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Par Présence
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Doktor Sleepless
Doktor Sleepless

Eschatologie - Ce tome contient les épisodes 1 à 4, initialement parus en 2007/2008, écrits par Warren Ellis, dessinés et encrés et mis en couleurs par Ivan Rodriguez. La série s'est arrêtée au numéro 13. Il est suivi du tome 2 Doktor Sleepless, Tome 2 : qui contient les épisodes 5 à 8. le présent commentaire porte sur les épisodes 1 à 8. John Reinhardt se tient nu devant son miroir et se parle à lui-même. Il se dit qu'il est temps qu'il devienne Doktor Sleepless, un savant fou de dessin animé, vivant dans son manoir situé en hauteur sur Scartop. Il arbore un tatouage vert de 3 roues dentelées sur le dos. En bas de la colline, dans une boîte de nuit de la ville d'Heavenside, DJ Amun est en train d'effectuer une prestation de DJ. Une femme vient le trouver lui présentant un fœtus dans une éprouvette. Peu de temps après, DJ Amun se donne la mort en s'ouvrant la gorge avec un couteau dans sa cuisine. le lendemain, Doktor Sleepless se promène à pied dans un des quartiers de la ville pendant que Nurse Igor (son assistante rémunérée) placarde des affiches indiquant que la Terre ne doit pas être considérée comme un simple produit. Sur les murs, il y a des graffitis demandant où est le futur promis, avec jetpack et voiture volante. Dans la librairie Catastrophe Books, la propriétaire Sing Watson s'agace de la question d'un client demandant si elle a un exemplaire du livre de John Reinhardt. Elle répond quand même poliment. Elle et son employée Celia Rush sont surprises de devoir réceptionner un carton de livres qu'elles n'ont pas commandés : The darkening Sky, par Henrik Boemer, le livre qui gisait devant les cadavres de ses parents quand John Reinhardt les a découverts alors qu'il était encore un enfant. Doktor Sleepless et Nurse Igor se rendent dans un bar appelé Shank Valentine, où le docteur effectue une opération de réanimation sur un individu en état de choc suite à un dysfonctionnement de son implant informatique. L'opération est un succès. À la librairie Catastrophe Books, les habitués boivent un coup à la mémoire de DJ Amun qui était un pote de Sing Watson. Ils décident de tenter de se brancher sur la fréquence de sa radio, et ils tombent sur une émission de Doktor Sleepless. Ce dernier s'est lancé dans une diatribe contre les mécontents du présent réclamant un futur plus conforme aux promesses de la science-fiction, sans se rendre compte à quel point la science a déjà transformé leur vie au-delà de tout ce qu'avaient pu imaginer les auteurs de SF. Il les admoneste d'attendre un futur à leur goût comme si c'était un dû, alors qu'ils ne font rien de constructif pour participer à l'avènement d'un tel futur.il leur promet des changements. À partir de 1999, Warren Ellis entame une collaboration fructueuse avec le petit éditeur Avatar Press, pour des histoires s'éloignant des superhéros traditionnels, avec un goût pour l'exploration des formats, et des récits qui ne rentrent pas dans le moule de Mavel, DC (même Vertigo), ni même Image Comics. Cela lui permet d'écrire ce qu'il souhaite, avec un éditeur spécialisé dans les petits tirages, donc sans exigence d'un seuil minimum garanti pour les ventes. En fonction des récits, l'implication d'Ellis est plus ou moins importante, et l'artiste qui lui est associé est plus ou moins adapté. En se lançant dans la lecture de ce tome, le lecteur a également conscience qu'il s'agit d'une histoire qui n'a pas été menée à son terme et que les épisodes 9 à 13 n'ont pas bénéficié d'une édition en recueil. Néanmoins, il a également l'assurance de plonger dans un récit totalement choisi par l'auteur. Un rapide coup d'œil lui montre que la mise en image est de bonne qualité. Il repère tout de suite les couleurs un peu froides qui sont l'apanage des titres édités par Avatar. Elles sont réalisées par infographie avec une utilisation trop systématique de dégradés très lissés, indifféremment du type de surface concerné, bâtiments, sols ou peau humaine. Toutefois, il constate également que Rodriguez utilise la couleur pour faire ressortir les surfaces les unes par rapport aux autres, et qu'il en fait un usage fin et méticuleux, ce qui contrebalance l'effet de lissage. Le lecteur habitué aux caractéristiques de l'écriture de Warren Ellis sait que ses scénarios représentent un défi pour les artistes chargés de les mettre en images, du fait de scènes de dialogues denses, alternant avec des pages d'action quasiment muettes où les dessins portent toute la narration. le lecteur découvre rapidement que ce n'est pas ce genre de récit ici, car il n'est pas basé sur l'action. du coup, le défi pour Ivan Rodriguez ne réside dans pas dans des séquences muettes, mais dans l'enfilade de séquences de dialogues pour lesquelles il doit concevoir des prises de vue vivantes. Il dessine dans un registre réaliste, avec des formes détourées d'un trait fin d'une épaisseur constante, parfois souligné par un trait plus gras supplémentaire. Il intègre un bon niveau de détails dans ses dessins que ce soit pour les éléments de décors ou pour les personnages. Il n'y a pas de page vide d'arrière-plans, mais ceux-ci sont parfois un peu simplifiés. L'artiste se concentre