Assurément un coup de cœur.
Cela faisait bien longtemps que nous étions à la recherche d'une BD sur l'art, si possible humoristique et je dois avouer que j'ai été quelque peu freiné par le commentaire de "Noirdésir"...à tord. Il est vrai que je ne m'attendais pas à ce style de BD chez Bamboo et j'ai été très agréablement surpris.
Les gags sont d'une finesse délicieuse et le dessin est très agréable, les peintres sont magnifiquement dessinés.
On apprend beaucoup de petites choses sur les artistes sans que cela soit pénible, au contraire.
Mes enfants ont adorés, je pensais acheter la série mais il n'y a qu'un seul Tome apparemment, ou alors j'ai mal cherché.
Un régal que je conseille aux amateurs de BD et d'Art, sans hésitation aucune.
Une excellente satire de Tronchet.
Il met en scène une dictature où c'est Noël tous les jours et cela donne des situations savoureuses. C'est une bd humoristique, mais l'humour est cynique et noir. Ce n'est pas un truc qui fait rigoler de bon cœur comme un Astérix par exemple (en tout cas c'est le cas pour moi).
L'idée de départ est très bien utilisée, les dialogues sont savoureux et le scénario est prenant même s'il y a des clichés qu'on retrouve dans la plupart des histoires mettant en vedette un héros qui devient un résistant face à une dictature fasciste. J'aime bien l'idée qu'on change de jour de célébrations selon le président en place, cela varie un peu les situations et permet à l'histoire de ne pas tomber dans une certaine répétition. Et puis c'est intéressant de voir comment cette société change selon la fête célébrée chaque jour.
Un jeune garçon, élevé comme une fille par des grands-parents bourgeois et misanthropes, vit cloitré dans le manoir familial, caché du monde. Derrière ce script un peu « fait-divers », se cache un roman graphique magnifiquement orchestré par Matthias Lehmann.
Dès le début de la lecture de ce volumineux album, on est immédiatement accroché par la vivacité de la mise en page, la puissance du récit et la grande maitrise narrative de l’auteur. L’histoire est absolument passionnante de bout en bout, portée par des personnages soignés, à la psychologie complexe.
Le trait de Lehmann, original et inspiré, donne parfaitement le change à l’intrigue sombre et un brin claustrophobique.
La Favorite est très, très bel album qui deviendra sans aucun doute l’un des immanquables du site.
Et un très grand bravo à l’auteur !
Le neuvième art est un art de l'essentiel. L'auteur ne peut pas s'y étendre sur des centaines de pages comme le romancier, il faut couper, éluder, suggérer ce qui se passe entre les cases. On reproche parfois à la bd d'être trop réductrice, d'user de personnages à la psychologie stéréotypée et de raccourcis scénaristiques. C'est qu'il est difficile de faire entrer la complexité du monde dans de petites cases. Il faut dès lors reconnaître aux meilleurs auteurs le talent de savoir dire plus avec moins, d'aller à l'essentiel tout un suggérant dans le détail. Cette impérieuse contradiction me semble parfaitement illustrée par "Idéal standard" d'Aude Picault. Voici une bande dessinée romanesque et psychologique sans récitatif, dont le graphisme, le découpage, le côté épuré des décors vont à l'essentiel mais n'oublient pas ces détails qui donneront corps au récit et à la psychologie de son héroïne : le sous-entendu d'une parole, le caractère métaphorique d'une situation, l'attitude contradictoire d'un personnage, un décadrage, la subtile ellipse temporelle entre deux cases...
Cette histoire de célibataire en pleine crise de la trentaine ne passionnera sans doute pas à priori tout le monde, mais n'importe quel amateur de bd devrait sans peine reconnaître à Aude Picault une haute maîtrise de cet équilibre difficile entre le détail et l'essentiel qui lui permet de dépasser son sujet et d'avoir un vrai propos. On n'a pas ici affaire à un ultime avatar du Journal de Bridget Jones, on n'est pas dans la comédie romantique de base, "Idéal standard" met en scène avec force les contradictions de la femme occidentale postmoderne et sa difficulté à trouver l'épanouissement personnel, tiraillée sans fin entre idéal féministe et conformité sociale.
