Un chef-d’œuvre, n’ayons pas peur des mots.
Un chef-d’œuvre graphique, tout d’abord. La maîtrise dont fait preuve l’artiste dans ce domaine est bluffante. Jeux d’ombres, cadrages, hachures, composition des planches : tout ici est incroyablement envoûtant. Les décors sont d’une richesse extraordinaire, et les intérieurs, plus particulièrement.
Une grande œuvre narrative, ensuite. Cet hommage à la littérature fantastique des années 20 en général et de Lovecraft en particulier est très réussi. Complexe, il nécessitera certainement une deuxième lecture. En effet, Andreas distille les indices avec parcimonie tout en fournissant bien des planches obscures (voire hermétiques) en première lecture. Mais, une fois la lecture terminée, toutes les zones d’ombres s’éclairent et la tentation devient grande d’enchaîner directement une nouvelle découverte de l’œuvre au bénéfice de ce nouvel éclairage.
Envoûtant, étrange, bluffant, complexe, inquiétant, maîtrisé : comment voulez-vous que je mette une autre appréciation que ce 5/5 amplement mérité ?
A noter que les deux premiers tomes se suffisent à eux-mêmes, mais le troisième n’est pas dispensable pour la cause.
On aime ou on n’aime pas.
Attention nous sommes dans un genre très particulier, en plus d'être une BD pornographique (n'ayons pas peur des mots même si je n'aime pas trop ce terme), c'est une BD ultra spécialisée, ce n'est pas juste "une BD de cul" qui se lit d'une main.
Xavier Duvet nous amène dans le milieu SM, mais surtout nous amène dans les méandres du fétichisme. Ici il s'agit d'évoquer le fétichisme des bas, des collants et autres articles qui mettent en général si bien en valeur les formes féminines. Mais là encore Duvet pousse le paroxysme de la féminisation en l'appliquant à l'homme. Osé me dire vous? Oui mais l'artiste s'en sort avec brio. La maitrise graphique de Duvet est telle qu'il parvient à transformer un homme en une créature si sensuelle qu'on en oublie barrière des sexes.
Lorsqu'on arrive à la fin de la BD, on ne peut que constater que l'auteur à atteint son but tant le dessin est troublant. Les planches généreuses et superbement illustrées font mouche à chaque fois. On ne peut rester insensible à la lecture de cette BD.
Enfin, il n'y a, à mon sens, rien de plus difficile que de dessiner des personnages de façon réaliste sans faire d'erreur de perspective ou de proportion. Là encore Duvet nous ébloui de son talent qui touche à la perfection (seuls Luis Royo ou Sorayama arrivent dans un registre plus érotique à une telle maitrise).
En résumé une BD pour les amateurs éclairés qui sauront prendre la pleine mesure de l'univers développé par le Maître.
6/5 pour le dessin.
4/5 pour le scénario.
J'aurai bien mis un coup de coeur, mais c'est impossible tant le contenu de cette BD est dur.
Je suis admiratif du travail fourni par l'auteur mais écoeuré par le personnage du père.
Cette histoire sent le vécu, elle est racontée simplement, il n'y a pas besoin d'en rajouter pour décrire ce fléau qu'est l'inceste.
Je ne vais pas relater les faits de cette BD, il est préférable de la lire.
Comme les autres posteurs, je préfère prévenir : c'est une BD sur laquelle il faut s'accrocher.
Toute la haine que cette jeune fille n'exprime pas vous retombe dessus.
Cette lecture laisse des marques et ouvre les yeux sur un sujet tabou qui doit certainement être plus rependu que l'on pense.
Jamais le contenu d'une BD ne m'avait autant révolté.
Après réflexion, je passe ma note à 5/5 car ce one-shot témoignage m'a marqué à jamais, chose rare avec ce support.
On pourrait s'arrêter à une première impression et déclarer qu'il s'agit d'une sympathique oeuvre pour ado, à la limite de la parodie et dont le scénario avance laborieusement.
Dire que ce premier tome est un bon moyen de s'amuser en mettant en veilleuse son cerveau.
On pourrait aussi reprocher au dessin, même s'il est techniquement excellent, de manquer un brin de personnalité, bien que le travail sur les ombres et les lumières ainsi que la narration soient très soignés.
C'est à la relecture qu'on découvre les petites subtilités disséminées un peu partout dans l'épais volume. Les prises de position militante de l'auteur. L'empathie pour chacun de ses personnages du plus vilain au plus insignifiant. La méticulosité apportée à chaque détail de la vie de ces étudiants apprentis héros. La représentation loufoque de la guerre des sexes.
Et cet amour immodéré pour un genre en mal de reconnaissance: le bis.
Après lecture du deuxième opus qui va bien au delà du premier tome, je vais sauter le pas et attribuer un 5 bien mérité à cette série !
Juste une petite mise en garde pour commencer :
la série n'est pas finie et fort malheureusement, elle ne se terminera probablement jamais pour le plus grand malheur des amateurs tel que je suis.
D'ailleurs, j'ai du mal à comprendre pourquoi aucun éditeur n'est tombé sur le dos de Lidwine pour le forcer à finir son œuvre coûte que coûte ? On aurait sûrement assisté à la naissance d'un immense chef d'œuvre...
Mais que font les éditeurs ?
Tout y est : dessins, coup de crayon, couleurs, scénario, mise en scène, personnages principaux et secondaires, ambiance, monde imaginaire fantastique, cadre onirique, imagination bucolique et j'en passe... Tout est calé au millimètre près. Y a du très grand génie là dessous !
C'est tout simplement incroyable, et tellement incroyable qu'on a parfois du mal à y croire. Et oui, les génies ne sont pas toujours compris de leurs contemporains (n'a-t-il pas été reproché à Mozart de mettre "trop de notes" dans sa musique).
Lidwine nous emmène dans un conte féérique qu'il nous fait découvrir avec une poésie généreuse doublée d'une mélancolie lancinante particulièrement chiadée. J'ai été subjugué par cet album !
L'histoire se pose avec une finesse sans égale. Le lecteur rentre dans un monde torturé de mille sévices et l'auteur nous le fait découvrir avec simplicité. il y a même une certaine candeur dans la narration. Elle est presque détachée des évènements, ce qui permet au lecteur de prendre du recul et d'avoir un regard quasi objectif sur ce qu'il lit.
Laisser le lecteur à sa libre interprétation, c'est aussi prendre le risque qu'il ne comprenne pas.
Lidwine est et s'impose comme un chercheur dans l'art de la BD. La complexité qui en ressort n'est qu'une fausse image de ce qu'il veut nous faire transparaître. Avec une extraordinaire sobriété, il décrit magnifiquement les convulsions d'un monde à l'agonie. Humblement, il pose un décor digne des plus grandes légendes de notre monde.
Ce travail a été réalisé avec une énorme passion et une grande conviction. Lidwine a du beaucoup donner de lui même dans cette œuvre : il aurait fallu le reconnaître et le soutenir dans son travail.
Du génie, du génie, et encore du génie.
Évidemment, ce n'est pas un livre qui se lit en 1/4h : il faut prendre le temps de l'apprécier. Tourner les planches, revenir en arrière, admirer, fouiller les dessins du regard, trouver les détails et les indices laissés de ci de là ; petit à petit on comprend l'ampleur de l'ouvrage et franchement : on s'extasie.
J'espère que nombreux seront ceux qui partageront mon sentiment, pour qu'une nouvelle ère de la BD s'épanouisse en marge de la "mangaïsation" du livre à image de l'Europe occidentale (ceci dit certains manga sont excellents !).
Un incommensurable regret à la hauteur de la mélancolie onirique de cette série toujours en cours...
LIDWINE !!!!!!!!!! HEEELLLLLPPP !!!!!!!! :)
Il fallait faire un choix, il fallait trancher entre 4 et 5 étoiles… Je me lâche donc pour cette série hors norme…
Magnifique est le premier mot qui me vient à l'esprit après avoir lu cette BD.
Un vrai bonheur.
Herenguel renoue par cette série avec une passion de jeunesse, matérialisée par une ceinture de Cow-boy fabriquée par son père alors qu'il avait huit ans. Il y ajoute une touche de fantastique et de gros monstres hirsutes sorte d'exutoire tel qu'Herenguel le fait beaucoup plus lourdement dans Krän le Barbare, l'autre série qu'il scénarise. Mais contrairement à sa première série, ici, Herenguel fait dans le subtil, dans le crédible. L'histoire nous propulse en 1880 à Providence, dans le Rhode Island, état du nord Est de Etats-Unis. Le scénario n'est en lui-même peut être pas exceptionnellement original, mais il fait appelle à bon nombre de références littéraires dont il ne se cache pas (dont la moindre est de placer son histoire à Providence, ville où naquit et décéda HP Lovecraft ;)).
