Après lecture des quatre tomes, je trouve que cette série est une belle réussite.
Destinée à un jeune lectorat, elle propose quatre histoires, chacune ancrée dans une saison, chacune se centrant sur un personnage différent, chacune proposant un récit à la fois amusant et incitant à la réflexion.
- Avec L'automne de Monsieur Grumpf, les enfants découvrirons un vieux monsieur bougon mais toujours prêt à aider les autres, quitte à se négliger lui-même.
- Avec Le Frisson de l'hiver sont abordés les émois amoureux et le fait que faire montre d’autodérision vaut parfois mieux que de s’enfermer dans une fierté mal placée (surtout si on est maladroit)
- Avec Un Chouette été, c’est la cohabitation entre vieux et jeunes qui est abordée autour d’un étang.
- Avec Le Premier Printemps, enfin, Dab nous livre une véritable perle à plusieurs niveaux de lecture, qui parle de rhume des foins, de l’amour d’un père pour son enfant… et de deuil.
Le dessin, fortement influencé par le style Disney, plaira à coup sûr aux jeunes lecteurs. Le format court et à l'Italienne devrait lui aussi les séduire.
Tous les récits sont agréables à lire. Les adultes mis en scène ont beau avoir des profils assez proches (souvent râleurs ou bougon, ils ont tous bon cœur… l’auteur se serait-il projeté dans ses personnages ?) les récits sont bien diversifiés. L’humour de situation fonctionne bien, en règle générale et chaque récit propose une piste de réflexion sur un sujet plus profond (sentiment amoureux, tolérance, deuil). Le Premier Printemps m’a spécialement marqué par ses multiples niveaux de lecture qui font qu’un enfant le lira différemment selon qu’il aura 5, 7 ou 9 ans (ce qui pour moi est la marque d’un grand récit jeunesse).
Une belle réussite, donc.
Je trouve cette adaptation du Père Goriot de Balzac vraiment très réussie.
J'ai lu le roman dans mes années lycée à une époque où cela aurait été presqu'un crime de lèse-majesté que de toucher ainsi une si grande oeuvre.
Les temps ont changé heureusement. Le défi pour les auteurs, c'est d'être au niveau. Ils ont brillamment réussi.
Que ce soit Lamy et Thirault pour le scénario ou Duhamel pour le dessin, c'est du A+++.
Le scénario est bien sûr cadré par l'oeuvre originale mais il reprend à merveille l'esprit de la Comédie Humaine. Le découpage, la mise en scène, la montée de la dramaturgie, le mystère de Vautrin, tout concourt à la capture du lecteur.
Un gros bravo au choix des dialogues à la fois accessibles mais délicieusement colorés de la langue du XIXème siècle.
Je finis par le super qui est le dessin de Duhamel. Je suis public conquis tellement je suis fan. Ici encore c'est un régal. La pension Vauquer, les extérieurs, les salons et surtout les costumes, bijoux ou porcelaines. Quelle documentation et quel travail.
Un travail colossal comme savait en produire le grand écrivain. Quelle superbe lecture.
Une bd adaptée d'un roman de Richard Wagamese, auteur Amérindien Canadien.
Vincent Turhan nous relate une histoire familiale prenante, une plongée au cœur des montagnes de Colombie Britannique, un décor grandiose où l’immensité du pays se ressent à la lecture de cette aventure.
Un père appelle son fils pour faire un dernier voyage avant de mourir, ils partent ensemble pour partager ces derniers instants. Le père va dévoiler son histoire à son fils, une histoire où il explique comment l'alcool a détruit leur famille, une repentance trop tardive pour son fils mais le besoin de connaitre ses origines l'emporte.
L'auteur dénonce les difficultés des sang mêlés pour s'intégrer dans une société où ils sont rejetés, les ravages de l'alcool et les violences faites aux femmes.
Le dessin avec les flous et les tons pastels rendent avec justesse l'ambiance de ce dernier voyage et l'immensité des paysages traversés.
L'auteur alterne avec des passages sans parole pour donner de l'importance à certains moments d'un voyage sans retour.
Une lecture pleine d'émotions.
B-gnet est un auteur que j’aime bien. Sa production est inégale, mais il m’a très rarement déçu. J’apprécie tout particulièrement sa capacité à partir dans de bons délires loufoques, absurdes. Et je craignais un peu que sa production « jeunesse », « expurgée » de cet aspect, ne soit insipide.
