Les derniers avis (7619 avis)

Par Cacal69
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série L'Éclaireur - Récits gravés de Lynd Ward
L'Éclaireur - Récits gravés de Lynd Ward

Une œuvre majeure de la bande dessinée. Un grand bravo aux éditions Monsieur Toussaint Louverture pour cette anthologie et pour la qualité de ce coffret. Lynd Ward est un précurseur du roman graphique, c'est lorsque qu'il vit en Allemagne à Leipzig où il suit une formation en gravure qu'il découvre Le Soleil de Frans Masereel qui aura une influence déterminante sur ses ambitions artistiques. Ce coffret reprend l'intégralité de ses six romans sans paroles, ils sont proposés dans l'ordre chronologique de création, ce qui permettra de suivre l'évolution graphique de l'artiste. Une œuvre marquée par son époque, de la crise de 1929 à l'aube de la seconde guerre mondiale. Le témoignage sur une période trouble du XX° siècle. Une narration visuelle unique, les symboles sont omniprésents, puisqu'elle permet à chaque lecteur de se l'approprier et d'en faire une interprétation personnelle même si Ward en donne les grandes lignes. Chaque récit est suivi des mots de Lynd Ward qui nous éclairent sur le processus de création. Mais Lynd Ward c'est aussi un peintre et de nombreuses bd pour enfants, souvent avec son épouse May McNeer à l'écriture. Graphiquement, au début j'ai été un peu perturbé, car la dimension des gravures varie souvent d'une planche à l'autre, le choix a été fait de garder les formats originaux des gravures sur bois. Des formats différents qui, finalement, n'ont pas gêné mon plaisir de lecture. On a droit à une image par page ou plutôt d'une image par feuille, ce qui facilite la lecture. Un dessin à la grande force évocatrice, sensuel, puissant, expressif et d'une finesse époustouflante puisqu'il ne joue pas seulement sur un noir et blanc contrasté, comme Masereel, il arrive à immiscer des nuances de gris grâce la technique "La Manière Noire" pour la première fois dans l'histoire de la gravure. Un dessin qui va évoluer de l'expressionnisme allemand anguleux à un style art déco plus doux. Des gravures qui grouillent de détails, qui jouent sur les ombres. Magnifique ! - Gods' Man (1929) _ 139 bois. Ce livre est sorti en octobre 1929, la semaine même du krach de la bourse de New-York. L'histoire faustienne d'un artiste qui renonce à son âme contre un pinceau miraculeux. Un récit sur l'art et le pouvoir de l'argent avec en toile de fond la recherche du bonheur. Une fin inéluctable. Percutant. 4 étoiles. - Madman's Drum (1930) _ 118 bois. L'histoire d'un marchand d'esclaves qui vole un tambour, orné d'un visage de démon, à un homme qu'il assassine. Un récit sur les liens familiaux, la perte d'êtres chers et l'injustice sociale avec un brin de religion. Il faut rester concentré pour bien saisir l'intrigue qui se joue au fil des pages. L'histoire la plus complexe, à mon avis, à décrypter, la narration manque de fluidité. La couverture est issue de ce récit. 3,5 étoiles. - Wild Pilgrimage (1932) _ 108 bois. L'histoire d'un ouvrier d'usine qui abandonne son lieu de travail pour chercher une vie libre. Un récit qui explore la réalité du monde extérieur et son image qui se projette dans l'esprit de chacun. Une narration qui joue sur la couleur de l'encre utilisée pour ne pas nous perdre, le noir pour la réalité et l'orange pour les fantasmes avec en filigrane le racisme. Dérangeant. 4,5 étoiles. - Prelude to a Million Year (1933) _ 30 bois. L'histoire d'un sculpteur qui, dans sa quête de la beauté idéale, néglige la réalité des luttes entraînant ses voisins dans les profondeurs de la grande dépression. Un regard sur la vie nombriliste d'un artiste avec en arrière plan l'injustice sociale. Poignant. 4 étoiles. - Song Without Words (1936) _ 21 bois. L'histoire concerne l'anxiété qu'éprouve une future mère à l'idée de mettre un enfant dans un monde sous la menace du fascisme. Une œuvre réalisée alors que l'épouse de Ward est enceinte de leur deuxième enfant. Visionnaire. 4,5 étoiles. - Vertigo (1937) _ 230 bois. L'histoire se déroule de 1929 à 1935 et suit trois personnages principaux : une jeune femme, un jeune homme et un vieil homme. Chacune fait l'objet d'un chapitre complet. D'abord "The girl" qui se découpe en années, puis "An elderly gentleman" en mois et enfin "The boy" en jours. Une narration maîtrisée et qui s'accélère pour mieux montrer l'impact de la grande dépression, celle-ci transpire dans ces trois vies brisées. Un chef-d'œuvre. 5 étoiles. Une anthologie dense, novatrice et à la forte puissance narrative. Si vous en avez l'occasion, ne vous en privez pas. Culte et gros coup de cœur.