Nous y rencontrons Miss Cathy Gattine, fraîchement arrivée de Washington pour inspecter et évaluer la maison d'un défunt. Mais rapidement, on découvre que la mort est tout sauf naturelle et normale… On décolle alors dans un univers Western mâtiné de fantastique d'ésotérique et d'horreur. Un mélange détonant parfaitement maitrisé par son auteur et dont les ficelles sont loin d'être simples à dénouer. Herenguel nous livre un scénario au cordeau, dynamique, vivant, trituré. Nous retrouvons tous les personnages que nous sommes en droit d'attendre dans tout bon Western, et je comprends la critique de certains qui les disent trop caricaturaux. Mais les personnages ont de vrais caractères, de vraies personnalités et au fil de la lecture (et surtout des 2 tomes) les personnalités deviennent beaucoup moins évidente et les lourds secrets se dévoilent.
Et comme si cela ne suffisait pas, Herenguel nous livre des dessins d'une beauté incroyable.
Déjà, regardez cette couverture, digne des affiches des plus grands films d'Hollywood à la belle époque. Un charme, un mystère et ce contraste clair obscur de toute beauté.
Son trait fin, fait preuve d'une recherche des détails qui prouve un fort travail de recherche et de documentation. Les personnages ont des vraies gueules, les expressions sont tout en subtilité. Cela nous change de Krän et de son trait caricatural !
Les positions, les postures des personnages et des monstres sont sans reproche, les mise en scène, les découpages, les cadrages offre des tableaux vraiment puissant.
Ce trait est appuyé et renforcé par une colorisation unique, certainement audacieuse utilisant certainement diverses techniques dont la plus visible est l'utilisation de peinture très diluée (je suis nul en technique) qui donne à la lumière une vraie beauté et puissance. On a l'impression d'être constamment dans ces fins d'après midi d'automne où le soleil abondant n'est cependant plus très chaud, avec des lumières rasantes et une impression omniprésente de brume oppressante. Herenguel dans cet album, et c'est surement sa plus grande force, joue avec les lumières et les ombres de manière sublime, un vrai régal pour les yeux.
Je pourrai être plutôt dithyrambique avec ce dessin qui m'a scotché.
Et comme un bonheur ne vient jamais seul, cela dur sur plus de 69 pages ! Pour le prix d'un album normal, pratiquement 1,5 fois plus de plaisir de lecture, prolongeant constamment le scénario et permettant un vrai développement de l'histoire.
Et enfin pour ma part, cerise sur le gâteau, ayant acheté la première édition, je l'ai eu sous enveloppe protectrice avec un Ex Libris offert…
Herenguel conclut son diptyque avec brio. Le scénario, Les personnages se livrent un peu plus et de nous personnages prennent une importance nouvelle même si pas inattendue. Plus que l'importance de chacun, il s'agit bien de leur rôle sur lequel il convient de s'attarder, car certains personnages au final sont vraiment surprenant. Et jusqu'à la dernière seconde, je me serai laissé emporter par ce flot d'adrénaline, par ce flot d'action bestiale. Cette aventure au fond des bois la nuit comporte tous les éléments du genre, mais parfaitement revisités, parfaitement mixé. Le scénario qui nous est offert s'il ne présente rien de nouveau a cette force de tout reprendre sans tomber dans la banalité. Le mélange des genres est extrêmement bien maitrisé. J'ai tout simplement adoré ce qu'Hérenguel nous a livré ici. La vision personnelle d'Hérenguel est vraiment agréable. J'espère que son père lui a fabriqué dans son enfance un autre jouet qui saura l'inspirer autant pour un nouveau scénario de cet acabit !
Le scénario va crescendo, offrant une intensité de tous les instants. Difficile de respirer et même tourner les pages nous fait retenir notre souffle plutôt que de le reprendre.
Enfin, les 64 pages de ce tome 2 permettent une fois encore à l'auteur de rebondir maintes fois et d'offrir un final qui n'en finit pas. A chaque fois que l'on pense enfin le calme revenu, hop on nous en rajoute une petite couche pour notre grand bonheur.
Voilà, c'est terminé. C'est la classe. Une série comme j'en ai vraiment rarement lu. Une série qui cristallise tout les genres que j'aime dans un scénario musclé, dynamique et associé à un dessin hors concours.
Merci M. Herenguel.
C’est un classique incontournable de la BD qui a baigné toute mon enfance. Ce fut d’ailleurs la première série où je possédais l’intégralité des tomes. Nous suivons les aventures d'un jeune reporter accompagné de son fidèle animal Milou.
Tintin est né en 1929. Il n'a pas de nom de famille. C'est comme un surnom. Il est jeune mais sans qu'on puisse déterminer son âge exact. Il a une petite taille et un aspect chétif. Ce n'est plus un adolescent mais pas encore un adulte. Son aspect asexué provoque une ambigüité chez le lecteur destiné certainement à rallier le plus de lecteurs possibles qui opéreront une identification. Hergé avait du génie et beaucoup d'intuition!
Du fait de sa profession, Tintin va beaucoup voyager à travers le monde. Dans le tout premier album, il va en URSS faire un reportage sur ce pays, et devra affronter des bolchéviques prêts à le tuer pour l'empêcher de faire connaître aux Occidentaux la réalité de l'Union soviétique de l'époque. Dans "Tintin au Congo", il fait un reportage sur le Congo, alors encore colonisé par la Belgique, ce qui l'entraîne dans de multiples péripéties. Il sera ensuite envoyé en mission par son journal aux États-Unis.
Il est vrai qu'on voit rarement Tintin travailler. Ce n'est peut-être qu'un prétexte à voyager. Tintin est avant tout très curieux et soucieux de justice. Ainsi dans "L'oreille cassée", il décide de lui-même de retrouver la statuette qui a été dérobé dans le musée. C'est vrai que ce côté lisse du personnage peut énerver! Ainsi dans "Tintin en Amérique", il décide de débarrasser Chicago de tous les gangsters de la ville. Dans "Coke en stock", il va lutter contre les marchands d'esclaves. Nous avons droit également à un affrontement contre les trafiquants de drogue dans "Les cigares du Pharaon", "Le lotus bleu" ou encore "Le crabe aux pinces d'or".
L'aventure peut également prendre beaucoup plus d'envergure et avoir ainsi une dimension politique. Ainsi, dans "L'Affaire Tournesol", il cherche à empêcher deux états imaginaires, la Syldavie et la Bordurie, de s'emparer d'une arme qui pourrait s'avérer encore plus destructrice que la bombe atomique. Bigre, rien que ça!
Cependant, l'aventure peut rester à un niveau beaucoup plus honorable et plus modeste. Ainsi dans "Tintin au Tibet", il se lance dans une dangereuse expédition dans les montagnes himalayennes pour retrouver et sauver son ami Tchang. Il manifeste également une grande fidélité envers ses amis et est toujours prêt à pardonner. De plus, il est d'un tempérament calme et posé, et préfère analyser la situation avant d'agir. Nous avons là l'archétype du héros parfait: ni défaut, ni état d'âme. Les personnages qui vont entourer Tintin vont apporter à la série les nuances nécessaires pour caractériser les travers de l'être humain.
Je me suis souvent interrogé sur les raisons d'un tel succès mais plus encore sur toutes les études qui ont été réalisé à travers le monde pour expliquer Tintin. C'est un personnage surgit de nulle part et qui n'a aucun passé. Il n'a aucune prise réelle avec le temps. Il reste toujours fidèle à lui-même. Il n'évolue pas. Par ailleurs, Tintin ne semble avoir aucune famille. Tintin, personnage plutôt neutre, est une sorte de pure abstraction, une irréalité totale!Toutes ces questions, je ne me les suis jamais posées quand j'étais plus jeune car l'œuvre garde une parfaite lisibilité grâce à cette part de transparence. C'est toujours intéressant d'avoir un autre regard sur cette bd qui semble traverser immuablement les âges.