essentiellement sur les contours des bâtiments, des accessoires, des meubles, sans y apporter de texture. Ces dernières sont intégrées par le biais des couleurs. de plus Rodriguez a tendance à réaliser des contours à la régularité géométrique, comme si tout était neuf, sans aucune marque du temps qui passe et qui use. Il s'en suit une apparence un peu trop ordonnée. Pour autant, cela ne diminue pas la densité des décors, la qualité des environnements, et leur consistance, permettant au lecteur de s'y projeter facilement. Les dessins d'Ivan Rodriguez donnent un aperçu de plusieurs quartiers de la ville d'Heavenside, et de quelques lieux récurrents comme la demeure de John Reinhardt, la librairie de Sing Watson, ou encore un bar en particulier. Cette ville est peuplée par des individus qui semblent tous avoir entre 20 et 40 ans, avec des silhouettes élancées, voire musculeuse pour Doktor Sleepless. Ils disposent tous de visages aisément reconnaissables, et de tenues vestimentaires différenciées, adaptés à leur statut social et à leur occupation. Sleepless porte une sorte de tablier chirurgical assez démodé, qui évoque de loin un costume ce qui est en cohérence avec sa volonté de prendre l'apparence et de se comporter comme une caricature de savant fou. Pour conférer un intérêt visuel aux séquences de dialogues, l'artiste fait preuve d'une grande inventivité. Il bénéficie parfois du fait que les protagonistes se déplacent en même temps, ou accomplissent des gestes, ce qui apporte un intérêt visuel à la scène. Pour le reste, il conçoit des plans de prise de vue permettant de voir l'environnement dans lequel évoluent les personnages, montrant le langage corporel des individus, laissant voir l'expression de leur visage (manquant parfois de nuance dans le dessin), dans des prises de vue dépassant l'alternance de champ/contrechamp. La narration visuelle n'est pas aussi flamboyante que dans les récits de Warren Ellis avec plus d'action, mais elle remplit ses fonctions au-delà du minimum syndical. Le lecteur découvre progressivement la nature du récit et les motivations de Doktor Sleepless. Au départ, il s'agit d'un individu décidé à faire une différence sur la marche du monde grâce à ses compétences scientifiques et techniques et son inventivité pratique. Il évolue dans un monde d'anticipation, pas très loin du monde réel, la grande avancée étant des puces multifonctions implantées dans les individus pour le plaisir, la communication ou le monitoring médical. Ellis en profite pour intégrer quelques intuitions technologiques dont il a le secret, mais sans basculer dans la science-fiction de sa série Transmetropolitan. Doktor Sleepless apparaît alors comme un personnage créé par John Reinhardt pour apporter de force une forme de connaissance aux masses laborieuses, ou peut-être résoudre certaines crises, évoquant un peu Mister X (1984) créé par Dean Motter. Rapidement l'auteur brouille les cartes en insérant des références le temps d'une case au milieu d'un séquence, comme le symbole de Doktor Sleepless (son tatouage) projeté sur les nuages (à l'instar de l'emblème de Batman à Gotham), un jeune enfant menacé par des tentacules surgissant de la pénombre (évoquant les Grands Anciens d'Howard Philips Lovecraft), les tulpa et la vie d'Alexandra David-Néel (1868-1969). En cours de route il apparaît un tueur en série, et l'eschatologie prend une place prépondérante. Alors qu'il pensait avoir cerné l'histoire comme les aventures d'un scientifique urbain luttant contre des dysfonctionnements d'une technologie d'anticipation, le lecteur se rend compte que le récit est d'une nature toute autre, relative à l'histoire personnelle de John Reinhardt et à son funeste projet pour la société. Dans le même temps, il constate que Doktor Sleepless est un individu assez bavard, profitant de Nurse Igor comme d'un auditoire, déversant ses idées et ses points de vue dans son émission de radio et se parlant à haute voix en dernier recours. Certains de ses propos servent à nourrir le récit d'informations ; d'autres relèvent d'opinions dans lesquels le lecteur identifie rapidement celles de l'auteur. Il peut s'agir de l'apport de la technologie à la vie quotidienne et de sa capacité transformatrice, des expériences de développement spirituel personnel, de l'inéluctabilité pour l'individu de se soumettre aux produits de masse, des laboratoires d'idées (think tank), de l'authenticité des artistes de rock, de la puissance de la notion de complot (réel ou imaginaire), etc. Ces points de vue sont présentés avec la verve coutumière de l'auteur, imprégnés d'une causticité qui n'est pas méchante. Quand il ouvre un récit de Warren Ellis publié par Avatar Press, le lecteur s'interroge sur ce qu'il va trouver. Il se rend rapidement compte qu'il bénéficie pour Doktor Sleepless d'une solide narration visuelle, à défaut d'être vraiment originale ou personnelle. Il lui faut plus de temps pour comprendre l'enjeu réel du récit, car le scénariste a conçu une histoire très fournie sans être indigeste, avec une intrigue qui ne se révèle que progressivement, des thèmes chers à l'auteur sans qu'il ne rabâche des idées déjà utilisée, et des idées personnelles variées et intelligentes qui font de ce récit une aventure de lecture riche, divertissante et enrichissante.

