Les derniers avis (7607 avis)

Par Solo
Note: 5/5
Couverture de la série Saison brune
Saison brune

Au cours de ma lecture, je cherchais les dernières données sur la part du charbon dans la consommation énergétique chinoise actuelle. Je suis tombé sur un article de Paris Match. Nous sommes le 5 août 2021 : "La Chine a autorisé la réouverture de mines à charbon pour une durée d'un an, au moment où le pays, qui ambitionne d'atteindre la neutralité carbone d'ici 2060, voit bondir sa demande en électricité. Le réseau électrique est mis à rude épreuve par des intempéries dévastatrices, les fortes chaleurs qui entraînent un recours massif à la climatisation -- particulièrement énergivore -- ainsi que la reprise de l'activité de la deuxième économie mondiale." Ce court passage paraît être un parfait résumé du développement de l'auteur sur les effets pervers du système actuel et l'absurdité de notre mode de vie par rapport aux ressources disponibles : des dirigeants politiques (pas tous) prennent conscience et veulent agir contre le réchauffement, mais ils n’utilisent pas les grands moyens pour sortir d’un système dont ils n’ont aucun contrôle et qui va à contre-courant des objectifs fixés par le GIEC. Alors, est-ce qu’il est trop tard ? La BD est parue il y a 9 ans et demi. Autrement dit, en 2012 il est écrit noir sur blanc ce qui se déroule aujourd’hui. Et puisque l'auteur s'est documenté sur les articles scientifiques depuis le début des années 2000, on comprend que ça fait facile 20 ans qu'on est au courant, et que tout dépendait de l’immédiateté de nos actions. Alors aujourd'hui, est-ce qu'il est trop tard ? Pour être tout à fait honnête, je vais de pair avec l’opinion de l’auteur sur les peuples occidentaux, issus des pays industrialisés. En tant que français vivant en France, je ne ressens pas tout ça, du coup je m’y intéresse en façade, donc je n'agis pas franchement. Par exemple, quand j’apprends une catastrophe terrible comme Katrina : je suis consterné et navré de voir ça, mais dans 1h je rejoins les potes pour un barbecue et on va fêter le mois d’août dignement, sous 25°c, impeccable. Peut-être que je commence à titiller quand je vois les feux de forêts en Grèce, mais je me dis que c’est encore à plus de 3000 bornes de chez moi. Maintenant installé quelque part dans la Somme, je me dis que les pluies diluviennes s'enchaînent franchement, en plein été. Là commence un début d’inquiétude, et ainsi de suite... Si dans notre société, une minorité courageuse et engagée a déjà transformé son mode de vie, la majorité des individus doit se trouver un peu comme moi et ne change pas vraiment tant qu’elle n’aura pas pris un sacré coup sur la figure. D’où la formule de l’auteur, que je trouve tristement clairvoyante : "le problème, ça n'est pas les réductions qu'on peut faire. Le problème, c'est les émissions sur lesquelles on ferme les yeux" (p.209). Je suis encore en accord avec l’auteur pour dire qu’il y a une sacrée schizophrénie consciente en nous, qui nous fait sentir cette terrible culpabilité. Mais il sait aussi remettre les pendules à l’heure : ça n’est pas nos actions individuelles qui changeront grand-chose. Non, c’est essentiellement celles issues de nouvelles directives politiques. Pour mettre en pratique les explications relativement théoriques de cette BD, voici ma situation : j’ai chopé un CDI où tout se passe bien. Je vis en couple mais nos lieux de travail ne sont pas géographiquement proches. Mon employeur ne veut pas entendre parler de télétravail. Pour aller de mon logement principal au boulot, si je voulais y aller quotidiennement, je n’aurais qu'un seul mode de transport possible: la voiture : 240 km aller/retour, 3h par jour. Pas de train sans passer par Paris (sinon, merci d'ajouter 4h + 50€ par trajet), ni même de bus. Alors quoi ? Qu’est-ce que je peux faire ? Créer une ligne de train ? C'est bien là où l'auteur aime à rappeler qu'il y a des choses qui ne sont pas de notre ressort, mais bien de celui des décideurs politiques. Et parmi tous les maux sur lesquels on peut les blâmer, il y a notamment le manque d'éducation sur toutes ces questions. Et contrairement à l’éducation nationale, la première partie de cette BD est extrêmement intelligible et pédagogique. L’interdépendance des éléments, le fonctionnement du soleil et de l’atmosphère à tous les étages, ce que sont les différents gaz à effet de serre, l'effet pervers par rapport à l'activité humaine mondiale, etc. J'aurais préféré avoir un développement encore plus fourni sur les notions environnementales, mais l'auteur part vite vers des comparaisons chiffrées alambiquées, claires à la lecture mais que je trouve finalement nébuleuses à la sortie. La seule (et grande) réussite de tous ces chiffres et d'avoir proposé une sorte d'objectivité analytique froide comme la Mort. C’est très puissant, il faut le dire, car le simple constat des différents phénomènes imbriqués entre eux donne un argumentaire implacable. L’analyse est très macro, mondiale. Philippe Squarzoni appelle le GIEC, que l'on connait tous maintenant, ou même l’ATTAC, mouvement altermondialiste (tout est dans le nom). Le passage des spécialistes et membres du GIEC est objectivement intéressant, riche d'informations. Et quand en 2021, on dresse un constat toujours plus alarmiste parce-que rien ne change ou pas assez, on ne peut que soutenir à 100% leur pugnacité pour continuer à comprendre et faire comprendre. Ils offrent la possibilité d’aller vers quelque chose qui ressemble au droit chemin. Reste à donner un poids politique à tout ça, encore une fois. Quant à l'ATTAC, c'est une partie qui m'a moins marqué. L’individu est bourré de contradiction, ça c’est clair et net. Mais je pense aussi qu’il est profondément égocentrique, individualiste. Aussi l’idée de vivre au sein d'une société vraiment collective (collectivisme) ne m’apparaît pas comme réalisable. Pour moi, la prise de conscience collective n’est qu’une addition des prises de conscience individuelle, qui ne sont pas fondamentalement liées entre elles par une pensée commune. Je ne suis donc pas franchement emballé par leurs arguments. Sans mettre en doute les écrits de l’auteur, c’est tout de même dommage de ne pas citer les sources. Ok on voit à travers ces dessins les bouquins qui lui ont permis de se documenter, mais avec une quantité de chiffres aussi importante dans l’argumentaire, j’aurais aimé un minimum de références pour aller plus loin. Dans l’ensemble, c’est quoi qu’il en soit une BD magistralement réalisée, qui n’offre pas de solutions concrètes, parce-que l'auteur n'a pas l'air d'en avoir, ce que je peux comprendre. Par contre elle a la capacité de balancer des faits dans la figure, permettant ainsi de secouer les consciences, en espérant qu’elle puisse atteindre notre inconscience (celle-là même qui nous dit de prendre la voiture plutôt que le vélo parce-qu’on a la flemme ou qu’on est pressé). Possible que cette lecture ait changé quelque chose. Je vais provoquer une petite empreinte carbone à l’acheter pour la garder à portée de mains et la partager. Il y a une gigatonne d'informations à parcourir sans relâche.