Il est vrai qu'avec le recul lié à l’âge adulte, je trouve que le succès mondial de cette série n’est point mérité car on a fait mieux depuis mais peut-être était-ce le summum à l’époque. L'un des premiers albums (Tintin au Congo) ne semble t'il pas assez raciste dans le propos? Cela fait l'objet d'une vive controverse. Un avis de la Commission britannique pour l'égalité des races juge la bande dessinée « raciste », et demande de la retirer des librairies! Je ne crois pas personnellement qu'Hergé était versé dans une idéologie de primauté raciale. Il s'est d'ailleurs expliqué à ce sujet. Au moment où il a réalisé cet album (en 1930), il vivait au milieu de préjugé et de stéréotypes typiques de la vision qu'avaient de l'Afrique les Européens à cette époque. Un esprit paternaliste de la Belgique sévissait à ce moment là.
Curieusement, cet album là aurait pu également donner lieu à une autre polémique. En effet, Tintin montre dans cet album une certaine cruauté envers les animaux, contrairement aux albums suivants: il donne des coups de pieds à un léopard affaibli, il fait exploser un rhinocéros, il tue et dépèce un singe pour aller récupérer Milou qui a été enlevé! A quand un nouveau procès d'un étudiant membre de la ligue de protection des animaux?
"Le sceptre d'Ottokar" sorti en 1939 raconte l'histoire d'un Anchluss raté. Le sujet était brulant d'actualité pour l'époque. L'ouvrage est un parti pris en faveur d'un régime politique paisible loyaliste et royaliste contre une dictature militaire fasciste et expansionniste. Pour enfoncer le clou les ordres d'invasion de la Syldavie sont signés d'un certain Müsstler et là l'analogie avec les acteurs du moment Mussolini et Hitler est tout à fait limpide. C'est une dénonciation virulente du nationalisme qui sévissait en Europe. Voilà un point de vue courageux de son auteur!
On ne verra jamais Tintin entretenir une relation amicale, et encore moins amoureuse ou sexuelle, avec une femme. Le manque de personnages féminins traduit' il également un certain machisme? La femme n'est présente que par le biais de la Castafiore, peu attirante et caricaturale à souhait : c'est dire! Cependant, l'auteur a toujours précisé que les relations amoureuses ne trouvaient pas leur place dans son œuvre. C'est un choix de l'auteur qu'il nous faut respecter sans avoir d'arrières pensés nauséabondes (Tintin est 'il gay?!). A cette époque, jeunesses masculine et féminine étaient en Europe clairement séparées tant dans la vie scolaire que dans les publications qui leurs étaient destinées. Ceci explique cela...
Les aventures de Tintin suivent une trame très linéaire (une énigme résolue de manière logique) mais Hergé les présentait avec un sens de l'humour caractéristique. De plus, il y a introduit des personnages secondaires qui, bien qu'étant prévisibles, sont attachants et captent l'attention du lecteur.
Je dois avouer que mes albums préférés sont le dyptique: "Objectif Lune" et "On a marché sur la Lune". Ah, cette magnifique fusée aux carreaux rouges et blancs ! Et puis, je considère que l'auteur était un véritable visionnaire quand on songe que cet album a été crée 4 ans avant que les Russes ne lancent Spoutnik dans l'espace.
Les aventures de Tintin ayant pris fin officiellement avec le décès du créateur le 3 mars 1983 au contraire d'Astérix qui a sombré dans l'exploitation commerciale. Personnellement, je trouve que c'est beaucoup mieux ainsi. La vingt-quatrième aventure, "Tintin et l'Alph-Art", est resté inachevée. Dans cet album, Tintin évolue dans le monde l'Art moderne, et l'histoire se termine sur une scène où Tintin risque d'être tué, enfermé dans du plexiglas et exposé comme une œuvre d'Art.
Par ailleurs, le grand cinéaste Steven Spielberg va adapter Tintin sur le grand écran. Ce n'est pas une première mais les expériences passées furent de retentissants échecs. Je suis curieux de savoir s'il pourra redonner une seconde vie à ce personnage mythique. Tintin demeure une BD que tout collectionneur doit posséder mais pas seulement au nom de la nostalgie d’une époque révolue. Nul ne pourrait contester ce que ce héros d'un autre genre a apporté à la Bd. C'est une reconnaissance du travail d'Hergé.
Note Dessin : 4.25/5 – Note Scénario : 4.75/5 – Note Globale : 4.5/5
Cette BD autobiographique retrace l’histoire de l’auteur depuis son enfance passée à Téhéran, son exil forcé par l’arrivée au pouvoir des Ayatollahs, ses études en Autriche puis son retour dans sa ville natale. Mille anecdotes parsèment le récit, amusantes, émouvantes ou tragiques, de ses premiers rêves (devenir prophète !) à ses déboires amoureux, en passant par ses accès de révolte récurrents vis-à-vis d’un monde souvent hostile.
Surtout ne pas se fier au style naïf et « malhabile » du dessin, car l’auteur est quant à elle d’une lucidité redoutable que seules l’autodérision et la cocasserie des situations viennent tempérer. C’est un véritable parcours initiatique que nous propose Marjane Statrapi, une véritable épopée racontée en BD à la manière d’un Candide iranien au féminin des temps modernes… mais qui se lit – ou plutôt se dévore - comme un roman. Et le lecteur de se laisser entraîner sans réticence dans cette autobiographie qui sent décidément le vécu, une « galère » pleine de rebondissements, d’humour et de tendresse – que par ailleurs le film a parfaitement reproduit. C’est aussi une charge sans ambiguïté- mais pas pour autant agressive, plutôt désabusée et ironique - contre la bêtise, le pouvoir et la religion – TOUTES les religions. Car Satrapi, y ayant été confrontée plus souvent que n’importe quel Occidental moyen – à travers les gardiens de la révolution islamique bien sûr - a maintes raisons de les détester. Ce que l’auteur réussit ici de manière extraordinaire et sans forcer, c’est à transcender les cultures occidentales et musulmanes, qualité sans doute permise par ses quelques séjours en Europe. Comme un pont entre les cultures. Et l’on réalise à la fin du livre qu’il y a beaucoup plus de choses qui rassemblent les peuples que de choses qui les divisent. Une œuvre sans aucun doute universelle, de par son message de tolérance et son humanité, en toute simplicité.
Cette série est composée de 4 tomes au cours desquels les héros vont évoluer dans une grande épopée. Viennent ensuite à ce jour deux tomes qui présentent la jeunesse de deux des personnages principaux de la série.
Côté graphisme la série a gardé les même collaborateurs et c’est tant mieux, les dessins sont très beaux, les univers très bien transcrits et on entre complètement dans chacun des univers que le scénario nous fait visiter. Les traits sont précis et les dessins vont s’améliorer tout au long du récit. A la relecture il est vrai que le tome 1 parait plus fade au niveau des couleurs et plus brouillon au niveau du dessin que les autres, mais ça vaut le coup de continuer ! Côté prises de vues la relecture peut donner un gout de vieillot à de rares moments et aussi dans le tome 1 mais le scénario est tellement prenant que ce n’est qu’en pinaillant qu’on s’en offusquera.
Pour le scénario je ferai tome par tome.
La conque de Ramor :
Dans ce premier épisode il s’agit de présenter les personnages. Tous ne sont pas de la même génération et tous vont devoir vivre ensemble alors qu’à priori ils n’ont pas grand-chose à faire en commun. On y trouve des questions, beaucoup de questions, on ne connait pas le passé des vieux, les jeunes nous paraissent un peu nuls, évidemment Pelisse a des atours avantageux, mais quelle est donc cette jeune effrontée. Bref tout ça promet de belles choses dans un univers que l’on découvre. Des héros de style heroic fantasy, sans des femmes sur vitaminées, des super héros bodybuildés, les bestioles toutes plus impressionnantes les unes que les autres. En fait c’est du tout bon, on entre facilement dans l’histoire en étant sans arrêt en quête d’une réponse, et finalement ce qui est mystérieux pour nous l’est aussi pour eux et ce Bragon tout de même quelle vie il a du avoir !
Vous l’aurez compris même pour un tome introductif on ne s’endort pas, le dynamisme des uns mène l’histoire, l’expérience des autres fait qu’elle avance et l’environnement fait qu’on y croit, que c’est drôle et qu’on attend la suite
Le temple de l’oubli :
La suite c’est ce tome qui s’avérera mieux graphiquement mais sur lequel on va rester sur notre faim. Car autant le premier tome avait soulevé des questions, autant on espérait en connaitre les réponses dans le second, ça ne sera pas le cas, bien au contraire. L’apparition de nouveaux personnages secondaires enrichit encore plus l’univers fantastique et en apporte d’autres, alors que bien peu sont élucidées. Bref on reste sur notre faim, c’est très énervant et ça pourrait donner envie de ne pas lire le 3, honnêtement bien mal nous en prendrait.
