Oklahoma, 1874. Antoine, Communard français exilé en Amérique après la répression sanglante de la révolte parisienne se lie d'amitié avec Two Moons, seul indien survivant du massacre de sa tribu. Ensemble, ils vont se faire une place à South Mountain, petite ville perdue au milieu du desert où tout le monde vit de l'exploitation d'une mine de cuivre. Antoine fait son trou du côté des travailleurs et Two Moons est engagé dans le service d'ordre de la bourgade tenue par l'omnipotent propriétaire de la mine. Peu à peu la révolte gronde. Les mineurs remettent en cause la sécurité et les prix prohibitifs des commerces appartenant à leur patron. Les deux amis se retrouvent dans des camps opposés...
Un western âpre et violent, ce n'est pas nouveau, mais sur une thématique sociale, c'est déjà moins ordinaire. Dessiné par Pontarolo dont le trait est expressioniste et le travail sur la couleur des plus particuliers, cela devient carrément original.
Avis initial concernant le premier tome
Kia Ora nous plonge dans la culture Maori déclinante du début du siècle. Les Maoris, bien que dans la misère, cherchent à sauvegarder leur fierté et leurs cultures traditionnelles (danses et parures). Les temps son durs, le travail manque… Aussi, quand un jeune freluquet anglais (exploitant de zoo !) propose à une communauté Maori de venir montrer leur costumes et danses traditionnels en Europe, après quelques réticences, certains acceptent et s’embarquent pour l’Europe, alors qu’aucun n’est jamais parti si loin de la Nouvelle Zélande.
Mon coup de cœur du moment, un album attachant, avec des personnages empreint de vérité et une vraie sensibilité dans le trait et le découpage. Les planches sont bien fournies avec parfois 16 cases par planches, mais jamais trop chargées, car beaucoup de vignettes sont muettes, ce qui donne un vrai rythme au découpage. Seul regret : les textes sont écrits trop petits par rapport à la taille des bulles… Mais je chipote. Encore une belle série qui commence dans la collection Equinoxe, la plus intéressante de la maison Vents d’Ouest.
Mise à jour après la lecture des 3 tomes
Je viens de relire les trois tomes de cette jolie série et je suis un brin déçu de ne point trouver dans le reste de la série toutes les promesses du tome 1. Je termine la série avec la sensation qu'on est passé à côté de quelque chose de mieux. Moins de bons sentiments, plus d'emphase auraient été nécessaires. De même on a un peu la désagréable sensation que nos héros, surtout le père, subissent les évènements sans avoir de prise sur eux. J'ai passé ma cote de 4 à 3 étoiles.
C'est sympa, recommandable mais rien de transcendant.
Tout d'abord rendons hommage à l'épatante petite maison d'éditions de ce très joli bouquin : Les Requins Marteaux qui ont du se serrer grave la ceinture (et oui ils sont loin d'être aussi blindés qu'un Glénat ou Delcourt) pour publier un livre d'une telle qualité !
Si on n'y prête guère attention, on penserait presque tenir un missel entre les mains. Mais la couverture qui se poursuit également au dos et sur la tranche est un gag à lui tout seul entre une pauvre âme et son créateur.
Et le pire c'est que ce n'est que le début tant ce bouquin regorge de trucs hilarants complètement détournés de la religion Catholique qui va en prendre pour son grade à la sauce Winshluss...
Donc ça décape dans tous les sens, de la création de la Terre par un Dieu guère inspiré mais superbement représenté genre biker comme les dessinait si bien Coyote avec une belle barbe et un peu de gras du bide.
Dieu ou "God" a beau être cyclope et l'être le plus puissant du monde, il est prompt à faire pas mal de conneries. Faut dire que tout était foutu dès le départ avec Adam et Eve (ou Dave ?) et le fruit de ses propres pêchés avec la jolie Marie qui accouchera d'ici peu d'un Jésus pas piqué des hannetons.
Winshluss revisite sous forme de petites historiettes aux styles variés, quelques publicités vintage glissées ici et là toute l'histoire à sa façon et le moins qu'on puisse dire c'est que son interprétation des saints évangiles remporte les suffrages des zygomatiques.
Mention spéciale à la véritable histoire de la Résurrection de Jésus qui vaut à elle seule l'acquisition de ce superbe album.
Comme à son habitude, plusieurs styles graphiques sont dissimulés pèle mêle dans cette vaste auberge espagnole. Côté originalité on repassera car il n'y a rien d'original dans le thème (Tronchet avait aussi excellé en son temps avec sa série de Sacré Jésus) mais le petit côté trash de Winshluss rajoute une bonne couche de finesse pas déplaisante en ces temps où la dérision devrait prendre le dessus sur les bondieuseries en tous genre.
Envie de voir un combat entre God et Superman ou d'apprendre la recette de la Téquila frappée ? Rendez vous dans le petit monde poilant de Winshluss pour une bonne tranche de rigolade.
« Terra Australis » est un gros pavé (plus de 500 pages !), dans lequel on se plonge avec plaisir, et qu’on n’abandonne – à regret – qu’une fois la lecture finie, d’une traite. Dès la lecture de la très belle introduction de Laurent Frédéric Bollée (dans laquelle il explique la genèse de l’ouvrage), je savais que j’allais aimer cet album. Et c’est effectivement un coup de cœur.
Bollée prend son temps, pour nous présenter le projet de colonisation de ce qui sera l’Australie, mais aussi et surtout ses protagonistes. C’est une aventure difficile à imaginer de nos jours (envoyer des centaines de personnes sur une dizaine de navires à l’autre bout du monde, sur des territoires quasi inconnus), mais les temps de calme ménagés par Bollée ne font pas baisser l’intérêt, ils le renforcent.
