Arrivant bien après la bataille, je me contente modestement d'ajouter ma pierre à l'édifice de louanges que Persepolis a déjà acquis durablement au fil des ans. Que pourrais-je rajouter qui n'ait déjà été dit ?
Persepolis est l’œuvre qui a révélé Marjane Satrapi comme une auteure à suivre et qui fait encore date aujourd'hui. Un récit unique et prenant sur la vie de cette jeune femme iranienne, mais qui sait plonger loin dans les détails. Récit de femme, récit d'iranienne, récit de vie, tout se retrouve dans cette œuvre qui s'ouvre avec l'enfance et se finira sur le départ définitif de son auteure pour la France. Un récit qui balaye toute une révolution, pas si loin de chez nous et pourtant très lointaine dans nos esprits.
Cette BD a fait date, je ne pense pas surprendre en disant ceci. Adapté en film d'animation (film par ailleurs tout aussi excellent), ce récit a marqué à la fois la bande dessinée et le monde. La BD est devenue une de ces références lorsque sont citées les lettres de noblesse de cet art. Bref, un must-have !
Bien sûr, c'est le mélange du dessin, en noir et blanc tout en rondeur, et de l'histoire, qui mêle récit de vie avec la grande Histoire, qui a fait mouche. La lecture est d'une fluidité sans faille, on rit et on pleure avec cette vie pas si banale. On comprend mieux ce qu'il s'est passé, et peut-être un peu ce qu'il se passe dans ce pays. Les personnages sont attachants, les cases sont parfois superbes ... C'est du tout bon jusqu'au dernier instant, et je ne peux pas en rajouter plus. En tant que BD, Persepolis a fait date.
C'est grâce à bdtheque que j'ai lu cette bd qui ne m'aurait pas attiré en temps normal. La faute à son dessin, qui n'est pas celui que j'affectionne naturellement, enfin au 1er abord. Non c'est surtout le scénario qui m'a interpellé.
Un enfant brimé et séquestré dans un vieux manoir familial. Travesti en fille par une grand mère à moitié folle, méchante et acariâtre. Un grand père faible et lâche qui laisse faire, en buvant et écoutant ses disques classiques, perdu dans la mélancolie d'une vie ratée...
Malgré cela, le gosse vit tout de même comme un enfant de son âge, enfin essaye... Dans son monde clos et coupé de l'extérieur, rythmé par les leçons et punitions de l'odieuse grand-mère. Le grand jardin où il joue avec les animaux et les livres, très présents dans la grande maison, qu'il dévore avec avidité, chose normale quand on est enfermé et ne voyant aucun autre enfant... Tout en maudissant, tout comme le grand père, cette terrible femme. Ces 2 là aimeraient bien qu'elle meure. De ses parents, l'enfant n'a aucun souvenir, et se demande bien à quoi ils pourraient ressembler.
Puis un jour une famille de Portugais embauchée par l'odieuse grand mère s'installe dans la maison du gardien, et Constance (c'est le prénom de l'enfant, enfin celui qui lui est imposé) fait la connaissance des terribles enfants de ces derniers. S'ensuit une espèce d'attirance-rejet entre ces mômes complètement différents. Des petits jeux sadiques, chose classique dans le monde cruel de l'enfance. Constance s’efforçant de cacher son secret (un garçon avec des habits de fille) face à la terrible benjamine de ces nouveaux voisins, dont il commence à tomber secrètement amoureux.
Le récit m'a tellement passionné que je me suis tout de suite adapté au dessin assez particulier mais finalement idéal pour raconter cette histoire.
J'ai été extrêmement touché du début à la fin, car j'adore ces récits tourmentés de familles dysfonctionnelle et "tarées". L'imagination étant le seul moyen de survie pour ce gamin. De plus cette ambiance de manoir perdu dans un coin de campagne, au milieu des livres poussiéreux, avec la marâtre vociférant telle une sorcière, c'est quasiment du fantastique de conte de fée. Avec la question de l'identité sexuelle en plus. Constance ne se questionnant pas plus que ça sur ses habits de fille, du moins au début car n'ayant pas de point de comparaison avec d'autres enfants. C'est la rencontre avec ceux des voisins (et plus particulièrement la grande) qui va faire s'affirmer, assez difficilement, son statut de garçon et non de fille.
Je rapprocherais cette bd d’œuvres comme Graines de Paradis de Makyo, La Saison des anguilles, ou le roman "Vipère au poing" mais avec un trait plus caricatural, + stylisé et presque amateur par moments. Enfin plus proche des romans graphiques où le dessinateur ne s’arrête pas sur de petites faiblesses au dessin et fonce tête baissée dans son récit avec une ambition telle que cela devient vraiment passionnant.
Chapeau l'artiste !
5/5
(quand je parle de la spécificité du dessin, c'est surtout en ce qui concerne les visages. Les décors et la très belle ambiance à la carte à gratter sont extrêmement réussis)
96ème avis… tout a été dit, je vais donc faire court.
Le Grand Pouvoir du Chninkel est l’une de mes séries préférées. Cette trilogie de fantasy, particulièrement originale et truffée d’éléments bibliques, est un ovni dans un genre pourtant très codifié. A la fois drôle, tragique et décalée, l’histoire est passionnante de bout en bout, bien portée par une narration maitrisée et une remarquable créativité de l’univers. C’est une bouffée d’air frais dans un genre trop souvent marqué par Tolkien.
Les superbes dessins de Rosinski font immanquablement penser à Thorgal. Tout est remarquablement soigné et la virtuosité du visuel sublime la puissance du récit.
Le Grand Pouvoir du Chninkel est une œuvre culte.
Un grand bravo aux auteurs !
