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Couverture de la série Berserk
Berserk

Le chevalier Noir : son nom est Gatsu. Un guerrier enragé qui, malgré de nombreuses mutilations, poursuit une quête maudite : traquer ceux qui ont vendu leur âme aux puissances maléfiques, les "god hands" pour devenir des monstres hideux, les "apôtres". Et surtout sa haine pour le mystérieux Griffith. L'intrigue laisse planer le mystère sur les motivations de ce combat qui semble désespéré, pour faire très vite un flash-back vers la jeunesse de Gatsu : un mercenaire qui va entrer dans la troupe des Faucons, commandé par un jeune homme dévoré d'ambition, pour lequel il se liera bientôt d'amitié, et sa rencontre avec la belle Casca... Berserk ! Sans doute l'un des mangas parmi les plus malsain que je connaisse ! Mais quel chef d'œuvre : un scénario palpitant dans un terrifiant univers médiéval, et surtout une qualité graphique et un souci du détail bluffant. L'adaptation animée n'est malheureusement pas à la hauteur du manga papier que je vous conseille absolument ! L'animé aurait sans doute pu être meilleur avec d'autres moyens, mais son principal défaut est de s'arrêter là où l'intrigue prend un tournant décisif : il ne s'agit que de l'adaptation des 13 premiers volumes ! Pour conclure foncez sur le manga papier mais surtout évitez l'animé... (mini spoiler) en effet l'animé s'achève là où l'horreur et le désespoir atteignent un point culminant dans le récit, alors que le manga papier continue encore bien au-delà !

29/07/2022 (modifier)
Couverture de la série Dragon Ball
Dragon Ball

Contrairement à beaucoup, j'ai découvert "Dragon Ball" grâce aux mangas d'Akira Toriyama, et non avec l'adaptation télévisuelle. Quoi qu'il en soit, les 2 supports se complètent parfaitement, et j'y reviens toujours avec grand plaisir. Il est celui auquel on pense immédiatement, quand on parle d'animé japonais. 16 tomes concentrés sur 3 saisons. Les aventures de Sangoku, homme-singe élevé sur Terre à la force surpuissante. Son kimono rouge. Sa queue de singe. Son bâton. Sa recherche des boules de cristal. Ses rencontres avec le lubrique Tortue Géniale, l'impétueuse Bulma et le ridicule Krilin. Sa lutte contre l'armée du ruban rouge. Les différents tournois d'arts martiaux. Sangoku évolue et apprend au contact des humains. Il est le héros généreux, fougueux, sans peur et sans reproches. Il est très attachant et désarmant, avec cette touche kitsch caractéristique de la japanimation. L'atmosphère y est franchement burlesque au début, avec des aventures initiatiques, changeant progressivement vers une action de plus en plus élaborée, les boules de cristal suscitant l'intérêt des pires rapaces. L'apparition du personnage de Piccolo marque un tournant sombre dans la série, qui conserve toutefois sa bonne humeur. Cultissime.

29/07/2022 (modifier)
Par Steffy
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Play with fire
Play with fire

J’ai attendu avec hâte la version française, souhaitant comprendre les subtilités des dialogues. Les questionnements dans ce livre sur la sexualité et le genre sont évoqués avec beaucoup de justesse, nous renvoyant à nos propres questionnements bien au-delà de la thématique. Sur notre perception corporelle, nos relations aux autres, les choix passés ou futurs de notre vie, etc. C’est une plongée au cœur de soi et c’est un vrai bonheur à lire. Les illustrations sont dynamiques, certaines pages sont juste sublimes de spontanéité et de beauté. Beaucoup d’émotions dans cette histoire que j’ai adoré lire.

28/07/2022 (modifier)
Par Benjie
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série La Bibliomule de Cordoue
La Bibliomule de Cordoue