08/11/2023 (modifier)
Par Bruno :)
Note: 5/5
Couverture de la série Marrons glacés
Marrons glacés

Témoignage historique, que cet album ! Ayant été un Homosexuel assez décontracté -coming-out pourquoi faire ?!- vivant un quotidien des plus banal pendant mon adolescence -très sage- et ma jeunesse -en couple ! Quelle idée ?!-, j'ai pas mal apprécié cette galerie de toutes les absurdités comportementales associées aux clichés auto-imposés par cette "communauté", à peine sortie de la clandestinité (?) à l'époque. Le Gay-Pied Magazine, rare référence "non Pornographique" du moment en France, vendait très exactement la même vision "officielle" de l'Homosexualité masculine ; et j'ai eu beaucoup de chance de ne le lire qu'à mes dix-huit ans : à quatorze, je crois que je me serais tiré une balle... Mais le décalage persistait hier encore, via les pages du magazine Têtu (fric & sex, sinon has-been !) et on peut sans détour dire que le mouvement s'est carrément généralisé aujourd'hui : qui d'entre nous n'a pas un label quelconque à se coller au T-shirt (la moitié de l'alphabet OUARFF !) pour être sûr de n'être pas confondu avec un autre, dans la rue ? Il est regrettable qu'on ait oublié que les labels, non seulement résument artificiellement un individu à ses "préférences" mais, surtout, permettent d'identifier plus facilement une cible. Autant dire que l'auteur était pas mal en avance sur ce point-là. Ça a beau être un instantané Germanique, cette accumulation par Ralf König des travers Gays les plus loufoques -parfois franchement insupportables, quant à leurs côtés auto-répressifs toujours d'actualité-, se transpose sans problème à la culture Francophone, tant sont criants d'universalité nos défauts (toutes sexualités confondues, hein !) courageusement traduis en gags par l'auteur. Du culte du machisme au snobisme lié à la préférence sexuelle (!) en passant par la prétendue communauté de pensée (re-!) associée à une culture commune -allons, bon !-, il égratigne avec son humour dévastateur habituel l'hypocrisie et la faiblesse du quidam moyen quand il s'agit d'assouvir ses besoins. Sans jamais négliger le but objectif de son propos -nous faire rire, et de nous-même, encore !-, il n'hésite pas à passer à la moulinette tel ou tel canon auto-proclamé de la Gay-attitude pour en extraire le jus le plus ordinaire qui soit : l'essence désespérément humaine qui nous définie et nous limite, au lieu de nous transcender ; sinon dans ces instants sublimes où l'assouvissement du désir sexuel, intérêt quasi unique de tous ces mâles (et toujours très objectivement mis en scène) nous vaut quelques perles burlesques, tant leur créativité à amener un mec dans leur pieu frôle le génie... ... Mais pas seulement : à ceux qui hésitent encore, il faut absolument lire cet album ; ne serait-ce que pour le monologue excédé de Marie à Joseph, tant l'injustice de son sort l'insupporte -mais, encore une fois, pas au point de le remettre en question, même quand l'occasion lui est offerte de tout laisser tomber... - ; ou encore le face-à-face hilarant d'énormité scénaristique (avec la complicité de Walter Moers) entre Dieu et Diable, eux-mêmes incapables d'élever leur débat Originel, pourtant sacré, au dessus de la ceinture. Clair comme de l'eau de roche dés ses débuts, cet auteur-là.

06/11/2023 (modifier)
Par Bruno :)
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Lysistrata
Lysistrata