Il ne manque rien à cet album qui mérite les prix acbd et Angoulême. C'est le meilleur album de l'année 2018.
Il y a le dessin d'abord. 400 pages d'expérimentations graphiques, tant dans les outils que le trait ou la narration. Les pleines pages sont impressionnantes. Le travail fourni est démentiel.
Il y a l'histoire, les thèmes abordés. C'est tellement riche qu'il serait une perte de temps de chercher à les lister. Ça va de la perception des ados d'eux-mêmes jusqu'au sort des juifs dans l'Allemagne nazie. Tout ça à partir d'une banlieue américaine naze.
Et il y a le contexte. L'avc de l'Autrice qui s'est battue pour retrouver sa capacité à dessiner.
Une œuvre majeure de la bd américaine dont on attend déjà le tome 2 avec impatience.
Cela faisait bien longtemps que je n'avais pas été aussi emporté par une bd. Merci bdtheque pour des découvertes de ce genre !
Au début, j'ai tout de même été un peu méfiant par rapport à l'univers ultra-réaliste et ultra parisien. Le petit monde de la littérature parisienne (pour ne pas dire bobo), les us et coutumes d'un type de personnes dans un microcosme un peu élitiste. Mais c'est tellement bien réalisé que c'est immédiatement passionnant. Les vues parisiennes sous une pluie battante, les immeubles gris, les visages et attitudes, une ambiance littéralement fantastique et ultra réaliste en même temps... c'est sublime.
En suite on est tout de suite emporté par ce polar ésotérique, me faisant penser un peu à la neuvième porte, du moins au début. J'adore ! Je dévorais les pages à toute allure.
Puis nos 2 héroïnes (la mère et la fille) prennent la route pour poursuivre leur enquête et filent vers la Franche Comté dans un petit hameau perdu près de Montbéliard. Atmosphère toujours aussi pluvieuse et mystérieuse et c'est toujours aussi sublime. Je ne me pencherais pas plus sur l’enquête en soi, d'autres l'ont fait bien mieux que je ne puisse le faire, mais sachez qu'il y a un secret de famille remontant à d'obscurs maléfices païens, mélangés à la légende juive du golem. Et bien sûr cet espèce de croquemitaine volatil présent sur la couverture. Les auteurs ont réussi à mélanger tout cela avec une véritable maestria n'ayant rien à envier au cinéma américain.
Je suis réellement impressionné par cette lecture que j'ai empruntée à la bibliothèque (à acheter les yeux fermés). Le fait qu'une bd de 328 pages (quel travail titanesque) peut nous passionner autant et être aussi belle en même temps.
Chef d’œuvre !
Nymphéas noirs est à l'origine un roman à succès de Michel Bussi publié en 2011. C'est Fred Duval (Travis, Carmen Mc Callum, ...) qui va prendre soin de l'adapter au format bande dessinée, avec l'aide de Didier Cassegrain (Tao Bang, Code Mc Callum, ...) au dessin.
C'est un polar ayant pour cadre la petite ville de Giverny, bourgade normande où Claude Monet avait fait construire ses fameux jardins et son bassin aux Nymphéas. L'histoire tourne autour de trois femmes : une dame âgée vivant en solitaire, une belle institutrice et une fillette douée pour la peinture. Cela commence par un meurtre, celui d'un notable de la ville, et par l'enquête d'un fringant policier décidé à trouver le coupable, et peut-être avant cela d'éventuels témoins. Avec lui, nous allons évoluer dans cette petite ville et son univers presque en huis-clos, marqué par l'empreinte du célèbre peintre impressionniste mais aussi par un drame issu du passé.
Le dessin de Didier Cassegrain est proprement superbe. J'aime la façon dont il rappelle en permanence par son ambiance, sa lumière et ses couleurs les œuvres impressionnistes de Monet tout en conservant son propre style pour les personnages. Il le fait de manière suffisamment discrète pour ne pas gêner le récit, en conservant une narration impeccable, tout en plongeant le lecteur dans l’atmosphère des tableaux du maître. Et quand il fait véritablement une référence directe au contenu de ces tableaux, comme dans sa représentation de la Cathédrale de Rouen, je ne peux qu'admirer la beauté de son dessin et de sa peinture.
Portée par ces belles planches, l'histoire coule avec plaisir. L'enquête policière en prend la plus grand part mais on suit en parallèle également l'histoire plus légère et artistique de la jeune fille et celle énigmatique de la vieille dame qui semble tout savoir et manipuler son monde dans l'ombre. L'intrigue est complexe et le lecteur se pose dès le départ la question de comprendre le lien entre les trois femmes et ce fameux meurtre, pour découvrir qui est le coupable. Les indices sont disséminés peu à peu mais plongent régulièrement dans la perplexité car les pièces du puzzle semblent ne jamais vouloir complètement s'imbriquer.
Cette perplexité va être levée d'un coup dans l'épilogue de l'album. Et là j'ai réalisé que je m'étais fait avoir comme un bleu ! Le retournement final est tel que je suis allé vérifier toutes les planches précédentes pour voir s'il y avait une incohérence. Mais non ! Tout est réalisé à la perfection, et je suis complètement tombé dans le panneau. C'est fait de manière excellente, impeccable ! Je tire vraiment mon chapeau aux auteurs pour avoir réussi ce tour de force dont je ne peux évidemment rien révéler sous peine de gâcher la surprise.
Superbe album ! Des planches de toute beauté, une ambiance excellente, une triple histoire prenante, une enquête qui tient la route, et surtout donc ce twist final qui sublime d'un coup l'oeuvre dans son ensemble. Chapeau !