Tarid, Lubna et Marwan nous emmènent dans un magnifique « mule-trip » à la fois émouvant et captivant. Et pourtant, sur leur mule, ils ne transportent que des livres. Comment ça « que des livres ! » ? Ces livres, c’est l’histoire de l’humanité, les premiers philosophes, les premiers mathématiciens, les premiers biologistes… le berceau de nos cultures. Mais le savoir est en danger. Comme le démontrent les auteurs à la fin de l’album, les livres sont trop facilement détruits par ceux qui prêchent la pensée unique et refusent la science qui remet en question ce qui s’expliquait par les actions divines ou les hommes providentiels. Et cela, de l’Antiquité à nos jours. Ancré dans un contexte historique solide, bien implanté géographiquement dans la ville de Cordoue dont on reconnaît encore quelques quartiers et la grande mosquée, La Bibliomule de Cordoue est un hymne à l’intelligence, à la science, à l’ouverture d’esprit, au respect de l’autre et à l’éducation. L’album, en lui-même, est un très bel objet rappelant les livres précieux et uniques dont il est question dans le récit. C’est écrit simplement, le dessin est vraiment très beau et les couleurs chaudes. Un bel écrin graphique pour une très belle histoire. Je venais de relire « Le Singe de Hartlepool » et Lupano me confronte à nouveau à l’intolérance, l’inculture et la haine aveugle. C’est superbe et je recommande chaudement la lecture de ce beau conte andalou.

26/07/2022 (modifier)
Par Blue boy
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Journal
Journal