Ce n’est pas qu’une ode aux découvreurs, aux aventuriers. C’est aussi la description implacable de la misère du petit peuple d’Angleterre, du traitement inique de cette misère (les condamnations à mort, les cachots, et finalement cette déportation, puisque l’Australie a donc d’abord été un bagne permettant de se débarrasser – même après que la peine ait été purgée – des « classes dangereuses »). C’est aussi la description des incompréhensions entre Européens et Aborigènes (même si le chef de l’expédition anglaise est nettement plus modéré que la moyenne de l’époque, et si l’ethnocide, voire le génocide qui va suivre n’en est qu’à ses balbutiements).
Bollée a visiblement fait un très gros travail de recherche (il donne une bonne bibliographie en fin de volume), et je ne sais pas ce qu’il a « romancé » pour faire vivre cette histoire. Mais ça passe en tout cas. Quelques étonnements de ma part toutefois : les deux rencontres de Smith avec La Pérouse (la première en France, la suivante à Botany Bay) me semblent improbables, mais pourquoi pas ? Me semblent aussi improbables ces marins plongeant dans l’océan pour se rafraîchir durant la longue traversée, alors même que très peu de personnes – marins y compris – savaient nager à l’époque. Enfin bon, je chipote, l’histoire se laisse lire sans accroc !
Si la lecture est aussi captivante, c’est aussi que le dessin de Philippe Nicloux, dans un beau Noir et Blanc, utilisant toutes les nuances que lui permettent ces deux « non couleurs » (jouant particulièrement sur le gris), est franchement réussi et très en phase avec le projet de Bollée.
Même si le prix de l’album est élevé, ne vous y laissez pas arrêter – ou trouvez-le d’occasion. Mais c’est vraiment un chouette album, un projet ambitieux et réussi dont je vous recommande chaudement la lecture.
J’ai grandi dans les années 90 et comme beaucoup de gens de mon âge j’ai du respect pour monsieur Arleston qui a contribué à l’essor de la fantasy française grâce à Lanfeust De Troy. Pour la suite, je n’ai pas tout suivi, peut être a-t-il mérité certaines critiques acerbes mais le gars est comme tout le monde, faut bien qu’il bouffe et qu’il rembourse son hypothèque, et il n’a jamais mis le couteau sous la gorge des lecteurs pour acheter sa nombreuse bibliographie. Il est au 9ème art ce que Michael Bay est au cinéma grand public en quelque sorte. Tous deux produisent, réalisent ou créent des divertissements dont le cœur de cible sont les enfants et les adolescents. Il faut l’accepter et juger son œuvre en tant que tel ou bien passer son chemin.
Pour en venir à Sangre, je ne pense pas qu’on puisse parler « d’arlestonerie » pour le coup car sans prendre pour autant de vrais risques, Arleston sort un peu de sa zone de confort habituelle pour s’aventurer dans une fantasy susceptible de séduire aussi un public adulte. Héroïne adolescente égale en général public adolescent, mais le ton est volontairement plus sombre pour permettre à deux types de lectorat de se rejoindre.
Dans cette nouvelle octalogie il y a une chose qui frappe, c’est qu’on rigole beaucoup moins, le ton se pose dès l’entame: Le récit s’ouvre sur le massacre d’une famille tout ce qu’il y a de plus pépère. Sangre dont le nom semble annoncer la destinée, coule des jours heureux. La vie est belle et tandis qu’elle folâtre avec un camarade, sa famille et leurs amis se font exterminer par des pirates venus dérober leur marchandise alors que la petite troupe se rendait vers la cité prospère d’Ovraches afin d’écouler leur récolte annuelle de vin. Sangre sera sauvée in extremis par son frère assassiné sitôt après. Sa mère elle, n’aura pas autant de chance et se fera capturée. Seule et encore sous le choc, la jeune orpheline est recueillie par Dame Ydrelène qui la confie au magistère d’Elm dont elle deviendra une pensionnaire assidue. Mais subissant les brimades de ses camarades et bien trop marquée par ce traumatisme d’enfance qui lui vaudra un bégaiement persistant, Sangre part en chasse des 8 assassins pour se venger et sauver sa mère.
Huit tomes : un album, une vengeance. There will be blood…
Les amateurs d’Arleston le savent, l’auteur ne joue jamais avec ses propres billes, mais comme il connaît sur le bout des doigts ses classiques, cela marche. En grand fan de Jack Vance, Arleston s’est emparé de l’histoire de la Geste des Princes-Démons qui racontait sur cinq romans la traque du héros Kirth Gersen de cinq criminels. Entre références aux classiques (il y a du Comte de Monte Cristo là-dedans) et auteurs cool du moment, Arleston multiplie les clins d’œil à ses précédentes séries, preuve que l’auteur conserve malgré tout un contact avec son lectorat de base, grâce notamment à ce pouvoir dont dispose Sangre et qui lui permet d’arrêter le temps. Les joueurs de Prince of Persia : les Sables du temps et les lecteurs de Légendes de Troy - Tykko des Sables sauront apprécier.
Mais l’emprunt le plus flagrant, celui qui saute aux yeux, c’est bien Sangre elle-même, copie conforme d’Arya Stark de la saga fantasy Le Trône de Fer de George R.R. Martin (ou bien est-ce Fitz de L'Assassin Royal de Robin Hobb ? ). La fillette orpheline de la maison Stark qui est baladée à travers Westeros par ses ravisseurs avant de se faire oublier dans la cité libre de Braavos où elle suit l’enseignement des Sans-Visage, une secte d’assassin. L’apprentissage est ardu dans les rues dangereuses de la cité et la fillette a beau se montrer vaillante, l’appel de la haine et de la vengeance est plus fort encore. Elle décide donc de tout plaquer pour trucider ceux qui ont complotés et fait assassiner les siens. Et si en plus on y ajoute un loup en guise d’animal de compagnie ainsi que le twist de l’héroïne aveugle, le mimétisme est des plus troublant...