Voici une nouvelle lecture plutôt audacieuse du Horlà, une oeuvre phare de Maupassant beaucoup étudiée à l'école. Nous sommes dans une tout autre dimension de l'oeuvre à la fois psychologique mais également fantastique. Il est également question de physique quantique. Rien que cela ! Bref, une exploration très originale où l'intelligence et l'élégance fusionnent.
Il y a de magnifiques trouvailles comme le fait de se dire Horlà pour se dire bonjour dans une île province un peu éloigné du continent. Notre héros prénommé K a une tête de lapin particulièrement saisissante de réalisme. Il vient de débarquer sur une île après une traversée sur le Bel Ami, un paquebot de croisière. Plein de références et des petits clins d'oeil qui enrichissent cette oeuvre en l'adaptant à notre époque.
Il travaille dans l'informatique et plus précisément dans la réalité augmentée. Il doit résoudre un problème de réseau lié à une incompatibilité entre le continent et cette lointaine province. Il va rencontrer trois femmes qui vont entretenir le mystère et presque le plonger dans une espèce de folie qui le ronge de l'intérieur.
J'ai adoré le rythme plutôt lent mais qui installe les choses progressivement et tout commence à s'imbriquer jusqu'au final qui sera une véritable révélation. Par ailleurs, on observera une belle maîtrise graphique mais qui reste dans la simplicité. Il ne faudrait sans doute pas passer à côté de ce bel album. Génial !
Dix ans après "le journal d'un ingénu", Emile Bravo nous revient avec ce premier volume d'une tragicomédie humaniste prévue en quatre volumes.
J'avais un peu peur, avant de lire cet opus, de faire une overdose d'un Spirou chez les Allemands après l'album de Bravo et celui de Schwartz & Yann, qui datent certes, mais j'avoue avoir cessé d'acheter la série mère et ses dérivés '"Spirou, vu par..." depuis quelques années vu la médiocrité des albums édités.
Avec "L'espoir malgré tout", j'ai eu l'agréable surprise de retrouver un Spirou comme je l'aime: intrépide, souvent naïf (son discours pacifiste est parfois trop appuyé par E. Bravo) mais surtout l'auteur nous a dépeint ici un Fantasio fantasque, roublard, lâche et fuyant qui prend littéralement le dessus sur son compère dans cet opus. Sacré personnage que ce Fantasio qui est capable d'adopter toutes les postures pour arriver à ses fins! Emile Bravo a, de ce point de vue, réussi à faire d'un personnage secondaire un personnage incontournable de cette aventure (la dernière page le prouve).
Emile Bravo, à travers cet album, n'a de cesse de rendre hommage ouvertement aux auteurs de la ligne claire, notamment à Hergé avec un Spirou déguisé en Tintin.
J'ai adoré cet album qui balaye à la fois la seconde guerre mondiale, l'histoire de la Belgique avec son exode, son occupation ("le Soir volé"), ses antagonismes entre Wallons et Flamands, mais aussi ses héros anonymes comme le père Anselme et les amours de jeunesse.
Un récit dense, riche et passionnant que nous offre là un Emile Bravo, en très grande forme. J'ajoute que le dessin est excellent.
Très bonne lecture.
Jojo's Bizarre Adventure, c'est quoi ? C'est un manga fleuve qui a commencé sa publication le 2 décembre 1986 dans le Weekly Shonen Jump, toujours en cours, très célèbre au Japon (un peu moins ailleurs). Sa particularité ? On suit la famille Joestar sous plusieurs générations, à différentes époques, et avec différents héros. On peut donc tout à fait lire une saison de la série sans avoir lu les autres. De nos jours le manga est publié dans le mensuel japonais Ultra Jump.
Qu'en est il de sa publication en France ? Elle est chaotique. J'ai Lu a édité les 46 premiers tomes (correspondants aux parties 1 à 4 de la série) de 2002 à 2005, avant d'arrêter la publication. En 2007, Tonkam récupère la série et la poursuit pour faire plaisir aux fans, en éditant les parties non éditées: Golden Wind (partie 5 de la série, tomes 47 à 63 de l'édition originale) et Stone Ocean partie 6 de la série).
En 2013, avec la publication de la 7ème saison, Steel Ball Run, qui débute, Tonkam décide de rééditer les 4 parties épuisées depuis plusieurs années. Elles seront éditées en saison séparées, comme des séries à part entière (comme cela a été fait pour les saisons 5 et 6). L'éditeur commence avec la partie 3, la plus célèbre, avant d'enchaîner avec la partie 1 (Phantom Blood), la 2, puis la 4. Les tomes bénéficient d'une nouvelle traduction. Oubliez donc les anciens tomes de J'ai Lu.
Ce qui frappe en premier lieu lorsqu'on ouvre le premier tome de la série, c'est le dessin : il n'a plus rien à voir avec le style actuel de l'auteur ! On sent une inspiration de Tetsuo Hara (Hokuto no Ken), typique des années 80, mais il y a un plus, qui fait qu'on reconnaît tout de suite le trait d'Araki: les personnages ont des poses très originales, dignes de gravures de mode, et c'est un aspect qui sera accentué tout au long de la série, comme pour les tenues extravagantes (les personnages, au départ très musclés, deviendront peu à peu plus androgynes).
Le scénario ? C'est très étonnant pour un début de shonen. En effet, quasiment pas de fantastique, ou de combats avec des techniques ancestrales. On voit simplement au début une cérémonie aztèque mettant en scène le masque de pierre, artefact emblématique de cette première saison. Mais ensuite pendant le reste du tome suit pour l'instant le duel psychologique entre le héros, Jonathan Joestar, et Dio, son frère adoptif qui en veut à son héritage. Dio est vraiment machiavélique et ne recule devant rien pour parvenir à ses fins. Il est considéré, à juste titre, comme un des méchants de mangas les plus marquants. L'ensemble fait un peu soap opera, avec plein de rebondissements, mais c'est voulu, pour planter le décor et les personnages. L'ambiance changera petit à petit, pour devenir plus horrifique.
