Tout simplement GENIAL.
La clef nous est donnée à la dernière page et on ne peut alors résister à l'envie d'une seconde lecture, qui devient celle d'une histoire toute différente. En abîmes, le scénario joue avec les dessins de Tardi, avec les couleurs ou leur absence, les dialogues, le titre même. Et in fine : avec vous, lecteur... Bravo ! Et laissez-vous surprendre.
C'est la première oeuvre de cet auteur et je lui donne d'emblée les 4 étoiles. De père en FIV est d'abord un jeu de mots. Reste à savoir ce qu'est une FIV ce qui n'est pas évident pour le commun des mortels. La réponse ? Une fécondation in vitro.
L'auteur partage avec les lecteurs une autobiographie assez poignante. Il ne peut pas avoir d'enfants. Qu'à cela tienne ! Le couple décide de braver le destin. On va vivre avec lui le long parcours du combattant qu'est la FIV. Le point de vue sera masculin ce qui est également très intéressant.
Je connais autour de moi un couple qui a eu les mêmes difficultés à pouvoir enfanter. La FIV a permit de rendre ce couple très heureux avec la naissance de magnifiques jumeaux blonds aux yeux bleus. On ignore souvent à travers ce bonheur qu'on peut avoir eu d'énormes difficultés à procréer ainsi que les obstacles qu'il a fallu traverser. L'auteur nous fait d'abord partager la honte qu'il a éprouvé avec cette infertilité. Et puis les enfants des autres qui naissent et grandissent et qui vous envoient vos échecs à la figure.
Il y a tout un processus, de nombreux examens avec de longues heures d'attente, des formalités administratives, une multiplication des interlocuteurs et des emplois du temps. Ce n'est encore rien face à la contrainte physique du traitement et des essais ratés qui s'enchaînent. Je ne dévoilerais pas la fin mais elle m'a fait pleurer. :((
Ce roman graphique est une pure réussite car il nous emmène au-delà de nos émotions. Heureusement, il y a de l'humour et de l'autodérision. Un album coup de coeur que je recommande chaudement. Il est vrai que des parents se reconnaîtront dans ce récit réaliste et dédramatisant. Cela donne de l'espoir. :)
A tout ceux qui diront que Druuna a un scénario niais, et que ce n'est que de la bd porno ou érotique, je rappelle que Serpieri l'auteur a une formation en Art.
Regardez comment il dessine un corps féminin. Et il a dessiné des chevaux (demandez aux étudiants en art la difficulté de dessiner un cheval et ses muscles).
Des courbes féminines exagérées diront certains (seins, fesses) mais le peintre Ingres dans son odalisque n'a t'il pas exagéré le dos de son modèle ?
Serpieri est au delà de la BD. Chaque planche est un travail graphique avec une volonté d'art. Mais l'art est obscur pour certains...... (a dit quelqu'un, vieux, sage, et peut être chinois ?,,,).
L'ère de l'égoïsme où comment le néolibéralisme l'a emporté. Warren Buffet (3ème fortune mondiale) ne disait-il pas que la lutte des classes existe toujours et que c'est sa classe qui l'a emporté. Darryl Cunningham s'est livré à un excellent travail d'analyse qu'il a découpé en trois parties.
La première partie nous décrit la vie d'Ayn Rand que je ne connaissais pas et qui pourtant a profondément marqué la pensée de la droite américaine à commencer par son disciple Alan Greenspan. Elle prône l'individualisme sur le collectivisme. En effet, l'altruisme ne serait qu'un outil utilisé par le collectif pour soumettre les individus. A ses yeux, l'égoïsme qui est habituellement considéré comme un vice est en réalité une vertu car cela favorise l'esprit créatif et le talent loin de toute médiocrité. Par ailleurs, les impôts sont du vol. Le marché doit être entièrement libre sans intervention étatique. Elle s'opposa à la guerre du Viet-Nam, mais également à la loi contre l'avortement et était profondément athéiste ce qui tranchait au sein d'une droite dominée par la religion. Bref, elle établira toute une philosophie qui nous sera savamment décortiquée. La conclusion de l'auteur sur l'oeuvre d'Ayn Rand mérite sans doute le détour et je vous en laisserais la surprise.
La seconde partie nous décrit la crise de 2008 qui serait la conséquence de la pensée d'Ayn Rand bien qu'il y eut différents facteurs à commencer par l'absence de réglementation voulue par les politiques pour laisser-faire les banques d'affaires. On apprendra que ce fut la cupidité des hommes d'affaire qui allait conduire à la catastrophe sans compter sur la fameuse baisse des taux décidée en 2001 par Alan Greenspan à la tête de la réserve fédérale depuis que Ronald Reagan l'a nommé en 1987. Ce dernier croyait dur comme fer que c'était l'avidité des hommes d'affaire qui protégeait le consommateur au travers de la réputation d'une entreprise. Comme il se trompait !
