Les derniers avis (7654 avis)

Par Nvram
Note: 5/5
Couverture de la série Spirou chez les Soviets
Spirou chez les Soviets

J'avais déjà lu du Neidhardt, mais là il y a un background culturel en plus. Un album très axé sur la comparaison des différents systèmes politiques, sociaux, économiques, les idéologies, le tout sur un ton léger (et il y a même une réf au brevetage du vivant). La BD entière repose sur l'idée de jeu de rôle social, c'est presque un bon Astérix. La qualité du scénario est également autre que les numéros de Morvan (avec des scénarios nettement plus axés sur le divertissement ou le spectable et des descriptions touristiques/photoréalistes), Velhmann ou Munuera (souvent tournés vers l'action pure avec des références au monde contemporain ou à des éléments de dystopie assez faiblards). Il est clairement destiné à un public adulte, par contre. Une personne qui n'a pas un petit background sur l'histoire de l'URSS ou la finance ne prendra pas forcément de plaisir à le lire.

30/12/2020 (modifier)
Par fuuhuu
Note: 5/5
Couverture de la série Les Indes fourbes
Les Indes fourbes

Ayant lu le roman « El Buscón » de Francisco de Quevedo y Villegas paru en 1626 il y a quelques années, lorsque j'ai vu que Ayroles et Guarnido s'associaient pour écrire une "suite" à ce roman, j'ai foncé tête baissée. Je n'ai pas été déçu. On suit ce bonimenteur, ce farceur, ce vagabond, cet aventurier ou appelez le comme vous voulez dans son aventure au nouveau monde à la quête de l'eldorado. Ayant lu le livre, j'ai été grandement satisfait des nombreuses références à ce dernier tout au long de la BD. J'ai également été ravi au vu des multiples planches reprenant des tableaux de peintres célèbres (Velasquez pour n'en citer qu'un). Je rassure tous ceux qui n'ont jamais lu le livre, on n'en a nullement besoin pour s'imprégner et savourer le récit. Les planches sont travaillées, riches et belles (on comprend mieux l'absence de Guarnido maintenant). Le scénario est savoureux et plein de rebondissements, j'aime particulièrement quand on narre la même histoire deux fois mais avec des points de vue différent (vous comprendrez en lisant la BD). Certains diront que le récit n'est pas du tout crédible, mais n'est-ce pas ce que nous cherchons en ouvrant une BD ? 5 étoiles MAUPERTUIS OSE ET RIT !

29/12/2020 (modifier)
Par fuuhuu
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série De Cape et de Crocs
De Cape et de Crocs

A mon tour de rajouter un énième avis sur cette série que je viens seulement de découvrir. Un chef d'oeuvre... Ma critique pourrait presque s'arrêter là. Dès les premières planches du premier tome j'ai été sidéré de la qualité des détails. Non seulement les planches sont belles et élégantes, mais même le décor, l'arrière-plan est incroyable et animé. Chaque tome mérite plusieurs relectures tant on passe à côté de détails succulents à notre première lecture. Passons au scénario : Rapidement on est embarqué dans un récit rocambolesque, plein de surprises et rebondissements. J'avais peur que la série s'essouffle à partir du 4e tome. Mais non, ils ont réussi à partir dans une "autre dimension" (pour ne pas spoil où exactement) et le récit a pris une toute autre tournure à ce moment. Nous avons également droit à un peu de tragédie et de combats épiques vers les tomes 8-9 et 10 pour un final grandiose digne des plus grands Marvel. Et que dire de ces personnages tous les plus attachants les uns que les autres. Nos deux compadres prêts à tout pour leur promise et pour la rime, le savant fou, les méchants qui deviennent gentils et les gentils qui deviennent méchants, le lapin, le LAPIN ! Eusebio le lapin est sans doute le personnage le plus intéressant de toute l'histoire (il a d'ailleurs droit à 2 tomes (le 11 et 12) pour narrer ses origines). Mon seul petit bémol dans les personnages est le grand méchant Mendoza qui est à mon goût trop méchant sans aucune nuance. Autre point fort de cette série : le nombre de références à la littérature, à la peinture, à la pop culture, aux comptines, à certains personnages historiques et j'en passe. J'ai lu 3 fois la série à ce jour, j'ai sûrement encore des centaines de références que je n'ai pas encore vues ou comprises. Je pourrai encore parler des heures de cette saga mais je vais terminer par un dernier point : la puissance des mots et des dialogues. Moi qui ai toujours détesté la poésie à l'école, je sors de cette série avec une envie d'alexandrins, de joutes verbales, de rixes et de rimes à n'en plus finir. Bref, 5 étoiles + un coup de coeur pour les 12 tomes de la série. MAUPERTUIS OSE ET RIT !