14/08/2021 (modifier)
Par fuuhuu
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Le Combat ordinaire
Le Combat ordinaire

Suite aux nombreuses éloges que j'ai pu lire sur ce site ou entendre sur cette série, enfin je me suis décidé à acheter les 4 tomes d'un coup. Rarement, j'ai été aussi émotionné durant la lecture de bd. L'auteur nous raconte une histoire ordinaire: la vie banale d'un photographe qui a peur de s'engager et de grandir. Le pitch est peut-être ordinaire, mais la qualité de cette série ne l'est pas. Elle est extraordinaire. En effet, Marco, le personnage principal est vraiment attachant. Tout de suite, on s'identifie à lui et on partage rapidement avec lui, ses états d'âmes et ses doutes. Cette BD est extraordinaire, de part les nombreux sujets du quotidien qu'elle aborde: la peur de s'engager, la volonté de faire un métier qui nous plait réellement, la drogue, le suicide, la maladie, la famille, la politique et j'en passe. Mais elle ne fait pas qu'aborder ces sujets, elle les traite avec une certaine profondeur. Chacun des tomes m'ont fait réfléchir et m'ont même parfois, bouleversé. Je terminerais par dire qu'il s'agit d'une des rares séries de BD qui m'a à la fois fait verser une petite larme, mais qui m'a également fait énormément rire. On est très loin de l'humour caca-prout ou de l'humour facile. Ici, l'humour est vrai, sincère et touchant, et donc hilarant. 5 étoiles MAUPERTUIS, OSE ET RIT !