La dernière partie est un résumé de la situation que nous connaissons aujourd'hui. L'auteur va étudier toute la psychologie des pensées conservatrices contre les progressistes. Dans la préface, il nous prévenait en écrivant : dans les états démocratiques où le droit de vote existe, nous sommes responsables d'avoir donné le pouvoir à ceux qui estiment vertueux de privilégier l'amoncellement de l'argent au lieu de l'égalité pour tous. Il constate l'indignation des masses populaires mais celles-ci se trompent d'ennemis. On raille ainsi les plus défavorisés en ne faisant plus la différence entre le profiteur et celui réellement dans le besoin. les chômeurs et les immigrés sont les premières victimes de la montée de l'extrême droite. Son analyse ne concerne que les Etats-unis et le Royaume-Uni, je tiens à le préciser pour éviter tout amalgame.
En gros, Ayn Rand avait tort en privilégiant l'égoïsme. L'impôt serait le prix à payer pour maintenir la civilisation. Oui, il faut payer encore plus d'impôts et faire confiance au gouvernement pour établir des règles de régulation. Libre à chacun de se faire une opinion. En tout cas, l'auteur fait une formidable démonstration tout à fait compréhensible pour le simple esprit que je suis. L'achat de cette oeuvre me paraît indispensable pour comprendre les enjeux économiques actuels.
Note Dessin: 4/5 - Note Scénario: 5/5 - Note Globale: 4.5/5
Economix est certes une BD sur l’économie mais surtout sur l’histoire de l’économie; ce qui n’est pas pareil. Dernièrement, j’avais pu apprécier L'Ère de l'égoïsme qui reprend les mécanismes de l’économie ayant amené à notre dernière grande crise actuelle, liée aux subprimes. Entre les deux, j’ai quand même une petite préférence pour « L’Ère de l’égoïsme » qui me semble plus novateur dans l’approche même si les objectifs et les résultats sont les mêmes.
Alors certes, Economix est affublé de tous les qualificatifs d’usage : phénoménal ou hors normes. L’avantage est d’expliquer en des termes clairs les mécanismes complexes de l’économie en quelque chose d’amusant et d’accessible au plus grand nombre. Bon, cela ne sera pas tout à fait exact car il va falloir s’accrocher. Par ailleurs, je ne peux pas dire que je suis un néophyte de par mon activité professionnelle et ayant étudié l’économie politique. De plus, la lecture ne se révélera pas être une partie de plaisir : c’est comme si vous aviez le Bescherelle en BD avec des images amusantes.
En effet, la démarche de l’auteur est plus que louable car l’économie est au cœur de toute chose. Cela fait dire à certains que si cet ouvrage avait été lu par des banquiers avisés, ils n’auraient pas osé vendre autant de crédit à risque. On aura compris qu’il est nécessaire de mieux comprendre l’économie. Du coup, certains commentaires dans l’actualité peuvent devenir limpides comme les enjeux de la loi Macron.
L’économie est une science en perpétuel mouvement. Certains penseurs sont loués puis rejetés et on passe à d’autres : des mercantilistes aux néo-classiques. Je connaissais Adam Smith et son fameux « laisser faire, laisser aller » qui me paraissait le grand théoricien du libéralisme économique loué par la droite et ses patrons. L’auteur me donne une vision différente de l’homme avec tout un pan qu’on a passé sous silence. L’homme est franchement réhabilité à mes yeux après lecture et je vous laisserai découvrir le pourquoi.
On retrouvera également l’un de mes économistes préférés, à savoir Keynes, qui préconisait de favoriser la demande par la hausse des salaires. Cet homme est mon ami. Il a compris qu’il fallait donner aux masses populaires qui pouvaient ensuite dépenser leurs revenus et faire tourner la machine économique. Cependant, il semblerait que cette politique ne soit plus d’actualité car la machine s’est grippée. Même nos socialistes favorisent actuellement l’économie de l’offre afin de permettre aux producteurs d’être moins étranglés.
L’auteur va nous expliquer également la pensée de Marx et les ravages du communisme sous Staline. Cependant, il restera juste en indiquant les succès de ceux-ci (premier homme dans l’espace, de la nourriture pour tout le monde…). Il ne magnifiera pas le capitalisme américain, bien au contraire. Il dira clairement le soutien à des dictatures sanglantes d’extrême-droite pour contrer le communisme dans certains pays. Certains présidents américains seront magnifiés (Ted puis Franklin Roosevelt) et d’autres horrifiés (Hoover, Reagan).
Il y a quelque chose qui a véritablement retenu mon attention. A un moment donné de l’histoire économique du XXème siècle, les politiques des gouvernements ont taxé les super-riches et favorisé l’émergence de la classe moyenne. Il y avait un rapport plutôt acceptable dans l’écart des richesses. De nos jours, cet écart s’est considérablement creusé, ce qui n’amène à rien de bon pour le futur : révoltes ou guerres en perspective. La planète ne peut appartenir à 1?s plus riches même en n'étant point jaloux de leur formidable réussite à coup d’héritages ou de maximisation fiscale. Sic. La question pourrait être la suivante : faut-il laisser agir à leur guise les spéculateurs qui jouent avec le feu ?
Ce livre est une mine d’informations ainsi qu’un remarquable exercice de pédagogie. Il faudra une bonne semaine pour en venir à bout et essayer de comprendre sans régurgiter. L’histoire de l’économie est tout de même assez passionnante et cela permet de comprendre comment le monde fonctionne. Bref, un ouvrage indispensable qui incite à la prudence.
