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Couverture de la série La Fille dans l'écran
La Fille dans l'écran

C’est par cet album que j’ai découvert le travail de Lou Lubie (et aussi celui de Manon Desveaux mais il me semble que c’est son seul titre paru), même si je lui préfère ses autres œuvres La fille dans l’écran reste une bouffée d’air frais. Je viens de le relire et c’est toujours aussi bon que dans mon souvenir. Pourtant les histoires d’amour en bd c’est pas trop mon dada, qui plus est quand c’est entre deux personnes du même sexe. Mais là je sais pas, je trouve l’histoire et la réalisation bien au dessus de tout ça, j’ai bien des petites critiques mais je suis emporté à chaque fois. Il y a franchement un truc, les auteures ont réussi un beau numéro d’équilibriste avec ce travail à 4 mains. Je trouve qu’on est pas très loin de l’oubapo d’ailleurs, chaque auteure s’attache à un personnage. Si elles possèdent un trait un peu similaire et très lisible, on reconnaît de suite leur partie respective. Le vis-à-vis des planches fonctionnent plutôt pas mal, tout comme la rencontre où les 2 parties n’en font plus qu’une. Graphiquement, on peut pardonner quelques imprécisions (ou dessin moins travaillé) tant c’est homogène et d’une fluidité à tout épreuve. Après l’histoire … bah c’est une histoire d’amour mais avant tout une belle rencontre, nos héroïnes sont attachantes et touchantes dans leurs vies d’adulte. C’est bluet mais on n’y croit (ou envie d’y croire), les émotions sont bien retranscrites comme leurs questionnements. La narration est franchement réussie sur ce point, 2 auteures / 2 histoires parallèles / 1 rencontre. On peut reprocher des facilités, raccourcis ou oublis, mais je trouve ça finalement finement écrit pour un sujet, une idée et réalisation aussi casse gueule. Le making-of final est excellent et finit d’entériner l’excellent ressenti. Une chouette collaboration pour un album remarquable, bravo.