J'ai récemment acheté et dévoré l'intégrale de cette série qui est tout simplement magnifique.
Que ce soit au niveau de l'adaptation (des légendes nordiques et germaniques et de l'opéra de Wagner), du rythme, du graphisme ou de l'ambiance, c'est tout simplement excellent.
Je connaissais déjà l'histoire en grande partie de par ma passion de la mythologie (j'avoue que je n'ai jamais vu l'opéra mais j'aimerais beaucoup assister à une représentation de celui ci).
Alex Alice a su adapter ces légendes et leur donner une lecture quasi cinématographique dans cette BD qui, pour moi, est à la hauteur des classiques du genre comme La Quête de l'Oiseau du Temps ou Le Grand Pouvoir du Chninkel.
Bref, si vous aimez les légendes mythologiques, l'heroic fantasy (qui découle en grande partie de l'oeuvre de Tolkien, elle même inspirée de ces mêmes légendes) ou simplement les bonnes BD, foncez !
La grande originalité de ce manga est qu'il dynamite les codes stricts du shonen. Là où normalement le héros progresse lentement et péniblement, Saïtama (le fameux "one-punch man") est absurdement fort ("OP" - overpowered) dès le départ, et ceci sans avoir rien fait de spécial à part quelques exercices physiques classiques (ça fait partie du gag). D'ailleurs cette surpuissance est devenue un problème pour lui, il regrette le frisson des combats, il s'ennuie dans son métier (son "hobby", selon lui) de héros.
Autre exemple : à l'inverse d'un héros de shonen qui par son charisme se fait entourer d'amis fidèles, Saïtama est un solitaire qui aime la discrétion et la tranquillité (tout juste tolère-t-il la présence d'un disciple car celui-ci paie le loyer et fait le ménage !).
L'absurdité de ce personnage est un moteur de l'humour de ce manga, mais il faut aussi ajouter toute une galerie de super-héros et de monstres tous aussi ridicules les uns les autres, que ce soit leur apparence, leur patronyme ou leurs pouvoirs. Ce sont ces super-héros secondaires et souvent intéressants qui donneront lieu à des combats sympathiques (du moins qui ne se règlent pas en un coup !).
Quant au dessin de grande qualité, il est réalisé par un mangaka de tout premier ordre (Murata).
Bref un anti-shonen qui ne se prend pas du tout au sérieux, et ça fait du bien.
Je conseille d'aller voir aussi l'adaptation animée qui est à la hauteur du manga.
Fligueubück…
J’aime bien être surpris quand je lis une histoire et aucun sentiment n’est plus désagréable à mes yeux que celui d’être convaincu d’avoir déjà lu une bande dessinée avant même d’en avoir fini avec son introduction.
… J’ai beaucoup aimé Highway to Love et mon plus cher souhait est de ne pas vous en parler, histoire de ne pas trop vous préparer à ce que vous allez y retrouver. Je me contenterai juste de vous dire que cela débute comme un roman graphique un peu surexcité… et puis que ça part en vrille.
Ah oui, autre chose : deux planches sont pénibles à lire parce que les dialogues sont écrits à l’envers. Rassurez-vous, vous n’êtes pas obligés de les lire (mais je vous connais, vous n’en ferez qu’à votre tête).
Le style graphique est résolument expressif, donnant un rythme survitaminé au récit. Ҫa peut fatiguer et je ne dis pas qu’il n’y a pas certaines longueurs à un moment ou l’autre mais, fichtre, j’ai bien assez souvent rigolé pour oublier les imperfections de l’album.
Et si vous devez vraiment tout savoir avant de vous plonger dans un album, sachez qu’il sera question du syndrome de Stockholm, de musique, d’amour, d’identité des genres, du syndrome de Stockholm, de fligueubück, d’un peigne reniflé et du syndrome de Stockholm.
Fligueubück…
Superbe récit, fort bien illustré, drôle et touchant, nous offrant deux personnages que tout oppose et réunit à la fois. Pour moi, clairement, c’est un coup de cœur !