C’est sous l’impulsion sagace de David Chauvel que les éditions Delcourt nous offrent une séance de rattrapage pour cette excellente autobiographie de Fabrice Neaud, publiée à l’origine dans les années 90. Journal 1 Si vous appréciez les histoires simples, je vais vous faire gagner du temps : vous pouvez passer votre chemin ! Ce journal est une œuvre exigeante qui atteint un niveau d’introspection rarement vu dans une autobiographie. Fabrice Neaud, à l’époque âgé de 24 ans, y évoque ses débuts artistiques difficiles, au début des années 90, dans sa ville de province (dont il ne citera jamais le nom) : travaux de commande peu gratifiants, engueulades récurrentes avec son associé Alain, galère de thunes… l’auteur y parle aussi d’une vie amoureuse peu satisfaisante, de ses sorties vaines dans le bar homo de la ville, de ses rencontres nocturnes furtives dans le parc voisin, des jeux de drague qui se terminent parfois mal, les « casseurs de pédés » ayant toujours su où aller pour assouvir leur pulsions haineuses et masquer leur frustration sexuelle… L’ouvrage va très vite se centrer sur sa relation avec Stéphane, un jeune appelé du contingent rencontré dans le parc en question et à qui il demandera de poser dans le cadre de son travail. Stéphane se prêtant gracieusement au jeu, Fabrice va très vite s’enticher de ce garçon dont la flamme ne sera pas vraiment réciproque. Mais Fabrice, malgré sa passion croissante, sait rester lucide et comprend que la rupture est inévitable. Plus il se fait insistant, plus Stéphane s’éloigne, inexorablement. Ses visites s’espacent, toujours à l’improviste. Pour Fabrice, la situation devient insupportable. Dans un acte quasi suicidaire, il commettra l’irréparable en lui adressant lettre sur lettre, laissant exploser le pire de lui-même… Journal 2 Plus court que le précédent, ce second volet est un récit de transition. L’auteur tente de se remettre de sa rupture avec Stéphane. Il nous confie ses états d’âme sur une multitude de sujets, évoque sa solitude et son désir irréfréné des hommes bien charpentés, lui, le type au « corps mort » en dehors des rares moments de baise. Fabrice Neaud y retrace également les débuts de sa collaboration avec Loïc Néhou, admirable fondateur d’« Ego comme X », qui débouchera quelques années plus tard sur la sortie du « Journal » ici présent. Vers la fin, les plus observateurs pourront apercevoir l’image furtive de son prochain amour, Dominique, qui sera le sujet principal du volet suivant. Journal 3 Fabrice Neaud évoque ici sa rencontre avec Dominique, qui comme lui se lance dans une carrière artistique après avoir étudié aux Beaux-arts. C’est l’histoire d’un coup de foudre unilatéral, né dans une zone indéterminée se situant entre malentendu et ambigüité, l’histoire d’un amour passionnel à sens unique qui emportera l’auteur vers des gouffres infernaux, vers un point de non retour sans rémission. S’il y a comme un air de déjà vu, le contexte et les bases de ce « Journal 3 » sont différents. Dans le premier volet, la relation avec Stéphane était liée à une rencontre dans un lieu de drague nocturne, un jardin public. Ici, l’auteur fait la connaissance de Dominique dans son bar habituel, à côté de chez lui. Aucun sous-entendu sexuel ni amoureux, et les premiers instants de la rencontre ne sont pas détaillés, mais on imagine qu’à force de l’y croiser, parmi la clientèle de profs et d’étudiants des Beaux-arts, une vague complicité s’est installée progressivement entre les deux jeunes hommes autour de leur amour de l’art. Ce faisant, Fabrice passe de plus en plus de temps avec « le Doumé », comme se plaisent à le surnommer ses connaissances, et comme avec Stéphane, il se met à en faire des portraits, après l’avoir mitraillé de son objectif. Sauf qu’avec Stéphane, la relation était beaucoup plus superficielle, faite de silences et de non-dits, le jeune militaire étant davantage porté sur le sexuel que l’artistique… Ce volet va ainsi être centré sur ce nouvel « amant » qui ne le sera qu’à un stade potentiel. Et à en juger seulement par l’épaisseur du livre, on peut en déduire que cette histoire aura marqué durablement son auteur. La lecture de ce pavé exutoire de 400 pages viendra confirmer que ce dernier aura laissé quelques plumes dans cet épisode houleux et tourmenté de son existence. Journal 4 : Les Riches Heures S’il est difficile de résumer ce quatrième tome, la couverture, en plus du titre aux accents positifs, le fait plutôt bien. L’auteur s’y représente avec un papillon effleurant sa joue, son visage exprimant un mélange d’étonnement et d’amusement. Et quoi de mieux que le plus beau de tous les insectes pour symboliser la légèreté et la métamorphose ? Cette année 1996 intitulée « Les Riches Heures » peut ainsi s’envisager comme un point de basculement, un nouveau départ de Fabrice, après sa relation tumultueuse avec Dominique où il aura perdu quelques plumes… Ainsi, Neaud revient à un format narratif plus dilué, qui n’est plus centré seulement autour d’un personnage, l’objet (l’homme-objet ?) d’une passion, quelque chose qui s’apparenterait plus à un journal « ordinaire », où les soubresauts amoureux font place à un quotidien plus homogène. De manière significative, le récit s’ouvre sur une évocation du Pays basque, une véritable déclaration d’amour, principalement géographique et moins risquée cette fois ( !), pour une région où l’auteur se plaît à arpenter la campagne et les douces collines. Dans une longue séquence muette et contemplative, le lecteur se voit immerger dans une nature réconfortante où la beauté se décline à toutes les échelles, de la plante la plus fragile aux ciels prodigieux des Pyrénées avoisinantes. La suite du livre nous parle en quelque sorte de son processus de « reconstruction », en alternant des portraits de ses connaissances, amitiés nouvelles et potentielles via le fameux « Poney Club », prétexte à des discussions enflammées entre « collègues » autour d’un apéro ou d’un gueuleton. D’autres scènes aléatoires s’égrènent au fil des pages. Les