Le Rige :
Voilà là on y est, un personnage mythique est né. Ce tome est à mon sens le chef d’œuvre de la série. Voilà longtemps que nos aventuriers subissent nombre d’embuches, chacun a eu son heure de gloire mais également ses faiblesses. Ça nous a permis d’apprivoiser chacun, de mieux cerner les personnalités riches et non stéréotypées. Avec le Rige, on touche ici au summum, d’un coup nombre de questions paraissent dérisoires et s’estompent, on ne se demande plus « comment » on retient son souffle et on vit l’aventure, on est trempé dans les marécages, on a envie de baffer Pelisse, on admire les ruses des guerriers accomplis, on frémit à l’idée de rencontrer un jour ces insectes. Oui on est dans l’histoire. Plus question de rater le dernier épisode, comment tout ceci peut finir ?
L’œuf des ténèbres :
Si le précédent tome était un bijou de bout en bout, on peut craindre pour celui-ci, bien mal nous en prendrait car le scénario avance d’un coup très vite puisque nous approchons de l’épilogue, le héros masqué défait son masque, des paroles énigmatiques viennent nous prédire une fin que nous n’avons pas encore compris mais qui va s’avérer implacable. Car oui la fin est doublement extraordinaire, dans le scénario en lui-même où l’on rejoue une vision Hégélienne de l’histoire (ou hindouiste) avec la recréation du monde et de ses équilibres par la naissance d’un nouveau cycle avec un soupçon de faute originelle. Mais également sur les personnages. Evidemment je n’en dirai rien ici, mais les dernières planches sont à tomber par terre pour le scénario, à en pleurer, à aller immoler le scénariste tant nous avons été inconscient tout au long de l’histoire. Car oui comme dans toute quête digne de ce nom, la fin même victorieuse est triste.
Ici s’arrête le scénario de ce que j’appelle la Quête de l’Oiseau du Temps puisque le reste ne sera que des aventures hors de cette quête, si le scénario est un peu long à se décanter c’est uniquement parce que l’univers présenté est d’une richesse inouïe. Alors oui les dessins du 1 ont un peu vieilli, oui c’est un peu facile ce genre de recréation d’univers fantastique, oui c’est en adolescent que l’on a adoré Pelisse ses aventures et ses formes. Oui mais quand on regarde les autres productions, pas une n’arrive au niveau de celle là ! L’achat est impératif pour revivre des instants de bonheur et surtout voir comment on n’a pas su anticiper la fin au cours du récit alors que des indices existaient.
« L’ami Javin » était une suite qui fut seule pendant longtemps, si le dessin était encore plus beau que dans la série mère, l’histoire laissait un peu à désirer car inaboutie et traitant uniquement de la jeunesse de Bragon et de Mara. Mais est venu « Le grimoire des Dieux » et là grosse claque, on est reparti pour une aventure d’un calibre similaire à l’Oiseau du Temps, le scénario est tout aussi prenant, les dessins sont maintenant parfaits, l’univers a eu tout le temps d’être travaillé et c’est avec plaisir que 14 ans plus tard on retrouve le même plaisir. Oui 14 ans plus tard, ce n’était donc pas qu’un fantasme d’adolescent mais bien une œuvre majeure…
Pour cet album, j’ai voulu attendre longtemps avant de donner un avis pour savoir si la première impression survivrait, ce qui me vaut de ne le noter que maintenant alors qu’il est depuis le début dans ma collection.
L’édition est très belle, le matériel est solide et joliment relié le papier très agréable à toucher. L’album a un nombre de pages généreux.
Côté dessins, nous sommes en face de planches en dégradé gris et une autre couleur, tantôt or, tantôt ocre, parfois noir, parfois moutarde, parfois violet. Toujours dans des nuances pastels des couleurs avec une constante marron-or très réussie. Le trait est peu visible, il s’agit plutôt de dégradés contrastés. La mise en image est très réussie avec des prises de vues tout à fait adéquates pour chaque situation sans que l’on sente les vues forcées.
Côté scénario maintenant, cette BD est muette. Non seulement il n’y a aucun texte, mais en plus il n’y a aucune lettre dans les décors reconnaissable. Ceci est fort à propos dans la mesure ou le thème est celui du migrant. Thème universel, la migration est présentée ici de façon universelle sans qu’il y ait de lieu précis, de langue précise et même de date précise ça pourrait s’adapter à n’importe quel migrant à n’importe quelle époque.
Tout commence avec la séparation brutale, non seulement des racines mais surtout des proches, un homme va donc quitter sa famille pour aller chercher meilleur sort à l’étranger en espérant faire venir sa famille un jour. Pourquoi il part ? Parce qu’il a peur, peur d’on ne sait quoi mais qui est magnifiquement représenté par cette queue de monstre dont l’ombre irise les murs. Après la séparation vient le voyage, présenté ici dans toute son humanité et sa misère, seul et ayant le même espoir que nombre d’autres portant tout autant sur eux leur désespoir sur ce grand bateau. Impersonnel, brutal même, incompréhensible vient la sélection et la validation de son entrée en territoire d’espoir. Sélectionné suivant des critères si justement montrés ici comme arbitraires certains vont être acceptés à l’examen de passage. On ne saura pas ce qu’il en est pour les autres, mais ici notre vagabond passe. L’acceptation finale est validée par un homme dans l’administration du pays d'accueil, il s'agit du premier signe d’humanité perçu dans le récit, c’est bien un homme qui tamponne le visa, homme inconnu mais dont on aimerait l’embrasser tant la démarche pour en arriver là fut dure et combien un retour ne serait pas envisageable.
Alors c’est la découverte, découverte de ce nouveau monde avec les petites économies prévues, découverte des us. Seul au milieu d’une civilisation nouvelle le dépaysement est prévisible, il est admirablement croqué dans cet album. Même les indispensables ustensiles quotidiens peuvent être des découvertes. Le petit animal qui suivra notre migrant tout rond et mignon comme tout est adopté aussi bien par le héros que par le lecteur. Sans aide c’est difficile, et ce n’est qu’avec un nouveau contact humain d’aide que notre héros trouvera enfin un rythme dans cette nouvelle vie. D’essais en essais dans des job que l’on devine difficile notre déraciné va trouver ses marques. Bien sur quelques peurs de l’ancien monde subsisteront, mais avec l’humanité des accueillants : tout va mieux. Et qui sont ces accueillants ? Eux même d’anciens migrants, non pas du même pays, eux aussi ont leurs peurs et eux aussi ont connu ce chemin, maintenant ils sont heureux d’être sortis de leur peur même en ayant des vies difficiles : au moins ici ils sont heureux, heureux comme cet enfant joyeux. Une lettre et la situation suffisamment stable va permettre d’enfin pouvoir revoir la famille, cette seule attache qui manque à l’équilibre de notre déraciné. Une fois la cellule enfin au complet l’apprentissage va être transmis, les fantômes du passés peuvent être oubliés. Et mieux, la petite fille de nouveau épanouie va pouvoir à son tour aider les nouveaux migrants…
Une telle justesse, une telle simplicité, une telle universalité sont choses rares dans la BD comme dans d’autres arts. D’étapes en étapes nous sommes transportés, nous même migrants en départ d’un danger et en partance pour un Eden idéal. Le plus touchant dans cet ouvrage c’est l’humanité qui s’en dégage, chaque étape positive dans le parcours s’avère venir d’autrui et être humaine. Hymne à la tolérance, à l’amour au sens chrétien de l’agape ou à la charité au sens bouddhiste cet album est un bijou brut. De ses couleurs à son scénario en passant par ses nuances, tout est transcrit pour remettre l’homme au cœur des préoccupations terrestres. La relecture est un régal qui permet d’aller plus loin et de voir par delà le non texte dans des détails qui ont un profond sens humaniste. Mon coup de cœur initial n’était donc pas qu’une tocade. Cet ouvrage rentre dans le cercle fermé des œuvres références que tout être humain devrait si ce n’est avoir lu en tous cas ressentir au fond de lui.
En France, les livres sont au même prix partout. C'est la loi !