05/08/2021 (modifier)
Par Yann135
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Kenya
Kenya

Avec cette série, je suis plus que comblé. Ces cinq albums haletants illuminent mon été pluvieux. Tout est bon. L’histoire est originale et trépidante avec un suspens à couper le souffle qui évolue crescendo vers l’horreur d’album en album. Le graphisme est juste sublime. Je dis haut et fort que le duo Rodolphe et Léo sont à leur paroxysme de leur art. Laissez vous aller et laissez vous transporter sur les contreforts du Kilimandjaro avec la jolie Kathy Austin. Les animaux dessinés sont étonnants mais admirables. L’ambiance énigmatique et mystérieuse font que le lecteur que je suis plonge immédiatement dans cette aventure singulière. Que c’est bon ! Voilà donc un cycle abouti avec de belles surprises qui ne peut que ravir les adeptes de Conan Doyle et son monde perdu. Voilà de la BD 5 étoiles ! PS. Évidemment beaucoup de personnes vont juger cet avis trop dithyrambique. Peu importe. Je salue la qualité et l’esthétisme de tous les albums de Léo. C’est ma came à moi. J’estime que ce dessinateur devrait rentrer au panthéon de la BD. Par vent et marée, je défendrais son travail même si certains vont trouver mes appétences un peu surprenantes. C’est comme ça. Et puis tous les goûts sont dans la nature.

03/08/2021 (modifier)
Par greg
Note: 5/5
Couverture de la série Félix (Tillieux)
Félix (Tillieux)

Félix est effectivement un prototype de Gil Jourdan. On retrouve la plupart des ingrédients de ce dernier, à savoir des intrigues policières solides et imaginatives, ainsi qu'un humour présent sans pour autant être pesant. Le personnage est né dans la revue "Heroic albums", qui s'adressait à un public relativement mûr, plutôt adolescent ou adulte. Il y a de fait de grosses différences avec Gil Jourdan: les intrigues de Jourdan tiennent sur un album de BD d'une quarantaine de pages, tandis que celles de Félix sont des histoires relativement courtes n'excédant pas la dizaine, à quelques exceptions près (chaque histoire de Félix devant trouver sa résolution dans le même album de Heroic, le format devait être relativement court). Ensuite la série évolue grandement, graphiquement tout d'abord, le style assez brouillon au départ s'affine au fur et à mesure pour se rapprocher de Gil Jourdan justement, tandis que les personnages principaux évoluent dans le même sens. Scénaristiquement ensuite, on passe d'intrigues relativement simples à des mystères policiers ou guerriers de plus en plus élaborés. Félix commence comme simple vagabond en recherche de travail, pour devenir grand reporter, son journal finançant ses déplacements (quand ce ne sont pas des récompenses inattendues). Félix, bien que surveillé de près par la censure, détonne également par son côté adulte, parfois très sombre : les morts sont nombreuses, et Félix lui-même n'a aucune hésitation à éliminer son adversaire au besoin. C'est probablement pour contrebalancer la noirceur de certaines intrigues que Tillieux introduit des gags ici ou là, fruits de l'interaction de Félix avec ses deux compères, Allume-gaz et Cabarez, annonçant fidèlement Libellule et Crouton de Gil Jourdan. Ou bien tout simplement par des remarques sarcastiques qui font souvent mouche (un exemple : Félix se retrouve face à un valet qui le toise avec arrogance, et lui rétorque "ne lève pas le nez si haut gamin, il n'est pas très beau"...Félix ne cessera par la suite de lui adresser des remarques plus que désobligeantes histoire de bien le remettre à sa place). Au passage le premier compagnon de Félix, Fil-de-zinc, disparait sans explications après quelques tomes, remplacé par l'inénarrable Cabarez, justement pour son ressort comique (au départ il ressemble même énormément à Groucho Marx, cette ressemblance physique ira en s'atténuant). Autre différence avec Jourdan, le personnage de Félix a sa propre personnalité et est assez expressif, tandis que Jourdan est totalement figé. Par contre, Tillieux passe moins de temps sur les décors, se focalisant sur l'intrigue, ce qui n'est pas forcément un mal. En résumé, une très bonne série qui sera hélas stoppée nette au moment où elle atteignait sa perfection, la continuation étant impossible chez Spirou que Tillieux venait de rejoindre. Gil Jourdan prendra sa place, qui n'est rien d'autre qu'un Félix plus figé, plus consensuel et s'adressant à un public bien plus jeune. Beaucoup d'intrigues de Félix ont ensuite été effectivement reprises presque telles quelles dans de nombreuses séries où Tillieux était scénariste : Tif et Tondu, Natacha, Gil Jourdan justement (une série d'histoires de Félix se déroulant en pleine guerre de Corée se retrouvent reprise presque à l'identique, à la case près, dans deux Gil Jourdan, mais très largement réécrites et aseptisées pour éviter la censure : par exemple, "maintenant Joe tu peux les liquider, nous ne risquons plus de trouer nos uniformes" devient "maintenant vous allez partir sans vous retourner sinon pan pan" ), ce qui prouve l'empreinte durable que ce petit journaliste roux à lunettes aura laissé dans le monde de la BD franco-belge. Je recommande fortement!