Eh bien, si bien sûr il n’y a pas dans ces deux albums l’absurde plus ou moins jusqu’au-boutiste de certaines de ses œuvres, je dois dire qu’il ne s’est pas moqué de ses jeunes lecteurs. En effet, les histoires – découpées en cours chapitres, se laissent lire agréablement, et on a là un bon mixe d’aventure et d’humour.
C’est rythmé, souvent amusant. J’aurais mis trois étoiles, mais en tenant compte du public ciblé, je suis plus généreux. C’est en effet une lecture fluide (dessin et scénario simples), un bon millésime de la collection BD Kids dans laquelle j’ai lu les albums.
Note réelle 3,5/5.
Lupano est un auteur prolifique, très éclectique, et il réussit là à nous présenter une histoire des plus sympathiques.
Le dessin de Chemineau, au trait semi réaliste, un peu dans le genre de Mathieu Bonhomme, est très fluide et efficace. Parfaitement adapté à ce genre de récit en tout cas.
Il faut dire que l’histoire est agréable à suivre, autour de ce quatuor mal assorti, improbable – mention spéciale pour la mule récalcitrante, source d’énervements pour les trois autres, et de gags pour le lecteur.
Histoire agréable donc, mais un peu linéaire (le groupe fuit Cordoue pour mettre à l’abri d’un autodafé une centaine de livres rares de l’ancienne bibliothèque du calife), le tout ponctué de quelques moments savoureux.
Mais Lupano a eu l’intelligence de dynamiser son récit, de lui donner une consistance supplémentaire, en plantant très bien le décor (période de transition, à la fin de l’apogée du califat), et en nourrissant l’intrigue de nombreuses connaissances bibliophiliques et scientifiques. Surtout en développant en filigrane la réflexion sur l’importance de la culture, du livre.
Et le dossier final est très précis, complet, instructif – que ce soit pour l’histoire du califat omeyyade de Cordoue, mais aussi des autodafés dans l’Histoire.
Une lecture agréable et intelligente. Et recommandée. D’autant plus que Dargaud a fait du beau travail, avec un marque page, une tranche colorée, etc.
Les albums qui repartent dans la jeunesse des héros sont toujours confrontés à la difficulté de l'inné et de l'acquis.
Si Thorgal possède déjà toutes ses qualités et dons dès ses 10/15 ans, cela devient un héros inaccessible dont on peut se détacher assez vite.
Au contraire si ses difficultés d'enfance lui permettent de se construire, il nous devient plus proche et notre empathie augmente. Mais alors comment lui faire vivre des aventures extraordinaires ?
Dans Kriss de Valnor, les premiers épisodes privilégient clairement les acquisitions via les difficultés. Ici c'est moins évident avec les Soeurs Minkelsönn.
Yann revient ensuite à des épisodes plus Viking donc plus humains seuls les deux épisodes de Slive permettent de balayer les horizons futurs de Thorgal.
L'exercice n'est pas facile de nous présenter un jeune Thorgal ayant des aventures plus palpitantes que celles de la série mère car cela produit une inversion malvenue. Comme si le fils tuait le père, ce père étant lui-même.
Yann s'en tire pas mal, il nous propose des scénarii captivants et la présence d'Aaricia encore jeune fille nous ramène toujours à un pré-Thorgal.
De plus je trouve les dessins de Surzhenko vraiment top. Son style passe immédiatement sans me choquer par rapport à Rosinski. Surzhenko effectue un gros travail sur les éclairages des endroits sombres qui sont légions : grottes, prisons, cabanes la nuit.
Cela permet de magnifier les visages et leurs expressions de façon remarquable.
Contrairement à Kriss, les allers-retours sur la série mère sont assez rares et la série de la Jeunesse est presque autonome. C'est à la fois un avantage et un danger.
Une série bien agréable qui ne nuit pas à la qualité de la série mère.