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Cromwell Stone
Un chef-d’œuvre, n’ayons pas peur des mots. Un chef-d’œuvre graphique, tout d’abord. La maîtrise dont fait preuve l’artiste dans ce domaine est bluffante. Jeux d’ombres, cadrages, hachures, composition des planches : tout ici est incroyablement envoûtant. Les décors sont d’une richesse extraordinaire, et les intérieurs, plus particulièrement. Une grande œuvre narrative, ensuite. Cet hommage à la littérature fantastique des années 20 en général et de Lovecraft en particulier est très réussi. Complexe, il nécessitera certainement une deuxième lecture. En effet, Andreas distille les indices avec parcimonie tout en fournissant bien des planches obscures (voire hermétiques) en première lecture. Mais, une fois la lecture terminée, toutes les zones d’ombres s’éclairent et la tentation devient grande d’enchaîner directement une nouvelle découverte de l’œuvre au bénéfice de ce nouvel éclairage. Envoûtant, étrange, bluffant, complexe, inquiétant, maîtrisé : comment voulez-vous que je mette une autre appréciation que ce 5/5 amplement mérité ? A noter que les deux premiers tomes se suffisent à eux-mêmes, mais le troisième n’est pas dispensable pour la cause.
Discipline
On aime ou on n’aime pas. Attention nous sommes dans un genre très particulier, en plus d'être une BD pornographique (n'ayons pas peur des mots même si je n'aime pas trop ce terme), c'est une BD ultra spécialisée, ce n'est pas juste "une BD de cul" qui se lit d'une main. Xavier Duvet nous amène dans le milieu SM, mais surtout nous amène dans les méandres du fétichisme. Ici il s'agit d'évoquer le fétichisme des bas, des collants et autres articles qui mettent en général si bien en valeur les formes féminines. Mais là encore Duvet pousse le paroxysme de la féminisation en l'appliquant à l'homme. Osé me dire vous? Oui mais l'artiste s'en sort avec brio. La maitrise graphique de Duvet est telle qu'il parvient à transformer un homme en une créature si sensuelle qu'on en oublie barrière des sexes. Lorsqu'on arrive à la fin de la BD, on ne peut que constater que l'auteur à atteint son but tant le dessin est troublant. Les planches généreuses et superbement illustrées font mouche à chaque fois. On ne peut rester insensible à la lecture de cette BD. Enfin, il n'y a, à mon sens, rien de plus difficile que de dessiner des personnages de façon réaliste sans faire d'erreur de perspective ou de proportion. Là encore Duvet nous ébloui de son talent qui touche à la perfection (seuls Luis Royo ou Sorayama arrivent dans un registre plus érotique à une telle maitrise). En résumé une BD pour les amateurs éclairés qui sauront prendre la pleine mesure de l'univers développé par le Maître. 6/5 pour le dessin. 4/5 pour le scénario.
Daddy's Girl
J'aurai bien mis un coup de coeur, mais c'est impossible tant le contenu de cette BD est dur. Je suis admiratif du travail fourni par l'auteur mais écoeuré par le personnage du père. Cette histoire sent le vécu, elle est racontée simplement, il n'y a pas besoin d'en rajouter pour décrire ce fléau qu'est l'inceste. Je ne vais pas relater les faits de cette BD, il est préférable de la lire. Comme les autres posteurs, je préfère prévenir : c'est une BD sur laquelle il faut s'accrocher. Toute la haine que cette jeune fille n'exprime pas vous retombe dessus. Cette lecture laisse des marques et ouvre les yeux sur un sujet tabou qui doit certainement être plus rependu que l'on pense. Jamais le contenu d'une BD ne m'avait autant révolté. Après réflexion, je passe ma note à 5/5 car ce one-shot témoignage m'a marqué à jamais, chose rare avec ce support.
Freaks' Squeele
On pourrait s'arrêter à une première impression et déclarer qu'il s'agit d'une sympathique oeuvre pour ado, à la limite de la parodie et dont le scénario avance laborieusement. Dire que ce premier tome est un bon moyen de s'amuser en mettant en veilleuse son cerveau. On pourrait aussi reprocher au dessin, même s'il est techniquement excellent, de manquer un brin de personnalité, bien que le travail sur les ombres et les lumières ainsi que la narration soient très soignés. C'est à la relecture qu'on découvre les petites subtilités disséminées un peu partout dans l'épais volume. Les prises de position militante de l'auteur. L'empathie pour chacun de ses personnages du plus vilain au plus insignifiant. La méticulosité apportée à chaque détail de la vie de ces étudiants apprentis héros. La représentation loufoque de la guerre des sexes. Et cet amour immodéré pour un genre en mal de reconnaissance: le bis. Après lecture du deuxième opus qui va bien au delà du premier tome, je vais sauter le pas et attribuer un 5 bien mérité à cette série !
Le dernier loup d'Oz
Juste une petite mise en garde pour commencer : la série n'est pas finie et fort malheureusement, elle ne se terminera probablement jamais pour le plus grand malheur des amateurs tel que je suis. D'ailleurs, j'ai du mal à comprendre pourquoi aucun éditeur n'est tombé sur le dos de Lidwine pour le forcer à finir son œuvre coûte que coûte ? On aurait sûrement assisté à la naissance d'un immense chef d'œuvre... Mais que font les éditeurs ? Tout y est : dessins, coup de crayon, couleurs, scénario, mise en scène, personnages principaux et secondaires, ambiance, monde imaginaire fantastique, cadre onirique, imagination bucolique et j'en passe... Tout est calé au millimètre près. Y a du très grand génie là dessous ! C'est tout simplement incroyable, et tellement incroyable qu'on a parfois du mal à y croire. Et oui, les génies ne sont pas toujours compris de leurs contemporains (n'a-t-il pas été reproché à Mozart de mettre "trop de notes" dans sa musique). Lidwine nous emmène dans un conte féérique qu'il nous fait découvrir avec une poésie généreuse doublée d'une mélancolie lancinante particulièrement chiadée. J'ai été subjugué par cet album ! L'histoire se pose avec une finesse sans égale. Le lecteur rentre dans un monde torturé de mille sévices et l'auteur nous le fait découvrir avec simplicité. il y a même une certaine candeur dans la narration. Elle est presque détachée des évènements, ce qui permet au lecteur de prendre du recul et d'avoir un regard quasi objectif sur ce qu'il lit. Laisser le lecteur à sa libre interprétation, c'est aussi prendre le risque qu'il ne comprenne pas. Lidwine est et s'impose comme un chercheur dans l'art de la BD. La complexité qui en ressort n'est qu'une fausse image de ce qu'il veut nous faire transparaître. Avec une extraordinaire sobriété, il décrit magnifiquement les convulsions d'un monde à l'agonie. Humblement, il pose un décor digne des plus grandes légendes de notre monde. Ce travail a été réalisé avec une énorme passion et une grande conviction. Lidwine a du beaucoup donner de lui même dans cette œuvre : il aurait fallu le reconnaître et le soutenir dans son travail. Du génie, du génie, et encore du génie. Évidemment, ce n'est pas un livre qui se lit en 1/4h : il faut prendre le temps de l'apprécier. Tourner les planches, revenir en arrière, admirer, fouiller les dessins du regard, trouver les détails et les indices laissés de ci de là ; petit à petit on comprend l'ampleur de l'ouvrage et franchement : on s'extasie. J'espère que nombreux seront ceux qui partageront mon sentiment, pour qu'une nouvelle ère de la BD s'épanouisse en marge de la "mangaïsation" du livre à image de l'Europe occidentale (ceci dit certains manga sont excellents !). Un incommensurable regret à la hauteur de la mélancolie onirique de cette série toujours en cours... LIDWINE !!!!!!!!!! HEEELLLLLPPP !!!!!!!! :)