28/05/2024 (modifier)
Par Présence
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Captain Swing et les pirates électriques de Cindery Island
Captain Swing et les pirates électriques de Cindery Island

Rétrofuturisme et idéaux politiques - Ce tome contient une histoire complète et indépendante de toute autre, soit les 4 épisodes parus en 2010/2011. À Londres, en 1830, un policier municipal est retrouvé empalé sur les grilles d'une demeure, ses intestins se dévidant à l'extérieur, par une ronde de 3 de ses collègues. Charlie Gravel et ses collègues sont tirés de la contemplation du cadavre les tripes à l'air, par le bruit d'une crécelle signifiant qu'un autre policier appelle à l'aide. Ils tombent face à face avec un individu tout de noir vêtu ayant chaussé d'étranges bésicles qui crépitent dans la nuit. Constatant son infériorité numérique, Captain Swing s'enfuit et échappe à ses poursuivants grâce à ses bottes étranges et crépitantes qui lui permettent de sauter par-dessus les murs de clôtures. Charlie Gravel va recroiser la route du Capitaine Swing dans un complot qui implique également les gendarmes nationaux. Ce n'est pas la première fois que Warren Ellis s'adonne au rétrofuturisme, avec une touche de steampunk : Aetheric Mechanics (en anglais) qui se déroule en 1907 avait déjà prouvé sa capacité à s'inspirer d'un genre littéraire pour une histoire pleine de saveur. Ici, Ellis remonte un peu plus loin dans le temps pour un récit steampunk dans l'esprit, même si le magnétisme prend la place de la vapeur. L'histoire est illustrée par Raulo Caceres qui avait déjà mis en images Crecy (en anglais) de Warren Ellis, et une partie des premières aventures de William Gravel également d'Ellis. Il a également fait dans le zombie et l'abject avec le troisième tome de Crossed : Psychopath (en anglais). Caceres est un dessinateur appliqué, qui soigne chaque trait de chaque case et qui ne rechigne pas au détail. Il a un style légèrement suranné qui évoque parfois celui d'Eduardo Baretto, en moins naïf. Ce qui est vraiment agréable, c'est que Caceres fait tout ce qu'il faut pour que le lecteur puisse se sentir dans le même environnement que les personnages. Il ne manque pas un seul pavé mouillé dans les rues de Londres. Les façades de Bow Street présentent toutes leurs briques, ainsi qu'une architecture authentique. Les intérieurs disposent d'une décoration d'époque. Les uns et les autres s'habillent avec des vêtements crédibles. Et les visions des toits de Londres avec leurs cheminées sont dépaysantes et évocatrices. le mélange d'artisanat (métallurgie et ébénisterie) avec la technologie d'anticipation atteint un équilibre en état de grâce (en particulier une magnifique balle de révolver finement ouvragée). Il n'y a peut être que les visages qui manquent de mesure et de nuances dans leurs expressions. le décolleté du seul personnage féminin dénote également une facilité aguicheuse, dans ces illustrations plutôt réalistes. Par contre, les responsables des couleurs ont opté pour des teintes très sombres qui s'ajoutent à un encrage déjà bien appuyé, et il faut prévoir un environnement avec une forte luminosité pour distinguer tous les détails. De son coté, Ellis a également vu les choses en grand, malgré le nombre de pages relativement faible. Il a inséré quelques pages de textes (entre 4 et 6 par épisode, en très gros caractères) pour approfondir le contexte de l'histoire, avec pour commencer un rappel historique sur la différence entre les "Copper" (policier municipal londonien) et les "Bow street runners" (policiers sous les ordres des magistrats). Ellis a donc l'ambition de raconter une aventure haute en couleurs, distrayante, fantastique, mais aussi d'intégrer une dimension sociale. Effectivement l'aventure est au rendez-vous avec un goût de merveilleux technologique qui fleure bon les romans pour jeunes adolescents du dix-neuvième siècle. Effectivement, les personnages se divisent entre les bons et les méchants. Mais très vite, le camp des bons se révèle plus complexe que prévu. Warren Ellis réussit à développer les caractéristiques psychologiques du Capitaine Swing et de Charlie Gravel, et à leur donner des motivations complexes. Ces dernières reflètent aussi bien les idées sociétales de l'époque que leurs personnalités. Si le récit semble se terminer sur une fin trop classique, la dernière page de texte ouvre la narration sur une problématique éloignée des clichés manichéens. Ellis a su transcrire sous forme de récit d'aventures, une problématique philosophique complexe et d'une actualité toujours plus délicate et paradoxale dans notre société. Derrière son apparence de récit d'anticipation du dix-neuvième siècle, avec une légère composante steampunk, Warren Ellis et Raulo Caceres projettent le lecteur dans un Londres aussi réel que fantasmé en 1830, pour de grandes aventures mettant en évidence une question de fond sur la nature du progrès scientifique et sa classe sociale.

28/05/2024 (modifier)
Par Présence
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Nextwave
Nextwave