22/05/2024 (modifier)
Par Présence
Note: 4/5
Couverture de la série MPH
MPH

Le capitalisme à toute berzingue - Ce tome contient une histoire complète et indépendante de toute autre. Elle se compose des 5 épisodes, initialement parus en 2014/2015, écrits par Mark Millar, dessinés et encrés par Duncan Fegredo, avec une mise en couleurs et un encrage de Peter Doherty. Le récit commence en 1984, avec une course éperdue en vue subjective pendant 2 pages, les pensées intérieures du personnage (un certain monsieur Springfield) indiquant qu'il n'arrive pas à stopper sa course. Il finit par être arrêté par la police. En 2014, Roscoe Rodriguez travaille comme coursier pour un dealer local qui prône les vertus de la pensée positive (en particulier réaliser un poster sur lequel on colle des images de ses rêves, la voiture de ses rêves par exemple). Lors d'une livraison de coke, il se fait serrer car quelqu'un a vendu la mèche. Il se tient à carreau en prison ayant calculé qu'avec les différents types de remise de peine il en sortira dans 5 ans. Mais il finit par céder à la tentation de faciliter son séjour en prenant des psychotropes, des pilules dans un flacon marqué MPH. Les effets sont énormes. En cette première moitié des années 2010, Mark Millar revient en force aux comics avec des projets pour la plupart assez courts, illustrés par des dessinateurs de renom : Dave Gibbons pour The Secret Service: Kingsman, Goran Parlov pour Starlight, Frank Quitely pour Jupiter's legacy, Sean Murphy pour Chrononauts. Duncan Fegredo s'inscrit dans cette liste prestigieuse, où il a pleinement sa place, voir Hellboy: Darkness Calls ou encore Hellboy: The Midnight Circus. Le premier épisode est exceptionnel (comme il est de coutume dans les récits récents de Millar). Les 3 premières pages permettent d'établir la nature du superpouvoir en vue subjective irrésistible. La présentation de Roscoe Rodriguez le rend immédiatement sympathique en tant jeune homme bosseur, avec des rêves d'avenir normaux. Il devient encore plus sympathique en prison, alors qu'il conserve son sourire, son optimisme et ses rêves d'avenir. Duncan Fegredo réalise des dessins détaillés qui ne semblent jamais surchargés. Il rend compte avec habileté de la vitesse du coureur avec des lignes fuite. Les policiers qui interviennent disposent de tenues réalistes, avec un encrage un peu appuyé pour leur conférer plus de sérieux. Les endroits disposent tous de spécificités les rendant uniques. La mise en scène évite l'effet "tête parlante", en élargissant le cadre de la prise de vue, en montrant l'environnement et les gestes des interlocuteurs. Les acteurs ont des physiques normaux, mais une prestance qui permet de les identifier au premier regard, et qui révèle des détails sur leur personnalité. C'est donc entièrement conquis que le lecteur entame le deuxième épisode. le principe du récit est simple : Roscoe et 3 de ses copains utilisent un petit stock de pilules MPH pour s'éclater, c'est-à-dire se servir dans la caisse, investir des résidences secondaires dont les propriétaires sont absents, et faire les pitres avec leurs nouvelles capacités. Mark Millar écrit un récit au rythme rapide, débouchant sur une résolution satisfaisante. Il étoffe petit à petit la personnalité de Roscoe, moins celle des autres personnages. Il augmente progressivement le niveau spectaculaire des utilisations des superpouvoirs, de la course très rapide jusqu'à la possibilité de courir sur des parois verticales. Duncan Fegredo est vraiment très à l'aise pour donner à voir à la fois l'environnement ordinaire de Roscoe (sans en rajouter dans le misérabilisme), et dans la manifestation des capacités extraordinaires. le lecteur peut ainsi avoir l'impression d'être aux côtés de Roscoe en prison, ou sur le pas de la porte d'un minable pavillon de banlieue. Il se sent pris d'une envie irrépressible de visiter les somptueuses villas dans lesquelles squattent Roscoe et sa clique. Fegredo et Millar jouent avec cette capacité de courir vite. En fait le scénariste explique qu'il s'agit avant tout d'une modification de la perception du temps qui permet à Roscoe de se déplacer comme si le temps ne s'écoulait plus. Ce n'est donc pas tant qu'il va plus vite, mais plutôt qu'il se déplace en marchant ou en courant, alors que tout le reste du monde est ralenti à l'extrême. Cela permet à Fegredo de représenter soit en vue subjective (Roscoe se déplaçant au milieu d'individus et d'objets figés), soit en temps réel (Roscoe semblant apparaître et disparaître comme par enchantement). Le lecteur prend grand plaisir à voir Roscoe découvrir graduellement ce qu'il peut faire avec cette capacité, et satisfaire ses envies matérielles. le récit monte en puissance, les recherches se rapprochent de cette clique, les dissensions internes commencent à apparaître, et Millar a sous le coude quelques retournements de situation bien sentis. Un récit rapide, avec une narration visuelle adulte et sophistiquée. Pourtant en refermant le récit, le lecteur a l'impression d'avoir été embobiné par un expert en duplicité. Les dessins participent d'une approche très naturaliste rendant plausibles et naturelles les actions extraordinaires de Roscoe. À bien y regarder, le lecteur de comics se dit que Mark Millar a écrit son histoire de Flash (le superhéros avec une super vitesse de DC). Cela devient criant quand les capacités de Roscoe augmentent et lui permettent de marcher sur l'eau, ou même sur les gouttes d'eau, et sur les façades d'immeuble. La modification d'écoulement du temps n'explique en rien ces capacités de plus en plus merveilleuses. Cette impression rémanente de supercherie augmente encore en contemplant les dessins très concrets de Duncan Fegredo. Il met en scène avec talent ces individus en train de courir à toute vitesse. À nouveau le flou persiste entre une augmentation des capacités physiques du personnage principal, ou des modalités de perception du temps différentes. Quoi qu'il en soit, il devient vite évident qu'il dispose de superpouvoirs équivalent à ceux de Flash, avec les mêmes problèmes. En particulier l'augmentation de la vitesse devrait s'accompagner d'une augmentation de la friction, de l'échauffement, c'est-à-dire que les semelles de ses chaussures ne devraient pas résister longtemps, sans parler de l'impact de l'air sur la peau. D'un autre côté, l'acquisition de ces superpouvoirs est clairement annoncée sur la couverture, et le lecteur sait d'avance qu'il a accepté de suspendre volontairement son incrédulité sur ce point. Néanmoins Millar continue de tirer encore sur la corde quand il montre que cette capacité de vitesse ou d'écoulement du temps augmente l'intelligence de celui qui prend du MPH. Roscoe devient ainsi capable de hacker tous les comptes de son ancien employeur (sans pourtant disposer de compétences particulières), ou encore d'apprendre à jouer du piano tout seul. Une fois avalée ces licences romanesques supplémentaires, le lecteur considère à nouveau le récit que lui a servi Mark Millar : très bien raconté, très accrocheur, très agréable. Comme à son habitude, le scénariste sait insérer des ingrédients vendeurs, comme le petit jeune plein d'entrain mais né dans une position sociale défavorisée (comme Gary London dans Secret Service), les petits criminels cools qui se la pètent, les belles bagnoles (une Corvette Stingray), les signes extérieurs de richesse (les belles villas), etc. Comme à son habitude, Millar ajoute une pincée de références culturelles (des personnages qui lisent Karl Marx et Friedrich Engels, sans aucune conséquence apparente), et un personnage qui s'appelle Henri Troyat (comme l'académicien français, auteur d'une centaine de romans dont La lumière des justes : Les compagnons du coquelicot; La Gloire des vaincus; Les Dames de Sibérie; Sophie ou la fin des combats). S'agit-il d'une coïncidence improbable, ou d'un nom pioché au pif parmi les académiciens ? En tout cas difficile d'imaginer qui pourra repérer cette référence franco-française. Pour une fois, Millar évoquent les français de manière positive (par opposition à la première saison des Ultimates avec Bryan Hitch), sans se tromper sur les dates de François Mitterand à la présidence. Comme à son habitude, le récit de Millar véhicule une idéologie conformiste, masquée sous des dehors de rébellion. Certes les personnages finissent par redistribuer une partie de l'argent qu'ils ont volé comme des Robin des bois des temps modernes. Mais finalement Roscoe et les autres s'attachent surtout à posséder (avec vol qualifié) des biens matériels les plus onéreux possibles, en utilisant leurs pouvoirs extraordinaires. Puis vers la fin du récit, les gagnants sont ceux qui réintègrent le système capitaliste et qui y réussissent. Parmi la lente évolution des valeurs de Mark Millar, le lecteur peut repérer que l'éducation devient une valeur montante (ce qui est plutôt constructif), ainsi que la pensée positive. Mais à côté de ça, le scénariste continue de se reposer sur des clichés éculés comme le bon vieux pillage de banque pour récupérer des billets craquants. Avec un soupçon de recul, le lecteur se demande bien pourquoi Roscoe se fatigue à aller chercher des billets de banque pour remplir de gros sacs de sport, alors que dans le deuxième épisode il réussit à pirater les comptes d'un dealer avec une facilité épatante. Et puis reste-t-il tant de billets craquants dans les agences bancaires ? Il est impossible de détester MPH qui a de grandes qualités narratives visuelles, et écrites. Roscoe est un personnage à la normalité irrésistible, et aux rêves dans lesquels il est facile de se reconnaître. Duncan Fegredo réalise des pages impeccables, avec des séquences adultes dans le sens où son objectif premier est de raconter l'histoire avant tout, ce qui ne l'empêche pas de réaliser quelques cases mémorables. Il est impossible également de ne pas percevoir le côté conformiste de Mark Millar qui continue de présenter l'idéal capitaliste comme désirable, normal et prometteur.

22/05/2024 (modifier)
Par Présence
Note: 4/5
Couverture de la série Starlight (Millar)
Starlight (Millar)