J’ai adhéré à l’univers planet-fantasy, les portails ouvrant sur d’autres mondes (coucou Jack ! ), qui reste certes dans le déjà-vu/déjà-lu, mais la mise en image d’Adrien Floch est accrocheuse, je ne le connaissais pas, il possède un trait net qui me plaît bien. Il faut dire aussi qu’il est bien aidé par un Fred Blanchard qui s’occupe de la partie design et que j’ai trouvé bien inspiré notamment dans la conception des personnages qui dégagent beaucoup de charisme. Il faudra néanmoins remédier aux visuels putassiers de l'héroïne à poil aux courbes d'une ado de 13 ans. On voit cela dans la majorité des séries estampillées Arleston mais à la longue, ça gave. Format standard couleur ou version large en noir et blanc ? Eh… difficile de répondre car Claude Guth offre un travail tout à fait séduisant, ses couleurs ont un côté engageant.
Voilà les auteurs y ont mis de la bonne volonté, le challenge pas évident du créteur de s’attirer un lectorat plus mature est partiellement rempli. Au moment où le tome 2 sort (MAJ au 03/11/2017), je suis toujours emballé. Néanmoins, si ma notation a légèrement baissée c'est dû au côté redondant du scénario avec un album = un assassinat, et au fait que les intrigues ne sont pas très solides et disons-le, tirées par les cheveux. Bien que le scénario du tome 2 résonne drôlement avec l'actualité, #balancetonporc. J'attends plus de rebondissements.
Valar Morghulis
A l'instar des romans qui séparaient les deux histoires de manière bien distincte, le Château de ma Mère est une oeuvre indépendante mais c'est directement la suite de La Gloire de mon Père. Et tout comme j'avais aimé cette dernière adaptation en BD par Serge Scotto, Eric Stoffel et Morgann Tanco, j'ai beaucoup aimé ce nouvel album.
Le travail d'adaptation est réussi à merveille.
L'histoire est dense mais se lit de manière très fluide. Elle donne une belle vie au décor de la campagne provençale du début 20e siècle et aux souvenirs d'enfance du petit Marcel Pagnol.
A la seule manière dont les dialogues sont écrits, on entend chanter l'accent de la Provence. Et l'histoire, déjà touchante, drôle et prenante dans le roman, gagne encore plus à être mise en image.
Car le dessin est tout simplement beau et très agréable. Si l'on ne ressent pas trop la chaleur ni les cigales, tout le reste est excellent. Les planches sont emplies de la lumière du soleil et de la joie et des aventures de l'enfance. Les personnages sont sympathiques, les décors soignés et documentés. Et la scène de l'orage est très réussie.
A vrai dire, tout est réussi dans cette adaptation qui rend un bel hommage à l'oeuvre de Pagnol et aux émotions qu'il a su dégager et qui donne joyeusement envie de se replonger dedans.
1970, sur un scénario de Troy Kennedy-Martin, Brian G. Hutton réalise De l’or pour les braves qui raconte la traversée d’un peloton de G.I. américains au-delà des lignes ennemies nazies afin de s’emparer d’un magot de 16 millions de dollars.
1984, d’après un roman de Pierre Siniac qui déjà à l’époque représente un excellent filon pour les cinéastes, Henri Verneuil adapte Les Morfalous : seconde guerre mondiale, Tunisie, 6 milliards en lingots d’or…
2015, inspirés par tous ces polars sortis dans les 60’s et 70’s, le tandem à succès Xavier Dorison – Fabien Nury sort Comment faire fortune en juin 40, adaptation libre du roman noir de Pierre Siniac, Sous l’aile noire des rapaces. Le projet était à l’origine pensé comme un film, Omaha Beach, mais nous sommes en France, pays où les producteurs ne disposent pas de moyens s’il ne s’agit d’une comédie franchouillarde, d’un film social, ou d’une tragédie avec un homme quarantenaire célibataire assis seul la nuit sur le banc d’une gare. Les auteurs pourront toujours se consoler avec cette bande-dessinée à la hauteur des Kelly’s Heroes, Les rois du désert, Cent mille dollars au soleil et tous ces films de la même veine crapuleuse.
Comment faire fortune... est un braquo qui se révèle riche en références et clins d’œil cinématographiques, porté par un contexte historique inédit et authentique, des dialogues savoureux interprétés par des personnages dignes de la gouaille des Georges Lautner, Michel Audiard, et autres Sergio Leone.
Le contexte historique est à mes yeux le meilleur argument pour convaincre les plus sceptiques qui y verraient, avec un zeste de mauvaise foi, une resucée classique donc finalement inutile. Car il y a d’un côté l’histoire du trio Siniac-Dorison-Nury très romancée, dramatique, faisant la part belle à l’action. Et de l’autre il y a l’Histoire, la vraie : oui la Banque de France, qui était en ce temps-là une institution privée appartenant à de riches familles, a discrètement exfiltré l’or de ses succursales dès 1932. En seconde lecture on révèle le comportement lâche ou calculateur (biffez la mention qui vous arrange) des ploutocrates soutenant financièrement la guerre mais qui dans le feutrer ont fait sortir leur pognon du pays en prévoyant l’arrivée d’Hitler, et de la guerre… pour qu’en juin 1940 le processus s’accélère et l’évacuation de l’or s’achève dans la panique.
