n'est finalement pas le bon support pour cette série. En cause, un univers fouillé, trop peut-être, qui est à l'étroit sur ce support. En témoignent d'ailleurs les nombreux bonus écrits qui l'émaillent, dont la densité fera peur à nombre de lecteurs potentiels. Certes, l'univers posé par David et Bourgier a besoin de temps, de patience pour être digéré, mais je pense qu'il aurait mieux valu un cycle de romans illustrés, comme peut le faire par ailleurs Olivier Péru avec certains de ses univers. Ne reste donc que le dessin d'Eric Bourgier, mais cela ne suffit pas à maintenir mon intérêt, qui a fléchi au cours du tome 4. La suite et fin se fera sans moi.
Nous, les morts
Pas grand chose à ajouter par rapport aux avis précédents. Je me range derrière eux tels les personnages des 2 très belles couvertures. Cette "uchronie" (terme et genre nouvellement à la mode, dérivé du steampunk, qui est lui même uchronique en quelque sorte) est absolument géniale. Une civilisation aztèque à l'assaut du continent Européen (l’Angleterre plus précisément) plongé dans un âge sombre d'une "zombification" généralisée !!! Il fallait y penser ! Le récit est très dense, il y a beaucoup de dialogues, beaucoup de personnages, beaucoup de scènes fortes et beaucoup de violence. Et même du sexe ! (et même des scènes homosexuelles). Un mélange hautement improbable qui pourtant tient tout à fait la route et se révèle passionnant. Bon j'ai éprouvé quelques difficultés à reconnaître certains personnages, vu leur ressemblance graphique mais en s'accrochant c'est du domaine du possible. Et puis j'ai été un poil déçu (juste un poil) par rapport au statut de zombies des Européens. Car ce n'en sont pas vraiment. Certains le sont mais d'autres non. Ou plutôt ils résistent au virus. Certains ont même recréé un semblant de civilisation et se font la guerre. Donc, bon ce n'est pas vraiment ce que j'appelle des morts-vivants au sens strict du terme. J'aurais préféré des zombies pur jus. Mais bon, on s'y fait. Les dessins sont formidables (un petit côté Corben je trouve) et je le répète ces 2 tomes regorgent de scènes violentes, gores et viscérales. Comme celle où un Aztèque prend sauvagement par derrière une femme, juste au-dessus de la fosse aux zombies, où son ex-mari a été poussé, puis zombifié à son tour. En la forçant à regarder la créature qu'il est devenu. Assez trash ! Bref, Nous les morts, un must ! Il me tarde de découvrir la suite ! Je fais remonter mon avis après la lecture du tome 3, qui m'a déçu par rapport à la puissance des 2 premiers. A la fin du 2ème tome, les Incas venaient d'arriver sur le continent européen. Il était temps ! Je m'attendais donc à de furieuses batailles et à une expédition haletante et violente à travers le continent. Il n'en est rien ! Enfin si mais déjà on a l'impression d'avoir loupé un tome ou 2. Les Incas ont avancé trop vite. Dès le début ils sont déjà arrivés dans les Balkans ! Et l'Europe de l'Ouest ? Que s'est-il passé ? Au milieu de l'album ils arrivent en Chine ! Alors déjà que le mélange Incas-Aztèques-zombies était assez tordu (mais inédit et très réussi) là ils nous ajoutent des Chinois (avec des avions !). C'en est trop. Là c'est too much ! Surtout que le 4ème album se passera en Afrique ! Bon moi je lâche cette série qui avait pourtant si bien commencé. Dommage... Il reste tout de même quelques bons passages comme celui du monastère dans les Balkans. Mais c'est peu... Je laisse tout de même mon 4 étoiles pour les 2 premiers albums.
Les Vieux Fourneaux
Trois vieux papis lancés dans un road movie ! C'est vrai qu'ils sont attachants ces ancêtres, qui refusent de vieillir malgré leurs rhumatismes. Réunis pour un enterrement, les voilà partis pour une course-poursuite en quête de l'éternelle jeunesse. La pire génération de l'histoire ? Peut-être… N'empêche qu'ils n'ont jamais cessé de se battre, eux ! Pour des causes sociales, puis pour passer le temps et enfin pour le plaisir d'emmerder les cons. “Ceux qui vivent sont ceux qui luttent”, et ce n'est pas la jeune Sophie, enceinte jusqu'aux yeux, qui va les contredire. Les personnages son drôles et attachants. Les réparties fusent. L'histoire est simple mais passionnante. Lupano réussit encore un joli scénario, tout en tendresse caustique. Le dessin de Cauuet est très réussi. Il a déjà travaillé avec Lupano sur L'Honneur des Tzarom et adopte cette fois un style plus caricatural, qui colle merveilleusement au sujet. J'ai jubilé en accompagnant Les vieux fourneaux dans leur périple et j'espère qu'ils reviendront bientôt pour de nouvelles aventures. La fin ouverte promet un bel avenir à ces nouveaux héros. •••••• 3 albums et j'apprécie toujours autant les trois papys •••••• Je lis que certains posteurs font la fine bouche : « pas original », « convenu », « sans surprise »… Je vous trouve bien sévères mes amis, alors je reprends la plume (enfin le clavier) pour les défendre. Peut-être que le thème des ancêtres turbulents n'est pas neuf ; c'est vrai que ceux-ci rappellent nombre d'œuvres antérieures comme Les Vieux de la Vieille (les anars de René Fallet plutôt que les cabotins d'Audiard et Grangier), ou encore La Vieille de Patrick Font. Les pépés indignes sont des figures littéraires récurrentes, et alors ? Ces Vieux fourneaux ne font pas exception au genre, mais quel plaisir de les voir évoluer ! Par leurs facéties, si absurdes soient-elles, ils ressuscitent un univers à la Brassens et ça me fait chaud au cœur. Parce qu'en ces temps de repli individualiste et de politiquement correct, ça fait foutrement plaisir de contempler ces dinosaures gauchistes semer le désordre dans la bonne humeur. Qui ose encore s'en prendre aux travers d'une société qui s'auto-satisfait de sa perversité tout en la déplorant ? Qui à part des Pierrot, Antoine, Mimile et Mamie Fanfan ? Il y a bien Revanche dans un genre un peu différent, mais on ne peut pas dire que l'esprit gauchiste fasse florès de nos jours. Il faut de vieux farceurs au bord de la tombe pour nous offrir la vision jubilatoire et optimiste d'un avenir possiblement radieux. Et il est faux de dire qu'ils sont enferrés dans leurs certitudes et leurs dogmes passéistes. Au fil des albums Lupano a l'intelligence de les bousculer, de les mettre face à leurs contradictions, de les prendre en faute, de raviver leurs regrets, de les amener à doute d'eux-mêmes. Des caricatures, sans doute, mais plus humaines que bien des vivants ! Longue vie aux Vieux Fourneaux et à leurs aventures salutaires !