La force de la volonté triomphe même de l'âge. - Ce tome regroupe les 6 épisodes de la minisérie, initialement parus en 2014, écrits par Mark Millar, dessinés et encrés par Goran Parlov, et mis en couleurs par Ive Svorcina. Il s'agit d'une histoire complète et indépendante de toute autre. Il y a 40 ans sur la planète Tantalus, la Reine Attala remercie Duke McQueen d'avoir sauvé le peuple du joug du méchant tyran Typhon. de nos jours sur Terre, Duke McQueen a 65 ans et Joanne son épouse vient de décéder. À son retour de Tantalus personne ne l'a cru. Ses enfants l'ont pris pour un mythomane. McQueen se retrouve seul, ses enfants le délaissant. Un soir de solitude, avec une pluie battante, il voir arriver un vaisseau spatial devant chez lui. Il en sort un jeune garçon qui s'appelle Krish Moor et qui lui explique qu'il est venu le chercher. En 2013/2014, Mark Millar lance 4 nouvelles séries avec des dessinateurs de premier plan : Fran Quitely pour Jupiter's legacy, Duncan Fegredo pour MPH, Dave Gibbons pour The secret service: Kingsman, et donc Goran Parlov pour Starlight. Le premier épisode est magistral de bout en bout. Mark Millar brode autour de Flash Gordon d'Alex Raymond pour l'histoire de cet américain bon teint qui a vécu des aventures extraordinaires sur une planète lointaine. Millar manie l'ellipse avec dextérité, laissant les images parler d'elles-mêmes. le lecteur peut alors pleinement apprécier le travail épatant réalisé par Goran Parlov. Il a un peu adouci son trait depuis son travail sur Punisher MAX et Fury MAX. Dès la première séquence (3 pages sur Tantalus), le lecteur se dit que Parlov s'est inspiré de Moebius (Jean Giraud). Cette impression naît d'abord du choix des couleurs, puis ensuite des formes choisies par Parlov. Son trait n'est pas aussi fin et gracieux que celui de Moebius, mais la filiation est bien là. Parlov dessine des décors plus fournis, et des visages plus marqués. Chaque image, chaque séquence est parfaite, expressive, présentant les faits avec élégance et efficacité. Parlov réussit à transcrire la bravoure et les décors romantiques de Flash Gordon, en quelques cases, réalisant des images archétypales réveillant les souvenirs du lecteur, ou ouvrant son imagination sur des mondes exotiques, et des hauts faits spectaculaires. le lecteur termine ce premier épisode charmé par cette narration en état de grâce. Krish Moor est donc venu chercher Duke McQueen pour le ramener sur Tantalus parce qu'un nouveau tyran Kingfisher y sévit. le lecteur suit donc cet homme de 65 ans plongé dans des aventures pour lesquelles il a dépassé l'âge. Au départ, Mark Millar joue le jeu et le montre rater une ou deux interventions physiques du fait d'une forme défaillante. Mais au fil des épisodes, McQueen redevient plus fort, retrouvant une forme d'un homme de 20 ou 25 ans entretenant régulièrement sa forme physique. Il évite les tirs de pistolet laser avec adresse et souplesse. Il triomphe d'un monstre aquatique sans effort apparent. le seigneur Kingfisher dirige une armée venue pour soumettre le peuple de Tantalus par la force. Il se montre d'une cruauté systématique, plus qu'il n'est nécessaire pour inspirer la peur au peuple soumis, un peu caricaturale. Il est vraiment très méchant sous son masque. Malgré ce retour à un schéma narratif plus classique, la lecture reste de bon niveau car Goran Parlov maintient une narration graphique exemplaire. La filiation avec Moebius perdure sans qu'il ne s'agisse de plagiat, avec des moments magiques. Si le scénario prête une forme physique étonnante à McQueen, Parlov sait donner des expressions de visage à McQueen qui correspondent à son âge, à sa situation de protecteur de Krish Moor, à sa position de symbole de la rébellion. La narration visuelle fait preuve d'une grande habilité, permettant à Millar de se reposer sur les images. Ainsi quand McQueen pilote le vaisseau de Krish Moor, Parlov réalise un plan fixe sur le poste de pilotage. Il lui suffit d'incliner l'assise du vaisseau pour montrer que McQueen a besoin d'une mise à niveau de ses compétences. Parlov utilise des cases rectangulaires, avec souvent des cases de la largeur de la page, ce qui donne au lecteur une sensation de grand spectacle. Il utilise toute la largeur de ces cases pour répartir l'information visuelle, proscrivant les cases sans décor avec juste une tête au milieu en train de parler. Goran Parlov a conçu une civilisation extraterrestre, avec une grande cohérence dans l'architecture, les vêtements, et les vaisseaux (il ne s'agit pas d'un assemblage disparate au gré de sa fantaisie). Il sait insérer des clins d’œil visuels discrets, par exemple la posture de Tilda à la dernière page de l'épisode 3 qui rappelle celle de Han Solo lors de sa première apparition. Les scènes d'action bénéficient d'une chorégraphie simple avec une prise de vue mettant en évidence la logique de déplacements des individus. Au fil des épisodes, Parlov ne peut faire autrement que de suivre le scénario de Millar, et de mettre en images une aventure qui glisse progressivement vers le moule classique du héros qui triomphe de tous les périls, avec des scènes de bravoure à couper le souffle, et d'une habilité surnaturelle au maniement des armes de tir (couper une carde à plusieurs dizaines de mètres de distance). Ces séquences dégagent le panache attendu. Néanmoins elles montrent aussi que le récit retrouve le schéma classique du héros triomphant par la force, de l'individu rétablissant à lui tout seul la liberté d'un peuple, de l'américain blanc instaurant les valeurs de courage et de ténacité, la volonté permettant de triompher de tout (et même de s'affranchir des limites physiques venant avec l'âge). Millar délivre un récit conformiste, et manipule le lecteur pour que dans le dernier épisode il ait oublié la particularité de Duke McQueen (pourtant bien établie dans le premier épisode) : son âge (il refume même le cigare dans le dernier épisode). Au final il reste un récit divertissant, magnifique du point de vue de la narration visuelle, tout public.

22/05/2024 (modifier)
Couverture de la série Chair à canon
Chair à canon

Un album étonnant, plein de grossièretés, qui montre un quartier délaissé, dans lequel vivent des déclassés, pas mal de « cas sociaux » et autres personnages éloignés des cadres de la société. Drogue, vulgarité (des situations et surtout du langage !), il y a un côté trash amusant (en particulier lorsque la mère célibataire abreuve ses mioches de mots orduriers, en fumant, et en les laissant seuls – ils sont très jeunes ! – au milieu de la mouise. Il n’y a pas réellement de message politique, de critique de la société – dont les spécimens exhibés ici sont franchement peu glorieux. Mais Aroha Travé ne nous montre que les bas-fonds de la société (y compris le curé pédocriminel). De l’humour bien crasseux, mais pas que. Tout le passage où la mère avec une copine cherche à graffer un message sur la bagnole de son ex pour lui faire payer des allocs, dans un esprit lose extrême, est assez jouissif. L’album se finit un peu en eau de boudin, sans réelle conclusion, comme si l’auteur voulait souligner qu’il ne nous montre que des tranches de vie, sans message. Mais j’aurais bien voulu qu’il termine son album par quelque chose de plus clair (avec noirceur bien sûr). C’est en tout cas une lecture plaisante, franchement irrévérencieuse, et quelque peu défouloir. Note réelle 3,5/5.