29/12/2020 (modifier)
Par Lamat
Note: 5/5
Couverture de la série Zoo
Zoo

Comme le dit un des chroniqueurs ici : "même s'il n'y avait aucun dialogue ni aucun scénario, je regarderai les images avec plaisir". Alors je suis d'accord avec toutes les critiques : - Le déroulé de l'histoire est lent (mais on n'est pas dans un thriller) - L'héroïne est un peu (beaucoup) gnagnan - Les personnages sont manichéens et il n'y a pas de vrai méchant. Etc.. Tout est vrai MAIS : Regardez quelques images même certaines qui sont petites et que d'autres auteurs vous assèneraient en pleine page. Une fois que vous aurez joui (comment ça dithyrambique ?) de la qualité de quelques vignettes, voici mon conseil : lisez cette série comme une série normale et profitez de l'histoire. Ca se tient plutôt bien. Ensuite reprenez les 3 tomes et regardez les œuvres d'art... Euh je veux dire les dessins. C'est tout simplement ma série favorite, la seule pour laquelle j'ai cassé ma tirelire afin d'acheter un hors-texte (dont est tirée l'image de mon pseudo).

27/12/2020 (modifier)
Couverture de la série Indélébiles
Indélébiles

Je ressens beaucoup de sympathie envers ce microcosme de dessinateurs provocateurs gauchistes anticonformistes... Ou alors d'adolescents attardés obsédés pour d'autres ! Déjà ce récit nous donne à voir le fonctionnement de cette institution qu'est Charlie Hebdo. Un reportage sur une organisation de reporters ! Toujours intéressant à savoir. Mais aussi, on découvre avec bonheur tous ces noms célèbres du dessin satirique se lancer des blagues de teub tout en voulant changer le monde avec de simples dessins et un verre de blanc à portée de main. Et surtout, le talent de Luz pour mener ce récit ! Sa sensibilité me touche à chaque fois. Son art de conteur me tient scotché au récit. La beauté de ses dessins et leurs découpages m'enchantent. Bravo !

26/12/2020 (modifier)
Par Yoyo
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Mes ruptures avec Laura Dean
Mes ruptures avec Laura Dean

Une bd vraiment sympa. Les dessins sont cool et l'ambiance aussi. En fait l'histoire est quand même vraiment réaliste et mérite d'être lue.

21/12/2020 (modifier)
Par Franz
Note: 5/5
Couverture de la série Cap Horn
Cap Horn