L’histoire, d’abord, celle de deux hussards de Napoléon qui à chaque occasion se livrent duel, est librement inspirée d’un récit de Joseph Conrad. A aucun moment je n’ai ressenti qu’il s’agissait d’une adaptation. Les dialogues font loi et lorsque les aventures de nos deux hussards nous sont racontées par une tierce personne, Renaud Farace trouve une astuce pour que tout cela se fasse avec naturel, bagout et humour. En définitive, si ce récit est d’origine littéraire, son adaptation en bande dessinée est totalement réussie.
Les personnages principaux qui animent ces pages sont indiscutablement le point fort du roman. Il s’agit pourtant d’une opposition tout ce qu’il y a de plus classique, des origines jusqu’aux physiques, mais dieux que c’est efficace ! Et ce respect qui nait entre les deux hommes alors qu’ils ne cessent de se quereller fait de Duel un récit d’amitié autant que d’aventure. Et c’est bien là sa force : nous permettre de ressentir la complicité qui unit deux personnes qui, par ailleurs, se livrent un combat à mort.
Et puis vient la claque graphique ! Tout d’abord l’emploi des couleurs dans ce noir et blanc. D’une couleur, pour être précis : un rouge agressif qui s’invite dans chaque duel. Déjà rien que ça, ça donne une dimension esthétique à l’album. Mais que dire de ce noir et blanc fouillé ? Caricatural pour se personnages, riche dans ses décors, d’une grande profondeur pour ses plans larges, ce dessin n’est pas le plus facile d’accès que je connaisse. Il a parfois eu tendance à ralentir mon rythme de lecture tant j’aimais m’arrêter sur certaines cases pour les analyser, mais pute borgne, il a une gueule indéniable !
Bon voilà, j’ai adoré ! Il m’a fallu du temps pour le lire car autant le récit que le dessin demandent une certaine concentration, mais j’y suis toujours revenu avec entrain et bonheur. Ce Duel est un grand récit, un bel album et une histoire d’amitihaine comme il n’y en a pas beaucoup, classique et historique autant que moderne et universelle.
A lire ! (et c’est un minimum).
Tome 1 : 4/5
Une couverture magnifique faite pour attirer le regard, qui appelle une question, les planches seront-elles aussi belles ? Oui, ce n’était pas de l'esbroufe ! Je savais que Joel Mouclier était une bête, un dessinateur talentueux, mais jusqu’ici je n’avais vu de lui que des choses pleines de promesses mais pas aussi abouties que je l’aurais voulu. Avec « Meridia » il vient de me combler. Je n’arrive pas à déterminer si c’est de la colorisation informatique ou si c’est un mélange de cette dernière et de couleurs directes, quoi qu’il en soit, ça ressemble à de la peinture et c’est une tuerie visuelle. Il y a une telle quantité de détails que j’ai eu souvent du mal de passer d’une case à une autre, bloquée sur chaque vignette aux couleurs explosives et ravissantes. J’ai aussi beaucoup apprécié la taille des bulles et du lettrage, que je trouve idéales, un lettrage lisible et des bulles qui viennent se positionner près de celui-ci pour ne pas s’imposer et gâcher le visuel.
L’autre bête de cette nouvelle série est Thierry Gloris, un vrai animal celui-ci, capable de chasser n’importe quel gibier, aussi à l’aise dans l’historique, le fantastique, le polar ou la fantasy, avec son fabuleux talent de conteur il pourrait nous faire apprécier n’importe quelle daube qui passerait entre ses mains.
Voilà donc nos deux limiers réunis, et c’est parti pour l’aventure - et quelle aventure ! - qui s’aventure même là où peu d’auteurs oseraient mettre les pattes, l’homosexualité masculine, et ça parle d’amour, juste un peu mais j’adore ! J’espère que ça ne va pas mettre en fuite la masse des lecteurs masculins amateurs de gros nichons, car mes chéris, ici de gros nichons, il n’y a point. Moi j’ai envie de dire : vive l’amour infertile ! Je vous rassure, ce n’est qu’une facette de l’histoire, mais il convenait de le signaler car ça lui apporte une belle touche d’originalité.