Construite comme une grande saga se déroulant à l’époque de l’empereur Néron, Murena est un exemple du genre. Le nombre de tomes de la série permettent à ses auteurs de développer la prise du pouvoir puis le règne de l’empereur en évitant les raccourcis et les simplifications habituelles. Le mélange fiction/histoire est réussi, on s’y retrouve très bien et les notes en fin d’album apportent des précisions intéressantes. Les dialogues sont bons et les citations enrichissent le texte. Je me méfie toujours un peu de Dufaux et de son lyrisme un peu lourd en général mais là, j’avoue, qu’il fait dans la sobriété. Bref, c’est une très bonne série historique et dramatique, classique mais réussie. Du côté du dessin, c’est très bon aussi. Le graphisme évolue au fil des albums, il s’affine et nous régale des détails des lieux de pouvoir comme des lieux du quotidien Romains : la cloaca maxima, les latrines publiques, les quartiers et leurs échoppes, etc… qui font toute la richesse de ces albums. Les couleurs douces sont vraiment agréables à l’œil qui glisse tranquillement d’une page à l’autre tant l’ensemble est fluide. Le héros, Lucius Murena continue de développer son personnage dans le second cycle en contrepoint de Néron qui sombre dans la paranoïa et la folie alors que, dans le premier, les auteurs lui avaient laissé une part d’humanité… enfin, une humanité replacée dans le contexte de l’époque.
Dans les années 1962 à 1984, l'Etat français a opéré une vaste opération de transplantation d'enfants de la Réunion vers la Métropole. En effet à cause de la surpopulation les risques de misère massive étaient importants, et l'idée était au départ de proposer à des jeunes en âge de travailler de trouver une situation dans l'Hexagone. Mais très vite l'opération s'est étendue à des enfants, dont les parents ont accepté, souvent à contrecoeur, l'abandon. La plupart ont même vu leur identité être modifiée afin de les couper totalement de leurs racines... Plus de 2 000 mineurs ont ainsi vu leur vie basculer...
C'est leur histoire que Téhem, qui a grandi à la Réunion, a choisi de raconter, au travers de celle de Jean et sa soeur Didi, séparés très jeunes et envoyés dans institutions puis des familles distinctes, avec peu de chances de se retrouver... Leur histoire n'est pas authentique, mais plutôt inspirée de plusieurs récits et témoignages, qui sont sortis depuis plusieurs années. C'est à la fois l'histoire d'une quête de sa famille (avec l'aide d'un employé de la Préfecture de la Réunion), et celle de sa voie dans la vie. Une histoire en creux de la Vème République, qui au nom d'impératifs économiques, a totalement bafoué, pour ne pas dire plus, les droits fondamentaux et les intérêts des enfants déplacés... L'expression d'"Enfants de la Creuse" est d'ailleurs abusive, les mineurs réunionnais ayant été dispersés dans 83 départements au cours de ces deux décennies noires... Certains ont d'ailleurs l'âge d'être grands-parents à l'heure actuelle, alors que l'Etat français n'a toujours pas accédé aux demandes incessantes (depuis 20 ans) de réparations morales et de reconnaissance de diverses associations. Et un certain nombre de pratiques actuelles inhérentes à l'ASE (aide sociale à l'enfance) sont l'héritage direct de cette époque...
Pour en revenir à l'album de Téhem, il est très bien construit, on voit à la fois l'attitude arrogante des bureaucrates du Ministère Debré, le paternalisme criminel de certaines autorités ou dirigeants d'institution, un mépris généralisé de familles entières dont la souffrance a perturbé toute la vie... Le style "rond" du dessinateur n'empêche pas la force du propos, grâce à une expressivité optimale. Le passage d'une époque à l'autre, d'une trame narrative à l'autre, est personnalisée grâce à des ambiances chromatiques différenciées. Sur le plan documentaire les séquences sont séparées par des petits textes écrits par Gilles Gauvin, enseignant et chercheur qui a écrit plusieurs ouvrages sur le sujet. En fin d'album quelques conseils pour retrouver les traces de sa famille lorsqu'on est dans la situation décrite dans l'album sont données.
Sobre et poignant, cet album est essentiel.
Pomès livre ici une chronique adolescente habile et touchante.
Dans ce récit, nous suivons une année de vie d'adolescents d'une station balnéaire marquée par deux événements majeurs : le premier récurrent avec la fin de la saison touristique et la rentrée scolaire qui l'accompagne, et le second, la perte de l'antenne relais qui prive nos jeunes protagonistes de tout liens numériques.
J'ai trouvé la narration habilement menée, avec des partis pris que l'on peut discuter, mais qui ne rendent pas le récit, ni ennuyeux, ni maladroit.