Lune d'argent sur Providence
Il fallait faire un choix, il fallait trancher entre 4 et 5 étoiles… Je me lâche donc pour cette série hors norme… Magnifique est le premier mot qui me vient à l'esprit après avoir lu cette BD. Un vrai bonheur. Herenguel renoue par cette série avec une passion de jeunesse, matérialisée par une ceinture de Cow-boy fabriquée par son père alors qu'il avait huit ans. Il y ajoute une touche de fantastique et de gros monstres hirsutes sorte d'exutoire tel qu'Herenguel le fait beaucoup plus lourdement dans Krän le Barbare, l'autre série qu'il scénarise. Mais contrairement à sa première série, ici, Herenguel fait dans le subtil, dans le crédible. L'histoire nous propulse en 1880 à Providence, dans le Rhode Island, état du nord Est de Etats-Unis. Le scénario n'est en lui-même peut être pas exceptionnellement original, mais il fait appelle à bon nombre de références littéraires dont il ne se cache pas (dont la moindre est de placer son histoire à Providence, ville où naquit et décéda HP Lovecraft ;)). Nous y rencontrons Miss Cathy Gattine, fraîchement arrivée de Washington pour inspecter et évaluer la maison d'un défunt. Mais rapidement, on découvre que la mort est tout sauf naturelle et normale… On décolle alors dans un univers Western mâtiné de fantastique d'ésotérique et d'horreur. Un mélange détonant parfaitement maitrisé par son auteur et dont les ficelles sont loin d'être simples à dénouer. Herenguel nous livre un scénario au cordeau, dynamique, vivant, trituré. Nous retrouvons tous les personnages que nous sommes en droit d'attendre dans tout bon Western, et je comprends la critique de certains qui les disent trop caricaturaux. Mais les personnages ont de vrais caractères, de vraies personnalités et au fil de la lecture (et surtout des 2 tomes) les personnalités deviennent beaucoup moins évidente et les lourds secrets se dévoilent. Et comme si cela ne suffisait pas, Herenguel nous livre des dessins d'une beauté incroyable. Déjà, regardez cette couverture, digne des affiches des plus grands films d'Hollywood à la belle époque. Un charme, un mystère et ce contraste clair obscur de toute beauté. Son trait fin, fait preuve d'une recherche des détails qui prouve un fort travail de recherche et de documentation. Les personnages ont des vraies gueules, les expressions sont tout en subtilité. Cela nous change de Krän et de son trait caricatural ! Les positions, les postures des personnages et des monstres sont sans reproche, les mise en scène, les découpages, les cadrages offre des tableaux vraiment puissant. Ce trait est appuyé et renforcé par une colorisation unique, certainement audacieuse utilisant certainement diverses techniques dont la plus visible est l'utilisation de peinture très diluée (je suis nul en technique) qui donne à la lumière une vraie beauté et puissance. On a l'impression d'être constamment dans ces fins d'après midi d'automne où le soleil abondant n'est cependant plus très chaud, avec des lumières rasantes et une impression omniprésente de brume oppressante. Herenguel dans cet album, et c'est surement sa plus grande force, joue avec les lumières et les ombres de manière sublime, un vrai régal pour les yeux. Je pourrai être plutôt dithyrambique avec ce dessin qui m'a scotché. Et comme un bonheur ne vient jamais seul, cela dur sur plus de 69 pages ! Pour le prix d'un album normal, pratiquement 1,5 fois plus de plaisir de lecture, prolongeant constamment le scénario et permettant un vrai développement de l'histoire. Et enfin pour ma part, cerise sur le gâteau, ayant acheté la première édition, je l'ai eu sous enveloppe protectrice avec un Ex Libris offert… Herenguel conclut son diptyque avec brio. Le scénario, Les personnages se livrent un peu plus et de nous personnages prennent une importance nouvelle même si pas inattendue. Plus que l'importance de chacun, il s'agit bien de leur rôle sur lequel il convient de s'attarder, car certains personnages au final sont vraiment surprenant. Et jusqu'à la dernière seconde, je me serai laissé emporter par ce flot d'adrénaline, par ce flot d'action bestiale. Cette aventure au fond des bois la nuit comporte tous les éléments du genre, mais parfaitement revisités, parfaitement mixé. Le scénario qui nous est offert s'il ne présente rien de nouveau a cette force de tout reprendre sans tomber dans la banalité. Le mélange des genres est extrêmement bien maitrisé. J'ai tout simplement adoré ce qu'Hérenguel nous a livré ici. La vision personnelle d'Hérenguel est vraiment agréable. J'espère que son père lui a fabriqué dans son enfance un autre jouet qui saura l'inspirer autant pour un nouveau scénario de cet acabit ! Le scénario va crescendo, offrant une intensité de tous les instants. Difficile de respirer et même tourner les pages nous fait retenir notre souffle plutôt que de le reprendre. Enfin, les 64 pages de ce tome 2 permettent une fois encore à l'auteur de rebondir maintes fois et d'offrir un final qui n'en finit pas. A chaque fois que l'on pense enfin le calme revenu, hop on nous en rajoute une petite couche pour notre grand bonheur. Voilà, c'est terminé. C'est la classe. Une série comme j'en ai vraiment rarement lu. Une série qui cristallise tout les genres que j'aime dans un scénario musclé, dynamique et associé à un dessin hors concours. Merci M. Herenguel.
Les Aventures de Tintin
C’est un classique incontournable de la BD qui a baigné toute mon enfance. Ce fut d’ailleurs la première série où je possédais l’intégralité des tomes. Nous suivons les aventures d'un jeune reporter accompagné de son fidèle animal Milou. Tintin est né en 1929. Il n'a pas de nom de famille. C'est comme un surnom. Il est jeune mais sans qu'on puisse déterminer son âge exact. Il a une petite taille et un aspect chétif. Ce n'est plus un adolescent mais pas encore un adulte. Son aspect asexué provoque une ambigüité chez le lecteur destiné certainement à rallier le plus de lecteurs possibles qui opéreront une identification. Hergé avait du génie et beaucoup d'intuition! Du fait de sa profession, Tintin va beaucoup voyager à travers le monde. Dans le tout premier album, il va en URSS faire un reportage sur ce pays, et devra affronter des bolchéviques prêts à le tuer pour l'empêcher de faire connaître aux Occidentaux la réalité de l'Union soviétique de l'époque. Dans "Tintin au Congo", il fait un reportage sur le Congo, alors encore colonisé par la Belgique, ce qui l'entraîne dans de multiples péripéties. Il sera ensuite envoyé en mission par son journal aux États-Unis. Il est vrai qu'on voit rarement Tintin travailler. Ce n'est peut-être qu'un prétexte à voyager. Tintin est avant tout très curieux et soucieux de justice. Ainsi dans "L'oreille cassée", il décide de lui-même de retrouver la statuette qui a été dérobé dans le musée. C'est vrai que ce côté lisse du personnage peut énerver! Ainsi dans "Tintin en Amérique", il décide de débarrasser Chicago de tous les gangsters de la ville. Dans "Coke en stock", il va lutter contre les marchands d'esclaves. Nous avons droit également à un affrontement contre les trafiquants de drogue dans "Les cigares du Pharaon", "Le lotus bleu" ou encore "Le crabe aux pinces d'or". L'aventure peut également prendre beaucoup plus d'envergure et avoir ainsi une dimension politique. Ainsi, dans "L'Affaire Tournesol", il cherche à empêcher deux états imaginaires, la Syldavie et la Bordurie, de s'emparer d'une arme qui pourrait s'avérer encore plus destructrice que la bombe atomique. Bigre, rien