31/07/2021 (modifier)
Couverture de la série Corto Maltese
Corto Maltese

Je viens de finir de regarder "Hugo Pratt trait pour trait" et cette expression m'est restée en tête : le plaisir de se perdre. C'est effectivement comme ça que je résumerais Corto Maltese, ou comme une BD qui incarne parfaitement l'aventure de la lecture. Car pour moi son étiquette de BD d'aventure va bien au-delà des péripéties, faites de piraterie, de mythes, ou de guerres : c'est même inhérent au traitement qu'en fait Pratt (d'ailleurs, les Corto plus éloignés des clichés exotiques conservent cette qualité). C'est-à-dire qu'on ouvre un Corto comme on ouvrirait les yeux sur le monde, partant à l'aventure : avec curiosité, sans trop anticiper ni chercher le contrôle sur l'histoire, en acceptant de ne pas la maîtriser de bout en bout, en acceptant ce qui peut nous échapper, des références ésotériques obscures jusqu'aux motivations parfois floues du marin. Ce qui favorise cet égarement, ce sont toutes les zones d'ombre à investir : les silences sur deux cases, où les regards en disent long ; Corto qui songe, libre à nous de deviner à quoi ; une réplique intrigante, au sens profond ; ou simplement le trait de Pratt, contrasté, aérien, qui parfois confine à l'abstraction. Ce sont tous ces espaces, ainsi que les petites bizarreries qui à mon sens font le sel de cette BD : Bouche dorée vieille de plusieurs siècles, des années plus longues à Venise, deux lunes dans le ciel de Buenos Aires... Alors, à mesure qu'on lit, on ne s'interroge plus seulement sur les mécaniques de l'intrigue (aussi intéressante soit-elle), mais on s'attache à des symboles, à des thèmes récurrents, on lie les histoires les unes aux autres, et on dégage un maximum de sens sur ce que tout ça nous dit du monde, de la vision qu'en a Pratt. Et c'est une vision que je trouve plutôt séduisante, dominée par la curiosité, où le trajet vaut toujours plus que la destination. Corto nous le montre bien, lui qui si souvent ne trouve pas de trésor voire le détruit, mais sourit, car le jeu lui a plu. Le plaisir de se perdre, pour lui comme pour nous. Jamais inutilement toutefois, car en chemin, telle cause ou telle amie auront été aidées, d'autres auront trouvé la résolution qui manque à Corto (ou qu'il ne cherche pas). Son implication partielle dans l'Histoire, de même que le juste dosage de Pratt entre fiction pure et réalité historique, empêchent cette BD de n'être qu'une échappatoire. Ici, la fiction ne prévaut pas sur le réel mais a vocation à le rendre plus intense. Après avoir fini un Corto, je n'ai pas juste envie de le relire ou d'en relire d'autres, mais aussi d'élargir ma culture géopolitique, d'explorer le monde, et, pourquoi pas, de marcher sur les traces du marin. Donc, se perdre, oui, mais activement.

30/07/2021 (modifier)
Par olma
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Confidences à Allah
Confidences à Allah

Cet album est la transposition d'un roman, qu'elle m'a donné envie de lire une fois l'album refermé. Peut-être aurai-je le même coup de coeur qu'à la lecture de la BD, si celle-ci est fidèle à l'esprit du livre. Le sujet pourrait pourtant être noir et désespérant, car c'est un portrait sans la moindre concession de la condition féminine au Maroc - mais qui pourrait se passer dans de nombreux autres pays: absences de droits, violence, prostitution, patriarcat rétrograde, religion oppressante... Mais l'incroyable énergie de Jbara emporte tout: son récit raconté d'un ton direct, la simplicité sans fard de ses "confidences" qu'elle fait régulièrement à Allah, sa liberté et son optimisme font qu'elle arrive pourtant à tracer son destin sans fausse honte ou pudeur et que dans une vie où elle fait peu de belles rencontres, elle arrive à s'appuyer sur celles-ci pour se trouver elle-même. C'est une belle leçon de vie que donne cette jeune femme dont on pourrait penser si souvent qu'elle pourrait baisser les bras, mais refuse de se laisser briser ou enfermer. Le trait de la dessinatrice est à la fois précis et vivant, expressif et tout sauf statique : elle fait très bien ressortir des sensations très différentes selon les moments entre colère et révolte mais aussi douceur, tendresse ou sensualité... La mise en page et les cadrages sont presque cinématographiques et la mise en couleur (également par Marie Avril, qui remercie Rozenn) sont très réussies.