Ces partis pris sont pour moi le choix d'une première partie qui nous fait connaître nos adolescents dans leurs quotidiens, leurs habitudes et leurs contextes de vies personnelles et familiales. Certains sujets sont abordés sans forcément devenir le cœur de l'histoire : les pièges des réseaux sociaux, du partage par forcément consenti d'images personnelles, de la violence dans un foyer, de l'importance du physique entre adolescents, ...
Tout cela nous aide à cerner chacun des personnages, sans pour autant s'appesantir sur l'évident et risquer de rentrer dans les poncifs.
Pomès aborde ces thèmes en nous montrant tour à tour les adolescents bienveillants, parfois cruels mais pas forcément méchants.
Je rejoins pol, peut-être qu'on aurait aimé les voir un peu plus longtemps désœuvrés face à la perte de leurs portables, mais à part à gagner en situations de narration, à jubiler de leurs impuissances face à leurs addictions numériques, je ne suis finalement pas sûr que le propos aurait été plus fort. Tout y est efficacement.
Graphiquement, certaines planches sont sublimes, d'autres peuvent sembler déroutantes dans le traitement des personnages. L'ensemble est cependant joliment traité, avec des cadrages habiles. Malgré un choix graphique fort, tout est lisible avec une belle mise en couleur.
Je trouve les avis émis sur ce petit ouvrage de Lax très sévères. Personnellement je trouve ce roman vraiment digne d'intérêt.
Tout d'abord j'aime le dessin même si dans les premières pages c'est un peu baroque et chargé, et que Lax nous entraine dans des voies un peu déroutantes.
J'aime ce trait fin, ses visages burinés et interrogatifs ainsi que ses personnages de madame/monsieur tout-le-monde qui cachent des trésors d'aventures et de vécus dans une mémoire aléatoire.
Lax nous invite à une réflexion sur la mémoire mais je préfère m'attacher à la liberté de Sarane. Comme toute vie, les choix de Sarane se font au gré de ses rencontres. Sarane me fait un peu penser au personnage de Phèdre.
Sa première rencontre avec Raphael est conventionnelle mais étouffante. Sa soif de liberté la mène vers Khegh, l'autre et l'ennemi, un amour qu'elle sait socialement condamné par la société de cette époque. Mais cet amour lui permet de vivre vraiment en harmonie avec son corps et ce désert magnifique qui l'entoure.
Enfin la rencontre de l'aviateur, celle du devoir d'humanité qu'elle ne peut étouffer au risque de tout détruire. Sur le sujet de l'Aéropostale, Lax nous en dit plus en quelques planches que le pauvre Air Mail de Micheluzzi en plusieurs albums.
Lax nous transporte dans ce majestueux Sahara qu'il peint admirablement bien avec ses ocres, ses jaunes et ses éclairages.
La fin garde son mystère comme Sarane et reste ouverte pour une vraie belle histoire d'amour.
En France, les livres sont au même prix partout. C'est la loi !
Avec BDfugue, vous payez donc le même prix qu'avec les géants de la vente en ligne mais pour un meilleur service :
des promotions et des goodies en permanence
des réceptions en super état grâce à des cartons super robustes
une équipe joignable en cas de besoin
2. C'est plus avantageux pour nous
Si BDthèque est gratuit, il a un coût.
Pour financer le service et le faire évoluer, nous dépendons notamment des achats que vous effectuez depuis le site. En effet, à chaque fois que vous commencez vos achats depuis BDthèque, nous touchons une commission. Or, BDfugue est plus généreux que les géants de la vente en ligne !
3. C'est plus avantageux pour votre communauté
En choisissant BDfugue plutôt que de grandes plateformes de vente en ligne, vous faites la promotion du commerce local, spécialisé, éthique et indépendant.
Meilleur pour les emplois, meilleur pour les impôts, la librairie indépendante promeut l'émergence des nouvelles séries et donc nos futurs coups de cœur.
Chaque commande effectuée génère aussi un don à l'association Enfance & Partage qui défend et protège les enfants maltraités. Plus d'informations sur bdfugue.com
Pourquoi Cultura ?
Indépendante depuis sa création en 1998, Cultura se donne pour mission de faire vivre et aimer la culture.