Au total 2500 tonnes d’or réparties entre les USA (1235t), la Martinique (255t), l'Afrique (740t), entre-temps une partie a dû être sacrifié à Berlin. Les dirigeants de la Banque de France ont dû serrer les fesses entre les américains qui voulaient faire main basse sur l’or de la Martinique, Churchill, de Gaulle se réclamant de la vraie France, « libre », et qu’il était le plus légitime à en prendre possession, la France de Vichy-Pétain à la solde de l’Allemagne et d’Hitler ; pas moins de cinq belligérants se disputant un magot ne leur appartenant pas ! Les rapaces se neutraliseront mutuellement en fin de compte et le plus surprenant est qu’à la fin de la guerre on ne constatera qu’une perte de 300 kilos d’or. Cet argent servira à la reconstruction de la France en attendant le plan Marshall de 1948.
Le parti-pris de Comment faire fortune… est d’introduire une erreur de comptabilité. Des nigauds de la Banque de France ont oublié 2 tonnes d’or. Stresse, panique chez les dirigeants ! L’or doit partir, mais les murs ont des oreilles et une équipe de bras-cassés se monte pour intercepter le convoi blindé.
On est dans le même état d’esprit que Le Bon, la Brute et le Truand avec des personnages caractériels forcés de faire équipe temporairement avant le « chacun pour sa gueule », de la même façon qu’ont Blondin, Tuco et Santanza de se tirer la bourre pour être le dernier à s’emparer du butin. Sans le cacher Laurent Astier s’est inspiré de ces gueules célèbres du cinéma pour donner vie à ces personnages et emporter l’adhésion des lecteurs passionnés par ce cinéma d’époque. On l’imagine bien prendre comme modèle l’ancien catcheur Lino Ventura ou Robert De Niro époque Ragging Bull pour dessiner Frank Propp le boxeur raté. Alain Delon ne défaillirait pas s’il devait incarner le mafieux corse Sambionetti, le rôle de Kurtz le méchano ancien de la Werhmacht semble être taillé sur mesure pour Horst Frank. Quant à Ninon la serrurier femme émancipée as de la dynamite, Sabine Sinjen ou Dany Carrel seraient au poil. Et pourtant le dessin de Laurent Astier n’est pas ce vers quoi je me dirige d’habitude mais il offre des plans très dynamiques qui donnent du rythme à ce récit de 116 pages, une composition sublime de Paris sur une page, et la mise en couleur pleine d'énergie de Laurence Croix est un véritable plus à mes yeux.
Dommage qu’il s’agisse d’un one-shot car avec l’épilogue façon Le Jour le plus long, il y avait peut être moyen d’imaginer une série chorale comme l’avait fait le grand Sergio sur sa trilogie du dollar…
L'idée ne m'avait guère séduite au premier abord...
Voir ce nouveau projet de Winshluss dans un registre à priori enfantin ne m'enchantait guère.
De la couverture bien propre sur elle au titre poétique et sans ambiguité à l'éditeur estampillé jeunesse, je m'attendais véritablement à une reconversion du maestro du trash inspiré tourner la page ou tout du moins une parenthèse pour délivrer un véritable conte pour enfants.
Il ne m'a pas fallu pourtant plus de 30 secondes après l'avoir feuilleté en librairie pour avoir envie de repartir avec, avec cet infime risque d'être déçu...
Mettons vite fin à ce suspens d'opérette, le dernier Winshluss est un petit chef d'oeuvre.
Car non content de se réapproprier Alice au pays des Merveilles ou encore plus Mon voisin Totoro des studios Ghibli (pour son rapprochement évident entre la nature et la perception d'un éventuel deuil), Winshluss parvient à réussir un tour de force : courber la mécanique des contes vers son univers personnel peuplé de personnages aberrants et hilarants.
Fourmis suicidaires, Ecureuil se prenant pour Icare ou ogre banquier, l'univers de Winshluss est parsemé de surprises et de fous rires en flirtant avec le bon goût sans jamais en dépasser les lignes comme autrefois.
Les aventures du petit Angelo perdue dans une grande forêt aux animaux dingues et aux rebondissements variés prennent le ton d'un rythme endiablé dont le découpage en chapitres bien distincts et tout simplement parfait.
Si le dessin surprend moins, il n'en est pas moins dynamique et chatoyant, l'auteur use et abuse de flashbacks, de courses dans le néant et de rencontres improbables sans jamais pour autant parodier les vrais contes en créant des personnages inédits et hauts en couleur.
Un seul point négatif ? Les 160 pages défilent à la vitesse de la lumière et on arrive bien trop vite à la fin de ce pavé politiquement correct mais carburant au super sous ecstasy. Winshluss n'a décidément pas fini de nous étonner...
Totalement innovant, déstructuration complète et géniale des formats classiques de la bande dessinée... Dessins superbes nous immergeant dans l'imaginaire novateur et merveilleux de Druillet. Album culte s'il en est...
Pas grand chose à ajouter à l'excellente critique précédente si ce n'est que ça change agréablement de lire un shonen "en français dans le texte" et en plus bien écrit (comparé aux mangas traduits du japonais - ou pire traduits de l'anglais traduit du japonais - où il y a forcément de la perte, notamment au niveau de l'humour).
Je mets 4 étoiles car il n'y pas de réels défauts pour le moment (à part un début très cliché shonen).
EDIT: une reconnaissance certaines de ses qualités de shonen "fait comme là-bas" : Radiant a réussit le double exploit d'être le premier manga français édité au Japon et dans la foulée le premier adapté en animation par les Japonais !