Cap Horn. 1, La baie tournée vers l’est. [5/5] La première planche est muette, l’action galopante, le cadrage cinématographique. Trois chercheurs d’or en fuite cavalent dans la pampa, la milice aux trousses. Le vieux Duca est blessé à la jambe. L’un des acolytes, Kruger, profite de la nuit pour assommer Duca lors de son tour de garde et s’enfuir avec les 25 kilos d’or. Johannes, le troisième larron part seul à la poursuite du détrousseur, destination Punta Arenas. A cette histoire de Far West en Terre de Feu, somme toute conventionnelle, viennent se greffer avec succès les paysages vides et mélancoliques des terres australes et surtout une approche ethnologique des Indiens fuégiens via un navire marchand français croisant dans le détroit de Magellan. Les regards et les pensées entrelacées des Fuégiens et des marins sont éloquents. Ils disent l’incompréhension réciproque et tous les maux à venir. L’histoire s’ancre dans le dix-neuvième siècle et un espace encore peu souillé, l’extrême sud de l’Amérique. « Cap Horn » est une belle découverte. Le dessin académique, précis, expressif est remarquable. Les couleurs sont réussies et restituent l’atmosphère des confins. Le décor planté, les personnages posés, l’histoire est forte des multiples vies qui s’entrecroisent, se cherchent, s’évitent. Peu explorée dans les romans, les films ou la bande dessinée et pourtant fascinante, la Terre de Feu est abordée ici avec finesse ; le scénario intelligent laisse entrevoir un potentiel d’une grande richesse. Cap Horn. 2, Dans le sillage des cormorans. [4/5] Le second tome de Cap Horn débute par une carte pleine page représentant le fascinant labyrinthe fuégien en Amérique du Sud. Des encadrés relatent, selon des points géographiques, l’histoire déployée dans le premier volume. Il s’agit-là d’un rappel particulièrement intelligent, efficace et original de l’épisode précédent. La page tournée, comme dans Google Earth, on zoome sur la mission d’Oushouaya tenue par le révérend Thomas Bridges depuis vingt-quatre ans. Orth embarque au petit matin, avec la belle Anna Lawrence, suivie du révérend, contraint et contrarié par la désinvolture de Orth, sur un vapeur « emprunté » à un officier sourcilleux et déchu, Alejandro Lagarigue. Son but est de ramener à la mission l’officier de santé Jules-Edouard Frossard afin qu’il soigne la jambe gangrenée de Duca, l’ami d’Orth. A noble intention, catastrophe annoncée ! Les canaux sont des cimetières liquides. Que le vent tombe de la montagne puis s’engouffre dans le défilé et le moindre bateau se trouve violemment secoué ! En quelques instants, le « vent du diable » transforme une mer d’huile en mælstrom dantesque. Ici, point de déchaînement météorique ! La chaudière du vapeur explose et les trois protagonistes se retrouvent in extremis à l’eau. Arrivent la nuit et le froid. Il va falloir survivre. Les Indiens vivent nus. Les Européens ne savent comment contrer les éléments naturels, véritables pièges mortels. Les vingt premières planches sont en tous points remarquables : narration fluide, personnages potentiellement riches, paysages au diapason, etc. Le tissage entre les Blancs, les aborigènes et la nature est fin et habile. L’intrigue se découd un peu mais les paysages poignants prennent habilement le relais. Dans le sillage des baleines, le vapeur semble bien petit. Ensuite, les points de vue se multiplient et diluent un peu l’attention du lecteur. L’équilibre n’est pas complètement trouvé. Faudrait-il donner plus de place aux Fuégiens, à l’histoire de Orth, à l’idylle entre Orth et Anna ? Choisir consiste à fermer des pistes. Celle des Indiens est probablement la plus captivante. Le scénario est bien documenté. On aimerait en voir plus sous le crayon élégant et précis d’Enea Riboldi. Ses mines sont probantes et ses portraits pleins de vérité. Qui se