Note Dessin: 4/5 - Note Scénario: 5/5 - Note Globale: 4.5/5
De retour d'une expédition en Nouvelle Calédonie, un navire français ramène avec lui un « autochtone » en métropole. Dans le microcosme du bateau, c'est toute la société française de l'époque qui est représentée et qui réagit à la présence du Kanak.
Que ce soit le scientifique, le militaire, le négrier, le prêtre ou le simple matelot, chacun reporte sur le pauvre Eloi son mépris, sa peur ou son fantasme sans jamais réussir à sortir des préjugés de son époque pour voir l'homme derrière l'image qu'il représente pour chacun d'eux.
L'album, extrêmement ambitieux, est une grande réussite. Visuelle d'abord. Pendant 220 pages, le haut niveau d’exigence graphique ne baisse jamais. Le dessin est magnifique et on sent que les auteurs se sont beaucoup documentés pour rendre le cadre le plus réaliste possible.
Réussite dans le récit également. Un soin énorme est apporté aux personnages. Les auteurs ont habilement évité l'écueil de la caricature et ils ont su leur donner beaucoup de profondeur et de réalisme. Les dialogues et les situations sont fins et intelligents, la narration est impeccable et il est impossible de décrocher de l'histoire. Histoire dont le lecteur ne peut ressortir indemne devant ce drame de la colonisation.
Eloi est tout simplement l'un des tous meilleurs albums que j'ai lu depuis longtemps.
Allez, j'ose la note maximale !
Et un très, très grand bravo aux auteurs !
Cette (trop brève) série est un véritable joyau !
Une intrigue rigoureuse, ancrée dans la France (mais surtout le Paris) de la Belle Epoque, nous embarque dans une enquête policière au cours de laquelle fantastique, ésotérisme et quotidien sordide se mêlent avec efficacité en un récit d’une parfaite cohérence. Savant fou, créatures démoniaques, prêtre de choc, génies du mal, apache, marchands de canons, zombies, artiste peintre sulfureux, égoutiers, sorcière, policier débonnaire et barbouze prétentieux… une multitude de personnages bien cernés qui existent, s’agitent et s’entrecroisent avec bonheur pour nous emmener du rire au frisson tout en ménageant le suspense.
Le dessin précis, délicat et minutieux de Cerqueira, à la frontière entre réalisme et comique, sert admirablement le récit dans ses diverses facettes.
Hélas, rien n’est jamais acquis en ce bas monde… Et la série, qui avançait au rythme d’un album tous les trois ans, n’a plus connu de suite depuis 2007. Les deux auteurs nous auraient-ils plantés ? C’est à craindre… A moins que tous les orphelins de « L’ombre de l’échafaud » ne se manifestent en masse ! Mais sont-ils si nombreux ?
Bon, j'ai mis 5/5, je sais ça doit être rare.
Cet avis n'engage que moi, mais j'ai rarement été autant frappé et marqué par une bande dessinée, si ce n'est pas des grands incontournables, et encore.
Vous avez ici, un raisonnement profond sur la marginalisation, la folie, le normal. Une portée philosophique profonde entachée d'un personnage principal à la psychologie malade !
Je me suis permis de faire une chronique vidéo :
https://www.youtube.com/watch?v=wzM-9qOZ9X4&feature=gp-n-y&google_comment_id=z12vvnfhslfazvgrq04cjrnykzmls1mp3lg0k
A lire d'urgence, mais en prenant son temps quand même ^^. Sans doute à lire 2 fois d'ailleurs.
Je précise que la lecture des 4 tomes est importante, lire 3 tomes sur 4 n'a aucun intérêt !
On frise la perfection…
Bien sûr, dans son scénario, Xavier Dorison joue une partition bien connue : la confrontation entre l'ancien et le moderne, le choc entre ceux qui agissent pour l'honneur et ceux que rien ne motive que leur intérêt, une course poursuite haletante autour d'une Bible en langue vulgaire… Ces ficelles scénaristiques ont si souvent servi qu'elles pourraient être définitivement émoussées.
Mais Dorison est un maître ; à l’instar de son héros, il garde le sens de l'aventure. Alors pourquoi changer une recette gagnante alors qu'il suffit de faire un petit pas de côté pour en raviver le piquant ? Il réussit donc le tour de force de réactiver une trame classique dans une histoire impeccablement rythmée, qui suit un fil implacable de la première à la dernière planche de cet excellent one-shot.
Les personnages, tout en conservant le rôle stéréotypé que leur assigne l'auteur, offrent tous une complexité et une profondeur inattendues ; même les second rôles ont une densité qui les rend humains (ou inhumains, c'est selon). Les rebondissements sont certes attendus, mais rien ne se déroule exactement comme prévu et chaque séquence parvient malgré tout à étonner le lecteur ravi. Quant au manuscrit de la Bible traduite en français, il s'avère être bien plus qu'un MacGuffin…
L'autre coup de génie est d'avoir situé le récit à une époque qui n'a été que rarement traitée en bandes dessinées. Le début du XVIe siècle est pourtant fascinant : la Renaissance, l'esprit humaniste, la Réforme, les prémices des guerres de religion offrent un cadre passionnant. Autre originalité : alors que la peinture de cette époque privilégie d'habitude les milieux urbains, l'action du Maître d'Armes se déroule dans les montagnes reculées du Sud Jura, entre des falaises enneigées et des forêts inquiétantes.