Premier et second degrés - Ce tome comprend les épisodes 1 à 12 publiés en 2006 et 2007, soit l'intégralité de la maxisérie. Une méchante multinationale générique Beyond Corporation a créé une organisation antiterroriste Highest Anti Terrorism Effort (HATE). Cette dernière a rassemblé 5 superhéros pour découvrir et désamorcer des armes de destruction massive bizarres. Mais elle a également été noyautée de l'intérieur et retournée contre l'équipe de Nextwave qui se compose de Monica Rambeau (ex Captain Marvel et Photon, elle a depuis abandonné ses noms de code précédant), Tabitha Smith (ex Boom-Boom et Meltdown), Aaaron Stack (Machine Man), Elsa Bloodstone (la fille d'Ulysses Bloodstone, chasseuse de monstres) et le Captain (un nouveau personnage). La première arme bizarre est un gros lézard avec un slip de bain violet (mais sans appareil génital) connu par les experts de l'univers Marvel sous le nom de Fin Fang Foom. Dès la lecture de l'appellation de la série Nextwave : agents of HATE, le lecteur a compris que le second degré s'est invité : les superhéros travaille pour une organisation dont l'acronyme signifie Haine. le point de départ évoque tout de suite Justice League International de Keith Giffen et JM DeMatteis : des personnages de seconde zone qui vont servir de ressort comique dans des histoires pour rire. Warren Ellis se révèle un excellent auteur comique qui sait jouer sur plusieurs registres. Il y a bien sûr les moqueries et gentilles railleries entre les membres de l'équipe. Par exemple, Monica Rambeau rappelle régulièrement son expérience en tant que chef des Avengers (période Assault on Olympus), et les autres la vannent à ce sujet. Aaron Stack joue sur sa nature de robot, opposée à celles d'êtres humains fait de chair et d'os. Ellis utilise également l'absurde comme source de comique : les soldats sans âmes à base de brocoli (il faut le lire pour comprendre). Il y a également Dirk Anger, le chef du vaisseau lancé à la poursuite de Nextwave, totalement maniaco-dépressif, incompétent, travesti, etc. Il y a aussi des dialogues savoureux, par exemple le Captain expliquant qu'il a essayé tous les noms composés avec Captain (Captain Ron, Captain L. Ron, Captain Universe, Captain Ultra, Captain Avenger, Captain Avalon, Captain Marvel, Captain Kerosene) pour s'apercevoir qu'ils étaient tous déjà pris. Warren Ellis peut également se reposer sur les dessins de Stuart Immonen (encré par Wade von Grawbadger) pour bénéficier d'un comique visuel. Immonen utilise un style légèrement cartoon qui exagère les expressions et donne des corps de personnages de dessin animé aux superhéros et à leurs ennemis. Il glisse aussi bien des outils technologiques décalés (un énorme combiné téléphonique en guise de casque de télécommunication) que des descriptions d'action typiquement frappées au coin du dessin animé (un superhéros est frappé d'un coup de poing, il est projeté dans les airs et décrit une trajectoire qui se termine en rebondissant à plusieurs reprises sur le sol). Les illustrations transposent parfaitement les caractéristiques du scénario en étant premier degré lorsque l'histoire met en valeur les actions de courage, ou les affrontements, en étant parodiques quand le scénario s'aventure dans l'absurde ou la caricature. Immonen réussit une très jolie interprétation d'un robot Transformer. Et son sens du comique visuel donne un sens nouveau aux aides de Dormammu, les Mindless Ones, totalement adaptés au consumérisme décérébré de masse. le passage où ces derniers prennent la place de civils constitue une critique drôle et irrésistible de l'abrutissement des masses par la société de consommation. En fait Ellis et Immonen réussissent à être respectueux des superhéros tout en les caricaturant et en se moquant d'eux. Les scénarios sont très décompressés : ils ne comprennent qu'une trame basique des superhéros cherchant les supercriminels et les affrontant jusqu'à gagner (avec des méthodes différentes à chaque fois), avec plusieurs références parfois pointues à l'univers partagé Marvel. du coup les histoires ne gardent que l'ossature des comics de superhéros, leur quintessence. de l'autre coté, la dérision règne en maître, tout en se nourrissant aussi des références pointues de l'univers partagé Marvel. Il n'est pas sûr que tous les lecteurs soient capables de reconnaître Forbush Man et de le replacer dans son contexte, ou de comprendre les couvertures de Not brand echh. Les 12 épisodes forment une série d'aventures agréables au premier degré, et irrésistibles grâce à leur humour au premier et au deuxième degré. Ellis réussit même à terminer le tome sur une forme de fin mettant un terme satisfaisant à ces destructions d'armes de destruction massives bizarres.

27/05/2024 (modifier)
Par Présence
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Black Summer
Black Summer