Or donc, ce récit de fantasy mélange les époques, Romaine et Renaissance, et se déroule dans une Italie repensée et remodelée. Il s’avère riche et complexe, tout en gardant une limpidité certaine. Gloris nous présente son monde avec intelligence, dévoilant au fur et à mesure ce qui doit l’être pour nous immerger sans brusquerie dans cette histoire passablement fabuleuse. On y trouve aussi une forme d’autorité matriarcale assez rigide et cruelle. Les conflits entre petits ou grands seigneurs sont omniprésents, et la magie qui plane au-dessus de l’histoire garde pour l’instant tous ses secrets.
Voici une lecture pour le moins inoubliable… pour l’instant !
Tomes 2 et 3 : 3/5
La série est finie depuis septembre 2013 et moi qui attendais la suite pour finir l'histoire !! Et là j'apprends qu'en fait elle s'est terminée en 3 tomes au lieu de 5, soit pourquoi pas.
Seulement voilà le dessin de Mouclier juste fabuleux sur le premier tome perd en qualité et surtout en scènes ultra détaillées, le plaisir visuel n'est plus aussi fort.
Quant au scénario Gloris a eu le mérite de finir l'histoire et de ne pas la laisser en plan, si je ne le savais pas je ne l'aurais pas forcément noté mais malgré tout le début faisait espérer plus de fantasy et on se cantonne surtout sur des guerres entre fiefs. On y croise quelques personnages fantastique mais de manière trop ponctuelle à mon goût, on compte un mort-vivant, un dragon, deux elfes, un poulpe géant et une petite poignée de sanglards (hommes sangliers) ça manque aussi un peu d’aventure, j'espérais découvrir de nouveaux territoires originaux.
Ça reste une bonne histoire que je relirai avec plus de plaisir sachant maintenant ce qu'elle offre. J'en attendais certainement trop après un premier tome de fous.
Tome 1: Qinaya
Au fil des dernières années Benoit Zidrou s'affirme comme un des scénaristes incontournables de la bd franco-belge. Les histoires familiales comme Les Beaux Étés ou encore Le Beau Voyage voire Le Crime qui est le tien demeurent le terreau de son imagination.
Avec "L'adoption", il franchit une étape supplémentaire dans l'émotion. Certes, à travers le personnage de Gabriel, on ne peut s'empêcher de rapprocher cet album de celui intitulé Les Vieux Fourneaux, mais qu'importe, les bons sentiments font aussi, contrairement à une idée reçue, de bonnes histoires.
Ce premier volume est drôle, touchant et dégage une émotion qui ne peut vous laisser indifférent. Très concerné par le sujet (j'ai adopté 3 enfants sur les 6 que j'ai élevés, deux en provenance du Portugal et un de Grande Bretagne), j'ai retrouvé certains gestes que mon père a eu envers mes enfants adoptifs, surtout sur la petite que j'ai adoptée.
Non seulement cette bd est drôle mais donc aussi très réaliste.
J'ajoute que le dessin de Monin, tout en rondeur et assez lumineux, colle parfaitement au scénario de Zidrou.
Je conseille vivement l'achat de cet album (fortement recommandé par mon libraire) et sa lecture, qui se conclut par un final qui ne peut que vous pousser pour l'achat du second et dernier volume.
Très bel album.
Tome 2 : La Garua
Avec ce second volume, Zidrou nous amène sur un terrain assez inattendu. Et ce choix audacieux, s'il casse quelque peu l'atmosphère dégagée dans le premier volume, est heureux.
En recentrant l'histoire sur les pérégrinations de Gabriel, le grand père (la bande des gégés est quasiment absente de cet album, au détriment de Marco, nouveau compagnon de Gabriel), le ton est plus grave (même si les dialogues sont toujours aussi drôles et savoureux) mais aussi plus tendre.
Zidrou nous livre ici un regard sur la paternité, mais là où on ne l'attendait pas, celle de Gabriel. J'avoue que c'est assez fort.
Au final, l'album est très émouvant à plus d'un titre.
En plus, pour ne pas gâcher notre plaisir, le dessin et les couleurs d'Arno Monin sont tout à fait remarquables.
Ce second volume faisait partie des albums dont j'attendais la parution avec impatience dans une année marquée, à mon avis, par une qualité éditoriale assez faible pour le moment, et je n'ai pas été du tout déçu.
Une de mes meilleures lectures depuis un moment.