Aux pinceaux, Joël Parnotte apporte à l'album ce qu'il faut de réalisme, avec un sens très maîtrisé des ambiances, du mouvement dans les combats et des cadrages. J'ai aimé ses premières œuvres, Hong Kong Triad, Les Aquanautes et Un Pas vers les Etoiles, puis je l'ai perdu de vue durant quelques années, puisque je suis passé à côté de la série Le Sang des Porphyre. Et là, je redécouvre un auteur qui a beaucoup gagné en assurance, dont le talent explose.
À mon sens, Le Maître d'Armes est un des meilleurs albums paru cette année, qui fut pourtant un bon millésime. Du très grand art, vraiment.
De Cape et de Crocs, une série que je suis tome après tome depuis son tout premier. Ce fut un plaisir à chaque nouvelle parution et ce fut pour moi un très grand plaisir de relire l'intégrale des 10 tomes, puis la suite mettant en scène le passé d'Eusèbe.
La force de cette série est quintuple, au minimum.
D'une part, elle offre un contexte original mêlant décor de cape et d'épées, aventures maritimes, voyages fantastiques aux multiples influences et personnages animaliers.
D'autre part, il y a d'excellents personnages, une vraie galerie dont quasiment tous sans exception sont intéressants et attachants. J'ai une vraie affection pour l'ombrageux et fier Don Lope, mais il ne serait rien sans le rusé et passionné Armand, le mignon et drôle Eusèbe, le plus adulte et humain Kader, l'impétueuse Doña Hermine, l'inénarrable Captain Boone et son équipage, le redoutable Mendoza et tous les autres personnages principaux ou secondaires, tous aussi finalement ciselés les uns que les autres.
Ensuite, la série bénéficie d'un excellent dessin, détaillé et très coloré grâce à une technique que j'imagine être de la gouache parfaitement maîtrisée. Masbou excelle particulièrement à mes yeux dans les paysages maritimes et sous-marins, mais ses décors et sa mise en scène sont toutes formidables. On peut d'ailleurs voir son évolution et son gain de maîtrise, entre des premières planches qui se cherchent encore un peu au niveau des personnages et des couleurs, et dès les deuxième et troisième tomes des planches déjà superbes qui ne feront qu'embellir tome après tome.
Il y a également une très belle part laissée à l'humour, un humour qui fait parfaitement mouche, à la lecture comme à la relecture. Car les gags sont bien amenés, fins, parfois burlesques mais hilarants. Elles sont rares les BDs qui me font rire à haute voix quand je les lis. Celle-ci fait partie de ce club très restreint et ma relecture me l'a de nouveau confirmé.
Et enfin il y a les dialogues et les références littéraires. Molière, Corneille, Cyrano, les influences et clins d’œil sont innombrables et raviront les amateurs de culture et de littérature française. Et puis il y a ces dialogues rimés, en Alexandrins et ces innombrables jeux sur les mots. C'en est parfois purement impressionnant d'écriture et d'imagination.
Les quatre premiers tomes de la série sont sans conteste mes préférés, mon plaisir et ma fascination allant croissant à les parcourir. J'ai un tout petit peu moins accroché à partir de Jean Sans Lune et des tomes suivants, trouvant que l'intrigue globale devenait un peu confuse dans le nouveau tour que prenait l'aventure de nos héros. Et les tomes 8 et 9 m'ont un petit peu embrouillé avec des dialogues que je trouvais parfois un peu trop lourds et des situations moins passionnantes. Puis ensuite, les aventures d'Eusèbe tout seul m'ont moins enthousiasmé car moins exotiques même si toujours fort bien menées et drôles.
Malgré cela, ma passion et mon admiration pour la série n'a pas faibli et la conclusion du dixième tome est une fin parfaite et belle pour une histoire qui est sans aucun doute le summum de la BD d'aventure comique.
En France, les livres sont au même prix partout. C'est la loi !
Avec BDfugue, vous payez donc le même prix qu'avec les géants de la vente en ligne mais pour un meilleur service :
des promotions et des goodies en permanence
des réceptions en super état grâce à des cartons super robustes
une équipe joignable en cas de besoin
2. C'est plus avantageux pour nous
Si BDthèque est gratuit, il a un coût.
Pour financer le service et le faire évoluer, nous dépendons notamment des achats que vous effectuez depuis le site. En effet, à chaque fois que vous commencez vos achats depuis BDthèque, nous touchons une commission. Or, BDfugue est plus généreux que les géants de la vente en ligne !
3. C'est plus avantageux pour votre communauté
En choisissant BDfugue plutôt que de grandes plateformes de vente en ligne, vous faites la promotion du commerce local, spécialisé, éthique et indépendant.
Meilleur pour les emplois, meilleur pour les impôts, la librairie indépendante promeut l'émergence des nouvelles séries et donc nos futurs coups de cœur.
Chaque commande effectuée génère aussi un don à l'association Enfance & Partage qui défend et protège les enfants maltraités. Plus d'informations sur bdfugue.com
Pourquoi Cultura ?
Indépendante depuis sa création en 1998, Cultura se donne pour mission de faire vivre et aimer la culture.
