Excellente série, aventures, univers original, découverte, morale positive (ce n'est pas gnan gnan mais attendrissant), c'est vraiment excellent à lire avec ses enfants dès 4 ans (même s'il ne comprend pas tout) et tout l'âge du primaire. A travers des aventures exotiques, cela parle de valeurs et de préoccupations universelles. De plus chaque album aborde un thème différent, ce n'est pas du tout redondant.
Visuellement, c'est très agréable.
Un seul défaut, la fin du tome 7, dont on attend (en vain vu que ça date de 2007) la suite! Je ne sais pas si c'est parce que la série n'a pas eu de succès commercial mais je regrette de ne pas avoir plus d'albums à lire à mon dernier fils, car c'est d'un grand plaisir. Merci aux deux auteurs pour ces heures de lecture partagée.
Le Multivers dans toute sa diversité
-
Ce tome contient l'intégralité des récits écrits par Grant Morrison, et publiés sous la bannière Multiversity, en 2014/2015. Il s'agit d'une histoire complète, qui suppose de la part du lecteur une connaissance étendue de l'univers partagé DC, et des comics écrits par Grant Morrison pour cet éditeur, afin d'en saisir toutes les nuances. Elle est initialement parue sous la forme de 9 comicbooks
-
- (1) Multiversity 1 (dessins d'Ivan Reis, encrage de Joe Prado) - Une logeuse vient chercher ses arriérés de loyer (800 dollars) auprès d'un locataire qui lit un comics dont la première page montre la propriétaire en train de venir chercher son loyer. Sur la Terre 7, Nix Uotan (Superjudge), le dernier des Moniteurs, se bat contre un représentant de la Bonne Société (en VO Gentry, noblesse non titrée). Sur la Terre 23, Superman (Calvin Ellis, le président des États-Unis dans le civil) finit par passer par une porte dimensionnelle qui l'emmène dans un vaisseau spatial où il est accueilli par Captain Carrot (Roger Rodney Rabbit de la Terre 26).
Grant Morrison s'éclate comme un petit fou, avec une entité qui menace l'intégrité de la réalité, des dizaines de superhéros méconnus, inconnus, ou tout neufs. La bonne société s'apprête à coloniser les royaumes des superhéros. de son côté, Ivan Reis est en mode Neal Adams (avec une composition de page plus sage), dessinant des superhéros par dizaines. Ce premier épisode pose le ton : ce récit s'adresse à des fans de superhéros, sans aucune concession, capables d'apprécier toutes les conventions les plus idiotes et idiosyncrasiques, voire infantiles (Captain Carrot) : des tonnes de personnages de second plan (ou même du dernier rang), des superpouvoirs pyrotechniques, des affrontements physiques, une menace mystérieuse d'ordre métaphysique.
-
- (2) Society of Super-Heroes (dessins de Chris Sprouse, encrage de Karl Story) - Sur la Terre 20, Anthro (un homme immortel) se rend à l'invitation de Doc Fate qui lui présente Abin Sur. Avec d'autres superhéros de type Pulp, ils vont devoir lutter contre Vandal Savage et l'invasion organisée par ses maîtres.
Le scénariste enchaîne avec une histoire à la manière des Pulps, sans rien concéder : toujours autant de superhéros réinventés (des Blackhawks à Abin Sur), des affrontements physiques, un temple oublié, des immortels, etc. Ce n'est pas la peine de faire semblant : c'est un récit réservé aux fans de superhéros et il est impossible d'apprécier l'intrigue sans savoir qui est Parallax.
Chris Sprouse est l'artiste de la situation, avec ses dessins élégants, à la ligne épurée, avec un bon niveau de détails, et une position entre l'aventure classique et le comics de superhéros. le lecteur le retrouve au meilleur de sa forme, comme lorsqu'il illustrait les aventures de Tom Strong, écrites par Alan Moore.
-
- (3) The Just (dessins et encrage de Ben Oliver) - Sur la Terre 16 (aussi appelée Earth-Me), des superhéros de seconde génération (Sister Miracle, Arowette, Megamorpho, Offspring) profitent de leur célébrité, dans un monde où il n'y a plus de supercriminels, et où les rares attaques sont prises en charge par Superman et son armée de robots. Dans ces conditions, qu'est-ce qui a bien pousser Megomorpho au suicide ?
Mais quelle mouche a bien pu piquer Grant Morrison ? Ce chapitre défie l'entendement avec ce suicide qui ne semble intéresser que Batman, ces superhéros désoeuvrés, ce Superman quasiment inutile du fait des robots de son père qui font tout le boulot. Pour un peu, le lecteur pourrait se croire dans un comics de Mark Millar.
Les dessins de Ben Oliver baignent dans des couleurs acidulées un peu vives qui augmentent l'aspect pop et gratuit, la vanité de ces gugusses en costume dont l'utilité est inexistante. Cet artiste transcrit bien la vacuité de leur existence, mais il ne s'intéresse pas beaucoup aux arrière-plans, ce qui finit par se voir.
-
- (4) Pax Americana (dessins et encrage de Frank Quitely) - Sur la Terre 4, le président des États-Unis vient d'être assassiné par Peacemaker (Christopher Smith). Question, Blue Beetle et Nightshade mènent l'enquête, alors que le capitaine Adam explique au gouverneur Harley qu'il ne souhaite être appelé Captain Atom.
Décidément, il n'a peur de rien Morrison : cet épisode n'est autre qu'un hommage à Watchmen d'Alan Moore et Dave Gibbons. le scénariste met en scène les superhéros de l'éditeur Charlton (rachetés par DC Comics en 1983) qui ont servi de modèle initial à ceux de Watchmen. Il s'amuse comme un petit fou avec l'écoulement du temps (l'influence de Docteur Manhattan), et à évoquer le spectre de Rorschach. Frank Quitely effectue un travail hallucinant de composition des pages (sur une base de 16 cases, en lieu et place des 9 de Watchmen), avec une précision incroyable dans les dessins.
Au final Morrison et Quitely réussissent l'exploit d'un hommage respectueux, intelligent, et totalement original. Chapeau bas ! L'existence de cet épisode justifie à elle toute seule l'achat et la lecture de ce recueil.
-
- (5) Thunderworld adventures (dessins et encrage de Cameron Stewart) - Sur la Terre 5, le sorcier de l'éternité s'est fait destituer par Sivana (aidé par d'autres Sivana d'autres Terre). Il appartient à Captain Marvel et les autres membres de la famille Marvel d'y mettre bon ordre.
Grant Morrison et Cameron Stewart réussissent leur pari : raconter une histoire de Captain Marvel, fidèle au modèle original, sans être niaise (= lisible par des adultes), sans trahir l'esprit des personnages, sans les moderniser, sans les rendre plus sombres (la rénovation opérée par Geoff Johns & Gary Frank, sous le titre de Shazam, fait triste figure par comparaison).
-
- (6) The Multiversity guidebook (dessins et encrage de Marcus To) - Sur la Terre 42, les mignons petits superhéros (version chibi) sont attaqués par des sbires du Docteur Sivana. Sur la Terre 51, Kamandi et ses compagnons découvrent des vestiges mystérieux. Cet épisode contient également la liste des 52 Terre, avec à chaque fois un dessin pour montrer les principaux personnages (par exemple le Superman de Red Son, ou le Batman Vampire).
Batman version manga enfant ? Sans coup férir, Grant Morrison réussit aussi cet exercice de style avec la même élégance, et la même pertinence que les précédents. Marcus To dessine des versions chibi mignonnes à craquer, sans une once de niaiserie. Les versions des personnages des 52 Terre (sauf 7 qui restent inconnues) sont réalisées par des pointures de comics de superhéros (même Kelley Jones a participé pour illustrer le Batman Vampire de Red Rain, une madeleine remarquable pour un vieil habitué de l'univers partagé DC).
-
- (7) Mastermen (dessins de Jim Lee, encrage de Scott Williams) - Sur la Terre 10, Adolph Hitler est en train de lire un comics aux toilettes (et de pousser fort). 17 ans plus tard, l'extraterrestre recueilli par le Reich a bien grandi et Overman a permis à l'Allemagne de gagner la seconde guerre mondiale.
Oui, il a déjà existé une terre parallèle chez DC où les allemands avaient gagné la seconde guerre mondiale. L'idée de génie est d'avoir choisi Jim Lee comme dessinateur, qui s'en donne à coeur joie pour une interprétation martiale et triomphante. Oui Hitler sur les toilettes, c'est facile, mais c'est quand même irrésistible. Oui dessiner Superman comme le fasciste ultime c'est facile, mais ça n'enlève rien à la pertinence de l'idée, dont l'impact percutant est décuplé par les dessins De Lee.
Qui plus est, Morrison déroule une intrigue plus linéaire et tout aussi foisonnante à la saveur tout aussi percutante et mordante. Un grand moment !
-
- (8) Ultra Comics (dessins de Doug Mahnke, encrage de Christian Alamy et quelques autres) - Sur la Terre 33, Ultra Comics prévient le lecteur qu'il ne doit pas tourner la page car il court le risque d'être infecté.
La narration de Grant Morrison approche la vitesse de la lumière dans le registre métacommentaire, tout en restant accessible. C'est maîtrisé et magistral de bout en bout, que ce superhéros animé par la suspension consentie d'incrédulité du lecteur, avec plusieurs brèches dans le quatrième mur. du grand art, d'une élégance rare.
À nouveau un choix parfait pour le dessinateur : Doug Mahnke, impérial et inégalable pour magnifier les émotions d'Ultra, la démesure de ses adversaires, l'aspect conceptuel de l'incarnation de la Gentry, toujours aux frontières d'une loufoquerie terrifiante. À nouveau cet épisode justifie à lui seul l'existence de cette anthologie.
-
- (9) Multiversity 2 (dessins d'Ivan Reis, encrage de Joe Prado et quelques autres) - L'heure est grave : les entités Gentry ont pris pied dans la réalité, Nix Uotan est sous leur emprise, Captain Carrot vient bientôt reprendre forme humaine s'il n'arrive pas à reprendre une carotte. Vers qui peut-il se tourner ?
Le courage d'Ivan Reis est mis à rude épreuve dans ce final rassemblant toujours plus de superhéros pour des affrontements de plus en plus titanesque. Les arrière-plans sont parfois les parents pauvres de cette débauche de personnages, mais le lecteur le remarque à peine tellement les cases sont pleines à craquer.
Grant Morrison apporte une forme de conclusion (assez ouverte) à son récit, en mettant sur le devant de la scène le Superman de race noire, Captain Carrot (un lapin anthropomorphe), et un autre superhéros habitué des voyages entre les dimensions. Après les chapitres 5 à 8, ce dernier épisode donne l'impression d'une baisse d'intensité.
Sous réserve d'apprécier les superhéros et de connaître l'univers partage DC à travers les âges, le lecteur s'embarque pour un voyage d'une rare intensité, dans une narration virtuose tout en restant lisible, avec des dessinateurs d'une compétence inégalée, faisant preuve d'un entrain à la hauteur de l'imagination débridée du scénariste. 5 étoiles.
Ce tome se termine avec un cahier bonus de 62 pages comprenant les 28 couvertures alternatives, ainsi que des croquis réalisés par Grant Morrison, des pages de conception graphique des personnages.
-
- Tout ça pour quoi ? -
Multiversity est aussi bien plus que la simple somme de ses parties. Pour commencer, le titre fait référence à 2 concepts. Il s'agit d'une part de rétablir de manière officielle l'existence du multivers DC. Ce projet a connu une longue période de gestation puisque Grant Morrison en parlait déjà en interview en 2009. Il s'insère dans la prolongation des séries hebdomadaires "52", "Countdown to Final Crisis", Final Crisis (2008, dans lequel apparaissait déjà une image de planétaire, en anglais Orrery, observé par les Moniteurs) et les épisodes d'Action Comics écrits par Morrison dans le cadre de New 52. Pour un lecteur ayant suivi ce scénariste toutes ces années, c'est un aboutissement très émouvant.
Morrison a également expliqué que cette maxisérie pouvait se concevoir comme le début d'autant de séries indépendantes dans le multivers DC. Ceci explique que les histoires 2 à 8 restent assez ouvertes et peuvent servir de point de départ, à autant de nouvelles séries basées sur ces Terre (20, 16 4, 5, 42, 10, et pourquoi pas 33). Il a d'ailleurs exprimé son désir d'écrire lesdites séries. Avec ce point de vue en tête, le lecteur comprend bien certaines particularités narratives qui autrement restent des bizarreries inexplicables.
Le deuxième concept est celui de la diversité. Cela n'a rien d'un hasard si le premier épisode met en scène un superman afro-américain (Calvin Ellis). Il s'agit pour le scénariste d'entériner le fait que les comics sont capables de refléter la diversité culturelle et raciale de la société. Ce concept de diversité peut se lire d'une autre manière.
À l'évidence, Grant Morrison s'adresse aux fans de comics. Proposer la lecture de cette histoire à un non initié relève de la gageure, un véritable défi au bon sens. C'est incompréhensible et idiot tous ces gugusses en costume moulant aux couleurs criardes, se tapant dessus pour régler leurs problèmes (en quoi c'est important un ciel rouge ?). de ce point de vue, Morrison ne souhaite pas emboîter le pas à Alan Moore qui a tiré un trait sur les superhéros dans Watchmen, en les condamnant comme un vestige d'un âge révolu, n'ayant plus leur place dans un monde postmoderne (en particulier multiculturel, où la suprématie de l'homme blanc est un leurre éventé).
Comme il l'a déjà fait dans d'autres œuvres, Grant Morrison assume son amour pour le genre superhéros, et toutes les conventions associées. Il ne souhaite aucunement faire réaliste. Ce n'est pas un hasard non plus si Captain Carrot (un lapin anthropomorphe à la carrure de culturiste, avec un joli costume rouge et jaune vifs) dispose d'un rôle de premier plan. L'objectif n'est pas de faire croire que tous ces personnages ont une quelconque chance d'exister, qu'ils ont un rapport crédible avec la réalité. Il s'agit d'une ode à l'inventivité, à la création, à la littérature de l'imaginaire, y compris celle de l'enfance (la très belle réussite de l'histoire de Captain Marvel). D'ailleurs les comics jouent un rôle important dans l'intrigue, puisque certains superhéros y piochent des idées, en lisant un comics racontant les aventures des superhéros d'une autre Terre. Il ne s'agit pas tant d'un commentaire sur la continuité, que sur l'interdépendance de ces créations de l'esprit qui se nourrissent les unes des autres.