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Oklahoma, 1874. Antoine, Communard français exilé en Amérique après la répression sanglante de la révolte parisienne se lie d'amitié avec Two Moons, seul indien survivant du massacre de sa tribu. Ensemble, ils vont se faire une place à South Mountain, petite ville perdue au milieu du desert où tout le monde vit de l'exploitation d'une mine de cuivre. Antoine fait son trou du côté des travailleurs et Two Moons est engagé dans le service d'ordre de la bourgade tenue par l'omnipotent propriétaire de la mine. Peu à peu la révolte gronde. Les mineurs remettent en cause la sécurité et les prix prohibitifs des commerces appartenant à leur patron. Les deux amis se retrouvent dans des camps opposés... Un western âpre et violent, ce n'est pas nouveau, mais sur une thématique sociale, c'est déjà moins ordinaire. Dessiné par Pontarolo dont le trait est expressioniste et le travail sur la couleur des plus particuliers, cela devient carrément original.
Kia Ora
Avis initial concernant le premier tome Kia Ora nous plonge dans la culture Maori déclinante du début du siècle. Les Maoris, bien que dans la misère, cherchent à sauvegarder leur fierté et leurs cultures traditionnelles (danses et parures). Les temps son durs, le travail manque… Aussi, quand un jeune freluquet anglais (exploitant de zoo !) propose à une communauté Maori de venir montrer leur costumes et danses traditionnels en Europe, après quelques réticences, certains acceptent et s’embarquent pour l’Europe, alors qu’aucun n’est jamais parti si loin de la Nouvelle Zélande. Mon coup de cœur du moment, un album attachant, avec des personnages empreint de vérité et une vraie sensibilité dans le trait et le découpage. Les planches sont bien fournies avec parfois 16 cases par planches, mais jamais trop chargées, car beaucoup de vignettes sont muettes, ce qui donne un vrai rythme au découpage. Seul regret : les textes sont écrits trop petits par rapport à la taille des bulles… Mais je chipote. Encore une belle série qui commence dans la collection Equinoxe, la plus intéressante de la maison Vents d’Ouest. Mise à jour après la lecture des 3 tomes Je viens de relire les trois tomes de cette jolie série et je suis un brin déçu de ne point trouver dans le reste de la série toutes les promesses du tome 1. Je termine la série avec la sensation qu'on est passé à côté de quelque chose de mieux. Moins de bons sentiments, plus d'emphase auraient été nécessaires. De même on a un peu la désagréable sensation que nos héros, surtout le père, subissent les évènements sans avoir de prise sur eux. J'ai passé ma cote de 4 à 3 étoiles. C'est sympa, recommandable mais rien de transcendant.
In God We Trust
Tout d'abord rendons hommage à l'épatante petite maison d'éditions de ce très joli bouquin : Les Requins Marteaux qui ont du se serrer grave la ceinture (et oui ils sont loin d'être aussi blindés qu'un Glénat ou Delcourt) pour publier un livre d'une telle qualité ! Si on n'y prête guère attention, on penserait presque tenir un missel entre les mains. Mais la couverture qui se poursuit également au dos et sur la tranche est un gag à lui tout seul entre une pauvre âme et son créateur. Et le pire c'est que ce n'est que le début tant ce bouquin regorge de trucs hilarants complètement détournés de la religion Catholique qui va en prendre pour son grade à la sauce Winshluss... Donc ça décape dans tous les sens, de la création de la Terre par un Dieu guère inspiré mais superbement représenté genre biker comme les dessinait si bien Coyote avec une belle barbe et un peu de gras du bide. Dieu ou "God" a beau être cyclope et l'être le plus puissant du monde, il est prompt à faire pas mal de conneries. Faut dire que tout était foutu dès le départ avec Adam et Eve (ou Dave ?) et le fruit de ses propres pêchés avec la jolie Marie qui accouchera d'ici peu d'un Jésus pas piqué des hannetons. Winshluss revisite sous forme de petites historiettes aux styles variés, quelques publicités vintage glissées ici et là toute l'histoire à sa façon et le moins qu'on puisse dire c'est que son interprétation des saints évangiles remporte les suffrages des zygomatiques. Mention spéciale à la véritable histoire de la Résurrection de Jésus qui vaut à elle seule l'acquisition de ce superbe album. Comme à son habitude, plusieurs styles graphiques sont dissimulés pèle mêle dans cette vaste auberge espagnole. Côté originalité on repassera car il n'y a rien d'original dans le thème (Tronchet avait aussi excellé en son temps avec sa série de Sacré Jésus) mais le petit côté trash de Winshluss rajoute une bonne couche de finesse pas déplaisante en ces temps où la dérision devrait prendre le dessus sur les bondieuseries en tous genre. Envie de voir un combat entre God et Superman ou d'apprendre la recette de la Téquila frappée ? Rendez vous dans le petit monde poilant de Winshluss pour une bonne tranche de rigolade.