que ça! Cependant, l'aventure peut rester à un niveau beaucoup plus honorable et plus modeste. Ainsi dans "Tintin au Tibet", il se lance dans une dangereuse expédition dans les montagnes himalayennes pour retrouver et sauver son ami Tchang. Il manifeste également une grande fidélité envers ses amis et est toujours prêt à pardonner. De plus, il est d'un tempérament calme et posé, et préfère analyser la situation avant d'agir. Nous avons là l'archétype du héros parfait: ni défaut, ni état d'âme. Les personnages qui vont entourer Tintin vont apporter à la série les nuances nécessaires pour caractériser les travers de l'être humain. Je me suis souvent interrogé sur les raisons d'un tel succès mais plus encore sur toutes les études qui ont été réalisé à travers le monde pour expliquer Tintin. C'est un personnage surgit de nulle part et qui n'a aucun passé. Il n'a aucune prise réelle avec le temps. Il reste toujours fidèle à lui-même. Il n'évolue pas. Par ailleurs, Tintin ne semble avoir aucune famille. Tintin, personnage plutôt neutre, est une sorte de pure abstraction, une irréalité totale!Toutes ces questions, je ne me les suis jamais posées quand j'étais plus jeune car l'œuvre garde une parfaite lisibilité grâce à cette part de transparence. C'est toujours intéressant d'avoir un autre regard sur cette bd qui semble traverser immuablement les âges. Il est vrai qu'avec le recul lié à l’âge adulte, je trouve que le succès mondial de cette série n’est point mérité car on a fait mieux depuis mais peut-être était-ce le summum à l’époque. L'un des premiers albums (Tintin au Congo) ne semble t'il pas assez raciste dans le propos? Cela fait l'objet d'une vive controverse. Un avis de la Commission britannique pour l'égalité des races juge la bande dessinée « raciste », et demande de la retirer des librairies! Je ne crois pas personnellement qu'Hergé était versé dans une idéologie de primauté raciale. Il s'est d'ailleurs expliqué à ce sujet. Au moment où il a réalisé cet album (en 1930), il vivait au milieu de préjugé et de stéréotypes typiques de la vision qu'avaient de l'Afrique les Européens à cette époque. Un esprit paternaliste de la Belgique sévissait à ce moment là. Curieusement, cet album là aurait pu également donner lieu à une autre polémique. En effet, Tintin montre dans cet album une certaine cruauté envers les animaux, contrairement aux albums suivants: il donne des coups de pieds à un léopard affaibli, il fait exploser un rhinocéros, il tue et dépèce un singe pour aller récupérer Milou qui a été enlevé! A quand un nouveau procès d'un étudiant membre de la ligue de protection des animaux? "Le sceptre d'Ottokar" sorti en 1939 raconte l'histoire d'un Anchluss raté. Le sujet était brulant d'actualité pour l'époque. L'ouvrage est un parti pris en faveur d'un régime politique paisible loyaliste et royaliste contre une dictature militaire fasciste et expansionniste. Pour enfoncer le clou les ordres d'invasion de la Syldavie sont signés d'un certain Müsstler et là l'analogie avec les acteurs du moment Mussolini et Hitler est tout à fait limpide. C'est une dénonciation virulente du nationalisme qui sévissait en Europe. Voilà un point de vue courageux de son auteur! On ne verra jamais Tintin entretenir une relation amicale, et encore moins amoureuse ou sexuelle, avec une femme. Le manque de personnages féminins traduit' il également un certain machisme? La femme n'est présente que par le biais de la Castafiore, peu attirante et caricaturale à souhait : c'est dire! Cependant, l'auteur a toujours précisé que les relations amoureuses ne trouvaient pas leur place dans son œuvre. C'est un choix de l'auteur qu'il nous faut respecter sans avoir d'arrières pensés nauséabondes (Tintin est 'il gay?!). A cette époque, jeunesses masculine et féminine étaient en Europe clairement séparées tant dans la vie scolaire que dans les publications qui leurs étaient destinées. Ceci explique cela... Les aventures de Tintin suivent une trame très linéaire (une énigme résolue de manière logique) mais Hergé les présentait avec un sens de l'humour caractéristique. De plus, il y a introduit des personnages secondaires qui, bien qu'étant prévisibles, sont attachants et captent l'attention du lecteur. Je dois avouer que mes albums préférés sont le dyptique: "Objectif Lune" et "On a marché sur la Lune". Ah, cette magnifique fusée aux carreaux rouges et blancs ! Et puis, je considère que l'auteur était un véritable visionnaire quand on songe que cet album a été crée 4 ans avant que les Russes ne lancent Spoutnik dans l'espace. Les aventures de Tintin ayant pris fin officiellement avec le décès du créateur le 3 mars 1983 au contraire d'Astérix qui a sombré dans l'exploitation commerciale. Personnellement, je trouve que c'est beaucoup mieux ainsi. La vingt-quatrième aventure, "Tintin et l'Alph-Art", est resté inachevée. Dans cet album, Tintin évolue dans le monde l'Art moderne, et l'histoire se termine sur une scène où Tintin risque d'être tué, enfermé dans du plexiglas et exposé comme une œuvre d'Art. Par ailleurs, le grand cinéaste Steven Spielberg va adapter Tintin sur le grand écran. Ce n'est pas une première mais les expériences passées furent de retentissants échecs. Je suis curieux de savoir s'il pourra redonner une seconde vie à ce personnage mythique. Tintin demeure une BD que tout collectionneur doit posséder mais pas seulement au nom de la nostalgie d’une époque révolue. Nul ne pourrait contester ce que ce héros d'un autre genre a apporté à la Bd. C'est une reconnaissance du travail d'Hergé. Note Dessin : 4.25/5 – Note Scénario : 4.75/5 – Note Globale : 4.5/5
Persepolis
Cette BD autobiographique retrace l’histoire de l’auteur depuis son enfance passée à Téhéran, son exil forcé par l’arrivée au pouvoir des Ayatollahs, ses études en Autriche puis son retour dans sa ville natale. Mille anecdotes parsèment le récit, amusantes, émouvantes ou tragiques, de ses premiers rêves (devenir prophète !) à ses déboires amoureux, en passant par ses accès de révolte récurrents vis-à-vis d’un monde souvent hostile. Surtout ne pas se fier au style naïf et « malhabile » du dessin, car l’auteur est quant à elle d’une lucidité redoutable que seules l’autodérision et la cocasserie des situations viennent tempérer. C’est un véritable parcours initiatique que nous propose Marjane Statrapi, une véritable épopée racontée en BD à la manière d’un Candide iranien au féminin des temps modernes… mais qui se lit – ou plutôt se dévore - comme un roman. Et le lecteur de se laisser entraîner sans réticence dans cette autobiographie qui sent décidément le vécu, une « galère » pleine de rebondissements, d’humour et de tendresse – que par ailleurs le film a parfaitement reproduit. C’est aussi une charge sans ambiguïté- mais pas pour autant agressive, plutôt désabusée et ironique - contre la bêtise, le pouvoir et la religion – TOUTES les religions. Car Satrapi, y ayant été confrontée plus souvent que n’importe quel Occidental moyen – à travers les gardiens de la révolution islamique bien sûr - a maintes raisons de les détester. Ce que l’auteur réussit ici de manière extraordinaire et sans forcer, c’est à transcender les cultures occidentales et musulmanes, qualité sans doute permise par ses quelques séjours en Europe. Comme un pont entre les cultures. Et l’on réalise à la fin du livre qu’il y a beaucoup plus de choses qui rassemblent les peuples que de choses qui les divisent. Une œuvre sans aucun doute universelle, de par son message de tolérance et son humanité, en toute simplicité.