Eeeet voui ! Il le fait encore ! M'enfin : qui d'autre est capable de pondre un truc pareil ?! Alors je ne possède aucune culture classique (antique ou autre, sinon un peu de mythologie Grecque (Ulysse reVIEENt...!), mais cette culbute dans l'Histoire via une pièce de théâtre détournée, c'est véritablement à mettre au programme de l'éducation nationale -au moins, ce sera rigolo ! Utilisant à nouveau son artifice du stupre Homosexuel masculin comme liant universel des masses viriles (!!) -et donc socialement dominantes-, Ralf König nous plonge dans un imbroglio socio-politique où, une fois encore, la sensualité l'emporte sur tout le reste. Politique, morale et patriotisme, ainsi que bien d'autres valeurs "construites", sont balayés par un irrésistible raz de marée libidineux quand trois petits cochons se mêlent de détourner le plan -excellent !- ourdi par les épouses pour obliger leurs maris à un cessez-le-feu -bien improbable, d'ailleurs, tant ils sont récalcitrants à abandonner leurs habitudes, aussi vaines et sanglantes soient-elles. Car c'est bien à un affrontement de pouvoir auquel on assiste -entre les genres !- ; et, une fois encore, les impératifs sociaux prédominent sur la raison et le bien-être. Les femelles veulent être des épouses avant tout, aussi limité et dégradant que soit réduit leur rôle par les mâles qui, eux, préfèrent garder leur pouvoir totalitaire ainsi que leurs certitudes, quitte à vivre dans la frustration et/ou se faire trucider sur le champs de bataille. L'auteur continue sa brillantissime démonstration de la puissance subversive de la sexualité réprimée quand elle est brutalement libérée : une révolution. Et, entre parenthèses, une leçon pour les auteurs de Pornographie -surtout occidentale- qui continuent à patauger dans le "consensuel réactionnaire" -voire l'auto-répression !- en ignorant la véritable puissance de l’outil qu'ils manipulent... Propos extrêmement difficile à explorer et exposer tant il est délicat d'établir un équilibre rigoureux entre le fond et la forme, sous peine d'être assimilé à une simple provocation des interdits en vogue. Mais Ralf König y arrive à nouveau, prouvant encore une fois la clarté de sa vision quant à son sujet de référence -nous !-, et son immense talent de conteur en parvenant à nous faire croire à cette fable tant ses personnages vibrent de réalité, dans leurs dialogues si précis comme dans leurs actes -ceux-ci en complète opposition de leurs volontés ! Fidèles miroirs de nos craintes et de nos espoirs les plus simples et naturels, ils nous amènent au bout de leur représentation -triomphale !- grâce, aussi et surtout, à l'humour imparable de leur auteur, véritable gage d'intelligence.

06/11/2023 (modifier)
Par Bruno :)
Note: 5/5
Couverture de la série Rocketeer
Rocketeer

Un Comic que je ne possède plus ! À qui donc l'ai-je prêté, celui-là, encore ?! Je ne me souviens même pas comment il est entré en ma possession, d'ailleurs. Probablement un achat impulsif dans un festival de BD : des avions et une pin-up, ça n'est pas moi, ça, m'enfin ! Mais j'avais déjà vu des images dans "The Comics Journal" ou "Comics Scene" ; et flashé sur le look du casque -et la mise en scène très cinématographique des accroches promotionnelles. Ça a dû être ça, l'argument. C'est qu'il était drôlement doué, le Dave Stevens. J'aurais bien aimé posséder la moitié de son adresse à manier le crayon et le pinceau : quelle élégance, ce trait...! C'est super propre et incroyablement délié et, fatalement, ça donne un sentiment de facilité d'exécution GNNN ! Ah ! Tu parles ! Et la mise en page, comme un excellent story-board très fouillé mais sans insistance sur les décors : c'est idéalement équilibré. Tu m'étonnes qu'Hollywood ait acheté les droits : C'EST un film, ce Comic. Ils n'ont pas eu à trop se fouler, pour le réaliser : on leur avait déjà mâché tout le travail. L'histoire est sympa : un hommage plein de clins d’œils (pas des clichés !) à un genre et une époque révolus, avec nobles sentiments et moult rebondissements. Les bons sont gentils et l'ennemi est méchant et Cliff Secord, en anti-héros impétueux, est l'exemple-type du modèle à suivre pour les garçons en devenir, et que l'Amérique va vendre au monde entier après la guerre. Ah, flûte : je me suis manqué, alors... Tant pis ! Un Comic/bijoux d'exécution graphique, mais à lire sans se prendre la tête. Très Américain, ça aussi : un de leurs meilleurs côtés, même.

06/11/2023 (modifier)
Par Bruno :)
Note: 5/5
Couverture de la série Cellulite
Cellulite