Défouloir monstrueux, réflexion embryonnaire - Ce tome comprend une histoire complète initialement parue en 8 épisodes (de 0 à 7) en 2007/2008. Elle s'inscrit dans une trilogie thématique sur les superhéros par Warren Ellis : (1) Black Summer, (2) No Hero et (3) Supergod. Tom Noir, un homme unijambiste (il a un moignon au niveau du genou gauche), se regarde dans la glace. Puis il se dirige vers son fauteuil dans une pièce dont le ménage n'a pas été fait depuis des semaines, pour se coller devant la télé. CNN diffuse une émission en direct dans laquelle apparaît John Horus (un superhéros revêtu d'un costume blanc maculé de sang avec des sphères technologiques lévitant autour de lui) annonce qu'il vient d'assassiner le président des États-Unis, plusieurs de ses conseillers et quelques membres de la sécurité qui ont essayé de s'interposer. Il explique que le président avait abusé de la confiance des électeurs en cautionnant une guerre en Irak, l'emploi de généraux par des entreprises privées de sécurité, etc. Après le choc de cette émission, Tom Noir répond à un coup de sonnette. Il se trouve face à face avec Frank Blacksmith qui vient lui annoncer qu'il a amené un garde du corps avec lui pour exécuter Tom. Dès la couverture et les premières pages, le lecteur découvre des illustrations regorgeant d'informations, exigeant une attention de lecture soutenue. Juan Jose Ryp est un obsédé du détail et il accorde la même attention aux éléments de premier plan, qu'à ceux de second ou d'arrière plan. Il ne hiérarchise par l'information visuelle, il reste le plus fidèle possible à tous les détails, comme s'il prenait des clichés au fur et à mesure de chaque séquence. C'est ainsi que dans la salle de bain le lecteur peut contempler les 2 tuyaux d'arrivée d'eau sous le lavabo, le siphon avec sa partie démontable, l'eau qui fuit, le seau placé en dessous pour récupérer l'eau, etc. Ces éléments sont au même niveau de valeur visuelle que Tom Noir se contemplant dans la glace en premier plan. Ryp respecte bien sûr les règles fondamentales de la perspective, mais il ne guide pas l'œil du lecteur, il le laisse trier la masse d'informations visuelles. Ce procédé atteint son apogée lors des scènes de carnage, avec moult destructions et débris. Il ne manque pas un morceau de maçonnerie, pas une canalisation éventrée, pas un fer à béton, pas un bout de bidoche. À partir des fragments de maçonnerie disséminés dans la page, le lecteur peut même reconstituer la forme du mur, il ne manque ni un morceau, ni la logique de répartition des débris après le souffle de l'explosion. Pour augmenter le niveau de violence, Ryp n'hésite pas à parsemer les cases de giclées d'hémoglobine. Ce mode de narration graphique présente un gros avantage : le lecteur peut s'immerger dans chaque endroit, au cœur de chaque action, dans chaque explosion de superpouvoir. La contrepartie réside dans le temps de lecture, la concentration nécessaire au déchiffrage, par rapport à des dessins classique où l'artiste guide le lecteur dans la lecture. C'est un style qui évoque celui de Geoff Darrow dans Hard Boiled et Big Guy. Ryp dessine des visages moins peaufinés que ne le fait Darrow. Il a une tendance à abuser des individus qui sont en train de serrer les dents, elles mêmes découvertes dans un rictus qui fait s'entrouvrir les lèvres. Dans ce récit, Warren Ellis part du postulat que très récemment une bande d'étudiants, aidés par une agence gouvernementale, a réussi à augmenter les capacités de 7 individus rassemblés dans une équipe baptisée Seven Guns : Kathryn Artemis, John Horus, Tom Noir, Zoe Jump, Angel One, Dominic Atlas Hyde, Laura Torch. John Horus a fini par estimer que les élus américains, à commencer par le président, avaient trahi le peuple et qu'il est temps de redonner sa chance à ce dernier. Il s'en suit des destructions gigantesques au fur et à mesure que John Horus canalise les actions militaires menées contre lui, qu'il se retrouve face aux anciens membres des Seven Guns et que ces derniers sont soupçonnés de collusion avec lui. À partir de cette illustration de la maxime de Lord Emerich Acton (le pouvoir corrompt et le pouvoir absolu corrompt absolument), Ellis s'intéresse à la fois au niveau de destruction des affrontements, et à l'idéologie sommaire de ces superhéros. de ce fait, l'histoire reste avant tout un récit d'action, avec quelques points de vue politiques primaires justifiant les affrontements. Ellis mêle un peu de rébellion, avec un soupçon de paranoïa (rien d'exagéré) et la question de la représentation du peuple. Mais ces considérations restent au second plan. Au fur et à mesure, Ellis s'attache surtout à montrer que chaque individu agit pour ses motivations propres et que le concept d'intérêt commun n'est finalement qu'un prétexte pour les uns et les autres. Sous réserve d'apprécier le style graphique très dense, cette histoire propose un gros défouloir avec un niveau de violence élevé et quelques amorces de réflexion. Avec ces dernières, Warren Ellis met l'eau à la bouche de ses lecteurs, en faisant miroiter ce qu'aurait pu être une vraie réflexion sur le sujet. Mais ici, son intention d'auteur est de montrer que ces superpouvoirs ne peuvent pas coexister avec une humanité traditionnelle et que leur utilisation sans éducation politique de leurs détenteurs ne peut conduire qu'au désastre. Entre défouloir cathartique et récit de réflexion.