souvient des hommes des terres australes ? Cap Horn. 3, L’ange noir du Paramo. [5/5] L’étau se resserre sur les deux fuyards, Johannes Orth, emprisonné sous la garde vigilante du commandant argentin Lagarigue et de Duca, amputé d’une jambe car les miliciens menés par « l’ange noir du Paramo » Mac Hilian sont aguerris et déterminés. Ils ont kidnappé la belle Anna Lawrence et veulent la proposer à Lagarigue contre Orth mais c’est sans compter sur le dévouement et le sens de l’honneur du commandant. Le champ de bataille va s’ouvrir et la confrontation sanglante avoir lieu. Anna s’enfuit des griffes des miliciens. Les Indiens de la mission décampent, au grand dam des marins français sous les ordres de l’intraitable lieutenant Ferenzci. Yakaïf, dernier Indien fuégien resté à la mission, échappe à ses tortionnaires et les entraîne jusqu’au glacier Avalanche où un « simple grognement de chien suffit à briser la glace millénaire ». Le 3e tome de Cap Horn est une réussite narrative et formelle car l’histoire est menée sur plusieurs fronts sans perdre sa cohérence et sa limpidité et le dessin, remarquablement mis en couleur, restitue efficacement la tragédie humaine dans les paysages émouvants des confins, à l’extrême pointe sud de l’Amérique. Les Fuégiens, par la connaissance intime de leur milieu naturel, sont étonnants de clairvoyance et d’efficacité. Johannes Orth conserve son aura de prince déchu. Un quatrième et dernier volume, Le prince de l’âme, devrait clore cette série très attachante. Cap Horn. 4, Le Prince de l’âme. [5/5] Johannes Orth a encore des comptes à régler. Après avoir dit adieu à la belle Anna qui retient ses larmes, il quitte Oushouaya pour Punta Arenas à bord de la canonnière chilienne Huemel, sur une mer qui elle laisse aller ses lames. Plus tard, à l’aide de son ami Jason Law, skipper solitaire, il accoste sur la côte fuégienne et retrouve son ancien trois-mâts naufragé trois ans auparavant avec Milly à son bord. Johannes (ou plutôt Jean-Salvator) se recueille sur sa tombe mais les hommes de main de Julius Popper sont à l’affût. La cabane servant de sépulture est incendiée. Elle n’en devient que davantage ardente et Johannes Orth, dissimulé à la lisière, voit rouge. Il tire et se carapate, les nervis aux trousses. Finissant englué dans un marigot, il préfère se suicider d’une balle dans le crâne plutôt que d’être livré à Popper. Il est souvent difficile de finir en beauté une série. Le 4e tome de Cap Horn est captivant de bout en bout et donne du liant à l’ensemble de l’histoire. Johannes Orth se dévoile un peu plus mais conserve néanmoins quelques mystères quant à ses origines et aux raisons de sa fuite depuis l’Ancien Monde. Il n’est pas uniquement le prince de l’âme de Milly, son aimée défunte ; il possède une grandeur d’âme qui trouble ceux qui le côtoient. Cela ne l’empêche pas de rendre les coups reçus et de se défendre avec une froide détermination. Cap Horn est une série d’aventures conçue dans sa globalité dès 2003 sur 200 pages. Les aléas de la vie et les contingences du métier ont contraint les auteurs à ne voir aboutir leur projet que dix ans plus tard. Les personnages de la série sont tous habités et quelques uns sont poignants. Christian Perrissin s’est inspiré de personnes réelles comme dans le cas du capitaine Jason Law qui n’est autre que le légendaire marin américain Joshua Slocum (1844-1909) dont la circumnavigation sur son sloop rafistolé, le Spray, (24 avril 1895-27 juin 1898), reste un récit initiatique inaltérable. Malgré le fort potentiel de la saga, aucune suite ne verra le jour aux dires du scénariste. C’est probablement bien mieux ainsi. Les terres des confins, infiniment mélancoliques, auront les derniers mots et les ultimes silences quand les vies s’effacent sans laisser d’autre trace qu’un filament ténu dans la mémoire du paysage.