Il ne s'agit pas non plus de revenir à un état antérieur des comics où ils étaient conçus à destination des enfants. Dans l'épisode sur la Terre 10 (dessiné par Jim Lee), l'auteur montre qu'il a conscience de l'interprétation fasciste des superhéros, d'une vision du monde du point de vue de l'homme blanc colonialiste, à un ordre mondial imposé par la force. La sophistication élégante de l'épisode Ultra s'adresse à des adultes conscients de ce que le lecteur apporte dans sa lecture, du phénomène psychique extraordinaire qui intervient quand un individu prête vie à des personnages de fiction (des traits et des tâches de couleurs sur une page) quand il se livre à l'exercice de la lecture.
Au sortir de ce tome, le lecteur a constaté qu'il se lit facilement, grâce à sa nature composite de 7 épisodes pouvant se lire comme autant d'épisodes pilotes de nouvelles séries. D'un autre côté, cela signifie que certaines intrigues secondaires n'aboutissent pas (où est passé Darkseid ?). Grant Morrison a bénéficié d'artistes de premier plan pour mettre en images ces histoires, dont plusieurs (Jim Lee, Ivan Reis, Frank Quitely, Doug Mahnke) réalisent une prestation exceptionnelle. Cette forme d'anthologie s'articule autour d'un concept qui la structure : l'invasion du multivers par des entités souhaitant y mettre bon ordre, c'est-à-dire coloniser les différentes Terre et les assainir en éradiquant ces aberrations logiques que sont ces gugusses dotés de superpouvoirs, en quelque sorte une pensée normative et rationnelle cherchant à faire rentrer dans le moule une imagination débordante à base d'idées idiotes (les superpouvoirs).
Comme à son habitude quand il travaille pour DC Comics, Morrison utilise toutes les ressources à sa disposition dans cet univers partagé âgé de plus de 75 ans. le familier dudit univers ressent les souvenirs affluer, les plus évidents (les Cieux rouges de Crisis on infinite earths) et les plus obscurs (Bloodwynd). Le novice risque de souffrir d'une indigestion de personnages vite apparus, aussi vite disparus de l'intrigue.
Arrivé à la fin, il faut un peu de temps pour comprendre la dernière page, qui boucle avec les 2 premières du tout premier épisode. Visiblement, après avoir loué les vertus des comics de divertissement, l'auteur semble dire qu'on peut lire des comics de superhéros (même adulte), et rester un membre responsable de la société. Il fait le fait avec un certain humour, un peu anglais, présent tout du long de cet imposant recueil.
État de conscience supérieur
-
Ce tome regroupe les 13 épisodes de la série complète du même nom parue en 2002 et 2003.
Première page, un homme (Spartacus Hughes) en a arrosé un autre d'essence et il lui jette un mégot de cigarette allumée. Deuxième page, Greg Feely achète une litière pour chat, le journal du jour et des magazines pornographiques hardcore pour sa soirée. Il sort du magasin, mange une crotte de nez, et monte dans un bus. Toute la scène est vue à partir de caméras de surveillance vidéo. Dans le bus, une jeune femme s'assoit à coté de lui et le prévient de ne pas déconner avec The Filth (la saleté, mais aussi la police en argot). Cette jeune femme revient le voir le lendemain et lui révèle qu'il est un agent d'un genre très spécial (dont le vrai nom est Ned Slade) au service de The Hand, une organisation chargée d'éliminer les manifestations extraordinaires remettant en cause l'ordre naturel du monde (ou le statu quo, ça dépend du point de vue). Il est donc remplacé par une doublure qui a charge de veiller sur son chat et il s'en va combattre les cellules cancéreuses de la réalité au coté d'autres agents sortant de l'ordinaire dont Miami (une belle femme noire spécialisée dans les techniques sexuelles), Camarade Dmitri-9 (un chimpanzé russe doté de conscience et de la parole qui exerce le métier de tireur d'élite, et assassin de JFK), sous la tutelle de Mother Dirt (une femme pilotant un ordinateur futuriste et habillée d'une combinaison intégrale en latex, avec le masque). La première mission que Slade doit effectuer concerne le piratage par Spartacus Hughes, d'une nanotechnologie dotée d'une intelligence artificielle et dédiée à soigner les malades dont les défenses immunitaires n'arrivent pas à venir à bout de leurs infections.
Je m'arrête là dans l'histoire parce que Grant Morrison a injecté tellement de concepts et d'idées dans son récit qu'aucun résumé ne peut faire justice au foisonnement de créativité et à la densité narrative. La question de fond concernant ce récit est : comment le lire ? Dans son introduction (sous forme de notice de médicaments), Morrison indique explicitement que chaque aventure est une métaphore incorporant une bonne dose de second degré. Effectivement, l'humour est présent régulièrement dans le récit essentiellement sous forme d'autodérision ce qui constitue des respirations et des décompressions bienvenues pour le lecteur en apnée dans ce monde si riche.
Premier mode de lecture : lire les aventures de Ned Slade au premier degré. C'est marrant, il y a beaucoup d'idées provocantes et transgressives (le président des États-Unis à qui on a greffé une poitrine plantureuse, un stylo géant qui écrit tout seul). Ce mode de lecture apporte la satisfaction d'aventures décalées avec une bonne quantité de scènes d'action. Chris Weston (dessins) et Gary Erskine (encrage) illustrent ces aventures avec un style réaliste et méticuleux. L'immersion est complète que ce soit dans l'appartement très ordinaire de Greg Feely, ou dans l'espace étrange autour de la base de The Hand. Mais dans ce mode de lecture, beaucoup de passages semblent déplacés ou inutiles. Beaucoup d'intrigues ne semblent déboucher sur rien (par exemple, qui sont Man Green et Man Yellow ?, dans quelle structure plus vaste s'insèrent-ils ?).
Deuxième mode de lecture : chercher les métaphores. Ce niveau est accessible à tout le monde car Morrison est un scénariste chevronné. Ned Slade a oublié qui il était pendant qu'il prenait des vacances en tant que Greg Feely. Donc les personnes autour de lui lui expliquent ce qui se passe au fur et à mesure. le lecteur profite de ces explications et la première métaphore sur le système immunitaire apparaît évidente. À nouveau, Morrison utilise le postulat de base de la mémétique pour nourrir l'un des épisodes et développer une métaphore relative à la propagation des idées. Là encore, Weston et Erskine effectuent un travail incroyable en donnant forme aux concepts les plus sophistiqués de Morrison. Les véhicules utilisés par The Hand sont un mélange de technologie rétro-futuriste (la science fiction anglaise des années 1960) et de cauchemars (les dents acérées) dont l'amalgame est réussi. le paquebot géant évoque les luxueux palaces flottant et les illustrateurs ont bien fait leur travail de recherche de références pour que le résultat soit crédible et consistant. Avec ce mode de lecture, la structure du récit devient plus compréhensible, les scènes qui semblaient inutiles prennent du sens et la progression dramatique devient apparente.
Troisième mode de lecture : interpréter les allégories. Alors là, c'est beaucoup plus dur. Morrison en explicite certaines (la nature des costumes revêtus par les agents de The Hand qui reposent sur les théories freudiennes), la relation entre le créateur et ses créations (l'ingérence d'agents de The Hand dans le comics dédié à Secret Original) et quelques autres. Et puis il y en a d'autres qui exigent une grande culture de la part du lecteur sur des sujets très hétéroclites. Lors de la parution de cette histoire, Morrison a par exemple expliqué qu'il avait bâti son récit sur les Qliphoth de la Kabbale (l'arbre des Sephirot négatifs, j'ai commencé par chercher sur wikipedia et il est évident qu'il va me falloir du temps pour assimiler ces concepts). Il faut également avoir une idée de qui est Max Hardcore (Paul Little) et ce qu'il a fait, pour comprendre la parodie de Tex Porneau et son engin pixellisé. Il faut également un petit peu de culture comics pour appréhender le concept de superhéros et ainsi faire émerger le lien organique qui existe entre Secret Original et son créateur, mais aussi ses lecteurs, pour en déduire que Morrison compare la réalité à un organisme vivant dont nous sommes des cellules codépendantes. J'ai été confronté à plusieurs reprisées à des concepts ou des idéologies qui me sont inconnus et qui me demanderont du temps pour les assimiler. de ce fait, il reste encore beaucoup d'éléments du récit qui ne font pas sens pour moi comme la signification de l'amour de Feely pour son chat. Et ce n'est qu'en rédigeant ce commentaire que j'ai compris d'où provient l'appel à l'aide laissé en lettres de sang sur un tampon hygiénique.
Néanmoins le premier mode de lecture permet de trouver du plaisir à ces aventures du début jusqu'à la fin, même si l'on est perdu dans certains passages trop hermétiques ou trop intellectuels. Et puis les illustrations portent la lecture dans tous les passages, même les plus délirants. Weston et Erskine donnent des visages reconnaissables à chacun et transmettent le second degré du scénario. Par exemple, les agents de The Hand portent tous un postiche en guise de cheveux pour les isoler des ondes négatives. Il s'agit d'une idée loufoque de mauvaise science-fiction pour laquelle les illustrateurs ont trouvé le juste milieu entre perruques réalistes et moumoutes de clown. Ils mettent en scène les passages pornographiques sans tomber dans le voyeurisme, ni atténuer la cruauté de ces rapports. Ils mettent en image les motifs visuels (la main tenant le stylo) sans user de la photocopie, tout en créant un lien évident en ses différentes apparitions.
À la fois pour les thèmes abordés et pour la complexité, cet ouvrage est à réserver à des adultes consentants et avertis. Je ne pense pas que l'on puisse comprendre tous les éléments du récit à la première lecture. Pour autant, Morrison, Weston et Esrkine ont créé une histoire regorgeant de matière et de symboles où tout le monde peut trouver quelque chose. Je relirai cette histoire avec plaisir d'ici un an ou deux, un peu à la manière de Watchmen pour lequel il faut plusieurs lectures pour déceler les correspondances, les indices et les significations multiples.
Surcharge cognitive et émotionnelle
-
Il s'agit d'une minisérie complète, en 4 épisodes initialement parus en 1996. Flex Mentallo est un personnage créé par Grant Morrison et apparu pour la première fois dans un épisode de la Doom Patrol (dans Down paradise way). Cette édition est dite "deluxe" car elle est en format un peu plus grand que le format comics, les planches ont bénéficié d'une nouvelle mise en couleurs, elle contient 6 pages d'esquisses préliminaires, et 6 pages crayonnées en noir & blanc.
L'histoire débute par un texte de 4 pages relatant la création de Flex Mentallo (Man of Muscle Mystery) par Chuck Fiasco pendant le Golden Age des comics (à peu près de la fin des années 1930 à la fin des années 1940), et la reprise de la série par Wallace Sage qui en a fait une quête pour la vérité absolue dans les années 1960 à 1963.
Après cette introduction qui est partie intégrante de la narration, la bande dessinée commence en propre et un homme en imperméable dont le visage est mangé dans l'ombre d'un chapeau lance une bombe dont l'explosion donne naissance à un univers sous forme d'un Big Bang, à moins que ce ne soit une marque bizarre sur une coquille d'oeuf, ou un croquis rapide de Flex Mentallo sur un bloc note, alors qu'il attend sa commande de hamburgers. C'est alors qu'apparaît l'homme en question dans le restaurant et qu'il jette une bombe (seulement 4 pages se sont écoulées). Dans son appartement, Wallace Sage est en train de téléphoner à une association d'écoute et d'aide ; il vient d'avaler un mélange de médicaments et de drogues et il souhaite parler à quelqu'un de ses problèmes. Dans le cadre de son enquête Mentallo se rend au commissariat où un inspecteur prénommé Harry (avec un problème de poisson rouge nommé Peter) lui apprend que ces bombes sont posées par un groupuscule appelé Factory X.
Grant Morrison a expliqué après coup que "Flex Mentallo" constitue la première partie d'une trilogie thématique avec (2) The Invisibles (1994-2000), et (3) The Filth (2002). Effectivement ce récit appartient aux œuvres conceptuelles de l'auteur. Il marque également sa première collaboration avec l'illustrateur Frank Quitely.
Dans sa conception, cette histoire s'apparente à The Filth. Il y a un premier niveau de lecture concret qui suit 3 personnages (Flex Mentallo, Wallace Sage et l'inspecteur Harry) dans leurs péripéties. Flex Mentallo effectue une enquête très surréaliste, rencontrant des figures imposées des comics de superhéros, à la fois archétypales, et totalement uniques. Il y a ces bombes qui n'occasionnent que des dégâts sur l'état d'esprit des victimes (la peur du terrorisme), cette école abandonnée pour jeunes assistants de superhéros (sidekick), ce supercriminel à 5 têtes chacune à base d'une variété différente de mentallium (une version de la kryptonite adaptée à Flex Mentallo), la Légion des Légions (ce supergroupe de superhéros dont le nom évoque la multitude kitchissime des membres de la Legion of SuperHeroes), le mot de pouvoir qui transforme un individu en superhéros (allusion au SHAZAM de Captain Marvel), et Flex Mentallo lui-même (superhéros au pouvoir impossible, à la musculature hypertrophiée, au slip de bain léopard marié à des bottes de catcheur, totalement ridicule, absolument impressionnant). Au travers de sa conversation avec un service téléphonique d'écoute et d'aide psychologique, Wallace Sage retrace l'évolution de son amour des superhéros comme genre "littéraire", son développement en tant que scénariste, sa volonté de dire quelque chose de signifiant au travers des aventures de superhéros, sa quête de sens. Enfin il y a cet inspecteur Harry (c'est son prénom) bedonnant et bourru, qui enquête en acceptant de s'associer avec un supercriminel.
Le personnage de Wallace Sage permet tout de suite au lecteur de comprendre que ce récit est en partie autobiographique et que Sage est un double fictionnel de Morrison qui lui permet d'exposer son parcours de lecteur de comics, et d'analyser sa soif d'aller chercher une vérité non conventionnelle, hors d'une culture classique et institutionnalisée. Les personnages deviennent alors des métaphores (deuxième niveau de lecture) remplaçant leur contrepartie dans la réalité, et permettant à Morrison d'user d'un humour sarcastique. Il peut recaser les phrases clichés des comics dans la bouche de Flex Mentallo et des autres, à prendre à la fois au premier degré dans le cadre de l'action, à la fois au second degré comme une mise en évidence de l'idiotie de ces phrases toutes faites telles que "Reality dies at dawn !", "Humanity's counting on us to save the world !", etc. Mais il utilise également Sage pour ironiser sur les clichés accolés aux lecteurs de comics, par exemple quand il demande à son auditeur qui a besoin des filles quand il y a des comics.