27/05/2024 (modifier)
Par Blue boy
Note: 3/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Dans les couloirs du Conseil constitutionnel
Dans les couloirs du Conseil constitutionnel

Mais qui pourrait donc avoir envie de se fader un ouvrage sur le Conseil constitutionnel ? Pas franchement sexy comme sujet, non ? Et pourtant, contre toute attente, les deux autrices ont relevé le défi : réussir à nous passionner pour une institution majeure de la vie politique française ! Pour cela, elles ont adopté l’angle de la légèreté avec une narration dynamique et humoristique, tout l’inverse de l’image poussiéreuse que l’on pourrait avoir de cette institution « bien à l’abri derrière les murs épais du Palais royal ». Mais comme on va le voir ici, la réalité diffère du cliché… L’ouvrage nous rappelle les origines de l’organisation, en expliquant comment au fil des ans l’importance qu’elle a prise dans l’Histoire française. On y apprend pas mal de choses sur son fonctionnement, notamment sur la distinction à faire avec d’autres juridictions comme Conseil d’Etat ou la Cour de cassation. La majorité des juristes s’accordent à reconnaître que le Conseil des sages, autre dénomination du Conseil constitutionnel, constitue un progrès pour garantir le respect de la Constitution, et par extension, de l’état de droit et des libertés publiques, afin que, comme le disait Montesquieu, « le pouvoir arrête le pouvoir ». On apprend que dans la hiérarchie des normes, la Constitution domine les traités internationaux, devant les lois et les règlements. Et comme on se demandera légitimement comment ses membres pourraient ne pas être suspectés d’agir en fonction de leur bord politique, Marie Bardiaux-Vaïente nous explique que quand ils y entrent, « ils s’identifient à leur nouvelle fonction », « ont abandonné leurs anciennes attaches partisanes », permettant ainsi une garantie démocratique. A ce titre, on apprend par ailleurs que depuis 2008, tout citoyen peut saisir la Constitution dans un cadre défini, avec un accès à la QPC (Question prioritaire de constitutionnalité), s’il estime qu’une loi semble nuire à sa liberté. Sont cités comme exemple la censure par le Conseil en 1971 de la loi Marcellin limitant la liberté d’association, suite à une campagne menée par Simone de Beauvoir, ou plus récemment la relaxe définitive de Cédric Herrou malgré un acharnement judiciaire édifiant, lequel s’était vu poursuivi pour avoir aidé des personnes en situation irrégulière, mais aussi, last but not least, l’adoption en 1974 de la loi Veil jugée conforme à la Constitution, après les multiples péripéties que l’on connaît. Il n’est pas fait mention de la récente inscription dans la Constitution du droit à l’IVG, mais le livre était visiblement déjà bouclé avant l’événement. En guise de conclusion, l’ouvrage nous expose la fonction la plus connue du Conseil, consistant à veiller à la régularité de l’élection présidentielle (validation des parrainages et contrôle aléatoire des bureaux de vote). Un véritable travail de fourmi avant que les résultats ne soient proclamés. Le dessin de Gally contribue largement à alléger l’aspect rébarbatif du sujet, qui devient ainsi beaucoup plus engageant. Son trait rond et simple, l’aspect rigolo et dynamique du duo d’autrices, mises en scène dans une sorte d’enquête journalistique qui ressemble presque à une déambulation dans un parc d’attractions (même si on imagine facilement qu’il a fallu un minimum de sérieux et de rigueur pour synthétiser un tel sujet en une petite centaine de pages), la mise en page variée et l’absence de temps morts, tout cela contribue à faire qu’on ne s’ennuie pas un instant. Excellent ouvrage pédagogique par l’intérêt qu’il réussit à susciter chez le lecteur, « Dans les couloirs du Conseil constitutionnel » fournit un panorama assez complet de cette instance de premier plan, de ses coulisses et de ses enjeux. Même si bien sûr, il n’a pas prétention à nous apporter la maîtrise des arcanes complexes de l’institution, on sort de cette lecture plus instruit sur un aspect essentiel de la vie politique en France, davantage conscient de l’importance d’un bon fonctionnement démocratique contre les dérives autoritaires, une menace qui pèse dans le contexte politique actuel. Peut-être même aurons-nous envie, en citoyen responsable et éclairé, de creuser le sujet en se tournant vers des publications plus détaillées…