18/12/2020 (modifier)
Par Franz
Note: 5/5
Couverture de la série Super Negra
Super Negra

Super Negra : The Mickey Mutant Show / Winshluss. – Albi : Les Requins Marteaux, 1999. Dans le précis de décomposition du petit Mickey de chez Disney, le grand Winshluss est passé maître. Jamais une bande dessinée n’a été aussi subversive, corrosive et hilarante en même temps. Mickey et Dingo partent pêcher à la dynamite dans une zone militaire d’essais atomiques. Une bombe explose en représailles. La dernière vignette en page 5 montrant Dingo éberlué et Mickey, clope au bec, lunettes de soleil vissées au museau, conduisant sur le chemin du retour, est à hurler de rire. Les radiations transforment Mickey en « super bad ». La souris devient un gros rat pourchassé par la meute des honnêtes gens, Donald en tête, hystérique et sanguinaire. Les péripéties sont à se tordre de rire. La parodie est démultipliée : Mister Hyde, Frankenstein, Godzilla… 27 feuillets en noir et blanc avec une mise en page inventive, un dessin faussement naïf et une thématique déjà bien en place : le galonné méchant et borné, l’innocence bafouée, l’asservissement et le cynisme omniprésents. On peut lire et relire cette histoire sans jamais l’épuiser. Winshluss est un génie du 9e art. Super Negra. – Les Requins marteaux, DL 2012 [1999, 2005]. Les éditions albigeoises Les Requins Marteaux remettent pour la troisième fois le couvert à propos du Super Negra de Winshluss (1999, 2005 et 2012). A chaque fois, l’opuscule se trouve modifié par ajout ou suppression d’appendices. L’édition de 2005 proposait en plus cinq planches narrant le parasitage de soirée privée par les trois pas marrants petits canards, Riri, Fifi et Loulou, petits-neveux du vieil avare Balthazar Picsou, bien loin de la bienséance disneyenne, plus proche de la voyouterie décomplexée d’aujourd’hui. Elle incluait aussi en 2e de couverture une superbe reproduction en couleur tirée de la revue Ferraille où Betty Boop s’offusque que les trois petits cochons, roses et grimaçants, s’amoncellent derrière son épaule pour lire la revue Ferraille qu’elle tient ou peut-être veulent-ils tout simplement bigler sur ses superbes seins qu’elle dissimule derrière le « journal préféré des petits cochons ». La 4e de couverture dévoilait les mimiques de Mickey à l’Actor Studio. Tout cela a disparu dans l’édition de 2012 mais d’autres historiettes indépendantes de l’histoire centrale où Mickey et Dingo mutent après avoir goûté aux radiations, la souris de Disney devenant un rat, Dingo virant en monstre gigantesque à l’exemple de Godzilla. On y trouve « Caroline invite ses amis à sa soirée de merde » très librement inspiré d’un album de Pierre Probst « Une fête chez Caroline ». Winshluss se délecte à pourfendre le mythe de la petite fille modèle, ici une « jeune fille sophistiquée », égocentrée qui « aime les trucs kitchs, les beaux mecs et perdre du poids ». Ses pseudo amis, Noiro, Boum et Youpi sont les « rois de l’incruste » et remplacent sans peine les trois canardeaux dépravés. Le véritable et jouissif apport est la parodie du « Temple du soleil » où Tintin devient Jean-Jean, accompagné du « Capitaine » et du chien Dagobère. Six planches extraordinaires proviennent du n° 16 de la revue Jade [1]. Bien que l’édition des Requins Marteaux reproduise les planches avec une belle qualité d’impression, le format est trop petit et le dessin fouillé de Winshluss en pâtit un peu. Nonobstant cette contrainte comme dirait le vieux schnock de professeur, amateur de baronne et de cognac, dans chacune de ses petites mains expertes, racontant les mésaventures de Jean-Jean, la trivialité est excitante, le dessin colle à la peau des personnages, les dialogues sont hilarants, le découpage proche du génie à l’exemple des deux cases où Shirley, offerte nue sur un lit d’hôtel invite Jean-Jean à une partie fine. Elle lui demande son nom et scande dans l’image suivante : « Jean-Jean ! Jean-Jean ! » dans une prise en levrette biaisée alors que le jeune reporter aventurier serait en droit de scander des borborygmes de bûcheron sous forme de « Han-han ! » mais, bien élevé, il se contente de grimacer et d’exsuder en silence sous son Marcel. Besogne accomplie, enfilant son pantalon de golf, il complimentera son amante d'un jour : « Vous êtes une fille fantastique Shirley… Je crois que je vous aime… » Jean-Jean, jeune homme niais, en prend pour son grade, notamment après la découverte de sa cuisante gonorrhée que shirley fait passer pour un coup de chaleur mais Tintin, héros inoxydable, n’en souffre pas. Winshluss est un créateur exceptionnel dont le trait expressif et la narration fluide régénère un média souvent phagocyté par des séries amidonnées. Des boues et des turpitudes humaines, Winshluss en fait de l’or en barre. [1] Fanzine créé en 1991 puis revue en 1995, stoppée en 2003, relancée en 2006 dans la collection Lépidoptère des éditions 6 Pieds sous terre.

18/12/2020 (modifier)
Par Franz
Note: 5/5
Couverture de la série Welcome to the Death Club
Welcome to the Death Club