Et un autre point intéressant, c'est que ce tome et cette première partie de la série acquiert une nouvelle dimension lorsque qu'on la lit après avoir lu les saisons suivantes (la 2ème et la 3ème par exemple). En effet il y a une généalogie entre les héros des différentes saisons de la série, et des personnages qui réapparaissent dans plusieurs saisons.
A partir du deuxième tome l'histoire bascule tout à fat dans le shonen inspiré des films d'horreur, avec une ambiance glaçante qui sera une caractéristique de tout le reste de la saison. On a affaire au premier grand affrontement entre Dio et Jonathan. On apprend que Dio a assassiné Dario Brando, son père biologique, et qu'il compte en faire de même avec le père de Jonathan, son père adoptif. Mais notre héros comprend à temps ce qu'il a prévu de faire et ramène la police dans le manoir. Dio, acculé, décide d'utiliser le masque aztèque, présent dans le manoir Joestar depuis des années. Et c'est à ce moment que tout bascule.
Le reste du tome est consacré à cet affrontement, qui est vraiment très prenant, et encore plus quand on sait que cette partie a plus de 25 ans! Le dessin s'est un peu amélioré, ce sera une caractéristique de l'auteur de modifier petit à petit son dessin tout au long de cette longue série.
Le tome trois fait apparaître la technique de l'Onde, ou respiration ondulatoire. Ce genre de force spéciale est typiques des shonens mais dans Jojo elle a une dimension plus originale et je dirais même parodique, vu le bizarre assumé des situations.
Le tome 4 est à fond dans les combats, le héros progresse, et on a un échantillon de ce que sera le Jojo's moderne, car les combats ne sont pas basés uniquement sur la force mais aussi et surtout sur la réflexion.
Mais le dernier point qui rend Phantom Blood culte, c'est le tome 5, et son étonnante et triste fin, qui a dû faire un sacré choc aux lecteurs de l'époque, qui rebat les cartes et montre que Jojo's est, et sera une série surprenante qui n'a pas peur de sortir des sentiers battus! J'étais personnellement au bord des larmes lorsque j'ai lu cette partie pour la première fois.
Au final, une ambiance horrifique, du gore à ne plus savoir qu'en faire, du kitsch, un splendide dessin old-school, des personnages aux postures qui défient les lois humaines et aux accoutrements très travaillés... un mélange très bizarre, mais qui fonctionne du tonnerre. Cette saison reste accrocheuse, même plus de 25 ans après sa sortie, et est personnellement ma saison de Jojo's préférée.
Que dire sur ce manga ... Pris d'une impulsion, je me suis procuré l'intégralité des 21 tomes parus à ce jour, et je me les suis dévoré comme des bonbons, mais à petite dose. Je n'ai pas pu les engloutir comme j'aurais voulu. Trop dense, trop d'émotions. Mais j'ai finalement lu jusqu'au bout le dernier tome. Et je suis maintenant comme toutes ces personnes qui attendant depuis dix ans la sortie hypothétique d'une suite.
Nana, c'est le manga Shojo par excellence. Et ce genre étant autant connoté, il est assez ardu d'arriver à passer outre les préjugés qu'on accorde aux œuvres s'y rattachant. Mais là, je suis désolé, il n'est pas possible de juger Nana simplement comme un Shojo. Même en considérant qu'il est le meilleur, ce que j'ai déjà entendu plusieurs fois. Non, Nana est bien plus que simplement le meilleur de son genre, si tant est que ce qualificatif n'est pas un poncif usé.
Nana est un manga particulièrement excellent, avant tout. Je n'ai pas de souvenir d'avoir lu un autre manga qui m'ait fait pleurer au tome 8 et qui m'a pris ensuite aux tripes. J'ai dévoré l'histoire comme jamais, et pour la première fois j'ai découvert une BD où absolument tous les personnages m'ont plu. Je ne pensais pas dire ça au début, mais chacun des personnages principaux de ce manga est passionnant à suivre, avec tous ses travers et sa vie intime. C'est tout le cœur de l'histoire, entre les personnages et leurs relations. Bien campés, sensibles et humains, on est loin des clichés du genre romantique.
Niveau dessin, il faut aimer le style de la dessinatrice, mais une fois qu'on s'y habitue elle sait nous prendre par les sentiments quand il le faut. Le dessin arrive à poser des ambiances noires et sombres, mais aussi légères et amusantes. C'est bien foutu d'un bout à l'autre (et je note que la dessinatrice a un excellent dessin dès le premier tome), et j'ai adoré les derniers tomes et leur ambiance noire. Un régal.
Mais surtout, surtout, qu'est-ce que c'est beau ! Je ne saurais dire comment c'est possible, mais l'auteure à réussi à nous faire une histoire d'amour entre deux filles sans qu'on ne puisse parler d'histoire d'amour. Je ne sais ce que c'est, mais il y a entre les deux Nana une alchimie qui se noue et cimente toute l'histoire. Rien que cette histoire d'amitié/amour/fraternité vaut tout le manga. C'est le cœur de toute l'histoire, mais aussi une relation des plus sincères que j'ai lues en manga. Et curieusement réaliste, aussi.
Ce manga m'a touché, m'a ému, m'a fait pleurer et m'a suffisamment plu pour que je crois moi aussi que ce manga sera fini un jour. Car une telle histoire ne peut rester inachevée ainsi. Et même si dix ans ont passé sans nouvelle, je continue de penser qu'il y aura une fin. Je l'espère de tout mon coeur.