Bien sûr, Flex Mentallo et Wallace Sage sont des allégories, des représentations de plusieurs concepts abstraits tels que l'évolution des histoires de superhéros au fil des décennies, et de l'auteur de comics s'interrogeant sur les sources de son inspiration, la valeur de la sous-culture populaire, la validité littéraire des récits de genre.
Pour cet histoire, Morrison bénéficie d'un illustrateur haut de gamme pour mettre en images ses concepts ébouriffants : Frank Quitely, encore jeune dessinateur à l'époque. Ils collaboreront régulièrement ensemble par la suite sur les New X-Men, All-Star Superman et Batman & Robin. Il emploie ici un style de dessins détaillés, photoréaliste, dans lequel les libertés prises avec la réalité s'amalgament parfaitement avec les aspects prosaïques. Un homme en slip léopard avec une musculature impossible et des bottes à lacets, c'est ridicule et grotesque. Sous la plume de Quitely, c'est possible, sans solution de continuité avec le monde dans lequel il évolue. À la fois les dessins de Quitely parviennent à convaincre le lecteur que ce personnage (et les autres superhéros) a sa place dans cet environnement, à la fois il est ridicule du fait du réalisme, et de son superpouvoir absurde. Quitely a pris le soin de concevoir des visages très spécifiques pour chaque personnage, très réalistes, sans être outrageusement marqués. Cet investissement dans l'apparence des individus les fait exister comme dans peu de bandes dessinées (ah ! les gros sourcils de Harry, la coiffure de Flex, etc.). Quitely s'applique également pour chaque décor, et le lecteur peut pleinement s'immerger dans ce monde dense et particulier. Pour cette histoire, Morrison a vraiment eu la chance d'avoir un dessinateur à la hauteur capable de tout faire passer, même les séquences les plus fragiles. Il y a cette page incroyable où un supercriminel (Hoax) fait croire à l'inspecteur Harry qu'ils viennent de s'évader de sa cellule grâce à un tour d'illusionniste. Quitely a su trouver le parfait dosage pour rendre palpable ce moment de prestidigitation, un pur moment de bande dessinée, impossible à transposer dans un autre média.
"Flex Mentallo" appartient à la catégorie des comics conceptuels et intellectuels de Grant Morrison. Il présente plusieurs particularités qui le rendent un peu plus accessible. (1) Sa brièveté : malgré une structure complexe articulée autour de 3 personnages, plusieurs niveaux de réalité et de conscience, et une forte connectivité entre les événements qui va au-delà de la causalité entre plusieurs passages, le lecteur peut se souvenir de tout et déchiffrer chaque lien. (2) Frank Quitely : son implication est totale et il cisèle chaque illustration avec une grande sensibilité et une compréhension parfaite du scénario ; il met servilement et fidèlement en images le récit, tout en lui conférant une densité substantielle, sans devenir un obstacle à la lecture. (3) Cette histoire est en même temps la profession de foi de Morrison en tant que créateur de comics, et son parcours de développement personnel ; cette dernière composante apporte une dimension relativement didactique qui aide le lecteur dans cette aventure. (4) le récit se termine de manière claire et satisfaisante.
Grant Morrison et Frank Quitely ont réalisé une histoire palpitante, pleine d'action et de sensations fortes, qui constitue un véritable manifeste de créateurs de comics exigeant. Oui ils créent des visions et les envoient à la figure des lecteurs tels des bombes, modifiant leur état psychologique, et même leur vision du monde ! Tout le programme annoncé dans la métaphore de la page d'ouverture !
Les voyages forment la jeunesse.
-
Ce tome contient une histoire complète indépendante de toute autre. Il contient les 5 épisodes de la minisérie, initialement parus en 2018/2019, coécrits par David & Maria Lapham, dessinés et encrés par David Lapham. Il s'agit d'une bande dessinée en noir & blanc. Ed Piskor a écrit une introduction d'une page, soulignant le fait que les époux Lapham écrivent des personnages complexes qui dépassant les catégories Bons & Méchants, et qu'ils comptent sur l'intelligence du lecteur pour participer activement. le tome comprend également la couverture variante réalisée par Bill Sienkiewcz, ainsi que 8 pages de crayonnés et d'études graphiques.
Dans son blog, Lodger évoque son arrivée dans la petite ville de Blossom, 1.400 habitants, située au nord du Lac Supérieur, après avoir passé 2 mois à voyager en bus. Dans un des pavillons, un homme âgé rentre chez lui et se rend dans la chambre où sa femme est alitée. Il indique qu'il a parlé à quelqu'un (peut-être leur fils) et que celui-ci va venir séjourner quelques jours chez eux, ce qui amène un grand sourire sur le visage de sa femme. Il lui rabat son masque sur les yeux pour qu'elle se rendorme. Dans son blog, Lodger continue d'expliquer son périple : il a préféré s'arrêter à Blossom, plutôt que de se rendre à Winnipeg comme il en avait l'intention, la ville lui semblant très accueillante. Ailleurs dans la ville, Ricky arrive au volant d'une voiture et se stationne devant le drugstore. Elle parle à haute voix à un certain Golddigger. Alors qu'elle va pour y entrer, un vieil homme ouvre la porte, en sort et la lui tient ouverte en l'assurant qu'elle sera comblée par les glaces faites maison. Elle se dirige vers le comptoir et se renseigne auprès du barman pour savoir pourquoi il y a autant de voitures de police dans la rue.
Ricky indique au barman qu'elle a lu de bonnes appréciations sur le blog de Lodger. Elle lui pose des questions sur les glaces faites maison, et en particulier le parfum Rêve d'Amande. Finalement elle repart sans avoir rien consommé et se rend chez Jeanie Southbird, une habitante louant des chambres près du lac. Sur le pas de la porte, elle remarque le courrier accumulé non ouvert. Elle rentre à l'intérieur et découvre la logeuse inconsciente sur son lit, ses chats en train de la regarder. Il y a des mouches qui baguenaudent sur son visage : elle semble morte, suite à un suicide médicamenteux. Ricky fouille un peu dans ses affaires, puis s'éclipse discrètement par la porte de derrière. Elle s'est éloignée de quelques mètres quand une voix lui intime de s'arrêter, de placer ses mains sur la tête, et de se retourner. Ricky Toledo obtempère à l'injonction des 2 policiers, tout en faisant discrètement tomber son revolver par terre, à leur insu. Ils vérifient son identité et elle leur indique que la veille elle se trouvait au Pine Ranch Lodge, en bordure de la ville d'Omaha. Un policier vérifie ses dires, pendant qu'elle explique à l'autre qu'elle recherchait Freddie, son copain qui l'a laissée tomber. L'autre policier revient en indiquant qu'un autre cadavre vient d'être découvert.
Un lecteur avertit en vaut deux et ce ne sera pas de trop. S'il connaît déjà les époux Lapham pour leur série Stray Bullets, le lecteur sait qu'il s'apprête à plonger dans un polar noir et glauque. S'il a lu l'introduction d'Ed Piskor, il sait qu'il va devoir mettre son cerveau à contribution pour une lecture active. Sinon, il découvre une première page attestant déjà d'une narration sophistiquée : les cellules de texte s'apparentant à des entrées de blog de voyage, les dessins montrant des lieux de vacances avec une suite indiquant la progression de celui qui regarde. Dès la deuxième page, il (re)trouve le découpage de planche qu'affectionne David Lapham : une grille de 8 cases répartie en 4 lignes de 2 cases. En fonction de la séquence, l'artiste peut fusionner 4 de ces cases pour n'en former qu'une : les 2 bandes supérieures, ou les 2 bandes intermédiaires, ou encore les deux bandes inférieures. Il s'agit d'une disposition de cases de type gaufrier, reproduite systématiquement, ce qui produit un effet un peu surprenant de prime abord. Elle renforce la force du lien de cause à effet entre les 2 cases de chaque bande, et elle imprime un rythme très régulier. Les auteurs s'en servent pour accenteur la déstabilisation du lecteur.
En effet, il faut du temps au lecteur pour remettre les faits dans l'ordre. le récit est construit en rapprochant des séquences qui ne se déroulent pas dans l'ordre chronologique. Comme à chaque fois dans la mise en pratique de cette recomposition temporelle, le lecteur s'interroge sur ce qu'elle apporte à l'expérience de lecture. le premier effet est de maintenir le lecteur sur le qui-vive puisqu'il ne peut pas faire l'économie d'un dessin ou d'une phrase, et qu'il se demande quel lien logique unit ces différentes informations. Il prête également plus d'attention aux informations visuelles, le dessinateur réalisant des images très prosaïques, banales même, mais pouvant pourtant receler un autre sens. Cela commence dès la deuxième scène : que faut-il voir ou comprendre dans les gestes attentionnés de Carl pour Carla-Ann sa femme alitée ? Lapham fait en sorte de dessiner la séquence, les gestes, pour que le lecteur s'interroge sur l'intention réelle du mari. Page 11, le vieux monsieur tapote sur l'épaule de Ricky pour un geste affectueux dénué de sous entendu pervers. Page 21, le lecteur se rend compte qu'il a sous-estimé l'importance de ce geste, surtout parce que le dessin ne montrait pas tout. Pour autant il n'a pas besoin de revenir en arrière pour s'assurer de ce qui s'est passé. le deuxième effet est que chaque séquence génère des sensations et des ressentis plus riches : celui généré par ce qui est montré au premier degré, celui généré par les suppositions que le lecteur est amené à faire, celui qui survient en décalé quand il prend la mesure de ce qui s'est passé. du coup, le lecteur est plus attentif, et le récit exhale plus de saveurs : la forme recomposée de la ligne temporelle se trouve pleinement justifiée.
Les dessins réussissent à dégager à la fois une sensation de spontanéité et de rigueur, pour une impression globale surprenante. Prises une par une, les cases comportent un bon niveau de densité d'informations visuelles, concrètes. L'artiste montre la petite ville de Blossom, en bordure du lac, avec ses bâtiments à un étage, bien alignés le long de la rue principale en bordure du lac, les bungalows majoritairement bon marché en périphérie de la ville, la gare routière très fonctionnelle portant déjà les premières marques de l'usure du temps. La majeure partie des retours en arrière se déroulent à Elroy, en Arizona, une ville écrasée par la chaleur, comptant 312 habitants (enfin 312 au début) : le lecteur voit que cette petite ville s'est construite en fonction de la chaleur, pour des habitants avec un budget limité. Tout du long du récit, les personnages évoluent dans une Amérique des classes populaires. Les décors informent donc le lecteur sur leur niveau social et le récit comme l'intrigue sont intrinsèquement liés à ces lieux banals et fonctionnels. Les auteurs s'en servent pour opposer cette normalité au comportement des personnages.
La couverture annonce la couleur : une jeune femme sous le coup d'une forte perturbation émotionnelle armée d'un flingue. Il s'est passé quelque chose et ça va dégénérer. Rapidement, le lecteur comprend que Ricky est à la poursuite de l'individu qui tient le blog du Lodger, et qu'il s'est passé quelque chose de traumatisant à Elroy par le passé, quand elle était plus jeune. Dans un premier temps, il hésite à imputer les entrées sur Lodger sur le blog à Dante ou à Ricky elle-même. Cela fait partie de la dimension active de la lecture, et cela rapproche finalement le poursuivant et le poursuivi, montrant que leur état d'esprit est potentiellement plus similaire qu'il n'y paraît. le décalage entre les entrées de blog et ce que montrent les dessins introduit également une forme de schizophrénie car il n'y a pas exacte correspondance entre les 2 points de vue. Cela sous-entend qu'un ou deux personnages, ou peut-être plus ne sont pas forcément bien dans leur tête, que ce soit sur le plan émotionnel, ou sur leur façon d'interpréter la réalité qu'ils captent avec leurs sens. Les températures très élevées d'Elroy (en moyenne et en valeur absolue) échauffent les esprits et affectent les comportements. Ricky fait régulièrement usage de violence et se montre obsédée par l'idée de retrouver Dante. Ce dernier a également une drôle de façon d'envisager sa place dans la société et le rôle qu'il souhaite y jouer. Quand le lecteur arrive à la fin du récit, il se rend compte que toutes les pièces du puzzle se sont assemblées d'elles-mêmes sans qu'il ne doive fournir d'effort supplémentaire, sans qu'il ne doive retourner en arrière. La recomposition de la ligne temporelle s'est avérée un dispositif pertinent et bien utilisé, donnant plus d'impact au drame qui vient de se jouer.
Lodger n'est pas une lecture facile et immédiate en cela qu'il faut accepter de participer de manière active pour se demander ce qui se passe réellement, à partir de ce qui est dit et montré, et pour reconstituer progressivement la chronologie des événements. Dans le même temps, c'est un récit qui touche le lecteur directement, du fait des émotions et des états d'esprit des personnages, et de leur léger décalage par rapport à ce que le lecteur considère être comme normal. Alors qu'il observe des endroits banals et communs, il se rend compte des petites bizarreries dans le comportement et les réactions des uns des autres, comme lui-même peut se sentir en décalage avec les personnes qui l'entourent et qu'il côtoie. de séquence en séquence, il mesure à la fois le naturel du comportement de Ricky, de Dante et des autres, ainsi que leur anormalité, éprouvant l'expérience d'être eux. Il ressort bouleversé en ayant compris le manque émotionnel qui habite Ricky.
La fin justifie les moyens.
-
Ce tome fait suite à "Invasion!" (en anglais), l'une des 4 histoires présentes dans le premier numéro de l'hebdomadaire anglais "2000 AD". Il contient une saison complète, découpée en 3 chapitres, initialement parus dans les numéros 1387 à 1396, 1450 à 1459, et 1526 à 1535, de "2000 AD", en 2004 (chapitre I), 2005 (chapitre II) et 2007 (chapitre III). Les 3 chapitres ont été réalisés par Pat Mills (scénario) et Charlie Adlard (dessins et encrage). Il s'agit d'une bande dessinée en noir & blanc, de 190 pages.