Terra Australis
« Terra Australis » est un gros pavé (plus de 500 pages !), dans lequel on se plonge avec plaisir, et qu’on n’abandonne – à regret – qu’une fois la lecture finie, d’une traite. Dès la lecture de la très belle introduction de Laurent Frédéric Bollée (dans laquelle il explique la genèse de l’ouvrage), je savais que j’allais aimer cet album. Et c’est effectivement un coup de cœur. Bollée prend son temps, pour nous présenter le projet de colonisation de ce qui sera l’Australie, mais aussi et surtout ses protagonistes. C’est une aventure difficile à imaginer de nos jours (envoyer des centaines de personnes sur une dizaine de navires à l’autre bout du monde, sur des territoires quasi inconnus), mais les temps de calme ménagés par Bollée ne font pas baisser l’intérêt, ils le renforcent. Ce n’est pas qu’une ode aux découvreurs, aux aventuriers. C’est aussi la description implacable de la misère du petit peuple d’Angleterre, du traitement inique de cette misère (les condamnations à mort, les cachots, et finalement cette déportation, puisque l’Australie a donc d’abord été un bagne permettant de se débarrasser – même après que la peine ait été purgée – des « classes dangereuses »). C’est aussi la description des incompréhensions entre Européens et Aborigènes (même si le chef de l’expédition anglaise est nettement plus modéré que la moyenne de l’époque, et si l’ethnocide, voire le génocide qui va suivre n’en est qu’à ses balbutiements). Bollée a visiblement fait un très gros travail de recherche (il donne une bonne bibliographie en fin de volume), et je ne sais pas ce qu’il a « romancé » pour faire vivre cette histoire. Mais ça passe en tout cas. Quelques étonnements de ma part toutefois : les deux rencontres de Smith avec La Pérouse (la première en France, la suivante à Botany Bay) me semblent improbables, mais pourquoi pas ? Me semblent aussi improbables ces marins plongeant dans l’océan pour se rafraîchir durant la longue traversée, alors même que très peu de personnes – marins y compris – savaient nager à l’époque. Enfin bon, je chipote, l’histoire se laisse lire sans accroc ! Si la lecture est aussi captivante, c’est aussi que le dessin de Philippe Nicloux, dans un beau Noir et Blanc, utilisant toutes les nuances que lui permettent ces deux « non couleurs » (jouant particulièrement sur le gris), est franchement réussi et très en phase avec le projet de Bollée. Même si le prix de l’album est élevé, ne vous y laissez pas arrêter – ou trouvez-le d’occasion. Mais c’est vraiment un chouette album, un projet ambitieux et réussi dont je vous recommande chaudement la lecture.
Sangre
J’ai grandi dans les années 90 et comme beaucoup de gens de mon âge j’ai du respect pour monsieur Arleston qui a contribué à l’essor de la fantasy française grâce à Lanfeust De Troy. Pour la suite, je n’ai pas tout suivi, peut être a-t-il mérité certaines critiques acerbes mais le gars est comme tout le monde, faut bien qu’il bouffe et qu’il rembourse son hypothèque, et il n’a jamais mis le couteau sous la gorge des lecteurs pour acheter sa nombreuse bibliographie. Il est au 9ème art ce que Michael Bay est au cinéma grand public en quelque sorte. Tous deux produisent, réalisent ou créent des divertissements dont le cœur de cible sont les enfants et les adolescents. Il faut l’accepter et juger son œuvre en tant que tel ou bien passer son chemin. Pour en venir à Sangre, je ne pense pas qu’on puisse parler « d’arlestonerie » pour le coup car sans prendre pour autant de vrais risques, Arleston sort un peu de sa zone de confort habituelle pour s’aventurer dans une fantasy susceptible de séduire aussi un public adulte. Héroïne adolescente égale en général public adolescent, mais le ton est volontairement plus sombre pour permettre à deux types de lectorat de se rejoindre. Dans cette nouvelle octalogie il y a une chose qui frappe, c’est qu’on rigole beaucoup moins, le ton se pose dès l’entame: Le récit s’ouvre sur le massacre d’une famille tout ce qu’il y a de plus pépère. Sangre dont le nom semble annoncer la destinée, coule des jours heureux. La vie est belle et tandis qu’elle folâtre avec un camarade, sa famille et leurs amis se font exterminer par des pirates venus dérober leur marchandise alors que la petite troupe se rendait vers la cité prospère d’Ovraches afin d’écouler leur récolte annuelle de vin. Sangre sera sauvée in extremis par son frère assassiné sitôt après. Sa mère elle, n’aura pas autant de chance et se fera capturée. Seule et encore sous le choc, la jeune orpheline est recueillie par Dame Ydrelène qui la confie au magistère d’Elm dont elle deviendra une pensionnaire assidue. Mais subissant les brimades de ses camarades et bien trop marquée par ce traumatisme d’enfance qui lui vaudra un bégaiement persistant, Sangre part en chasse des 8 assassins pour se venger et sauver sa mère. Huit tomes : un album, une vengeance. There will be blood… Les amateurs d’Arleston le savent, l’auteur ne joue jamais avec ses propres billes, mais comme il connaît sur le bout des doigts ses classiques, cela marche. En grand fan de Jack Vance, Arleston s’est emparé de l’histoire de la Geste des Princes-Démons qui racontait sur cinq romans la traque du héros Kirth Gersen de cinq criminels. Entre références aux classiques (il y a du Comte de Monte Cristo là-dedans) et auteurs cool du moment, Arleston multiplie les clins d’œil à ses précédentes séries, preuve que l’auteur conserve malgré tout un contact avec son lectorat de base, grâce notamment à ce pouvoir dont dispose Sangre et qui lui permet d’arrêter le temps. Les joueurs de Prince of Persia : les Sables du temps et les lecteurs de Légendes de Troy - Tykko des Sables sauront apprécier. Mais l’emprunt