22/05/2024 (modifier)
Par Présence
Note: 4/5
Couverture de la série Kingsman - Services secrets
Kingsman - Services secrets

Dense, rapide, divertissant et conformiste - Ce tome comprend les 6 épisodes de la minisérie, initialement parus en 2012. Il s'agit d'une histoire complète en 1 tome, indépendante de toute autre. Elle est écrite par Mark Millar, assisté de Matthew Vaughn (le réalisateur de Kick Ass et X-Men : le commencement) pour l'intrigue. Les dessins ont été réalisés par Dave Gibbons (le dessinateur de Watchmen d'Alan Moore, et "Martha Washington" de Frank Miller). Gibbons a encré le premier épisode, les épisodes 2 à 6 sont encrés par Andy Lanning. La mise en couleurs est assurée par Angus Mckie. À Zermatt en Suisse, un commando d'une demi-douzaine d'hommes armés est en train d'enlever Mark Hamill (l'acteur qui interpréta Luke Skywalker). Leur opération est interrompue et compromise par Bimbo, un espion au service secret de sa majesté. Il prend Hamill en charge et ils fuient sur une motoneige. À Peckham (un quartier du sud de Londres), Gary London (un jeune adulte) sort de l'appartement qu'il occupe avec Sharon sa mère et Ryan son petit frère. le logement est payé par Dean, un individu brutal sans éducation qui trouve drôle de faire rouler un cône à Ryan qui a moins de 10 ans, devant ses potes. Gary rejoint ses copains, vole une voiture et ils se payent une virée dans les rues de Londres, bientôt suivis par une voiture de police. Dans une restaurant de luxe, Jack London (l'oncle de Gary, un agent secret) apprend de Sir Giles (haut fonctionnaire du MI6) le décès d'un autre agent et la nature de sa prochaine mission. Avant même de découvrir cette histoire, le lecteur a conscience qu'il s'agit d'un produit prêt à servir de base à un film, ce qui est le cas. Avec cette idée en tête, il est difficile de lire ce récit, sans rechercher et identifier les éléments qui ont été inclus dans le but affiché de servir d'arguments de vente pour un réalisateur (Matthew Vaughn lui-même). Néanmoins, dans la mesure où Mark Millar est un vrai scénariste, le lecteur bénéficie d'un vrai comics, plus que d'un synopsis. Première séquence, première impression : il s'agit d'une scène de pré-générique d'un film de James Bond, avec un gros clin d'oeil aux passionnés de culture populaire, grâce à la présence de Mark Hamill. Deuxième séquence : c'est bien Mark Millar qui est aux commandes, immédiatement reconnaissable par son humour provocateur et trash. Ça commence avec cet enfant qui roule un pétard devant des adultes bas du front et hilares. Ça continue avec Sir Giles qui se plaint des restrictions budgétaires qui l'obligent à justifier ses notes de frais dans des grands restaurants. Millar pointent du doigt les prolétaires ignares et irresponsables, et juste après les privilégiés se gavant. le début du deuxième épisode combine la recherche de scènes à fort potentiel cinématographique avec une provocation gratuite et adolescente : une scène de mariage de groupe qui finit en bain de sang. Dave Gibbons effectue un travail rigoureux. Il a conservé cette approche descriptive qu'il utilisait déjà dans Watchmen, sans que ses dessins n'en deviennent encombrés. Il réalise toujours un découpage de planche qui repose sur des cases rectangulaires, mais sans s'astreindre à la matrice de 9 cases par page de Watchmen. Tout au long de ces épisodes, le lecteur apprécie le juste dosage entre cases dépourvues d'arrière plan, et cases où le décor est représenté. En fait, il faut faire un effort pour se rendre compte que certaines cases ne disposent pas de décor, Gibbons les gérant avec intelligence et parcimonie. Chaque séquence se déroule dans un lieu décrit dans le détail, avec des spécificités qui le rendent unique. De la même manière, Gibbons a conçu une apparence physique spécifique pour chaque personnage, ce qui permet de les identifier du premier coup d'oeil. Là encore, le réalisme prime, avec des morphologies diverses et variées, et un soupçon de multiculturalisme, même si les blancs prédominent largement (ce qui est en cohérence avec le scénario). Les contours des personnages ou des éléments de décors donnent une impression de légère rondeur et de simplification, mais lorsque le regard s'arrête sur une case ou un détail, il apparaît qu'il ne s'agit que d'une impression et que chaque élément visuel a bénéficié d'une savante composition. Tout au long du récit, le lecteur ne peut pas se défaire de la sensation que Millar et Vaughn le flattent à grands coups de clins d'oeil démagogiques. Chaque séquence comporte une ou plusieurs références à la culture geek. Il y a donc ce mélange de James Bond premier degré, avec une technologie bénéficiant d'une légère anticipation. Il y a ces virées avec les potes pas futés de quartier, ce petit jeune qui veut s'en sortir mais qui ne le sait pas, et qui bénéficie d'une chance inouïe grâce à son tonton qui est agent secret. Cette figure paternelle réussit à lever des poulettes avec plus d'aisance que le petit jeune qui peut voir son oncle dans le feu de l'action au lit, grâce à des lunettes high-tech. Il y a le jeune milliardaire qui évoque un croisement entre Bill Gates et Mark Zuckerberg (le créateur de Facebook). En même temps, le lecteur constate que les auteurs ne sont pas moqués de lui. Les pages sont bourrées à craquer d'information, d'action, et d'interaction entre les personnages, tout en restant facilement lisibles grâce aux dessins soupesés de Gibbons, et à des dialogues travaillés. L'intrigue principale recèle plusieurs surprises intelligentes. Les scènes d'action sont spectaculaires et innovantes, pas seulement décalquées sur les conventions d'un film de James Bond. Le récit n'est pas seulement calibré pour son coeur de cible, il est aussi écrit de manière fluide et rythmée. Certes certaines explications semblent un peu trop explicites ou didactiques, comme si les auteurs voulaient avoir l'absolue certitude de ne perdre personne, même pas leurs lecteurs un peu moins futés (comme les potes de Gary). Certes Gary révèle ses aptitudes inattendues au moment opportun, sans grande surprise. Certes aucun des clichés propres au film de James Bond n'est épargné au lecteur, mais ils ne servent pas de béquille au récit. Ils arrivent juste à point nommé et sont insérés pour respecter les conventions du genre, sans les questionner ou les déconstruire. Cette histoire constitue une lecture très agréable et très divertissante, réalisée par des professionnels maîtrisant leur art. Il persiste donc cette sensation de démagogie, plus amusante qu'irritante. Il finit également par émerger un constat plus inattendu. Millar s'assure régulièrement d'insérer également une situation choquante, à l'encontre des bonnes mœurs, ajoutant ainsi une dimension provocatrice. Pourtant, la morale de cette histoire est de nature réactionnaire. Millar et Vaughn ne font pas que se plier aux conventions du genre James Bond, ils les reproduisent avec respect. Alors que le lecteur supputait une forme de rébellion de la part de Gary London, il le voit rentrer dans le moule et prôner une intégration par la réussite qui surprend fortement par rapport à une mentalité geek, un peu en marge de la société normalisatrice. Malgré quelques moments chocs et iconoclastes, les auteurs racontent un récit très conformiste. Cette histoire constitue un divertissement alerte et intelligent, réalisé par des professionnels très compétents. le lecteur l'appréciera d'autant plus qu'il se prêtera au jeu d'identifier les éléments inclus pour mieux parler au cœur de cible, dans une démarche démagogique affichée, d'une franchise désarmante.