anecdotes les plus banales ouvrent la porte à mille et une réflexions de la part de l’auteur, qui ne fait que confirmer son regard pénétrant sur les choses. En vrac, il y parle de la « pudeur » et de ses « malentendus », des relations humaines dans le cadre d’un groupe, de la perception d’un individu biaisée par les codes socioculturels, de l’amitié, ce « sentiment qui se manifeste mais ne s’énonce pas »… Bref, difficile de tout énumérer mais cela reste toujours passionnant, même quand parfois le sujet est plus pointu. Quant aux souvenirs de ses relations passées, ils y sont peu évoqués, de façon assez compréhensible, l’auteur ayant choisi de s’abriter derrière ses amitiés professionnelles. En les rattachant à son vécu, Fabrice Neaud aborde des problématiques humaines et philosophiques, à la base peu conçues pour le divertissement, et pourtant celui-ci parvient étrangement à nous captiver malgré la densité de l’ouvrage et son épaisseur qui pourrait faire peur (plus de 200 pages tout de même). Alors comment l’expliquer ? Ce qu’on apprécie particulièrement chez cet auteur, c’est l’honnêteté et la franchise avec laquelle il se livre, sans fards, parfois crument, sans pudibonderie de midinette. Et cette fameuse thématique de la pudeur qui lui tient tant à cœur, il la développe savamment en partant de sa libido qu’il a mis en veilleuse (en ne conservant que les fantasmes) pour déboucher sur la fascination qu’il éprouve vis-à-vis d’un acteur porno gay ayant suspendu sa brillante carrière de culturiste. Neaud met sa talentueuse patte au service de sa passion pour les corps nus de « brutes viriles » (et je serais le dernier à m’en plaindre…). Son dessin réaliste en noir et blanc reste superbe, dénué de vulgarité, et reste sexy tout en évitant de faire appel aux instincts bassement lubriques. La pornographie, les bites et les culs musclés, il les honore avec classe, y va franco et détruit toutes les culpabilités propres aux homosexualités refoulées ou non assumées. Un véritable travail de salut public. Plus globalement, Fabrice Neaud nous happe dans son journal, non seulement par sa sincérité et son audace. La diversité des questions abordées n’a d’égale que la fantaisie avec laquelle il illustre ses propos. Par l’humour dont il fait preuve ici et qui était moins flagrant auparavant, on a réellement le sentiment qu’il est passé à autre chose, un humour souvent caustique qui insuffle une certaine légèreté (de papillon ?) par rapport à la tournure « mélodramatique » des précédents tomes. L’auteur parvient ici à canaliser ses agacements avec des représentations plus « cartoonesques », pas de doute, ses chakras se sont ouverts… C’est sans doute aussi pour cette raison qu’il a choisi le véhicule de la bande dessinée, qui permet d’exprimer si bien des sentiments antagonistes lorsque comme ici l’alliance du texte et du dessin fonctionne à plein. Au final, ce dont nous fait part Fabrice Neaud ici, c’est son amour de la vie. Comme il le dit très bien dans les premières pages, « dessiner, c’est aimer ». Et cet amour, tout lecteur normalement constitué devrait le sentir à chaque page. Au bout de quatre tomes, ce « Journal » est devenu un ami. Et c’est avec une impatience très peu feinte que l’on attend la sortie cet automne, plus de vingt après (!), du cinquième tome (« Les Guerres immobiles »), car oui, la bonne nouvelle, c’est que l’artiste a décidé de remettre les couverts, et là on sera reparti pour un nouveau cycle intitulé « Le Dernier Sergent » ! ----- Fabrice Neaud nous offre ici une autobiographie peu commune, où il se livre à cœur ouvert, sans faux semblants, sans cette pudeur de façade trop souvent pratiquée dans ce type d’ouvrage. Ce n’est pas un journal de poseur, et l’auteur ne s’y montre pas forcément sous son meilleur jour. Il ne se fait pas de cadeaux, pas plus à lui-même qu’aux autres personnages jalonnant le récit. De plus, Neaud parvient à maintenir une tension inattendue dans des histoires dont on devine pourtant l’issue tragique, tension sans doute due à son côté écorché vif et entier, qui l’expose à des revers violents résultant d’actes qui ne le sont pas moins. Fabrice aime les hommes, les « vrais », les « brutes », et n’est attiré ni par les « folles » ni par les machos-cuir, et c’est bien là son drame. Il aime les types bien bâtis, virils et éventuellement poilus, au look « hétéro », et ne rentre donc pas dans les cases. D’autant qu’il n’exprime pas une solidarité particulière pour ses semblables, lesquels font parfois preuve d’un sectarisme incluant des codes qui ne sont pas caractérisés par la bienveillance, bien au contraire, ne faisant que reproduire les travers d’une société hétérosexuelle qui ne fait que les tolérer et qu’ils déplorent eux-mêmes. En outre, Fabrice Neaud dessine le désir homosexuel avec brio, magnifiant les portraits tirés de ses clichés photographiques, saisissant parfaitement les sentiments derrière les regards et les sourires. Son trait noir et blanc, à la base réaliste mais davantage centré sur les personnages que sur les décors, rend les émotions vibrantes en recourant à une technique quasi impressionniste : visage floutés, hachurés, rayés ou littéralement effacés. Son sens accompli du découpage fait le reste, Neaud établissant un dialogue permanent, toujours plein d’a-propos, entre dessin et texte. A travers cette autobiographie qui n’a pas pris une ride, l’auteur se livre à mille et une réflexions aussi pointues que passionnantes sur son rapport aux autres, sur la façon dont il se perçoit dans le monde et sa difficulté à y trouver sa place, sur cet « exil », « lot de la solitude », et peut-être, son inaptitude à l’amour… Fabrice Neaud, animal certes atrabilaire, nous parle de tout cela via le scalpel de son hypersensibilité, avec justesse, audace et honnêteté, sans aucun pathos. Il y aborde également quelques problématiques sociales, notamment la précarisation rampante et la montée des inégalités, des problématiques qui plus de vingt ans après, n’ont rien perdu de leur actualité, bien au contraire…