Fallait avoir du cran -et ce talent-là, tant graphique que littéraire- pour s'attaquer à l'image ridicule et irréelle que les mecs se font du mythe de La Femme sans verser dans le masochisme et la caricature facile. Avec sa lucidité habituelle (déjà!), et cet humour incisif qui, à la lecture des avis qui précèdent, semble encore heurter pas mal de sensibilités (ce qui tendrait à prouver avec quelle précision elle appuie au bon endroit !), Claire Bretécher démolit tous les clichés Historiques accolés, depuis la nuit des temps, à la représentation sociale de la moitié de la population. Images d'Épinal activement entretenues par la vaste majorité de la seconde moitié -bien soutenue par une bonne partie de la première, conditionnée qu'elle est... Je me demande si je suis clair, là...?! Au volant de son rouleau compresseur, elle dévaste la moindre velléité de ses personnages à vouloir sauver les apparences : traditions, affections, idéaux et inhibitions sociales finissent enterrés sous le poids de leurs hypocrites prétentions et montrent leur vrai visage, plein de l'insoutenable laideur du réalisme ; à l'image de l'atomisation de ce qu'on nous a vendu comme un conte (!) et qui n'est qu'une explication de texte du mécanisme du pouvoir -et de la décadence qui en découle inévitablement. Cellulite, porte-parole de tout ce qui est vrai dans ce monde et uniquement revêtue de la seule constante de sa personnalité (sa détermination à être prise en compte et respectée en tant qu'être humain au delà de son genre, sa position sociale ou l'illusoire de sa "précieuse" virginité !), s'emploie à démonter les chantages affectifs intéressés de son ignoble géniteur, à mettre à l'épreuve les sentiments de son coup de coeur du moment ; et même à confronter la population à sa propre clownerie (restons polis !). Grâce à son personnage, Claire Bretécher s'exprime franchement sur tout ce qui la fait suer autour d'elle en s'attaquant directement à la racine du mal -nous TOUS !-, prenant une avance socio-politique manifeste sur l'ensemble de ses petits camarades du moment, vainement occupés à dénoncer la corruption politique à coups d'actualités officielles et de fesses exhibées -le tout complètement suranné aujourd'hui, définitivement inoffensif et donc sans intérêt, du coup. Il y a, à l'époque, une volonté farouche à lui refuser le statut d'artiste à par entière : il faut voir comme le moindre journaleux lui balance son physique remarquable à la gueule à quasi chaque interview ! Elle a abattu un boulot incroyable, depuis ; mais Cellulite est vraiment le début de sa croisade pleine d'esprit contre tout ce qui enferme et étouffe. Et l'humour, comme d'habitude, est la seule arme efficace -et la plus courageuse. Elle manie sa langue maternelle avec encore plus de dextérité que son pinceau, pourtant doué ! M'enfin, comment peut-on résister à ce genre de vanne : "... SI TU N'AS AUCUNE CONSIDÉRATION POUR MOI, FAIS AU MOINS ATTENTION À MES DÉSHABILLÉS MOUSSEUX !" ?! Moi, ça m'écroule. Out of respect.

03/11/2023 (modifier)
Par Bruno :)
Note: 5/5
Couverture de la série Kingdom Come
Kingdom Come

Ah ben vouai : c'est du Alex Ross ! Qu'en dire de plus ?! Bon, déjà, étant donné le matériel de départ, plein de couleurs il est vrai mais si léger dans son historique -pourtant plus ancien que chez son concurrent !- on peut saluer le scénario de Mark Waid qui est arrivé à mettre en scène avec un début, un milieu et une fin, cette histoire de "remise en ordre" chez les super-héros/dieux des éditions DC. Et c'était pas gagné. Il est en effet assez difficile de s'intéresser aux destinées de tant de personnages, alors qu'on ne connait vraiment qu'une poignée d'entre eux. Et l'histoire est un peu simpliste dans sa démonstration -en même temps, quand on utilise l'angle religieux pour raconter, c'est difficile de faire autrement... Mais, étant donné le côté mythologique choisi pour nous les dépeindre -sans compter que Alex Ross en rajoute une couche (!) avec l'audace de la composition de ses planches !- c'est probablement le choix le plus logique pour arriver à résumer leur nature et ce qu'ils représentent. Et il nous épargne le classique (sempiternel!) affrontement gratuit entre tel et tel archétype du cheptel costumé : la conclusion est largement argumentée par le déroulement du récit. Chapeau, donc, pour avoir su mettre en valeur, et sans les dénaturer, quelques unes des figures les plus illustres du panthéon concurrent de Marvel : de Superman à Batman, de Wonder-Woman à Captain Marvel, on a l'impression de les avoir quittés la veille tant ils restent fidèles aux modèles originels. Maintenant, l'Art consommé de Alex Ross (encore plus enthousiaste que d'habitude puisqu'il travaille ici avec les héros préférés de son enfance !) nous laisse béer d'admiration tant la maitrise avec laquelle il figure cette impossible galerie de personnages -les classiques comme les nouveaux venus- est indiscutable d'inspiration, soulignant encore d'avantage la beauté des planches. Les attitudes, les poses, les décors... On pourrait croire qu'on va être blasé, à la longue ; mais force est de constater la véritable passion qu'il voue au médium. Il serait effectivement impossible à un autre artiste, même pareillement accompli, d'offrir un résultat aussi émouvant sans l'ajout manifeste (et inquantifiable) de l'affection de Ross pour son sujet et, à travers elle, le profond respect qui l'anime envers ses prédécesseurs lorsqu'il entreprend de leur rendre hommage. Du grand Art.