29/07/2021 (modifier)
Par Solo
Note: 5/5
Couverture de la série Pleine lune
Pleine lune

Premier Chabouté. Soyons spontané dans la critique, faisons jaillir notre nature profonde maintenant que Chabouté nous a filé un coup de main. Qui n'a pas envie de tabasser soi-même Edouard Tolweck? Qui ne jubile pas de le voir prendre cher à répétition? Voilà les questions posées par Chabouté à ses lecteurs (ou peut-être a-t-il simplement voulu se lâcher comme un sauvage!). Et je pense sincèrement qu'il en a piégé plus d'un ! Si un aviseur d'ici explique ne pas avoir ressenti de dégoût ni de plaisir quant à suivre les péripéties de cet idiot exécrable, je ne le croirais pas. Piqué au vif, impossible de rester neutre. Chabouté exorcise notre nature profonde, on oublie notre conscience, on oublie la justice, on se veut héros des victimes, sauf que nous crions à la vengeance, et pourvu qu'elle lui fasse mal. On ne ressort pas léger de cette lecture, et avec encore un peu de recul, on y repense en se disant que ce gars-là, l'auteur, bah il a réussi son coup. On culpabilise, on s'dit qu'on devrait pas... Mais bordel ça fait du bien ! Cette histoire c'est la bêtise humaine à son paroxysme, celle qui fout tout par terre. Et on n'hésite pas à sélectionner les clichés les plus courants et pousser le curseur à l'extrême pour donner ça : une vermine facho qui bosse à la Sécu, qui tire tout le monde vers le bas, s'embarque bien malgré lui dans l'une des nuits les plus interminables qui soient, face à des gens à l'esprit aussi dégueu que le sien, sinon autrement dégueu. Et si Chabouté laisse place à quelques espoirs sur certaines scènes et certains silences (et casse par cela-même les clichés...), ça n'est que pour confirmer que la violence n'amène à rien. Au contraire: par elle, le vice va plus loin et la connerie des individus s'entérine jusqu'à devenir in-cu-rable. Je meurs d'envie d'apporter plus de commentaires sur l'épilogue et ces quelques cases qui répondent à notre questionnement en offrant une cohérence d'équerre. Précisément, je retrouve tout ce que l'auteur a voulu dire à travers le dernier dessin. Bouleversé. Emballé comme ça, je me suis forcément dit que le dessin y était pour quelque chose. Voilà une parfaite adéquation avec l'ambiance du récit. Quand l'auteur est scénariste ET dessinateur, ça se sent. Glauque, sale, noir, violent. Si les phylactères sont relativement peu présents, on reste marqué par les propos de cet individu détestable. Et il ne faut pas croire que l'histoire se parcoure si rapidement : et paf le chien, dès le départ j'étais scotché par ces premières planches. Elles ont une puissance et une profondeur. Paradoxalement au scénario (qui joue un peu avec notre répugnance consciente), on peut être amené à contempler ces planches, d'un noir et blanc absolument époustouflant. Je m'arrêterai là. A travers un enchaînement de "simples" péripéties, Chabouté réussit un coup de maître en explorant de nombreux thèmes et en jouant avec nos émotions comme nul autre. Le noir et blanc de ce dessinateur est à classer parmi les meilleurs. En tout cas il m'a conquis ici. Et n'y voyez pas d'ondes négatives, lâchez vous et gardons en tête que personne n'est impassible, jamais. Devenez le Malin le temps d'une lecture. A posséder sans scrupule !