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Le Musée des Bozarts
Assurément un coup de cœur. Cela faisait bien longtemps que nous étions à la recherche d'une BD sur l'art, si possible humoristique et je dois avouer que j'ai été quelque peu freiné par le commentaire de "Noirdésir"...à tord. Il est vrai que je ne m'attendais pas à ce style de BD chez Bamboo et j'ai été très agréablement surpris. Les gags sont d'une finesse délicieuse et le dessin est très agréable, les peintres sont magnifiquement dessinés. On apprend beaucoup de petites choses sur les artistes sans que cela soit pénible, au contraire. Mes enfants ont adorés, je pensais acheter la série mais il n'y a qu'un seul Tome apparemment, ou alors j'ai mal cherché. Un régal que je conseille aux amateurs de BD et d'Art, sans hésitation aucune.
Houppeland
Une excellente satire de Tronchet. Il met en scène une dictature où c'est Noël tous les jours et cela donne des situations savoureuses. C'est une bd humoristique, mais l'humour est cynique et noir. Ce n'est pas un truc qui fait rigoler de bon cœur comme un Astérix par exemple (en tout cas c'est le cas pour moi). L'idée de départ est très bien utilisée, les dialogues sont savoureux et le scénario est prenant même s'il y a des clichés qu'on retrouve dans la plupart des histoires mettant en vedette un héros qui devient un résistant face à une dictature fasciste. J'aime bien l'idée qu'on change de jour de célébrations selon le président en place, cela varie un peu les situations et permet à l'histoire de ne pas tomber dans une certaine répétition. Et puis c'est intéressant de voir comment cette société change selon la fête célébrée chaque jour.
La Favorite
Un jeune garçon, élevé comme une fille par des grands-parents bourgeois et misanthropes, vit cloitré dans le manoir familial, caché du monde. Derrière ce script un peu « fait-divers », se cache un roman graphique magnifiquement orchestré par Matthias Lehmann. Dès le début de la lecture de ce volumineux album, on est immédiatement accroché par la vivacité de la mise en page, la puissance du récit et la grande maitrise narrative de l’auteur. L’histoire est absolument passionnante de bout en bout, portée par des personnages soignés, à la psychologie complexe. Le trait de Lehmann, original et inspiré, donne parfaitement le change à l’intrigue sombre et un brin claustrophobique. La Favorite est très, très bel album qui deviendra sans aucun doute l’un des immanquables du site. Et un très grand bravo à l’auteur !
Idéal Standard
Le neuvième art est un art de l'essentiel. L'auteur ne peut pas s'y étendre sur des centaines de pages comme le romancier, il faut couper, éluder, suggérer ce qui se passe entre les cases. On reproche parfois à la bd d'être trop réductrice, d'user de personnages à la psychologie stéréotypée et de raccourcis scénaristiques. C'est qu'il est difficile de faire entrer la complexité du monde dans de petites cases. Il faut dès lors reconnaître aux meilleurs auteurs le talent de savoir dire plus avec moins, d'aller à l'essentiel tout un suggérant dans le détail. Cette impérieuse contradiction me semble parfaitement illustrée par "Idéal standard" d'Aude Picault. Voici une bande dessinée romanesque et psychologique sans récitatif, dont le graphisme, le découpage, le côté épuré des décors vont à l'essentiel mais n'oublient pas ces détails qui donneront corps au récit et à la psychologie de son héroïne : le sous-entendu d'une parole, le caractère métaphorique d'une situation, l'attitude contradictoire d'un personnage, un décadrage, la subtile ellipse temporelle entre deux cases... Cette histoire de célibataire en pleine crise de la trentaine ne passionnera sans doute pas à priori tout le monde, mais n'importe quel amateur de bd devrait sans peine reconnaître à Aude Picault une haute maîtrise de cet équilibre difficile entre le détail et l'essentiel qui lui permet de dépasser son sujet et d'avoir un vrai propos. On n'a pas ici affaire à un ultime avatar du Journal de Bridget Jones, on n'est pas dans la comédie romantique de base, "Idéal standard" met en scène avec force les contradictions de la femme occidentale postmoderne et sa difficulté à trouver l'épanouissement personnel, tiraillée sans fin entre idéal féministe et conformité sociale.