01/11/2023 (modifier)
Par Bruno :)
Note: 5/5
Couverture de la série Fantastic Four - L'intégrale
Fantastic Four - L'intégrale

Ceux-là sont arrivés plus tard que leurs homologues compatriotes, au sein de mon panthéon personnel de divinités costumées à adorer... La faute à leurs costumes assortis et un peu tristounets, peut-être ? C'est que mes yeux s'étaient ouverts au genre sur les planches autrement bigarrées des X-Men de Dave Cockrum, alors même que la First Family (gag) du MCG était alors -pour ce qui est de la chronologie des publications dans l'hexagone- livrée aux pinceaux très talentueux mais beaucoup moins "comedia del arte" de John Buscema (encré par le super-sérieux Joe Sinnott, en plus !). Ma fascination d'enfant directement formée (... Déformée ?!) à la dramaturgie spectaculairement graphique des célèbres mutants étant désormais habitée "... d'un besoin dévorant, inaccessible à la compréhension humaine..." comme allait le dire quelqu'un !- ne pouvait plus dès lors se contenter des simples affrontements d'une équipe d'à peine quatre malheureux membres. Peuh ! Et une famille, en plus. Quelle idée ?! ... Oui : quelle idée... Il faudra à Roy Thomas et Gerry Conway toute leur efficacité légendaire pour parvenir à m'intéresser aux avatars de ces personnages, à la dynamique d'évolution un peu "cernée" par leurs positions respectives au sein de leur bulle familiale. Tout le monde sait combien il est parfois difficile d'être soi-même quand la fonction que nous impose la société ne souffre aucune dérogation ou fantaisie de comportement ; et quelle est la première forme de "société" -infiniment plus contraignante via ses lois souvent non-dîtes et s'imposant par l'affect- à laquelle est confrontée l'individu, sinon sa propre famille ?! Alors oui : Reed est inévitablement le chef, génie es-tout et n'importe quoi ; et jamais sa place n'est remise en question tant Benjamin, Susan et Johnny sont confinés dans leurs rôles respectifs : faire-valoir comique, fiancée obligatoire et élément adolescent en rapport direct avec l'âge du lectorat. Néanmoins, cette période les verra affronter quelques situations pas mal remuantes, ayant pour conséquence non négligeable l'éclatement du groupe dû, notamment, aux problèmes conjugaux du couple marié, ciment officiel et rationnel de cette équipe de super-héros si singulière. Et le drame qui s'ensuit achève de les séparer (ils y ont été fort, sur ce coup-là, je trouve !) pour mieux les réunir plus tard, mais sans réelle évolution. À peu près au même moment, l'album "Duo Diabolique" m'offre un aperçu assez révélateur de la grande époque des origines mais, bien sûr, mon regard déjà blasé par le trauma chromatique cité plus haut, je délaisse l'objet -qui me semble un peu puéril, n'est-ce pas !- pour me focaliser sur les affres des mutants et autres Peter Parker, autrement plus modernes... Il me faudra quelques années pour enfin assimiler la véritable valeur de la démarche originale de Stan Lee et l'incroyable efficacité du trait de Jack Kirby (!). C'est pas ma faute : on a tout reçu dans le désordre, dans nos régions reculées, m'enfin !! Et puis débarque John Byrne, affamé de reconnaissance et dévoré d'ambition : il veut carrément égaler le run de Kirby sur le titre ! Il n'y arrivera pas mais, en parvenant -à force d'efforts !- à s'éloigner de la ligne narrative qu'il s'est lui-même imposée (encore une fois un hommage à ses prédécesseurs illustres), il parviendra enfin à transgresser les liens inextricablement figés de l'équipe, nous offrant une relecture passionnante de la bande. Déjà, il réaffirme la différence d'âge entre Susan et Reed en vieillissant pas mal les traits de ce dernier : Reed redevient le "patriarche" intellectuel, mais avec une douceur de caractère nouvelle et plutôt bienvenue : le Mister Fantastic des Seventies avait un côté "Martin Landau" un poil flippant, quand même... Tout à fait inutilement, Byrne nous donnera, bien plus tard dans la série, une "explication de texte" plutôt lourdingue sur l'essence même de la nature de leur relation amoureuse, très professeur à élève et donc assez déséquilibrée ; ce qui explique plus clairement la fascination (merci Stan, petit coquin !) de la jeune fille des débuts pour le nettement plus racé et stimulant Prince Namor ! Et bien sûr cela fera faire un bond -bienvenu- à leur relation de couple en métamorphosant la fille invisible en femme invisible, dotant Susan d'une personnalité complètement originale de femme au foyer comblée (!), absolument révolutionnaire et transgressive dans cet univers d'avantage peuplé de créatures féminines, fantasmées et fantasmatiques, que de femmes "réelles" -et essentiellement créées par des hommes, de toutes façons ! Ce faisant, il réussit ce que ces prédécesseurs avaient raté : incarner véritablement ce personnage falot qui jamais, sinon à ses heures les plus tragiques, n'avait été aussi profondément vivant. Enfin ! Il retravaille aussi les proportions de tout le monde. Finis les lutteurs bodybuildés : on se souvient tous du dos à