22/05/2024 (modifier)
Par Présence
Note: 4/5
Couverture de la série Wolverine - Old Man Logan
Wolverine - Old Man Logan

Western crépusculaire - Mark Millar revient une deuxième fois au personnage de Wolverine, après la course poursuite haletante de Ennemi d'état. Ce recueil comprend les épisodes 66 à 72 de la série mensuelle américaine, ainsi que le numéro spécial "Wolverine : giant size old man Logan". Nous sommes dans un futur proche dans lequel les supercriminels ont gagné. Ils ont éliminé les héros et ils se sont partagé les États-Unis qui ne sont plus qu'une vaste étendue post apocalyptique. Logan a subi un traumatisme à la suite duquel il a juré de ne plus jamais se servir de ses griffes. Au début du récit, il est un fermier marié avec 2 enfants et il n'arrive pas payer son loyer aux descendants de Bruce Banner. Clint Barton (ex-Hawkeye) vient lui proposer de convoyer un chargement vers la cote Est, à l'autre bout des États-Unis. Comme on peut s'y attendre, le voyage ne sera pas de tout repos et Logan sera confronté à quelques évidences inéluctables et à des situations intenables. D'un coté, ce scénario très linéaire renvoie à un western magistral de Clint Eastwood (Impitoyable) où un as de la gâchette s'est retiré de la violence au profit d'une vie modeste de fermier pauvre. Il renvoie également à un autre comics de Millar (Wanted) dans lequel les criminels ont éliminé les héros. Mais les ressemblances s'arrêtent là et Old Man Logan est un voyage semé d'embuches qui a sa propre identité. Logan et Barton croisent des versions déformées de l'univers Marvel (Spidergirl, Venom, Hulk, Antman, Daredevil, etc.) et ils voyagent à bord d'une version robuste de la Spidermobile. Millar nous sert un scénario dont le moteur est l'action, et elle est particulièrement efficace, sans être très originale. Millar et McNiven avaient déjà collaboré sur Civil War. Steve McNiven a eu tout le temps dont il avait besoin pour peaufiner ses illustrations et c'est un régal de finesse. Tous les visages sont travaillés, chacune des rides du visage de ce vieux Logan sont dessinées, chaque expression de colère ou de rage est crédible. Les décors sont assez fouillés pour avoir assez d'épaisseur et de caractéristiques, ce qui leur évite d'être trop génériques, même si McNiven fatigue un peu sur les décors dans le dernier quart du tome. Les scènes d'action sont percutantes et elles se distinguent du comics habituel par la grande quantité de sang qui gicle avec force dans toutes les directions. McNiven s'arrête juste avant de devenir gore. Old Man Logan est une histoire d'aventure et de rédemption qui repose sur des séquences d'action percutantes et sanglantes. Il s'agit d'un bon divertissement qui transporte les personnages habituels de l'univers Marvel dans un paysage post apocalyptique pour des affrontements sans pitié. Millar et McNiven terminent leur boucherie par un clin d’œil appuyé à Lone Wolf & Cub. Ils ont à nouveau collaboré ensemble pour Nemesis.

22/05/2024 (modifier)
Par Présence
Note: 4/5
Couverture de la série Batman - Dark Knight III
Batman - Dark Knight III