L'histoire se déroule en 2004, alors que l'Angleterre a été envahie par les Volgans en 1999. Les États-Unis ont signé un pacte de non-intervention avec les volgans. Sur le territoire anglais, la résistance existe et elle dispose d'une organisation structurée. Bill Savage y occupe une place de choix en tant qu'opérateur de terrain, du fait de ses actions d'éclats chroniquées dans "Invasion!". Après avoir s'être fait refait le visage au Canada, il revient en Angleterre, où il usurpe l'identité de son frère Jack, porté disparu, vraisemblablement mort.
Sous couvert de sa fausse identité, Bill Savage continue ses actions de sabotage la nuit, en plein Londres avec d'autres résistants. Première mission : libérer Rusty, un compagnon d'armes capturé à la suite de l'accident qui a fait passer Bill pour mort. Puis il faut éviter de se faire prendre, et essayer de retourner l'opinion publique, pour provoquer un soulèvement populaire contre l'occupant.
Cette histoire bénéficie d'une courte préface d'une page, écrite par Pat Mills en mars 2007, où il évoque rapidement l'une de ses sources d'inspiration (un voyage à Plovdiv en Bulgarie en 2002), ainsi que sa volonté de donner plus de consistance à la personnalité de Bill Savage. Si cette histoire a connu un regain d'intérêt, et une publication en version française, c'est du fait du dessinateur : Charlie Aldlard, dessinateur professionnel depuis le début des années 1990, mais ayant connu le succès grâce à sa participation à la série Walking Dead de Robert Kirkman dont il est le dessinateur en titre depuis l'épisode 7, en 2004.
Le lecteur de Walking Dead retrouve les dessins caractéristiques de cet artiste. Il y a pour commencer cet usage intensif d'aplats de noir massifs, des gros blocs qui donnent du poids à chaque case. Il y a la facilité apparente avec laquelle il dessine des personnages normaux, à la morphologie raisonnable (pas de muscles hypertrophiés), des tenues vestimentaires de tous les jours (sans beaucoup de détails, mais suffisamment pour ne pas donner l'impression que tout le monde est en jean & T-shirt).
Les personnages sont aisément reconnaissables du premier coup d'oeil, avec une apparence cohérente du début jusqu'à la fin. Les expressions des visages ne sont pas très nuancées, mais elles sont assez justes pour que le lecteur puisse se faire une idée claire de l'état d'esprit de chaque personnage. Adlard aborde les accessoires de la même manière. Il ne s'agit pas d'en mettre partout dans toutes les cases. Mais il y apporte un soin réel, comme les ordinateurs, les pots à crayons, les voitures, les couverts, ou encore les draps de lit.
De séquence en séquence, le lecteur peut constater qu'Adlard apporte une véritable attention dans les décors et les arrière-plans. Il est possible d'identifier certains monuments de Londres, comme Westminster Abbey. Les façades des immeubles ressemblent à celles bien réelles que l'on peut voir dans cette ville. le lecteur constate que le niveau de détails des décors est assez élevé, et qu'ils sont présents très régulièrement, lui permettant de s'immerger dans cette guérilla urbaine.
Les séquences d'action sont facilement lisibles et fluides, sans en devenir trop spectaculaires, ce qui aurait constitué un contresens par rapport à la tonalité du récit. Éventuellement le lecteur un peu tatillon pourra se lasser du systématisme dans les aplats de noir, sans réelle logique avec les ombres portées. Ce même lecteur constate qu'en tant que metteur en scène, Adlard manque d'imagination lors des scènes de dialogue, n'hésitant pas s'en tenir à des cases occupées uniquement de têtes en train de parler. Mais il s'agit de défauts mineurs au regard de la qualité de sa narration visuelle.
Dans le premier tome "Invasion!", le scénariste Gerry Finley-Day dépeignait Bill Savage comme un individu n'ayant rien à perdre, et ayant juré de massacrer le plus possible de soldats volgans, et même les collaborateurs anglais se trouvant sur son chemin. Pat Mills décide de ramener le personnage au coeur du territoire occupé, à Londres. Il commence par éclaircir la question de la nationalité des volgans, en indiquant qu'il s'agit du nom d'un parti politique créé par le maréchal Vlad Vashkov, en mémoire de Joseph Staline. Page 15, il expose la chronologie des événements ayant mené à l'invasion de l'Angleterre de manière synthétique et concise. Et c'est parti.
Le principe de a série reste basique : Bill Savage extermine des volgans à coup de carabine, et continue à tuer sans état d'âme tous les collabos. Les objectifs de la résistance prennent de l'ampleur, jusqu'à préparer l'assassinat de Vlad Vashkov (le chef d'état volgan), lors d'une visite officielle à Londres. Bill Savage est un combattant hors pair, tuant sans hésitation, grand et fort. S'il se tire souvent de situations périlleuses et de pièges, il commet aussi des erreurs qui lui coûtent cher. le lecteur apprécie d'avoir son quota d'action spectaculaire, mais pas trop. Il constate que Pat Mills n'a rien perdu de son inventivité sadique, qu'il s'agisse du goudron pyrophorique (les individus posant le pied dessus prennent feu), ou du sort réservé aux prisonniers (âmes sensibles s'abstenir).
Le scénariste a l'art et la manière pour que son intrigue dégage une impression de vraisemblance, à la fois quant aux capacités de Bill Savage, à ses stratégies (même s'il fonce parfois dans le tas pour s'en sortir), et à la politique d'occupation des volgans qui n'a rien de naïve. À plusieurs reprises, le lecteur constate que les actions des uns et des autres évoquent des stratégies réelles mises en place lors de la seconde guerre mondiale, ou dans d'autres pays occupés plus récemment.
Petit à petit, le récit prend une dimension horrifique du fait de sa vraisemblance, malgré ses dehors d'anticipation. Pour commencer, Bill Savage lui-même n'est pas un preux chevalier sur son destrier. Il tue sans remords les soldats ennemis, comme s'il ne s'agissait que de pions interchangeables. Or Pat Mills prend la peine à plusieurs reprises de montrer qu'il s'agit de simples troufions, des êtres humains dont le travail est d'être soldat, sans réelle conviction politique. Il ne va pas jusqu'à les dépeindre comme des individus peu consciencieux, juste des êtres humains faisant leur boulot. Effectivement, il insère dans la narration quelques tortionnaires particulièrement impliqués. Mais à la surprise du lecteur, ces tortionnaires peuvent aussi bien être des volgans, que des anglais. Les fanatiques et les profiteurs sont dans les 2 camps, et ils appartiennent aux 2 sexes (la terrible et crédible Svetlana Jaksic pour les volgans).
Bill Savage présente la même ambigüité. Certes Pat Mills joue avec le patriotisme anglais, en montrant les anglais bon teint (ouvriers, comme cols blancs) humiliés par l'envahisseur (et même des femmes violées par les soldats volgans, hors caméra, fait malheureusement courant lors d'une invasion). Mais Bill Savage est un individu violent. Il ne mène pas une guerre de salon, ou une guerre propre.
Dans sa série La grande guerre de Charlie, Pat Mills a exposé sa façon de concevoir la guerre : une guerre propre est une vue de l'esprit, ça n'existe pas. Il n'est donc pas étonnant que Savage se salisse les mains, et ne fasse pas de détails. Un bon ennemi est un ennemi mort. Il est légitime de résister à l'envahisseur, et c'est même un devoir, mais ça ne grandit en rien le personnage principal.
Non seulement Savage n'hésite pas à tuer y compris des anglais, mais ne plus il manipule les autres autour de lui pour sa cause, à savoir la résistance. Il n'éprouve aucun scrupule à se servir de Noddy (le mari de sa sœur Cassie), même si celui-ci n'a plus toute sa tête et ne se rend pas compte des risques qu'il prend. Il n'hésite pas à le menacer physiquement pour obtenir de lui ce qu'il veut. Il doit y avoir une résistance contre l'occupant, mais elle ne sera jamais propre ou même honorable. La fin justifie les moyens, et la vengeance est la motivation première.
Pat Mills montre très bien comment les chefs d'état-major ou des gouvernements usent de tous les stratagèmes à leur disposition pour manipuler l'opinion. Bill Savage n'hésite pas à organiser des coups d'éclat pour frapper l'opinion, même si le coût en vie humaine est élevé, tant pis pour les otages détenus par les volgans. Les États-Unis n'hésitent pas à acheter la paix en laissant les anglais à leur triste sort, de l'autre côté de l'océan.
Bien sûr, le gouvernement volgan et le maréchal Vashkov sont ceux qui utilisent les moyens les plus perfides, de la torture des prisonniers, à la manipulation par les médias (avec des émissions de télévision calibrées pour faire accepter la situation de manière subliminale), en maquillant le massacre d'otages en exécution de dangereux terroristes, pour conserver une paix précaire, et faire avancer le pays vers la paix, dans une démarche prétendument participative. L'accumulation de ces manipulations et de ces vies humaines gaspillées finit par installer un climat de terreur palpable, une horreur omniprésente et très concrète.
Quand Pat Mills joue avec les médias pour montrer comment les hommes de pouvoir les manipulent, il semble décrire une réalité bien concrète et présente, indépendamment du contexte d'occupation du récit. Les médias décrits ne sont pas ceux d'une anticipation farfelue, mais bien ceux en place aujourd'hui, le sous-entendu que le concept de "temps de cerveau disponible" et d'acceptation de l'idéologie en place sert de nombreux intérêts qui ne sont pas forcément ceux du peuple, ou de l'individu. L'intimidation qui pèse sur le journaliste Tom Savage (un frère de Bill) ne semble pas relever que de la pure fiction, mais renvoie à des faits bien réels de menaces pour faire taire les reporters trop compétents.
Ce tome peut se lire comme une saison autonome de la série "Savage", autocontenue, Pat Mills prenant soin d'effectuer tous les rappels nécessaires de manière claire et concise, la fin apportant un niveau de résolution satisfaisant. Les dessins de Charlie Adlard décrivent un monde noir et violent, où les faibles sont des victimes toutes désignées. le scénario de Pat Mills dépasse largement le simple cadre du récit d'aventure, ou même de celui de la résistance contre l'occupant, pour emmener le lecteur vers une réflexion sur les exigences des conflits armés, leurs dommages collatéraux, les bobards que le vulgus pecum est prêt à accepter en toute connaissance de cause pour bénéficier de la paix. Ces auteurs ne décrivent pas un monde d'anticipation, mais les différents degrés de totalitarisme qui accompagnent toute forme de gouvernement, par les politiques, par l'argent, par l'idéologie… Pour les plus courageux, Bill Savage continue de se battre dans "The Guv'nor" (en anglais) avec des dessins de Patrick Goddard, et toujours un scénario de Pat Mills.
Du grand Art de l'humour Noir !
Noir de café, qui ne fait pas toujours rire d'ailleurs car bien souvent glaçant de réalisme.
Sans en avoir aucune preuve, je pense que l'auteur y a laché ces tripes et son mal de vivre, qui en faisait un grand artiste mais peut-être pas tout a fait heureux ....
A lire d'urgence car intemporel : la bêtise et la cupidité humaine reste et restera à jamais.
Un grand monument de mon enfance, et totalement intemporel : 5/5 !
Il n'a pas du être facile pour Franquin d'imposer cet anti-héros maladroit et paresseux à l'époque !!
De plus la galerie de personnages hauts en couleur l'accompagne bien : d'abord Fantasio et Prunelle, accompagnés de de Mesmaeker et ses contrats (dont on ne saura jamais ce sur quoi ils portent), suivis de Lebrac, de Jules-de-chez-Smith-en-face, du chat, de la mouette (officiellement) rieuse, de la souris, du labo de chimie amusante (sauf pour les architectes de l'autre côté du mur), du gaffophone, de la gaffomobile (avec Longtarin),....
Mention spéciale au R5, avec ces textes à hurler de rire.
Une des grandes grandes BD de Cosey avec Le Voyage en Italie !
On y retrouve cette touche sentimentale, un peu hippies des 70's, avec des gens comme vous et moi, imparfaits et entrainés dans une histoire qu'ils devraient pouvoir gérer mais sans y arriver tout à fait ...
C'est a ce point réaliste qu'on se demande si on ne pourrait pas être à la place des personnages, en le craignant un peu...
Si j'apprécie beaucoup son dessin en ligne claire (bien que pas parfait), c'est bien le scénario qui qui en fait un grand moment : même si sur le coup on peut avoir un petit sentiment d'inachevé, un petit manque d'on ne sait quoi, c'est l'un des rares scénaristes où on repense à l'histoire qq jours plus tard en se disant "Et si c'était moi sur qui ça tombe ??!!"
Une des grandes grandes BD de Cosey avec Orchidea !
On y retrouve cette touche sentimentale, un peu hippies des 70's, avec des gens comme vous et moi, imparfaits et entrainés dans une histoire qu'ils devraient pouvoir gérer mais sans y arriver tout à fait ...
C'est a ce point réaliste qu'on se demande si on ne pourrait pas être à la place des personnages, en le craignant un peu...
Si j'apprécie beaucoup son dessin en ligne claire (bien que pas parfait), c'est bien le scénario qui qui en fait un grand moment : même si sur le coup on peut avoir un petit sentiment d'inachevé, un petit manque d'on ne sait quoi, c'est l'un des rares scénaristes où on repense à l'histoire qq jours plus tard en se disant "Et si c'était moi sur qui ça tombe ??!!"
En France, les livres sont au même prix partout. C'est la loi !
Avec BDfugue, vous payez donc le même prix qu'avec les géants de la vente en ligne mais pour un meilleur service :
des promotions et des goodies en permanence
des réceptions en super état grâce à des cartons super robustes
une équipe joignable en cas de besoin
2. C'est plus avantageux pour nous
Si BDthèque est gratuit, il a un coût.
Pour financer le service et le faire évoluer, nous dépendons notamment des achats que vous effectuez depuis le site. En effet, à chaque fois que vous commencez vos achats depuis BDthèque, nous touchons une commission. Or, BDfugue est plus généreux que les géants de la vente en ligne !
3. C'est plus avantageux pour votre communauté
En choisissant BDfugue plutôt que de grandes plateformes de vente en ligne, vous faites la promotion du commerce local, spécialisé, éthique et indépendant.
Meilleur pour les emplois, meilleur pour les impôts, la librairie indépendante promeut l'émergence des nouvelles séries et donc nos futurs coups de cœur.
Chaque commande effectuée génère aussi un don à l'association Enfance & Partage qui défend et protège les enfants maltraités. Plus d'informations sur bdfugue.com
Pourquoi Cultura ?