26/05/2024 (modifier)
Par Présence
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série No Hero
No Hero

Imparable & Indispensable - Ce tome regroupe les 8 épisodes parus en 2008/2009. Il comprend une histoire complète et indépendante. Cette dernière s'inscrit dans une trilogie thématique sur les superhéros : (1) Black Summer , (2) No Hero et (3) Supergod . Le scenario est de Warren Ellis, et les illustrations de Juan Jose Ryp. Le 06 juin 1966, les Levellers (un groupe de 6 superhéros) fait sa première apparition aux États-Unis. Ils s'interposent dans une guerre des gangs et aident les pompiers à évacuer des victimes lors de l'incendie d'un immeuble. Carrick Masterson intervient en leur nom à la télévision pour expliquer que leur objectif est de libérer la population de la peur qui pèse sur elle. Le 07 juillet 1977, Masterson intervient de nouveau pour réaffirmer le rôle de son groupe dans l'ordre des choses et annoncer leur nouveau nom : Front Line. 11 juin 2011, Doctor Shift (l'un des Front Line) répond à l'appel de 2 policiers qui ont retrouvé Judex (un autre Front Line) dépecé dans le sous-sol d'une maison. Les 2 superhéros trouvent la mort dan cette intervention. Masterson décide de recruter Josh Carver (jeune homme straight edge, végétarien et souhaitant désespérément être recruté). Après avoir testé ses capacités, il l'emmène au manoir de Front Line où ils sont accueillis par Jack Marsh, responsable de la logistique. Warren Ellis repart donc d'une situation où il existe une poignée de superhéros créés de manière scientifique. Il ne semble pas y avoir de supercriminels, l'équipe est victime d'attaques mortelles et un nouveau membre passe l'épreuve de la transformation. L'introduction d'un novice dans l'équipe permet à Ellis de faire découvrir cette étonnante équipe (presqu'une institution à ce stade) au lecteur en même temps. Dès le début, chaque personnage est représenté comme un être adulte, avec un comportement et des motivations d'adulte. Le niveau de violence graphique est très élevé : la vue du corps dépecé de Judex est assez éprouvante, car Juan Jose Ryp dessine tous les détails avec application. La première intervention de Josh Carver sur des criminels de rue se solde également par une boucherie éprouvante très graphique. Il y a donc là 2 auteurs qui ont choisi de placer leur récit dans un registre adulte et ultra-violent. Ce dernier point est assez logique puisque le concept de superhéros repose sur le principe de disposer de pouvoirs physiques ou surnaturels qui permettent d'imposer sa volonté de force aux autres. Warren Ellis s'est surpassé avec ce récit. Il ne se contente pas d'une histoire linéaire avec gros combats brutaux (même s'il y en a plusieurs mémorables). Il ne se contente pas non plus de rajouter une explication pseudo-scientifique à base d'anticipation imaginative pour expliquer l'existence des superhéros. Les éléments supplémentaires qui marquent le lecteur sont la construction du récit, et la personnalité des protagonistes. Ce récit est très dense : chaque élément est significatif et a son importance. Au fur et à mesure des pages, Josh Carver va de découverte en découverte et le lecteur avec lui. Il ne s'agit pas seulement de découvrir qui sont les Front Line et Carrick Masterson. Chaque chapitre réserve plusieurs surprises dont les prémices sont montrées explicitement au lecteur dans les scènes précédentes. Ellis a bâti un thriller doté d'une mécanique impressionnante et imparable. En feuilletant cette bande dessinée une deuxième fois, j'ai été impressionné par la rigueur du suspense et le tour de force accompli par Ellis qui donne tous les éléments au lecteur au fur et à mesure, sans rien cacher. Dès le départ, Ellis rappelle que le concept de superhéros repose sur une grosse brute plus forte que les autres, qui applique sa propre forme de justice, sans respecter la loi. Il y a là un commentaire social devenu assez commun dans les récits de superhéros postmodernes. Mais Ellis ne s'arrête pas là, il répond également à la question qu'il pose dans le titre : jusqu'où iriez-vous pour être un superhéros ? Rien n'est gratuit et le prix à payer par Josh Carver doit être vu pour être cru. Encore une fois l'approche détaillée et réaliste de Juan Jose Ryp transcrit toute l'horreur de sa situation. D'une manière générale les illustrations dépassent la simple mise en image du récit, pour apporter elles aussi de nombreuses informations supplémentaires sous forme visuelle. Non seulement Ryp se complaît dans une orgie de détails exigeant une attention soutenue lors de la lecture ; mais aussi il apporte une grande réflexion à l'agencement de ces éléments, à leur logique. Pour une fois, Ellis évite la tentation de donner une leçon de politique un peu expédiée, il contourne cet obstacle de manière habile en intégrant les conséquences basiques de l'existence d'une équipe de superhéros dans notre monde de tous les jours. Il effectue la distinction entre son impact médiatique (le sauvetage d'individus en danger immédiat) et la partie immergée de l'iceberg (je vous laisse la découvrir). Ce qui rend la lecture encore plus divertissante, c'est que ces thèmes sont portés par des protagonistes avec une vraie personnalité. Ellis se focalise sur un petit nombre de personnages (tous les membres de Front Line n'ont pas le droit à leur moment) et le lecteur découvre petit à petit qui ils sont. Il le découvre au travers de leurs actes, de leurs prises de position et des dialogues. Ellis ayant établi dès le début que les personnages se conduisent comme des adultes, le lecteur comprend que chaque réplique est motivée par une intention plus ou moins explicite. Au final l'histoire est autant portée par l'existence de superhéros que par la personnalité et la psychologie de chacun. Comme toujours, Warren Ellis sait faire respirer sa narration en incluant des pages dédiées à l'action et plus légères en dialogues. Le lecteur avance alors plus vite car le rythme de lecture est plus rapide. S'il est possible d'être agacé par la minutie obsessionnelle de Juan Jose Ryp, il n'est par contre pas possible de lui reprocher d'être dépourvu de personnalité, ou d'implication Il se donne à fond pour toutes les cases, toutes les mises en page. L'aménagement de la piaule de Josh Carver fournit toutes les informations nécessaires au lecteur pour se rendre compte de sa détermination à atteindre son but (être repéré pour intégrer Front Line). La première intervention de Carver lors de sa patrouille dégénère en affrontement ultra violent avec giclées de sang. Là encore, la volonté de Ryp d'être descriptif, de rentrer dans les détails, de montrer l'impact réel des coups, la destruction liée à la force cinétique ne permet pas au lecteur de simplement se complaire devant cette violence cathartique. Dans sa démesure, la description l'oblige également à prendre conscience du traumatisme que constituent ces actes d'une violence extrême. Ellis a trouvé un dessinateur à la (dé)mesure des scènes qu'il a imaginées. No hero est avant tout un thriller dense et très violent, reposant sur un scénario très structuré où rien n'est laissé au hasard. La mise en images est à la hauteur de cette violence et elle porte autant le récit que les dialogues. En plus Warren Ellis répond à la question relative au coût pour bénéficier de superpouvoir d'une manière lumineuse et évidente. Cette histoire dispose d'autant plus de force qu'elle ne constitue pas une parodie ou un (méta)commentaire sur les superhéros. Elle se suffit à elle-même sans que le lecteur ne doive disposer d'une bibliothèque de références. Par contre, Warren Ellis en profite pour mettre en scène un point de vue bien noir sur plusieurs aspects de la nature humaine et de notre société, sans jamais pontifier. Par exemple la critique de notre société d'omni-communication est en filigrane de la stratégie de contrôle des dommages de Carrick Masterson. À ce titre "No hero" figure également parmi les meilleurs romans noirs.

26/05/2024 (modifier)
Par greg
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Un pigeon à Paris
Un pigeon à Paris

Alors oui, le graphisme est un peu basique / simpliste. Mais quel régal! Cette mangaka japonaise nous décrit par le menu sa découverte des us et coutumes de la capitale française de son point de vue d'étrangère, et c'est très très drôle, par son talent de mettre en exergue ce qui est à ses yeux des bizarreries ou roublardises auxquelles nous nous sommes (hélas) habitués. C'est aussi un peu une capsule temporelle car certains éléments on bien changé en une décennie (en effet, l’œuvre date de 2013-2014). Mais dans l'ensemble cela reste toujours actuel. Je recommande vivement pour quiconque voudrait passer un moment de bonne humeur non feinte :)

26/05/2024 (modifier)
Par Benjie
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Kill or be killed
Kill or be killed

Un thriller haletant du début à la fin. Au fil des tomes, le rythme ne décélère pas mais progressivement la psychologie des acteurs se précise. Dylan, un étudiant peu motivé, décide de mettre fin à ses jours. Il se rate et c’est à ce moment qu’un démon lui apparaît et passe un marché avec lui. Alors que Dylan, personnage ambivalent entre meurtrier et justicier, s’attache à respecter contraint et forcé le deal passé avec le démon, et tue un sale type chaque mois, il attire l’attention sur lui et devient à son tour un homme à abattre. Comment va se terminer cette fuite en avant meurtrière ? D’où vient ce mystérieux démon ? Quels secrets protège Dylan ? Remontant peu à peu le fil de la vie de Dylan, on finit par découvrir le fin mot de l’histoire. Un album que je classerais tout en haut de la pile des meilleures séries que j’ai lues.