le plus flagrant, celui qui saute aux yeux, c’est bien Sangre elle-même, copie conforme d’Arya Stark de la saga fantasy Le Trône de Fer de George R.R. Martin (ou bien est-ce Fitz de L'Assassin Royal de Robin Hobb ? ). La fillette orpheline de la maison Stark qui est baladée à travers Westeros par ses ravisseurs avant de se faire oublier dans la cité libre de Braavos où elle suit l’enseignement des Sans-Visage, une secte d’assassin. L’apprentissage est ardu dans les rues dangereuses de la cité et la fillette a beau se montrer vaillante, l’appel de la haine et de la vengeance est plus fort encore. Elle décide donc de tout plaquer pour trucider ceux qui ont complotés et fait assassiner les siens. Et si en plus on y ajoute un loup en guise d’animal de compagnie ainsi que le twist de l’héroïne aveugle, le mimétisme est des plus troublant... J’ai adhéré à l’univers planet-fantasy, les portails ouvrant sur d’autres mondes (coucou Jack ! ), qui reste certes dans le déjà-vu/déjà-lu, mais la mise en image d’Adrien Floch est accrocheuse, je ne le connaissais pas, il possède un trait net qui me plaît bien. Il faut dire aussi qu’il est bien aidé par un Fred Blanchard qui s’occupe de la partie design et que j’ai trouvé bien inspiré notamment dans la conception des personnages qui dégagent beaucoup de charisme. Il faudra néanmoins remédier aux visuels putassiers de l'héroïne à poil aux courbes d'une ado de 13 ans. On voit cela dans la majorité des séries estampillées Arleston mais à la longue, ça gave. Format standard couleur ou version large en noir et blanc ? Eh… difficile de répondre car Claude Guth offre un travail tout à fait séduisant, ses couleurs ont un côté engageant. Voilà les auteurs y ont mis de la bonne volonté, le challenge pas évident du créteur de s’attirer un lectorat plus mature est partiellement rempli. Au moment où le tome 2 sort (MAJ au 03/11/2017), je suis toujours emballé. Néanmoins, si ma notation a légèrement baissée c'est dû au côté redondant du scénario avec un album = un assassinat, et au fait que les intrigues ne sont pas très solides et disons-le, tirées par les cheveux. Bien que le scénario du tome 2 résonne drôlement avec l'actualité, #balancetonporc. J'attends plus de rebondissements. Valar Morghulis
Le Château de ma Mère
A l'instar des romans qui séparaient les deux histoires de manière bien distincte, le Château de ma Mère est une oeuvre indépendante mais c'est directement la suite de La Gloire de mon Père. Et tout comme j'avais aimé cette dernière adaptation en BD par Serge Scotto, Eric Stoffel et Morgann Tanco, j'ai beaucoup aimé ce nouvel album. Le travail d'adaptation est réussi à merveille. L'histoire est dense mais se lit de manière très fluide. Elle donne une belle vie au décor de la campagne provençale du début 20e siècle et aux souvenirs d'enfance du petit Marcel Pagnol. A la seule manière dont les dialogues sont écrits, on entend chanter l'accent de la Provence. Et l'histoire, déjà touchante, drôle et prenante dans le roman, gagne encore plus à être mise en image. Car le dessin est tout simplement beau et très agréable. Si l'on ne ressent pas trop la chaleur ni les cigales, tout le reste est excellent. Les planches sont emplies de la lumière du soleil et de la joie et des aventures de l'enfance. Les personnages sont sympathiques, les décors soignés et documentés. Et la scène de l'orage est très réussie. A vrai dire, tout est réussi dans cette adaptation qui rend un bel hommage à l'oeuvre de Pagnol et aux émotions qu'il a su dégager et qui donne joyeusement envie de se replonger dedans.
Comment faire fortune en juin 40
1970, sur un scénario de Troy Kennedy-Martin, Brian G. Hutton réalise De l’or pour les braves qui raconte la traversée d’un peloton de G.I. américains au-delà des lignes ennemies nazies afin de s’emparer d’un magot de 16 millions de dollars. 1984, d’après un roman de Pierre Siniac qui déjà à l’époque représente un excellent filon pour les cinéastes, Henri Verneuil adapte Les Morfalous : seconde guerre mondiale, Tunisie, 6 milliards en lingots d’or… 2015, inspirés par tous ces polars sortis dans les 60’s et 70’s, le tandem à succès Xavier Dorison – Fabien Nury sort Comment faire fortune en juin 40, adaptation libre du roman noir de Pierre Siniac, Sous l’aile noire des rapaces. Le projet était à l’origine pensé comme un film, Omaha Beach, mais nous sommes en France, pays où les producteurs ne disposent pas de moyens s’il ne s’agit d’une comédie franchouillarde, d’un film social, ou d’une tragédie avec un homme quarantenaire célibataire assis seul la nuit sur le banc d’une gare. Les auteurs pourront toujours se consoler avec cette bande-dessinée à la hauteur des Kelly’s Heroes, Les rois du désert, Cent mille dollars au soleil et tous ces films de la même veine crapuleuse. Comment faire fortune... est un braquo qui se révèle riche en références et clins d’œil cinématographiques, porté par un contexte historique inédit et authentique, des dialogues savoureux interprétés par des personnages dignes de la gouaille des Georges Lautner, Michel Audiard, et autres Sergio Leone. Le contexte historique est à mes yeux le meilleur argument pour convaincre les plus sceptiques qui y verraient, avec un zeste de mauvaise foi, une resucée classique donc finalement inutile. Car il y a d’un côté l’histoire du trio Siniac-Dorison-Nury très romancée, dramatique, faisant la part belle à l’action. Et de l’autre il y a l’Histoire, la vraie : oui la Banque de France, qui était en ce temps-là une institution privée appartenant à de riches familles, a discrètement exfiltré l’or de ses succursales dès 1932. En seconde lecture on révèle le comportement lâche ou calculateur (biffez la mention qui vous