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Persepolis
Arrivant bien après la bataille, je me contente modestement d'ajouter ma pierre à l'édifice de louanges que Persepolis a déjà acquis durablement au fil des ans. Que pourrais-je rajouter qui n'ait déjà été dit ? Persepolis est l’œuvre qui a révélé Marjane Satrapi comme une auteure à suivre et qui fait encore date aujourd'hui. Un récit unique et prenant sur la vie de cette jeune femme iranienne, mais qui sait plonger loin dans les détails. Récit de femme, récit d'iranienne, récit de vie, tout se retrouve dans cette œuvre qui s'ouvre avec l'enfance et se finira sur le départ définitif de son auteure pour la France. Un récit qui balaye toute une révolution, pas si loin de chez nous et pourtant très lointaine dans nos esprits. Cette BD a fait date, je ne pense pas surprendre en disant ceci. Adapté en film d'animation (film par ailleurs tout aussi excellent), ce récit a marqué à la fois la bande dessinée et le monde. La BD est devenue une de ces références lorsque sont citées les lettres de noblesse de cet art. Bref, un must-have ! Bien sûr, c'est le mélange du dessin, en noir et blanc tout en rondeur, et de l'histoire, qui mêle récit de vie avec la grande Histoire, qui a fait mouche. La lecture est d'une fluidité sans faille, on rit et on pleure avec cette vie pas si banale. On comprend mieux ce qu'il s'est passé, et peut-être un peu ce qu'il se passe dans ce pays. Les personnages sont attachants, les cases sont parfois superbes ... C'est du tout bon jusqu'au dernier instant, et je ne peux pas en rajouter plus. En tant que BD, Persepolis a fait date.
La Favorite
C'est grâce à bdtheque que j'ai lu cette bd qui ne m'aurait pas attiré en temps normal. La faute à son dessin, qui n'est pas celui que j'affectionne naturellement, enfin au 1er abord. Non c'est surtout le scénario qui m'a interpellé. Un enfant brimé et séquestré dans un vieux manoir familial. Travesti en fille par une grand mère à moitié folle, méchante et acariâtre. Un grand père faible et lâche qui laisse faire, en buvant et écoutant ses disques classiques, perdu dans la mélancolie d'une vie ratée... Malgré cela, le gosse vit tout de même comme un enfant de son âge, enfin essaye... Dans son monde clos et coupé de l'extérieur, rythmé par les leçons et punitions de l'odieuse grand-mère. Le grand jardin où il joue avec les animaux et les livres, très présents dans la grande maison, qu'il dévore avec avidité, chose normale quand on est enfermé et ne voyant aucun autre enfant... Tout en maudissant, tout comme le grand père, cette terrible femme. Ces 2 là aimeraient bien qu'elle meure. De ses parents, l'enfant n'a aucun souvenir, et se demande bien à quoi ils pourraient ressembler. Puis un jour une famille de Portugais embauchée par l'odieuse grand mère s'installe dans la maison du gardien, et Constance (c'est le prénom de l'enfant, enfin celui qui lui est imposé) fait la connaissance des terribles enfants de ces derniers. S'ensuit une espèce d'attirance-rejet entre ces mômes complètement différents. Des petits jeux sadiques, chose classique dans le monde cruel de l'enfance. Constance s’efforçant de cacher son secret (un garçon avec des habits de fille) face à la terrible benjamine de ces nouveaux voisins, dont il commence à tomber secrètement amoureux. Le récit m'a tellement passionné que je me suis tout de suite adapté au dessin assez particulier mais finalement idéal pour raconter cette histoire. J'ai été extrêmement touché du début à la fin, car j'adore ces récits tourmentés de familles dysfonctionnelle et "tarées". L'imagination étant le seul moyen de survie pour ce gamin. De plus cette ambiance de manoir perdu dans un coin de campagne, au milieu des livres poussiéreux, avec la marâtre vociférant telle une sorcière, c'est quasiment du fantastique de conte de fée. Avec la question de l'identité sexuelle en plus. Constance ne se questionnant pas plus que ça sur ses habits de fille, du moins au début car n'ayant pas de point de comparaison avec d'autres enfants. C'est la rencontre avec ceux des voisins (et plus particulièrement la grande) qui va faire s'affirmer, assez difficilement, son statut de garçon et non de fille. Je rapprocherais cette bd d’œuvres comme Graines de Paradis de Makyo, La Saison des anguilles, ou le roman "Vipère au poing" mais avec un trait plus caricatural, + stylisé et presque amateur par moments. Enfin plus proche des romans graphiques où le dessinateur ne s’arrête pas sur de petites faiblesses au dessin et fonce tête baissée dans son récit avec une ambition telle que cela devient vraiment passionnant. Chapeau l'artiste ! 5/5 (quand je parle de la spécificité du dessin, c'est surtout en ce qui concerne les visages. Les décors et la très belle ambiance à la carte à gratter sont extrêmement réussis)
Le Grand Pouvoir du Chninkel
96ème avis… tout a été dit, je vais donc faire court. Le Grand Pouvoir du Chninkel est l’une de mes séries préférées. Cette trilogie de fantasy, particulièrement originale et truffée d’éléments bibliques, est un ovni dans un genre pourtant très codifié. A la fois drôle, tragique et décalée, l’histoire est passionnante de bout en bout, bien portée par une narration maitrisée et une remarquable créativité de l’univers. C’est une bouffée d’air frais dans un genre trop souvent marqué par Tolkien. Les superbes dessins de Rosinski font immanquablement penser à Thorgal. Tout est remarquablement soigné et la virtuosité du visuel sublime la puissance du récit. Le Grand Pouvoir du Chninkel est une œuvre culte. Un grand bravo aux auteurs !