Indépendante depuis sa création en 1998, Cultura se donne pour mission de faire vivre et aimer la culture.
La création de Cultura repose sur une vision de la culture, accessible et contributive. Nous avons ainsi considéré depuis toujours notre responsabilité sociétale, et par conviction, développé les pratiques durables et sociales. C’est maintenant au sein de notre stratégie de création de valeur et en accord avec les Objectifs de Développement Durable que nous déployons nos actions. Nous traitons avec lucidité l’impact de nos activités, avec une vision de long terme. Mais agir en responsabilité implique d’aller bien plus loin, en contribuant positivement à trois grands enjeux de développement durable.
Nos enjeux environnementaux
Nous sommes résolument engagés dans la réduction de notre empreinte carbone, pour prendre notre part dans la lutte contre le réchauffement climatique et la préservation de la planète.
Nos enjeux culturels et sociétaux
La mission de Cultura est de faire vivre et aimer la culture. Pour cela, nous souhaitons stimuler la diversité des pratiques culturelles, sources d’éveil et d’émancipation.
Nos enjeux sociaux
Nous accordons une attention particulière au bien-être de nos collaborateurs à la diversité, l’inclusion et l’égalité des chances, mais aussi à leur épanouissement, en encourageant l’expression des talents artistiques.
Votre vote
Popotka le petit Sioux
Excellente série, aventures, univers original, découverte, morale positive (ce n'est pas gnan gnan mais attendrissant), c'est vraiment excellent à lire avec ses enfants dès 4 ans (même s'il ne comprend pas tout) et tout l'âge du primaire. A travers des aventures exotiques, cela parle de valeurs et de préoccupations universelles. De plus chaque album aborde un thème différent, ce n'est pas du tout redondant. Visuellement, c'est très agréable. Un seul défaut, la fin du tome 7, dont on attend (en vain vu que ça date de 2007) la suite! Je ne sais pas si c'est parce que la série n'a pas eu de succès commercial mais je regrette de ne pas avoir plus d'albums à lire à mon dernier fils, car c'est d'un grand plaisir. Merci aux deux auteurs pour ces heures de lecture partagée.
Multiversity
Le Multivers dans toute sa diversité - Ce tome contient l'intégralité des récits écrits par Grant Morrison, et publiés sous la bannière Multiversity, en 2014/2015. Il s'agit d'une histoire complète, qui suppose de la part du lecteur une connaissance étendue de l'univers partagé DC, et des comics écrits par Grant Morrison pour cet éditeur, afin d'en saisir toutes les nuances. Elle est initialement parue sous la forme de 9 comicbooks - - (1) Multiversity 1 (dessins d'Ivan Reis, encrage de Joe Prado) - Une logeuse vient chercher ses arriérés de loyer (800 dollars) auprès d'un locataire qui lit un comics dont la première page montre la propriétaire en train de venir chercher son loyer. Sur la Terre 7, Nix Uotan (Superjudge), le dernier des Moniteurs, se bat contre un représentant de la Bonne Société (en VO Gentry, noblesse non titrée). Sur la Terre 23, Superman (Calvin Ellis, le président des États-Unis dans le civil) finit par passer par une porte dimensionnelle qui l'emmène dans un vaisseau spatial où il est accueilli par Captain Carrot (Roger Rodney Rabbit de la Terre 26). Grant Morrison s'éclate comme un petit fou, avec une entité qui menace l'intégrité de la réalité, des dizaines de superhéros méconnus, inconnus, ou tout neufs. La bonne société s'apprête à coloniser les royaumes des superhéros. de son côté, Ivan Reis est en mode Neal Adams (avec une composition de page plus sage), dessinant des superhéros par dizaines. Ce premier épisode pose le ton : ce récit s'adresse à des fans de superhéros, sans aucune concession, capables d'apprécier toutes les conventions les plus idiotes et idiosyncrasiques, voire infantiles (Captain Carrot) : des tonnes de personnages de second plan (ou même du dernier rang), des superpouvoirs pyrotechniques, des affrontements physiques, une menace mystérieuse d'ordre métaphysique. - - (2) Society of Super-Heroes (dessins de Chris Sprouse, encrage de Karl Story) - Sur la Terre 20, Anthro (un homme immortel) se rend à l'invitation de Doc Fate qui lui présente Abin Sur. Avec d'autres superhéros de type Pulp, ils vont devoir lutter contre Vandal Savage et l'invasion organisée par ses maîtres. Le scénariste enchaîne avec une histoire à la manière des Pulps, sans rien concéder : toujours autant de superhéros réinventés (des Blackhawks à Abin Sur), des affrontements physiques, un temple oublié, des immortels, etc. Ce n'est pas la peine de faire semblant : c'est un récit réservé aux fans de superhéros et il est impossible d'apprécier l'intrigue sans savoir qui est Parallax. Chris Sprouse est l'artiste de la situation, avec ses dessins élégants, à la ligne épurée, avec un bon niveau de détails, et une position entre l'aventure classique et le comics de superhéros. le lecteur le retrouve au meilleur de sa forme, comme lorsqu'il illustrait les aventures de Tom Strong, écrites par Alan Moore. - - (3) The Just (dessins et encrage de Ben Oliver) - Sur la Terre 16 (aussi appelée Earth-Me), des superhéros de seconde génération (Sister Miracle, Arowette, Megamorpho, Offspring) profitent de leur célébrité, dans un monde où il n'y a plus de supercriminels, et où les rares attaques sont prises en charge par Superman et son armée de robots. Dans ces conditions, qu'est-ce qui a bien pousser Megomorpho au suicide ? Mais quelle mouche a bien pu piquer Grant Morrison ? Ce chapitre défie l'entendement avec ce suicide qui ne semble intéresser que Batman, ces superhéros désoeuvrés, ce Superman quasiment inutile du fait des robots de son père qui font tout le boulot. Pour un peu, le lecteur pourrait se croire dans un comics de Mark Millar. Les dessins de Ben Oliver baignent dans des couleurs acidulées un peu vives qui augmentent l'aspect pop et gratuit, la vanité de ces gugusses en costume dont l'utilité est inexistante. Cet artiste transcrit bien la vacuité de leur existence, mais il ne s'intéresse pas beaucoup aux arrière-plans, ce qui finit par se voir. - - (4) Pax Americana (dessins et encrage de Frank Quitely) - Sur la Terre 4, le président des États-Unis vient d'être assassiné par Peacemaker (Christopher Smith). Question, Blue Beetle et Nightshade mènent l'enquête, alors que le capitaine Adam explique au gouverneur Harley qu'il ne souhaite être appelé Captain Atom. Décidément, il n'a peur de rien Morrison : cet épisode n'est autre qu'un hommage à Watchmen d'Alan Moore et Dave Gibbons. le scénariste met en scène les superhéros de l'éditeur Charlton (rachetés par DC Comics en 1983) qui ont servi de modèle initial à ceux de Watchmen. Il s'amuse comme un petit fou avec l'écoulement du temps (l'influence de Docteur Manhattan), et à évoquer le spectre de Rorschach. Frank Quitely effectue un travail hallucinant de composition des pages (sur une base de 16 cases, en lieu et place des 9 de Watchmen), avec une précision incroyable dans les dessins. Au final Morrison et Quitely réussissent l'exploit d'un hommage respectueux, intelligent, et totalement original. Chapeau bas ! L'existence de cet épisode justifie à elle toute seule l'achat et la lecture de ce recueil. - - (5) Thunderworld adventures (dessins et encrage de Cameron Stewart) - Sur la Terre 5, le sorcier de l'éternité s'est fait destituer par Sivana (aidé par d'autres Sivana d'autres Terre). Il appartient à Captain Marvel et les autres membres de la famille Marvel d'y mettre bon ordre. Grant Morrison et Cameron Stewart réussissent leur pari : raconter une histoire de Captain Marvel, fidèle au modèle original, sans être niaise (= lisible par des adultes), sans trahir l'esprit des personnages, sans les moderniser, sans les rendre plus sombres (la rénovation opérée par Geoff Johns & Gary Frank, sous le titre de Shazam, fait triste figure par comparaison). - - (6) The Multiversity guidebook (dessins et encrage de Marcus To) - Sur la Terre 42, les mignons petits superhéros (version chibi) sont attaqués par des sbires du Docteur Sivana. Sur la Terre 51, Kamandi et ses compagnons découvrent des vestiges mystérieux. Cet épisode contient également la liste des 52 Terre, avec à chaque fois un dessin pour montrer les principaux personnages (par exemple le Superman de Red Son, ou le Batman Vampire). Batman version manga enfant ? Sans coup férir, Grant Morrison réussit aussi cet exercice de style avec la même élégance, et la même pertinence que les précédents. Marcus To dessine des versions chibi mignonnes à craquer, sans une once de niaiserie. Les versions des personnages des 52 Terre (sauf 7 qui restent inconnues) sont réalisées par des pointures de comics de superhéros (même Kelley Jones a participé pour illustrer le Batman Vampire de Red Rain, une madeleine remarquable pour un vieil habitué de l'univers partagé DC). - - (7) Mastermen (dessins de Jim Lee, encrage de Scott Williams) - Sur la Terre 10, Adolph Hitler est en train de lire un comics aux toilettes (et de pousser fort). 17 ans plus tard, l'extraterrestre recueilli par le Reich a bien grandi et Overman a permis à l'Allemagne de gagner la seconde guerre mondiale. Oui, il a déjà existé une terre parallèle chez DC où les allemands avaient gagné la seconde guerre mondiale. L'idée de génie est d'avoir choisi Jim Lee comme dessinateur, qui s'en donne à coeur joie pour une interprétation martiale et triomphante. Oui Hitler sur les toilettes, c'est facile, mais c'est quand même irrésistible. Oui dessiner Superman comme le fasciste ultime c'est facile, mais ça n'enlève rien à la pertinence de l'idée, dont l'impact percutant est décuplé par les dessins De Lee. Qui plus est, Morrison déroule une intrigue plus linéaire et tout aussi foisonnante à la saveur tout aussi percutante et mordante. Un grand moment ! - - (8) Ultra Comics (dessins de Doug Mahnke, encrage de Christian Alamy et quelques autres) - Sur la Terre 33, Ultra Comics prévient le lecteur qu'il ne doit pas tourner la page car il court le risque d'être infecté. La narration de Grant Morrison approche la vitesse de la lumière dans le registre métacommentaire, tout en restant accessible. C'est maîtrisé et magistral de bout en bout, que ce superhéros animé par la suspension consentie d'incrédulité du lecteur, avec plusieurs brèches dans le quatrième mur. du grand art, d'une élégance rare. À nouveau un choix parfait pour le dessinateur : Doug Mahnke, impérial et inégalable pour magnifier les émotions d'Ultra, la démesure de ses adversaires, l'aspect conceptuel de l'incarnation de la Gentry, toujours aux frontières d'une loufoquerie terrifiante. À nouveau cet épisode justifie à lui seul l'existence de cette anthologie. - - (9) Multiversity 2 (dessins d'Ivan Reis, encrage de Joe Prado et quelques autres) - L'heure est grave : les entités Gentry ont pris pied dans la réalité, Nix Uotan est sous leur emprise, Captain Carrot vient bientôt reprendre forme humaine s'il n'arrive pas à reprendre une carotte. Vers qui peut-il se tourner ? Le courage d'Ivan Reis est mis à rude épreuve dans ce final rassemblant toujours plus de superhéros pour des affrontements de plus en plus titanesque. Les arrière-plans sont parfois les parents pauvres de cette débauche de personnages, mais le lecteur le remarque à peine tellement les cases sont pleines à craquer. Grant Morrison apporte une forme de conclusion (assez ouverte) à son récit, en mettant sur le devant de la scène le Superman de race noire, Captain Carrot (un lapin anthropomorphe), et un autre superhéros habitué des voyages entre les dimensions. Après les chapitres 5 à 8, ce dernier épisode donne l'impression d'une baisse d'intensité. Sous réserve d'apprécier les superhéros et de connaître l'univers partage DC à travers les âges, le lecteur s'embarque pour un voyage d'une rare intensité, dans une narration virtuose tout en restant lisible, avec des dessinateurs d'une compétence inégalée, faisant preuve d'un entrain à la hauteur de l'imagination débridée du scénariste. 5 étoiles. Ce tome se termine avec un cahier bonus de 62 pages comprenant les 28 couvertures alternatives, ainsi que des croquis réalisés par Grant Morrison, des pages de conception graphique des personnages. - - Tout ça pour quoi ? - Multiversity est aussi bien plus que la simple somme de ses parties. Pour commencer, le titre fait référence à 2 concepts. Il s'agit d'une part de rétablir de manière officielle l'existence du multivers DC. Ce projet a connu une longue période de gestation puisque Grant Morrison en parlait déjà en interview en 2009. Il s'insère dans la prolongation des séries hebdomadaires "52", "Countdown to Final Crisis", Final Crisis (2008, dans lequel apparaissait déjà une image de planétaire, en anglais Orrery, observé par les Moniteurs) et les épisodes d'Action Comics écrits par Morrison dans le cadre de New 52. Pour un lecteur ayant suivi ce scénariste toutes ces années, c'est un aboutissement très émouvant. Morrison a également expliqué que cette maxisérie pouvait se concevoir comme le début d'autant de séries indépendantes dans le multivers DC. Ceci explique que les histoires 2 à 8 restent assez ouvertes et peuvent servir de point de départ, à autant de nouvelles séries basées sur ces Terre (20, 16 4, 5, 42, 10, et pourquoi pas 33). Il a d'ailleurs exprimé son désir d'écrire lesdites séries. Avec ce point de vue en tête, le lecteur comprend bien certaines particularités narratives qui autrement restent des bizarreries inexplicables. Le deuxième concept est celui de la diversité. Cela n'a rien d'un hasard si le premier épisode met en scène un superman afro-américain (Calvin Ellis). Il s'agit pour le scénariste d'entériner le fait que les comics sont capables de refléter la diversité culturelle et raciale de la société. Ce concept de diversité peut se lire d'une autre manière. À l'évidence, Grant Morrison s'adresse aux fans de comics. Proposer la lecture de cette histoire à un non initié relève de la gageure, un véritable défi au bon sens. C'est incompréhensible et idiot tous ces gugusses en costume moulant aux couleurs criardes, se tapant dessus pour régler leurs problèmes (en quoi c'est important un ciel rouge ?). de ce point de vue, Morrison ne souhaite pas emboîter le pas à Alan Moore qui a tiré un trait sur les superhéros dans Watchmen, en les condamnant comme un vestige d'un âge révolu, n'ayant plus leur place dans un monde postmoderne (en particulier multiculturel, où la suprématie de l'homme blanc est un leurre éventé). Comme il l'a déjà fait dans d'autres œuvres, Grant Morrison assume son amour pour le genre superhéros, et toutes les conventions associées. Il ne souhaite aucunement faire réaliste. Ce n'est pas un hasard non plus si Captain Carrot (un lapin anthropomorphe à la carrure de culturiste, avec un joli costume rouge et jaune vifs) dispose d'un rôle de premier plan. L'objectif n'est pas de faire croire que tous ces personnages ont une quelconque chance d'exister, qu'ils ont un rapport crédible avec la réalité. Il s'agit d'une ode à l'inventivité, à la création, à la littérature de l'imaginaire, y compris celle de l'enfance (la très belle réussite de l'histoire de Captain Marvel). D'ailleurs les comics jouent un rôle important dans l'intrigue, puisque certains superhéros y piochent des idées, en lisant un comics racontant les aventures des superhéros d'une autre Terre. Il ne s'agit pas tant d'un commentaire sur la continuité, que sur l'interdépendance de ces créations de l'esprit qui se nourrissent les unes des autres. Il ne s'agit pas non plus de revenir à un état antérieur des comics où ils étaient conçus à destination des enfants. Dans l'épisode sur la Terre 10 (dessiné par Jim Lee), l'auteur montre qu'il a conscience de l'interprétation fasciste des superhéros, d'une vision du monde du point de vue de l'homme blanc colonialiste, à un ordre mondial imposé par la force. La sophistication élégante de l'épisode Ultra s'adresse à des adultes conscients de ce que le lecteur apporte dans sa lecture, du phénomène psychique extraordinaire qui intervient quand un individu prête vie à des personnages de fiction (des traits et des tâches de couleurs sur une page) quand il se livre à l'exercice de la lecture. Au sortir de ce tome, le lecteur a constaté qu'il se lit facilement, grâce à sa nature composite de 7 épisodes pouvant se lire comme autant d'épisodes pilotes de nouvelles séries. D'un autre côté, cela signifie que certaines intrigues secondaires n'aboutissent pas (où est passé Darkseid ?). Grant Morrison a bénéficié d'artistes de premier plan pour mettre en images ces histoires, dont plusieurs (Jim Lee, Ivan Reis, Frank Quitely, Doug Mahnke) réalisent une prestation exceptionnelle. Cette forme d'anthologie s'articule autour d'un concept qui la structure : l'invasion du multivers par des entités souhaitant y mettre bon ordre, c'est-à-dire coloniser les différentes Terre et les assainir en éradiquant ces aberrations logiques que sont ces gugusses dotés de superpouvoirs, en quelque sorte une pensée normative et rationnelle cherchant à faire rentrer dans le moule une imagination débordante à base d'idées idiotes (les superpouvoirs). Comme à son habitude quand il travaille pour DC Comics, Morrison utilise toutes les ressources à sa disposition dans cet univers partagé âgé de plus de 75 ans. le familier dudit univers ressent les souvenirs affluer, les plus évidents (les Cieux rouges de Crisis on infinite earths) et les plus obscurs (Bloodwynd). Le novice risque de souffrir d'une indigestion de personnages vite apparus, aussi vite disparus de l'intrigue. Arrivé à la fin, il faut un peu de temps pour comprendre la dernière page, qui boucle avec les 2 premières du tout premier épisode. Visiblement, après avoir loué les vertus des comics de divertissement, l'auteur semble dire qu'on peut lire des comics de superhéros (même adulte), et rester un membre responsable de la société. Il fait le fait avec un certain humour, un peu anglais, présent tout du long de cet imposant recueil.