25/05/2024 (modifier)
Par Présence
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Fell
Fell

Enquêtes policières - En 2007, le très prolifique Warren Ellis entame une nouvelle série avec un illustrateur de renom Ben Templesmith (30 Days of Night, Wormwood 1: Gentleman Corpse). Richard Fell est un enquêteur de police qui, suite à une bavure, est muté dans un quartier de la ville baptisé Snowtown auquel on accède par un pont. Chaque épisode de 16 pages raconte une enquête plus une journée de travail. Richard Fell se révèle être un enquêteur vraiment intelligent et perspicace, manipulateur et psychologue hors pair. Il va ainsi être confronté à une histoire d'empoisonnement alcoolique, un meurtre d'une femme enceinte qui a été mutilée pour que le criminel récupère le fœtus, un attentat suicide à la bombe, un cadavre ayant séjourné dans l'eau de la rivière, une maltraitance d'enfant… Toutes les enquêtes se déroulent dans Snowtown avec un nombre très réduit de personnages. Les dessins de Ben Templesmith sont dans la lignée de ce qu'il a fait dans ses précédents comics. Il ressemble à des esquisses peu précises avec une mise en peinture qui s'attache à rendre une impression en jouant sur une gamme de nuances. Le résultat n'est jamais déconcertant. Le lecteur n'est pas agacé par le manque de détails dans les cases, mais tout de suite happé par la sensation à la fois claustrophobique et psychologique qui se dégage de ses illustrations. Ces dernières servent entièrement les scénarios d'Ellis et concrétisent sur la page les états des personnages, ainsi que les tensions existant entre les protagonistes. Le plus bel exemple de la complémentarité des 2 artistes est l'épisode 5 qui se déroule dans une seule pièce dans laquelle Fell interroge un suspect (peu d'action et situation très peu visuelle). Warren Ellis et Ben Templesmith se sont fixés un défi très risqué : rendre intéressant un interrogatoire qui se déroule à huis clos dans une pièce entre seulement 2 personnages. Ellis concocte une enquête prenante, un duel psychologique captivant et il montre comment son héros manipule le suspect pour prendre l'ascendant psychologique. De son coté Templesmith sait varier les angles de prises de vue, il réalise des expressions faciales très variées et en pleine adéquation avec les différentes phases de l'interrogatoire et sa mise en couleur rend visible les tensions psychologiques entre les 2 personnages. Ces histoires sont tout à fait étonnantes et savoureuses dans le sens où les enquêtes sont intéressantes, le malaise de cette ville poisseuse est rendu palpable et les 2 artistes se complémentent de façon admirable. Attention toute fois, ce tome n'est pas pour les plus jeunes, les horreurs des crimes ne sont pas affadies. Il s'agit certainement de l'une des meilleures séries de Warren Ellis.

25/05/2024 (modifier)
Par Cacal69
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Pastorius Grant
Pastorius Grant

Un western classique, mais qui se démarque par son visuel. Un western avec un faux air de True Grit des frères Coen, une orpheline handicapée qui veut engager un vieux chasseur de primes pour venger la mort de son père. La tenue du chasseur de primes avec sa chemise jaune, son gilet noir, son jean bleu et sa cigarette au bec m'a immédiatement fait penser à un autre cow-boy, celui qui tire plus vite que son ombre (je ne crois pas au hasard), mais seulement pour le vestimentaire. Je vais commencer par ce qui a provoqué mon envie irrépressible de repartir avec cet album sous le bras : La partie graphique. La mise en couleur directe de Marion Mousse est superbe, mais c'est surtout le choix des couleurs dominantes dans les roses, oranges et bleus qui donne cette ambiance si étrange et envoûtante au récit. Autre réussite de l'auteur, les trognes patibulaires des personnages, des gueules qu'on n'oublie pas. Les décors sont fabuleux, une mention spéciale pour la longue séquence sous la pluie, une vraie drache comme on dit chez moi. Un petit mot sur la couverture : Wahou ! J'ai adoré. Une histoire de vengeance, celle d'une jeune fille aveugle qui a pour seul héritage, de son défunt père, un cochon qu'elle monte comme un cheval. Elle veut engager Pastorius Grant, un vieux cow-boy désabusé, aigri et mourant, il n'arrête pas de cracher ses poumons, pour retrouver l'assassin de son père. Mais celui-ci ne l'entend pas de cette oreille, il est à la poursuite d'un hors-la-loi et il doit faire vite, deux mexicains sont aussi sur la trace du fuyard. Une chasse à l'homme qui ramène Pastorius dans une réserve Comanche où son passé ressurgit, il n'a pas oublié les horribles choses qu'il a commis. Je disais donc un scénario classique (du moins les bases), mais il est accompagné par deux personnages originaux, Pastorius et la gamine, que tout oppose. Ils ne sont ni véritablement mauvais ou bons, Marion Mousse les rend difficile à cerner pour mon plus grand plaisir, avec presque une pointe de fantastique pour les apparitions de la jeune fille, toujours là quand on ne s'y attend pas. Un récit violent avec une pointe d'humour noir où les deux colts de Pastorius gravés d'une croix seront au centre de sa rédemption. J'ai beaucoup aimé la conclusion de ce western crépusculaire. Je pourrais reprocher ma lecture rapide à cette BD, mais les nombreuses planches sans texte permettent de profiter des merveilleux paysages, contemplatif et jamais ennuyeux ! Je vous invite fortement à vous pencher sur ce futur immanquable. Gros coup de cœur.

24/05/2024 (modifier)