24/07/2022 (modifier)
Par Ivan
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Le Sang des automates
Le Sang des automates

Un album très original que ne ressemble à aucun autre. Une histoire à couper au couteau (ou au tournevis) dont on ne sort pas indemne. A mille lieues des poncifs de la surproduction actuelle. Mais l'album risque de beaucoup décontenancer les lecteurs classiques de BD, car De Flandre ne retient quasi aucune des conventions de la BD et les réinvente. A découvrir.

21/07/2022 (modifier)
Par Benjie
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Un été cruel
Un été cruel

Pour qui aime le polar noir, cet album est une pépite. Brubacker nous offre un scénario parfaitement maitrisé, une histoire qui prend le temps de se mettre en place et de se dérouler de manière parfaitement cohérente jusqu’à son dénouement. Avoir le temps de profiter d’un tel récit est un luxe délicieux. Découpée en chapitres qui proposent chacun une narration sous un angle différent, on pourrait avoir l’impression que le scénario part dans différentes directions, le lecteur semble s’égarer, quand tout à coup tout se remet en place sans qu’on n’ait rien vu venir. Bluffant ! Aux côtés du Teeg Lawless héros de Criminal, on trouve d’autres personnages au passé difficile. Durement cabossés par la vie, ils cherchent un bon plan, le truc infaillible qui les sortira d’un morne quotidien et parfois même, ils trouvent des raisons d’espérer de changer de vie radicalement. Le lecteur s’embarque dans leurs pas avant d’être durement ramené à une réalité bien noire par le scénariste qui ne nous épargne rien. Leur destin est tracé, il va vers l’enfer et nul n’en réchappera. C’est puissant, implacable, ciselé... L’été sera cruel ! Du côté du dessin, j’aime vraiment beaucoup, avec un coup de cœur pour les couleurs qui proposent des univers différents selon les doubles pages. Les visages, abimés par la vie, sont très expressifs. Ils gardent bien visibles les traces du dernier coup poing et de la dernière cuite. Ambiances assurées, immersion garantie, suspens d’un bout à l’autre. Enorme coup de cœur !

18/07/2022 (modifier)
Couverture de la série Jim Henson's Tale of Sand
Jim Henson's Tale of Sand

Voici une oeuvre unique par beaucoup d'aspects. Son scénario écrit au début des 70's par Jim Henson et Jerry Juhl était destiné à un film. D'une créativité en avance sur son temps, le film ne fut jamais produit et le scénario considéré comme perdu. Jim et Jerry connurent un succès planétaire quelques années plus tard avec le Muppet Show. Jim Henson restera comme une légende du monde de la marionnette par son inventivité, sa créativité et son humour. Après la mort de Jim et de Jerry le scénario fut retrouvé et les ayants droits décidèrent d'en faire un roman graphique. Géniale initiative renforcée par le choix de Ramon K. Pérez comme dessinateur. Car cette oeuvre est avant tout visuelle. Le texte est rare et n'est là que pour accentuer l'effet de l'absurde et du décalage. Oups erreur !!!! Mille pardons il y a du texte sur certaines planches : le script original de Jim et Jerry en Américain qui accompagne les aventures surréalistes de notre héros. Encore un effet de décalage garanti. Que dire du graphisme de Pérez ? Vous avez aimé l'oeuvre de Nicolas Petrimaux Il faut flinguer Ramirez et bien je trouve que " Jim Henson's Tale of Sand" est plus fort, plus dynamique, plus incongru, plus créatif, plus fou, plus rythmé... avec 6 ans d'avance. Chaque planche est une découverte où Henson pousse l'absurde jusqu'à son paroxysme. Car il faut flinguer notre pauvre héros marionnette qui a ses pauvres 10 minutes d'avance pour courir au milieu de cette Monument Valley pleine de pièges ou d'objets sauveurs. Nul besoin de texte tellement le graphisme est explicite dans son opposition humour/angoisse ou espaces infinis/prison Cube. Le final est une danse aussi imprévue que géniale. Pérez modifie les colorations au fil du récit mais c'est toujours au plus juste de l'intensité dramatique et humoristique de l'aventure. Une préface et une postface donnent certaines clés quant à la personnalité de Jim Henson et la genèse de cette oeuvre. Quelques photos bonus pour nous rappeler cette époque qui se voulait anticonformiste. Une vraie perle couverte des prix les plus prestigieux US (justifiés à mon avis). A lire sans modération. Un must.