La création de Cultura repose sur une vision de la culture, accessible et contributive. Nous avons ainsi considéré depuis toujours notre responsabilité sociétale, et par conviction, développé les pratiques durables et sociales. C’est maintenant au sein de notre stratégie de création de valeur et en accord avec les Objectifs de Développement Durable que nous déployons nos actions. Nous traitons avec lucidité l’impact de nos activités, avec une vision de long terme. Mais agir en responsabilité implique d’aller bien plus loin, en contribuant positivement à trois grands enjeux de développement durable.
Nos enjeux environnementaux
Nous sommes résolument engagés dans la réduction de notre empreinte carbone, pour prendre notre part dans la lutte contre le réchauffement climatique et la préservation de la planète.
Nos enjeux culturels et sociétaux
La mission de Cultura est de faire vivre et aimer la culture. Pour cela, nous souhaitons stimuler la diversité des pratiques culturelles, sources d’éveil et d’émancipation.
Nos enjeux sociaux
Nous accordons une attention particulière au bien-être de nos collaborateurs à la diversité, l’inclusion et l’égalité des chances, mais aussi à leur épanouissement, en encourageant l’expression des talents artistiques.
Votre vote
Histoires vraies
Tout simplement GENIAL. La clef nous est donnée à la dernière page et on ne peut alors résister à l'envie d'une seconde lecture, qui devient celle d'une histoire toute différente. En abîmes, le scénario joue avec les dessins de Tardi, avec les couleurs ou leur absence, les dialogues, le titre même. Et in fine : avec vous, lecteur... Bravo ! Et laissez-vous surprendre.
De père en FIV
C'est la première oeuvre de cet auteur et je lui donne d'emblée les 4 étoiles. De père en FIV est d'abord un jeu de mots. Reste à savoir ce qu'est une FIV ce qui n'est pas évident pour le commun des mortels. La réponse ? Une fécondation in vitro. L'auteur partage avec les lecteurs une autobiographie assez poignante. Il ne peut pas avoir d'enfants. Qu'à cela tienne ! Le couple décide de braver le destin. On va vivre avec lui le long parcours du combattant qu'est la FIV. Le point de vue sera masculin ce qui est également très intéressant. Je connais autour de moi un couple qui a eu les mêmes difficultés à pouvoir enfanter. La FIV a permit de rendre ce couple très heureux avec la naissance de magnifiques jumeaux blonds aux yeux bleus. On ignore souvent à travers ce bonheur qu'on peut avoir eu d'énormes difficultés à procréer ainsi que les obstacles qu'il a fallu traverser. L'auteur nous fait d'abord partager la honte qu'il a éprouvé avec cette infertilité. Et puis les enfants des autres qui naissent et grandissent et qui vous envoient vos échecs à la figure. Il y a tout un processus, de nombreux examens avec de longues heures d'attente, des formalités administratives, une multiplication des interlocuteurs et des emplois du temps. Ce n'est encore rien face à la contrainte physique du traitement et des essais ratés qui s'enchaînent. Je ne dévoilerais pas la fin mais elle m'a fait pleurer. :(( Ce roman graphique est une pure réussite car il nous emmène au-delà de nos émotions. Heureusement, il y a de l'humour et de l'autodérision. Un album coup de coeur que je recommande chaudement. Il est vrai que des parents se reconnaîtront dans ce récit réaliste et dédramatisant. Cela donne de l'espoir. :)
Druuna
A tout ceux qui diront que Druuna a un scénario niais, et que ce n'est que de la bd porno ou érotique, je rappelle que Serpieri l'auteur a une formation en Art. Regardez comment il dessine un corps féminin. Et il a dessiné des chevaux (demandez aux étudiants en art la difficulté de dessiner un cheval et ses muscles). Des courbes féminines exagérées diront certains (seins, fesses) mais le peintre Ingres dans son odalisque n'a t'il pas exagéré le dos de son modèle ? Serpieri est au delà de la BD. Chaque planche est un travail graphique avec une volonté d'art. Mais l'art est obscur pour certains...... (a dit quelqu'un, vieux, sage, et peut être chinois ?,,,).