Du superhéros classique et de bonne foi - D'une certaine manière, ce tome fait suite à Batman: The Dark Knight Strikes Again (DK2, 2001/2002) réalisé par Frank Miller et Lynn Varley, mais il n'est pas indispensable de l'avoir lu avant. Il comprend les 9 épisodes de la minisérie, ainsi que les 9 mini-comics qui l'accompagnaient, initialement parus en 2015-2017, coécrits par Frank Miller & Brian Azzarello, dessinés par Andy Kubert, encrés par Klaus Janson, avec une mise en couleurs réalisée par Brad Anderson, pour les épisodes 1 à 9. Les mini-comics sont également coécrits par Miller & Azzarello, dessinés par Frank Miller (mini-comics 1, 4 & 5 encrés par lui-même, 6 à 9), encrés par Klaus Janson (m-c 1, 6, à 9), avec une mise en couleurs réalisée par Alex Sinclair (m-c 1, 3 à 9). le mini-comics 2 a été dessiné et encré par Eduardo Risso et mis en couleurs par Trish Mulvihill, et le 3 dessiné par John Romita junior, encré par Miller. Batman est mort, mais quelqu'un brise la vitrine souvenir contenant son costume dans la Batcave, et le dérobe. À Gotham, un jeune est en train de courir pour essayer d'échapper aux policiers. Alors qu'ils descendent de voiture pour le serrer, une silhouette avec une cape et un masque intervient. le préfet de police Ellen Yindel doit faire une déclaration devant à la presse. le maire a dépêché Bailey Travers pour la conseiller, une spécialiste en communication. Dans une jungle, un minotaure massif s'en prend à une peuplade indigène. Wonder Woman intervient, et se lance dans le corps à corps, alors qu'elle porte un nourrisson sur son dos. Après la victoire, elle lui donne la tétée. Elle arrive enfin à la cité des amazones, où elle confie son nourrisson Jonathan à l'une d'elle. Elle apprend que sa fille Lara n'est pas présente pour sa séance d'entraînement qui avait pourtant été programmée. Lara se trouve en Arctique, et elle pénètre dans la Forteresse de Solitude de son père où ce dernier est assis sur un bloc de glace, lui-même enrobé et figé dans une gangue de glace. Elle entend du bruit venant de plus loin à l'intérieur de la Forteresse. Il y a un message sur le verre de la bouteille abritant Kandor, un appel à l'aide. À Gotham, le préfet Ellen Yindel hésite à rallumer le Batsignal. Sur le toit du commissariat central, un agent vient la prévenir que Batman a été repéré et qu'il est poursuivi par des voitures de patrouille. Il s'en suit une course-poursuite impitoyable pour coincer ce Batman, qui qu'il soit. Mini-comics 1 - Atom (Ray Palmer) est en train d'essayer de fuir de gros lézards, plus gros que lui. Il finit par leur échapper, sortir du vivarium dans lequel il était et reprendre sa taille normale. Il consulte son téléphone et apprend que Batman est en détention. Il sort de cette pièce, et enfile sa blouse. Dans la pièce adjacente, il manque de marcher sur un individu de quelques centimètres de haut. Flottant à un mètre cinquante du sol, il découvre Lara, la fille de Superman & Wonder Woman, tenant contre elle la bouteille de Kandor. Elle est venue demander l'aide d'Atom. Bien évidemment, cette histoire s'inscrit dans la même réalité que Batman: The Dark Knight Returns (1986) de Frank Miller, Klaus Janson, et Lynn Varley. Lorsque sa parution est annoncée, le lecteur observe immédiatement que Frank Miller n'en est que le concepteur dans une mesure qui n'est pas clairement affichée : scénariste, mais pas forcément dialoguiste, et peut-être que Brian Azzarello l'a aidé dans l'histoire, soutenant ainsi Miller affaibli par la maladie. de même, ce n'est pas lui qui dessine les épisodes principaux. Ainsi considéré, le lecteur se dit qu'il va découvrir un ersatz de Dark Knight. Son impression est confortée par une démarche mercantile redoutable, à commencer par la multiplication des couvertures variantes, tellement nombreuses qu'elles sont rassemblées dans un tome à part Batman - Dark Knight III : Les couvertures. En outre, il existe un récit indépendant, ne se déroulant pas à la même époque que celui-ci, mais avant DKR : The Dark Knight Returns: The Last Crusade (2016, VO) par Frank Miller, Brian Azzarello, John Romita junior et Peter Steigerwald. Enfin, l'éditeur a gonflé le prix des numéros en les agrémentant de mini-comics, il est vrai dessinés par Miller lui-même. La découverte des premières pages le conforte dans ses a priori : Andy Kubert ne dessine pas comme Frank Miller, se contentant de faire des citations visuelles, par exemple de la Batmobile de DKR. Dans ce recueil, les mini-comics sont reproduits à la taille d'un comics normal, et il est criant que Miller n'a pas investi de temps pour représenter les décors, Alex Sinclair réalisant un travail remarquable pour essayer de nourrir les arrière-plans, mais sans aller jusqu'à suggérer les différents lieux. Tout malentendu étant dissipé quant à l'illusion que ce récit pourrait prétendre à du pur Frank Miller, le lecteur se dit qu'il peut quand même l'apprécier pour ce qu'il est. À la lecture, il prend vite conscience d'une narration décompressée, avec des épisodes qui se lisent 2 fois plus vite qu'un épisode normal. Il en va de même pour les mini-comics. le scénario repart de la situation de DKR II, avec l'existence d'autres superhéros. le lecteur retrouve donc un Batman, Superman, Wonder Woman, Atom, et quelques autres. L'intrigue en elle-même se focalise sur la présence des kryptoniens échappés de la bouteille de Kandor avec des intentions agressives, et sur la résurgence d'un Batman. Miller tire parti de la forte pagination qui lui allouée pour déployer son intrigue et donner assez de place aux différents superhéros pour exister. Il est difficile de dire avec certitude qu'elle est la part réalisée par Brian Azzarello car visiblement le lecteur ne retrouve pas ses dialogues très caractéristiques, ni sa cruauté pour décrire les actions de la pègre. Les dialogues manquent d'ailleurs un peu de mordant, et les monologues intérieurs de conviction. Le lecteur ne peut donc pas attendre d'Andy Kubert qu'il dessine comme Frank Miller. Il repère les références graphiques comme l'usage des ombres dans la cellule de Batman, les emprunts comme la Batmobile tank, les postures très caractéristiques de Lara, etc. L'artiste dose la densité d'information visuelle en fonction des séquences et des cases. Il peut aussi bien montrer une vue détaillée de Gotham vue du ciel que ne pas dessiner de décor pendant 2 ou 3 pages d'affilée. Klaus Janson réalise un encrage plus doux que celui qu'il avait conçu sur mesure pour Frank Miller, tout en gardant quelques aspérités de ci de là. Les dessins ont donc une apparence de surface moins brut, moins spontanée que pour DKR, plus lissée que pour Dark Knight strikes again. Andy Kubert reproduit l'apparence des personnages tels qu'ils étaient dans DKR. Il réalise des mises en pages assez aérées, en phase avec le scénario décompressé. Il sait donner de l'ampleur et de l'énergie aux scènes d'action. La mise en couleurs de Brad Anderson est assez riche, moins que celle d'Alex Sinclair. Il sait augmenter la lisibilité en faisant ressortir les surfaces les unes par rapport aux autres. Il joue avec discernement des nuances pour rehausser les reliefs de chaque surface, sans tomber dans l'exagération. Son usage des effets spéciaux est pertinent et efficace pour enrichir les scènes d'affrontements. Dans les mini-comics (sauf le 2), le lecteur retrouve avec plaisir les postures très caractéristiques des personnages dessinés par Frank Miller, les visages plus burinés les silhouettes plus anguleuses, les regards plus durs. Néanmoins, il ne retrouve l'art de flirter avec l'abstraction développé dans la série Sin City, ni les découpages à fort impact des autres réalisations de l'artiste. Il comprend le choix initial de l'éditeur de les avoir publiés comme mini-comics lors de la sérialisation, plutôt qu'à la taille habituelle. Il se rend également compte que ces chapitres font partie intégrante de l'histoire globale et ne sont pas dispensables. Comme dans les autres chapitres, il regrette que les personnages mis en scène ne disposent pas d'une voix intérieure plus marquée, d'avis plus tranchés, d'une vraie personnalité. de chapitre en chapitre, le lecteur perçoit bien l'intrigue générale, facile à suivre. Il retrouve des personnages qu'il avait appréciés ou détestés dans Strikes Again. Il se rend compte petit à petit que l'intrigue est finalement assez ramassée et 100% bons contre méchants vraiment méchants. Mais les pages se tournent à un rythme rapide, les séquences d'action sont spectaculaires à souhait et ça reste un bon comics d'aventure et de divertissement qui ne souffre que de 2 maux : porter l'appellation Dark Knight Returns, et avoir été gonflé par l'éditeur. … et puis il se passe quelque chose d'inattendu à la fin de l'épisode 7. le lecteur grimace un peu en voyant l'utilisation d'un deus ex machina, vraiment très pratique. Dans le même temps, il se rend compte que la vraie nature du récit se révèle, avec une honnêteté elle aussi inattendue. Dans les 2 derniers épisodes, il lui semble entendre la voix de l'auteur, un peu mêlée de démagogie car son discours semble être taillé sur mesure pour les fans de Batman, mais aussi étayé par un credo exprimé par plusieurs superhéros qui rappelle que ces superhéros peuvent aussi être avant tout des héros, des modèles, une source d'inspiration, et pas simplement des produits de divertissement surexploités par des éditeurs en quête d'une profit maximal et immédiat. Il apprécie également une utilisation plus mordante des pastiches de déclarations tonitruantes ou définitives sur écran télé, avec une mention spéciale pour la superbe éhonté et narcissique du quarante-cinquième président des États-Unis. Comme le lecteur peut le supposer, cette histoire de Batman fait pâle figure à côté du premier Dark Knight Returns, et même à côté du second pourtant souvent décrié. Par contre, elle constitue une histoire de Batman divertissante, au rythme rapide malgré la pagination conséquente, avec de bons moments spectaculaires, et avec un dernier acte dépassant le simple divertissement pour une déclaration d'amour honnête au personnage.