The Filth
État de conscience supérieur - Ce tome regroupe les 13 épisodes de la série complète du même nom parue en 2002 et 2003. Première page, un homme (Spartacus Hughes) en a arrosé un autre d'essence et il lui jette un mégot de cigarette allumée. Deuxième page, Greg Feely achète une litière pour chat, le journal du jour et des magazines pornographiques hardcore pour sa soirée. Il sort du magasin, mange une crotte de nez, et monte dans un bus. Toute la scène est vue à partir de caméras de surveillance vidéo. Dans le bus, une jeune femme s'assoit à coté de lui et le prévient de ne pas déconner avec The Filth (la saleté, mais aussi la police en argot). Cette jeune femme revient le voir le lendemain et lui révèle qu'il est un agent d'un genre très spécial (dont le vrai nom est Ned Slade) au service de The Hand, une organisation chargée d'éliminer les manifestations extraordinaires remettant en cause l'ordre naturel du monde (ou le statu quo, ça dépend du point de vue). Il est donc remplacé par une doublure qui a charge de veiller sur son chat et il s'en va combattre les cellules cancéreuses de la réalité au coté d'autres agents sortant de l'ordinaire dont Miami (une belle femme noire spécialisée dans les techniques sexuelles), Camarade Dmitri-9 (un chimpanzé russe doté de conscience et de la parole qui exerce le métier de tireur d'élite, et assassin de JFK), sous la tutelle de Mother Dirt (une femme pilotant un ordinateur futuriste et habillée d'une combinaison intégrale en latex, avec le masque). La première mission que Slade doit effectuer concerne le piratage par Spartacus Hughes, d'une nanotechnologie dotée d'une intelligence artificielle et dédiée à soigner les malades dont les défenses immunitaires n'arrivent pas à venir à bout de leurs infections. Je m'arrête là dans l'histoire parce que Grant Morrison a injecté tellement de concepts et d'idées dans son récit qu'aucun résumé ne peut faire justice au foisonnement de créativité et à la densité narrative. La question de fond concernant ce récit est : comment le lire ? Dans son introduction (sous forme de notice de médicaments), Morrison indique explicitement que chaque aventure est une métaphore incorporant une bonne dose de second degré. Effectivement, l'humour est présent régulièrement dans le récit essentiellement sous forme d'autodérision ce qui constitue des respirations et des décompressions bienvenues pour le lecteur en apnée dans ce monde si riche. Premier mode de lecture : lire les aventures de Ned Slade au premier degré. C'est marrant, il y a beaucoup d'idées provocantes et transgressives (le président des États-Unis à qui on a greffé une poitrine plantureuse, un stylo géant qui écrit tout seul). Ce mode de lecture apporte la satisfaction d'aventures décalées avec une bonne quantité de scènes d'action. Chris Weston (dessins) et Gary Erskine (encrage) illustrent ces aventures avec un style réaliste et méticuleux. L'immersion est complète que ce soit dans l'appartement très ordinaire de Greg Feely, ou dans l'espace étrange autour de la base de The Hand. Mais dans ce mode de lecture, beaucoup de passages semblent déplacés ou inutiles. Beaucoup d'intrigues ne semblent déboucher sur rien (par exemple, qui sont Man Green et Man Yellow ?, dans quelle structure plus vaste s'insèrent-ils ?). Deuxième mode de lecture : chercher les métaphores. Ce niveau est accessible à tout le monde car Morrison est un scénariste chevronné. Ned Slade a oublié qui il était pendant qu'il prenait des vacances en tant que Greg Feely. Donc les personnes autour de lui lui expliquent ce qui se passe au fur et à mesure. le lecteur profite de ces explications et la première métaphore sur le système immunitaire apparaît évidente. À nouveau, Morrison utilise le postulat de base de la mémétique pour nourrir l'un des épisodes et développer une métaphore relative à la propagation des idées. Là encore, Weston et Erskine effectuent un travail incroyable en donnant forme aux concepts les plus sophistiqués de Morrison. Les véhicules utilisés par The Hand sont un mélange de technologie rétro-futuriste (la science fiction anglaise des années 1960) et de cauchemars (les dents acérées) dont l'amalgame est réussi. le paquebot géant évoque les luxueux palaces flottant et les illustrateurs ont bien fait leur travail de recherche de références pour que le résultat soit crédible et consistant. Avec ce mode de lecture, la structure du récit devient plus compréhensible, les scènes qui semblaient inutiles prennent du sens et la progression dramatique devient apparente. Troisième mode de lecture : interpréter les allégories. Alors là, c'est beaucoup plus dur. Morrison en explicite certaines (la nature des costumes revêtus par les agents de The Hand qui reposent sur les théories freudiennes), la relation entre le créateur et ses créations (l'ingérence d'agents de The Hand dans le comics dédié à Secret Original) et quelques autres. Et puis il y en a d'autres qui exigent une grande culture de la part du lecteur sur des sujets très hétéroclites. Lors de la parution de cette histoire, Morrison a par exemple expliqué qu'il avait bâti son récit sur les Qliphoth de la Kabbale (l'arbre des Sephirot négatifs, j'ai commencé par chercher sur wikipedia et il est évident qu'il va me falloir du temps pour assimiler ces concepts). Il faut également avoir une idée de qui est Max Hardcore (Paul Little) et ce qu'il a fait, pour comprendre la parodie de Tex Porneau et son engin pixellisé. Il faut également un petit peu de culture comics pour appréhender le concept de superhéros et ainsi faire émerger le lien organique qui existe entre Secret Original et son créateur, mais aussi ses lecteurs, pour en déduire que Morrison compare la réalité à un organisme vivant dont nous sommes des cellules codépendantes. J'ai été confronté à plusieurs reprisées à des concepts ou des idéologies qui me sont inconnus et qui me demanderont du temps pour les assimiler. de ce fait, il reste encore beaucoup d'éléments du récit qui ne font pas sens pour moi comme la signification de l'amour de Feely pour son chat. Et ce n'est qu'en rédigeant ce commentaire que j'ai compris d'où provient l'appel à l'aide laissé en lettres de sang sur un tampon hygiénique. Néanmoins le premier mode de lecture permet de trouver du plaisir à ces aventures du début jusqu'à la fin, même si l'on est perdu dans certains passages trop hermétiques ou trop intellectuels. Et puis les illustrations portent la lecture dans tous les passages, même les plus délirants. Weston et Erskine donnent des visages reconnaissables à chacun et transmettent le second degré du scénario. Par exemple, les agents de The Hand portent tous un postiche en guise de cheveux pour les isoler des ondes négatives. Il s'agit d'une idée loufoque de mauvaise science-fiction pour laquelle les illustrateurs ont trouvé le juste milieu entre perruques réalistes et moumoutes de clown. Ils mettent en scène les passages pornographiques sans tomber dans le voyeurisme, ni atténuer la cruauté de ces rapports. Ils mettent en image les motifs visuels (la main tenant le stylo) sans user de la photocopie, tout en créant un lien évident en ses différentes apparitions. À la fois pour les thèmes abordés et pour la complexité, cet ouvrage est à réserver à des adultes consentants et avertis. Je ne pense pas que l'on puisse comprendre tous les éléments du récit à la première lecture. Pour autant, Morrison, Weston et Esrkine ont créé une histoire regorgeant de matière et de symboles où tout le monde peut trouver quelque chose. Je relirai cette histoire avec plaisir d'ici un an ou deux, un peu à la manière de Watchmen pour lequel il faut plusieurs lectures pour déceler les correspondances, les indices et les significations multiples.