la Stallone de Susan sous le pinceau de Buscema ! Déformation Cimmérienne ?! Les Quatre Fantastiques sont désormais les plus Leonardo Da Vinci du MCG, côté mensurations ! Bon, enfin presque : encore en hommage à Kirby, il va rapprocher La Chose de son apparence des débuts : une "chose", donc ! Son personnage préféré aura par contre droit à l'habituel traitement que l'auteur réserve à ses chouchous : plein des malheurs ! Mais sa bonhomie originelle est respectée et mise en valeur : il est véritablement le centre affectif qui les réunit tous. Son remplacement par Miss Hulk, très courageux mais, en même temps, largement plébiscité par les fans (Byrne est si populaire à ce moment-là qu'il peut presque faire tout ce qu'il veut !), aura pourtant un effet amplifiant encore d'avantage l'identité familiale du groupe, par le regard extérieur qu'elle amène sur l'intimité de leur comportement à tous. À un degré moindre, époque oblige, Médusa avait eu le même impact enrichissant -en largement moins fun ! ... Et Johnny. En voilà un qu'on a coincé définitivement aux alentours de ses seize ans ! Et si cette nature volontairement adolescente suivait la mode des Fifties-Sixties et peut coller à une certaine forme de jeunesse moderne, comme démontrée assez lucidement dans les deux films principaux -que j'aime plutôt bien : c'est très synthétisé mais sans prétention ; de la BD bien adaptée.- , le personnage a longtemps été très artificiel à mes yeux de gamin des Seventies-Eighties dans ses interactions avec ses proches, obligé de jouer sans cesse le rebelle étourdi et puéril grondé par tout le monde, quand il n'était pas occupé à s'enflammer (facile...) pour telle ou telle poupée de chair improvisée. Même sa relation avec Frankie Raye (what a bitch !) se termine par l'habituel "drame" de la séparation... Alors quelle ne fut pas ma (bonne) surprise quand ce cher John Byrne, dans un de ses sursauts typiques d'inspiration transgressive, lui fit nouer une idylle tout à fait inattendue mais ô combien logique et naturelle dans son installation, avec l'éternelle fiancée de son beau frère : l'artiste aveugle Alicia Masters, alors en célibat forcé dû à la longue absence (un peu culottée, quand même !) volontaire de son cher -sinon tendre ! ARF !- compagnon de longue date. L'auteur fait coup double avec cette idée prodigieusement intéressante -et courageuse, étant donné l'âge du lectorat Lambda du médium et sa nature plutôt réactionnaire quant aux transformations radicales imposées à ses idoles ! Non content de faire accéder Johnny (enfin !) à la maturité au travers d'une passion qui lui demande bien d'avantage que ses investissements habituels -car, sous la plume de l'auteur, Alicia est d'une autre trempe que la timide et vulnérable promise habituelle : c'est elle qui initie leur histoire !- , il remet en jeu toute l'organisation de la base sacro-sainte du concept même de la série par cette relation amoureuse, absolument scandaleuse dans nos sociétés. C'est le Byrne que je préfère, ça ! Surtout qu'il va jusqu'au bout de la démonstration de manière encore plus provocante -d'un point de vue Américain, incroyablement conservateur quant au respect des institutions !- en faisant accepter par le reste de la famille, et de manière si simple et naturelle, le nouvel ordre établi ; Benjamin ayant donné sa bénédiction, admettant lui-même les limites imposées (par lui, surtout !) de son interminable concubinage avec Alicia. Révolutionnaire - et pas seulement dans l'univers des super-héros. Hélas ! Toute l'évolution bénéfique qui aurait pu en découler tombe à l'eau quand, après le départ du démiurge -je n'ai jamais rien lu de clair, là dessus ?!-, l'intrigue est atomisée via l'artifice habituel (usurpation d'identité car tromperie métamorphe, bien sûr !) et on retombe dans le train-train habituel des super-héros en manque d'auteurs : de l'action, de l'action, de l'action... J'ai depuis longtemps lâché prise : mon âge, certainement ; mais aussi les suites, qui n'offrent aucun moment véritablement intéressant. Et même la ré-écriture du titre dans l'univers Ultimate ne m'a pas plus enthousiasmée que ça, sinon pour l'excellent travail de Grant Morrison et Jae Lee (encore lui !) : ce Penseur Fou réinventé, par exemple, est une grande réussite et dans sa recréation, et dans la mise en scène de son apparition. La persistance de l'unicité de ce groupe de super-héros bien particulier prouve l'intérêt scénaristique de sa création originelle ; mais l'exploitation du concept n'a vraiment été approfondi au delà de la dramaturgie habituelle que par un seul scénariste. On peut être reconnaissant à John Byrne, tout psychorigide qu'il puisse être dans ses prises de positions très discutées (!), d'avoir su avant tout nous offrir une période pleine d'entrain et d'aventures divertissantes, ainsi que de passionnantes intrigues plus personnelles. Sans compter d'incroyables -et encore une fois très inattendues et presque révolutionnaires !- révélations : quelle joyeuse surprise, cette si fameuse Tante Pétunia !