Welcome to the Death Club. – 6 Pieds sous terre éd., 2002. Les éditions 6 Pieds sous terre, les bien nommées, sises à Montpellier, ont édité en 2002 une bande dessinée en noir, blanc et gris de circonstance intitulée Welcome to the Death Club du grand pince-en-rigolant Winshluss, recueil de courts récits parus entre 1998 et 2001 dans les revues underground et défuntes, Jade et Sierra Nueva. La mort est le lien entre les sept histoires allant de deux pages à quatorze pages, le dernier récit, Père & fils, le plus conséquent, le plus irrésistible aussi. Le père La Mort, costard, cravate, chapeau, cul-de-jatte, voletant au ras du sol, la tête de mort inexpressive mais les muscles des bras noueux, mène son train-train quotidien : café, journal (Dead Town), éducation de son fils auquel il confie la peinture de la barrière en bois qui entoure la maisonnette pendant qu’il part bosser. Son job consiste à comptabiliser les morts et à expédier les âmes ad patres. C’était écrit alors La Mort note. Il lui faut son quota. Elle exerce son métier avec sérieux. On la retrouve partout où elle frappe : meurtre, suicide, crash aérien… Puis il se fait tard. Un coup d’œil à la montre, Papa La Mort décide de rentrer au bercail. La journée est finie. Pendant ce temps, le fiston (qui dispose d’yeux dans les orbites) a préféré regarder la télévision. Un documentaire lui révèle sa vocation d’ange gardien. Il découpe et colle des ailes en papier dans son dos. Le père s’énerve en constatant que la peinture n’a pas avancé. La fessée est inévitable. Le fils fugue, emprunte la barque cercueil pour traverser le Styx et pénétrer notre monde. Son premier acte consiste à sauver une vache de l’abattoir. Peine perdue, catastrophe assurée. Le bovin laissé ahuri au milieu de la route provoque un accident de voiture mortel. Le mot « fin » est apparu prématurément dans la case où le fils La Mort sourit de toutes ses dents manquantes, le pouce levé, l’auréole en biais, heureux de sa bonne action. Là, tout se complique. Les zombies sèment la mort. Comme dans l’apprenti sorcier, le rejeton ne maîtrise plus rien. Heureusement, le père débarque avec son aspirateur d’âmes de marque Hoover Soul, sorti littéralement de son chapeau. L’épilogue serait presque émouvant avec les retrouvailles père fils si la partie de montagnes russes à la fête foraine ne se terminait aussi mal pour les humains. On n’échappe pas à son destin. Il est évidemment impossible de résumer la BD, son jeu de tension permanent, tant dans l’histoire que dans le dessin. Winshluss est d’emblée un maître du 9e art et ça se sent. Il n’a que faire des phylactères. Ses images se comprennent sans l’aide du texte et elles disent beaucoup de choses sous le couvert de l’humour noir : le cynisme de notre époque (la dernière planche de Salut l’artiste), la soif de réussite et de reconnaissance (avec Fat Bob), le formatage des hommes robots, la vacuité des existences, la solitude dans la foule (100 % mort), la bassesse des instincts humains (Viva la Muerte) et tant d’autres choses encore. Welcome to the Death Club. – Cornélius, 2010. Les entrechats de la Mort. Réticent à me procurer la nouvelle édition de Welcome to the Death Club parue chez Cornélius fin 2009, il a bien fallu reconnaître que le plaisir ressenti à la lecture était supérieur à des ruminations filandreuses face à la gabegie d’un système mercantile en roue libre. Les éditions 6 Pieds sous terre avaient déjà fait du bon travail en 2002 à propos du grand livre de Winshluss. Cornélius sait faire des beaux livres et celui-ci est une réussite. Les noirs, blancs et gris sont superbes. Il y a toutefois un bémol pour les planches en couleur, légèrement floues mais elles constituent un ajout essentiel à cette nouvelle édition. La couverture aussi est inédite. Elle est superbe dans la forme et corrosive dans le fond. En toile de fond, dans les rinceaux de roses, la mort est plantée comme un piquet. Deux enfants poupées, aux sourires figés, glacés et légèrement inquiétants, jouent aux raquettes mais le volant est une grenade. On pourrait gloser autour de cet engin de mort suspendu, qui se découpe sur fond de cumulus immaculé. Brueghel l’Ancien dans "Le triomphe de la mort" use déjà d’un procédé similaire. La couverture à rabat est illustrée sur toutes les faces. Le cavalier de l’apocalypse poursuivant Toto en 4e de couverture est stupéfiant. Un superbe dépliant en couleur est inséré dans le recueil. Il reprend entre autre la couverture de 2002. D’autres ajouts notables apportent beaucoup, à l’exemple du récit en six planches : « Comment devenir fort et musclé… » qui parodie la fable de La Fontaine, « La grenouille qui veut se faire aussi grosse que le bœuf ». De la morale : « La chétive pécore/S’enfla si bien qu’elle creva », Winshluss dessine une histoire sans parole contemporaine et hilarante. On ne peut pas changer sa nature et les lavis gris du grand dessinateur le disent magistralement. Diantre, même avec des produits recyclés, Winshluss donne encore à voir et à se pâmer !

18/12/2020 (modifier)
Couverture de la série Kogaratsu
Kogaratsu

Kogaratsu, comme le post de Chalybs le précise, est pour moi une bd assez intemporelle. Les tomes oscillent effectivement entre le très bon et le culte. Je conseillerai peut-être les tomes 8 et 9 pour entrer dans la série. Le tome 8 (Sous le regard de la lune) avec son intrigue habile, parfaitement orchestrée et son ambiance nocturne. Le tome 9 (la stratégie de la phalène) qui est extrêmement simple, léger et en même temps rempli de "tout"... il s'agirait presque d'un haïku du scénario ! Parfaitement. Je vous conseille cependant tous les tomes. Côté dessin plus on avance plus c'est beau et élégant. Et le scénario et le dessin. A mon sens c'est un classique de la BD mais sans l'aspect nostalgie ou pierre à l'édifice du 7ième art, dans le sens où c'est juste une très belle série. On en reparle dans 30 ans !

15/12/2020 (modifier)