26/07/2021 (modifier)
Par Hervé
Note: 5/5
Couverture de la série L'Étreinte
L'Étreinte

J'avoue avoir acheté ce one shot sur le seul nom de Jim, auteur que j'adore, sans avoir fait attention au nom du dessinateur, Laurent Bonneau que j'ai découvert à cette occasion, avec un certain plaisir. Dès les premières pages, j'ai tout de suite songé au film "Les choses de la vie", tant les similitudes se rapprochaient, jusqu'au prénom de Romy, héroïne malgré elle de cette très belle histoire. D'ailleurs les auteurs ne cachent pas cette référence dans le dossier de l'édition canalbd, édition superbe avec signet et limitée à 1200 exemplaires. Si le dessin de Laurent Bonneau peut déstabiliser certains comme moi, à la première approche, il s'avère d'une efficacité redoutable au fil de la lecture. Son dessin est certes très éloigné des albums que signe Jim en tant que scénariste, mais je suis resté scotché par son talent. Il faut dire que cette histoire est basée sur ce qu'on appelle le principe du ''cadavre exquis'' où, en l'espèce le scénariste s'inspire du dessin pour imaginer une histoire.. J'ai été assez séduit par cette recherche de cette inconnue prise en photo sur une plage, alors que la compagne de Benjamin, jeune sculpteur, est dans le coma. Le récit est très émouvant, sans fausse note, et au final nous prend aux tripes. Jim aborde ici ses thèmes de prédilection, la vie, la mort, le sens de la vie, l'envie sur des planches de Laurent Bonneau, qui subliment le scénario de Jim. Je vous invite à lire cet album de 300 pages, qui peut vous amener jusqu'aux larmes. Je regrette que cet album, qui pour moi s'avère un des meilleurs de ce premier semestre 2021, sorte à une période assez creuse voire reste inaperçu en cette fin de saison. Curieux choix de l'éditeur, alors que ce one shot méritait une meilleure exposition éditoriale.. En tout cas, cet album mérite toute votre attention, tant il est remarquable aussi bien sur le scénario que sur le dessin. A lire et à relire. Remarquable en tout point.

21/07/2021 (modifier)
Par greg
Note: 5/5
Couverture de la série Burton & Cyb
Burton & Cyb

Burton & cyb sont deux escrocs notoires dans le futur tentant de trouver à chaque fois la meilleure combine possible. Cette série a connu son heure de gloire dans les années 80, lors de sa publication dans le défunt "USA Magazine". Pour moi c'est un bel hommage aux mythiques pieds nickelés de Pellos. Mais plus réalistes : d'abord contrairement au trio français, Burton et Cyb réussissent assez souvent leurs coups et partent avec la mise. Ensuite, c'est très souvent amoral assorti d'un humour parfois noir, ce qui n'est pas pour me déplaire. Enfin, leurs victimes sont tout sauf complètement idiots, autrement dit l'escroquerie est souvent relativement crédible (chez les pieds nickelés, la stupidité totale de leurs "poires" atteint des firmaments. On va être honnête : parfois cela peut paraître simpliste. Mais la lecture de Burton & Cyb reste un gros plaisir coupable, un bel instant de détente, et rien que pour cela note maxi!

21/07/2021 (modifier)
Par Solo
Note: 5/5
Couverture de la série Le Grand Méchant Renard
Le Grand Méchant Renard

J'entre dans le club des aviseurs super satisfaits. Ça peut presque remettre en cause la notion de ce qu'est une BD "Culte" ici, qu'est ce qui empêche cette histoire d'avoir son 5/5? J'ai juste envie de la faire connaître à tout le monde qui m'entoure. Les situations sont presque à chaque fois inattendues et donnent un ton profondément joyeux à l'ensemble. Pourtant, le monde paraît si cruel aux yeux de ce renard naïf et ayant conscience de sa propre médiocrité. Et plus ça va, plus on est amené à s'attacher à lui. Cet esprit simple ("bête" est le jugement que nous avons à son égard?) prend le dessus sur tout le reste, et le lecteur ne peut pas s'empêcher de le trouver, par conséquent, "humainement" bon. La dernière fois que j'ai pu ressentir ça en BD c'était avec Silence (Comès)...et je me dis que c'est drôle à quel point 2 œuvres totalement différentes peuvent réussir à transmettre le même message. Ou alors, c'est mon interprétation qui déraille... Toute cette légèreté en surface est le fruit d'une intrigue hyper bien ficelée et peut-être issue d'une réflexion plus profonde qu'on ne le pense. Enfin...pas besoin de philosopher, on pourra parcourir cette histoire de tout temps, à tout âge. Ça fait garder le sourire et, sans tomber dans la niaiserie, ça alimente quelque chose de foncièrement bon en soi.

20/07/2021 (modifier)