Moi, ce que j'aime, c'est les monstres
Il ne manque rien à cet album qui mérite les prix acbd et Angoulême. C'est le meilleur album de l'année 2018. Il y a le dessin d'abord. 400 pages d'expérimentations graphiques, tant dans les outils que le trait ou la narration. Les pleines pages sont impressionnantes. Le travail fourni est démentiel. Il y a l'histoire, les thèmes abordés. C'est tellement riche qu'il serait une perte de temps de chercher à les lister. Ça va de la perception des ados d'eux-mêmes jusqu'au sort des juifs dans l'Allemagne nazie. Tout ça à partir d'une banlieue américaine naze. Et il y a le contexte. L'avc de l'Autrice qui s'est battue pour retrouver sa capacité à dessiner. Une œuvre majeure de la bd américaine dont on attend déjà le tome 2 avec impatience.
L'Homme gribouillé
Cela faisait bien longtemps que je n'avais pas été aussi emporté par une bd. Merci bdtheque pour des découvertes de ce genre ! Au début, j'ai tout de même été un peu méfiant par rapport à l'univers ultra-réaliste et ultra parisien. Le petit monde de la littérature parisienne (pour ne pas dire bobo), les us et coutumes d'un type de personnes dans un microcosme un peu élitiste. Mais c'est tellement bien réalisé que c'est immédiatement passionnant. Les vues parisiennes sous une pluie battante, les immeubles gris, les visages et attitudes, une ambiance littéralement fantastique et ultra réaliste en même temps... c'est sublime. En suite on est tout de suite emporté par ce polar ésotérique, me faisant penser un peu à la neuvième porte, du moins au début. J'adore ! Je dévorais les pages à toute allure. Puis nos 2 héroïnes (la mère et la fille) prennent la route pour poursuivre leur enquête et filent vers la Franche Comté dans un petit hameau perdu près de Montbéliard. Atmosphère toujours aussi pluvieuse et mystérieuse et c'est toujours aussi sublime. Je ne me pencherais pas plus sur l’enquête en soi, d'autres l'ont fait bien mieux que je ne puisse le faire, mais sachez qu'il y a un secret de famille remontant à d'obscurs maléfices païens, mélangés à la légende juive du golem. Et bien sûr cet espèce de croquemitaine volatil présent sur la couverture. Les auteurs ont réussi à mélanger tout cela avec une véritable maestria n'ayant rien à envier au cinéma américain. Je suis réellement impressionné par cette lecture que j'ai empruntée à la bibliothèque (à acheter les yeux fermés). Le fait qu'une bd de 328 pages (quel travail titanesque) peut nous passionner autant et être aussi belle en même temps. Chef d’œuvre !
Nymphéas noirs
Nymphéas noirs est à l'origine un roman à succès de Michel Bussi publié en 2011. C'est Fred Duval (Travis, Carmen Mc Callum, ...) qui va prendre soin de l'adapter au format bande dessinée, avec l'aide de Didier Cassegrain (Tao Bang, Code Mc Callum, ...) au dessin. C'est un polar ayant pour cadre la petite ville de Giverny, bourgade normande où Claude Monet avait fait construire ses fameux jardins et son bassin aux Nymphéas. L'histoire tourne autour de trois femmes : une dame âgée vivant en solitaire, une belle institutrice et une fillette douée pour la peinture. Cela commence par un meurtre, celui d'un notable de la ville, et par l'enquête d'un fringant policier décidé à trouver le coupable, et peut-être avant cela d'éventuels témoins. Avec lui, nous allons évoluer dans cette petite ville et son univers presque en huis-clos, marqué par l'empreinte du célèbre peintre impressionniste mais aussi par un drame issu du passé. Le dessin de Didier Cassegrain est proprement superbe. J'aime la façon dont il rappelle en permanence par son ambiance, sa lumière et ses couleurs les œuvres impressionnistes de Monet tout en conservant son propre style pour les personnages. Il le fait de manière suffisamment discrète pour ne pas gêner le récit, en conservant une narration impeccable, tout en plongeant le lecteur dans l’atmosphère des tableaux du maître. Et quand il fait véritablement une référence directe au contenu de ces tableaux, comme dans sa représentation de la Cathédrale de Rouen, je ne peux qu'admirer la beauté de son dessin et de sa peinture. Portée par ces belles planches, l'histoire coule avec plaisir. L'enquête policière en prend la plus grand part mais on suit en parallèle également l'histoire plus légère et artistique de la jeune fille et celle énigmatique de la vieille dame qui semble tout savoir et manipuler son monde dans l'ombre. L'intrigue est complexe et le lecteur se pose dès le départ la question de comprendre le lien entre les trois femmes et ce fameux meurtre, pour découvrir qui est le coupable. Les indices sont disséminés peu à peu mais plongent régulièrement dans la perplexité car les pièces du puzzle semblent ne jamais vouloir complètement s'imbriquer. Cette perplexité va être levée d'un coup dans l'épilogue de l'album. Et là j'ai réalisé que je m'étais fait avoir comme un bleu ! Le retournement final est tel que je suis allé vérifier toutes les planches précédentes pour voir s'il y avait une incohérence. Mais non ! Tout est réalisé à la perfection, et je suis complètement tombé dans le panneau. C'est fait de manière excellente, impeccable ! Je tire vraiment mon chapeau aux auteurs pour avoir réussi ce tour de force dont je ne peux évidemment rien révéler sous peine de gâcher la surprise. Superbe album ! Des planches de toute beauté, une ambiance excellente, une triple histoire prenante, une enquête qui tient la route, et surtout donc ce twist final qui sublime d'un coup l'oeuvre dans son ensemble. Chapeau !