La Quête de l'Oiseau du Temps
Cette série est composée de 4 tomes au cours desquels les héros vont évoluer dans une grande épopée. Viennent ensuite à ce jour deux tomes qui présentent la jeunesse de deux des personnages principaux de la série. Côté graphisme la série a gardé les même collaborateurs et c’est tant mieux, les dessins sont très beaux, les univers très bien transcrits et on entre complètement dans chacun des univers que le scénario nous fait visiter. Les traits sont précis et les dessins vont s’améliorer tout au long du récit. A la relecture il est vrai que le tome 1 parait plus fade au niveau des couleurs et plus brouillon au niveau du dessin que les autres, mais ça vaut le coup de continuer ! Côté prises de vues la relecture peut donner un gout de vieillot à de rares moments et aussi dans le tome 1 mais le scénario est tellement prenant que ce n’est qu’en pinaillant qu’on s’en offusquera. Pour le scénario je ferai tome par tome. La conque de Ramor : Dans ce premier épisode il s’agit de présenter les personnages. Tous ne sont pas de la même génération et tous vont devoir vivre ensemble alors qu’à priori ils n’ont pas grand-chose à faire en commun. On y trouve des questions, beaucoup de questions, on ne connait pas le passé des vieux, les jeunes nous paraissent un peu nuls, évidemment Pelisse a des atours avantageux, mais quelle est donc cette jeune effrontée. Bref tout ça promet de belles choses dans un univers que l’on découvre. Des héros de style heroic fantasy, sans des femmes sur vitaminées, des super héros bodybuildés, les bestioles toutes plus impressionnantes les unes que les autres. En fait c’est du tout bon, on entre facilement dans l’histoire en étant sans arrêt en quête d’une réponse, et finalement ce qui est mystérieux pour nous l’est aussi pour eux et ce Bragon tout de même quelle vie il a du avoir ! Vous l’aurez compris même pour un tome introductif on ne s’endort pas, le dynamisme des uns mène l’histoire, l’expérience des autres fait qu’elle avance et l’environnement fait qu’on y croit, que c’est drôle et qu’on attend la suite Le temple de l’oubli : La suite c’est ce tome qui s’avérera mieux graphiquement mais sur lequel on va rester sur notre faim. Car autant le premier tome avait soulevé des questions, autant on espérait en connaitre les réponses dans le second, ça ne sera pas le cas, bien au contraire. L’apparition de nouveaux personnages secondaires enrichit encore plus l’univers fantastique et en apporte d’autres, alors que bien peu sont élucidées. Bref on reste sur notre faim, c’est très énervant et ça pourrait donner envie de ne pas lire le 3, honnêtement bien mal nous en prendrait. Le Rige : Voilà là on y est, un personnage mythique est né. Ce tome est à mon sens le chef d’œuvre de la série. Voilà longtemps que nos aventuriers subissent nombre d’embuches, chacun a eu son heure de gloire mais également ses faiblesses. Ça nous a permis d’apprivoiser chacun, de mieux cerner les personnalités riches et non stéréotypées. Avec le Rige, on touche ici au summum, d’un coup nombre de questions paraissent dérisoires et s’estompent, on ne se demande plus « comment » on retient son souffle et on vit l’aventure, on est trempé dans les marécages, on a envie de baffer Pelisse, on admire les ruses des guerriers accomplis, on frémit à l’idée de rencontrer un jour ces insectes. Oui on est dans l’histoire. Plus question de rater le dernier épisode, comment tout ceci peut finir ? L’œuf des ténèbres : Si le précédent tome était un bijou de bout en bout, on peut craindre pour celui-ci, bien mal nous en prendrait car le scénario avance d’un coup très vite puisque nous approchons de l’épilogue, le héros masqué défait son masque, des paroles énigmatiques viennent nous prédire une fin que nous n’avons pas encore compris mais qui va s’avérer implacable. Car oui la fin est doublement extraordinaire, dans le scénario en lui-même où l’on rejoue une vision Hégélienne de l’histoire (ou hindouiste) avec la recréation du monde et de ses équilibres par la naissance d’un nouveau cycle avec un soupçon de faute originelle. Mais également sur les personnages. Evidemment je n’en dirai rien ici, mais les dernières planches sont à tomber par terre pour le scénario, à en pleurer, à aller immoler le scénariste tant nous avons été inconscient tout au long de l’histoire. Car oui comme dans toute quête digne de ce nom, la fin même victorieuse est triste. Ici s’arrête le scénario de ce que j’appelle la Quête de l’Oiseau du Temps puisque le reste ne sera que des aventures hors de cette quête, si le scénario est un peu long à se décanter c’est uniquement parce que l’univers présenté est d’une richesse inouïe. Alors oui les dessins du 1 ont un peu vieilli, oui c’est un peu facile ce genre de recréation d’univers fantastique, oui c’est en adolescent que l’on a adoré Pelisse ses aventures et ses formes. Oui mais quand on regarde les autres productions, pas une n’arrive au niveau de celle là ! L’achat est impératif pour revivre des instants de bonheur et surtout voir comment on n’a pas su anticiper la fin au cours du récit alors que des indices existaient. « L’ami Javin » était une suite qui fut seule pendant longtemps, si le dessin était encore plus beau que dans la série mère, l’histoire laissait un peu à désirer car inaboutie et traitant uniquement de la jeunesse de Bragon et de Mara. Mais est venu « Le grimoire des Dieux » et là grosse claque, on est reparti pour une aventure d’un calibre similaire à l’Oiseau du Temps, le scénario est tout aussi prenant, les dessins sont maintenant parfaits, l’univers a eu tout le temps d’être travaillé et c’est avec plaisir que 14 ans plus tard on retrouve le même plaisir. Oui 14 ans plus tard, ce n’était donc pas qu’un fantasme d’adolescent mais bien une œuvre majeure…
Là où vont nos pères
Pour cet album, j’ai voulu attendre longtemps avant de donner un avis pour savoir si la première impression survivrait, ce qui me vaut de ne le noter que maintenant alors qu’il est depuis le début dans ma collection. L’édition est très belle, le matériel est solide et joliment relié le papier très agréable à toucher. L’album a un nombre de pages généreux. Côté dessins, nous sommes en face de planches en dégradé gris et une autre couleur, tantôt or, tantôt ocre, parfois noir, parfois moutarde, parfois violet. Toujours dans des nuances pastels des couleurs avec une constante marron-or très réussie. Le trait est peu visible, il s’agit plutôt de dégradés contrastés. La mise en image est très réussie avec des prises de vues tout à fait adéquates pour chaque situation sans que l’on sente les vues forcées. Côté scénario maintenant, cette BD est muette. Non seulement il n’y a aucun texte, mais en plus il n’y a aucune lettre dans les décors reconnaissable. Ceci est fort à propos dans la mesure ou le thème est celui du migrant. Thème universel, la migration est présentée ici de façon universelle sans qu’il y ait de lieu précis, de langue précise et même de date précise ça pourrait s’adapter à n’importe quel migrant à n’importe quelle époque. Tout commence avec la séparation brutale, non seulement des racines mais surtout des proches, un homme va donc quitter sa famille pour aller chercher meilleur sort à l’étranger en espérant faire venir sa famille un jour. Pourquoi il part ? Parce qu’il a peur, peur d’on ne sait quoi mais qui est magnifiquement représenté par cette queue de monstre dont l’ombre irise les murs. Après la séparation vient le voyage, présenté ici dans toute son humanité et sa misère, seul et ayant le même espoir que nombre d’autres portant tout autant sur eux leur désespoir sur ce grand bateau. Impersonnel, brutal même, incompréhensible vient la sélection et la validation de son entrée en territoire d’espoir. Sélectionné suivant des critères si justement montrés ici comme arbitraires certains vont être acceptés à l’examen de passage. On ne saura pas ce qu’il en est pour les autres, mais ici notre vagabond passe. L’acceptation finale est validée par un homme dans l’administration du pays d'accueil, il s'agit du premier signe d’humanité perçu dans le récit, c’est bien un homme qui tamponne le visa, homme inconnu mais dont on aimerait l’embrasser tant la démarche pour en arriver là fut dure et combien un retour ne serait pas envisageable. Alors c’est la découverte, découverte de ce nouveau monde avec les petites économies prévues, découverte des us. Seul au milieu d’une civilisation nouvelle le dépaysement est prévisible, il est admirablement croqué dans cet album. Même les indispensables ustensiles quotidiens peuvent être des découvertes. Le petit animal qui suivra notre migrant tout rond et mignon comme tout est adopté aussi bien par le héros que par le lecteur. Sans aide c’est difficile, et ce n’est qu’avec un nouveau contact humain d’aide que notre héros trouvera enfin un rythme dans cette nouvelle vie. D’essais en essais dans des job que l’on devine difficile notre déraciné va trouver ses marques. Bien sur quelques peurs de l’ancien monde subsisteront, mais avec l’humanité des accueillants : tout va mieux. Et qui sont ces accueillants ? Eux même d’anciens migrants, non pas du même pays, eux aussi ont leurs peurs et eux aussi ont connu ce chemin, maintenant ils sont heureux d’être sortis de leur peur même en ayant des vies difficiles : au moins ici ils sont heureux, heureux comme cet enfant joyeux. Une lettre et la situation suffisamment stable va permettre d’enfin pouvoir revoir la famille, cette seule attache qui manque à l’équilibre de notre déraciné. Une fois la cellule enfin au complet l’apprentissage va être transmis, les fantômes du passés peuvent être oubliés. Et mieux, la petite fille de nouveau épanouie va pouvoir à son tour aider les nouveaux migrants… Une telle justesse, une telle simplicité, une telle universalité sont choses rares dans la BD comme dans d’autres arts. D’étapes en étapes nous sommes transportés, nous même migrants en départ d’un danger et en partance pour un Eden idéal. Le plus touchant dans cet ouvrage c’est l’humanité qui s’en dégage, chaque étape positive dans le parcours s’avère venir d’autrui et être humaine. Hymne à la tolérance, à l’amour au sens chrétien de l’agape ou à la charité au sens bouddhiste cet album est un bijou brut. De ses couleurs à son scénario en passant par ses nuances, tout est transcrit pour remettre l’homme au cœur des préoccupations terrestres. La relecture est un régal qui permet d’aller plus loin et de voir par delà le non texte dans des détails qui ont un profond sens humaniste. Mon coup de cœur initial n’était donc pas qu’une tocade. Cet ouvrage rentre dans le cercle fermé des œuvres références que tout être humain devrait si ce n’est avoir lu en tous cas ressentir au fond de lui.