Flex Mentallo
Surcharge cognitive et émotionnelle - Il s'agit d'une minisérie complète, en 4 épisodes initialement parus en 1996. Flex Mentallo est un personnage créé par Grant Morrison et apparu pour la première fois dans un épisode de la Doom Patrol (dans Down paradise way). Cette édition est dite "deluxe" car elle est en format un peu plus grand que le format comics, les planches ont bénéficié d'une nouvelle mise en couleurs, elle contient 6 pages d'esquisses préliminaires, et 6 pages crayonnées en noir & blanc. L'histoire débute par un texte de 4 pages relatant la création de Flex Mentallo (Man of Muscle Mystery) par Chuck Fiasco pendant le Golden Age des comics (à peu près de la fin des années 1930 à la fin des années 1940), et la reprise de la série par Wallace Sage qui en a fait une quête pour la vérité absolue dans les années 1960 à 1963. Après cette introduction qui est partie intégrante de la narration, la bande dessinée commence en propre et un homme en imperméable dont le visage est mangé dans l'ombre d'un chapeau lance une bombe dont l'explosion donne naissance à un univers sous forme d'un Big Bang, à moins que ce ne soit une marque bizarre sur une coquille d'oeuf, ou un croquis rapide de Flex Mentallo sur un bloc note, alors qu'il attend sa commande de hamburgers. C'est alors qu'apparaît l'homme en question dans le restaurant et qu'il jette une bombe (seulement 4 pages se sont écoulées). Dans son appartement, Wallace Sage est en train de téléphoner à une association d'écoute et d'aide ; il vient d'avaler un mélange de médicaments et de drogues et il souhaite parler à quelqu'un de ses problèmes. Dans le cadre de son enquête Mentallo se rend au commissariat où un inspecteur prénommé Harry (avec un problème de poisson rouge nommé Peter) lui apprend que ces bombes sont posées par un groupuscule appelé Factory X. Grant Morrison a expliqué après coup que "Flex Mentallo" constitue la première partie d'une trilogie thématique avec (2) The Invisibles (1994-2000), et (3) The Filth (2002). Effectivement ce récit appartient aux œuvres conceptuelles de l'auteur. Il marque également sa première collaboration avec l'illustrateur Frank Quitely. Dans sa conception, cette histoire s'apparente à The Filth. Il y a un premier niveau de lecture concret qui suit 3 personnages (Flex Mentallo, Wallace Sage et l'inspecteur Harry) dans leurs péripéties. Flex Mentallo effectue une enquête très surréaliste, rencontrant des figures imposées des comics de superhéros, à la fois archétypales, et totalement uniques. Il y a ces bombes qui n'occasionnent que des dégâts sur l'état d'esprit des victimes (la peur du terrorisme), cette école abandonnée pour jeunes assistants de superhéros (sidekick), ce supercriminel à 5 têtes chacune à base d'une variété différente de mentallium (une version de la kryptonite adaptée à Flex Mentallo), la Légion des Légions (ce supergroupe de superhéros dont le nom évoque la multitude kitchissime des membres de la Legion of SuperHeroes), le mot de pouvoir qui transforme un individu en superhéros (allusion au SHAZAM de Captain Marvel), et Flex Mentallo lui-même (superhéros au pouvoir impossible, à la musculature hypertrophiée, au slip de bain léopard marié à des bottes de catcheur, totalement ridicule, absolument impressionnant). Au travers de sa conversation avec un service téléphonique d'écoute et d'aide psychologique, Wallace Sage retrace l'évolution de son amour des superhéros comme genre "littéraire", son développement en tant que scénariste, sa volonté de dire quelque chose de signifiant au travers des aventures de superhéros, sa quête de sens. Enfin il y a cet inspecteur Harry (c'est son prénom) bedonnant et bourru, qui enquête en acceptant de s'associer avec un supercriminel. Le personnage de Wallace Sage permet tout de suite au lecteur de comprendre que ce récit est en partie autobiographique et que Sage est un double fictionnel de Morrison qui lui permet d'exposer son parcours de lecteur de comics, et d'analyser sa soif d'aller chercher une vérité non conventionnelle, hors d'une culture classique et institutionnalisée. Les personnages deviennent alors des métaphores (deuxième niveau de lecture) remplaçant leur contrepartie dans la réalité, et permettant à Morrison d'user d'un humour sarcastique. Il peut recaser les phrases clichés des comics dans la bouche de Flex Mentallo et des autres, à prendre à la fois au premier degré dans le cadre de l'action, à la fois au second degré comme une mise en évidence de l'idiotie de ces phrases toutes faites telles que "Reality dies at dawn !", "Humanity's counting on us to save the world !", etc. Mais il utilise également Sage pour ironiser sur les clichés accolés aux lecteurs de comics, par exemple quand il demande à son auditeur qui a besoin des filles quand il y a des comics. Bien sûr, Flex Mentallo et Wallace Sage sont des allégories, des représentations de plusieurs concepts abstraits tels que l'évolution des histoires de superhéros au fil des décennies, et de l'auteur de comics s'interrogeant sur les sources de son inspiration, la valeur de la sous-culture populaire, la validité littéraire des récits de genre. Pour cet histoire, Morrison bénéficie d'un illustrateur haut de gamme pour mettre en images ses concepts ébouriffants : Frank Quitely, encore jeune dessinateur à l'époque. Ils collaboreront régulièrement ensemble par la suite sur les New X-Men, All-Star Superman et Batman & Robin. Il emploie ici un style de dessins détaillés, photoréaliste, dans lequel les libertés prises avec la réalité s'amalgament parfaitement avec les aspects prosaïques. Un homme en slip léopard avec une musculature impossible et des bottes à lacets, c'est ridicule et grotesque. Sous la plume de Quitely, c'est possible, sans solution de continuité avec le monde dans lequel il évolue. À la fois les dessins de Quitely parviennent à convaincre le lecteur que ce personnage (et les autres superhéros) a sa place dans cet environnement, à la fois il est ridicule du fait du réalisme, et de son superpouvoir absurde. Quitely a pris le soin de concevoir des visages très spécifiques pour chaque personnage, très réalistes, sans être outrageusement marqués. Cet investissement dans l'apparence des individus les fait exister comme dans peu de bandes dessinées (ah ! les gros sourcils de Harry, la coiffure de Flex, etc.). Quitely s'applique également pour chaque décor, et le lecteur peut pleinement s'immerger dans ce monde dense et particulier. Pour cette histoire, Morrison a vraiment eu la chance d'avoir un dessinateur à la hauteur capable de tout faire passer, même les séquences les plus fragiles. Il y a cette page incroyable où un supercriminel (Hoax) fait croire à l'inspecteur Harry qu'ils viennent de s'évader de sa cellule grâce à un tour d'illusionniste. Quitely a su trouver le parfait dosage pour rendre palpable ce moment de prestidigitation, un pur moment de bande dessinée, impossible à transposer dans un autre média. "Flex Mentallo" appartient à la catégorie des comics conceptuels et intellectuels de Grant Morrison. Il présente plusieurs particularités qui le rendent un peu plus accessible. (1) Sa brièveté : malgré une structure complexe articulée autour de 3 personnages, plusieurs niveaux de réalité et de conscience, et une forte connectivité entre les événements qui va au-delà de la causalité entre plusieurs passages, le lecteur peut se souvenir de tout et déchiffrer chaque lien. (2) Frank Quitely : son implication est totale et il cisèle chaque illustration avec une grande sensibilité et une compréhension parfaite du scénario ; il met servilement et fidèlement en images le récit, tout en lui conférant une densité substantielle, sans devenir un obstacle à la lecture. (3) Cette histoire est en même temps la profession de foi de Morrison en tant que créateur de comics, et son parcours de développement personnel ; cette dernière composante apporte une dimension relativement didactique qui aide le lecteur dans cette aventure. (4) le récit se termine de manière claire et satisfaisante. Grant Morrison et Frank Quitely ont réalisé une histoire palpitante, pleine d'action et de sensations fortes, qui constitue un véritable manifeste de créateurs de comics exigeant. Oui ils créent des visions et les envoient à la figure des lecteurs tels des bombes, modifiant leur état psychologique, et même leur vision du monde ! Tout le programme annoncé dans la métaphore de la page d'ouverture !
Lodger
Les voyages forment la jeunesse. - Ce tome contient une histoire complète indépendante de toute autre. Il contient les 5 épisodes de la minisérie, initialement parus en 2018/2019, coécrits par David & Maria Lapham, dessinés et encrés par David Lapham. Il s'agit d'une bande dessinée en noir & blanc. Ed Piskor a écrit une introduction d'une page, soulignant le fait que les époux Lapham écrivent des personnages complexes qui dépassant les catégories Bons & Méchants, et qu'ils comptent sur l'intelligence du lecteur pour participer activement. le tome comprend également la couverture variante réalisée par Bill Sienkiewcz, ainsi que 8 pages de crayonnés et d'études graphiques. Dans son blog, Lodger évoque son arrivée dans la petite ville de Blossom, 1.400 habitants, située au nord du Lac Supérieur, après avoir passé 2 mois à voyager en bus. Dans un des pavillons, un homme âgé rentre chez lui et se rend dans la chambre où sa femme est alitée. Il indique qu'il a parlé à quelqu'un (peut-être leur fils) et que celui-ci va venir séjourner quelques jours chez eux, ce qui amène un grand sourire sur le visage de sa femme. Il lui rabat son masque sur les yeux pour qu'elle se rendorme. Dans son blog, Lodger continue d'expliquer son périple : il a préféré s'arrêter à Blossom, plutôt que de se rendre à Winnipeg comme il en avait l'intention, la ville lui semblant très accueillante. Ailleurs dans la ville, Ricky arrive au volant d'une voiture et se stationne devant le drugstore. Elle parle à haute voix à un certain Golddigger. Alors qu'elle va pour y entrer, un vieil homme ouvre la porte, en sort et la lui tient ouverte en l'assurant qu'elle sera comblée par les glaces faites maison. Elle se dirige vers le comptoir et se renseigne auprès du barman pour savoir pourquoi il y a autant de voitures de police dans la rue. Ricky indique au barman qu'elle a lu de bonnes appréciations sur le blog de Lodger. Elle lui pose des questions sur les glaces faites maison, et en particulier le parfum Rêve d'Amande. Finalement elle repart sans avoir rien consommé et se rend chez Jeanie Southbird, une habitante louant des chambres près du lac. Sur le pas de la porte, elle remarque le courrier accumulé non ouvert. Elle rentre à l'intérieur et découvre la logeuse inconsciente sur son lit, ses chats en train de la regarder. Il y a des mouches qui baguenaudent sur son visage : elle semble morte, suite à un suicide médicamenteux. Ricky fouille un peu dans ses affaires, puis s'éclipse discrètement par la porte de derrière. Elle s'est éloignée de quelques mètres quand une voix lui intime de s'arrêter, de placer ses mains sur la tête, et de se retourner. Ricky Toledo obtempère à l'injonction des 2 policiers, tout en faisant discrètement tomber son revolver par terre, à leur insu. Ils vérifient son identité et elle leur indique que la veille elle se trouvait au Pine Ranch Lodge, en bordure de la ville d'Omaha. Un policier vérifie ses dires, pendant qu'elle explique à l'autre qu'elle recherchait Freddie, son copain qui l'a laissée tomber. L'autre policier revient en indiquant qu'un autre cadavre vient d'être découvert. Un lecteur avertit en vaut deux et ce ne sera pas de trop. S'il connaît déjà les époux Lapham pour leur série Stray Bullets, le lecteur sait qu'il s'apprête à plonger dans un polar noir et glauque. S'il a lu l'introduction d'Ed Piskor, il sait qu'il va devoir mettre son cerveau à contribution pour une lecture active. Sinon, il découvre une première page attestant déjà d'une narration sophistiquée : les cellules de texte s'apparentant à des entrées de blog de voyage, les dessins montrant des lieux de vacances avec une suite indiquant la progression de celui qui regarde. Dès la deuxième page, il (re)trouve le découpage de planche qu'affectionne David Lapham : une grille de 8 cases répartie en 4 lignes de 2 cases. En fonction de la séquence, l'artiste peut fusionner 4 de ces cases pour n'en former qu'une : les 2 bandes supérieures, ou les 2 bandes intermédiaires, ou encore les deux bandes inférieures. Il s'agit d'une disposition de cases de type gaufrier, reproduite systématiquement, ce qui produit un effet un peu surprenant de prime abord. Elle renforce la force du lien de cause à effet entre les 2 cases de chaque bande, et elle imprime un rythme très régulier. Les auteurs s'en servent pour accenteur la déstabilisation du lecteur. En effet, il faut du temps au lecteur pour remettre les faits dans l'ordre. le récit est construit en rapprochant des séquences qui ne se déroulent pas dans l'ordre chronologique. Comme à chaque fois dans la mise en pratique de cette recomposition temporelle, le lecteur s'interroge sur ce qu'elle apporte à l'expérience de lecture. le premier effet est de maintenir le lecteur sur le qui-vive puisqu'il ne peut pas faire l'économie d'un dessin ou d'une phrase, et qu'il se demande quel lien logique unit ces différentes informations. Il prête également plus d'attention aux informations visuelles, le dessinateur réalisant des images très prosaïques, banales même, mais pouvant pourtant receler un autre sens. Cela commence dès la deuxième scène : que faut-il voir ou comprendre dans les gestes attentionnés de Carl pour Carla-Ann sa femme alitée ? Lapham fait en sorte de dessiner la séquence, les gestes, pour que le lecteur s'interroge sur l'intention réelle du mari. Page 11, le vieux monsieur tapote sur l'épaule de Ricky pour un geste affectueux dénué de sous entendu pervers. Page 21, le lecteur se rend compte qu'il a sous-estimé l'importance de ce geste, surtout parce que le dessin ne montrait pas tout. Pour autant il n'a pas besoin de revenir en arrière pour s'assurer de ce qui s'est passé. le deuxième effet est que chaque séquence génère des sensations et des ressentis plus riches : celui généré par ce qui est montré au premier degré, celui généré par les suppositions que le lecteur est amené à faire, celui qui survient en décalé quand il prend la mesure de ce qui s'est passé. du coup, le lecteur est plus attentif, et le récit exhale plus de saveurs : la forme recomposée de la ligne temporelle se trouve pleinement justifiée. Les dessins réussissent à dégager à la fois une sensation de spontanéité et de rigueur, pour une impression globale surprenante. Prises une par une, les cases comportent un bon niveau de densité d'informations visuelles, concrètes. L'artiste montre la petite ville de Blossom, en bordure du lac, avec ses bâtiments à un étage, bien alignés le long de la rue principale en bordure du lac, les bungalows majoritairement bon marché en périphérie de la ville, la gare routière très fonctionnelle portant déjà les premières marques de l'usure du temps. La majeure partie des retours en arrière se déroulent à Elroy, en Arizona, une ville écrasée par la chaleur, comptant 312 habitants (enfin 312 au début) : le lecteur voit que cette petite ville s'est construite en fonction de la chaleur, pour des habitants avec un budget limité. Tout du long du récit, les personnages évoluent dans une Amérique des classes populaires. Les décors informent donc le lecteur sur leur niveau social et le récit comme l'intrigue sont intrinsèquement liés à ces lieux banals et fonctionnels. Les auteurs s'en servent pour opposer cette normalité au comportement des personnages. La couverture annonce la couleur : une jeune femme sous le coup d'une forte perturbation émotionnelle armée d'un flingue. Il s'est passé quelque chose et ça va dégénérer. Rapidement, le lecteur comprend que Ricky est à la poursuite de l'individu qui tient le blog du Lodger, et qu'il s'est passé quelque chose de traumatisant à Elroy par le passé, quand elle était plus jeune. Dans un premier temps, il hésite à imputer les entrées sur Lodger sur le blog à Dante ou à Ricky elle-même. Cela fait partie de la dimension active de la lecture, et cela rapproche finalement le poursuivant et le poursuivi, montrant que leur état d'esprit est potentiellement plus similaire qu'il n'y paraît. le décalage entre les entrées de blog et ce que montrent les dessins introduit également une forme de schizophrénie car il n'y a pas exacte correspondance entre les 2 points de vue. Cela sous-entend qu'un ou deux personnages, ou peut-être plus ne sont pas forcément bien dans leur tête, que ce soit sur le plan émotionnel, ou sur leur façon d'interpréter la réalité qu'ils captent avec leurs sens. Les températures très élevées d'Elroy (en moyenne et en valeur absolue) échauffent les esprits et affectent les comportements. Ricky fait régulièrement usage de violence et se montre obsédée par l'idée de retrouver Dante. Ce dernier a également une drôle de façon d'envisager sa place dans la société et le rôle qu'il souhaite y jouer. Quand le lecteur arrive à la fin du récit, il se rend compte que toutes les pièces du puzzle se sont assemblées d'elles-mêmes sans qu'il ne doive fournir d'effort supplémentaire, sans qu'il ne doive retourner en arrière. La recomposition de la ligne temporelle s'est avérée un dispositif pertinent et bien utilisé, donnant plus d'impact au drame qui vient de se jouer. Lodger n'est pas une lecture facile et immédiate en cela qu'il faut accepter de participer de manière active pour se demander ce qui se passe réellement, à partir de ce qui est dit et montré, et pour reconstituer progressivement la chronologie des événements. Dans le même temps, c'est un récit qui touche le lecteur directement, du fait des émotions et des états d'esprit des personnages, et de leur léger décalage par rapport à ce que le lecteur considère être comme normal. Alors qu'il observe des endroits banals et communs, il se rend compte des petites bizarreries dans le comportement et les réactions des uns des autres, comme lui-même peut se sentir en décalage avec les personnes qui l'entourent et qu'il côtoie. de séquence en séquence, il mesure à la fois le naturel du comportement de Ricky, de Dante et des autres, ainsi que leur anormalité, éprouvant l'expérience d'être eux. Il ressort bouleversé en ayant compris le manque émotionnel qui habite Ricky.