21/05/2024 (modifier)
Couverture de la série Le Marsupilami de Frank Pé et Zidrou - La Bête
Le Marsupilami de Frank Pé et Zidrou - La Bête

Un bon cru cette version du marsupilami par Pé et Zidrou. Je n’en attendais pas grand chose mais force et de constater que les auteurs ont bien réussi leur pari. L’histoire peut paraître un peu téléphonée mais j’ai aimé le ton insufflé. Nous n’échapperons pas aux bons sentiments, la fin est plus lumineuse que ce que laissait présager le début mais c’est fait avec beaucoup de talent. Un chouette diptyque au final. Le début est assez magistral je trouve, l’idée de donner un vrai côté sauvage à notre animal est excellente en plus d’être plutôt réaliste. Il en est de même pour le décor, cette arrivée dans le port d’Anvers est sombre et noire, tout comme la vie de certains habitants, l’histoire se situant juste après la WW2. Nous y suivrons Francois, jeune enfant idéaliste et fan d’animaux, ses camarades ne loupant pas une occasion de le persécuter car son géniteur est allemand. La rencontre de ses deux êtres blessés servira de terreau à l’aventure, ils modifieront quelques mentalités en cours de route. L’album distille un beau message de tolérance. C’est plus qu’agréable à suivre, on ne présente plus le dessinateur mais la partie graphique est superbe, et c’est habité par des personnages très réussis, la mère notamment. Bref j’ai passé un très bon moment, du bel ouvrage pour toute la famille.

21/05/2024 (modifier)
Par doumé
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Le Dieu-Fauve
Le Dieu-Fauve

Ce sont les avis précédents qui m'ont convaincu pour l'achat et effectivement je confirme que cet album mérite toutes ces critiques positives. Un album composé de quatre chapitres distincts centrés sur un personnage différent donne à l'ensemble un récit dynamique qui ne faiblira pas jusqu'à la dernière page. Dieu-fauve est une bd mêlant fantasy et aventure dans une ambiance apocalyptique avec comme référence le mythe du déluge. Sensé laver le monde du mal, ce déluge va au contraire raviver la soif du pouvoir des survivants et notre héros profite du désastre pour se venger. En résumé, une aventure sans pitié pour tous les protagonistes qui vivent dans un monde où le plus fort est celui qui dirige. Le dessin donne vie efficacement aux combats et aux scènes d'actions. L'utilisation de peu de couleurs par case détermine instantanément l'ambiance et procure du confort à la lecture. Un superbe moment de lecture

20/05/2024 (modifier)
Par Présence
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Judge Dredd - Mandroid
Judge Dredd - Mandroid