01/11/2023 (modifier)
Couverture de la série Les Illuminés
Les Illuminés

Quelle merveille ce livre! Commençons par le dessin! J'aime énormément le travail de Jean Dytar (une bibliographie sans fausse note (Scénario/dessin) et en particulier Florida, un de mes gros coups de coeur de l'année 2018) mais là, waouh, je ne m'attendais pas à pareille claque visuelle !! Un peu dans la même veine que David Vandermeulen pour Fritz Haber. Que c'est beau et cette idée de découpage des planches qui permet, aidé par les couleurs, de suivre en parallèle et aisément nos trois protagonistes (i.e. Rimbaud, Verlaine et Nouveau) est judicieuse et marche formidablement bien. Côté scénario, rien à redire, c'est d'une subtilité et finesse sans nom ! On ne présente plus non plus Laurent-Frédéric Bollée et on notera l'apport reconnu de Jean Dytar. Lire ce récit sur la genèse des Illuminations me donne des envies de (re)lire le(s) livre(s) de Rimbaud, (re)lire les livres de Verlaine et Nouveau, se renseigner sur cette période et ces trois auteurs et finalement, se replonger à nouveau dans cette BD ! Un immanquable de 2023 !

31/10/2023 (modifier)
Par Bruno :)
Note: 5/5
Couverture de la série Daredevil - Renaissance (Justice aveugle)
Daredevil - Renaissance (Justice aveugle)

Il y a eu, à un moment donné dans la série originelle, un grand écart -assez séduisant à l'occasion- entre les origines tout ce qu'il y a de "rationnelles" (compte tenu des canons créatifs du MCG, hein !) de Daredevil et l'univers irréel dans lequel il évoluait. Créatures géantes, robots destructeurs, ennemis d'inspiration Fantastique... Malgré la modestie de ses capacités surhumaines (il est moitié dauphin -OUARFF !- et moitié heuu... On va dire super-bien "aligné", au niveau des chakras...!), Matt Murdock, en dehors de ses histoires romantiques ou de son amitié de longue date avec son associé "Foggy" Nelson, n'avait que peu de substance et, hormis son costume entièrement rouge -c'est rare, le monochrome, pour l'époque- il faisait un peu pâle figure (... Je l'ai pas fait exprès, celle-là !) si on le comparait aux canons du genres. Mais ce simple acrobate, donc, rivalisait sans problème avec des menaces quasi cosmique ; c'est dire l'astuce des scénaristes... Il a fallu attendre Frank Miller pour donner un peu plus de corps à sa vie civile -juste un peu : c'est surtout les idylles qui se sont multipliées !- et, surtout, à sa vie super-héroïque, en l'opposant à des menaces mieux calibrées. Finis les Hiboux d'inspiration Balkaniques, les Pitres délavés (sauf si on ne connait pas le modèle original !), les inventions gouvernementales qui tournent mal -quoique Nuke dans ce recueil-ci et, plus tard, l'agent Hazzard soient tous les deux de sacrés cafouillages ! Mais je parlais des Dreadnoughts (cauchemar phonétique, à l'époque : ça me perturbait comme c'est pas possible, cet embrouillamini de consonnes !) : il me semble bien que Silvermane les avait chouravé au S.H.I.E.L.D. ?! Mais mon point de vue est un poil biaisé : le Gladiateur ou Mister Hyde étaient bien dans les cornes de tête-à-cordes... Ou inversement (!). Enfin, bref ! Voilà DD aux prises -et en close-combat, encore !- avec des adversaires plus franchement dangereux rien que du fait de leur "normalité" ... Exemple type : le Tireur, sparring-partner un peu faiblard du Tisseur de toiles, qui se voyait propulsé au rang de menace bien réelle face au super-héros aveugle -hou ! Le menteur !- et, surtout, leurs aptitudes réciproques s'opposant miraculeusement bien (l'un ne rate jamais sa cible et l'autre "prévoit" les trajectoires des projectiles ! C'est-y pas une trouvaille, ça ?!), on a eu droit, au fil des pages, à une remise à niveau drastique du justicier ; ce qui allait, et pour assez longtemps, l'insérer concrètement dans un univers beaucoup plus terre-à-terre que précédemment. D'ailleurs même le Caïd, originellement ennemi juré de Spiderman, va définitivement se faire adopter (!) par Miller et trouver sa vraie place et -hou !- sa vraie dimension en face du juriste noctambule (il dors jamais, ce gars-là ?!). Après le cycle Elektra/Tireur/Caïd, cet album prouve à nouveau le bien fondé de ce choix scénaristique : en faisant évoluer Daredevil au sein d'un quotidien plein de difficultés sociales et/ou économiques, et de dangers beaucoup plus facile à craindre -car la criminalité rampante de nos sociétés corrompues est infiniment plus facile à appréhender pour notre cerveau reptilien qu'un shoot de Galactus dans le Baxter Building- , on lui redécouvre une vraie identité, très singulière au milieu de ses pairs costumés (ce qui n'est pas un mince exploit !) et ses aventures y gagnent inévitablement en intérêt et profondeur. ... C'est un polar, cette histoire ! Frank Miller aligne pas mal de clichés -moi j'aime, quand c'est bien aligné...- et David Mazzucchelli, encore une fois, sublime le tout de ses pinceaux inspirés. Bon : les dernières pages sont moins léchées qu'à l'ordinaire, c'est un peu plus "brouillon"... Peut-être une histoire de délais ?! C'est pas grave : c'est une (autre !) parenthèse très agréable chez les super-héros Marvel.