La création de Cultura repose sur une vision de la culture, accessible et contributive. Nous avons ainsi considéré depuis toujours notre responsabilité sociétale, et par conviction, développé les pratiques durables et sociales. C’est maintenant au sein de notre stratégie de création de valeur et en accord avec les Objectifs de Développement Durable que nous déployons nos actions. Nous traitons avec lucidité l’impact de nos activités, avec une vision de long terme. Mais agir en responsabilité implique d’aller bien plus loin, en contribuant positivement à trois grands enjeux de développement durable.
Nos enjeux environnementaux
Nous sommes résolument engagés dans la réduction de notre empreinte carbone, pour prendre notre part dans la lutte contre le réchauffement climatique et la préservation de la planète.
Nos enjeux culturels et sociétaux
La mission de Cultura est de faire vivre et aimer la culture. Pour cela, nous souhaitons stimuler la diversité des pratiques culturelles, sources d’éveil et d’émancipation.
Nos enjeux sociaux
Nous accordons une attention particulière au bien-être de nos collaborateurs à la diversité, l’inclusion et l’égalité des chances, mais aussi à leur épanouissement, en encourageant l’expression des talents artistiques.
Votre vote
Sous les arbres
Après lecture des quatre tomes, je trouve que cette série est une belle réussite. Destinée à un jeune lectorat, elle propose quatre histoires, chacune ancrée dans une saison, chacune se centrant sur un personnage différent, chacune proposant un récit à la fois amusant et incitant à la réflexion. - Avec L'automne de Monsieur Grumpf, les enfants découvrirons un vieux monsieur bougon mais toujours prêt à aider les autres, quitte à se négliger lui-même. - Avec Le Frisson de l'hiver sont abordés les émois amoureux et le fait que faire montre d’autodérision vaut parfois mieux que de s’enfermer dans une fierté mal placée (surtout si on est maladroit) - Avec Un Chouette été, c’est la cohabitation entre vieux et jeunes qui est abordée autour d’un étang. - Avec Le Premier Printemps, enfin, Dab nous livre une véritable perle à plusieurs niveaux de lecture, qui parle de rhume des foins, de l’amour d’un père pour son enfant… et de deuil. Le dessin, fortement influencé par le style Disney, plaira à coup sûr aux jeunes lecteurs. Le format court et à l'Italienne devrait lui aussi les séduire. Tous les récits sont agréables à lire. Les adultes mis en scène ont beau avoir des profils assez proches (souvent râleurs ou bougon, ils ont tous bon cœur… l’auteur se serait-il projeté dans ses personnages ?) les récits sont bien diversifiés. L’humour de situation fonctionne bien, en règle générale et chaque récit propose une piste de réflexion sur un sujet plus profond (sentiment amoureux, tolérance, deuil). Le Premier Printemps m’a spécialement marqué par ses multiples niveaux de lecture qui font qu’un enfant le lira différemment selon qu’il aura 5, 7 ou 9 ans (ce qui pour moi est la marque d’un grand récit jeunesse). Une belle réussite, donc.
Le Père Goriot d'Honoré de Balzac
Je trouve cette adaptation du Père Goriot de Balzac vraiment très réussie. J'ai lu le roman dans mes années lycée à une époque où cela aurait été presqu'un crime de lèse-majesté que de toucher ainsi une si grande oeuvre. Les temps ont changé heureusement. Le défi pour les auteurs, c'est d'être au niveau. Ils ont brillamment réussi. Que ce soit Lamy et Thirault pour le scénario ou Duhamel pour le dessin, c'est du A+++. Le scénario est bien sûr cadré par l'oeuvre originale mais il reprend à merveille l'esprit de la Comédie Humaine. Le découpage, la mise en scène, la montée de la dramaturgie, le mystère de Vautrin, tout concourt à la capture du lecteur. Un gros bravo au choix des dialogues à la fois accessibles mais délicieusement colorés de la langue du XIXème siècle. Je finis par le super qui est le dessin de Duhamel. Je suis public conquis tellement je suis fan. Ici encore c'est un régal. La pension Vauquer, les extérieurs, les salons et surtout les costumes, bijoux ou porcelaines. Quelle documentation et quel travail. Un travail colossal comme savait en produire le grand écrivain. Quelle superbe lecture.