L'Ère de l'égoïsme
L'ère de l'égoïsme où comment le néolibéralisme l'a emporté. Warren Buffet (3ème fortune mondiale) ne disait-il pas que la lutte des classes existe toujours et que c'est sa classe qui l'a emporté. Darryl Cunningham s'est livré à un excellent travail d'analyse qu'il a découpé en trois parties. La première partie nous décrit la vie d'Ayn Rand que je ne connaissais pas et qui pourtant a profondément marqué la pensée de la droite américaine à commencer par son disciple Alan Greenspan. Elle prône l'individualisme sur le collectivisme. En effet, l'altruisme ne serait qu'un outil utilisé par le collectif pour soumettre les individus. A ses yeux, l'égoïsme qui est habituellement considéré comme un vice est en réalité une vertu car cela favorise l'esprit créatif et le talent loin de toute médiocrité. Par ailleurs, les impôts sont du vol. Le marché doit être entièrement libre sans intervention étatique. Elle s'opposa à la guerre du Viet-Nam, mais également à la loi contre l'avortement et était profondément athéiste ce qui tranchait au sein d'une droite dominée par la religion. Bref, elle établira toute une philosophie qui nous sera savamment décortiquée. La conclusion de l'auteur sur l'oeuvre d'Ayn Rand mérite sans doute le détour et je vous en laisserais la surprise. La seconde partie nous décrit la crise de 2008 qui serait la conséquence de la pensée d'Ayn Rand bien qu'il y eut différents facteurs à commencer par l'absence de réglementation voulue par les politiques pour laisser-faire les banques d'affaires. On apprendra que ce fut la cupidité des hommes d'affaire qui allait conduire à la catastrophe sans compter sur la fameuse baisse des taux décidée en 2001 par Alan Greenspan à la tête de la réserve fédérale depuis que Ronald Reagan l'a nommé en 1987. Ce dernier croyait dur comme fer que c'était l'avidité des hommes d'affaire qui protégeait le consommateur au travers de la réputation d'une entreprise. Comme il se trompait ! La dernière partie est un résumé de la situation que nous connaissons aujourd'hui. L'auteur va étudier toute la psychologie des pensées conservatrices contre les progressistes. Dans la préface, il nous prévenait en écrivant : dans les états démocratiques où le droit de vote existe, nous sommes responsables d'avoir donné le pouvoir à ceux qui estiment vertueux de privilégier l'amoncellement de l'argent au lieu de l'égalité pour tous. Il constate l'indignation des masses populaires mais celles-ci se trompent d'ennemis. On raille ainsi les plus défavorisés en ne faisant plus la différence entre le profiteur et celui réellement dans le besoin. les chômeurs et les immigrés sont les premières victimes de la montée de l'extrême droite. Son analyse ne concerne que les Etats-unis et le Royaume-Uni, je tiens à le préciser pour éviter tout amalgame. En gros, Ayn Rand avait tort en privilégiant l'égoïsme. L'impôt serait le prix à payer pour maintenir la civilisation. Oui, il faut payer encore plus d'impôts et faire confiance au gouvernement pour établir des règles de régulation. Libre à chacun de se faire une opinion. En tout cas, l'auteur fait une formidable démonstration tout à fait compréhensible pour le simple esprit que je suis. L'achat de cette oeuvre me paraît indispensable pour comprendre les enjeux économiques actuels. Note Dessin: 4/5 - Note Scénario: 5/5 - Note Globale: 4.5/5
Economix
Economix est certes une BD sur l’économie mais surtout sur l’histoire de l’économie; ce qui n’est pas pareil. Dernièrement, j’avais pu apprécier L'Ère de l'égoïsme qui reprend les mécanismes de l’économie ayant amené à notre dernière grande crise actuelle, liée aux subprimes. Entre les deux, j’ai quand même une petite préférence pour « L’Ère de l’égoïsme » qui me semble plus novateur dans l’approche même si les objectifs et les résultats sont les mêmes. Alors certes, Economix est affublé de tous les qualificatifs d’usage : phénoménal ou hors normes. L’avantage est d’expliquer en des termes clairs les mécanismes complexes de l’économie en quelque chose d’amusant et d’accessible au plus grand nombre. Bon, cela ne sera pas tout à fait exact car il va falloir s’accrocher. Par ailleurs, je ne peux pas dire que je suis un néophyte de par mon activité professionnelle et ayant étudié l’économie politique. De plus, la lecture ne se révélera pas être une partie de plaisir : c’est comme si vous aviez le Bescherelle en BD avec des images amusantes. En effet, la démarche de l’auteur est plus que louable car l’économie est au cœur de toute chose. Cela fait dire à certains que si cet ouvrage avait été lu par des banquiers avisés, ils n’auraient pas osé vendre autant de crédit à risque. On aura compris qu’il est nécessaire de mieux comprendre l’économie. Du coup, certains commentaires dans l’actualité peuvent devenir limpides comme les enjeux de la loi Macron. L’économie est une science en perpétuel mouvement. Certains penseurs sont loués puis rejetés et on passe à d’autres : des mercantilistes aux néo-classiques. Je connaissais Adam Smith et son fameux « laisser faire, laisser aller » qui me paraissait le grand théoricien du libéralisme économique loué par la droite et ses patrons. L’auteur me donne une vision différente de l’homme avec tout un pan qu’on a passé sous silence. L’homme est franchement réhabilité à mes yeux après lecture et je vous laisserai découvrir le pourquoi. On retrouvera également l’un de mes économistes préférés, à