Siegfried
J'ai récemment acheté et dévoré l'intégrale de cette série qui est tout simplement magnifique. Que ce soit au niveau de l'adaptation (des légendes nordiques et germaniques et de l'opéra de Wagner), du rythme, du graphisme ou de l'ambiance, c'est tout simplement excellent. Je connaissais déjà l'histoire en grande partie de par ma passion de la mythologie (j'avoue que je n'ai jamais vu l'opéra mais j'aimerais beaucoup assister à une représentation de celui ci). Alex Alice a su adapter ces légendes et leur donner une lecture quasi cinématographique dans cette BD qui, pour moi, est à la hauteur des classiques du genre comme La Quête de l'Oiseau du Temps ou Le Grand Pouvoir du Chninkel. Bref, si vous aimez les légendes mythologiques, l'heroic fantasy (qui découle en grande partie de l'oeuvre de Tolkien, elle même inspirée de ces mêmes légendes) ou simplement les bonnes BD, foncez !
One-Punch Man
La grande originalité de ce manga est qu'il dynamite les codes stricts du shonen. Là où normalement le héros progresse lentement et péniblement, Saïtama (le fameux "one-punch man") est absurdement fort ("OP" - overpowered) dès le départ, et ceci sans avoir rien fait de spécial à part quelques exercices physiques classiques (ça fait partie du gag). D'ailleurs cette surpuissance est devenue un problème pour lui, il regrette le frisson des combats, il s'ennuie dans son métier (son "hobby", selon lui) de héros. Autre exemple : à l'inverse d'un héros de shonen qui par son charisme se fait entourer d'amis fidèles, Saïtama est un solitaire qui aime la discrétion et la tranquillité (tout juste tolère-t-il la présence d'un disciple car celui-ci paie le loyer et fait le ménage !). L'absurdité de ce personnage est un moteur de l'humour de ce manga, mais il faut aussi ajouter toute une galerie de super-héros et de monstres tous aussi ridicules les uns les autres, que ce soit leur apparence, leur patronyme ou leurs pouvoirs. Ce sont ces super-héros secondaires et souvent intéressants qui donneront lieu à des combats sympathiques (du moins qui ne se règlent pas en un coup !). Quant au dessin de grande qualité, il est réalisé par un mangaka de tout premier ordre (Murata). Bref un anti-shonen qui ne se prend pas du tout au sérieux, et ça fait du bien. Je conseille d'aller voir aussi l'adaptation animée qui est à la hauteur du manga.
Highway to Love
Fligueubück… J’aime bien être surpris quand je lis une histoire et aucun sentiment n’est plus désagréable à mes yeux que celui d’être convaincu d’avoir déjà lu une bande dessinée avant même d’en avoir fini avec son introduction. … J’ai beaucoup aimé Highway to Love et mon plus cher souhait est de ne pas vous en parler, histoire de ne pas trop vous préparer à ce que vous allez y retrouver. Je me contenterai juste de vous dire que cela débute comme un roman graphique un peu surexcité… et puis que ça part en vrille. Ah oui, autre chose : deux planches sont pénibles à lire parce que les dialogues sont écrits à l’envers. Rassurez-vous, vous n’êtes pas obligés de les lire (mais je vous connais, vous n’en ferez qu’à votre tête). Le style graphique est résolument expressif, donnant un rythme survitaminé au récit. Ҫa peut fatiguer et je ne dis pas qu’il n’y a pas certaines longueurs à un moment ou l’autre mais, fichtre, j’ai bien assez souvent rigolé pour oublier les imperfections de l’album. Et si vous devez vraiment tout savoir avant de vous plonger dans un album, sachez qu’il sera question du syndrome de Stockholm, de musique, d’amour, d’identité des genres, du syndrome de Stockholm, de fligueubück, d’un peigne reniflé et du syndrome de Stockholm. Fligueubück…
Duel