arrange) des ploutocrates soutenant financièrement la guerre mais qui dans le feutrer ont fait sortir leur pognon du pays en prévoyant l’arrivée d’Hitler, et de la guerre… pour qu’en juin 1940 le processus s’accélère et l’évacuation de l’or s’achève dans la panique. Au total 2500 tonnes d’or réparties entre les USA (1235t), la Martinique (255t), l'Afrique (740t), entre-temps une partie a dû être sacrifié à Berlin. Les dirigeants de la Banque de France ont dû serrer les fesses entre les américains qui voulaient faire main basse sur l’or de la Martinique, Churchill, de Gaulle se réclamant de la vraie France, « libre », et qu’il était le plus légitime à en prendre possession, la France de Vichy-Pétain à la solde de l’Allemagne et d’Hitler ; pas moins de cinq belligérants se disputant un magot ne leur appartenant pas ! Les rapaces se neutraliseront mutuellement en fin de compte et le plus surprenant est qu’à la fin de la guerre on ne constatera qu’une perte de 300 kilos d’or. Cet argent servira à la reconstruction de la France en attendant le plan Marshall de 1948. Le parti-pris de Comment faire fortune… est d’introduire une erreur de comptabilité. Des nigauds de la Banque de France ont oublié 2 tonnes d’or. Stresse, panique chez les dirigeants ! L’or doit partir, mais les murs ont des oreilles et une équipe de bras-cassés se monte pour intercepter le convoi blindé. On est dans le même état d’esprit que Le Bon, la Brute et le Truand avec des personnages caractériels forcés de faire équipe temporairement avant le « chacun pour sa gueule », de la même façon qu’ont Blondin, Tuco et Santanza de se tirer la bourre pour être le dernier à s’emparer du butin. Sans le cacher Laurent Astier s’est inspiré de ces gueules célèbres du cinéma pour donner vie à ces personnages et emporter l’adhésion des lecteurs passionnés par ce cinéma d’époque. On l’imagine bien prendre comme modèle l’ancien catcheur Lino Ventura ou Robert De Niro époque Ragging Bull pour dessiner Frank Propp le boxeur raté. Alain Delon ne défaillirait pas s’il devait incarner le mafieux corse Sambionetti, le rôle de Kurtz le méchano ancien de la Werhmacht semble être taillé sur mesure pour Horst Frank. Quant à Ninon la serrurier femme émancipée as de la dynamite, Sabine Sinjen ou Dany Carrel seraient au poil. Et pourtant le dessin de Laurent Astier n’est pas ce vers quoi je me dirige d’habitude mais il offre des plans très dynamiques qui donnent du rythme à ce récit de 116 pages, une composition sublime de Paris sur une page, et la mise en couleur pleine d'énergie de Laurence Croix est un véritable plus à mes yeux. Dommage qu’il s’agisse d’un one-shot car avec l’épilogue façon Le Jour le plus long, il y avait peut être moyen d’imaginer une série chorale comme l’avait fait le grand Sergio sur sa trilogie du dollar…
Dans la forêt sombre et mystérieuse
L'idée ne m'avait guère séduite au premier abord... Voir ce nouveau projet de Winshluss dans un registre à priori enfantin ne m'enchantait guère. De la couverture bien propre sur elle au titre poétique et sans ambiguité à l'éditeur estampillé jeunesse, je m'attendais véritablement à une reconversion du maestro du trash inspiré tourner la page ou tout du moins une parenthèse pour délivrer un véritable conte pour enfants. Il ne m'a pas fallu pourtant plus de 30 secondes après l'avoir feuilleté en librairie pour avoir envie de repartir avec, avec cet infime risque d'être déçu... Mettons vite fin à ce suspens d'opérette, le dernier Winshluss est un petit chef d'oeuvre. Car non content de se réapproprier Alice au pays des Merveilles ou encore plus Mon voisin Totoro des studios Ghibli (pour son rapprochement évident entre la nature et la perception d'un éventuel deuil), Winshluss parvient à réussir un tour de force : courber la mécanique des contes vers son univers personnel peuplé de personnages aberrants et hilarants. Fourmis suicidaires, Ecureuil se prenant pour Icare ou ogre banquier, l'univers de Winshluss est parsemé de surprises et de fous rires en flirtant avec le bon goût sans jamais en dépasser les lignes comme autrefois. Les aventures du petit Angelo perdue dans une grande forêt aux animaux dingues et aux rebondissements variés prennent le ton d'un rythme endiablé dont le découpage en chapitres bien distincts et tout simplement parfait. Si le dessin surprend moins, il n'en est pas moins dynamique et chatoyant, l'auteur use et abuse de flashbacks, de courses dans le néant et de rencontres improbables sans jamais pour autant parodier les vrais contes en créant des personnages inédits et hauts en couleur. Un seul point négatif ? Les 160 pages défilent à la vitesse de la lumière et on arrive bien trop vite à la fin de ce pavé politiquement correct mais carburant au super sous ecstasy. Winshluss n'a décidément pas fini de nous étonner...
Lone Sloane
Totalement innovant, déstructuration complète et géniale des formats classiques de la bande dessinée... Dessins superbes nous immergeant dans l'imaginaire novateur et merveilleux de Druillet. Album culte s'il en est...
Radiant
Pas grand chose à ajouter à l'excellente critique précédente si ce n'est que ça change agréablement de lire un shonen "en français dans le texte" et en plus bien écrit (comparé aux mangas traduits du japonais - ou pire traduits de l'anglais traduit du japonais - où il y a forcément de la perte, notamment au niveau de l'humour). Je mets 4 étoiles car il n'y pas de réels défauts pour le moment (à part un début très cliché shonen). EDIT: une reconnaissance certaines de ses qualités de shonen "fait comme là-bas" : Radiant a réussit le double exploit d'être le premier manga français édité au Japon et dans la foulée le premier adapté en animation par les Japonais !