savoir Keynes, qui préconisait de favoriser la demande par la hausse des salaires. Cet homme est mon ami. Il a compris qu’il fallait donner aux masses populaires qui pouvaient ensuite dépenser leurs revenus et faire tourner la machine économique. Cependant, il semblerait que cette politique ne soit plus d’actualité car la machine s’est grippée. Même nos socialistes favorisent actuellement l’économie de l’offre afin de permettre aux producteurs d’être moins étranglés. L’auteur va nous expliquer également la pensée de Marx et les ravages du communisme sous Staline. Cependant, il restera juste en indiquant les succès de ceux-ci (premier homme dans l’espace, de la nourriture pour tout le monde…). Il ne magnifiera pas le capitalisme américain, bien au contraire. Il dira clairement le soutien à des dictatures sanglantes d’extrême-droite pour contrer le communisme dans certains pays. Certains présidents américains seront magnifiés (Ted puis Franklin Roosevelt) et d’autres horrifiés (Hoover, Reagan). Il y a quelque chose qui a véritablement retenu mon attention. A un moment donné de l’histoire économique du XXème siècle, les politiques des gouvernements ont taxé les super-riches et favorisé l’émergence de la classe moyenne. Il y avait un rapport plutôt acceptable dans l’écart des richesses. De nos jours, cet écart s’est considérablement creusé, ce qui n’amène à rien de bon pour le futur : révoltes ou guerres en perspective. La planète ne peut appartenir à 1?s plus riches même en n'étant point jaloux de leur formidable réussite à coup d’héritages ou de maximisation fiscale. Sic. La question pourrait être la suivante : faut-il laisser agir à leur guise les spéculateurs qui jouent avec le feu ? Ce livre est une mine d’informations ainsi qu’un remarquable exercice de pédagogie. Il faudra une bonne semaine pour en venir à bout et essayer de comprendre sans régurgiter. L’histoire de l’économie est tout de même assez passionnante et cela permet de comprendre comment le monde fonctionne. Bref, un ouvrage indispensable qui incite à la prudence. Note Dessin: 4/5 - Note Scénario: 5/5 - Note Globale: 4.5/5
Eloi
De retour d'une expédition en Nouvelle Calédonie, un navire français ramène avec lui un « autochtone » en métropole. Dans le microcosme du bateau, c'est toute la société française de l'époque qui est représentée et qui réagit à la présence du Kanak. Que ce soit le scientifique, le militaire, le négrier, le prêtre ou le simple matelot, chacun reporte sur le pauvre Eloi son mépris, sa peur ou son fantasme sans jamais réussir à sortir des préjugés de son époque pour voir l'homme derrière l'image qu'il représente pour chacun d'eux. L'album, extrêmement ambitieux, est une grande réussite. Visuelle d'abord. Pendant 220 pages, le haut niveau d’exigence graphique ne baisse jamais. Le dessin est magnifique et on sent que les auteurs se sont beaucoup documentés pour rendre le cadre le plus réaliste possible. Réussite dans le récit également. Un soin énorme est apporté aux personnages. Les auteurs ont habilement évité l'écueil de la caricature et ils ont su leur donner beaucoup de profondeur et de réalisme. Les dialogues et les situations sont fins et intelligents, la narration est impeccable et il est impossible de décrocher de l'histoire. Histoire dont le lecteur ne peut ressortir indemne devant ce drame de la colonisation. Eloi est tout simplement l'un des tous meilleurs albums que j'ai lu depuis longtemps. Allez, j'ose la note maximale ! Et un très, très grand bravo aux auteurs !
L'Ombre de l'échafaud
Cette (trop brève) série est un véritable joyau ! Une intrigue rigoureuse, ancrée dans la France (mais surtout le Paris) de la Belle Epoque, nous embarque dans une enquête policière au cours de laquelle fantastique, ésotérisme et quotidien sordide se mêlent avec efficacité en un récit d’une parfaite cohérence. Savant fou, créatures démoniaques, prêtre de choc, génies du mal, apache, marchands de canons, zombies, artiste peintre sulfureux, égoutiers, sorcière, policier débonnaire et barbouze prétentieux… une multitude de personnages bien cernés qui existent, s’agitent et s’entrecroisent avec bonheur pour nous emmener du rire au frisson tout en ménageant le suspense. Le dessin précis, délicat et minutieux de Cerqueira, à la frontière entre réalisme et comique, sert admirablement le récit dans ses diverses facettes. Hélas, rien n’est jamais acquis en ce bas monde… Et la série, qui avançait au rythme d’un album tous les trois ans, n’a plus connu de suite depuis 2007. Les deux auteurs nous auraient-ils plantés ? C’est à craindre… A moins que tous les orphelins de « L’ombre de l’échafaud » ne se manifestent en masse ! Mais sont-ils si nombreux ?
Blast
Bon, j'ai mis 5/5, je sais ça doit être rare. Cet avis n'engage que moi, mais j'ai rarement été autant frappé et marqué par une bande dessinée, si ce n'est pas des grands incontournables, et encore. Vous avez ici, un raisonnement profond sur la marginalisation, la folie, le normal. Une portée philosophique profonde entachée d'un personnage principal à la psychologie malade ! Je me suis permis de faire une chronique vidéo : https://www.youtube.com/watch?v=wzM-9qOZ9X4&feature=gp-n-y&google_comment_id=z12vvnfhslfazvgrq04cjrnykzmls1mp3lg0k A lire d'urgence, mais en prenant son temps quand même ^^. Sans doute à lire 2 fois d'ailleurs. Je précise que la lecture des 4 tomes est importante, lire 3 tomes sur 4 n'a aucun intérêt !