Superbe récit, fort bien illustré, drôle et touchant, nous offrant deux personnages que tout oppose et réunit à la fois. Pour moi, clairement, c’est un coup de cœur ! L’histoire, d’abord, celle de deux hussards de Napoléon qui à chaque occasion se livrent duel, est librement inspirée d’un récit de Joseph Conrad. A aucun moment je n’ai ressenti qu’il s’agissait d’une adaptation. Les dialogues font loi et lorsque les aventures de nos deux hussards nous sont racontées par une tierce personne, Renaud Farace trouve une astuce pour que tout cela se fasse avec naturel, bagout et humour. En définitive, si ce récit est d’origine littéraire, son adaptation en bande dessinée est totalement réussie. Les personnages principaux qui animent ces pages sont indiscutablement le point fort du roman. Il s’agit pourtant d’une opposition tout ce qu’il y a de plus classique, des origines jusqu’aux physiques, mais dieux que c’est efficace ! Et ce respect qui nait entre les deux hommes alors qu’ils ne cessent de se quereller fait de Duel un récit d’amitié autant que d’aventure. Et c’est bien là sa force : nous permettre de ressentir la complicité qui unit deux personnes qui, par ailleurs, se livrent un combat à mort. Et puis vient la claque graphique ! Tout d’abord l’emploi des couleurs dans ce noir et blanc. D’une couleur, pour être précis : un rouge agressif qui s’invite dans chaque duel. Déjà rien que ça, ça donne une dimension esthétique à l’album. Mais que dire de ce noir et blanc fouillé ? Caricatural pour se personnages, riche dans ses décors, d’une grande profondeur pour ses plans larges, ce dessin n’est pas le plus facile d’accès que je connaisse. Il a parfois eu tendance à ralentir mon rythme de lecture tant j’aimais m’arrêter sur certaines cases pour les analyser, mais pute borgne, il a une gueule indéniable ! Bon voilà, j’ai adoré ! Il m’a fallu du temps pour le lire car autant le récit que le dessin demandent une certaine concentration, mais j’y suis toujours revenu avec entrain et bonheur. Ce Duel est un grand récit, un bel album et une histoire d’amitihaine comme il n’y en a pas beaucoup, classique et historique autant que moderne et universelle. A lire ! (et c’est un minimum).
Meridia
Tome 1 : 4/5 Une couverture magnifique faite pour attirer le regard, qui appelle une question, les planches seront-elles aussi belles ? Oui, ce n’était pas de l'esbroufe ! Je savais que Joel Mouclier était une bête, un dessinateur talentueux, mais jusqu’ici je n’avais vu de lui que des choses pleines de promesses mais pas aussi abouties que je l’aurais voulu. Avec « Meridia » il vient de me combler. Je n’arrive pas à déterminer si c’est de la colorisation informatique ou si c’est un mélange de cette dernière et de couleurs directes, quoi qu’il en soit, ça ressemble à de la peinture et c’est une tuerie visuelle. Il y a une telle quantité de détails que j’ai eu souvent du mal de passer d’une case à une autre, bloquée sur chaque vignette aux couleurs explosives et ravissantes. J’ai aussi beaucoup apprécié la taille des bulles et du lettrage, que je trouve idéales, un lettrage lisible et des bulles qui viennent se positionner près de celui-ci pour ne pas s’imposer et gâcher le visuel. L’autre bête de cette nouvelle série est Thierry Gloris, un vrai animal celui-ci, capable de chasser n’importe quel gibier, aussi à l’aise dans l’historique, le fantastique, le polar ou la fantasy, avec son fabuleux talent de conteur il pourrait nous faire apprécier n’importe quelle daube qui passerait entre ses mains. Voilà donc nos deux limiers réunis, et c’est parti pour l’aventure - et quelle aventure ! - qui s’aventure même là où peu d’auteurs oseraient mettre les pattes, l’homosexualité masculine, et ça parle d’amour, juste un peu mais j’adore ! J’espère que ça ne va pas mettre en fuite la masse des lecteurs masculins amateurs de gros nichons, car mes chéris, ici de gros nichons, il n’y a point. Moi j’ai envie de dire : vive l’amour infertile ! Je vous rassure, ce n’est qu’une facette de l’histoire, mais il convenait de le signaler car ça lui apporte une belle touche d’originalité. Or donc, ce récit de fantasy mélange les époques, Romaine et Renaissance, et se déroule dans une Italie repensée et remodelée. Il s’avère riche et complexe, tout en gardant