Les Étoiles s'éteignent à l'aube
Une bd adaptée d'un roman de Richard Wagamese, auteur Amérindien Canadien. Vincent Turhan nous relate une histoire familiale prenante, une plongée au cœur des montagnes de Colombie Britannique, un décor grandiose où l’immensité du pays se ressent à la lecture de cette aventure. Un père appelle son fils pour faire un dernier voyage avant de mourir, ils partent ensemble pour partager ces derniers instants. Le père va dévoiler son histoire à son fils, une histoire où il explique comment l'alcool a détruit leur famille, une repentance trop tardive pour son fils mais le besoin de connaitre ses origines l'emporte. L'auteur dénonce les difficultés des sang mêlés pour s'intégrer dans une société où ils sont rejetés, les ravages de l'alcool et les violences faites aux femmes. Le dessin avec les flous et les tons pastels rendent avec justesse l'ambiance de ce dernier voyage et l'immensité des paysages traversés. L'auteur alterne avec des passages sans parole pour donner de l'importance à certains moments d'un voyage sans retour. Une lecture pleine d'émotions.
Wafwaf & Captain Miaou
B-gnet est un auteur que j’aime bien. Sa production est inégale, mais il m’a très rarement déçu. J’apprécie tout particulièrement sa capacité à partir dans de bons délires loufoques, absurdes. Et je craignais un peu que sa production « jeunesse », « expurgée » de cet aspect, ne soit insipide. Eh bien, si bien sûr il n’y a pas dans ces deux albums l’absurde plus ou moins jusqu’au-boutiste de certaines de ses œuvres, je dois dire qu’il ne s’est pas moqué de ses jeunes lecteurs. En effet, les histoires – découpées en cours chapitres, se laissent lire agréablement, et on a là un bon mixe d’aventure et d’humour. C’est rythmé, souvent amusant. J’aurais mis trois étoiles, mais en tenant compte du public ciblé, je suis plus généreux. C’est en effet une lecture fluide (dessin et scénario simples), un bon millésime de la collection BD Kids dans laquelle j’ai lu les albums. Note réelle 3,5/5.
La Bibliomule de Cordoue
Lupano est un auteur prolifique, très éclectique, et il réussit là à nous présenter une histoire des plus sympathiques. Le dessin de Chemineau, au trait semi réaliste, un peu dans le genre de Mathieu Bonhomme, est très fluide et efficace. Parfaitement adapté à ce genre de récit en tout cas. Il faut dire que l’histoire est agréable à suivre, autour de ce quatuor mal assorti, improbable – mention spéciale pour la mule récalcitrante, source d’énervements pour les trois autres, et de gags pour le lecteur. Histoire agréable donc, mais un peu linéaire (le groupe fuit Cordoue pour mettre à l’abri d’un autodafé une centaine de livres rares de l’ancienne bibliothèque du calife), le tout ponctué de quelques moments savoureux. Mais Lupano a eu l’intelligence de dynamiser son récit, de lui donner une consistance supplémentaire, en plantant très bien le décor (période de transition, à la fin de l’apogée du califat), et en nourrissant l’intrigue de nombreuses connaissances bibliophiliques et scientifiques. Surtout en développant en filigrane la réflexion sur l’importance de la culture, du livre. Et le dossier final est très précis, complet, instructif – que ce soit pour l’histoire du califat omeyyade de Cordoue, mais aussi des autodafés dans l’Histoire. Une lecture agréable et intelligente. Et recommandée. D’autant plus que Dargaud a fait du beau travail, avec un marque page, une tranche colorée, etc.