11/07/2022 (modifier)
Par Ro
Note: 5/5
Couverture de la série Le Monde sans fin
Le Monde sans fin

C'est fou à quel point Christophe Blain est doué pour la mise en scène et pour capter son lecteur ; ça lui avait permis de toucher le grand public avec Quai d'Orsay, il le refait ici pour nous offrir un documentaire passionnant et très instructif. Le contenu du documentaire lui-même est de Jean-Marc Jancovici, conférencier polytechnicien spécialisé dans le domaine de la problématique énergétique et du réchauffement climatique depuis une vingtaine d'années, mais c'est avant tout grâce à la scénographie de Blain que l'ensemble est rendu aussi fluide et prenant pour les lecteurs. Celle-ci est emplie d'humour, de métaphores visuelles, de représentations claires et didactiques qui fonctionnent de pair avec le sens de la vulgarisation du scientifique. On est capté dès les premières pages et on absorbe avec plaisir les informations de cet album pourtant très dense et épais. Il n'y a que la fin de l'album que j'ai trouvée un peu moins structurée que le reste, sans doute parce qu'elle explore des horizons possibles sans autant de certitude scientifique que les chapitres précédents. J'ai appris beaucoup de choses à la lecture de cette BD, des choses parfois édifiantes, d'autres parfois déprimantes de réalisme. J'ai apprécié la logique scientifique sans faille, la prise de recul notamment sur l'impact des énergies abondantes sur la population humaine, son mode et de vie et sur la planète en moins de deux cent ans et la révélation de l'inévitable éphémérité de la société occidentale telle qu'on la connait. Arrivé à la moitié de l'album, le lecteur inquiet sera avide qu'on lui offre des solutions de secours pour sauver l'humanité et peut-être aussi la société malgré tout. Les auteurs en offrent quelques-unes, sans qu'aucune ne soit miraculeuse. Jean-Marc Jancovici est connu pour être pro-nucléaire et il en fait la preuve ici en prônant cette solution comme la meilleure énergie disponible permettant d'éviter la pénurie autant que d'aller dans le mur climatique. Je suis moi-même pro-nucléaire, trouvant tout comme l'auteur aberrant le choix de l'Allemagne de l'avoir abandonné pour finalement être contrainte de retourner au charbon si polluant et de se plier au chantage gazier de la Russie. Mais malgré mon regard positif vers cette énergie, j'ai été légèrement troublé par à quel point Jancovici n'y voit quasiment que des qualités, avec très peu de défauts, au point même d'affirmer que des catastrophes similaires à Tchernobyl ou Fukushima n'ont aucune chance d'arriver en France. Je suis d'accord que la même chose exactement ne peut techniquement pas arriver, mais n'y a-t-il pas d'autres d'accidents possibles et inattendus que ce qui est arrivé dans ces deux centrales là ? Il affirme aussi que l'accident nucléaire lui-même n'a fait finalement que très peu de dégâts et que la catastrophe venait plus de la réaction de panique des humains que du nucléaire lui-même. A titre personnel, je veux bien éventuellement croire que les morts humaines directement liées à ces accidents soient relativement faibles, et encore cela dépend des méthodes de calcul comme la série Chernobyl l'a montré, mais ce sont surtout les zones contaminées qui en ont résulté qui me paraissent catastrophiques, même si j'avoue ne pas avoir de vision très claire sur son impact réel sur la santé, notamment à Fukushima. Quoiqu'il en soit, j'ai trouvé cette BD particulièrement instructive, le genre d'album dont on ressort des éléments marquants pour en discuter avec ses proches, et pour finalement leur conseiller de la lire à leur tour s'ils en ont l'occasion.

04/07/2022 (modifier)
Couverture de la série Betty Blues
Betty Blues

Je ne suis pas amateur de Jazz et ce style graphique très hachuré m'effraye un peu mais j'ai été très séduit par cet album de Renaud Dillies. Si le fond est assez convenu la forme qui le soutient est franchement très bonne. Un artiste maudit, une lutte entre l'argent et l'art, l'amour ou la nature, ce sont des thèmes universels déjà souvent exploités. La modernité et la créativité tient dans le graphisme original de l'auteur. Les couleurs d'Anne-Claire Jouvray réussissent à remplacer les notes de musique de la trompette de Rice pour nous envouter dans cette atmosphère sombre et poisseuse. Betty expérimentera à ses dépens et à celui qu'elle aime que l'argent en soi n'est qu'une illusion qui vous coupe de la vie qui compte. La chute n'en est que plus brutale pour nos héros et pour le lecteur. Une très bonne lecture. Les chants les plus beaux...

02/07/2022 (modifier)