Horlà 2.0
Voici une nouvelle lecture plutôt audacieuse du Horlà, une oeuvre phare de Maupassant beaucoup étudiée à l'école. Nous sommes dans une tout autre dimension de l'oeuvre à la fois psychologique mais également fantastique. Il est également question de physique quantique. Rien que cela ! Bref, une exploration très originale où l'intelligence et l'élégance fusionnent. Il y a de magnifiques trouvailles comme le fait de se dire Horlà pour se dire bonjour dans une île province un peu éloigné du continent. Notre héros prénommé K a une tête de lapin particulièrement saisissante de réalisme. Il vient de débarquer sur une île après une traversée sur le Bel Ami, un paquebot de croisière. Plein de références et des petits clins d'oeil qui enrichissent cette oeuvre en l'adaptant à notre époque. Il travaille dans l'informatique et plus précisément dans la réalité augmentée. Il doit résoudre un problème de réseau lié à une incompatibilité entre le continent et cette lointaine province. Il va rencontrer trois femmes qui vont entretenir le mystère et presque le plonger dans une espèce de folie qui le ronge de l'intérieur. J'ai adoré le rythme plutôt lent mais qui installe les choses progressivement et tout commence à s'imbriquer jusqu'au final qui sera une véritable révélation. Par ailleurs, on observera une belle maîtrise graphique mais qui reste dans la simplicité. Il ne faudrait sans doute pas passer à côté de ce bel album. Génial !
Le Spirou d'Emile Bravo - L'Espoir malgré tout
Dix ans après "le journal d'un ingénu", Emile Bravo nous revient avec ce premier volume d'une tragicomédie humaniste prévue en quatre volumes. J'avais un peu peur, avant de lire cet opus, de faire une overdose d'un Spirou chez les Allemands après l'album de Bravo et celui de Schwartz & Yann, qui datent certes, mais j'avoue avoir cessé d'acheter la série mère et ses dérivés '"Spirou, vu par..." depuis quelques années vu la médiocrité des albums édités. Avec "L'espoir malgré tout", j'ai eu l'agréable surprise de retrouver un Spirou comme je l'aime: intrépide, souvent naïf (son discours pacifiste est parfois trop appuyé par E. Bravo) mais surtout l'auteur nous a dépeint ici un Fantasio fantasque, roublard, lâche et fuyant qui prend littéralement le dessus sur son compère dans cet opus. Sacré personnage que ce Fantasio qui est capable d'adopter toutes les postures pour arriver à ses fins! Emile Bravo a, de ce point de vue, réussi à faire d'un personnage secondaire un personnage incontournable de cette aventure (la dernière page le prouve). Emile Bravo, à travers cet album, n'a de cesse de rendre hommage ouvertement aux auteurs de la ligne claire, notamment à Hergé avec un Spirou déguisé en Tintin. J'ai adoré cet album qui balaye à la fois la seconde guerre mondiale, l'histoire de la Belgique avec son exode, son occupation ("le Soir volé"), ses antagonismes entre Wallons et Flamands, mais aussi ses héros anonymes comme le père Anselme et les amours de jeunesse. Un récit dense, riche et passionnant que nous offre là un Emile Bravo, en très grande forme. J'ajoute que le dessin est excellent. Très bonne lecture.
Jojo's Bizarre Adventure - Phantom Blood
Jojo's Bizarre Adventure, c'est quoi ? C'est un manga fleuve qui a commencé sa publication le 2 décembre 1986 dans le Weekly Shonen Jump, toujours en cours, très célèbre au Japon (un peu moins ailleurs). Sa particularité ? On suit la famille Joestar sous plusieurs générations, à différentes époques, et avec différents héros. On peut donc tout à fait lire une saison de la série sans avoir lu les autres. De nos jours le manga est publié dans le mensuel japonais Ultra Jump. Qu'en est il de sa publication en France ? Elle est chaotique. J'ai Lu a édité les 46 premiers tomes (correspondants aux parties 1 à 4 de la série) de 2002 à 2005, avant d'arrêter la publication. En 2007, Tonkam récupère la série et la poursuit pour faire plaisir aux fans, en éditant les parties non éditées: Golden Wind (partie 5 de la série, tomes 47 à 63 de l'édition originale) et Stone Ocean partie 6 de la série). En 2013, avec la publication de la 7ème saison, Steel Ball Run, qui débute, Tonkam décide de rééditer les 4 parties épuisées depuis plusieurs années. Elles seront éditées en saison séparées, comme des séries à part entière (comme cela a été fait pour les saisons 5 et 6). L'éditeur commence avec la partie 3, la plus célèbre, avant d'enchaîner avec la partie 1 (Phantom Blood), la 2, puis la 4. Les tomes bénéficient d'une nouvelle traduction. Oubliez donc les anciens tomes de J'ai Lu. Ce qui frappe en premier lieu lorsqu'on ouvre le premier tome de la série, c'est le dessin : il n'a plus rien à voir avec le style actuel de l'auteur ! On sent une inspiration de Tetsuo Hara (Hokuto no Ken), typique des années 80, mais il y a un plus, qui fait qu'on reconnaît tout de suite le trait d'Araki: les personnages ont des poses très originales, dignes de gravures de mode, et c'est un aspect qui sera accentué tout au long de la série, comme pour les tenues extravagantes (les personnages, au départ très musclés, deviendront peu à peu plus androgynes). Le scénario ? C'est très étonnant pour un début de shonen. En effet, quasiment pas de fantastique, ou de combats avec des techniques ancestrales. On voit simplement au début une cérémonie aztèque mettant en scène le masque de pierre, artefact emblématique de cette première saison. Mais ensuite pendant le reste du tome suit pour l'instant le duel psychologique entre le héros, Jonathan Joestar, et Dio, son frère adoptif qui en veut à son héritage. Dio est vraiment machiavélique et ne