Les Mondes de Thorgal - La jeunesse de Thorgal
Les albums qui repartent dans la jeunesse des héros sont toujours confrontés à la difficulté de l'inné et de l'acquis. Si Thorgal possède déjà toutes ses qualités et dons dès ses 10/15 ans, cela devient un héros inaccessible dont on peut se détacher assez vite. Au contraire si ses difficultés d'enfance lui permettent de se construire, il nous devient plus proche et notre empathie augmente. Mais alors comment lui faire vivre des aventures extraordinaires ? Dans Kriss de Valnor, les premiers épisodes privilégient clairement les acquisitions via les difficultés. Ici c'est moins évident avec les Soeurs Minkelsönn. Yann revient ensuite à des épisodes plus Viking donc plus humains seuls les deux épisodes de Slive permettent de balayer les horizons futurs de Thorgal. L'exercice n'est pas facile de nous présenter un jeune Thorgal ayant des aventures plus palpitantes que celles de la série mère car cela produit une inversion malvenue. Comme si le fils tuait le père, ce père étant lui-même. Yann s'en tire pas mal, il nous propose des scénarii captivants et la présence d'Aaricia encore jeune fille nous ramène toujours à un pré-Thorgal. De plus je trouve les dessins de Surzhenko vraiment top. Son style passe immédiatement sans me choquer par rapport à Rosinski. Surzhenko effectue un gros travail sur les éclairages des endroits sombres qui sont légions : grottes, prisons, cabanes la nuit. Cela permet de magnifier les visages et leurs expressions de façon remarquable. Contrairement à Kriss, les allers-retours sur la série mère sont assez rares et la série de la Jeunesse est presque autonome. C'est à la fois un avantage et un danger. Une série bien agréable qui ne nuit pas à la qualité de la série mère.
Murena
Construite comme une grande saga se déroulant à l’époque de l’empereur Néron, Murena est un exemple du genre. Le nombre de tomes de la série permettent à ses auteurs de développer la prise du pouvoir puis le règne de l’empereur en évitant les raccourcis et les simplifications habituelles. Le mélange fiction/histoire est réussi, on s’y retrouve très bien et les notes en fin d’album apportent des précisions intéressantes. Les dialogues sont bons et les citations enrichissent le texte. Je me méfie toujours un peu de Dufaux et de son lyrisme un peu lourd en général mais là, j’avoue, qu’il fait dans la sobriété. Bref, c’est une très bonne série historique et dramatique, classique mais réussie. Du côté du dessin, c’est très bon aussi. Le graphisme évolue au fil des albums, il s’affine et nous régale des détails des lieux de pouvoir comme des lieux du quotidien Romains : la cloaca maxima, les latrines publiques, les quartiers et leurs échoppes, etc… qui font toute la richesse de ces albums. Les couleurs douces sont vraiment agréables à l’œil qui glisse tranquillement d’une page à l’autre tant l’ensemble est fluide. Le héros, Lucius Murena continue de développer son personnage dans le second cycle en contrepoint de Néron qui sombre dans la paranoïa et la folie alors que, dans le premier, les auteurs lui avaient laissé une part d’humanité… enfin, une humanité replacée dans le contexte de l’époque.
Piments zoizos
Dans les années 1962 à 1984, l'Etat français a opéré une vaste opération de transplantation d'enfants de la Réunion vers la Métropole. En effet à cause de la surpopulation les risques de misère massive étaient importants, et l'idée était au départ de proposer à des jeunes en âge de travailler de trouver une situation dans l'Hexagone. Mais très vite l'opération s'est étendue à des enfants, dont les parents ont accepté, souvent à contrecoeur, l'abandon. La plupart ont même vu leur identité être modifiée afin de les couper totalement de leurs racines... Plus de 2 000 mineurs ont ainsi vu leur vie basculer... C'est leur histoire que Téhem, qui a grandi à la Réunion, a choisi de raconter, au travers de celle de Jean et sa soeur Didi, séparés très jeunes et envoyés dans institutions puis des familles distinctes, avec peu de chances de se retrouver... Leur histoire n'est pas authentique, mais plutôt inspirée de plusieurs récits et témoignages, qui sont sortis depuis plusieurs années. C'est à la fois l'histoire d'une quête de sa famille (avec l'aide d'un employé de la Préfecture de la Réunion), et celle de sa voie dans la vie. Une histoire en creux de la Vème République, qui au nom d'impératifs économiques, a totalement bafoué, pour ne pas dire plus, les droits fondamentaux et les intérêts des enfants déplacés... L'expression d'"Enfants de la Creuse" est d'ailleurs abusive, les mineurs réunionnais ayant été dispersés dans 83 départements au cours de ces deux décennies noires... Certains ont d'ailleurs l'âge d'être grands-parents à l'heure actuelle, alors que l'Etat français n'a toujours pas accédé aux demandes incessantes (depuis 20 ans) de réparations morales et de reconnaissance de diverses associations. Et un certain nombre de pratiques actuelles inhérentes à l'ASE (aide sociale à l'enfance) sont l'héritage direct de cette époque... Pour en revenir à l'album de Téhem, il est très bien construit, on voit à la fois l'attitude arrogante des bureaucrates du Ministère Debré, le paternalisme criminel de certaines autorités ou dirigeants d'institution, un mépris généralisé de familles entières dont la souffrance a perturbé toute la vie... Le style "rond" du dessinateur n'empêche pas la force du propos, grâce à une expressivité optimale. Le passage d'une époque à l'autre, d'une trame narrative à l'autre, est personnalisée grâce à des ambiances chromatiques différenciées. Sur le plan documentaire les séquences sont séparées par des petits textes écrits par Gilles Gauvin, enseignant et chercheur qui a écrit plusieurs ouvrages sur le sujet. En fin d'album quelques conseils pour retrouver les traces de sa famille lorsqu'on est dans la situation décrite dans l'album sont données. Sobre et poignant, cet album est essentiel.