31/10/2023 (modifier)
Par Bruno :)
Note: 5/5
Couverture de la série Tom Strong
Tom Strong

C'est marrant de penser que des générations qui n'ont jamais croisé les chemins aventureusement désuets de héros presque mythologiques tels le Fantôme (the Phantom) du Bengale ou Doc Savage -l'homme de bronze !-, et même Mandrake, le magicien, peuvent néanmoins, en parcourant les récits "abrégés" de ce Comic Book, expérimenter un peu de la simplicité -pureté ?!- des univers fabuleux dans lesquels ils évoluaient. Moi-même, malgré mon âge (!), et alors que je ne me souvient qu'à peine des exotiques péripéties que j'ai pu lire dans quelques BD de poche miraculeusement tombées du ciel (ou des bouts d'histoires, dans le journal de Tintin !), j'ai pourtant drôlement bien ressenti ce qu'à voulu nous transmettre Alan Moore en nous faisant partager sa nostalgie d'une Ère où tout restait à imaginer, en matière de littérature Fantastique. La science commençait à s'imposer comme LA référence inébranlable de tout ce qui est -jusque dans les domaines variés de la création !- ; et les deux pôles littéraires, en se mêlant gracieusement chez les auteurs les plus avant-gardistes (et les plus talentueux !) allaient nous offrir des œuvres magistrales et visionnaires. ... Il est quand même sacrément culotté de nous priver de ce qui, d'habitude, fait la séduction de l'histoire racontée -son déroulement !- pour ne se concentrer que sur les moments-clé, et nous amener directement aux conclusions de telle ou telle aventure, pour uniquement mettre en avant un aspect de sa réflexion sur cet hommage -du coup très précis !- à ce qu'il a aimé dans ces récits qui ont, vraisemblablement, enrichi son imaginaire à lui, pendant son enfance... J'aurais adoré vivre "en live" les affrontements successifs entre la Strong Family et Modular-Man, par exemple ! Bon, c'est vraiment super-bien fichu. En tous cas les débuts -j'ai un peu perdu pied, par la suite : il semblerait qu'on soit revenu à quelque chose de plus classique -lire "habituel"- , dans la forme... Mais Chris Sprouse est décidément un crack ! Son style, très propre et figuratif, arrive à faire accepter un univers tout de sobriété réaliste dans lequel peuvent évoluer -sans créer d'inconfort visuel !- des personnages aux proportions vraiment "Comicquesques" (!). Sa dextérité à faire exprimer aux héros leurs émotions en quelques traits est un autre aspect de sa virtuosité et, sans imiter personne, il parvient néanmoins à rendre "l'esprit" de ces vieilles bandes ; ne serait-ce que grâce à l'apparente simplicité de son dessin, rejoignant ainsi les intentions de son auteur. Par la suite, les artistes tenteront le même exercice ; mais même l'excellent Arthur Adams, pourtant encore une fois très efficace, ne pourra pas empêcher son graphisme de rendre Tom Strong plus moderne ; et donc moins raccord avec les intentions initiales de Alan Moore. Des débuts qu'on relit toujours avec grand plaisir -et plein d'espoirs pour la suite !- tant est réussi le mélange. Très bel hommage.

31/10/2023 (modifier)