une limpidité certaine. Gloris nous présente son monde avec intelligence, dévoilant au fur et à mesure ce qui doit l’être pour nous immerger sans brusquerie dans cette histoire passablement fabuleuse. On y trouve aussi une forme d’autorité matriarcale assez rigide et cruelle. Les conflits entre petits ou grands seigneurs sont omniprésents, et la magie qui plane au-dessus de l’histoire garde pour l’instant tous ses secrets. Voici une lecture pour le moins inoubliable… pour l’instant ! Tomes 2 et 3 : 3/5 La série est finie depuis septembre 2013 et moi qui attendais la suite pour finir l'histoire !! Et là j'apprends qu'en fait elle s'est terminée en 3 tomes au lieu de 5, soit pourquoi pas. Seulement voilà le dessin de Mouclier juste fabuleux sur le premier tome perd en qualité et surtout en scènes ultra détaillées, le plaisir visuel n'est plus aussi fort. Quant au scénario Gloris a eu le mérite de finir l'histoire et de ne pas la laisser en plan, si je ne le savais pas je ne l'aurais pas forcément noté mais malgré tout le début faisait espérer plus de fantasy et on se cantonne surtout sur des guerres entre fiefs. On y croise quelques personnages fantastique mais de manière trop ponctuelle à mon goût, on compte un mort-vivant, un dragon, deux elfes, un poulpe géant et une petite poignée de sanglards (hommes sangliers) ça manque aussi un peu d’aventure, j'espérais découvrir de nouveaux territoires originaux. Ça reste une bonne histoire que je relirai avec plus de plaisir sachant maintenant ce qu'elle offre. J'en attendais certainement trop après un premier tome de fous.
L'Adoption
Tome 1: Qinaya Au fil des dernières années Benoit Zidrou s'affirme comme un des scénaristes incontournables de la bd franco-belge. Les histoires familiales comme Les Beaux Étés ou encore Le Beau Voyage voire Le Crime qui est le tien demeurent le terreau de son imagination. Avec "L'adoption", il franchit une étape supplémentaire dans l'émotion. Certes, à travers le personnage de Gabriel, on ne peut s'empêcher de rapprocher cet album de celui intitulé Les Vieux Fourneaux, mais qu'importe, les bons sentiments font aussi, contrairement à une idée reçue, de bonnes histoires. Ce premier volume est drôle, touchant et dégage une émotion qui ne peut vous laisser indifférent. Très concerné par le sujet (j'ai adopté 3 enfants sur les 6 que j'ai élevés, deux en provenance du Portugal et un de Grande Bretagne), j'ai retrouvé certains gestes que mon père a eu envers mes enfants adoptifs, surtout sur la petite que j'ai adoptée. Non seulement cette bd est drôle mais donc aussi très réaliste. J'ajoute que le dessin de Monin, tout en rondeur et assez lumineux, colle parfaitement au scénario de Zidrou. Je conseille vivement l'achat de cet album (fortement recommandé par mon libraire) et sa lecture, qui se conclut par un final qui ne peut que vous pousser pour l'achat du second et dernier volume. Très bel album. Tome 2 : La Garua Avec ce second volume, Zidrou nous amène sur un terrain assez inattendu. Et ce choix audacieux, s'il casse quelque peu l'atmosphère dégagée dans le premier volume, est heureux. En recentrant l'histoire sur les pérégrinations de Gabriel, le grand père (la bande des gégés est quasiment absente de cet album, au détriment de Marco, nouveau compagnon de Gabriel), le ton est plus grave (même si les dialogues sont toujours aussi drôles et savoureux) mais aussi plus tendre. Zidrou nous livre ici un regard sur la paternité, mais là où on ne l'attendait pas, celle de Gabriel. J'avoue que c'est assez fort. Au final, l'album est très émouvant à plus d'un titre. En plus, pour ne pas gâcher notre plaisir, le dessin et les couleurs d'Arno Monin sont tout à fait remarquables. Ce second volume faisait partie des albums dont j'attendais la parution avec impatience dans une année marquée, à mon avis, par une qualité éditoriale assez faible pour le moment, et je n'ai pas été du tout déçu. Une de mes meilleures lectures depuis un moment.