Moon
Pomès livre ici une chronique adolescente habile et touchante. Dans ce récit, nous suivons une année de vie d'adolescents d'une station balnéaire marquée par deux événements majeurs : le premier récurrent avec la fin de la saison touristique et la rentrée scolaire qui l'accompagne, et le second, la perte de l'antenne relais qui prive nos jeunes protagonistes de tout liens numériques. J'ai trouvé la narration habilement menée, avec des partis pris que l'on peut discuter, mais qui ne rendent pas le récit, ni ennuyeux, ni maladroit. Ces partis pris sont pour moi le choix d'une première partie qui nous fait connaître nos adolescents dans leurs quotidiens, leurs habitudes et leurs contextes de vies personnelles et familiales. Certains sujets sont abordés sans forcément devenir le cœur de l'histoire : les pièges des réseaux sociaux, du partage par forcément consenti d'images personnelles, de la violence dans un foyer, de l'importance du physique entre adolescents, ... Tout cela nous aide à cerner chacun des personnages, sans pour autant s'appesantir sur l'évident et risquer de rentrer dans les poncifs. Pomès aborde ces thèmes en nous montrant tour à tour les adolescents bienveillants, parfois cruels mais pas forcément méchants. Je rejoins pol, peut-être qu'on aurait aimé les voir un peu plus longtemps désœuvrés face à la perte de leurs portables, mais à part à gagner en situations de narration, à jubiler de leurs impuissances face à leurs addictions numériques, je ne suis finalement pas sûr que le propos aurait été plus fort. Tout y est efficacement. Graphiquement, certaines planches sont sublimes, d'autres peuvent sembler déroutantes dans le traitement des personnages. L'ensemble est cependant joliment traité, avec des cadrages habiles. Malgré un choix graphique fort, tout est lisible avec une belle mise en couleur.
Sarane
Je trouve les avis émis sur ce petit ouvrage de Lax très sévères. Personnellement je trouve ce roman vraiment digne d'intérêt. Tout d'abord j'aime le dessin même si dans les premières pages c'est un peu baroque et chargé, et que Lax nous entraine dans des voies un peu déroutantes. J'aime ce trait fin, ses visages burinés et interrogatifs ainsi que ses personnages de madame/monsieur tout-le-monde qui cachent des trésors d'aventures et de vécus dans une mémoire aléatoire. Lax nous invite à une réflexion sur la mémoire mais je préfère m'attacher à la liberté de Sarane. Comme toute vie, les choix de Sarane se font au gré de ses rencontres. Sarane me fait un peu penser au personnage de Phèdre. Sa première rencontre avec Raphael est conventionnelle mais étouffante. Sa soif de liberté la mène vers Khegh, l'autre et l'ennemi, un amour qu'elle sait socialement condamné par la société de cette époque. Mais cet amour lui permet de vivre vraiment en harmonie avec son corps et ce désert magnifique qui l'entoure. Enfin la rencontre de l'aviateur, celle du devoir d'humanité qu'elle ne peut étouffer au risque de tout détruire. Sur le sujet de l'Aéropostale, Lax nous en dit plus en quelques planches que le pauvre Air Mail de Micheluzzi en plusieurs albums. Lax nous transporte dans ce majestueux Sahara qu'il peint admirablement bien avec ses ocres, ses jaunes et ses éclairages. La fin garde son mystère comme Sarane et reste ouverte pour une vraie belle histoire d'amour.