recule devant rien pour parvenir à ses fins. Il est considéré, à juste titre, comme un des méchants de mangas les plus marquants. L'ensemble fait un peu soap opera, avec plein de rebondissements, mais c'est voulu, pour planter le décor et les personnages. L'ambiance changera petit à petit, pour devenir plus horrifique. Et un autre point intéressant, c'est que ce tome et cette première partie de la série acquiert une nouvelle dimension lorsque qu'on la lit après avoir lu les saisons suivantes (la 2ème et la 3ème par exemple). En effet il y a une généalogie entre les héros des différentes saisons de la série, et des personnages qui réapparaissent dans plusieurs saisons. A partir du deuxième tome l'histoire bascule tout à fat dans le shonen inspiré des films d'horreur, avec une ambiance glaçante qui sera une caractéristique de tout le reste de la saison. On a affaire au premier grand affrontement entre Dio et Jonathan. On apprend que Dio a assassiné Dario Brando, son père biologique, et qu'il compte en faire de même avec le père de Jonathan, son père adoptif. Mais notre héros comprend à temps ce qu'il a prévu de faire et ramène la police dans le manoir. Dio, acculé, décide d'utiliser le masque aztèque, présent dans le manoir Joestar depuis des années. Et c'est à ce moment que tout bascule. Le reste du tome est consacré à cet affrontement, qui est vraiment très prenant, et encore plus quand on sait que cette partie a plus de 25 ans! Le dessin s'est un peu amélioré, ce sera une caractéristique de l'auteur de modifier petit à petit son dessin tout au long de cette longue série. Le tome trois fait apparaître la technique de l'Onde, ou respiration ondulatoire. Ce genre de force spéciale est typiques des shonens mais dans Jojo elle a une dimension plus originale et je dirais même parodique, vu le bizarre assumé des situations. Le tome 4 est à fond dans les combats, le héros progresse, et on a un échantillon de ce que sera le Jojo's moderne, car les combats ne sont pas basés uniquement sur la force mais aussi et surtout sur la réflexion. Mais le dernier point qui rend Phantom Blood culte, c'est le tome 5, et son étonnante et triste fin, qui a dû faire un sacré choc aux lecteurs de l'époque, qui rebat les cartes et montre que Jojo's est, et sera une série surprenante qui n'a pas peur de sortir des sentiers battus! J'étais personnellement au bord des larmes lorsque j'ai lu cette partie pour la première fois. Au final, une ambiance horrifique, du gore à ne plus savoir qu'en faire, du kitsch, un splendide dessin old-school, des personnages aux postures qui défient les lois humaines et aux accoutrements très travaillés... un mélange très bizarre, mais qui fonctionne du tonnerre. Cette saison reste accrocheuse, même plus de 25 ans après sa sortie, et est personnellement ma saison de Jojo's préférée.
Nana
Que dire sur ce manga ... Pris d'une impulsion, je me suis procuré l'intégralité des 21 tomes parus à ce jour, et je me les suis dévoré comme des bonbons, mais à petite dose. Je n'ai pas pu les engloutir comme j'aurais voulu. Trop dense, trop d'émotions. Mais j'ai finalement lu jusqu'au bout le dernier tome. Et je suis maintenant comme toutes ces personnes qui attendant depuis dix ans la sortie hypothétique d'une suite. Nana, c'est le manga Shojo par excellence. Et ce genre étant autant connoté, il est assez ardu d'arriver à passer outre les préjugés qu'on accorde aux œuvres s'y rattachant. Mais là, je suis désolé, il n'est pas possible de juger Nana simplement comme un Shojo. Même en considérant qu'il est le meilleur, ce que j'ai déjà entendu plusieurs fois. Non, Nana est bien plus que simplement le meilleur de son genre, si tant est que ce qualificatif n'est pas un poncif usé. Nana est un manga particulièrement excellent, avant tout. Je n'ai pas de souvenir d'avoir lu un autre manga qui m'ait fait pleurer au tome 8 et qui m'a pris ensuite aux tripes. J'ai dévoré l'histoire comme jamais, et pour la première fois j'ai découvert une BD où absolument tous les personnages m'ont plu. Je ne pensais pas dire ça au début, mais chacun des personnages principaux de ce manga est passionnant à suivre, avec tous ses travers et sa vie intime. C'est tout le cœur de l'histoire, entre les personnages et leurs relations. Bien campés, sensibles et humains, on est loin des clichés du genre romantique. Niveau dessin, il faut aimer le style de la dessinatrice, mais une fois qu'on s'y habitue elle sait nous prendre par les sentiments quand il le faut. Le dessin arrive à poser des ambiances noires et sombres, mais aussi légères et amusantes. C'est bien foutu d'un bout à l'autre (et je note que la dessinatrice a un excellent dessin dès le premier tome), et j'ai adoré les derniers tomes et leur ambiance noire. Un régal. Mais surtout, surtout, qu'est-ce que c'est beau ! Je ne saurais dire comment c'est possible, mais l'auteure à réussi à nous faire une histoire d'amour entre deux filles sans qu'on ne puisse parler d'histoire d'amour. Je ne sais ce que c'est, mais il y a entre les deux Nana une alchimie qui se noue et cimente toute l'histoire. Rien que cette histoire d'amitié/amour/fraternité vaut tout le manga. C'est le cœur de toute l'histoire, mais aussi une relation des plus sincères que j'ai lues en manga. Et curieusement réaliste, aussi. Ce manga m'a touché, m'a ému, m'a fait pleurer et m'a suffisamment plu pour que je crois moi aussi que ce manga sera fini un jour. Car une telle histoire ne peut rester inachevée ainsi. Et même si dix ans ont passé sans nouvelle, je continue de penser qu'il y aura une fin. Je l'espère de tout mon coeur.