Le Maître d'armes
On frise la perfection… Bien sûr, dans son scénario, Xavier Dorison joue une partition bien connue : la confrontation entre l'ancien et le moderne, le choc entre ceux qui agissent pour l'honneur et ceux que rien ne motive que leur intérêt, une course poursuite haletante autour d'une Bible en langue vulgaire… Ces ficelles scénaristiques ont si souvent servi qu'elles pourraient être définitivement émoussées. Mais Dorison est un maître ; à l’instar de son héros, il garde le sens de l'aventure. Alors pourquoi changer une recette gagnante alors qu'il suffit de faire un petit pas de côté pour en raviver le piquant ? Il réussit donc le tour de force de réactiver une trame classique dans une histoire impeccablement rythmée, qui suit un fil implacable de la première à la dernière planche de cet excellent one-shot. Les personnages, tout en conservant le rôle stéréotypé que leur assigne l'auteur, offrent tous une complexité et une profondeur inattendues ; même les second rôles ont une densité qui les rend humains (ou inhumains, c'est selon). Les rebondissements sont certes attendus, mais rien ne se déroule exactement comme prévu et chaque séquence parvient malgré tout à étonner le lecteur ravi. Quant au manuscrit de la Bible traduite en français, il s'avère être bien plus qu'un MacGuffin… L'autre coup de génie est d'avoir situé le récit à une époque qui n'a été que rarement traitée en bandes dessinées. Le début du XVIe siècle est pourtant fascinant : la Renaissance, l'esprit humaniste, la Réforme, les prémices des guerres de religion offrent un cadre passionnant. Autre originalité : alors que la peinture de cette époque privilégie d'habitude les milieux urbains, l'action du Maître d'Armes se déroule dans les montagnes reculées du Sud Jura, entre des falaises enneigées et des forêts inquiétantes. Aux pinceaux, Joël Parnotte apporte à l'album ce qu'il faut de réalisme, avec un sens très maîtrisé des ambiances, du mouvement dans les combats et des cadrages. J'ai aimé ses premières œuvres, Hong Kong Triad, Les Aquanautes et Un Pas vers les Etoiles, puis je l'ai perdu de vue durant quelques années, puisque je suis passé à côté de la série Le Sang des Porphyre. Et là, je redécouvre un auteur qui a beaucoup gagné en assurance, dont le talent explose. À mon sens, Le Maître d'Armes est un des meilleurs albums paru cette année, qui fut pourtant un bon millésime. Du très grand art, vraiment.
De Cape et de Crocs
De Cape et de Crocs, une série que je suis tome après tome depuis son tout premier. Ce fut un plaisir à chaque nouvelle parution et ce fut pour moi un très grand plaisir de relire l'intégrale des 10 tomes, puis la suite mettant en scène le passé d'Eusèbe. La force de cette série est quintuple, au minimum. D'une part, elle offre un contexte original mêlant décor de cape et d'épées, aventures maritimes, voyages fantastiques aux multiples influences et personnages animaliers. D'autre part, il y a d'excellents personnages, une vraie galerie dont quasiment tous sans exception sont intéressants et attachants. J'ai une vraie affection pour l'ombrageux et fier Don Lope, mais il ne serait rien sans le rusé et passionné Armand, le mignon et drôle Eusèbe, le plus adulte et humain Kader, l'impétueuse Doña Hermine, l'inénarrable Captain Boone et son équipage, le redoutable Mendoza et tous les autres personnages principaux ou secondaires, tous aussi finalement ciselés les uns que les autres. Ensuite, la série bénéficie d'un excellent dessin, détaillé et très coloré grâce à une technique que j'imagine être de la gouache parfaitement maîtrisée. Masbou excelle particulièrement à mes yeux dans les paysages maritimes et sous-marins, mais ses décors et sa mise en scène sont toutes formidables. On peut d'ailleurs voir son évolution et son gain de maîtrise, entre des premières planches qui se cherchent encore un peu au niveau des personnages et des couleurs, et dès les deuxième et troisième tomes des planches déjà superbes qui ne feront qu'embellir tome après tome. Il y a également une très belle part laissée à l'humour, un humour qui fait parfaitement mouche, à la lecture comme à la relecture. Car les gags sont bien amenés, fins, parfois burlesques mais hilarants. Elles sont rares les BDs qui me font rire à haute voix quand je les lis. Celle-ci fait partie de ce club très restreint et ma relecture me l'a de nouveau confirmé. Et enfin il y a les dialogues et les références littéraires. Molière, Corneille, Cyrano, les influences et clins d’œil sont innombrables et raviront les amateurs de culture et de littérature française. Et puis il y a ces dialogues rimés, en Alexandrins et ces innombrables jeux sur les mots. C'en est parfois purement impressionnant d'écriture et d'imagination. Les quatre premiers tomes de la série sont sans conteste mes préférés, mon plaisir et ma fascination allant croissant à les parcourir. J'ai un tout petit peu moins accroché à partir de Jean Sans Lune et des tomes suivants, trouvant que l'intrigue globale devenait un peu confuse dans le nouveau tour que prenait l'aventure de nos héros. Et les tomes 8 et 9 m'ont un petit peu embrouillé avec des dialogues que je trouvais parfois un peu trop lourds et des situations moins passionnantes. Puis ensuite, les aventures d'Eusèbe tout seul m'ont moins enthousiasmé car moins exotiques même si toujours fort bien menées et drôles. Malgré cela, ma passion et mon admiration pour la série n'a pas faibli et la conclusion du dixième tome est une fin parfaite et belle pour une histoire qui est sans aucun doute le summum de la BD d'aventure comique.