Savage
La fin justifie les moyens. - Ce tome fait suite à "Invasion!" (en anglais), l'une des 4 histoires présentes dans le premier numéro de l'hebdomadaire anglais "2000 AD". Il contient une saison complète, découpée en 3 chapitres, initialement parus dans les numéros 1387 à 1396, 1450 à 1459, et 1526 à 1535, de "2000 AD", en 2004 (chapitre I), 2005 (chapitre II) et 2007 (chapitre III). Les 3 chapitres ont été réalisés par Pat Mills (scénario) et Charlie Adlard (dessins et encrage). Il s'agit d'une bande dessinée en noir & blanc, de 190 pages. L'histoire se déroule en 2004, alors que l'Angleterre a été envahie par les Volgans en 1999. Les États-Unis ont signé un pacte de non-intervention avec les volgans. Sur le territoire anglais, la résistance existe et elle dispose d'une organisation structurée. Bill Savage y occupe une place de choix en tant qu'opérateur de terrain, du fait de ses actions d'éclats chroniquées dans "Invasion!". Après avoir s'être fait refait le visage au Canada, il revient en Angleterre, où il usurpe l'identité de son frère Jack, porté disparu, vraisemblablement mort. Sous couvert de sa fausse identité, Bill Savage continue ses actions de sabotage la nuit, en plein Londres avec d'autres résistants. Première mission : libérer Rusty, un compagnon d'armes capturé à la suite de l'accident qui a fait passer Bill pour mort. Puis il faut éviter de se faire prendre, et essayer de retourner l'opinion publique, pour provoquer un soulèvement populaire contre l'occupant. Cette histoire bénéficie d'une courte préface d'une page, écrite par Pat Mills en mars 2007, où il évoque rapidement l'une de ses sources d'inspiration (un voyage à Plovdiv en Bulgarie en 2002), ainsi que sa volonté de donner plus de consistance à la personnalité de Bill Savage. Si cette histoire a connu un regain d'intérêt, et une publication en version française, c'est du fait du dessinateur : Charlie Aldlard, dessinateur professionnel depuis le début des années 1990, mais ayant connu le succès grâce à sa participation à la série Walking Dead de Robert Kirkman dont il est le dessinateur en titre depuis l'épisode 7, en 2004. Le lecteur de Walking Dead retrouve les dessins caractéristiques de cet artiste. Il y a pour commencer cet usage intensif d'aplats de noir massifs, des gros blocs qui donnent du poids à chaque case. Il y a la facilité apparente avec laquelle il dessine des personnages normaux, à la morphologie raisonnable (pas de muscles hypertrophiés), des tenues vestimentaires de tous les jours (sans beaucoup de détails, mais suffisamment pour ne pas donner l'impression que tout le monde est en jean & T-shirt). Les personnages sont aisément reconnaissables du premier coup d'oeil, avec une apparence cohérente du début jusqu'à la fin. Les expressions des visages ne sont pas très nuancées, mais elles sont assez justes pour que le lecteur puisse se faire une idée claire de l'état d'esprit de chaque personnage. Adlard aborde les accessoires de la même manière. Il ne s'agit pas d'en mettre partout dans toutes les cases. Mais il y apporte un soin réel, comme les ordinateurs, les pots à crayons, les voitures, les couverts, ou encore les draps de lit. De séquence en séquence, le lecteur peut constater qu'Adlard apporte une véritable attention dans les décors et les arrière-plans. Il est possible d'identifier certains monuments de Londres, comme Westminster Abbey. Les façades des immeubles ressemblent à celles bien réelles que l'on peut voir dans cette ville. le lecteur constate que le niveau de détails des décors est assez élevé, et qu'ils sont présents très régulièrement, lui permettant de s'immerger dans cette guérilla urbaine. Les séquences d'action sont facilement lisibles et fluides, sans en devenir trop spectaculaires, ce qui aurait constitué un contresens par rapport à la tonalité du récit. Éventuellement le lecteur un peu tatillon pourra se lasser du systématisme dans les aplats de noir, sans réelle logique avec les ombres portées. Ce même lecteur constate qu'en tant que metteur en scène, Adlard manque d'imagination lors des scènes de dialogue, n'hésitant pas s'en tenir à des cases occupées uniquement de têtes en train de parler. Mais il s'agit de défauts mineurs au regard de la qualité de sa narration visuelle. Dans le premier tome "Invasion!", le scénariste Gerry Finley-Day dépeignait Bill Savage comme un individu n'ayant rien à perdre, et ayant juré de massacrer le plus possible de soldats volgans, et même les collaborateurs anglais se trouvant sur son chemin. Pat Mills décide de ramener le personnage au coeur du territoire occupé, à Londres. Il commence par éclaircir la question de la nationalité des volgans, en indiquant qu'il s'agit du nom d'un parti politique créé par le maréchal Vlad Vashkov, en mémoire de Joseph Staline. Page 15, il expose la chronologie des événements ayant mené à l'invasion de l'Angleterre de manière synthétique et concise. Et c'est parti. Le principe de a série reste basique : Bill Savage extermine des volgans à coup de carabine, et continue à tuer sans état d'âme tous les collabos. Les objectifs de la résistance prennent de l'ampleur, jusqu'à préparer l'assassinat de Vlad Vashkov (le chef d'état volgan), lors d'une visite officielle à Londres. Bill Savage est un combattant hors pair, tuant sans hésitation, grand et fort. S'il se tire souvent de situations périlleuses et de pièges, il commet aussi des erreurs qui lui coûtent cher. le lecteur apprécie d'avoir son quota d'action spectaculaire, mais pas trop. Il constate que Pat Mills n'a rien perdu de son inventivité sadique, qu'il s'agisse du goudron pyrophorique (les individus posant le pied dessus prennent feu), ou du sort réservé aux prisonniers (âmes sensibles s'abstenir). Le scénariste a l'art et la manière pour que son intrigue dégage une impression de vraisemblance, à la fois quant aux capacités de Bill Savage, à ses stratégies (même s'il fonce parfois dans le tas pour s'en sortir), et à la politique d'occupation des volgans qui n'a rien de naïve. À plusieurs reprises, le lecteur constate que les actions des uns et des autres évoquent des stratégies réelles mises en place lors de la seconde guerre mondiale, ou dans d'autres pays occupés plus récemment. Petit à petit, le récit prend une dimension horrifique du fait de sa vraisemblance, malgré ses dehors d'anticipation. Pour commencer, Bill Savage lui-même n'est pas un preux chevalier sur son destrier. Il tue sans remords les soldats ennemis, comme s'il ne s'agissait que de pions interchangeables. Or Pat Mills prend la peine à plusieurs reprises de montrer qu'il s'agit de simples troufions, des êtres humains dont le travail est d'être soldat, sans réelle conviction politique. Il ne va pas jusqu'à les dépeindre comme des individus peu consciencieux, juste des êtres humains faisant leur boulot. Effectivement, il insère dans la narration quelques tortionnaires particulièrement impliqués. Mais à la surprise du lecteur, ces tortionnaires peuvent aussi bien être des volgans, que des anglais. Les fanatiques et les profiteurs sont dans les 2 camps, et ils appartiennent aux 2 sexes (la terrible et crédible Svetlana Jaksic pour les volgans). Bill Savage présente la même ambigüité. Certes Pat Mills joue avec le patriotisme anglais, en montrant les anglais bon teint (ouvriers, comme cols blancs) humiliés par l'envahisseur (et même des femmes violées par les soldats volgans, hors caméra, fait malheureusement courant lors d'une invasion). Mais Bill Savage est un individu violent. Il ne mène pas une guerre de salon, ou une guerre propre. Dans sa série La grande guerre de Charlie, Pat Mills a exposé sa façon de concevoir la guerre : une guerre propre est une vue de l'esprit, ça n'existe pas. Il n'est donc pas étonnant que Savage se salisse les mains, et ne fasse pas de détails. Un bon ennemi est un ennemi mort. Il est légitime de résister à l'envahisseur, et c'est même un devoir, mais ça ne grandit en rien le personnage principal. Non seulement Savage n'hésite pas à tuer y compris des anglais, mais ne plus il manipule les autres autour de lui pour sa cause, à savoir la résistance. Il n'éprouve aucun scrupule à se servir de Noddy (le mari de sa sœur Cassie), même si celui-ci n'a plus toute sa tête et ne se rend pas compte des risques qu'il prend. Il n'hésite pas à le menacer physiquement pour obtenir de lui ce qu'il veut. Il doit y avoir une résistance contre l'occupant, mais elle ne sera jamais propre ou même honorable. La fin justifie les moyens, et la vengeance est la motivation première. Pat Mills montre très bien comment les chefs d'état-major ou des gouvernements usent de tous les stratagèmes à leur disposition pour manipuler l'opinion. Bill Savage n'hésite pas à organiser des coups d'éclat pour frapper l'opinion, même si le coût en vie humaine est élevé, tant pis pour les otages détenus par les volgans. Les États-Unis n'hésitent pas à acheter la paix en laissant les anglais à leur triste sort, de l'autre côté de l'océan. Bien sûr, le gouvernement volgan et le maréchal Vashkov sont ceux qui utilisent les moyens les plus perfides, de la torture des prisonniers, à la manipulation par les médias (avec des émissions de télévision calibrées pour faire accepter la situation de manière subliminale), en maquillant le massacre d'otages en exécution de dangereux terroristes, pour conserver une paix précaire, et faire avancer le pays vers la paix, dans une démarche prétendument participative. L'accumulation de ces manipulations et de ces vies humaines gaspillées finit par installer un climat de terreur palpable, une horreur omniprésente et très concrète. Quand Pat Mills joue avec les médias pour montrer comment les hommes de pouvoir les manipulent, il semble décrire une réalité bien concrète et présente, indépendamment du contexte d'occupation du récit. Les médias décrits ne sont pas ceux d'une anticipation farfelue, mais bien ceux en place aujourd'hui, le sous-entendu que le concept de "temps de cerveau disponible" et d'acceptation de l'idéologie en place sert de nombreux intérêts qui ne sont pas forcément ceux du peuple, ou de l'individu. L'intimidation qui pèse sur le journaliste Tom Savage (un frère de Bill) ne semble pas relever que de la pure fiction, mais renvoie à des faits bien réels de menaces pour faire taire les reporters trop compétents. Ce tome peut se lire comme une saison autonome de la série "Savage", autocontenue, Pat Mills prenant soin d'effectuer tous les rappels nécessaires de manière claire et concise, la fin apportant un niveau de résolution satisfaisant. Les dessins de Charlie Adlard décrivent un monde noir et violent, où les faibles sont des victimes toutes désignées. le scénario de Pat Mills dépasse largement le simple cadre du récit d'aventure, ou même de celui de la résistance contre l'occupant, pour emmener le lecteur vers une réflexion sur les exigences des conflits armés, leurs dommages collatéraux, les bobards que le vulgus pecum est prêt à accepter en toute connaissance de cause pour bénéficier de la paix. Ces auteurs ne décrivent pas un monde d'anticipation, mais les différents degrés de totalitarisme qui accompagnent toute forme de gouvernement, par les politiques, par l'argent, par l'idéologie… Pour les plus courageux, Bill Savage continue de se battre dans "The Guv'nor" (en anglais) avec des dessins de Patrick Goddard, et toujours un scénario de Pat Mills.
Idées Noires
Du grand Art de l'humour Noir ! Noir de café, qui ne fait pas toujours rire d'ailleurs car bien souvent glaçant de réalisme. Sans en avoir aucune preuve, je pense que l'auteur y a laché ces tripes et son mal de vivre, qui en faisait un grand artiste mais peut-être pas tout a fait heureux .... A lire d'urgence car intemporel : la bêtise et la cupidité humaine reste et restera à jamais.
Gaston Lagaffe
Un grand monument de mon enfance, et totalement intemporel : 5/5 ! Il n'a pas du être facile pour Franquin d'imposer cet anti-héros maladroit et paresseux à l'époque !! De plus la galerie de personnages hauts en couleur l'accompagne bien : d'abord Fantasio et Prunelle, accompagnés de de Mesmaeker et ses contrats (dont on ne saura jamais ce sur quoi ils portent), suivis de Lebrac, de Jules-de-chez-Smith-en-face, du chat, de la mouette (officiellement) rieuse, de la souris, du labo de chimie amusante (sauf pour les architectes de l'autre côté du mur), du gaffophone, de la gaffomobile (avec Longtarin),.... Mention spéciale au R5, avec ces textes à hurler de rire.
Orchidea
Une des grandes grandes BD de Cosey avec Le Voyage en Italie ! On y retrouve cette touche sentimentale, un peu hippies des 70's, avec des gens comme vous et moi, imparfaits et entrainés dans une histoire qu'ils devraient pouvoir gérer mais sans y arriver tout à fait ... C'est a ce point réaliste qu'on se demande si on ne pourrait pas être à la place des personnages, en le craignant un peu... Si j'apprécie beaucoup son dessin en ligne claire (bien que pas parfait), c'est bien le scénario qui qui en fait un grand moment : même si sur le coup on peut avoir un petit sentiment d'inachevé, un petit manque d'on ne sait quoi, c'est l'un des rares scénaristes où on repense à l'histoire qq jours plus tard en se disant "Et si c'était moi sur qui ça tombe ??!!"
Le Voyage en Italie
Une des grandes grandes BD de Cosey avec Orchidea ! On y retrouve cette touche sentimentale, un peu hippies des 70's, avec des gens comme vous et moi, imparfaits et entrainés dans une histoire qu'ils devraient pouvoir gérer mais sans y arriver tout à fait ... C'est a ce point réaliste qu'on se demande si on ne pourrait pas être à la place des personnages, en le craignant un peu... Si j'apprécie beaucoup son dessin en ligne claire (bien que pas parfait), c'est bien le scénario qui qui en fait un grand moment : même si sur le coup on peut avoir un petit sentiment d'inachevé, un petit manque d'on ne sait quoi, c'est l'un des rares scénaristes où on repense à l'histoire qq jours plus tard en se disant "Et si c'était moi sur qui ça tombe ??!!"