La supercherie du libre arbitre de l'individu - Ce tome regroupe 2 histoires écrites par John Wagner, la première introduisant le personnage de Nate Slaughterhouse, la seconde donnant une suite à la première. - Première histoire : "Mandroid", dessinée et encrée par Kev Walker parue dans les numéros 1453 à 1463 du magazine "2000AD", en 2005 - Nate Slaughterhouse est un sergent dans l'armée, effectuant des missions de combat sur le terrain, contre des forces extraterrestres. Lors d'une de ces batailles, il est grièvement blessé, et doit son salut au capitaine Kitty Rosson (sa femme). Il est reconstruit par les chirurgiens et biomécaniciens, les parties biologiques manquantes étant remplacées par des parties mécaniques. Il devient un cyborg, un Mandroid (contraction de Man et Android). Il est rendu à la vie civile et sa femme décide de le suivre avec Tommy leur enfant. Il s'installe à Mega-City One, dans le Block Dean Gaffney, dans le secteur 6. Pas facile pour un vétéran avec un corps de cyborg de combat d'espérer de s'intégrer dans une vie civile de chômeur, dans un appartement minable, dans une citée malfamée, avec un enfant à charge, une femme qui travaille, et une société qui a vite fait d'oublier les services rendus à la nation. Un soir, Kitty Rosson ne rentre pas à l'appartement. Slaughterhouse prévient les Juges ; Judge Dredd est chargé du dossier. Il explique que les disparitions se comptent par centaine, qu'il n'est pas possible d'agir avant plusieurs heures, que les effectifs de police sont insuffisants pour accorder beaucoup de temps à ce genre de dossier. Slaughterhouse se met à enquêter par lui-même, et à faire un peu de ménage en même temps (= éliminer la racaille de manière permanente), grâce aux capacités de son corps de mandroid. Le début ne donne pas vraiment confiance. Kev Walker s'applique à singer le style graphique de Mike Mignola, en moins massif, moins brut de décoffrage, moins anguleux, et donc moins convaincant. John Wagner dresse le portrait d'un vétéran doté de capacités physiques faisant de lui un tank sur pattes. Sa femme disparaît et il commence à jouer le redresseur de torts, comme un ersatz de Punisher. Mais très vite, John Wagner s'écarte des clichés propres au citoyen prenant la loi entre ses mains pour devenir juge, jury et bourreau. Slaughterhouse n'a rien d'infaillible, il ne possède pas le mental de Frank Castle et il vit dans une société où tout les policiers appliquent une loi sévère, répressive, aux sanctions brutales et très lourdes. Slaughterhouse doit s'attaquer à un racket organisé par un parrain Denzo Schultz qui ne se salit jamais les mains, et très retors (il s'est fait enlever les cordes vocales pour ne pas se trahir au détecteur vocal de mensonge). Il a face à lui des policiers efficaces, accordant une importance prioritaire à la disparition de sa femme parce qu'il est un vétéran, sous la houlette de Judge Dredd, le meilleur. Pourtant rien n'avance, sa situation sociale se détériore, sa confiance en lui s'effrite. Wagner utilise les conventions du roman noir pour montrer comment le cadre rigide et castrateur de la société mine l'individu en le rendant superflu (personne n'a besoin d'un vétéran amoché et inadapté), impuissant (toute la force de frappe de son corps de mandroid ne sert à rien), incapable d'évoluer (Slaughterhouse ne peut que constater ses échecs, sans espoir de reprendre le dessus). Sa situation s'aggrave encore aux yeux du lecteur qui sait que Judge Dredd incarne une loi sans pitié, et qu'il est un policier sans faille auquel le "perp" (pour "perpetrator", criminel) n'a aucune chance d'échapper (non, même pas la plus petite). Dans cette histoire, Judge Dredd n'est qu'une présence sans âme, l'incarnation d'une loi sans cœur, une force normalisatrice de la société implacable. Par contraste, Nate Slaughterhouse est un individu inadapté qui se débat dans une société où il n'est qu'un individu de plus, sans importance, sans intérêt, juste un criminel en puissance aux yeux des Juges. de page en page, John Wagner met en scène un individu sachant que ses actions ne changeront rien, n'amélioreront rien, mais qui n'a d'autre choix que de faire ce qu'il sait faire (se battre). du début jusqu'à la fin la situation et le caractère de Slaughterhouse en font une figure tragique, dépassant les conventions du genre pour rendre compte de la fragilité de l'individu dans la société, soumis à des forces sur lesquelles il n'a aucune prise. Wagner réussit le tour de force d'inclure des séquences d'action impressionnantes, totalement intégrées et organiques par rapport au récit (même l'assaut final en armure de combat). Au départ, le style de Walker semble trop superficiel : des décors vaguement esquissés par quelques traits et quelques aplats de noir, des visages rapidement définis. Il n'y a que ces tâches noires pour donner de la consistance aux personnages mangés par l'ombre. Et puis, peu à peu, l'économie de moyens rend compte du dénuement matériel dans lequel se trouve Slaughterhouse, puis de son dénuement psychologique sans rien à quoi se raccrocher. Il apparaît que Walker a donné à chaque personnage un signe distinctif qui permet de le reconnaître immédiatement. Il gère admirablement la profondeur de champ. le scénario de Wagner évite les longs tunnels de dialogue, et Walker sait imaginer des mises en scène où le langage corporel vient renforcer les non-dits des paroles prononcées. La paucité des détails évite que le lecteur ne soit distrait par l'environnement, l'enferme avec Slaughterhouse dans une réalité finie et limitée, ne lui laisse d'autre choix que l'instant présent. Ce style graphique participe à la désolation psychique subie par Slaughterhouse, à son manque d'alternatives. Dans le cadre contraignant de la série "Judge Dredd", John Wagner raconte une histoire d'action, qui parle de solitude moderne, de coercition sociétale, d'absence de valeur ou de reconnaissance de l'individu, d'impuissance de la force virile face au malheur, un récit très noir, parfaitement exécuté, avec des dessins amplifiant discrètement les thèmes abordés. - Deuxième histoire : "Instrument of war", dessinée et encrée par Simon Coleby (numéros / progs 1555 & 1556), puis par Carl Critchlow (progs 1557 à 1566), parue en 2007 - Nate Slaughterhouse purge sa peine de prison. Il a déjà effectué 2 ans. Régulièrement le programme de gestion de sa cellule lui rappelle qu'il a été condamné à perpétuité, et que dans cette situation sans issue, le devoir d'un bon citoyen est de demander l'euthanasie pour ne pas gâcher les ressources de la société. le corps de sa femme va d'ailleurs bientôt être intégré au programme de recyclage, le délai étant arrivé. Slaughterhouse réussit à s'enfuir de manière rocambolesque et il trouve refuge chez un vieux général Trig Vincent, vétéran des guerres spatiales. Il lui propose de lui faire remettre de nouveaux implants cybernétiques, à charge de revanche, bien sûr. C'est la malédiction des héros récurrents et des magazines périodiques : quand une histoire a du succès, elle doit forcément générer une suite parce que le bénéfice monétaire sera d'office au rendez-vous. John Wagner s'atèle donc à raconter la suite de la vie de Nate Slaughterhouse. Il respecte le personnage en le plaçant dans une nouvelle situation où il est à nouveau un pantin au milieu d'événements sur lesquels il n'a aucune prise. Néanmoins la dimension sociale et psychologique présente dans la première histoire a diminué d'intensité, et la part dévolue à l'action augmente un peu en contrepartie. Wagner oriente l'histoire sur un thème plus classique qui est celui d'un soldat obéissant aux ordres qui ne sont pas forcément compatibles avec ses convictions. Il y a à nouveau une motivation très personnelle pour Slaughterhouse, mais pas aussi intense et viscérale que dans la première histoire. de page en page, le lecteur ne peut que constater que les motivations du général Vincent sont surtout un prétexte pour servir d'intrigue, sans grande consistance. Les tourments affectifs de Slaughterhouse sont plausibles, sans être à la hauteur de ceux de la première partie. Son dilemme moral est également assez mince, et la fin sacrifie au spectaculaire dans une grande explosion pyrotechnique manquant singulièrement de nuances. Les 12 premières pages sont dessinées par Coleby dans un style qui évoque celui de Walker, mais en moins dépouillé, et un peu plus réaliste. Il réussit à rendre crédible cet individu sans bras ni jambes qui s'enfuit en se déplaçant en rampant et en mordant (très beau moment d'humour second degré où le personnage principal réduit à un tronc avance encore). Les 58 pages suivantes sont dessinées par Critchlow dans un style plus brut, pas fait pour faire joli, assez rugueux, rappelant aussi bien Kevin O'Neill (en moins anguleux) que Carlos Ezquerra. La narration est claire, les décors rares, et Judge Dredd prend les poses habituelles, à commencer par l'appel à la radio assis sur sa moto, en vue de trois quarts arrière. Critchlow a l'art et la manière de faire prendre corps à un environnement peu accueillant, à la fois stérile (aucun végétal) et un peu usé, où évoluent des personnages usés par la vie, sans joie de vivre. Après la première histoire exceptionnelle, celle-ci apparaît comme superflue. Malgré tout elle permet de retrouver Nate Slaughterhouse coincé dans une nouvelle situation inextricable, d'avance perdant, avec quelques dilemmes moraux bien posés.

20/05/2024 (modifier)